{"id":63265,"date":"2020-02-06T18:58:08","date_gmt":"2020-02-06T18:58:08","guid":{"rendered":""},"modified":"2020-02-06T18:58:08","modified_gmt":"2020-02-06T18:58:08","slug":"une-histoire-du-saf-saf","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/une-histoire-du-saf-saf\/","title":{"rendered":"Une histoire du Saf-Saf"},"content":{"rendered":"<p>Une histoire du Saf-Saf<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Hier j\u2019ai rencontr\u00e9 une amie que je n\u2019avais pas vue depuis longtemps.&nbsp;<br \/>\n&#8211; vous l\u2019avez connue en France ou en Tunisie ?<br \/>\n&#8211; oh c\u2019\u00e9tait il y a bien longtemps, elle \u00e9tait comme moi \u00e9l\u00e8ve au lyc\u00e9e de Carthage, et je me souviens que le samedi nous allions \u00e0 la plage \u00e0 La Marsa.<br \/>\n&#8211; vous ne me croirez pas, moi aussi j\u2019ai rencontr\u00e9 une amie de Carthage, elle m\u2019a racont\u00e9 une histoire surprenante qui s\u2019est peut-\u00eatre pass\u00e9e \u00e0 La Marsa au Saf Saf. Vous connaissez le Saf Saf ?<br \/>\nQui n\u2019a pas connu le Saf Saf n\u2019a rien connu de plus merveilleux de plus \u00e9trange et de plus envo\u00fbtant.<br \/>\nA l\u2019origine, c\u2019\u00e9tait une une sorte de caravans\u00e9rail qui accueillait les voyageurs de passage. Plus tard il fut tansform\u00e9 en caf\u00e9 maure, avec des b\u00e2timents qui enserraient une cour int\u00e9rieure, au centre de laquelle il y avait un puits. Sous le r\u00e8gne des Hafsides, les caravaniers en route pour Tunis venaient puiser de l\u2019eau pour d\u00e9salt\u00e9rer les hommes et abreuver les b\u00eates. Dans la cour se pr\u00e9lassaient sur des bancs de pierre, les marchands venus faire des affaires, profitant du calme de ce lieu pour boire un \u2018legmi\u2019 fra\u00eechement r\u00e9colt\u00e9 (le legmi est un lait de palme qui devient tr\u00e8s vite un vin de palme p\u00e9tillant et l\u00e9g\u00e8rement alcoolis\u00e9, pour respecter le coran il fallait le boire avant la fermentation), tout en fumant le narguil\u00e9 que les arabes appellent \u2018shicha\u2019. La fra\u00eecheur l\u00e9gendaire du Saf Saf \u00e9tait due \u00e0 un peuplier trois fois centenaire, situ\u00e9 pr\u00e8s de la source ; c\u2019est cet arbre qui a donn\u00e9 le nom au caf\u00e9.<\/p>\n<p>Et puis, au fil du temps, le Saf Saf fait sa toilette, de tr\u00e8s belles mosa\u00efques orientales sont appos\u00e9es sur les murs des b\u00e2timents, le caf\u00e9 se structure ; le puits qui servait occasionnellement aux caravanes devient la vedette. Sous l\u2019impulsion de son propri\u00e9taire Cheik Bahri une noria est install\u00e9e ( la noria est une machine hydraulique connue des romains qui permet de remonter l\u2019eau d\u2019un puits ou d\u2019une rivi\u00e8re). Chacun se rappelle des outres en peau de bouc qui inlassablement, d\u00e9versaient leur chargement d\u2019eau ; on a parfois remplac\u00e9 les outres par des gargoulettes. L\u2019eau est-elle si bonne ou bien a-t-elle des vertus particuli\u00e8res ? Nul ne peut l\u2019affirmer m\u00eame si le Saf Saf a donn\u00e9 lieu, \u00e0 bien des l\u00e9gendes ; en fait le Saf Saf \u00e9tant situ\u00e9 non loin de la plage l\u2019eau est tr\u00e8s l\u00e9g\u00e8rement saum\u00e2tre.<br \/>\nPour rendre l\u2019endroit enchanteur et hors du temps, on a trouv\u00e9 un moyen qui date du moyen-\u00e2ge et m\u00eame de l\u2019\u00e9poque romaine : la noria ; pour actionner la noria on utilise une chamelle qui tourne inlassablement autour du puits, les yeux band\u00e9s par deux c\u00f4nes de halfa tress\u00e9e afin de ne pas attrapper le tournis, ou bien lui faire croire qu\u2019elle suit une caravane dans le d\u00e9sert.<br \/>\nLe Saf Saf n\u2019est pas que cela, c\u2019est aussi un agr\u00e9able restaurant \u00e0 la cuisine simple et succulente, dans la plus pure tradition tunisienne. Dans les ann\u00e9es 50 (1950) le principe \u00e9tait simple, le caf\u00e9 fournissait aux clients les boissons et des cuisiniers ind\u00e9pendants installaient de part et d\u2019autre du couloir d\u2019entr\u00e9e des tables sur lesquelles ils avaient dispos\u00e9 des feux ; c\u2019est l\u00e0 qu\u2019ils faisaient bouillir des marmites odorantes dans lesquelles mijotait l\u2019extraordinaire \u2018 chorba\u2019 (soupe de viandes de poulet ou d\u2019agneau aux p\u00e2tes agr\u00e9ment\u00e9e de diff\u00e9rentes \u00e9pices), d\u2019autres avaient des bassines d\u2019huille bouillante o\u00f9 ils pr\u00e9paraient les\u2019fteirs\u2019 (les fameux beignets tunisiens), les briks \u00e0 l\u2019\u0153uf ou \u00e0 la pomme de terre, ou encore les bambalouni (beignets au sucre). Certains proposaient \u00e0 leurs clients des sp\u00e9cialit\u00e9s comme le \u2018kaft\u00e9ji\u2019 (viandes et d\u2019abats cuits dans l\u2019huile accompagn\u00e9 de l\u00e9gumes frits), enfin pouvait-on aller au Saf Saf sans avoir d\u00e9gust\u00e9 le si fameux casse-cro\u00fbte tunisien ou le non moins fameux fricass\u00e9 ?<br \/>\nBref le Saf Saf \u00e9tait ce havre de bonheur qui rendaient les fins d\u2019apr\u00e8s-midi et les soir\u00e9es d\u2019\u00e9t\u00e9 particuli\u00e8rement agr\u00e9ables. Et la chamelle qui tournait.<br \/>\nA propos de chamelle, une anecdote savoureuse lui est d\u00e9finitivement attach\u00e9e, la premi\u00e8re chamelle \u00e9tait blanche et s\u2019appelait Fethia, et toutes \u2018ces belles tournantes\u2019 , c\u2019est ainsi que \u2019on d\u00e9signait l\u2019animal, au fil du temps se sont appel\u00e9es et s\u2019appellent encore aujourd\u2019hui Fethia et sont toujours blanches. Si bien, que si vous revenez au Saf Saf bien des ann\u00e9es apr\u00e8s, il semble que rien n\u2019a chang\u00e9.<br \/>\nLes Beys de Tunis avaient coutume d\u2019entrer au Saf Saf \u00e0 cheval entour\u00e9s de leur cour ; on abreuvait le cheval \u00e0 l\u2019eau du puits, puis on tendait une timbale d\u2019argent au monarque ; selon une vieille l\u00e9gende boire l\u2019eau du puits \u00e9tait pour l\u2019homme et la b\u00eate l\u2019assurance d\u2019\u00eatre fort et vigoureux toute l\u2019ann\u00e9e.<br \/>\nDans la p\u00e9riode post coloniale le Saf Saf a ajout\u00e9 \u00e0 ses activit\u00e9s, celle de cabaret o\u00f9 se sont produits les plus c\u00e9l\u00e8bres chanteurs et compositeurs tunisiens. Dans les interminables soir\u00e9es de ramadan les chanteurs de malouf faisaient la joie des spectateurs.<\/p>\n<p>C\u2019\u00e9tait vers la fin du mois de juin, Aziz s\u2019\u00e9tait allong\u00e9 sur la colline \u00e0 l\u2019ombre d\u2019un figuier, son \u00e2ne broutait les rares touffes d\u2019herbe dess\u00e9ch\u00e9e par le soleil. Ce matin tr\u00e8s t\u00f4t Aziz \u00e9tait parti de la campagne de son p\u00e8re pour livrer les l\u00e9gumes au march\u00e9 : de tr\u00e8s beaux poivrons, des tomates bien m\u00fbres et quelques courgettes.<br \/>\nComme par r\u00e9flexe, Aziz se redresse, pour surveiller son \u00e2ne, son regard se porte vers la mer o\u00f9 il croit apercevoir une voile \u00e0 l\u2019horizon ; il pose la main sur le front pour se prot\u00e9ger de la clart\u00e9 qui l\u2019emp\u00eache de mieux observer l\u2019\u00e9tendue d\u2019eau ; en effet une voile latine s\u2019approche de la c\u00f4te, Aziz poursuit son observation car petit \u00e0 petit se dessine un bateau, non pas l\u2019une de ces barques de p\u00eacheur que l\u2019on tire sur le sable le soir apr\u00e8s la p\u00eache, mais une gal\u00e8re, bient\u00f4t l\u2019horizon se remplit de voiles qui approchent. Ce sont des bateaux importants ; Aziz n\u2019en a jamais vu autant, tous se dirigent vers la baie de La Marsa, qui s\u2019est appel\u00e9e autrefois Mers (qui veut dire port en arabe). La premi\u00e8re gal\u00e8re est d\u00e9sormais \u00e0 quelques coud\u00e9es de la plage de sable fin, les hommes descendent une chaloupe sur laquelle prennent place des hommes richement habill\u00e9s, des autres bateaux des chaloupes sont mises \u00e0 la mer, Aziz y voit descendre ce qu\u2019il pense \u00eatre des soldats car ils portent des casques qui brillent au soleil. Mais son inqui\u00e9tude grandit quand il voit d\u00e9barquer des dizaines de chevaux qui portent un harnachement inhabituel. A quatre pattes Aziz rejoint son \u00e2ne et tr\u00e8s discr\u00e8tement s\u2019\u00e9loigne des bords de la colline donnant sur la mer.Aziz ne saura jamais ce que venaient faire l\u00e0, ces bateaux, ni les raisons de la pr\u00e9sence de ces soldats et de leurs commandants.<br \/>\nAlors que les marins, \u00e0 bord des gal\u00e8res s\u2019affairaient \u00e0 remonter les chaloupes et \u00e0 enrouler les cordages, la troupe avait retrouv\u00e9 la terre ferme. Chaque homme apr\u00e8s avoir r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 son cheval, s\u2019\u00e9tait plac\u00e9 en bon ordre, apr\u00e8s des semaines de navigation en m\u00e9diterran\u00e9e, il fallait rejoindre le casernement de Borj El Kebir dans le Palais de La Rose quartier de commandement de la cavalerie beylicale autrefois install\u00e9 l\u00e0 par le G\u00e9n\u00e9ral Kheir\u00e9ddine Pacha.<br \/>\nUn autre convoi s\u2019\u00e9tait form\u00e9 avec quelques dignitaires qui entouraient Ali Pacha Bey, le monarque devait se rendre \u00e0 Dar El Tej le palais d\u2019\u00e9t\u00e9 que le Bey s\u2019\u00e9tait fait construire un an auparavant \u00e0 La Marsa. Nous sommes en 1856 et le Bey de Tunis vient de livrer bataille dans la guerre de Crim\u00e9e aux c\u00f4t\u00e9s des Ottomans, des Britanniques et des Fran\u00e7ais contre la Russie.<br \/>\nUn carrosse est venu attendre le souverain, d\u2019autres attelages tout autant prestigieux prennent en charge les membres de la cour. L\u2019un deux s\u2019arr\u00eate devant trois femmes enti\u00e8rement voil\u00e9es de soieries d\u00e9licates, elles montent et un officier referme aussit\u00f4t la porti\u00e8re. Que ces trois femmes aient pu faire un si long voyage avec autant d\u2019hommes de guerre, intrigue, mais personne ne se risquerait \u00e0 interroger un compagnon de combat de peur d\u2019\u00eatre d\u00e9nonc\u00e9 au Bey.<br \/>\nUne demi-heure apr\u00e8s Ali Pacha Bey retrouve son palais de Dar El Tej. Apr\u00e8s un an d\u2019absence du souverain, le palais reprend son animation, on a d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9par\u00e9 le retour du Bey ; les cuivres brillent tout autant que les meubles et les dorures, les couleurs des somptueux tapis ont \u00e9t\u00e9 raviv\u00e9es, pas une bougie ne manque dans les immenses cand\u00e9labres, et dans certaines pi\u00e8ces les domestiques s\u2019affairent encore. La salle du tr\u00f4ne a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9par\u00e9e, des bouquets de jasmin embaument, il est vrai que le jasmin est la fleur pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 du Bey ; ce soir Ali Pacha prononcera un discours devant ses ministres pour faire un r\u00e9cit des batailles notamment pendant le si\u00e8ge de S\u00e9bastopol.<br \/>\nDans un pavillon voisin, les myst\u00e9rieuses femmes voil\u00e9es, s\u2019installent, des ordres ont \u00e9t\u00e9 donn\u00e9s pour qu\u2019elles disposent du meilleur confort. Qui sont ces trois inconnues, l\u2019une s\u2019appelle Leila, Leila Rahmar, elle \u00e9tait circassienne, fille d\u2019un chef de tribu du Caucase rencontr\u00e9 sur le th\u00e9\u00e2tre des op\u00e9rations en Crim\u00e9e, elle est accompagn\u00e9e de ses deux servantes Baddia et Ilehm. On ne sait si ce sont des prises de guerre, car aux c\u00f4t\u00e9s des troupes russes adversaires de la coalition ottomane et europ\u00e9enne, des caucasiens avaient \u00e9t\u00e9 enr\u00f4l\u00e9s en nombre, ou bien des jeunes filles issues de tribus amies, envoy\u00e9es \u00e0 la cour de Tunis pour parfaire leur \u00e9ducation religieuse, La Zitouna de Tunis n\u2019est-elle pas l\u2019une des plus importante universit\u00e9s coraniques du monde ?<br \/>\nLa fatigue du voyage, la d\u00e9couverte d\u2019une terre inconnue, la chaleur moite de l\u2019air firent qu\u2019elles s\u2019endormirent dans le profond sofa qui occupait l\u2019un des c\u00f4t\u00e9s du salon. Le lendemain d\u00e8s l\u2019aube les trois jeunes filles sont r\u00e9veill\u00e9es par le muezzin qui lance son appel \u00e0 la pri\u00e8re d\u2019une mosqu\u00e9e voisine. Bient\u00f4t, le pavillon s\u2019anime, deux femmes habill\u00e9es \u00e0 la mode tunisienne s\u2019approchent de la belle odalisque et de ses compagnes et leur demandent si elles souhaitent faire leur pri\u00e8re dans le salon ou dans la salle de pri\u00e8re du palais beylical r\u00e9serv\u00e9e aux femmes. Malheureusement le parler arabe tunisien n\u2019est absolument pas compr\u00e9hensible pour les trois jeunes femmes ; certes elles comprennent l\u2019arabe coranique \u00e0 travers leur lecture du livre sacr\u00e9 ; mais l\u2019arabe courant est \u00e9loign\u00e9 de la langue et des dialectes des Tcherkesses plus g\u00e9n\u00e9ralement appel\u00e9 l\u2019adygu\u00e9en (l\u2019adygu\u00e9en est une des langues parl\u00e9es par les tribus tcherkesses en Circassie). Avec quelques mots emprunt\u00e9s au coran et quelques gestes tout le monde finit par se comprendre. Apr\u00e8s la pri\u00e8re, deux autres domestiques arrivent pour la toilette, celle-ci doit \u00eatre compl\u00e9t\u00e9e, en effet les ablutions qui pr\u00e9c\u00e8dent la pri\u00e8re ne sont qu\u2019un rite religieux et non une vraie toilette. Le\u00efla, Badia et Ilhem s\u2019y soumettent de bonne gr\u00e2ce ; puis vient l\u2019heure du petit d\u00e9jeuner. Dans le Caucase on consomme un lait de jument ferment\u00e9 et du beurre rance pass\u00e9 sur des galettes, parfois m\u00eame du poisson fum\u00e9 ; \u00e0 la cour beylicale le matin on prend un caf\u00e9 turc, un th\u00e9 et parfois m\u00eame du chocolat mousseux, Le\u00efla comprit qu\u2019il fallait d\u00e9sormais apprendre \u00e0 vivre autrement, mais la richesse et le confort du lieu permettaient d\u2019envisager ces changements avec moins d\u2019appr\u00e9hension.&nbsp;<br \/>\nDans l\u2019apr\u00e8s-midi on annonce la venue du Bey dans le pavillon. Celui-ci entre accompagn\u00e9 d\u2019un homme portant une \u00e9norme moustache. Habituellement, la coutume exige qu\u2019une femme musulmane ne retire pas son voile devant un \u00e9tranger, mais devant le bey qui a rang de roi, Le\u00efla ne porte pas le voile \u00e0 son visage. Elle est surprise lorsque l\u2019homme qui accompagne le bey s\u2019adresse \u00e0 elle en langage tcherkesse. Il faut pr\u00e9ciser que le G\u00e9n\u00e9ral Kh\u00e9reddine Pacha, commandant en chef des troupes beylicales quelques ann\u00e9es auparavant, \u00e9tait circassien ; il avait fait venir \u00e0 Tunis des hommes qui appartenaient aux tribus de cette r\u00e9gion. La plupart \u00e9taient rest\u00e9s en Tunisie comme l\u2019homme qui servait d\u2019interpr\u00e8te au Bey.<br \/>\nLa d\u00e9cision fut prise d\u2019enseigner l\u2019arabe dialectal \u00e0 Le\u00efla et ses compagnes, puis celles-ci seraient engag\u00e9es dans le harem royal.<br \/>\nAvant de repartir le Bey regarda avec insistance dans la direction de Le\u00efla, la beaut\u00e9 de la jeune circassienne le frappa, c\u2019est sans doute \u00e0 ce moment l\u00e0 qu\u2019il d\u00e9cida d\u2019en faire l\u2019une de ses \u00e9pouses.<br \/>\nQuelques mois pass\u00e8rent, Le\u00efla parlait d\u00e9sormais l\u2019arabe dialectal, elle \u00e9tait une bonne musulmane, elle se rendait aussi \u00e0 la mosqu\u00e9e. Ali Pacha Bey n\u2019avait en rien renonc\u00e9 \u00e0 son projet de mariage. Celui-ci fut d\u00e9cid\u00e9 pour le printemps.Bien qu\u2019elle soit la derni\u00e8re \u00e9pouse dans l\u2019ordre du temps, La jeune femme \u00e9tait tr\u00e8s remarqu\u00e9e pour sa beaut\u00e9 et son intelligence. Elle finit par gagner des privil\u00e8ges comme celui d\u2019accompagner le Bey au Saf Saf. Pour que le monarque se repose de sa courte chevauch\u00e9e, on avait dispos\u00e9 dans l\u2019un des b\u00e2timents du Saf Saf un petit salon o\u00f9 le Bey venait prendre ses rafra\u00eechissements, il y \u00e9tait rarement accompagn\u00e9 de courtisans, mais Le\u00efla avait pris l\u2019habitude de lui tenir compagnie.<br \/>\nLa vie au palais \u00e9tait paisible, mais un peu ennuyeuse ; lorsqu\u2019elle ne devait pas se soumettre \u00e0 un acte officiel, Le\u00efla lisait beaucoup, on lui avait appris le Fran\u00e7ais qui \u00e9tait une langue tr\u00e8s pris\u00e9e \u00e0 la cour et elle s\u2019\u00e9tait essay\u00e9e aux auteurs fran\u00e7ais.<br \/>\nDe l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 du palais on parlait plut\u00f4t de politique ; le budget du royaume \u00e9tait mal en point, la guerre de Crim\u00e9e n\u2019avait rien arrang\u00e9, l\u2019argent manquait et l\u2019on chuchotait que des puissances \u00e9trang\u00e8res (les Britanniques, les Fran\u00e7ais et les Italiens) pourraient intervenir.<br \/>\nMoulay le fils cadet du Bey intriguait contre son fr\u00e8re et son p\u00e8re. C\u2019\u00e9tait un tr\u00e8s bel homme qui avait \u00e9t\u00e9 instruit \u00e0 l\u2019\u00e9cole militaire de Paris, il parlait plusieurs langues et on le disait tr\u00e8s intelligent.<br \/>\nUn jour qu\u2019il accompagnait son p\u00e8re au Saf Saf , il se retrouva par hasard non loin de Le\u00efla, elle fut \u00e9blouie par la beaut\u00e9 du jeune homme, elle fit un geste maladroit qui d\u00e9couvrit une partie de son visage, Moulay \u00e0 son tour tomba sous le charme de la jeune femme.<br \/>\nLe soir, une fois de retour au palais chacun eut du mal \u00e0 s\u2019endormir. Mais cet amour naissant \u00e9tait impossible \u00e0 s\u2019accomplir. Moulay envoya n\u00e9anmoins des \u00e9missaires afin d\u2019\u00e9changer quelques messages auxquels il fut r\u00e9pondu tout aussi discr\u00e8tement. Bref on ne sait si Le\u00efla encouragea ou pas son pr\u00e9tendant \u00e0 lui d\u00e9clarer sa flamme, le fait est que chacun savait tr\u00e8s exactement ce que pensait l\u2019autre.<br \/>\nUn jour Le\u00efla fit la demande au bey de se rendre au bazar pour y acheter des pi\u00e8ces de soie venues semble-t-il de Chine ; la coutume ne permet pas \u00e0 une femme de quitter le harem. Mais le Bey ne pouvait rien refuser \u00e0 son \u00e9pouse pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e.<br \/>\nLe\u00efla accompagn\u00e9e de ses deux servantes se dirigea vers le bazar mais quelques rues plus loin, elle prit la route du Saf Saf. A l\u2019entr\u00e9e on fit savoir \u00e0 la belle inconnue que le Prince Moulay l\u2019attendait dans le salon r\u00e9serv\u00e9 \u00e0 la famille beylicale.L\u2019entretien fut extr\u00eamement courtois. Le\u00efla ne d\u00e9couvrit pas son visage et Moulay dit qu\u2019il respecterait les usages de la cour, tout en lui d\u00e9clarant un amour \u00e9ternel.<br \/>\nLes visites au Saf Saf de l\u2019inconnue furent peu nombreuses et les entretiens toujours aussi courtois et surtout, toujours aussi platoniques.<br \/>\nCela faisait trois ans que Le\u00efla la belle circassienne \u00e9tait arriv\u00e9e en Tunisie. L\u2019automne 1859 commen\u00e7a par de fortes pluies et un vent tr\u00e8s violent. Depuis le Conseil de La R\u00e9gence on apprit qu\u2019Ali Pacha Bey \u00e9tait au plus mal, effectivement le Bey s\u2019\u00e9tait alit\u00e9, frapp\u00e9 d\u2019un mal que les m\u00e9decins ne surent d\u00e9couvrir, au tout d\u00e9but de novembre, le pays fut d\u00e9clar\u00e9 en deuil pendant trois jours, le bey de Tunis Ali Pacha Bey venait de mourir.<br \/>\nLa succession a toujours \u00e9t\u00e9 un sujet d\u00e9licat et \u00e9pineux \u00e0 Tunis. Certes la cour beylicale avait adopt\u00e9 la loi salique et la loi de primog\u00e9niture masculine, en fait celle-ci se r\u00e9sumait au principe de masculinit\u00e9 au sein de la famille et de la dynastie. Mais chacun sait que les choses ne se passaient pas toujours ainsi. Au palais du Bardo, la famille semble r\u00e9unie, mais parmi les cadres de l\u2019arm\u00e9e un sentiment pro Moulay monte, n\u2019est-il pas un des leurs puisqu\u2019il a toujours \u00e9t\u00e9 un de leurs commandants. Apr\u00e8s le deuil national, le Conseil de R\u00e9gence se r\u00e9unit et d\u00e9cide apr\u00e8s une tr\u00e8s forte pression des militaires, de d\u00e9signer Moulay Idriss Pacha, Bey de Tunis. L\u2019av\u00e8nement de Moulay n\u2019est pas consid\u00e9r\u00e9 comme un coup de force puisque le tr\u00f4ne reste \u00e0 la dynastie cr\u00e9\u00e9e par le lointain a\u00efeul Hussein. D\u2019autre part depuis la nomination de Mourad 1er Bey fondateur de la dynastie mouradite dans cette tr\u00e8s lointaine ann\u00e9e 1613, le diwan instance supr\u00eame dans l\u2019empire ottoman, plac\u00e9e sous l\u2019autorit\u00e9 du sultan d\u2019Istanbul n\u2019exerce plus sa pr\u00e9\u00e9minence sur le Bey de Tunis.<br \/>\nLe Palais du Bardo est en f\u00eate, les lions monumentaux qui ornent le grand escalier de l\u2019entr\u00e9e sont rehauss\u00e9s de drapeaux aux couleurs du Bey, sur le toit du palais flotte l\u2019immense pavillon aux couleurs rouge et verte, dans la m\u00e9dina, on a baiss\u00e9 le rideau, et dans les rues se presse une foule endimanch\u00e9e. Pour Tunis c\u2019est jour de f\u00eate.<br \/>\nMoulay Pacha Bey est d\u00e9sormais install\u00e9, sa gloire naissante ne lui a pas fait oublier la belle Le\u00efla, qui demeure comme les autres veuves de Ali Pacha, au Palais El Tej \u00e0 La Marsa. La tradition voulait que le nouveau Bey se construise un autre palais pour ne pas g\u00eaner les veuves de son pr\u00e9d\u00e9cesseur. Moulay en construisant un pavillon annexe pour les veuves et en gardant le palais pour lui-m\u00eame, innova, en m\u00eame temps il \u00e9tait pouss\u00e9 par les circonstances, car les caisses du tr\u00e9sor \u00e9taient vides.<br \/>\nUne seule femme fut autoris\u00e9e \u00e0 rester, c\u2019\u00e9tait la belle circassienne Le\u00efla, derni\u00e8re femme du pr\u00e9c\u00e9dent Bey. Ce fut aussi la premi\u00e8re \u00e9pouse du nouveau Bey.Le couple ainsi form\u00e9, \u00e9tait beaucoup mieux assorti, d\u2019abord en raison de l\u2019\u00e2ge \u00e0 quelques mois pr\u00e8s, les deux \u00e9poux avaient le m\u00eame \u00e2ge, ensuite par le go\u00fbt de la modernit\u00e9 qu\u2019ils avaient en commun. Ils parlaient tous deux fran\u00e7ais, ce qui permettait \u00e0 la cour de ressembler aux cours europ\u00e9ennes les plus raffin\u00e9es qui avaient adopt\u00e9 la langue fran\u00e7aise ; enfin pour le plaisir renouvel\u00e9 de se retrouver ensemble au palais de la Marsa et parfois au Saf Saf.<br \/>\nLa vie s\u2019\u00e9coula ainsi de mani\u00e8re paisible et lorsque Moulay Idriss \u00e9pousa d\u2019autres femmes, comme la coutume l\u2019imposait, il laissa \u00e0 Le\u00efla le soin de g\u00e9rer au mieux le harem.<br \/>\nMoulay consultait souvent son \u00e9pouse de c\u0153ur, quand une d\u00e9cision importante exigeait une longue r\u00e9flexion. La fin des ann\u00e9es soixante et les ann\u00e9es soixante-dix furent importantes pour le royaume.<br \/>\nL\u2019insouciance et l\u2019incurie des Beys successifs avaient ruin\u00e9 le pays, Moulay bien qu\u2019ayant augment\u00e9 consid\u00e9rablement les imp\u00f4ts ne put \u00e9viter la banqueroute de l\u2019Etat qui fut prononc\u00e9e en 1869, une commission internationale form\u00e9e de l\u2019Angleterre, de la France et de l\u2019Italie fut d\u00e9sign\u00e9e pour g\u00e9rer le budget du royaume. Ceci donna aux deux pays les plus proches : l\u2019Italie et la France l\u2019occasion de se livrer \u00e0 une forte surench\u00e8re. L\u2019Italie depuis le XVIII\u00e8me si\u00e8cle renfor\u00e7ait son influence en Tunisie, celle-ci lui \u00e9tait disput\u00e9e par la France qui appuy\u00e9e par l\u2019Angleterre souhaitait conserver la ma\u00eetrise du passage entre la m\u00e9diterran\u00e9e orientale dans laquelle se trouvait le canal de Suez r\u00e9cemment perc\u00e9, et la m\u00e9diterran\u00e9e occidentale qui conduisait au d\u00e9troit de Gibraltar. Moulay Pacha Bey fut oblig\u00e9 d\u2019arbitrer entre les grandes puissances. A la fin des ann\u00e9es 70, alors que la colonie italienne comptait pr\u00e8s de 50 000 \u00e2mes contre moins de 10 000 fran\u00e7ais, suite \u00e0 des r\u00e9voltes non r\u00e9prim\u00e9es \u00e0 la fronti\u00e8re alg\u00e9rienne et dans la r\u00e9gion de Kairouan, le Bey en appelle \u00e0 la protection de la France. En 1881 un trait\u00e9 est sign\u00e9 entre la France et le Bey de Tunis donnant \u00e0 la France le r\u00f4le de protecteur ce fut le trait\u00e9 du Bardo. La Tunisie devint protectorat fran\u00e7ais. Le Bey conserva ses attributs de monarque mais la souverainet\u00e9 fut d\u00e9l\u00e9gu\u00e9e \u00e0 La France.<br \/>\nLe Bey v\u00e9cut toutes ces ann\u00e9es dans un profond d\u00e9sarroi, lui le soldat, le combattant, sentait bien le pouvoir lui \u00e9chapper, mais il \u00e9tait incapable d\u2019affirmer son autorit\u00e9.<br \/>\nAu palais, les rencontres, les discussions, les conseils se multipliaient, les \u00e9missaires des puissances voisines se pr\u00e9sentaient sans discontinuer. Ce fut une p\u00e9riode d\u2019intense activit\u00e9 diplomatique. Le Bey \u00e9tait occup\u00e9 et soucieux. Il d\u00e9laissa sa Le\u00efla, seuls quelques moments de calme permettaient une visite au Saf Saf ; le salon aux profonds sofas n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 modifi\u00e9, seuls les coussins avaient \u00e9t\u00e9 quelque peu rafraichis. Les visites devinrent peu \u00e0 peu protocolaires ; la passion des toutes premi\u00e8res ann\u00e9es avait peu \u00e0 peu disparu.<br \/>\nL\u00e9\u00efla \u00e9tait une femme m\u00fbre, la tr\u00e8s jeune odalisque d\u00e9barqu\u00e9e sur la plage de La Marsa, quelques vingt trois ans plus t\u00f4t avait acquis l\u2019assurance d\u2019une femme exer\u00e7ant un r\u00e9el pouvoir. On lui demandait conseil, parfois elle assistait son \u00e9poux devant des ambassadeurs ; elle exprimait m\u00eame son avis qui dans les n\u00e9gociations parfois serr\u00e9es mettait ses interlocuteurs \u00e9trangers dans une position d\u00e9licate.L\u2019ann\u00e9e 1882 d\u00e9buta fort mal, les troupes fran\u00e7aises s\u2019\u00e9taient d\u00e9finitivement install\u00e9es, petit \u00e0 petit l\u2019administration du pays passait aux mains des nouveaux ma\u00eetres de la Tunisie ; \u00e9puis\u00e9 par tant d\u2019ann\u00e9es de lutte pour redresser son pays, Moulay Idriss, attrapa une mauvaise bronchite qui se transforma rapidement en pneumonie, des m\u00e9decins fran\u00e7ais furent appel\u00e9s \u00e0 son chevet, mais ils ne purent rien faire contre l\u2019\u00e9volution foudroyante de la maladie. Le Bey s\u2019\u00e9teignit au d\u00e9but de mars 1882. N\u2019ayant pas d\u2019enfant m\u00e2le et pas de fr\u00e8re vivant, aucun descendant direct ne put monter sur le tr\u00f4ne. Le R\u00e9sident fran\u00e7ais laissa la succession se d\u00e9rouler selon les principes et coutumes de la famille beylicale. Le plus proche parent Rachid Mustapha, cousin du Bey d\u00e9c\u00e9d\u00e9 fut d\u00e9sign\u00e9 pour succ\u00e9der au d\u00e9funt Bey.<br \/>\nBien s\u00fbr un deuil national fut d\u00e9cr\u00e9t\u00e9 au cours duquel le peuple fut appel\u00e9 \u00e0 s\u2019associer en fr\u00e9quentant le plus assidument possible la mosqu\u00e9e.<br \/>\nA la mi-mars Sidi Rachid Mustapha Pacha Bey fut intronis\u00e9 Bey de Tunis. Les festivit\u00e9s furent tr\u00e8s discr\u00e8tes et sans commune mesure avec celles qui avaient pr\u00e9sid\u00e9 \u00e0 la mont\u00e9e sur le tr\u00f4ne de Moulay Idriss. Un peu parce que le peuple boudait le nouveau pouvoir, plus ou moins install\u00e9 par les armes, un peu parce que l\u2019influence du Bey semblait p\u00e2lir \u00e0 vue d\u2019\u0153il, et beaucoup parce que la tr\u00e8s grande pauvret\u00e9 avait fait son apparition. Rachid Pacha promit de redonner \u00e0 manger \u00e0 tout le monde et il s\u2019installa au palais d\u2019Hammam-Lif pour y passer la fin de l\u2019hiver et une partie du printemps. Souffrant d\u2019asthme il avait besoin des bienfaits des thermes install\u00e9s non loin du palais, comme la source d\u2019A\u00efn El Bey qui offrait une eau limpide et bienfaisante. Rachid qui avait la cinquantaine bien sonn\u00e9e \u00e9tait un homme de bon sens, calme et r\u00e9fl\u00e9chi ; il connaissait les difficult\u00e9s du pays et avait mesur\u00e9 avec pr\u00e9cision ses capacit\u00e9s d\u2019intervention et le champ de ses possibilit\u00e9s. En outre il avait trois \u00e9pouses et cinq enfants. N\u00e9anmoins il avait entendu parler de Le\u00efla Rahmar, de son sens politique et du sang froid qu\u2019elle manifestait devant les h\u00f4tes \u00e9trangers du Bey. Voulant satisfaire sa curiosit\u00e9, il la fit appeler au palais pour v\u00e9rifier par lui-m\u00eame de ses capacit\u00e9s en mati\u00e8re de diplomatie.<br \/>\nD\u00e8s le premier contact il fut pris par le charme de cette dame qui bien qu\u2019ayant des formes l\u00e9g\u00e8rement plus alourdies qu\u2019autrefois, poss\u00e9dait une tr\u00e8s belle prestance. L\u2019entretien qui devait durer quelques minutes se prolongea au-del\u00e0 du temps pr\u00e9vu. On cong\u00e9dia l\u2019audience suivante et la discussion s\u2019\u00e9ternisant on repoussa la suivante. A la fin de l\u2019entretien Rachid semblait conquis. Tr\u00e8s vite on \u00e9voqua un possible mariage. Bien que deux fois veuve de Beys, Le\u00efla ne pouvait s\u2019opposer \u00e0 la volont\u00e9 du monarque qui avait tout pouvoir sur ses sujets. Ainsi le souhait du nouveau Bey fut exauc\u00e9 et Le\u00efla devint pour la troisi\u00e8me fois de suite l\u2019\u00e9pouse du Bey ; toutefois ne pouvant donner d\u2019enfant au Bey, son statut fut ramen\u00e9 \u00e0 celui de simple membre du harem. Le\u00efla recommen\u00e7a \u00e0 s\u2019ennuyer ; elle se r\u00e9fugia dans la lecture et d\u00e9couvrit la po\u00e9sie des auteurs romantiques fran\u00e7ais. Etant la seule femme du harem \u00e0 parler un fran\u00e7ais impeccable, le Bey la fit venir pour servir d\u2019interpr\u00e8te lors de ses rencontres avec le R\u00e9sident G\u00e9n\u00e9ral qui lui ne parlait pas l\u2019arabe. Ce contact avec la politique l\u2019int\u00e9ressait, mais ces rencontres \u00e9tant \u00e9pisodiques elle finit par ne plus y prendre plaisir. Elle pensait de mani\u00e8re nostalgique \u00e0 Moulay qui fut son seul et v\u00e9ritable amour.<br \/>\nA son tour elle tomba malade, sentant ses forces l\u2019abandonner, elle demanda qu\u2019on l\u2019emm\u00e8ne une derni\u00e8re fois au Saf Saf. Elle entra voil\u00e9e dans le salon o\u00f9 tant de souvenirs l\u2019attachaient, une derni\u00e8re fois elle s\u2019allongea dans le profond sofa ; elle ferma les yeux, son esprit se mit \u00e0 vagabonder \u00e0 travers les lieux et les ann\u00e9es, elle s\u2019endormit profond\u00e9ment et ceux qui la retrouv\u00e8rent endormie \u00e0 tout jamais, crurent apercevoir sur ses l\u00e8vres le beau sourire qui avait enchant\u00e9 tant d\u2019hommes \u00e0 la cour, et qui en avait retenu trois ; trois beys successifs. 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