{"id":62648,"date":"2019-07-25T17:57:15","date_gmt":"2019-07-25T17:57:15","guid":{"rendered":""},"modified":"2019-07-25T17:57:15","modified_gmt":"2019-07-25T17:57:15","slug":"la-saga-des-lycees-francais-de-la-bas","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/la-saga-des-lycees-francais-de-la-bas\/","title":{"rendered":"La saga des lyc\u00e9es fran\u00e7ais de l\u00e0-bas"},"content":{"rendered":"<header>\n<p>La saga des lyc\u00e9es fran\u00e7ais de l\u00e0-bas<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<\/header>\n<p>\u00abSi je me souviens du coll\u00e8ge D&rsquo;Alembert? Images, sons, odeurs, je n&rsquo;en ai rien oubli\u00e9!\u00bb s&rsquo;exclame l&rsquo;\u00e9crivain alg\u00e9rien Salah Guemriche en retrouvant par hasard son ancien camarade de classe G\u00e9rard Tobelem. Trente ans plus tard, ce dernier, petit juif b\u00f4nois, est devenu en France un professeur de m\u00e9decine renomm\u00e9. Ces retrouvailles symbolisent \u00e0 elles seules toute la complexit\u00e9 de l&rsquo;histoire des lyc\u00e9es fran\u00e7ais du Maghreb.&nbsp;<\/p>\n<p>\u00abL&rsquo;image que j&rsquo;ai gard\u00e9e: celle d&rsquo;un coll\u00e8ge avant tout la\u00efque et r\u00e9publicain, dont la mission \u00e9tait d&rsquo;apprendre \u00e0 lire, \u00e0 \u00e9crire et \u00e0 compter en fa\u00e7onnant tous les enfants dans ce moule unique de leurs anc\u00eatres gaulois et dans une quasi-extraterritorialit\u00e9 qui lui a permis de r\u00e9sister longtemps aux \u00e9v\u00e9nements ext\u00e9rieurs. Une impression de grand bonheur l&#8217;emporte sur tout le reste. Le reste, c&rsquo;est-\u00e0-dire la guerre d&rsquo;Alg\u00e9rie\u00bb, rench\u00e9rit l&rsquo;\u00e9crivain alg\u00e9rien, qui, comme tous les anciens \u00e9l\u00e8ves de ces lyc\u00e9es fran\u00e7ais, au Maroc, en Alg\u00e9rie, en Tunisie, s&rsquo;interroge: \u00abImages heureuses d&rsquo;un esprit d&rsquo;enfant na\u00eff en marge de la r\u00e9alit\u00e9 ou manipulation de m\u00e9moire pour embellir une p\u00e9riode que je n&rsquo;accepte pas de noircir? Cette question, que je me suis pos\u00e9e tant de fois, reste sans r\u00e9ponse.\u00bb&nbsp;<\/p>\n<p>Dans ces pays, o\u00f9 existaient un enseignement coranique et talmudique et d\u00e9j\u00e0 des \u00e9coles chr\u00e9tiennes, les autorit\u00e9s fran\u00e7aises cr\u00e9ent, d\u00e8s la fin du XIXe si\u00e8cle, des \u00e9tablissements publics pour contrecarrer ces influences religieuses. Ils ont pour fonction premi\u00e8re de scolariser les enfants des militaires, des fonctionnaires et des colons. Mais aussi de franciser les enfants des communaut\u00e9s europ\u00e9ennes pr\u00e9sentes sur ces terres d&rsquo;Afrique: Espagnols, Italiens, Maltais&#8230; Boud\u00e9s dans un premier temps par les \u00abindig\u00e8nes\u00bb musulmans et juifs, qui craignent d&rsquo;y perdre leur identit\u00e9, ces lyc\u00e9es la\u00efques et gratuits sont d&rsquo;abord fr\u00e9quent\u00e9s par une majorit\u00e9 d&rsquo;Europ\u00e9ens et une forte minorit\u00e9 isra\u00e9lite. Les \u00e9l\u00e8ves musulmans sont pouss\u00e9s vers les fili\u00e8res professionnelles. Mais peu \u00e0 peu, sous la pression des notables locaux, qui voient l\u00e0 pour leurs enfants l&rsquo;occasion d&rsquo;acqu\u00e9rir un \u00abpasseport pour la modernit\u00e9\u00bb, et des \u00e9l\u00e8ves eux-m\u00eames, qui se battent pour le \u00abdroit au baccalaur\u00e9at\u00bb, seul acc\u00e8s \u00e0 l&rsquo;enseignement sup\u00e9rieur, le nombre d&rsquo;\u00e9l\u00e8ves maghr\u00e9bins ne cesse d&rsquo;augmenter. Ils constitueront d&rsquo;ailleurs, dans les ann\u00e9es 1950-1960, une \u00e9lite pionni\u00e8re qui sera \u00e0 la pointe du combat ind\u00e9pendantiste. Apr\u00e8s les ind\u00e9pendances, devenus lyc\u00e9es \u00abde la Mission\u00bb, ces \u00e9tablissements accueillent un plus grand nombre d&rsquo;\u00e9l\u00e8ves (on estime \u00e0 plus de 80 000 les \u00e9l\u00e8ves nationaux pass\u00e9s par ces \u00e9coles fran\u00e7aises de 1960 \u00e0 2000, dont pr\u00e8s d&rsquo;une moiti\u00e9 de Marocains).&nbsp;<\/p>\n<p>Il s&rsquo;agit toujours de lieux magnifiques; les \u00e9tablissements sont b\u00e2tis sur le mod\u00e8le des grands lyc\u00e9es parisiens, mais adapt\u00e9s au pays: murs blanchis \u00e0 la chaux, architecture mauresque aux arcades multicolores, grandes cours plant\u00e9es de palmiers et fleuries d&rsquo;hibiscus ou de jasmins, ils comptent souvent parmi les tout premiers b\u00e2timents de la ville europ\u00e9enne. A Alger, le lyc\u00e9e de jeunes filles Eug\u00e8ne-Fromentin (devenu Descartes) s&rsquo;installe dans un ancien palais ottoman, avec une cour int\u00e9rieure d\u00e9cor\u00e9e de mosa\u00efques anciennes qui surplombe toute la baie d&rsquo;Alger. Puis, dans les ann\u00e9es 1950, pour essayer de rattraper le retard de scolarisation (surtout en Alg\u00e9rie, o\u00f9, en 1954 encore, seul 1 enfant alg\u00e9rien sur 6 va \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole), se construisent des lyc\u00e9es ultramodernes, aux laboratoires de physique-chimie de pointe et aux \u00e9quipements sportifs de haut niveau. Apr\u00e8s les ind\u00e9pendances, de nombreux \u00e9tablissements seront nationalis\u00e9s.&nbsp;<\/p>\n<p>Une pr\u00e9sence dans plus de 150 pays<\/p>\n<p>Les lyc\u00e9es fran\u00e7ais d&rsquo;Afrique du Nord font partie d&rsquo;une histoire beaucoup plus vaste, celle de la pr\u00e9sence fran\u00e7aise, depuis un si\u00e8cle et demi, dans plus de 150 pays. Le syst\u00e8me \u00e9ducatif \u00e9tatique fran\u00e7ais cohabite souvent, avec des variations selon les \u00e9poques, avec un r\u00e9seau scolaire religieux, catholique surtout, et un r\u00e9seau la\u00efque dont les c\u00e9l\u00e8bres \u00abgrands lyc\u00e9es d&rsquo;Orient\u00bb de la Mission la\u00efque fran\u00e7aise (fond\u00e9e en 1902), comme le lyc\u00e9e pionnier de Salonique, le coll\u00e8ge de Beyrouth, les lyc\u00e9es du Caire et d&rsquo;Alexandrie, de Damas, de J\u00e9rusalem ou encore ceux de T\u00e9h\u00e9ran ou d&rsquo;Addis-Abeba. Et enfin ceux de l&rsquo;Alliance isra\u00e9lite universelle, cr\u00e9\u00e9e d\u00e8s 1860. Aujourd&rsquo;hui, 410 \u00e9tablissements \u00e0 l&rsquo;\u00e9tranger, avec plus de 250 000 \u00e9l\u00e8ves, sont homologu\u00e9s (c&rsquo;est-\u00e0-dire qu&rsquo;ils suivent les programmes de l&rsquo;Education nationale fran\u00e7aise). Parmi ces lyc\u00e9es, 260 d\u00e9pendent de l&rsquo;Agence pour l&rsquo;enseignement fran\u00e7ais \u00e0 l&rsquo;\u00e9tranger (Aefe), sous la tutelle du minist\u00e8re des Affaires \u00e9trang\u00e8res. 73 structures scolaires secondaires sont en gestion directe et 180 conventionn\u00e9es (avec en tout 160 000 \u00e9l\u00e8ves, dont 70 000 Fran\u00e7ais). Quelques \u00e9coles embl\u00e9matiques: Pierre-Loti \u00e0 Istanbul, Charles-de-Gaulle \u00e0 Londres, Jules-Supervielle \u00e0 Montevideo, Montaigne \u00e0 Cotonou, Condorcet \u00e0 Sydney.&nbsp;<br \/>\nCes \u00e9tablissements assurent leur r\u00f4le premier: la continuit\u00e9 du service public fran\u00e7ais \u00e0 l&rsquo;\u00e9tranger, permettant \u00e0 tout \u00e9l\u00e8ve fran\u00e7ais de poursuivre une scolarit\u00e9 classique dans n&rsquo;importe quelle partie du monde. Mais, aujourd&rsquo;hui, ils jouent de plus en plus un r\u00f4le d&rsquo;interface entre la France et le pays d&rsquo;accueil (apprentissage obligatoire de la langue, dipl\u00f4mes binationaux, activit\u00e9s culturelles). Ces \u00e9tablissements assurent ainsi une part non n\u00e9gligeable dans la formation des \u00e9lites locales. Pourtant, la strat\u00e9gie fran\u00e7aise actuelle se caract\u00e9rise par une restriction des cr\u00e9dits, une augmentation des droits d&rsquo;entr\u00e9e (jusqu&rsquo;\u00e0 plus de 10 000 euros par ann\u00e9e dans certains lyc\u00e9es) et une diminution des \u00e9tablissements dans les zones francophones au profit des pays d&rsquo;Europe centrale et orientale. Les tensions g\u00e9opolitiques en Alg\u00e9rie ou en Ha\u00efti, ou encore, derni\u00e8rement, le saccage des \u00e9tablissements scolaires fran\u00e7ais en C\u00f4te d&rsquo;Ivoire ne sont pas \u00e9trangers \u00e0 ce red\u00e9ploiement.&nbsp;<\/p>\n<p>Auteur<\/p>\n<p>Les noms qui leur sont donn\u00e9s suivent les al\u00e9as de l&rsquo;Histoire: aux lyc\u00e9es de gar\u00e7ons les noms de militaires conqu\u00e9rants (Lamorici\u00e8re \u00e0 Oran, d&rsquo;Aumale \u00e0 Constantine) ou de r\u00e9sidents g\u00e9n\u00e9raux (Gouraud \u00e0 Rabat, St\u00e9phen Pichon \u00e0 Bizerte); \u00e0 ceux de filles les noms d&rsquo;orientalistes (Delacroix \u00e0 Alger ou St\u00e9phane Gsell \u00e0 Oran); \u00e0 d&rsquo;autres encore, le nom de pr\u00e9sidents de la R\u00e9publique fran\u00e7aise, tel Armand-Falli\u00e8res \u00e0 Tunis.&nbsp;<\/p>\n<p>Mais tout change avec l&rsquo;av\u00e8nement des ind\u00e9pendances. De fa\u00e7on souvent explicite, quand les lyc\u00e9es deviennent nationaux: ainsi le lyc\u00e9e Bugeaud d&rsquo;Alger s&rsquo;appelle d\u00e9sormais Abdel-Kader et, en 1983, le lyc\u00e9e Carnot, \u00e0 Tunis, prend le nom de son \u00e9l\u00e8ve le plus c\u00e9l\u00e8bre, Bourguiba. Quand les \u00e9tablissements restent fran\u00e7ais, ils adoptent des noms consensuels: Descartes \u00e0 Rabat et \u00e0 Alger, Pierre-et-Marie-Curie \u00e0 Oujda (Maroc) et \u00e0 Annaba (Alg\u00e9rie), ou encore Gustave-Flaubert \u00e0 La Marsa, pr\u00e8s de Tunis. Exception notable: le lyc\u00e9e Lyautey, \u00e0 Casablanca, qui garde depuis sa cr\u00e9ation, en 1925, le m\u00eame nom (celui d&rsquo;une figure marquante de la colonisation au Maroc, pourtant) et ce, \u00e0 la demande m\u00eame des Marocains.&nbsp;<\/p>\n<p>Ces lyc\u00e9es ont vu passer des milliers d&rsquo;\u00e9l\u00e8ves, de toutes les origines. Fouad Laraoui, fils d&rsquo;un postier qui d\u00e9sirait envoyer ses enfants au lyc\u00e9e Lyautey de Casablanca, s&rsquo;illumine \u00e0 l&rsquo;\u00e9vocation de \u00abce lieu extraordinaire de brassage social et culturel\u00bb. \u00abJe n&rsquo;id\u00e9alise rien, ajoute Fouad Laraoui, aujourd&rsquo;hui \u00e9crivain. Ce m\u00e9lange \u00e9tait tr\u00e8s riche; cela m&rsquo;a apport\u00e9 bien plus qu&rsquo;une \u00e9ducation. L&rsquo;\u00e9cole fran\u00e7aise nous apprenait l&rsquo;ouverture, la curiosit\u00e9, le questionnement.\u00bb Ou, comme le r\u00e9sume avec tendresse Chedly Hamayet, fondateur de l&rsquo;association des Anciens du Lyc\u00e9e mixte de F\u00e8s: \u00abF\u00e8s nous a permis de baigner dans un monde cosmopolite; nous vivions les uns \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des autres, les uns au- dessus des autres, les uns au-dessous des autres. On ne savait plus d&rsquo;o\u00f9 l&rsquo;on venait. On \u00e9tait juste fassi.\u00bb&nbsp;<\/p>\n<p>Ce climat de fraternit\u00e9, palpable au Maroc et en Tunisie, anciens protectorats, est parfois mis \u00e0 mal dans certains \u00e9tablissements d&rsquo;Alg\u00e9rie, alors d\u00e9partement fran\u00e7ais. En t\u00e9moigne A\u00efssa Kadri, directeur de l&rsquo;Institut Maghreb-Europe: \u00abLe lyc\u00e9e de gar\u00e7ons Duveyrier, \u00e0 Blida, que j&rsquo;ai fr\u00e9quent\u00e9 de 1956 \u00e0 1960, se trouvait en pleine Mitidja, la citadelle coloniale. En entrant au lyc\u00e9e, j&rsquo;ai eu l&rsquo;impression de passer une fronti\u00e8re. J&rsquo;\u00e9tais le petit guebli qui arrivait dans un lyc\u00e9e qui n&rsquo;\u00e9tait pas fait pour lui. Et pourtant, au quotidien, il n&rsquo;y avait pas de v\u00e9ritable s\u00e9paration. On travaillait ensemble, on faisait du sport ensemble, mais il \u00e9tait tr\u00e8s rare de voir sur le m\u00eame banc un pied-noir et un musulman. A la cantine, il y avait une table \u00e0 part pour les musulmans, au fond de la salle. C&rsquo;est seulement au foyer qu&rsquo;on se retrouvait, entre demi-pensionnaires et internes, unis par la musique am\u00e9ricaine comme Elvis Presley ou les Platters. Dans ces moments fugaces, nous devenions \u00e9gaux par la magie de la musique.\u00bb&nbsp;<\/p>\n<p>Cette diversit\u00e9 culturelle s&rsquo;accompagnait d&rsquo;une autre avanc\u00e9e. Les lyc\u00e9es du Maghreb ont souvent \u00e9t\u00e9 mixtes bien avant ceux de France. D\u00e8s 1931, comme le bien-nomm\u00e9 Lyc\u00e9e mixte de F\u00e8s ou dans les classes de kh\u00e2gne ou de maths sup pour d&rsquo;autres. \u00abA Marrakech, dans les ann\u00e9es 1960, raconte Elisabeth Guigou, les jeunes Marocaines qui venaient au lyc\u00e9e fran\u00e7ais s&rsquo;asseyaient sur les m\u00eames bancs que les gar\u00e7ons et cela ne posait aucun probl\u00e8me.\u00bb&nbsp;<\/p>\n<p>L&rsquo;histoire de ces lyc\u00e9es, c&rsquo;est leur histoire \u00e0 eux, les \u00abanciens\u00bb \u00e9l\u00e8ves. Ils y reviennent sans cesse. Souvent la larme au coin de l&rsquo;?il, m\u00eal\u00e9e d&rsquo;un rire qui \u00e9clate \u00e0 l&rsquo;\u00e9vocation des farces faites aux professeurs, du go\u00fbt du beignet pris \u00e0 la r\u00e9cr\u00e9ation, les poches encore pleines de noyaux d&rsquo;abricot pour jouer. Ils sont rest\u00e9s les adolescents de cette \u00e9poque, ceux qui sont devenus, aujourd&rsquo;hui, pour nombre d&rsquo;entre eux, des hommes et des femmes \u00e9minents. Que ce soit dans les sph\u00e8res politico-\u00e9conomique (ministres, maires de grandes villes, pr\u00e9fets ou walis, grands m\u00e9decins, directeurs de banques, de grandes entreprises, diplomates ou responsables d&rsquo;institutions internationales?) ou intellectuelle, artistique (dissidents, avocats, \u00e9crivains, artistes, grands couturiers, journalistes, hommes de spectacle?). Mais, particularit\u00e9 quasi unique au monde, qu&rsquo;ils soient aujourd&rsquo;hui citoyens marocains, alg\u00e9riens, tunisiens, fran\u00e7ais, isra\u00e9liens, italiens, canadiens ou de bien d&rsquo;autres nationalit\u00e9s, tous ont us\u00e9 leurs fonds de culotte sur les m\u00eames bancs. A chaque Maghr\u00e9bin r\u00e9pond en \u00e9cho un \u00abcondisciple occidental\u00bb: au pr\u00e9sident Bourguiba (lyc\u00e9e Carnot de Tunis), la pr\u00e9sidente de la Lettonie, Vaira Vike-Freiberga (coll\u00e8ge Mers-Sultan de Casablanca); aux ministres fran\u00e7ais Elisabeth Guigou (lyc\u00e9es Mangin puis Victor-Hugo de Marrakech) ou Michel Jobert (lyc\u00e9e Poeymirau de Mekn\u00e8s), les ex-Premiers ministres alg\u00e9riens Sid Ahmed Ghozali (lyc\u00e9e Lamorici\u00e8re d&rsquo;Oran) ou Redha Malek (lyc\u00e9e D&rsquo;Aumale de Constantine); au maire actuel de Tunis, Abb\u00e8s Mohsen (lyc\u00e9e Mutuelleville de Tunis), ou, celui d&rsquo;Agadir, Tarik Kabbaj (lyc\u00e9e Lyautey de Casablanca), le maire de Paris, Bertrand Delano\u00eb (lyc\u00e9e St\u00e9phen-Pichon de Bizerte); \u00e0 l&rsquo;historien alg\u00e9rien Mohammed Harbi (lyc\u00e9e D&rsquo;Aumale de Constantine), l&rsquo;essayiste Jacques Attali (lyc\u00e9e Gautier d&rsquo;Alger); aux innombrables journalistes de la presse du Maghreb issus de tous les lyc\u00e9es fran\u00e7ais, quelques-uns de leurs confr\u00e8res les plus connus en France &#8211; Edwy Plenel, du Monde (lyc\u00e9e Victor-Hugo d&rsquo;Alger), Jean-Pierre Elkabbach, pr\u00e9sident de La Cha\u00eene parlementaire (lyc\u00e9e Lamorici\u00e8re d&rsquo;Oran), Bernard Guetta, de France Inter, chroniqueur \u00e0 L&rsquo;Express (lyc\u00e9e Lyautey de Casablanca). La liste des \u00e9crivains et des artistes des deux rives de la M\u00e9diterran\u00e9e est encore plus longue et celle des anciens \u00e9l\u00e8ves moins c\u00e9l\u00e8bres, infinie. Un seul exemple: il est significatif que presque tous les meilleurs humoristes de la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise d&rsquo;aujourd&rsquo;hui aient fait leurs classes dans un pays du Maghreb: Fellag ou Guy Bedos en Alg\u00e9rie, Michel Boujenah ou Georges Wolinski en Tunisie, Gad Elmaleh au Maroc. Dans un autre registre, avant de se retrouver \u00e0 Hollywood, Claudia Cardinale planchait au coll\u00e8ge Paul-Cambon de Tunis.&nbsp;<\/p>\n<p>Philippe S\u00e9guin, premier pr\u00e9sident de la Cour des comptes, ancien \u00e9l\u00e8ve du lyc\u00e9e Carnot de Tunis, explique cette communaut\u00e9 d&rsquo;esprit: \u00abRegardez les noms derri\u00e8re n&rsquo;importe quelle photo de classe du lyc\u00e9e: vous avez des Fran\u00e7ais, des Siciliens, des juifs, des Arabes, des Maltais&#8230; Aujourd&rsquo;hui, cette relation entre gens issus de ces lyc\u00e9es va au-del\u00e0 de tous les clivages nationaux, religieux, politiques; nous partageons des souvenirs et des r\u00e9f\u00e9rences qui peuvent \u00eatre qualifi\u00e9s de ?m\u00eames valeurs\u00a0\u00bb.\u00bb&nbsp;<\/p>\n<p>Valeurs enseign\u00e9es par des \u00abma\u00eetres\u00bb qui les ont marqu\u00e9s durablement. \u00abJustement parce que nous n&rsquo;\u00e9tions pas en France, les professeurs avaient \u00e0 c?ur que l&rsquo;on soit les meilleurs du monde. Ils \u00e9taient l\u00e0 non seulement pour faire de nous de bons \u00e9l\u00e8ves, mais aussi pour nous former en tant qu&rsquo;\u00eatres humains avec des valeurs humanistes\u00bb, reconna\u00eet un ancien \u00e9l\u00e8ve. Leur enseignement des valeurs de la R\u00e9publique a donn\u00e9 des armes aux jeunes ind\u00e9pendantistes pour conqu\u00e9rir leur \u00abdroit des peuples \u00e0 disposer d&rsquo;eux-m\u00eames\u00bb; la passion de la litt\u00e9rature qu&rsquo;ils ont transmise \u00e0 leurs \u00e9l\u00e8ves a engendr\u00e9 la foisonnante litt\u00e9rature maghr\u00e9bine d&rsquo;expression fran\u00e7aise, et c&rsquo;est le cart\u00e9sien M. Splenlehauer, figure de l&#8217;embl\u00e9matique maths sup du lyc\u00e9e Lyautey de Casablanca, qui a form\u00e9, quarante ans durant, des centaines d&rsquo;ing\u00e9nieurs marocains, souvent issus de milieu modeste.&nbsp;<\/p>\n<p>Ecoles fran\u00e7aises du Maghreb aujourd&rsquo;hui<\/p>\n<p>\n<strong>Maroc<\/strong><br \/>\nGroupe scolaire Paul-Gauguin et lyc\u00e9e fran\u00e7ais \u00e0 Agadir; lyc\u00e9e Victor-Hugo \u00e0 Marrakech; lyc\u00e9e Paul-Val\u00e9ry \u00e0 Mekn\u00e8s; groupe scolaire Andr\u00e9-Malraux, coll\u00e8ge Saint-Exup\u00e9ry et lyc\u00e9e Descartes \u00e0 Rabat; coll\u00e8ge Anatole-France, groupe scolaire Louis-Massignon, lyc\u00e9e Lyautey, lyc\u00e9e Maimonide \u00e0 Casablanca; groupe scolaire Jean-de-La Fontaine \u00e0 F\u00e8s; lyc\u00e9e Regnault \u00e0 Tanger; groupe scolaire Claude-Monet \u00e0 Mohammedia; groupe scolaire Honor\u00e9-de-Balzac \u00e0 Kenitra; groupe scolaire Jean-Charcot \u00e0 El-Jadida. (Au total: environ 11 000 \u00e9l\u00e8ves.)&nbsp;<br \/>\n<strong>Alg\u00e9rie<\/strong>&nbsp;<br \/>\nLyc\u00e9e international Alexandre-Dumas \u00e0 Alger (environ 550 \u00e9l\u00e8ves).&nbsp;<br \/>\n<strong>Tunisie<\/strong>&nbsp;<br \/>\nColl\u00e8ge Charles-Nicolle \u00e0 Sousse; lyc\u00e9e Gustave-Flaubert \u00e0 La Marsa; lyc\u00e9e Pierre-Mend\u00e8s-France \u00e0 Tunis (environ 2 900 \u00e9l\u00e8ves).&nbsp;<\/p>\n<p>Auteur<\/p>\n<p>Ces jeunes professeurs entretenaient souvent des relations amicales avec leurs \u00e9l\u00e8ves, qui se souviennent avec bonheur des s\u00e9ances de cin\u00e9-club, des repr\u00e9sentations th\u00e9\u00e2trales, des soir\u00e9es guitare ou des escapades \u00e0 la plage en leur compagnie. La liste est longue de ces profs \u00abcoloniaux\u00bb ou \u00abcoop\u00e9rants\u00bb de l&rsquo;apr\u00e8s-ind\u00e9pendance, agr\u00e9g\u00e9s pour la plupart: de Fernand Braudel \u00e0 Fran\u00e7ois Ch\u00e2telet, en passant par Marc Ferro ou Andr\u00e9 Mandouze, sans oublier les \u00ablocaux\u00bb, comme Mehdi Ben Barka, Jean Amrouche et Albert Memmi. Pour quelques professeurs racistes ou simplement \u00aboiseaux de passage\u00bb &#8211; ceux qui ne faisaient que profiter de la douceur de ces contr\u00e9es \u00abexotiques\u00bb &#8211; combien d&rsquo;autres se sont investis dans leur mission!&nbsp;<\/p>\n<p>Pour Dalil Boubakeur, ancien \u00e9l\u00e8ve du lyc\u00e9e Bugeaud, \u00e0 Alger, l&rsquo;apprentissage de la valeur \u00abla\u00efcit\u00e9\u00bb a \u00e9t\u00e9 d\u00e9terminante. \u00abCela peut para\u00eetre paradoxal que quelqu&rsquo;un issu de l&rsquo;enseignement la\u00efque fran\u00e7ais soit recteur de la Mosqu\u00e9e de Paris. Ce n&rsquo;est peut-\u00eatre pas un hasard. D\u00e9tail amusant: un jour, lors d&rsquo;une grande c\u00e9r\u00e9monie religieuse ?cum\u00e9nique \u00e0 Paris, nous nous sommes retrouv\u00e9s, le cardinal Lustiger, le grand rabbin Sitruk et moi-m\u00eame. Nous nous sommes rendu compte que nous \u00e9tions tous les trois issus de ?la La\u00efque?, et non pas sortis de nos \u00e9coles religieuses respectives. Nous en avons parl\u00e9, nous nous sommes dit que peut-\u00eatre cette formation la\u00efque \u00e9tait un atout pour l&rsquo;\u00e9valuation du rapport au religieux, quel qu&rsquo;il soit. Pour moi, la la\u00efcit\u00e9 est n\u00e9e des textes de Voltaire. En faisant sourire sur les abus des pouvoirs religieux, il nous a rendus encore plus authentiquement spirituels. Sans la dimension universelle de cette formation, la fonction que j&rsquo;occupe aurait pu d\u00e9vier vers une forme plus sectaire, une vision plus r\u00e9duite des \u00eatres humains, qui n&rsquo;aurait pris en consid\u00e9ration que les croyants et les fid\u00e8les de ma seule tradition.\u00bb&nbsp;<\/p>\n<p>Montaigne, Voltaire, Baudelaire, un \u00e9blouissement que reconnaissent tous les anciens: la d\u00e9couverte de la langue fran\u00e7aise et de sa litt\u00e9rature. \u00abEn mettant la plus belle langue du monde \u00e0 votre disposition, j&rsquo;ai voulu faire de vous les citoyens d&rsquo;un monde r\u00e9gi et \u00e9clair\u00e9 par la langue fran\u00e7aise. Les fronti\u00e8res de ce monde s&rsquo;appellent la culture et l&rsquo;intelligence. Je vous ai racont\u00e9 un pays qui maintenant est devenu le v\u00f4tre, car vous \u00eates nourris de ses livres et de ses traditions. Je vous ai lu des textes de nos plus grands \u00e9crivains et je vous ai montr\u00e9 l&rsquo;usage qu&rsquo;ils ont fait des mots, j&rsquo;ai attir\u00e9 votre attention sur la hardiesse de leurs trouvailles. Le moment est venu d&rsquo;\u00e9crire \u00e0 votre tour.\u00bb C&rsquo;est l&rsquo;h\u00e9ritage qu&rsquo;un professeur du lyc\u00e9e Carnot de Tunis l\u00e9guait \u00e0 ses jeunes \u00e9l\u00e8ves de 10-12 ans (1). Alors ils ont \u00e9crit, \u00e9crit, \u00e9crit. \u00abJe ris en alg\u00e9rien, s&rsquo;exclame l&rsquo;\u00e9crivain et caricaturiste Chawki Amari. Je parle, je crie, je gueule, je pleure en alg\u00e9rien, c&rsquo;est en alg\u00e9rien que je fais l&rsquo;amour. Mais j&rsquo;\u00e9cris en fran\u00e7ais, parce que c&rsquo;est le fran\u00e7ais qu&rsquo;on apprenait dans mon \u00e9cole.\u00bb Les \u00e9crivains et les journalistes maghr\u00e9bins de langue fran\u00e7aise sont l\u00e9gion qui revendiquent cette identit\u00e9 multiple, tel Kateb Yacine dans Le Po\u00e8te comme un boxeur (Seuil): \u00abPour un \u00e9crivain alg\u00e9rien, d\u00e9passer son complexe d&rsquo;inf\u00e9riorit\u00e9, d\u00e9passer le fait de vouloir imiter les classiques fran\u00e7ais, r\u00e9soudre la contradiction nationaliste et \u00e9crire le fran\u00e7ais en tant qu&rsquo;Alg\u00e9rien, sans que cela pose aucun faux probl\u00e8me &#8211; au contraire &#8211; c&rsquo;est l&rsquo;accomplissement de son destin! C&rsquo;est comme \u00e7a qu&rsquo;on surmonte un conflit: Tu m&rsquo;as apport\u00e9 ton monde? Bon! Maintenant, je le connais et c&rsquo;est \u00e0 moi de te l&rsquo;apprendre!\u00bb&nbsp;<\/p>\n<p>Cette puissance de feu de la culture fran\u00e7aise a eu, pourtant, pour cons\u00e9quence de faire peu de place \u00e0 la langue et \u00e0 la culture de ces pays. \u00abCe que je regrette le plus, reconna\u00eet Elisabeth Guigou, comme tant d&rsquo;autres anciens \u00e9l\u00e8ves, c&rsquo;est de n&rsquo;avoir pas appris l&rsquo;arabe. Mes grands-parents, mon p\u00e8re, eux, le parlaient couramment. Vers 17 ans, lorsque je me suis rendu compte de ce manque, je me suis dit: Quelle b\u00eatise! J&rsquo;ai reproch\u00e9 \u00e0 mes parents de ne pas nous avoir mis en situation d&rsquo;apprendre la langue locale. A leur d\u00e9charge, il est vrai qu&rsquo;on vivait dans un univers o\u00f9 tout le monde parlait fran\u00e7ais, o\u00f9 nous, les enfants allions \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole fran\u00e7aise. Au lyc\u00e9e, il y avait bien un enseignement de l&rsquo;arabe, mais c&rsquo;\u00e9tait un cours consid\u00e9r\u00e9 comme secondaire. Je le regrette profond\u00e9ment, car aujourd&rsquo;hui j&rsquo;aimerais parler l&rsquo;arabe.\u00bb Le linguiste Claude Hag\u00e8ge, ancien \u00e9l\u00e8ve, pion et professeur au lyc\u00e9e Carnot de Tunis, qui jongle avec le fran\u00e7ais, l&rsquo;arabe, l&rsquo;h\u00e9breu, et 40 autres langues, s&rsquo;interroge sur cette occasion rat\u00e9e de bilinguisme et de v\u00e9ritable soci\u00e9t\u00e9 multiculturelle: \u00abQuelle \u00e9trange histoire que celle de ce pays qui a conquis militairement des territoires \u00e9trangers et qui, une fois install\u00e9, les exploita tout en y construisant des \u00e9coles pour enseigner sa langue avec un m\u00e9lange de profit et de philanthropie tr\u00e8s \u00e9tonnant. Pourtant, sans vouloir faire un plaidoyer en faveur de la colonisation &#8211; parce qu&rsquo;il est ind\u00e9niable que la France mena au Maghreb, avant tout, une politique d&rsquo;int\u00e9r\u00eat commercial, et non une mission civilisatrice &#8211; elle a quand m\u00eame laiss\u00e9 un h\u00e9ritage et des valeurs dont les Etats du Maghreb ont pu profiter. Tous les anciens \u00e9l\u00e8ves des lyc\u00e9es fran\u00e7ais sont repr\u00e9sentatifs de ce paradoxe. J&rsquo;en suis un peu le produit moi-m\u00eame.\u00bb&nbsp;<\/p>\n<p>De tous ces \u00e9tablissements fran\u00e7ais, l&rsquo;Alg\u00e9rie ne conserve que le lyc\u00e9e international Alexandre-Dumas, \u00e0 Alger. Les autres ont \u00e9t\u00e9 ferm\u00e9s dans les ann\u00e9es 1990 pour des raisons de s\u00e9curit\u00e9. Au Maroc et en Tunisie, les \u00e9tablissements fran\u00e7ais sont g\u00e9r\u00e9s par l&rsquo;Agence pour l&rsquo;enseignement fran\u00e7ais \u00e0 l&rsquo;\u00e9tranger (Aefe), qui d\u00e9pend du minist\u00e8re des Affaires \u00e9trang\u00e8res. Devenus payants, ils accueillent surtout les binationaux et les enfants des classes ais\u00e9es. La langue arabe (soit classique, soit dialectale) est devenue obligatoire pour tous les \u00e9l\u00e8ves. Mais ces lyc\u00e9es doivent faire face \u00e0 une demande croissante, car de nombreux parents ayant suivi une scolarit\u00e9 en fran\u00e7ais veulent que leurs enfants b\u00e9n\u00e9ficient du m\u00eame enseignement, malgr\u00e9 les emb\u00fbches. Au Maroc, la s\u00e9lection se fait, d\u00e8s la maternelle, par un \u00abexamen d&rsquo;entr\u00e9e\u00bb! Les \u00e9tablissements priv\u00e9s, qui promettent un apprentissage intensif du fran\u00e7ais pour attirer une partie de la client\u00e8le, ont pris le relais. En Alg\u00e9rie, le ph\u00e9nom\u00e8ne est massif: on recense plus de 2 000 \u00e9coles, jusque dans les coins les plus recul\u00e9s. A tel point que le gouvernement s&rsquo;appr\u00eate \u00e0 l\u00e9gif\u00e9rer dans ce domaine, sans remettre en question, du moins officiellement, la politique d&rsquo;arabisation entreprise apr\u00e8s l&rsquo;ind\u00e9pendance. Cet app\u00e9tit de fran\u00e7ais est d\u00fb aux liens qui unissent la France et les pays du Maghreb (familles install\u00e9es des deux c\u00f4t\u00e9s de la M\u00e9diterran\u00e9e, cha\u00eenes de t\u00e9l\u00e9vision fran\u00e7aises capt\u00e9es gr\u00e2ce aux paraboles, nombreux quotidiens francophones). Mais, surtout, les parents savent que ce passage dans le circuit fran\u00e7ais est le s\u00e9same pour des \u00e9tudes \u00e0 l&rsquo;\u00e9tranger ou une carri\u00e8re internationale. Les Maghr\u00e9bins, qui emploient syst\u00e9matiquement le fran\u00e7ais dans les instances internationales, sont souvent d&rsquo;ardents d\u00e9fenseurs de la francophonie. Autre signe de la d\u00e9crispation par rapport au pass\u00e9, cette \u00abcirculation des m\u00e9moires\u00bb dont parle Benjamin Stora, lui aussi ancien \u00e9l\u00e8ve d&rsquo;un de ces lyc\u00e9es d&rsquo;Alg\u00e9rie. Des deux c\u00f4t\u00e9s de la M\u00e9diterran\u00e9e fleurissent des associations d&rsquo;anciens \u00e9l\u00e8ves qui, aid\u00e9es par la magie d&rsquo;Internet, renouent des liens, organisent des d\u00e9bats, des rencontres, des voyages. Dans les trois pays, m\u00eame, on ne cesse de comm\u00e9morer la cr\u00e9ation de ces \u00e9tablissements, comme en janvier dernier, le centenaire du lyc\u00e9e Regnault de Tanger ou, l&rsquo;an pass\u00e9, le cinquantenaire du lyc\u00e9e de Sousse. Au mois de mai prochain, ce sera le tour du coll\u00e8ge et lyc\u00e9e de Slane de Tlemcen, en Alg\u00e9rie. Noureddine Ben Omar, premier maire de Rabat, fondateur de l&rsquo;association des anciens \u00e9l\u00e8ves Gouraud-Descartes, revendique cette filiation. L&rsquo;actuel lyc\u00e9e Hassan II rec\u00e8le dans ses murs un mus\u00e9e riche en livres, objets de classe et autres microscopes, qui rappellent les \u00e9poques o\u00f9 il s&rsquo;est appel\u00e9 Gouraud. Il accueille \u00e0 bras ouverts, comme tant d&rsquo;autres lyc\u00e9es, les anciens de France et d&rsquo;ailleurs venus en p\u00e8lerinage faire d\u00e9couvrir leurs \u00abbeaux lyc\u00e9es\u00bb \u00e0 leurs enfants et petits-enfants. Cette continuit\u00e9, cette p\u00e9rennit\u00e9 de l&rsquo;institution scolaire est revendiqu\u00e9e, au-del\u00e0 de l&rsquo;Histoire et de ses soubresauts.&nbsp;<\/p>\n<p>M\u00eame en Alg\u00e9rie, o\u00f9 depuis que le fran\u00e7ais a retrouv\u00e9 une place dans le discours officiel, des livres de souvenirs d&rsquo;anciens \u00e9l\u00e8ves devenus des personnalit\u00e9s publiques ne cessent de para\u00eetre. Cette effervescence d\u00e9passe l&rsquo;effet nostalgie. Des collaborations entre l&rsquo;Europe et le Maghreb naissent dans tous les domaines, encourag\u00e9es par cette proximit\u00e9 des \u00abanciens\u00bb: recherches universitaires communes entre les universit\u00e9s, soci\u00e9t\u00e9s commerciales et entreprises mixtes, cr\u00e9ations culturelles conjointes, coproductions cin\u00e9matographiques et coop\u00e9ration politique. Et ne dit-on pas que les n\u00e9gociations sur le Proche-Orient sont facilit\u00e9es chaque fois que les n\u00e9gociateurs arabes et juifs \u00abtchatchent\u00bb dans la langue commune de leur adolescence?&nbsp;<\/p>\n<p>Laissons la conclusion (provisoire) de cette histoire des lyc\u00e9es fran\u00e7ais au Maghreb au cin\u00e9aste tunisien Ferid Boughedir: \u00abD\u00e8s le lyc\u00e9e, je me suis retrouv\u00e9 dans l&rsquo;univers mondial du savoir. J&rsquo;\u00e9tais seulement plus riche que d&rsquo;autres, puisque j&rsquo;avais plusieurs univers, plusieurs cultures, et que j&rsquo;\u00e9tais \u00e0 l&rsquo;aise partout. C&rsquo;est Carnot qui m&rsquo;a donn\u00e9 cette aisance: avec les Italiens quand je suis en Italie, avec les Am\u00e9ricains quand je suis aux Etats-Unis. J&rsquo;\u00e9tais d\u00e9j\u00e0 citoyen du monde, tout en sachant que j&rsquo;\u00e9tais profond\u00e9ment tunisien, comme mon film Halfaouine, l&rsquo;enfant des terrasses le prouve. Je continue \u00e0 me sentir universel, tout en sachant que je suis issu du tiers-monde et d&rsquo;un pays anciennement colonis\u00e9. Je n&rsquo;ai jamais eu une quelconque id\u00e9e de revanche. Faisant partie d&rsquo;une g\u00e9n\u00e9ration form\u00e9e \u00e0 la fran\u00e7aise, j&rsquo;aurais pu partir pour la France. Mais il ne m&rsquo;est jamais venu \u00e0 l&rsquo;esprit de m&rsquo;exiler. Ce qui m&rsquo;a sembl\u00e9 int\u00e9ressant au contraire, c&rsquo;est de rester en Tunisie, d&rsquo;\u00eatre pleinement tunisien et de profiter de toutes les valeurs universalistes que j&rsquo;ai apprises \u00e0 Carnot. Pour continuer \u00e0 \u00eatre un Tunisien ouvert sur le monde, et non pas un Tunisien enferm\u00e9 sur une identit\u00e9 \u00e9troite, une de ces identit\u00e9s meurtri\u00e8res, comme le dit Amin Maalouf.\u00bb&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La saga des lyc\u00e9es fran\u00e7ais de l\u00e0-bas &nbsp; \u00abSi je me souviens du coll\u00e8ge D&rsquo;Alembert? Images, sons, odeurs, je n&rsquo;en ai rien oubli\u00e9!\u00bb s&rsquo;exclame l&rsquo;\u00e9crivain alg\u00e9rien Salah Guemriche en retrouvant par hasard son ancien camarade de classe G\u00e9rard Tobelem. 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