{"id":6303,"date":"2013-03-07T01:19:08","date_gmt":"2013-03-07T01:19:08","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=6303"},"modified":"2013-03-07T01:19:08","modified_gmt":"2013-03-07T01:19:08","slug":"agnes-jaoui-pas-desenchantee","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/agnes-jaoui-pas-desenchantee\/","title":{"rendered":"Agn\u00e8s Jaoui, pas d\u00e9senchant\u00e9e"},"content":{"rendered":"<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<div>\n<div>\n\t\tAgn&egrave;s Jaoui, pas d&eacute;senchant&eacute;e<\/div>\n<div>\n\t\t&nbsp;<\/div>\n<div>\n\t\t&nbsp;<\/div>\n<div>\n\t\t&nbsp;<\/div>\n<p>\n\t\tLa com&eacute;dienne, r&eacute;alisatrice, sc&eacute;nariste, chanteuse d&eacute;voile son nouveau film,&nbsp;Au bout du conte, concoct&eacute; comme de coutume avec la complicit&eacute; de Jean-Pierre Bacri<\/p>\n<div>\n<div>\n\t\t\t&nbsp;<\/div>\n<\/p><\/div>\n<div>\n<p>\n\t\t\tIl arrive souvent qu&rsquo;Agn&egrave;s Jaoui termine ses phrases par&nbsp;&laquo;&nbsp;enfin, bon, bref&nbsp;&raquo;. Par exemple, elle note&thinsp;:&nbsp;&laquo;&nbsp;Ma m&egrave;re avait l&rsquo;habitude de trouver des r&eacute;sonances psychanalytiques dans nos films. C&rsquo;&eacute;tait son m&eacute;tier. Elle avait sa propre grille de lecture, qui m&rsquo;int&eacute;ressait toujours. H&eacute;las, elle est d&eacute;c&eacute;d&eacute;e, et je ne connais pas d&rsquo;autres psys assez intimement pour&hellip; Enfin, bon, bref.&nbsp;&raquo;<\/p>\n<p>\n\t\t\tDerri&egrave;re ce l&eacute;ger tic de langage, servi dans un d&eacute;bit pr&eacute;cipit&eacute;, se cache une nature g&eacute;n&eacute;reuse qui, tout en sachant tr&egrave;s bien o&ugrave; se situe la fronti&egrave;re entre vie priv&eacute;e et personne publique, ne renonce jamais &agrave; essayer de faire comprendre, jusqu&rsquo;au moment, sans doute, o&ugrave; il faudrait trop en dire.<\/p>\n<p>\n\t\t\tOu risquer de se perdre dans de complexes circonvolutions. Pour ne pas s&rsquo;&eacute;garer, la r&eacute;alisatrice d&rsquo;Au bout du conte&nbsp;pr&eacute;f&egrave;re refermer d&rsquo;un petit coup de coude cette porte qu&rsquo;on lui sait gr&eacute; d&rsquo;avoir laiss&eacute;e entreb&acirc;ill&eacute;e, le temps d&rsquo;apercevoir un peu de ce luxuriant arri&egrave;re-pays dans lequel elle puise sa cr&eacute;ativit&eacute;.<\/p>\n<p><\/p>\n<h2>\n\t\t\t&laquo;&nbsp;J&rsquo;AI ATTENDU MON PRINCE CHARMANT&nbsp;&raquo;<\/h2>\n<p>\n\t\t\tD&egrave;s le d&eacute;but de l&rsquo;entretien, le nom de Bruno Bettelheim, ce p&eacute;dagogue et psychologue am&eacute;ricain, auteur de&nbsp;Psychanalyse des contes de f&eacute;es,&nbsp;s&rsquo;est m&ecirc;l&eacute; comme une &eacute;vidence &agrave; la vapeur du th&eacute; br&ucirc;lant. Entre deux gorg&eacute;es prudentes, Agn&egrave;s Jaoui passe des aveux auxquels on ne s&rsquo;attendait pas si vite&thinsp;:&nbsp;&laquo;&nbsp;Si j&rsquo;ai fait ce film, c&rsquo;est en partie parce que j&rsquo;ai &eacute;t&eacute; frapp&eacute;e de prendre conscience que moi, fille de psychanalyste, n&eacute;e de parents f&eacute;ministes, j&rsquo;ai tout de m&ecirc;me attendu mon prince charmant et que, comme de nombreuses autres jeunes filles, j&rsquo;ai pu me sentir &agrave; ce point incompl&egrave;te, pas vraiment femme.&nbsp;&raquo;<\/p>\n<p>\n\t\t\tCe paradoxe lui semblait suffisamment fort pour &ecirc;tre interrog&eacute;.&nbsp;&laquo;&nbsp;Ces contes qui structurent notre imaginaire ont &eacute;t&eacute; &eacute;crits il y a plusieurs si&egrave;cles, par des hommes, &agrave; une &eacute;poque o&ugrave; l&rsquo;esp&eacute;rance de vie ne d&eacute;passait pas 30-40&nbsp;ans. Ils restent pour une bonne part pertinents, car la question de l&rsquo;amour unique, de l&rsquo;engagement et de la fid&eacute;lit&eacute; ont toujours &eacute;t&eacute; fondamentales pour les &ecirc;tres humains. Mais j&rsquo;avais envie de m&rsquo;interroger sur ce qu&rsquo;il restait de cette pertinence. Pour d&eacute;sacraliser un peu, casser quelques images, mais aussi pour dire qu&rsquo;il y a du f&eacute;erique et du merveilleux dans le quotidien. Je ne me sens pas d&eacute;senchant&eacute;e.&nbsp;&raquo;<\/p>\n<p><\/p>\n<h2>\n\t\t\tUN TALENT &Agrave; MILLE FACETTES<\/h2>\n<p>\n\t\t\tD&eacute;bordante d&rsquo;activit&eacute;, Agn&egrave;s Jaoui &eacute;crit (depuis l&rsquo;enfance), joue la com&eacute;die (depuis ses &eacute;tudes au lyc&eacute;e Henri-IV &agrave; Paris), r&eacute;alise des films (depuis ce flamboyant coup d&rsquo;essai du&nbsp;Go&ucirc;t des autres&nbsp;en 2000) avec beaucoup de plaisir. Alors qu&rsquo;elle avait 22&nbsp;ans, Patrice Ch&eacute;reau lui offrait son premier r&ocirc;le dans&nbsp;H&ocirc;tel de France. La m&ecirc;me ann&eacute;e, elle rencontrait Jean-Pierre Bacri. Dans les ann&eacute;es 1990, Alain Resnais faisait appel &agrave; eux pour &eacute;crire le diptyque&nbsp;Smoking\/No smoking, puis&nbsp;On conna&icirc;t la chanson. Le succ&egrave;s a &eacute;t&eacute; vite et fort.<\/p>\n<p>\n\t\t\tMais ce qui la comble de joie, plus que tout, c&rsquo;est le chant. Longtemps, elle a v&eacute;cu discr&egrave;tement cette passion, dans un pays o&ugrave; il ne fait pas bon sortir trop souvent de la case artistique que l&rsquo;on vous a assign&eacute;e. En 2006, son amour de Cuba et des rythmes latinos s&rsquo;est exprim&eacute; dans un premier album de musiques du monde,&nbsp;Canta.<\/p>\n<p><\/p>\n<h2>\n\t\t\tLE CHANT, &laquo;&nbsp;QU&Ecirc;TE D&rsquo;ABSOLU&nbsp;&raquo;<\/h2>\n<p>\n\t\t\tAvec l&rsquo;ensemble vocal&nbsp;Canto Allegre,&nbsp;c&rsquo;est &agrave; la musique classique, et notamment &agrave; Bach, qu&rsquo;Agn&egrave;s Jaoui s&rsquo;en remet, en amateur.&nbsp;&laquo;&nbsp;Le chant m&rsquo;apaise. Il apporte une jubilation physique, sensuelle et, en m&ecirc;me temps, c&rsquo;est un travail sans fin, qui force &agrave; l&rsquo;humilit&eacute;. Ma qu&ecirc;te d&rsquo;absolu, le besoin de pur et de merveilleux que je ressentais petite, sont sans doute pass&eacute;s par ce chemin, que j&rsquo;ai fait seule, sans avoir appris le solf&egrave;ge enfant. Cela correspond &agrave; la partie de moi qui avait envie d&rsquo;&ecirc;tre au couvent &agrave; 11&nbsp;ans&nbsp;&raquo;,&nbsp;r&eacute;sume en souriant cette native d&rsquo;une famille juive originaire de Tunisie, qui se dit ath&eacute;e mais estime que Bach est une mani&egrave;re&nbsp;&laquo;&nbsp;de dialoguer avec les cieux&nbsp;&raquo;.<\/p>\n<p>\n\t\t\tM&ecirc;ler toutes ces disciplines dans un film de cin&eacute;ma demeure&nbsp;&laquo;&nbsp;un grand r&ecirc;ve&nbsp;&raquo;&nbsp;qui n&rsquo;a, pour le moment, pas trouver &agrave; se r&eacute;aliser. Mais Agn&egrave;s Jaoui n&rsquo;est pas du genre &agrave; renoncer.&nbsp;&laquo;&nbsp;L&rsquo;insatisfaction est un de mes moteurs&nbsp;&raquo;,&nbsp;pr&eacute;vient-elle. Et puis, sait-on jamais vraiment ce qu&rsquo;il y a, au bout des contes.<\/p>\n<p>\n\t\t\t&ndash;&ndash;&ndash;&ndash;&ndash;&ndash;&ndash;&ndash;&ndash;&ndash;&ndash;&ndash;&ndash;&ndash;&ndash;&ndash;&ndash;&ndash;&ndash;&ndash;&ndash;&ndash;&ndash;&ndash;&ndash;&ndash;&ndash;&ndash;&ndash;&ndash;&ndash;&ndash;&ndash;&ndash;&ndash;&ndash;&ndash;&ndash;&ndash;&ndash;&ndash;&ndash;&ndash;&ndash;&ndash;&ndash;&ndash;&ndash;&ndash;&ndash;&ndash;&ndash;&ndash;&ndash;&ndash;&ndash;&ndash;&ndash;&ndash;&ndash;&ndash;&ndash;&ndash;&ndash;&ndash;&ndash;&ndash;&ndash;<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;Son inspiration&thinsp;: Jean-Pierre Bacri, &laquo;&nbsp;cocr&eacute;ateur&nbsp;&raquo;<\/p>\n<p>\n\t\t\tEnsemble, ils ont &eacute;crit des pi&egrave;ces de th&eacute;&acirc;tre ensuite port&eacute;es &agrave; l&rsquo;&eacute;cran par d&rsquo;autres, comme&nbsp;Cuisine et d&eacute;pendances&nbsp;et&nbsp;Un air de famille.&nbsp;Ils ont r&eacute;pondu aux appels d&rsquo;Alain Resnais. Surtout, ils ont sign&eacute; de concert le sc&eacute;nario des quatre films qu&rsquo;Agn&egrave;s Jaoui a mis en sc&egrave;ne&thinsp;:&nbsp;Le Go&ucirc;t des autres,&nbsp;Comme une image,&nbsp;Parlez-moi de la pluie,&nbsp;Au bout du conte.&laquo;&nbsp;Sans parler de ma vie priv&eacute;e, avoir rencontr&eacute; Jean-Pierre comme cocr&eacute;ateur est une des grandes chances de ma vie. On est meilleur &agrave; deux, mais, surtout, il est mille fois plus agr&eacute;able d&rsquo;accueillir les &eacute;checs &ndash;&nbsp;et surtout les succ&egrave;s&nbsp;&ndash; &agrave; deux.&nbsp;&raquo;&nbsp;Avoir r&eacute;alis&eacute;, et pratiquer la musique par ailleurs, lui a sans doute &eacute;t&eacute; n&eacute;cessaire.&nbsp;&laquo;&nbsp;J&rsquo;en avais besoin pour &eacute;chapper &agrave; la symbiose permanente, mais jamais je n&rsquo;ai souhait&eacute; que s&rsquo;arr&ecirc;te cette fusion dans l&rsquo;&eacute;criture, qui ne m&rsquo;a jamais frustr&eacute;e.&nbsp;&raquo;<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<div>\n\t\t\t&nbsp;<\/div>\n<\/p><\/div>\n<\/div>\n<p>\n\tARNAUD SCHWARTZ<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; Agn&egrave;s Jaoui, pas d&eacute;senchant&eacute;e &nbsp; &nbsp; &nbsp; La com&eacute;dienne, r&eacute;alisatrice, sc&eacute;nariste, chanteuse d&eacute;voile son nouveau film,&nbsp;Au bout du conte, concoct&eacute; comme de coutume avec la complicit&eacute; de Jean-Pierre Bacri &nbsp; Il arrive souvent qu&rsquo;Agn&egrave;s Jaoui termine ses phrases par&nbsp;&laquo;&nbsp;enfin, bon, bref&nbsp;&raquo;. 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