{"id":62636,"date":"2019-07-25T09:49:26","date_gmt":"2019-07-25T09:49:26","guid":{"rendered":""},"modified":"2019-07-25T09:49:26","modified_gmt":"2019-07-25T09:49:26","slug":"immigrations-des-juifs-de-tripolitaine-vers-la-tunisie-1936-1948-par-habib-kazdaghli","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/immigrations-des-juifs-de-tripolitaine-vers-la-tunisie-1936-1948-par-habib-kazdaghli\/","title":{"rendered":"Immigrations des juifs de Tripolitaine vers la Tunisie (1936-1948)  par Habib Kazdaghli"},"content":{"rendered":"<p>Trabelsi, Gh\u00e9riani, Soufir, Mazouz, Sroussi, Branes, pour ne citer que les plus r\u00e9pandus, sont tous des noms de famille fr\u00e9quents chez les Tunisiens juifs. Une simple recherche fait d\u00e9couvrir qu\u2019il s\u2019agit pour la plupart d\u2019entre eux de patronymes toponymiques issus de r\u00e9gions situ\u00e9es en Lybie.<\/p>\n<p>C\u2019est dire qu\u2019\u00e0 sa composante autochtone, install\u00e9e ou convertie de longue date au juda\u00efsme, la communaut\u00e9 juive de Tunisie a vu s\u2019ajouter un peuplement venu d\u2019Espagne, d\u2019Italie, mais aussi des autres pays du Maghreb. Des investigations men\u00e9es aussi bien dans les m\u00e9moires des familles juives que dans les sources d\u2019archives de Tunis et de Nantes nous ont conduit \u00e0 constater que pendant les p\u00e9riodes de crises \u00e9conomiques ou de difficult\u00e9s politiques, la Tunisie devenait une destination de choix pour les populations aussi bien juives que musulmanes de Tripolitaine. Au cours de la premi\u00e8re moiti\u00e9 du XXe si\u00e8cle, la Libye, avec ses deux r\u00e9gions la Cyr\u00e9na\u00efque et la Tripolitaine, qui \u00e9tait pass\u00e9e en 1911, de la sph\u00e8re d\u2019influence ottomane \u00e0 celle de la domination italienne, allait se s\u00e9parer \u00e0 trois reprises d\u2019une partie de sa communaut\u00e9 juive, qui prit la route de l\u2019exil, temporaire ou d\u00e9finitif, pour la Tunisie. M\u00eame si elle a b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 de l\u2019apport des \u00ab&nbsp;archives de Moscou&nbsp;\u00bb<a href=\"http:\/\/books.openedition.org\/cjb\/157#ftn1\" id=\"bodyftn1\">1<\/a>, r\u00e9cemment remises au centre des archives diplomatiques de Nantes, la documentation sur ces mouvements migratoires intermaghr\u00e9bins reste lacunaire et la reconstitution des traces de ces mobilit\u00e9s, surtout celles qui s\u2019\u00e9taient faites dans le sillage de la cr\u00e9ation de l\u2019\u00c9tat d\u2019Isra\u00ebl, ne sont pas encore \u00e0 l\u2019abri des al\u00e9as des passions et des d\u00e9bordements de la m\u00e9moire<a href=\"http:\/\/books.openedition.org\/cjb\/157#ftn2\" id=\"bodyftn2\">2<\/a>. Les diff\u00e9rentes sources auxquelles nous avons pu acc\u00e9der pour la pr\u00e9paration de cette recherche confirment que, pendant longtemps, \u00e0 chaque fois que surgissaient des difficult\u00e9s pour une communaut\u00e9 juive dans l\u2019un des pays du Maghreb, la solution \u00e9tait toujours recherch\u00e9e \u00e0 travers le d\u00e9placement vers un pays g\u00e9ographiquement limitrophe. Le regard vers la Palestine, m\u00eame s\u2019il \u00e9tait bien pr\u00e9sent dans les esprits, n\u2019aboutissait que rarement \u00e0 la r\u00e9alisation du voyage. Ce d\u00e9sir ne pouvait se concr\u00e9tiser que pour certains individus tr\u00e8s religieux b\u00e9n\u00e9ficiant de moyens mat\u00e9riels ou bien il fut le projet de fin de vie pour certaines personnes qui avaient d\u00e9cid\u00e9 de faire l\u2019<em>alyah<\/em>&nbsp;et \u00ab&nbsp;aller mourir en Terre sainte&nbsp;\u00bb. Quant au choix du d\u00e9part en Europe comme projet alternatif, il n\u2019a \u00e9t\u00e9 envisag\u00e9 par les communaut\u00e9s juives locales qu\u2019\u00e0 la suite des ind\u00e9pendances successives des trois pays du Maghreb. L\u2019Europe a \u00e9t\u00e9, certes, depuis longtemps int\u00e9gr\u00e9e \u00e0 l\u2019horizon migratoire des communaut\u00e9s juives du Maghreb, ne serait-ce que par l\u2019ampleur des relations commerciales, dans lesquelles les juifs ont souvent un r\u00f4le important. Cependant, ces mobilit\u00e9s ne touchaient que les couches ais\u00e9es de ces communaut\u00e9s et le d\u00e9part pour l\u2019Europe repr\u00e9sentait encore une aventure individuelle. Ainsi, il appara\u00eet clairement que les migrations des juifs de Tripolitaine, objet de cette \u00e9tude, se situent encore dans le contexte du Maghreb colonial.<\/p>\n<ul>\n<li>3&nbsp;Kh\u00e9lifa Mohamed Salem Lahouel,&nbsp;<em>Les juifs de la ville de Tripoli de l\u2019Occident sous la domination it&nbsp;<\/em><a href=\"http:\/\/books.openedition.org\/cjb\/157#ftn3\">(&#8230;)<\/a><\/li>\n<\/ul>\n<p>2La population juive est pr\u00e9sente en Tripolitaine depuis les temps les plus anciens. Pour la p\u00e9riode pr\u00e9c\u00e9dant l\u2019occupation italienne en 1911, les rapports de l\u2019Alliance isra\u00e9lite universelle \u00e0 Paris signalent qu\u2019en 1904 la communaut\u00e9 isra\u00e9lite \u00e9tait estim\u00e9e \u00e0 18&nbsp;000 membres. Elle \u00e9tait r\u00e9partie entre deux groupes&nbsp;: la communaut\u00e9 de Tripoli qui comptait 12&nbsp;000 juifs et celle de la ville de Benghazi qui \u00e9tait constitu\u00e9e de 2&nbsp;000 individus. D\u2019apr\u00e8s les statistiques ottomanes en 1911, au moment du d\u00e9but de l\u2019occupation italienne, la Tripolitaine comptait 523&nbsp;000 habitants&nbsp;; une population essentiellement semi-nomade, vivant dans les zones int\u00e9rieures du pays. Tripoli, la principale ville, comptait 30&nbsp;000 habitants. La m\u00eame source indique que ce chiffre global incluait une communaut\u00e9 juive de 8&nbsp;500 individus. Comme \u00e0 Tunis, F\u00e8s ou Alger, les populations non musulmanes \u00e9taient toujours attir\u00e9es par les lieux o\u00f9 si\u00e9geait le pouvoir central musulman, car c\u2019est l\u00e0 que leur s\u00e9curit\u00e9 pouvait \u00eatre mieux garantie.<\/p>\n<ul>\n<li>4&nbsp;<em>Ibid.<\/em>, p.&nbsp;304.<\/li>\n<li>5&nbsp;<em>Ibid.<\/em>, p.&nbsp;304.<\/li>\n<\/ul>\n<p>3La population juive de Tripolitaine vivait surtout dans les villes. Son \u00e9lite commer\u00e7ante et lettr\u00e9e, attir\u00e9e t\u00f4t par les vents de la modernit\u00e9 en provenance de l\u2019Europe, avait entrepris d\u00e8s le milieu du XIXe si\u00e8cle, une ouverture sur les march\u00e9s et les ports m\u00e9diterran\u00e9ens en jouant le r\u00f4le de m\u00e9diateur entre le monde ext\u00e9rieur et la population autochtone. Elle avait pens\u00e9 pouvoir tirer profit de la pr\u00e9sence italienne dans le pays<a href=\"http:\/\/books.openedition.org\/cjb\/157#ftn4\" id=\"bodyftn4\">4<\/a>&nbsp;et esp\u00e9r\u00e9 que les Italiens, venus d\u2019Europe, pourraient lui apporter plus de s\u00e9curit\u00e9 et am\u00e9liorer ses conditions de vie. Selon la m\u00eame analyse, le nouveau contexte fut consid\u00e9r\u00e9 plus favorable \u00e0 l\u2019\u00e9mancipation de ce qu\u2019elle consid\u00e9rait comme une situation humiliante d\u00e9coulant du statut de&nbsp;<em>dhimmi<\/em>, qui leur \u00e9tait impos\u00e9e dans ce pays g\u00e9r\u00e9 par le droit musulman. Des rumeurs avaient m\u00eame \u00e9voqu\u00e9 la complicit\u00e9 de certains juifs avec les troupes italiennes pr\u00e9cisant qu\u2019ils leur avaient servi de guide ou avaient mis \u00e0 leur disposition des bateaux pour le transport des troupes.<\/p>\n<ul>\n<li>6&nbsp;Renzo De Felice,&nbsp;<em>Jews in Arab Land.&nbsp;<\/em><em>Libya (1835-1970),<\/em>&nbsp;trad.&nbsp;Judith Roumani, University Texas Press&nbsp;<a href=\"http:\/\/books.openedition.org\/cjb\/157#ftn6\">(&#8230;)<\/a><\/li>\n<li>7&nbsp;Lahouel,&nbsp;<em>Les juifs de la ville\u2026<\/em>&nbsp;,&nbsp;<em>op.&nbsp;cit.<\/em>, p.&nbsp;304. La prolongation des hostilit\u00e9s entre, d\u2019une par&nbsp;<a href=\"http:\/\/books.openedition.org\/cjb\/157#ftn7\">(&#8230;)<\/a><\/li>\n<li>8&nbsp;<em>Ibid.<\/em>, p.&nbsp;304.<\/li>\n<li>9&nbsp;<em>Ibid.<\/em>, p.&nbsp;305.<\/li>\n<li>10&nbsp;L\u2019assassinat de l\u2019officier Cafia avait eu lieu en 1924, c\u2019est Kh\u00e9lifa Lahouel qui \u00e9voque cette affa&nbsp;<a href=\"http:\/\/books.openedition.org\/cjb\/157#ftn10\">(&#8230;)<\/a><\/li>\n<li>11&nbsp;Maurice M. Roumani,&nbsp;<em>The Jews of Libya. Coexistence, Pers\u00e9cution, Resettlement<\/em>, Sussex Academic Pres&nbsp;<a href=\"http:\/\/books.openedition.org\/cjb\/157#ftn11\">(&#8230;)<\/a><\/li>\n<\/ul>\n<p>4Conscients des dangers pouvant d\u00e9couler de la prolongation du climat d\u2019ins\u00e9curit\u00e9, des notables juifs auraient m\u00eame servi d\u2019interm\u00e9diaires entre les chefs italiens de la campagne militaire et les chefs de tribus insurg\u00e9es, afin de convaincre ces derniers de cesser la r\u00e9sistance \u00e0 l\u2019occupant. Une telle attitude de m\u00e9diation, voire de \u00ab&nbsp;complicit\u00e9&nbsp;\u00bb, avait permis \u00e0 des membres de l\u2019\u00e9lite juive, surtout les \u00e9l\u00e9ments lettr\u00e9s, d\u2019\u00eatre recrut\u00e9s \u00e0 des postes de fonctionnaires dans la nouvelle administration mise en place par les Italiens ainsi que de travailler dans les institutions bancaires et commerciales. Ces \u00e9lites qui avaient tout int\u00e9r\u00eat \u00e0 voir s\u2019arr\u00eater les hostilit\u00e9s avaient jou\u00e9 un r\u00f4le important dans le rapprochement entre les deux parties italienne et tripolitaine pour aboutir \u00e0 l\u2019armistice de 1918 et, par la suite, \u00e0 la proclamation du statut de 1919<a href=\"http:\/\/books.openedition.org\/cjb\/157#ftn7\" id=\"bodyftn7\">7<\/a>. Mais l\u2019arriv\u00e9e des fascistes au pouvoir \u00e0 Rome \u00e0 partir de 1922 avait chang\u00e9 la donne. Les relations entre les repr\u00e9sentants du r\u00e9gime fasciste \u00e0 Tripoli et les \u00e9lites juives \u00e9taient rentr\u00e9es dans une phase de tensions, voire de suspicions, provoquant des inqui\u00e9tudes et des mouvements migratoires parmi la population juive. Les nouvelles autorit\u00e9s italiennes de Tripoli voulaient consid\u00e9rer les juifs comme des Arabes, faisant partie, selon eux, des populations indig\u00e8nes. Un chef juif, Eug\u00e9nio Nahum, fut m\u00eame accus\u00e9 de complicit\u00e9 avec les r\u00e9sistants libyens \u00e0 l\u2019occupation italienne. Exc\u00e9d\u00e9s par l\u2019attitude hostile des fascistes, des \u00e9l\u00e9ments juifs de Tripoli all\u00e8rent m\u00eame jusqu\u2019\u00e0 commettre l\u2019assassinat d\u2019un officier italien du nom de Cafia&nbsp;se trouvant dans&nbsp;<em>la Hara<\/em>, ce qui ne manqua pas d\u2019accentuer le contr\u00f4le sur les juifs et de leur imposer une surveillance accrue. Un autre moment de tension est fourni par ce qu\u2019il \u00e9tait convenu d\u2019appeler \u00ab&nbsp;la crise du shabbat&nbsp;\u00bb. En effet, les autorit\u00e9s italiennes ont voulu imposer aux juifs l\u2019ouverture de leur commerce durant la journ\u00e9e du samedi et obliger les \u00e9coles \u00e0 ouvrir leurs portes. Ces mesures prises au nom de la modernisation du pays ont contribu\u00e9 \u00e0 perp\u00e9tuer un climat de tension et de peur parmi les juifs de Tripoli et \u00e0 contraindre ceux qui se consid\u00e9raient moins int\u00e9gr\u00e9s que les autres \u00e0 quitter Tripoli. C\u2019est ce qui va favoriser une premi\u00e8re vague de d\u00e9part des juifs de Libye au milieu des ann\u00e9es 1930.<\/p>\n<h1>Premi\u00e8re vague de r\u00e9fugi\u00e9s juifs en Tunisie, une occasion pour faire endosser la responsabilit\u00e9 de la crise aux autorit\u00e9s italiennes&nbsp;<\/h1>\n<ul>\n<li>12&nbsp;Archives nationales de Tunisie (ANT), s\u00e9rie D, carton 220, D.19, lettre dat\u00e9e du 24 septembre, adre&nbsp;<a href=\"http:\/\/books.openedition.org\/cjb\/157#ftn12\">(&#8230;)<\/a><\/li>\n<li>13&nbsp;<em>Ibid.<\/em><\/li>\n<li>14&nbsp;<em>Ibid<\/em>. Le pr\u00e9sident de la communaut\u00e9 isra\u00e9lite de Tunis \u00e9crit \u00e0 propos de ces \u00e9migr\u00e9s originaires de&nbsp;<a href=\"http:\/\/books.openedition.org\/cjb\/157#ftn14\">(&#8230;)<\/a><\/li>\n<li>15&nbsp;Pour confirmer ses propos, le pr\u00e9sident Nataf informe son interlocuteur qu\u2019il a re\u00e7u \u00ab&nbsp;une lettre d&nbsp;<a href=\"http:\/\/books.openedition.org\/cjb\/157#ftn15\">(&#8230;)<\/a><\/li>\n<li>16&nbsp;<em>Ibid<\/em>.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Au mois de septembre 1936, une lettre adress\u00e9e par \u00c9lie Nataf, pr\u00e9sident du conseil de la communaut\u00e9 isra\u00e9lite de Tunis, au secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral du gouvernement tunisien nous apprend la pr\u00e9sence \u00e0 Tunis de \u00ab&nbsp;209 familles juives tripolitaines, compos\u00e9es de 791 personnes au total [qui] sont secourues par la communaut\u00e9 juive de Tunis&nbsp;\u00bb. La lettre nous d\u00e9crit ces \u00ab&nbsp;tr\u00e8s nombreuses familles juives, originaires de Tripolitaine, pour la plupart indigentes, d\u00e9munies de ressources et qui s\u2019adressent d\u2019une fa\u00e7on constante \u00e0 la communaut\u00e9 pour l\u2019obtention de secours de toutes natures, en esp\u00e8ces, de ch\u00f4mage, de maladies, etc.\u2026&nbsp;\u00bb. Le pr\u00e9sident Nataf appara\u00eet un peu exc\u00e9d\u00e9 de voir son institution dans l\u2019obligation de s\u2019acquitter de cette lourde charge \u00ab&nbsp;alors qu\u2019il s\u2019agit de Tripolitains qui sont de nationalit\u00e9 italienne et r\u00e9guli\u00e8rement inscrits comme tels&nbsp;\u00bb. La deuxi\u00e8me raison qui semble avoir exasp\u00e9r\u00e9 le pr\u00e9sident Nataf tient au profil d\u00e9solant de ces juifs originaires de Tripolitaine dont le nombre le plus important est constitu\u00e9 \u00ab&nbsp;d\u2019hommes qui abandonnent leurs \u00e9pouses et leurs enfants en Tripolitaine, qui s\u2019installent \u00e0 Tunis, se remarient au bout de quelques mois, sans se pr\u00e9occuper de la premi\u00e8re famille d\u00e9munie de toutes ressources&nbsp;\u00bb. La lettre du pr\u00e9sident de la communaut\u00e9 isra\u00e9lite de Tunis semble indiquer que la pr\u00e9sence de ces juifs \u00e0 Tunis n\u2019a aucune justification, causant un double pr\u00e9judice au conseil de la communaut\u00e9 qui a eu la lourde t\u00e2che de les encadrer et de subvenir \u00e0 leurs besoins et \u00e0 leurs familles rest\u00e9es en Tripolitaine. Il conclut sa lettre en demandant aux autorit\u00e9s d\u2019imposer \u00ab&nbsp;une r\u00e9glementation concernant le s\u00e9jour des ces Tripolitains \u00e0 Tunis&nbsp;\u00bb et dans un tel cas \u00ab&nbsp;leur assistance devait incomber au consulat d\u2019Italie dont ils sont ressortissants&nbsp;\u00bb.<\/p>\n<ul>\n<li>17&nbsp;ANT, S\u00e9rie D, C. 220, D.19, lettre dat\u00e9e du 15 octobre 1936, adress\u00e9e par le secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral du&nbsp;<a href=\"http:\/\/books.openedition.org\/cjb\/157#ftn17\">(&#8230;)<\/a><\/li>\n<li>18&nbsp;<em>Ibid<\/em>.<\/li>\n<li>19&nbsp;<em>Ibid<\/em>.<\/li>\n<li>20&nbsp;ANT, S\u00e9rie D, C. 220, D.19, lettre dat\u00e9e du 15 octobre 1936, adress\u00e9e par le r\u00e9sident g\u00e9n\u00e9ral de Fr&nbsp;<a href=\"http:\/\/books.openedition.org\/cjb\/157#ftn20\">(&#8230;)<\/a><\/li>\n<\/ul>\n<p>6Les autorit\u00e9s du protectorat semblent avoir \u00e9pous\u00e9 les arguments et solutions avanc\u00e9s par le pr\u00e9sident Nataf. Elles s\u2019\u00e9taient montr\u00e9es compr\u00e9hensives face au pr\u00e9judice caus\u00e9 \u00e0 l\u2019institution de bienfaisance isra\u00e9lite de Tunis qui ne pouvait continuer \u00e0 supporter seule \u00ab&nbsp;cette lourde charge&nbsp;\u00bb d\u2019autant plus que \u00ab&nbsp;ses ressources sont restreintes et dont l\u2019action charitable ne saurait s\u2019\u00e9tendre aux collectivit\u00e9s d\u2019origine non tunisienne sans risquer de lui causer de graves embarras financiers&nbsp;\u00bb. De m\u00eame, le secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral du gouvernement tunisien fit siennes les accusations port\u00e9es par le pr\u00e9sident Nataf \u00e0 l\u2019encontre des institutions italiennes de Tunis. Aussi informa-t-il le r\u00e9sident g\u00e9n\u00e9ral (la plus haute autorit\u00e9 du protectorat fran\u00e7ais en Tunisie) que \u00ab&nbsp;les int\u00e9ress\u00e9s s\u2019adressent, en g\u00e9n\u00e9ral, \u00e0 cette institution (conseil de la communaut\u00e9 isra\u00e9lite de Tunis) apr\u00e8s rejet de leurs demandes de secours par le consulat g\u00e9n\u00e9ral d\u2019Italie ou par la Soci\u00e9t\u00e9 de bienfaisance italienne de Tunis&nbsp;\u00bb. \u00c0 l\u2019instar du pr\u00e9sident Nataf, le secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral pense, \u00e0 son tour, que c\u2019est aux autorit\u00e9s italiennes qu\u2019incombe la mission de trouver une solution \u00e0 ces r\u00e9fugi\u00e9s. C\u2019est ainsi qu\u2019il demanda, lui aussi, au r\u00e9sident g\u00e9n\u00e9ral \u00ab&nbsp;d\u2019intervenir aupr\u00e8s du consul g\u00e9n\u00e9ral d\u2019Italie \u00e0 Tunis, en vue de lui exposer la situation et lui sugg\u00e9rer d\u2019aviser aux mesures qu\u2019il jugerait les plus opportunes pour concourir \u00e0 l\u2019assistance de ces groupements en question, tout en d\u00e9chargeant de ce soin la communaut\u00e9 isra\u00e9lite de Tunis&nbsp;\u00bb. Dans sa lettre au consul d\u2019Italie, le r\u00e9sident g\u00e9n\u00e9ral de France en Tunisie signale la situation expos\u00e9e par la communaut\u00e9 juive et lui demande \u00ab&nbsp;d\u2019aviser aux mesures les plus opportunes pour concourir \u00e0 l\u2019assistance des groupements tripolitains en question&nbsp;\u00bb.<\/p>\n<p>7Il d\u00e9coule de ces diff\u00e9rentes correspondances administratives et diplomatiques \u00e9chang\u00e9es \u00e0 Tunis entre le conseil de la communaut\u00e9 isra\u00e9lite et les autorit\u00e9s du protectorat, d\u2019une part, et les autorit\u00e9s du protectorat et la repr\u00e9sentation diplomatique italienne \u00e0 Tunis, d\u2019autre part, un d\u00e9sir d\u2019instrumentalisation de la mis\u00e8re des r\u00e9fugi\u00e9s en provenance de Tripolitaine pour faire endosser aux autorit\u00e9s italiennes la responsabilit\u00e9 de la situation dans laquelle se trouvait ce millier d\u2019immigrants. D\u2019ailleurs, la proposition qu\u2019il avait faite au r\u00e9sident g\u00e9n\u00e9ral d\u2019intervenir aupr\u00e8s du consul d\u2019Italie \u00e0 Tunis ne visait-elle pas \u00e0 mettre en difficult\u00e9 le gouvernement italien en insinuant que le drame v\u00e9cu par les r\u00e9fugi\u00e9s tripolitains dans la r\u00e9gence n\u2019\u00e9tait, en d\u00e9finitive, qu\u2019une cons\u00e9quence de la politique suivie par l\u2019Italie dans les territoires qui \u00e9taient sous son influence tels que la Libye ou l\u2019Abyssinie dont les \u00e9chos de leur conqu\u00eate, une ann\u00e9e auparavant, \u00e9taient encore pr\u00e9sents dans les esprits.<\/p>\n<ul>\n<li>21&nbsp;Lettre dat\u00e9e du 20 janvier 1935 adress\u00e9e par le consul de France \u00e0 Tripoli au gouverneur g\u00e9n\u00e9ral de&nbsp;<a href=\"http:\/\/books.openedition.org\/cjb\/157#ftn21\">(&#8230;)<\/a><\/li>\n<li>22&nbsp;(ANT), S\u00e9rie D, carton 220, D.19, lettre dat\u00e9e du 24 septembre, adress\u00e9e par le pr\u00e9sident \u00c9lie Nata&nbsp;<a href=\"http:\/\/books.openedition.org\/cjb\/157#ftn22\">(&#8230;)<\/a><\/li>\n<li>23&nbsp;Kh\u00e9lifa Lahouel,&nbsp;<em>Juifs de Tripoli\u2026<\/em>,&nbsp;<em>op.&nbsp;cit.<\/em>&nbsp;L\u2019auteur cite p.&nbsp;305 plusieurs exemples de ces tension&nbsp;<a href=\"http:\/\/books.openedition.org\/cjb\/157#ftn23\">(&#8230;)<\/a><\/li>\n<li>24&nbsp;Italo Balbo na\u00eet \u00e0 Ferrare le 6 juin 1896. Apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 acquis, au cours de sa jeunesse, aux id\u00e9&nbsp;<a href=\"http:\/\/books.openedition.org\/cjb\/157#ftn24\">(&#8230;)<\/a><\/li>\n<li>25&nbsp;Lahouel,&nbsp;<em>Les juifs de la ville\u2026,<\/em>&nbsp;<em>op.&nbsp;cit.<\/em>, p.&nbsp;307.<\/li>\n<li>26&nbsp;Maurice M. Roumani,&nbsp;<em>op.&nbsp;cit.<\/em>, p.&nbsp;30. L\u2019auteur \u00e9voque plusieurs exemples de solidarit\u00e9 des juifs de<a href=\"http:\/\/books.openedition.org\/cjb\/157#ftn26\">(&#8230;)<\/a><\/li>\n<li>27&nbsp;Lahouel,&nbsp;<em>Les juifs de la ville\u2026<\/em>,&nbsp;<em>op.&nbsp;cit.<\/em>, p.&nbsp;307, il s\u2019agit de Abramo Bedusa et les deux fr\u00e8res Au&nbsp;<a href=\"http:\/\/books.openedition.org\/cjb\/157#ftn27\">(&#8230;)<\/a><\/li>\n<li>28&nbsp;Maurice M. Roumani,&nbsp;<em>The Jews of Libya\u2026<\/em>,&nbsp;<em>op.&nbsp;cit.<\/em>, p.&nbsp;33.<\/li>\n<li>29&nbsp;<em>Ibid<\/em>. Quelque 870 juifs parmi les 2&nbsp;000 juifs de nationalit\u00e9 britannique r\u00e9sidant en Libye ont \u00e9t\u00e9<a href=\"http:\/\/books.openedition.org\/cjb\/157#ftn29\">(&#8230;)<\/a><\/li>\n<li>30&nbsp;CADN (RG), carton 142, note de police du 1<sup>er<\/sup>&nbsp;octobre 1942 indiquant que \u00ab&nbsp;les r\u00e9fugi\u00e9s juifs tripol&nbsp;<a href=\"http:\/\/books.openedition.org\/cjb\/157#ftn30\">(&#8230;)<\/a><\/li>\n<\/ul>\n<p>8Les sources disponibles fournissent peu d\u2019informations sur les conditions pr\u00e9cises dans lesquelles ces populations ont d\u00fb quitter leur pays de r\u00e9sidence, m\u00eame si les autorit\u00e9s du protectorat font \u00e9tat de plaintes adress\u00e9es par des juifs r\u00e9sidant \u00e0 Tripoli au consulat de France de cette ville depuis l\u2019ann\u00e9e 1935&nbsp;Comme on l\u2019a pr\u00e9cis\u00e9 plus haut, la premi\u00e8re fois que leur pr\u00e9sence est signal\u00e9e \u00e0 Tunis date du mois de septembre 1936. Cependant, la m\u00eame source indique que l\u2019arriv\u00e9e de ces populations remontait d\u00e9j\u00e0 \u00e0 quelques mois auparavant. Les correspondances adress\u00e9es aux autorit\u00e9s du protectorat par le conseil de la communaut\u00e9 isra\u00e9lite de Tunis attestent de la pr\u00e9sence \u00ab&nbsp;d\u2019hommes qui abandonnent leurs \u00e9pouses et leurs enfants en Tripolitaine&nbsp;\u00bb. En effet, les sources relatives aux juifs de Tripolitaine nous confirment l\u2019existence d\u2019une tension permanente ayant marqu\u00e9 les relations entre les autorit\u00e9s italiennes de Tripoli et la communaut\u00e9 juive locale depuis la prise du pouvoir par les fascistes. Certes, ces relations semblent avoir connu un certain apaisement \u00e0 partir de 1934, lorsqu\u2019Italo Balbo&nbsp;prend la direction des affaires italiennes en Libye. Ce dernier est connu pour ses sentiments anti-allemands et \u00ab&nbsp;l\u2019amiti\u00e9&nbsp;\u00bb qu\u2019on lui pr\u00eate envers les juifs. Ainsi, malgr\u00e9 la promulgation des lois raciales \u00e0 Rome en 1938, leur application en Libye resta limit\u00e9e et superficielle jusqu\u2019\u00e0 la mort de Balbo dans un \u00ab&nbsp;accident d\u2019avion&nbsp;\u00bb le 28 juin 1940. C\u2019est \u00e0 cette date que l\u2019Italie d\u00e9cide d\u2019entrer dans la guerre aux c\u00f4t\u00e9s de l\u2019Allemagne et une telle d\u00e9cision ne va pas manquer d\u2019avoir des cons\u00e9quences f\u00e2cheuses sur la situation des juifs r\u00e9sidant en Libye. La premi\u00e8re occupation anglaise de la Cyr\u00e9na\u00efque au cours des mois de f\u00e9vrier-avril 1941 allait, elle, encore aggraver davantage la situation. Les juifs ont \u00e9t\u00e9 accus\u00e9s de complicit\u00e9 avec les ennemis de l\u2019Italie en leur fournissant, munitions et renseignements. Lorsque les forces italo-allemandes arrivent, en mai 1941, \u00e0 reprendre cette vaste r\u00e9gion de Libye, des actes de vengeance sont engag\u00e9s contre les populations juives, plusieurs centaines d\u2019hommes furent traduits devant les tribunaux militaires. Les exactions contre les juifs vont reprendre de plus belle lorsque les forces anglaises r\u00e9ussirent de reprendre \u00e0 nouveau la r\u00e9gion de la Cyr\u00e9na\u00efque, \u00e0 partir de janvier 1942. Dans les zones rest\u00e9es sous influence italienne, les tribunaux prononc\u00e8rent des peines capitales contre trois juifs accus\u00e9s de collaboration avec les forces britanniques. Plusieurs milliers de juifs furent envoy\u00e9s dans des camps du travail obligatoire en Libye m\u00eame \u00e0 Sidi Azzaz et Giado. Les juifs se trouvant sur le territoire libyen avec la nationalit\u00e9 anglaise furent expuls\u00e9s vers le nord de l\u2019Italie. Un autre groupe de juifs originaires de Tunisie, de l\u2019Alg\u00e9rie et du Maroc avait \u00e9t\u00e9 contraint au d\u00e9part vers la Tunisie, \u00e0 la suite d\u2019une convention&nbsp;entre les autorit\u00e9s italiennes et le consulat de France \u00e0 Tripoli.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/books.openedition.org\/cjb\/157\">Suite<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Trabelsi, Gh\u00e9riani, Soufir, Mazouz, Sroussi, Branes, pour ne citer que les plus r\u00e9pandus, sont tous des noms de famille fr\u00e9quents chez les Tunisiens juifs. Une simple recherche fait d\u00e9couvrir qu\u2019il s\u2019agit pour la plupart d\u2019entre eux de patronymes toponymiques issus de r\u00e9gions situ\u00e9es en Lybie. 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