{"id":6203,"date":"2016-03-18T00:31:32","date_gmt":"2016-03-18T00:31:32","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=6203"},"modified":"2016-03-17T23:05:28","modified_gmt":"2016-03-17T23:05:28","slug":"la-magilah-de-sarajevo","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/la-magilah-de-sarajevo\/","title":{"rendered":"La Magilah de Sarajevo"},"content":{"rendered":"<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tLa Magilah de Sarajevo<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<div>\n\tZORAN TASIC<\/div>\n<p><\/p>\n<div>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\tLes juifs du monde entier c&eacute;l&egrave;brent chaque ann&eacute;e le 14 adar (f&eacute;vrier-mars) &laquo;&nbsp;Pourim&nbsp;&raquo;, le jour o&ugrave; quasiment toute la population juive fut sauv&eacute;e du g&eacute;nocide&nbsp; planifi&eacute; par Haman, conseiller du roi Perse Assur&eacute;us, au Ve si&egrave;cle avant JC. C&rsquo;est Esther, l&rsquo;&eacute;pouse du tout-puissant roi Assur&eacute;us, qui persuada son mari d&rsquo;arr&ecirc;ter le projet de massacre en lui d&eacute;voilant qu&rsquo;en m&ecirc;me temps un complot se pr&eacute;parait contre lui m&ecirc;me.<\/p>\n<p>\n\t\tLe 14 adar, la c&eacute;l&eacute;bration du Pourim, est marqu&eacute;e par la lecture de &laquo;&nbsp;La Magilah d&rsquo;Esther &raquo;, le livre biblique relatant ces faits, ainsi que la joie d&rsquo;un festin partag&eacute;, des dons aux amis et aux pauvres, l&rsquo;&eacute;vocation du lien entre le pass&eacute; et le futur&hellip;<\/p>\n<p>\n\t\tIl est moins connu que les juifs de Sarajevo ont leur Pourim et leur propre Magilah de Sarajevo (lire ci-dessous la Magilah de Sarajevo dans son int&eacute;gralit&eacute;). Le Pourim de Sarajevo est c&eacute;l&eacute;br&eacute; le 4 hachvan (octobre) de chaque ann&eacute;e. Ce jour du 4 hachvan en 5579 (1819), aussi appel&eacute; Hag Assirim (la f&ecirc;te des prisonniers) furent lib&eacute;r&eacute;s Rav Moche Danon et douze respectables juifs, condamn&eacute;s &agrave; mort par le tyrannique et cupide Roujdi-Pacha, et par 3 000 mille de leurs concitoyens musulmans. Rav Moche Danon et ses amis devaient &ecirc;tre ex&eacute;cut&eacute;s &agrave; l&rsquo;aube le 4 hachvan, le jour de Chab&acirc;t.<\/p>\n<p>\n\t\tEncore dans la ge&ocirc;le, Rav Moche Danon a fait le v&oelig;u qu&rsquo;&agrave; la fin de sa vie il partirait &agrave; J&eacute;rusalem pour y mourir. Onze ans plus tard, sur le chemin vers la Terre Sainte, il meurt ici-m&ecirc;me, &agrave; Stolac, o&ugrave; il est enterr&eacute;, et ce village devient le lieu de p&egrave;lerinage des juifs de Bosnie et Herz&eacute;govine.<\/p>\n<p>\n\t\tLe tombeau de Rav Moche Danon n&rsquo;est pas seulement le lieu de p&egrave;lerinage des juifs de Bosnie et Herz&eacute;govine. Jusqu&rsquo;&agrave; nos jours, sa lib&eacute;ration est souvent &eacute;voqu&eacute;e avec fiert&eacute; par les musulmans de Bosnie et Herz&eacute;govine.<\/p>\n<p>\n\t\tAu fil de des ann&eacute;es, la lib&eacute;ration de Rev Moche Danon et de ses amis est devenue une l&eacute;gende et repr&eacute;sente beaucoup pour Sarajevo ainsi que toute la Bosnie, tandis qu&rsquo;elle traversait pendant les premi&egrave;re et deuxi&egrave;me guerres mondiales les ann&eacute;es les plus difficiles de son histoire.<\/p>\n<p>\n\t\t&Ecirc;tre juste, s&rsquo;occuper de ses proches, quels que soient le peuple et la religion auxquels ils appartiennent, s&rsquo;opposer &agrave; toute injustice, tels sont les pr&eacute;ceptes qui embellissent pendant des si&egrave;cles la vie commune en Bosnie et Herz&eacute;govine.<\/p>\n<p>\n\t\tCette vie commune a r&eacute;cemment travers&eacute; des &eacute;preuves inhumaines et malheureusement certains ont p&eacute;ch&eacute; contre les lois humaines et contre les lois divines, pendant la guerre de 1992-1995.<\/p>\n<p>\n\t\tC&rsquo;est cette Bosnie et Herz&eacute;govine qui, pour l&rsquo;Orient, repr&eacute;sentait le d&eacute;but du l&rsquo;Occident et, pour l&rsquo;Occident, la porte de l&rsquo;Orient.<\/p>\n<p>\n\t\tLa Magilah de Sarajevo sublime cette image magnifique de la Bosnie et Herz&eacute;govine en g&eacute;n&eacute;ral et, plus particuli&egrave;rement, de Sarajevo o&ugrave; les gens v&eacute;curent pendant des si&egrave;cles les uns &agrave; c&ocirc;t&eacute; des autres, les uns avec les autres, et les uns pour les autres.<\/p>\n<p>\n\t\tOn ne peut pas faire revenir le pass&eacute;, mais peut-&ecirc;tre le pass&eacute; pourrait-il nous apprendre comment rendre notre futur plus heureux.<\/p>\n<p>\n\t\tZoran Tasic<\/p>\n<h2>\n\t\t<strong>Magilah de Sarajevo<\/strong><\/h2>\n<p>\n\t\tDu temps du grand sultan Gazi Mahmud qui r&eacute;gnait sans partage sur tout l&rsquo;empire turc, vivait en Bosnie un certain Derviche Pacha qui officiait en qualit&eacute; d&rsquo;administrateur. Gouvernant au nom du sultan, il faisait r&eacute;gner la justice en Bosnie et la communaut&eacute; juive t&eacute;moignait &agrave; son &eacute;gard tout le respect et tous les honneurs dus aux justes.<\/p>\n<p>\n\t\t&Agrave;&nbsp;la m&ecirc;me &eacute;poque vivait &agrave; la cour royale de Travnik, un homme qui, d&eacute;termin&eacute; &agrave; les faire tomber en disgr&acirc;ce, m&eacute;disait des Juifs sans rel&acirc;che. C&rsquo;est la vie de cet homme, de souche juive et appel&eacute; autrefois Moch&eacute; Havijo, qui est relat&eacute;e ici.<\/p>\n<p>\n\t\tCet homme &eacute;tait un &ecirc;tre d&eacute;bauch&eacute;, enclin &agrave; la boisson, &agrave; l&rsquo;&acirc;me sombre et au c&oelig;ur cruel. Il faisait l&rsquo;objet du plus grand m&eacute;pris au sein de son peuple et ses concitoyens d&eacute;tournaient le regard s&rsquo;il leur arrivait de croiser son chemin. Constatant qu&rsquo;il avait perdu la face parmi les siens et que sa vie d&eacute;voy&eacute;e lui avait gagn&eacute; le d&eacute;dain de tous, il se retira dans sa demeure o&ugrave; il resta clo&icirc;tr&eacute; un long moment.<\/p>\n<p>\n\t\tLorsque son esprit malsain eut foment&eacute; un plan suffisamment diabolique, il sortit dans la rue criant &agrave; la cantonade que le proph&egrave;te Mahomet lui &eacute;tait apparu en songe, qu&rsquo;il l&rsquo;avait guid&eacute; &agrave; travers cieux vers des contr&eacute;es paradisiaques afin de lui montrer toutes les beaut&eacute;s offertes aux adeptes de sa religion, l&rsquo;exhortant ainsi &agrave; se rallier &agrave; la foi musulmane.<\/p>\n<p>\n\t\tBient&ocirc;t, une foule immense se rassembla autour de lui. Ses paroles touch&egrave;rent les c&oelig;urs et lorsqu&rsquo;il demanda &agrave; se convertir, on l&rsquo;accueillit dans la maison du proph&egrave;te. Il re&ccedil;ut le nom de Derviche Ahmed, rev&ecirc;tit les habits des derviches et ceignit sa t&ecirc;te d&rsquo;un turban blanc. D&eacute;cid&eacute; &agrave; laver son opprobre, il s&rsquo;&eacute;vertua d&egrave;s lors &agrave; para&icirc;tre le plus z&eacute;l&eacute; des serviteurs de Dieu. Apprenant avec une rapidit&eacute; vertigineuse tous les livres en arabe et les sourates du Coran de la premi&egrave;re &agrave; la derni&egrave;re, il parvint tr&egrave;s vite &agrave; ses fins.<\/p>\n<p>\n\t\tIl acquit rapidement une grande r&eacute;putation et quitta Sarajevo pour la cour du Derviche Pacha &agrave; Travnik, o&ugrave; il trouva sa place parmi les favoris. Mais en son for int&eacute;rieur, il &eacute;tait demeur&eacute; le m&ecirc;me et songeait sans cesse &agrave; la mani&egrave;re dont il se vengerait des siens. Un jour, s&rsquo;ouvrant &agrave; l&rsquo;administrateur du sultan il d&eacute;clara que les Juifs m&eacute;riteraient d&rsquo;&ecirc;tre soumis &agrave; la torture et d&rsquo;&ecirc;tre saign&eacute;s par l&rsquo;imp&ocirc;t.<\/p>\n<p>\n\t\tApr&egrave;s l&rsquo;avoir &eacute;cout&eacute;, Derviche Pacha lui donna son cong&eacute; et convoqua ses conseillers. Ceux-ci accoururent et vinrent s&rsquo;incliner devant leur maitre comme le voulait la coutume. Il les questionna sur le pass&eacute; de Derviche Ahmed. Ses serviteurs, main sur le c&oelig;ur, lui relat&egrave;rent l&rsquo;exacte v&eacute;rit&eacute; lui apprenant qu&rsquo;Ahmed avait &eacute;t&eacute; autrefois Juif. Guid&eacute; par la volont&eacute; divine, une pens&eacute;e claire et juste prit alors forme dans son esprit et Derviche Pacha pronon&ccedil;a ces paroles :<\/p>\n<p>\n\t\t&mdash; Cet homme malveillant &agrave; tent&eacute; de me d&eacute;tourner du bien. Ses propos ont sem&eacute; le doute dans mon esprit. Mais Dieu m&rsquo;a permis &agrave; temps d&rsquo;acc&eacute;der &agrave; la v&eacute;rit&eacute; et de percer &agrave; jour cet homme sans valeur qui allait p&eacute;n&eacute;trer les tr&eacute;fonds de mon &acirc;me. L&rsquo;homme qui renie sa foi est un homme indigne. Afin d&rsquo;&eacute;loigner le malheur de notre communaut&eacute; et de nous pr&eacute;server de toutes tentations, j&rsquo;ordonne que soit condamn&eacute; &agrave; mort celui qui m&rsquo;incita &agrave; p&eacute;cher &agrave; la face d&rsquo;Allah !<\/p>\n<p>\n\t\tLes conseillers r&eacute;dig&egrave;rent l&rsquo;&eacute;dit contenant ses ordres et y appos&egrave;rent le sceau royal. Ainsi p&eacute;rit Derviche Ahmed qui, fomentant contre le peuple juif, attira le malheur sur sa propre t&ecirc;te. Les derviches, persuad&eacute;s que l&rsquo;on venait d&rsquo;ex&eacute;cuter un juste et non un &ecirc;tre de peu de foi, l&rsquo;enterr&egrave;rent avec les honneurs qu&rsquo;il n&rsquo;avait en rien m&eacute;rit&eacute;s. Ils le pleur&egrave;rent longtemps, guettant la moindre occasion de se venger des Juifs, persuad&eacute;s que ceux-ci avaient soudoy&eacute;s le pacha, afin de jurer leur perte et faire ex&eacute;cuter Derviche Ahmed.<\/p>\n<p>\n\t\tQuelques temps plus tard, Derviche Pacha fut appel&eacute; &agrave; Constantinople. Rujdie Pacha, issu du rang des plus illustres et des plus puissants derviches, fut alors d&eacute;sign&eacute; par le sultan pour lui succ&eacute;der. Apprenant que l&rsquo;un des leurs serait le nouvel administrateur, les derviches de Travnik ne se tinrent plus de joie et une foule immense se rassembla pour aller &agrave; la rencontre du nouveau dignitaire. Ils crois&egrave;rent sa route &agrave; Mitrovica, apr&egrave;s plusieurs jours de marche.<\/p>\n<p>\n\t\tUne fois &agrave; Travnik, Rujdie Pacha prit imm&eacute;diatement ses fonctions. Touch&eacute; par l&rsquo;accueil que les derviches lui avaient r&eacute;serv&eacute; il les convia dans ses appartements, d&eacute;cor&eacute;s de matelas de soie rouge et tiss&eacute;s de brocards, pour y d&eacute;guster du caf&eacute; et fumer du bon tabac d&rsquo;Ur&eacute;m&eacute;lie. Voyant qu&rsquo;il &eacute;tait bien dispos&eacute; &agrave; leur &eacute;gard, ceux-ci d&eacute;cid&egrave;rent de lui soumettre une requ&ecirc;te &agrave; l&rsquo;encontre des Juifs qu&rsquo;ils tenaient pour responsable de la mort de Derviche Ahmed .Se laissant persuader par leurs propos, Rujdie Pacha promit d&rsquo;acc&eacute;der &agrave; leur demande dans les plus brefs d&eacute;lais.<\/p>\n<p>\n\t\tLors de sa premi&egrave;re visite officielle &agrave; Sarajevo, Rujdie Pacha ordonna que l&rsquo;on fasse venir les plus hauts dignitaires juifs et le plus &eacute;rudit d&rsquo;entre eux, le doyen des rabbins. Ses serviteurs se dispers&egrave;rent par les rues de la ville et convoqu&egrave;rent le vieux Rabbin Ham Moch&eacute; Danone et douze dignitaires de Sarajevo, occupant des postes les plus importants dans la mairie juive, &agrave; venir se pr&eacute;senter devant l&rsquo;administrateur. Rujdie Pacha les accueillit avec des insultes. Il ordonna leur mise au cachot et demanda &agrave; ce qu&rsquo;on leur fouetta mains et jambes avec des cha&icirc;nes tout en ablutionnant leurs blessures avec de l&rsquo;eau afin de prolonger leurs souffrances. Puis il s&rsquo;adressa aux prisonniers en ces termes :<\/p>\n<p>\n\t\t&mdash;&nbsp;J&rsquo;ordonnerai que vous soyez ex&eacute;cut&eacute;s le premier samedi du mois &agrave; l&rsquo;aube ! Je d&eacute;cr&egrave;te toutefois, qu&rsquo;il vous sera possible de vous racheter, si vous me faite livrer quatre cents sacs remplis de pi&egrave;ces d&rsquo;or.<\/p>\n<p>\n\t\tLorsque le bruit des tortures inflig&eacute;es au rabbin et aux dignitaires commen&ccedil;a &agrave; se propager par les rues de la ville et que les ordres du pacha furent connus de tous, une peine immense s&rsquo;empara de tous les c&oelig;urs. Les Juifs se r&eacute;unirent dans leurs temples, priant Dieu en se frappant la poitrine et en d&eacute;chirant leur v&ecirc;tements. La somme demand&eacute;e pour le rachat des leurs &eacute;tait si &eacute;lev&eacute;e, que m&ecirc;me s&rsquo;ils r&eacute;unissaient tout l&rsquo;argent dont ils disposaient, ils n&rsquo;arriveraient pas &agrave; en r&eacute;unir la moiti&eacute;. Il ne leur restait plus qu&rsquo;&agrave; attendre que Dieu leur vint en aide. Ils pri&egrave;rent tous ardemment : femmes, enfants, fils, filles, du matin jusqu&rsquo;au soir, s&rsquo;adonnant au je&ucirc;ne le plus strict. Leur tristesse &eacute;tait sans fin. Les jours passaient et comme l&rsquo;on se rapprochait du samedi fatidique, ils perdaient peu &agrave; peu confiance, car rien n&rsquo;&eacute;tait arriv&eacute; qui laissait pr&eacute;sager un quelconque retournement des choses.<\/p>\n<p>\n\t\tDeux hommes, &eacute;tonnant de s&eacute;r&eacute;nit&eacute; et dont le c&oelig;ur battait aux rythme des louanges divines, priaient Dieu dans la joie et l&rsquo;all&eacute;gresse au sein de cette communaut&eacute; juive qui avait d&eacute;j&agrave; perdu tout espoir. Le premier &eacute;tait le Grand Rabbin Ham Moch&eacute; Danon et le second le grand hassid Rapha&euml;l Ha Levy, un homme &acirc;g&eacute;, fortun&eacute; et tr&egrave;s respect&eacute; des membres de sa communaut&eacute;.<\/p>\n<p>\n\t\tCe vendredi l&agrave;, le grand Rabbin Ham Moch&eacute; Danon, indiff&eacute;rent aux tortures qu&rsquo;on lui faisait subir dans sa ge&ocirc;le et transport&eacute; dans ses r&eacute;flexions toutes kabbalistiques se souvint d&rsquo;un verset de la Thora proph&eacute;tisant la chute de leur bourreau. Rass&eacute;r&eacute;n&eacute;, il s&rsquo;en remit avec confiance &agrave; la bont&eacute; et la mis&eacute;ricorde de Dieu, ne craignant plus pour sa vie, ni celle de ses cod&eacute;tenus.<\/p>\n<p>\n\t\tPendant ce temps l&agrave;, au temple, le grand hassid Rapha&euml;l Ha Levy &eacute;grenait les pri&egrave;res avec cette gaiet&eacute; qui lui &eacute;tait coutumi&egrave;re. Il chanta les louanges de Dieu, tout en se r&eacute;jouissant du repos qui l&rsquo;attendait en ce samedi saint. Apr&egrave;s le d&icirc;ner, alors que les bougies continuaient de se consumer sur la table, il se leva sans crainte du p&eacute;ch&eacute;, prit une petite bourse remplie de pi&egrave;ces d&rsquo;or et s&rsquo;engouffra dans la rue.<\/p>\n<p>\n\t\tLa ville &eacute;tait divis&eacute;e en huit quartiers distincts, chacun comprenant une auberge fr&eacute;quent&eacute;e exclusivement par des musulmans et il &eacute;tait formellement interdit aux citoyens d&rsquo;autres confessions de venir y consommer. Le grand Hassid p&eacute;n&eacute;tra dans l&rsquo;un de ces &eacute;tablissements, au grand &eacute;tonnement des habitu&eacute;s et s&rsquo;installa dans un coin de la salle pr&egrave;s de la porte. Comme il &eacute;tait r&eacute;put&eacute; et respect&eacute; et afin de ne pas le heurter, tous firent comme si de rien &eacute;tait. L&rsquo;aubergiste s&rsquo;approcha et lui proposa du caf&eacute; qu&rsquo;il versa dans une tasse. Hassid bu le breuvage et se leva. A cette &eacute;poque, il n&rsquo;&eacute;tait pas coutume de r&eacute;gler sa consommation, mais de laisser sur la table un sou pour les pauvres. Rapha&euml;l Levy d&eacute;posa son aum&ocirc;ne, mais au lieu d&rsquo;un sou il mit sur la table un ducat.<\/p>\n<p>\n\t\tIl quitta l&rsquo;auberge, puis entra dans une autre, puis encore dans une autre, r&eacute;p&eacute;tant &agrave; chaque fois le m&ecirc;me proc&eacute;d&eacute;. Avant qu&rsquo;il n&rsquo;ait eu le temps de les visiter toutes, la populace &eacute;tonn&eacute;e commen&ccedil;ait d&eacute;j&agrave; &agrave; colporter par les rues que le Juif Rapha&euml;l, visitait un &agrave; un les caf&eacute;s musulmans de la ville en y laissant &agrave; chaque fois un ducat d&rsquo;or. Tous se demandaient ce qui pouvait motiver un tel geste sans parvenir &agrave; trouver d&rsquo;explication plausible. Ils d&eacute;cid&egrave;rent de se r&eacute;unir sur le perron de sa demeure et d&rsquo;attendre son retour afin de le questionner et d&rsquo;en avoir le c&oelig;ur net.<\/p>\n<p>\n\t\tAlors que Rapha&euml;l s&rsquo;approchait du seuil de sa maison, ils l&rsquo;entour&egrave;rent et s&rsquo;adress&egrave;rent &agrave; lui en ces termes :<\/p>\n<p>\n\t\t&mdash; Nous savons que tu es sage et que tes actes te valent la gr&acirc;ce de ton Dieu, mais nous ne comprenons pas le sens de ces p&eacute;r&eacute;grinations nocturnes.<\/p>\n<p>\n\t\t&mdash; Mon dessein &eacute;tait de vous rassembler et de vous inciter &agrave; venir sur le seuil de ma demeure, pour que vous me posiez cette question et que je puisse partager avec vous ce que j&rsquo;ai sur le c&oelig;ur.<\/p>\n<p>\n\t\tEt le grand Hassid leur compta toute l&rsquo;histoire par le menu :<\/p>\n<p>\n\t\t&mdash; Vous savez tr&egrave;s bien qu&rsquo;ils n&rsquo;ont rien fait de mal, car s&rsquo;ils avaient p&eacute;ch&eacute; ils seraient ch&acirc;ti&eacute;s, sans aucune proposition de rachat, car celui qui p&egrave;che doit expier ses fautes ! Hors, Rujdie Pacha a d&eacute;clar&eacute; : &laquo; Ils pourront racheter leur fautes avec quatre cents sacs remplis de pi&egrave;ces d&rsquo;or &raquo; ce qui prouve, que la Loi et la justice lui importent peu et que son seul but est de s&rsquo;arroger nos biens ! Il inventera chaque jour une nouvelle raison de nous incriminer et r&eacute;clamera en &eacute;change toujours plus de ducats et il remplira ses coffres avec notre argent, qu&rsquo;il transportera &agrave; cheval jusque dans son pays, apr&egrave;s nous avoir r&eacute;duit &agrave; la faim et au d&eacute;nuement.<\/p>\n<p>\n\t\tEntendant ses paroles et comprenant le sens du message qu&rsquo;il souhaitait leur faire passer, ils se ralli&egrave;rent &agrave; lui et d&eacute;clar&egrave;rent :<\/p>\n<p>\n\t\t&mdash; Notre administrateur n&rsquo;est pas un homme bon. Ses intentions sont malveillantes et nous devons le contrer avant qu&rsquo;il ne les r&eacute;alise. Ils retrouss&egrave;rent leurs manches et men&eacute;s par le belliqueux Ahmet Aga Bajraktar Bjelavski ils prirent les armes, par&eacute;s &agrave; endiguer le danger qui les guettait. Tous ceux en &acirc;ge de tenir un fusil se h&acirc;t&egrave;rent vers leur maison, leur grange afin de prendre l&rsquo;artillerie, sceller les chevaux, ceindre les ceinturons de cuir pour y passer les fusils &agrave; crosse d&rsquo;argent, les sabres &agrave; poign&eacute;e d&rsquo;ivoire et les couteaux au tranchant forg&eacute; dans l&rsquo;acier le plus solide. Et l&rsquo;on chargea les pistolets de poudre et de balles et les lames scintill&egrave;rent au clair de lune en &eacute;mettant un doux cliquetis.<\/p>\n<p>\n\t\tLes rues ne r&eacute;sonn&egrave;rent plus du chant des femmes, du son des zournas et des trompettes, des hourras scand&eacute;s par les jeunes hommes et des roucoulements de colombe des jeunes filles derri&egrave;re des moucharabiehs*, les voil&agrave; maintenant extirp&eacute;es avec frayeur la ti&eacute;deur du sommeil. Les fen&ecirc;tres s&rsquo;&eacute;clair&egrave;rent et les grandes portes des cours firent grincer leurs gonds. Des conversations anim&eacute;es et succinctes se tinrent derri&egrave;re les barri&egrave;res de bois. Les chevaux hennirent et l&rsquo;on entendit r&eacute;sonner le cliquetis des sabres. Ceux qui &eacute;taient fin pr&ecirc;ts, &eacute;peronn&egrave;rent leur monture, le pav&eacute; des rues r&eacute;sonna du bruit des sabots et des &eacute;tincelles jaillirent sous la croupe des chevaux. Bient&ocirc;t, le quartier fut sur pied. Puis tous les quartiers, les uns apr&egrave;s les autres. On entendit battre les tambours, les drapeaux flott&egrave;rent et les torches furent brandies. Les purs sangs s&rsquo;&eacute;lanc&egrave;rent, une &eacute;cume blanche s&rsquo;&eacute;chappant de leurs mors, chevauch&eacute;s par Les Agas et Les Begs, qui lan&ccedil;aient des regards noirs en direction de la r&eacute;sidence du Pacha. Cette nuit l&agrave;, ce dernier avait ordonn&eacute; que l&rsquo;on fasse venir sa courtisane pr&eacute;f&eacute;r&eacute;e. Apr&egrave;s de longues heures pass&eacute;es aupr&egrave;s d&rsquo;elle, il avait fini par sombrer dans un profond sommeil que les bruits de la ville ne parvinrent pas &agrave; d&eacute;ranger.<\/p>\n<p>\n\t\tAux premi&egrave;res lueurs de l&rsquo;aube, guid&eacute;e par Ahmet Aga Bajraktar Bjelavski, la foule arm&eacute;e se d&eacute;versa dans les rues, pr&eacute;c&eacute;d&eacute;e par des cavaliers &agrave; cheval et des porte-&eacute;tendards. La voix des muezzins se fit entendre du haut des minarets au moment o&ugrave; l&rsquo;arm&eacute;e atteignit le pont Latin. Une fois le pont franchit, ils somm&egrave;rent le Pacha en tirant trois coups de fusils. Les gardes, entendant les tirs, barr&egrave;rent la porte d&rsquo;entr&eacute;e avec trois &eacute;normes bastaings. Puis, ils se ru&egrave;rent dans l&rsquo;escalier, en direction des appartements de leur ma&icirc;tre, pour lui demander ce qu&rsquo;ils devaient faire. Celui&ndash;ci paru &agrave; sa fen&ecirc;tre. Ses serviteurs l&rsquo;inform&egrave;rent :<\/p>\n<p>\n\t\t*Le mur autour du jardin<br \/>\n\t\tLa grille en lattes du bois sur les fen&ecirc;tres.<\/p>\n<p>\n\t\t&mdash; Les habitants de Sarajevo se sont soulev&eacute;s, ils sont contre toi ! Les voici devant ta porte arm&eacute;s de fusils et de couteaux, scandant que tu es un mauvais administrateur, un homme malveillant, faisant r&eacute;gner l&rsquo;injustice et ne cherchant qu&rsquo;&agrave; les destituer de leurs biens pour les r&eacute;duire &agrave; la mis&egrave;re. Les gens de Sarajevo demandent la lib&eacute;ration des douze Juifs et de leur rabbin.<\/p>\n<p>\n\t\tRujdie Pacha &eacute;couta attentivement les propos de son serviteur, tout en sentant la col&egrave;re et le sang lui monter &agrave; la t&ecirc;te &agrave; la vue de ces sabres et de ces maillets frappant sans rel&acirc;che la porte de sa demeure. Il d&eacute;cida de faire ex&eacute;cuter les douze bourgmestres juifs et leur rabbin aux yeux des insurg&eacute;s afin de leur montrer qu&rsquo;il ne craignait ni armes, ni couteaux, ni r&eacute;bellion et pour leur faire comprendre qu&rsquo;ils allaient subir le m&ecirc;me sort et finir avant l&rsquo;aube la t&ecirc;te empal&eacute;e sur un pieu devant sa r&eacute;sidence ! Et il d&eacute;clara :<\/p>\n<p>\n\t\t&mdash; J&rsquo;ai entendu parler de vos faits d&rsquo;armes et de vos mutineries, mais mon c&oelig;ur est intr&eacute;pide ! Et sachez-le, je suis votre ma&icirc;tre et votre administrateur et en tant que tel, je ferai payer &agrave; chacun d&rsquo;entre vous le prix de sa d&eacute;sob&eacute;issance. Que personne ne s&rsquo;avise de toucher une seule des pierres de cette demeure ! Rentrez chez vous ! Quant &agrave; vos meneurs, ils vont subir la sentence que je r&eacute;serve aux Juifs et ce, sur l&rsquo;heure, pour que vous puissiez le voir de vos yeux et l&rsquo;entendre de vos propres oreilles !<\/p>\n<p>\n\t\tApr&egrave;s avoir prononc&eacute; ces paroles, le Pacha frappa dans ses mains et se tournant vers ses serviteurs il leur ordonna :<\/p>\n<p>\n\t\t&mdash; Amenez le rabbin et les douze Juifs dans la cour et qu&rsquo;on leur coupe la t&ecirc;te, l&rsquo;un apr&egrave;s l&rsquo;autre !<\/p>\n<p>\n\t\tLes serviteurs s&rsquo;ex&eacute;cut&egrave;rent avec empressement. Les grandes clefs tourn&egrave;rent dans les serrures de la porte du cachot et l&rsquo;on fit sortir le rabbin et les douze Juifs. Pendant ce bref instant, Ahmet Aga Bajraktar Bjelavski, mont&eacute; sur son pur-sang, d&eacute;clara &agrave; voix haute :<\/p>\n<p>\n\t\t&mdash; Nos oreilles ont entendu ses paroles, mais nos yeux ne seront pas t&eacute;moins de ses m&eacute;faits, car ses actes sont aussi noirs que ses pens&eacute;es ! On nous a dit que le mal se trouvait parmi nous et nous avons pris les armes ce matin pour venir le combattre. Et nous jurons, &agrave; la face d&rsquo;Allah, que nous l&rsquo;&eacute;radiquerons ! Aucun fusil ne tirera s&rsquo;il n&rsquo;y est forc&eacute; par la partie adverse. Aucune lame de sabre ne sera souill&eacute;e de sang, si l&rsquo;on ne fait pas couler le n&ocirc;tre. Mais nous vaincrons le mal, nous l&rsquo;encha&icirc;nerons, afin qu&rsquo;il ne puisse plus nous nuire. En avant toute ! Forcez les portes et pr&eacute;parez les cha&icirc;nes pour attacher les prisonniers.<\/p>\n<p>\n\t\tApr&egrave;s qu&rsquo;Ahmet Aga Bajraktar Bjelavski eut prononc&eacute; ces paroles, des centaines d&rsquo;&eacute;paules vinrent forcer la grande porte d&rsquo;entr&eacute;e, faisant grincer les gonds, plier les grandes structures de fer et c&eacute;der les bastaings. Les serviteurs du pacha firent p&eacute;n&eacute;trer le rabbin et les douze Juifs dans la cour de pav&eacute;s blancs et les plac&egrave;rent pr&egrave;s de la fontaine &agrave; c&ocirc;t&eacute; du grand buis. Post&eacute; &agrave; sa fen&ecirc;tre, le r&eacute;gent leur fit signe de jouer du sabre et de faire tomber la t&ecirc;te du doyen en premier. C&rsquo;est alors que le portail c&eacute;da. Le tintement des serrures touchant terre effraya tant le bourreau, que sa lame lui &eacute;chappa des mains. Mais, empoign&eacute; par deux bras puissants qui le projet&egrave;rent au loin, il n&rsquo;eut pas le temps de la ramasser.<\/p>\n<p>\n\t\tVoyant la foule arm&eacute;e qui franchissait ses portes, Rujdie Pacha quitta l&rsquo;encadrement de la fen&ecirc;tre. A la vue de ses serviteurs qui fuyaient abandonnant couteaux et fusils et dans un ultime &eacute;lan pour sauver son honneur, l&rsquo;id&eacute;e de saisir les pistolets accroch&eacute;s au mur et de tirer lui-m&ecirc;me sur les meneurs et les portes- &eacute;tendards lui traversa l&rsquo;esprit. Mais n&rsquo;&eacute;tant pas de la trempe des h&eacute;ros, il se barricada en entendant des pas se rapprocher de sa chambre, se contentant d&rsquo;implorer : &laquo; Piti&eacute;, piti&eacute; ! &raquo;. Et lorsque Ahmet Aga Bajraktar Bjelavski p&eacute;n&eacute;tra dans la pi&egrave;ce, il trembla de tout son long, oubliant tout amour propre.<\/p>\n<p>\n\t\tLes paroles que Rujdie Pacha pronon&ccedil;a sous le coup de la peur parvinrent aux oreilles du rabbin, debout, en bas, dans la cour. Il fut &eacute;tonn&eacute; combien ces mots lui parurent familiers, m&ecirc;me si ils venaient de quelqu&rsquo;un d&rsquo;autre. Reconnaissant l&agrave; l&rsquo;&oelig;uvre de Dieu, il en ressentit une immense joie.<\/p>\n<p>\n\t\tEt tandis que l&rsquo;on enchainait le pacha, l&rsquo;on &ocirc;ta au rabbin et aux douze bourgmestres les menottes qui leur enserraient les mains. Puis on leur dit :<\/p>\n<p>\n\t\t&mdash; Nous sommes venus vous lib&eacute;rer et repousser le mal qui aujourd&rsquo;hui a failli vous co&ucirc;ter la t&ecirc;te et qui demain aurait aussi bien pu faire tomber la n&ocirc;tre. Partez, et remercier votre Dieu en ce samedi de repos, de nous avoir pr&eacute;serv&eacute; et d&rsquo;avoir emp&ecirc;ch&eacute; notre perte.<\/p>\n<p>\n\t\tApr&egrave;s avoir prononc&eacute; ces paroles, ils les lav&egrave;rent et les firent se d&eacute;salt&eacute;rer &agrave; l&rsquo;eau de la fontaine. Puis ils leur donn&egrave;rent des v&ecirc;tements neufs car les leurs &eacute;taient humides et d&eacute;chir&eacute;s.<\/p>\n<p>\n\t\tLe calme regagna la cour du palais et l&rsquo;on ordonna &agrave; chacun de renter chez soi. La foule s&rsquo;ex&eacute;cuta, tout en s&rsquo;accompagnant de chants rythm&eacute;s par les tambours et les zournas. Le rabbin ouvrait la marche, suivit par ses amis. La procession, encadr&eacute;e par les cavaliers &agrave; cheval, l&rsquo;escorta jusqu&rsquo;&agrave; l&rsquo;entr&eacute;e du temple. Une fois sur le seuil, le vieil homme s&rsquo;adressa &agrave; la foule en ces termes :<\/p>\n<p>\n\t\t&mdash; Lou&eacute; soit notre Seigneur ! Car nous avons p&eacute;ch&eacute;, sans pour autant nous rendre coupable de la faute dont on nous accusiez. Et le Seigneur voyant la bont&eacute; dans nos c&oelig;urs et la clart&eacute; dans nos &acirc;mes, en &eacute;prouva une immense joie et il m&rsquo;envoya sa parole et je la trouvais, et Il me parla en ces termes : &laquo; Il l&egrave;vera la main sur vous pour vous d&eacute;truire, mais celle&ndash;ci faillira. Il leur ordonnera de vous exterminer et ils vous lib&eacute;reront ! Car je l&rsquo;ai dit, je vous garderai du mal aussi longtemps que vous ne vous d&eacute;tournerez pas de moi &raquo; &ndash; et telle &eacute;tait le sens de ces paroles &ndash; &laquo; Soixante quatorze jours apr&egrave;s qu&rsquo;il aura donn&eacute; l&rsquo;ordre de vous enfermer dans le cachot et de laisser couler l&rsquo;eau sur vous et de vous soumettre &agrave; toutes sortes de tortures, le soixante quatorzi&egrave;me jour sera celui de sa perte. Car cela est &eacute;crit dans les saintes &eacute;critures et il en sera ainsi, car grand est mon courroux et telle est ma volont&eacute; &raquo;.<\/p>\n<p>\n\t\tApr&egrave;s que le rabbin eut prononc&eacute; ces mots, reconnaissant l&agrave; un &ecirc;tre d&rsquo;une infinie sagesse, tous se prostern&egrave;rent devant lui. Puis, les tambours et les zournas retentirent, la foule se dispersa et les Juifs r&eacute;int&eacute;gr&egrave;rent leur temple. Ce samedi l&agrave;, le grand homme r&eacute;cita les pri&egrave;res dans la joie et tous ador&egrave;rent Dieu avec lui et chant&egrave;rent ses louanges.<\/p>\n<p>\n\t\tAhmet Bajraktar, qui r&eacute;gnait sur le pays depuis l&rsquo;arrestation de Rujdie Pacha, &eacute;crivit au Sultan une longue lettre pour lui demander de sanctionner son pr&eacute;d&eacute;cesseur. Apr&egrave;s y avoir appos&eacute; son sceau, il la remit &agrave; un &eacute;cuyer, qui la remit lui-m&ecirc;me &agrave; un autre &eacute;cuyer, qui la transmit &agrave; un autre, de sorte que la missive arriva &agrave; destination dix jours apr&egrave;s avoir &eacute;t&eacute; r&eacute;dig&eacute;e. L&rsquo;ayant parcourue, le Sultan, conscient de ce que cela impliquait d&eacute;clara :<\/p>\n<p>\n\t\t&mdash; Lourdes sont les accusations qui p&egrave;sent sur mon serviteur Rujdie Pacha mais ses m&eacute;faits sont encore plus grands.<\/p>\n<p>\n\t\tEt le Sultan d&eacute;signa un autre Pacha comme nouvel administrateur de la Bosnie, ordonna que l&rsquo;on retire ses insignes &agrave; Rujdie Pacha, pour avoir enfreint la Loi et port&eacute; pr&eacute;judice &agrave; ceux qu&rsquo;il &eacute;tait sens&eacute; prot&eacute;g&eacute; avant de le reconduire &agrave; Istanbul, mains ligot&eacute;es dans le dos.<\/p>\n<p>\n\t\tLe peuple vint saluer l&rsquo;arriv&eacute;e du nouveau Pacha. Ahmet Aga Bajraktar, qui &eacute;tait un homme juste et bon, fit emmener Rujdie Pacha de nuit, les mains li&eacute;es dans le dos, &agrave; l&rsquo;abri des regards afin que son d&eacute;shonneur ne fut pas total. Et le soixante quatorzi&egrave;me jour, comme l&rsquo;avait pr&eacute;dit le rabbin, une missive &eacute;manant de Constantinople annon&ccedil;a son ex&eacute;cution. Le Rabbin ordonna que dans le temple ce jour de lib&eacute;ration soit marqu&eacute; d&rsquo;une pierre blanche. Et depuis lors, le quatri&egrave;me jour du Hesvan (octobre) est c&eacute;l&eacute;br&eacute; comme un jour de f&ecirc;te.<\/p>\n<p>\n\t\tlaregledujeu.org<\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; La Magilah de Sarajevo &nbsp; ZORAN TASIC &nbsp; Les juifs du monde entier c&eacute;l&egrave;brent chaque ann&eacute;e le 14 adar (f&eacute;vrier-mars) &laquo;&nbsp;Pourim&nbsp;&raquo;, le jour o&ugrave; quasiment toute la population juive fut sauv&eacute;e du g&eacute;nocide&nbsp; planifi&eacute; par Haman, conseiller du roi Perse Assur&eacute;us, au Ve si&egrave;cle avant JC. 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