{"id":63385,"date":"2020-03-22T17:51:19","date_gmt":"2020-03-22T17:51:19","guid":{"rendered":""},"modified":"2020-03-22T17:51:19","modified_gmt":"2020-03-22T17:51:19","slug":"du-rapatrie-au-sefarade-l-integration-des-juifs-d-afrique-du-nord-dans-la-societe-francaise-essai-de","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/du-rapatrie-au-sefarade-l-integration-des-juifs-d-afrique-du-nord-dans-la-societe-francaise-essai-de\/","title":{"rendered":"Du rapatri\u00e9 au s\u00e9farade. L&rsquo;int\u00e9gration des Juifs d&rsquo;Afrique du Nord dans la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise : essai de bilan, par Colette Zytnicki"},"content":{"rendered":"<p>Du rapatri\u00e9 au s\u00e9farade. L&rsquo;int\u00e9gration des Juifs d&rsquo;Afrique du Nord dans la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise : essai de bilan, par Colette Zytnicki<br \/>\n&nbsp;<\/p>\n<p>\u00ab Et si les \u201cPieds-Noirs\u201d, dans leur ensemble, donnent \u00e0 la France un petit air de Provence, les Juifs nord-africains apportent au juda\u00efsme fran\u00e7ais une s\u00e8ve nouvelle, une jeunesse magnifique d\u2019une intense vitalit\u00e9 et nous permettent de retrouver notre vocation m\u00e9diterran\u00e9enne, celle de notre lointain pass\u00e9, d\u2019une mill\u00e9naire nostalgie et aussi du pr\u00e9sent. Allons, quoiqu\u2019en pensent les Cassandre&#8230; je suis certain qu\u2019avec toi, Rapatri\u00e9, mon fr\u00e8re, nous la construisons enfin cette insaisissable Communaut\u00e9 juive [1]<br \/>\n[1]\u00ab Rapatri\u00e9, mon fr\u00e8re \u00bb, L\u2019Arche, n\u00b0 96, janvier 1965, p. 11.<br \/>\n&nbsp;\u00bb. Ainsi s\u2019exprimait, quelques ann\u00e9es apr\u00e8s le grand exode de ceux que l\u2019on appelait encore des rapatri\u00e9s, le r\u00e9dacteur en chef de L\u2019Arche. Mais peut-on, aujourd\u2019hui, avec le recul donn\u00e9 par le temps, \u00eatre aussi optimiste que Michel Salomon ? Les Juifs d\u2019Afrique du Nord ont-ils \u00e9t\u00e9 vraiment ce ferment de renouveau du juda\u00efsme fran\u00e7ais d\u00e9crit par l\u2019\u00e9ditorialiste ?<\/p>\n<p>2<br \/>\nCes interrogations reviennent \u00e0 poser en fait l\u2019\u00e9pineux probl\u00e8me de l\u2019int\u00e9gration du groupe dans un double contexte, celui de la soci\u00e9t\u00e9 globale fran\u00e7aise et celui de la communaut\u00e9 juive \u00ab m\u00e9tropolitaine \u00bb \u2013 toutes deux souvent mal connues, voire inconnues, des nouveaux venus : Comment les Juifs du Maghreb ont-ils su passer d\u2019un monde \u00e0 l\u2019autre et trouver une place de ce c\u00f4t\u00e9-ci de la M\u00e9diterran\u00e9e ? Au prix de quelles luttes, de quelles souffrances, mais aussi au terme de quelles r\u00e9ussites ont-ils instill\u00e9 dans la juda\u00efcit\u00e9 de m\u00e9tropole cette \u00ab s\u00e8ve nouvelle \u00bb, pour reprendre les termes alors en vogue ?<\/p>\n<p>3<br \/>\nLes r\u00e9ponses, on s\u2019en doute, ne peuvent \u00eatre d\u00e9finitives, tant la diversit\u00e9 des situations et des appr\u00e9ciations est patente. Le constat n\u2019est \u00e9videmment pas le m\u00eame selon que l\u2019on s\u2019int\u00e9resse \u00e0 des individus ou \u00e0 une collectivit\u00e9 ; il diff\u00e8re aussi selon les lieux d\u2019origine ou les r\u00e9gions d\u2019accueil. L\u2019historien se doit de prendre en compte toute la complexit\u00e9 du fait. Par ailleurs, le terme m\u00eame d\u2019int\u00e9gration est aujourd\u2019hui discut\u00e9 pour tout ce qu\u2019il suppose d\u2019abandon de soi et d\u2019acceptation d\u2019un mod\u00e8le pos\u00e9 en r\u00e9f\u00e9rence. Il reste cependant valable, croyons-nous, pour le groupe \u00e9tudi\u00e9 : pendant les ann\u00e9es 1960, tous les acteurs concern\u00e9s, immigrants, travailleurs sociaux, responsables communautaires et politiques situaient bien leur action dans une probl\u00e9matique d\u2019int\u00e9gration, c\u2019est-\u00e0-dire d\u2019insertion \u00e9conomique, sociale, mais aussi culturelle. Les nouveaux venus se devaient de trouver une place au sein d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 consid\u00e9r\u00e9e comme plus \u00ab moderne \u00bb, plus \u00ab d\u00e9velopp\u00e9e \u00bb que celle qu\u2019ils avaient quitt\u00e9e. C\u2019est plus tard que l\u2019on a nuanc\u00e9, voire remis en question ce sch\u00e9ma, mettant en \u00e9vidence les ph\u00e9nom\u00e8nes constat\u00e9s de n\u00e9gociation entre l\u2019\u00ab ici \u00bb et le \u00ab l\u00e0-bas \u00bb, les bricolages culturels qui accompagnent tous les ph\u00e9nom\u00e8nes migratoires et permettent au groupe de se fondre dans la soci\u00e9t\u00e9 d\u2019accueil tout en pr\u00e9servant une part de son identit\u00e9, de son autonomie [2]<br \/>\n[2]Patrick Simon \u00ab L\u2019invention de l\u2019authenticit\u00e9 : Belleville,\u2026<br \/>\n.<\/p>\n<p>4<br \/>\nEn s\u2019appuyant sur des sources abondantes (comme celles provenant des institutions juives qui ont encadr\u00e9 l\u2019exode ou des int\u00e9ress\u00e9s eux-m\u00eames) et sur une riche litt\u00e9rature savante [3]<br \/>\n[3]Il est impossible d\u2019en faire ici l\u2019inventaire exhaustif. On\u2026<br \/>\nqui a scrut\u00e9 les faits au fur et \u00e0 mesure de leur d\u00e9roulement, on peut \u00e9tablir un bilan provisoire, tirer quelques conclusions de l\u2019\u00e9v\u00e9nement. Et pour comprendre les cons\u00e9quences de ce vaste mouvement qui a men\u00e9 les Juifs du Maghreb du sud vers le nord, il convient en ouverture d\u2019en dresser le portrait au moment de l\u2019exode, avant de suivre leurs efforts de r\u00e9insertion, mat\u00e9rielle et culturelle.<br \/>\nPortrait des nouveaux venus<\/p>\n<p>5<br \/>\n\u00c0 d\u00e9faut de statistiques officielles ou communautaires, il n\u2019est gu\u00e8re ais\u00e9, on le sait, d\u2019estimer avec quelque certitude la population juive en France. \u00c0 la fin des ann\u00e9es cinquante, on peut admettre qu\u2019elle se situait dans une fourchette allant de 300 000 \u00e0 350 000 personnes et autour de 535 000 en 1969 [4]<br \/>\n[4]Doris Bensimon et Sergio della Pergola, La Population juive de\u2026<br \/>\n. Dans cette croissance extraordinaire, la part des Juifs d\u2019Afrique du Nord est d\u00e9terminante : sur les 108 000 personnes arriv\u00e9es en France entre 1950 et 1959, 75 000 seraient originaires du Maghreb ; pour la d\u00e9cennie suivante, ils repr\u00e9senteraient 145 000 des 160 000 immigrants comptabilis\u00e9s pour cette p\u00e9riode [5]<br \/>\n[5]Ibid., p. 36.<br \/>\n. Plus de 200 000 personnes seraient donc venues de l\u2019autre rive de la M\u00e9diterran\u00e9e entre 1950 et 1970, soit pr\u00e8s des deux tiers de la juda\u00efcit\u00e9 fran\u00e7aise de l\u2019apr\u00e8s-guerre.<\/p>\n<p>6<br \/>\nLe renouvellement d\u00e9mographique suscit\u00e9 par l\u2019arriv\u00e9e des Juifs d\u2019Afrique du Nord ne se r\u00e9sume pas \u00e0 ces chiffres bruts. Les nouveaux venus ont \u00e9t\u00e9 aussi le gage d\u2019une vitalit\u00e9 future. Contrairement \u00e0 leurs coreligionnaires de France dont la natalit\u00e9, \u00e0 l\u2019image de celle des habitants de la m\u00e9tropole, \u00e9tait d\u00e9clinante, les Isra\u00e9lites originaires du Maghreb offraient les caract\u00e9ristiques d\u2019une population globalement plus jeune et plus prolifique. Les familles nombreuses n\u2019\u00e9taient pas rares, surtout parmi les classes modestes marocaines ou tunisiennes. Alors que le nombre d\u2019enfants par femme \u00e9tait de 1,54 pour celles n\u00e9es en Europe dans les ann\u00e9es 1932-1936, on pouvait l\u2019estimer \u00e0 4,58 pour leurs contemporaines natives d\u2019Afrique du Nord [6]<br \/>\n[6]Ibid. p. 143.<br \/>\n. On comprend alors le souci des responsables communautaires d\u2019encadrer cette jeunesse nombreuse et porteuse d\u2019espoir. Une telle vitalit\u00e9 s\u2019est toutefois peu \u00e0 peu att\u00e9nu\u00e9e dans les g\u00e9n\u00e9rations suivantes qui ont adopt\u00e9 les standards de vie de la famille mod\u00e8le fran\u00e7aise [7]<br \/>\n[7]En ce qui concerne les femmes n\u00e9es entre 1967 et 1971, le\u2026<br \/>\n.<\/p>\n<p>7<br \/>\nContrairement aux immigrations pr\u00e9c\u00e9dentes, les Juifs du Maghreb se sont dispers\u00e9s sur tout le territoire fran\u00e7ais. Jusque dans les ann\u00e9es cinquante, Paris, qui regroupait une tr\u00e8s large partie de la juda\u00efcit\u00e9, avait pour vocation d\u2019accueillir les immigr\u00e9s. Dans le Sentier sont venus s\u2019installer, d\u00e8s le XIXe si\u00e8cle, les Ashk\u00e9nazes d\u2019Europe centrale, tandis que les S\u00e9pharades d\u2019Orient ont pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 s\u2019\u00e9tablir dans le quartier de la Roquette. Apr\u00e8s 1960, la capitale et sa banlieue ont continu\u00e9 d\u2019attirer les immigrants : Belleville est ainsi devenu un haut lieu de l\u2019immigration tunisienne [8]<br \/>\n[8]Patrick Simon et Claude Tapia, Le Belleville des Juifs\u2026<br \/>\n. La nouveaut\u00e9 est que ce mouvement a gagn\u00e9 la banlieue : le Sarcelles d\u2019aujourd\u2019hui o\u00f9 des dizaines de familles juives se sont install\u00e9es et demeurent encore en t\u00e9moigne [9]<br \/>\n[9]Laurence Podselver, \u00ab Le p\u00e8lerinage de Maarabi \u00e0 Sarcelles, un\u2026<br \/>\n.<\/p>\n<p>8<br \/>\nMais le fait le plus marquant de cette migration est certainement la renaissance des communaut\u00e9s de province. L\u00e0 o\u00f9 une vie juive organis\u00e9e s\u2019\u00e9tait \u00e9teinte depuis le Moyen \u00c2ge, des synagogues ont \u00e9t\u00e9 inaugur\u00e9es, des magasins cach\u00e8re et des centres communautaires ont ouvert leurs portes. Des collectivit\u00e9s de quelques centaines de personnes se sont form\u00e9es dans des villes moyennes comme M\u00e2con, Poitiers, Tarbes ou Rennes, o\u00f9 aucun Juif n\u2019\u00e9tait recens\u00e9 par les instances communautaires en 1957. Comment expliquer une telle dispersion ? Le hasard a pr\u00e9sid\u00e9 \u00e0 bien des \u00e9tablissements : prises dans la tourmente des \u00e9v\u00e9nements de 1962, des familles enti\u00e8res ont \u00e9t\u00e9 envoy\u00e9es dans des lieux qu\u2019elles n\u2019avaient pas choisis. L\u2019existence d\u2019une communaut\u00e9 d\u00e9j\u00e0 constitu\u00e9e, la pr\u00e9sence m\u00eame provisoire d\u2019une partie de la famille et enfin les conditions climatiques \u2013 combien de rapatri\u00e9s redoutaient l\u2019hiver du nord du pays ? \u2013 expliquent l\u2019attraction exerc\u00e9e par les villes m\u00e9ridionales. Mais ces choix se sont parfois r\u00e9v\u00e9l\u00e9s risqu\u00e9s car le Midi souffrait encore d\u2019un retard \u00e9conomique qui diminuait les chances d\u2019une insertion rapide. Pourtant, les grandes cit\u00e9s du sud de la France ont le plus profit\u00e9 de cette immigration : Marseille a vu sa population juive passer de 12 000 \u00e0 50 000 personnes ; Toulouse, de 3 500 \u00e0 14 000 ; Nice de 2 100 \u00e0 6 400 ; Bordeaux de 3 500 \u00e0 6 400\u2026, sans compter les villes moyennes comme N\u00eemes, Montpellier, Toulon [10]<br \/>\n[10]Michael L. Laskier, \u00ab The Regeneration of French Jewry : the\u2026<br \/>\n. La croissance des communaut\u00e9s marseillaise et toulousaine se con\u00e7oit ais\u00e9ment : plus de 80 % des nouveaux arrivants provenant de Tunisie en 1961 puis d\u2019Alg\u00e9rie l\u2019ann\u00e9e suivante sont pass\u00e9s par la cit\u00e9 phoc\u00e9enne, tandis que d\u00e8s le printemps 1962 l\u2019a\u00e9roport de Blagnac, proche de Toulouse, a \u00e9t\u00e9 choisi comme lieu d\u2019acheminement des rapatri\u00e9s afin de d\u00e9lester les a\u00e9rodromes de Paris ou du Sud-Est. Enfin, n\u2019oublions pas Strasbourg et sa r\u00e9gion o\u00f9 plus de 2 000 personnes sont venues s\u2019installer au d\u00e9but des ann\u00e9es 1960, une grande partie d\u2019entre elles provenant du Sud saharien [11]<br \/>\n[11]Archives de l\u2019American Joint Distribution Committee (d\u00e9sormais\u2026<br \/>\n.<\/p>\n<p>9<br \/>\nC\u2019est donc au d\u00e9but des ann\u00e9es soixante que la r\u00e9partition actuelle de la population juive se fixe. Avec toutefois une nuance. Si, dans les premiers temps du rapatriement, on recense de nombreuses communaut\u00e9s de moins de 100 personnes, la tendance est par la suite au regroupement dans des centres plus importants. Car en de\u00e7\u00e0 d\u2019une certaine densit\u00e9 de population, il n\u2019est gu\u00e8re ais\u00e9 de maintenir les cadres d\u2019une vie juive : entretenir un lieu de culte, procurer suffisamment de client\u00e8le aux magasins cach\u00e8re s\u2019av\u00e8rent impossible pour des collectivit\u00e9s trop r\u00e9duites.<\/p>\n<p>10<br \/>\n\u00c0 Paris ou \u00e0 Marseille, tout comme \u00e0 \u00c9vreux ou P\u00e9rigueux, les Juifs d\u2019Afrique du Nord avaient aussi en commun d\u2019occuper des fonctions jusque-l\u00e0 peu pris\u00e9es parmi ceux de France. Passe encore d\u2019\u00eatre tailleur ou coiffeur, mais que dire, pour un Ashk\u00e9naze, de la cohorte des petits fonctionnaires alg\u00e9riens, employ\u00e9s de l\u2019administration, instituteurs, et m\u00eame policiers ou gardiens de prison ? Dans une population en cours d\u2019ascension sociale comme l\u2019\u00e9tait la population juive fran\u00e7aise, surtout compos\u00e9e de professions lib\u00e9rales, d\u2019artisans et de commer\u00e7ants, auxquels s\u2019ajoutaient de plus en plus des fonctionnaires moyens, les caract\u00e9ristiques des isra\u00e9lites du Maghreb n\u2019ont pas manqu\u00e9 de susciter l\u2019\u00e9tonnement. Ils repr\u00e9sentaient globalement une population plus pauvre \u2013 ceci est surtout valable pour les Marocains et une partie des Tunisiens \u2013, et moins qualifi\u00e9e. Claude Tapia en 1964 parle de ces prol\u00e9taires \u00ab qui ne cachent ni leur appartenance religieuse, ni leur origine nord-africaine \u00bb, une sorte de \u00ab Fran\u00e7ais moyens \u00bb, qui \u00ab ont enfin fourni \u00e0 la grande moyenne et petite bourgeoisie juive de France son prol\u00e9tariat [12]<br \/>\n[12]Claude Tapia, \u00ab Les nouvelles fronti\u00e8res \u00bb, L\u2019Arche, 1964,\u2026<br \/>\n&nbsp;\u00bb.<\/p>\n<p>11<br \/>\nLes nouveaux venus ont aussi amen\u00e9 avec eux tout un mode de vie insolite pour leurs coreligionnaires de m\u00e9tropole. Plus fervents, pratiquant selon des rituels inconnus, plus exub\u00e9rants, porteurs d\u2019une culture m\u00e9diterran\u00e9enne fort \u00e9loign\u00e9e de celle des Ashk\u00e9nazes ou des discrets Isra\u00e9lites fran\u00e7ais, ils ont surpris et parfois m\u00eame agac\u00e9. \u00c0 Marseille, o\u00f9 Wladimir Rabi fait une enqu\u00eate en 1962, les tensions furent vives d\u00e8s 1962 entre les \u00ab autochtones \u00bb et les \u00ab immigr\u00e9s [13]<br \/>\n[13]Wladimir Rabi, \u00ab Le \u2018Boom\u2019 de Marseille \u00bb, L\u2019Arche, janvier\u2026<br \/>\n&nbsp;\u00bb. \u00c0 Lyon, la question de la chehita (l\u2019abattage rituel) divise la communaut\u00e9 [14]<br \/>\n[14]W. Rabi, \u00ab \u201cAutochtones\u201d et rapatri\u00e9s. Les difficult\u00e9s d\u2019un\u2026<br \/>\n. R\u00e9ciproquement, la r\u00e9serve, la ti\u00e9deur religieuse des Juifs de France, ne laissent pas d\u2019inqui\u00e9ter ceux qui viennent d\u2019outre-M\u00e9diterran\u00e9e.<\/p>\n<p>12<br \/>\nIl faut toutefois faire la part des choses. D\u00e9passant ces frictions \u00e9pidermiques, les responsables institutionnels \u2013 ceux du Fonds social juif unifi\u00e9 ou bien de l\u2019American Joint Distribution Committee (ou Joint) \u2013 consid\u00e8rent que l\u2019exode des Juifs d\u2019Afrique du Nord est une chance historique. Dans des villes moyennes o\u00f9 les communaut\u00e9s, telle celle d\u2019Aix-en-Provence, \u00e9taient languissantes non seulement \u00e0 cause du manque de ferveur des coreligionnaires mais aussi du fait des mariages mixtes, voire des conversions, il appara\u00eet bien comme \u00ab un gisement de force juive [15]<br \/>\n[15]Dans le document original : \u00ab a source of Jewish strengh \u00bb.\u2026<br \/>\n&nbsp;\u00bb.<\/p>\n<p>13<br \/>\nEnfin, il faut souligner un dernier aspect original : contrairement aux immigr\u00e9s des exodes pr\u00e9c\u00e9dents, les nouveaux venus \u00e9taient majoritairement fran\u00e7ais ou de culture fran\u00e7aise. Leur exil ne fut pas sp\u00e9cifique aux Juifs, il s\u2019est s\u2019inscrit dans le mouvement de d\u00e9colonisation qui traverse l\u2019histoire du monde apr\u00e8s 1945. Les Juifs d\u2019Afrique du Nord furent donc des rapatri\u00e9s, ou des r\u00e9fugi\u00e9s. Les premiers ont profit\u00e9 du dispositif mis en place lors de la loi vot\u00e9e en d\u00e9cembre 1961 qui pr\u00e9voit toute une s\u00e9rie d\u2019aides \u00e0 l\u2019installation et \u00e0 l\u2019insertion ; les seconds b\u00e9n\u00e9fici\u00e8rent d\u2019un statut certes moins favorable, mais avec l\u2019assurance d\u2019obtenir la citoyennet\u00e9 fran\u00e7aise dans un d\u00e9lai assez raisonnable.<br \/>\nLe temps de l\u2019int\u00e9gration<\/p>\n<p>14<br \/>\nBrutalement transport\u00e9s en une France qui pouvait n\u2019\u00eatre pour eux qu\u2019une abstraction, un simple floril\u00e8ge d\u2019images puis\u00e9es dans les livres d\u2019\u00e9cole, noy\u00e9s dans un flux d\u2019exil\u00e9s au sein duquel ils ne repr\u00e9sentaient qu\u2019une minorit\u00e9, quelle chance fut-elle donn\u00e9e aux Juifs d\u2019Afrique du Nord de retrouver une stabilit\u00e9, refonder un foyer, renouer le cours des choses bris\u00e9 par l\u2019exode ? Pour y parvenir, ils ont pu compter sur trois \u00e9l\u00e9ments : le contexte \u00e9conomique global, l\u2019aide apport\u00e9e par l\u2019\u00c9tat, enfin les institutions juives.<br \/>\nLe contexte \u00e9conomique<\/p>\n<p>15<br \/>\nLe d\u00e9but des ann\u00e9es soixante en France a \u00e9t\u00e9 une p\u00e9riode d\u2019expansion soutenue qui a permis l\u2019int\u00e9gration assez rapide des nouveaux venus. Le bilan g\u00e9n\u00e9ral du rapatriement d\u2019\u00e0 peu pr\u00e8s un million de personnes en quelques ann\u00e9es est assez positif. En quelques mois, parfois quelques ann\u00e9es, l\u2019essentiel des nouveaux arrivants a trouv\u00e9 un logement \u2013 surtout dans les villes moyennes du Sud du pays alors en pleine p\u00e9riode de construction de logements neufs \u2013 et un emploi. La population juive forme toutefois un groupe certainement moins favoris\u00e9. Au Maroc et en Tunisie, mais aussi en moindre proportion en Alg\u00e9rie, les petits m\u00e9tiers avaient subsist\u00e9, procurant \u00e0 leurs d\u00e9tenteurs de faibles revenus, dans des pays o\u00f9 le niveau de vie g\u00e9n\u00e9ral \u00e9tait plus bas qu\u2019en m\u00e9tropole. Deux ans apr\u00e8s l\u2019exode, parfois m\u00eame beaucoup plus longtemps apr\u00e8s encore, nombre de ces anciens artisans ou petits patrons sont toujours sans emploi, survivant gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019aide \u00e9tatique ou communautaire. \u00c0 Toulouse, un an apr\u00e8s l\u2019exode, la situation est explosive : beaucoup de rapatri\u00e9s n\u2019ont pas encore trouv\u00e9 de travail et l\u2019angoisse grandit [16]<br \/>\n[16]Archives du Joint, op. cit., rapport de Irving D. R. Dickman\u2026<br \/>\n.<\/p>\n<p>16<br \/>\nOn ne conna\u00eet pas le nombre de ceux qui ne purent se r\u00e9ins\u00e9rer, mais d\u00e8s 1963, \u00e0 un moment o\u00f9 les allocations d\u00e9coulant du statut de rapatri\u00e9 prennent fin, les institutions communautaires comprennent qu\u2019elles auront \u00e0 g\u00e9rer de fa\u00e7on durable le cas des laiss\u00e9s pour compte de l\u2019insertion. On peut en tracer le portrait-type : des personnes plut\u00f4t \u00e2g\u00e9es (plus de 50 ans), sans qualification professionnelle. Certains ont alors sombr\u00e9 dans la d\u00e9pression. Ce sont autant de cas, souvent dramatiques, qui ont \u00e9t\u00e9 pris en charge par l\u2019OSE (Organisation de secours aux enfants) depuis les ann\u00e9es soixante et pour un temps ind\u00e9fini [17]<br \/>\n[17]Colette Zytnicki, \u00ab G\u00e9rer la rupture : les institutions\u2026<br \/>\n. D\u2019apr\u00e8s les enqu\u00eates men\u00e9es par le service \u00ab Communaut\u00e9 \u00bb, cr\u00e9\u00e9 par l\u2019Alliance isra\u00e9lite universelle, le Joint et l\u2019Anglo-Jewish Association, en 1964, 65 % des personnes concern\u00e9es constatent une d\u00e9gradation de leur environnement qui tient \u00e0 leur difficult\u00e9 \u00e0 retrouver un travail capable de leur assurer un niveau de vie comparable \u00e0 celui qu\u2019ils ont quitt\u00e9 [18]<br \/>\n[18]Claude Tapia, \u00ab Le rapatri\u00e9 en 1965, portrait d\u2019un inconnu ? \u00bb,\u2026<br \/>\n. La question du logement, surtout \u00e0 Paris, avant que ne se fassent ressentir les effets du d\u00e9part vers les banlieues, est particuli\u00e8rement aigu\u00eb [19]<br \/>\n[19]Ibid.<br \/>\n. Et \u00e0 partir de 1967, les signes avant-coureurs de la crise \u00e9conomique qui met fin au Trente Glorieuses commencent \u00e0 se faire sentir : \u00e0 Toulouse, par exemple, on supprime des emplois dans la confection, et les ch\u00f4meurs et les cas de d\u00e9tresse augmentent parmi les usagers du FSJU [20]<br \/>\n[20]Colette Zytnicki, Les Juifs \u00e0 Toulouse entre 1945 et 1970, Une\u2026<br \/>\n.<\/p>\n<p>17<br \/>\nPlus nombreux sont n\u00e9anmoins ceux qui ont r\u00e9ussi \u00e0 se r\u00e9ins\u00e9rer, au prix parfois d\u2019un d\u00e9classement ou d\u2019une formation acquise \u00e0 l\u2019\u00e2ge m\u00fbr. Comme pour l\u2019ensemble des rapatri\u00e9s, l\u2019insertion s\u2019est souvent accompagn\u00e9e du glissement vers le salariat d\u2019une bonne partie des travailleurs ind\u00e9pendants. Prenons l\u2019exemple de M. T. Bijoutier en Alg\u00e9rie, sp\u00e9cialis\u00e9 dans l\u2019orf\u00e8vrerie \u00ab indig\u00e8ne \u00bb, il quitte pr\u00e9cipitamment le pays en 1962. Arriv\u00e9 \u00e0 Toulouse par le plus grand des hasards, il comprend vite qu\u2019il ne pourra retrouver son statut de travailleur ind\u00e9pendant : il entreprend alors une formation de comptable qui lui permettra de trouver assez rapidement un emploi salari\u00e9. Dans les premi\u00e8res ann\u00e9es de la r\u00e9insertion, l\u2019\u00e9pouse elle-m\u00eame a d\u00fb travailler, ce qui a \u00e9t\u00e9 v\u00e9cu, du moins par le mari, comme une rupture de l\u2019ordre familial traditionnel. Au terme de sa vie, M. T. s\u2019estime finalement plut\u00f4t satisfait de son parcours professionnel qui lui a permis de b\u00e9n\u00e9ficier d\u2019une situation plus qualifi\u00e9e et plus stable qu\u2019en Alg\u00e9rie. L\u2019exemple de M. T. est assez repr\u00e9sentatif des modalit\u00e9s d\u2019insertion professionnelle du groupe, une insertion qui a d\u00fb s\u2019adapter aux conditions du march\u00e9 de l\u2019emploi en France, caract\u00e9ris\u00e9 ces ann\u00e9es-l\u00e0 par une progression du salariat.<\/p>\n<p>18<br \/>\nCe cas met aussi en lumi\u00e8re un ph\u00e9nom\u00e8ne important : l\u2019exode a acc\u00e9l\u00e9r\u00e9 l\u2019entr\u00e9e des femmes d\u2019Afrique du Nord sur le march\u00e9 de l\u2019emploi. L\u2019attribution traditionnelle des r\u00f4les au sein de la famille a \u00e9t\u00e9 remise en question, bouleversant \u00e0 court terme les rapports entre les individus et, \u00e0 plus longue \u00e9ch\u00e9ance, les mentalit\u00e9s des groupes concern\u00e9s. Les femmes ont connu l\u00e0 les pr\u00e9mices d\u2019une \u00e9mancipation dont leurs filles ont profit\u00e9.<\/p>\n<p>19<br \/>\nLes premiers temps de l\u2019\u00e9tablissement en France ont \u00e9t\u00e9 aussi marqu\u00e9s par une multiplication de mariages mixtes [21]<br \/>\n[21]Il atteint la proportion de 48 % chez les Juifs alg\u00e9riens entre\u2026<br \/>\n, du moins dans les communaut\u00e9s o\u00f9 le march\u00e9 matrimonial \u00e9tait \u00e9troit. Le ph\u00e9nom\u00e8ne est si flagrant qu\u2019il ne manque pas d\u2019inqui\u00e9ter les responsables communautaires qui, d\u00e8s le milieu des ann\u00e9es soixante, multiplient les structures de rencontre destin\u00e9es aux jeunes. En cr\u00e9ant des clubs de diverse nature, il s\u2019agit bien de favoriser les unions intracommunautaires !<\/p>\n<p>20<br \/>\nEnfin, au-del\u00e0 des nostalgies engendr\u00e9es par la perte du monde familier, l\u2019installation en France \u2013 m\u00eame dans les villes o\u00f9 elle ne fut gu\u00e8re des plus faciles \u2013 est per\u00e7ue par les int\u00e9ress\u00e9s comme plut\u00f4t positive. Plus s\u00fbrement, ils estiment qu\u2019elle fut une chance pour leurs enfants qui ont trouv\u00e9 en m\u00e9tropole plus d\u2019opportunit\u00e9s d\u2019y faire des \u00e9tudes et de r\u00e9ussir leur carri\u00e8re professionnelle. D\u2019une enqu\u00eate r\u00e9alis\u00e9e \u00e0 Toulouse au d\u00e9but des ann\u00e9es 1990, il ressort nettement que les enfants d\u2019employ\u00e9s ou de petits fonctionnaires ont gravi les marches de l\u2019ascension sociale, gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019\u00e9cole notamment [22]<br \/>\n[22]Enqu\u00eate r\u00e9alis\u00e9e par Chantal Bordes-Benayoun et Colette\u2026<br \/>\n. Ainsi faut-il \u00e9valuer l\u2019int\u00e9gration des Juifs d\u2019Afrique du Nord sur un temps long, de fa\u00e7on \u00e0 prendre \u00e9galement en consid\u00e9ration les g\u00e9n\u00e9rations qui n\u2019ont pas directement connu la migration [23]<br \/>\n[23]\u00c0 ma connaissance, \u00e0 part l\u2019ouvrage de Doris Bensimon et Sergio\u2026<br \/>\n. C\u2019est \u00e0 cette aune qu\u2019on peut porter un jugement global et nuanc\u00e9 sur le ph\u00e9nom\u00e8ne. Une int\u00e9gration r\u00e9ussie, sur le plan individuel ou collectif, ne se d\u00e9duit pas tant du constat que les parents ont pu n\u00e9gocier, plus ou moins rapidement, plus ou moins facilement, une place dans la soci\u00e9t\u00e9 d\u2019accueil ; elle se mesure plut\u00f4t au fait qu\u2019ils y ont trouv\u00e9 les cl\u00e9s de l\u2019ascension sociale pour leurs enfants. Et sur ce point, le bilan est souvent positif.<br \/>\nLe r\u00f4le de l\u2019\u00c9tat<\/p>\n<p>21<br \/>\nSi les chances d\u2019insertion d\u00e9pendaient de l\u2019int\u00e9ress\u00e9 lui-m\u00eame, de sa qualification ou de sa capacit\u00e9 d\u2019adaptation, elles reposaient aussi sur les disposions politiques prises en faveur des rapatri\u00e9s et des r\u00e9fugi\u00e9s. Par exemple, l\u2019\u00c9tat pr\u00e9voit d\u2019allouer aux rapatri\u00e9s une part qui peut aller de 10 \u00e0 30 % des nouveaux logements sociaux ou des pr\u00eats avantageux (mais distribu\u00e9s au compte-gouttes) pour les candidats \u00e0 la r\u00e9installation commerciale ou artisanale. On doit remarquer que dans ce domaine la coop\u00e9ration entre l\u2019administration et les services sociaux juifs fut \u00e9troite. Le FSJU avait de fr\u00e9quents contacts avec les bureaux du secr\u00e9tariat d\u2019\u00c9tat aux rapatri\u00e9s devenu ensuite minist\u00e8re, de m\u00eame qu\u2019avec la pr\u00e9fecture de Paris qui g\u00e9rait la situation des personnes [24]<br \/>\n[24]Archives du Joint : dans la r\u00e9union du FSJU et du Joint du 24\u2026<br \/>\n. Dans les grandes villes de province, une collaboration semblable unissait les instances locales du FSJU et les services pr\u00e9fectoraux ou ceux de la D\u00e9l\u00e9gation aux rapatri\u00e9s. L\u2019aide publique, souvent minimis\u00e9e par les int\u00e9ress\u00e9s qui mettent plut\u00f4t en avant les dysfonctionnements du syst\u00e8me et les retards apport\u00e9s au versement des allocations, a jou\u00e9 son r\u00f4le. Mais pour un temps seulement : les allocations ont pris fin en 1963, et l\u2019ann\u00e9e suivante, le minist\u00e8re des Rapatri\u00e9s fut supprim\u00e9.<br \/>\nLe soutien des organisations juives<\/p>\n<p>22<br \/>\nPour les institutions sociales juives, l\u2019exode de 1961-1962 s\u2019est pr\u00e9sent\u00e9 comme un v\u00e9ritable d\u00e9fi qui venait mettre \u00e0 l\u2019\u00e9preuve un syst\u00e8me encore bien fragile. Les \u00e9normes besoins en termes d\u2019assistance aux personnes (orphelins, d\u00e9port\u00e9s\u2026) cr\u00e9\u00e9s par les pers\u00e9cutions subies pendant la Seconde Guerre mondiale avaient pouss\u00e9 les institutions caritatives \u00e0 unir leurs efforts. Elles ont \u00e9t\u00e9 largement encadr\u00e9es dans cette d\u00e9marche par le Joint qui les finan\u00e7ait pour une bonne part. Un lent travail pr\u00e9paratoire, entam\u00e9 en 1948, aboutit en 1950 \u00e0 la cr\u00e9ation du Fonds social juif unifi\u00e9 (FSJU). Il avait pour double vocation de collecter les fonds n\u00e9cessaires aux diverses associations avant de les redistribuer entre elles, mais aussi de rationaliser les t\u00e2ches r\u00e9parties entre plus d\u2019une vingtaine d\u2019organisations et de leur tracer une ligne commune. Il devint de fait \u00ab le responsable des activit\u00e9s sociales et culturelles [juives] en France [25]<br \/>\n[25]Simon Schwarzfuchs, \u00ab Naissance du Fonds social juif unifi\u00e9.\u2026<br \/>\n&nbsp;\u00bb. Lorsque se profile l\u2019exode, \u00e0 la fin des ann\u00e9es cinquante, le FSJU en est encore \u00e0 ses d\u00e9buts. Le rapatriement va lui donner la possibilit\u00e9 de s\u2019affirmer en prenant la direction des op\u00e9rations d\u2019assistance. Avec l\u2019aide du Joint \u00e9galement, une \u00e9cole destin\u00e9e \u00e0 former des travailleurs sociaux fut ouverte \u00e0 Versailles. Les contributions financi\u00e8res et l\u2019assistance technique apport\u00e9es par le Joint ne se d\u00e9mentent pas pendant la p\u00e9riode de l\u2019exode. Toutes les semaines, ses repr\u00e9sentants participent \u00e0 une r\u00e9union avec les responsables du FSJU. Ils m\u00e8nent aussi des enqu\u00eates \u00e0 travers les communaut\u00e9s, enqu\u00eates dont ils envoient un compte rendu circonstanci\u00e9 \u00e0 New York.<\/p>\n<p>23<br \/>\nAinsi, alors qu\u2019elles \u00e9taient en pleine r\u00e9organisation, les institutions juives sont confront\u00e9es aux cons\u00e9quences de l\u2019exode. En 1955, le Comit\u00e9 de bienfaisance isra\u00e9lite de Paris (CBIP) re\u00e7oit 70 demandes de secours mensuels. Leur nombre atteint 140 en juillet 1956 et 152 au mois d\u2019ao\u00fbt de la m\u00eame ann\u00e9e, \u00e9manant pour leur grande majorit\u00e9 de Juifs de Tunisie et plus secondairement d\u2019Alg\u00e9rie [26]<br \/>\n[26]Simon Schwarzfuchs, \u00ab Naissance du Fonds social juif unifi\u00e9.\u2026<br \/>\n. Le grand rabbin de France prend alors l\u2019initiative de r\u00e9unir les responsables des grandes organisations pour examiner la situation (mai 1956). De l\u00e0 date la d\u00e9cision de cr\u00e9er un bureau coordonnant les actions en faveur des futurs arrivants, qui prendra effet seulement en septembre 1961 avec la fondation du BIA (Bureau d\u2019information et d\u2019accueil). Car ce qui n\u2019\u00e9tait que conjoncture au milieu des ann\u00e9es cinquante devient certitude en 1961, lorsque la France entame des n\u00e9gociations avec le FLN, pr\u00e9lude \u00e0 un d\u00e9part pressenti des Europ\u00e9ens. La crise de Bizerte [27]<br \/>\n[27]Crise militaire aigu\u00eb entre la France et la Tunisie qui s\u2019est\u2026<br \/>\n, qui pr\u00e9cipite en 1961 des dizaines de milliers de Fran\u00e7ais \u2013 et parmi eux, \u00e0 peu pr\u00e8s 3 500 Juifs \u2013 hors de Tunisie, rend les choses encore plus claires : il faut se pr\u00e9parer \u00e0 un exode massif.<\/p>\n<p>24<br \/>\nToutefois, au d\u00e9but de l\u2019ann\u00e9e 1962, les responsables communautaires, se consultant pour mettre au point une strat\u00e9gie, avouent leur impuissance : ils ne peuvent mettre sur pied un plan d\u2019\u00e9vacuation d\u2019urgence des Juifs qui cr\u00e9erait un mouvement de panique et de haine et m\u00e9contenterait le gouvernement. Il reste donc \u00e0 organiser l\u2019accueil de ceux qui ne vont pas manquer d\u2019arriver. Pour en fixer le cadre g\u00e9n\u00e9ral, une assembl\u00e9e pl\u00e9ni\u00e8re extraordinaire du FSJU est r\u00e9unie en avril 1962. Elle trace la ligne \u00e0 suivre face \u00e0 l\u2019\u00e9v\u00e9nement annonc\u00e9 : mobilisation des hommes et des ressources tant \u00e0 Paris qu\u2019en province. Les bonnes volont\u00e9s et les travailleurs sociaux sont requis pour encadrer l\u2019exode. Un Fonds social pour l\u2019habitat, initialement pr\u00e9vu pour les r\u00e9fugi\u00e9s tunisiens, est par exemple mis en place pour faciliter le relogement des familles les plus d\u00e9favoris\u00e9es. En 1963, 560 d\u2019entre elles en avaient d\u00e9j\u00e0 profit\u00e9 [28]<br \/>\n[28]\u00ab D\u2019une assembl\u00e9e l\u2019autre \u00bb, L\u2019Arche, avril 1963, n\u00b0 75, p. 32.<br \/>\n. Au-del\u00e0 de l\u2019aide mat\u00e9rielle, l\u2019objectif de cette mobilisation est toutefois d\u2019une autre nature ; il s\u2019agit, en assurant une pr\u00e9sence juive dans l\u2019accueil des nouveaux venus, de parer aux risques souvent \u00e9voqu\u00e9s d\u2019assimilation. On redoute les effets d\u2019une transplantation brutale qui conduirait les individus \u00e0 s\u2019\u00e9loigner de leurs valeurs et de leur culture originelles.<\/p>\n<p>25<br \/>\nD\u00e8s la fin de l\u2019ann\u00e9e 1961, l\u2019immigration commence. Le Comit\u00e9 de bienfaisance isra\u00e9lite de Paris, d\u00e9pendant du consistoire, enregistre 9 500 dossiers concernant des rapatri\u00e9s alg\u00e9riens et 3 950 rapatri\u00e9s ou r\u00e9fugi\u00e9s tunisiens en 1962 [29]<br \/>\n[29]Archives du Joint, chiffres donn\u00e9es par Edith Kremsdorf \u00e0 la\u2026<br \/>\n. \u00c0 Marseille, plac\u00e9e en premi\u00e8re ligne sur le front de l\u2019exode, Sam Castro et sa s\u0153ur, entour\u00e9s d\u2019une \u00e9quipe de trois autres personnes, organisent l\u2019accueil : en 1963, 3 000 familles ont contact\u00e9 les services mis en place par le FSJU, requ\u00e9rant pour moins de la moiti\u00e9 d\u2019entre elles un simple conseil administratif [30]<br \/>\n[30]Archives du Joint, rapport de Irving R. Dickman r\u00e9dig\u00e9 le 5\u2026<br \/>\n. \u00c0 Toulouse aussi, on se mobilise pour accueillir, conseiller et ensuite aider les familles \u00e0 s\u2019ins\u00e9rer. La d\u00e9cision de cr\u00e9er une d\u00e9l\u00e9gation r\u00e9gionale dans la ville est prise en 1963. La direction en est confi\u00e9e \u00e0 un instituteur marocain au fait des m\u00e9thodes nouvelles en mati\u00e8re sociale. M\u00eame les vieilles institutions caritatives sont oblig\u00e9es de renouveler leurs fa\u00e7ons d\u2019agir. Le CBIP parisien, \u00e0 qui incombait la lourde charge de fournir une premi\u00e8re aide, change de nom en 1964, devenant le Comit\u00e9 d\u2019action sociale isra\u00e9lite de Paris (CASIP), avec la volont\u00e9 affich\u00e9e de transformer aussi son mode d\u2019action. C\u2019est de cette p\u00e9riode que date v\u00e9ritablement la naissance de services sociaux juifs modernes, anim\u00e9s par de v\u00e9ritables professionnels, tant \u00e0 Paris qu\u2019en province.<\/p>\n<p>26<br \/>\nL\u2019arriv\u00e9e de plusieurs dizaines de milliers de coreligionnaires est per\u00e7ue par les responsables communautaires comme une chance pour le juda\u00efsme, on l\u2019a vu. Mais les conditions dans lesquelles se fait la migration peuvent aussi transformer cette opportunit\u00e9 historique en son contraire. On redoute que l\u2019exode, en dispersant les familles, en changeant les rep\u00e8res, n\u2019acc\u00e9l\u00e8re un mouvement de d\u00e9juda\u00efsation. La conclusion s\u2019impose alors : si l\u2019aide sociale fournie aux individus leur permet de passer le cap du d\u00e9racinement et d\u2019acc\u00e9l\u00e9rer leur insertion, elle ne doit pas pour autant occulter les besoins spirituels et culturels [31]<br \/>\n[31]Simon Schwarzfuchs, \u00ab Aspects cultuels et \u00e9ducatifs du probl\u00e8me\u2026<br \/>\n. Pour \u00e9viter la dilution dans la soci\u00e9t\u00e9 ambiante, il faut \u00e9riger, partout o\u00f9 sont install\u00e9es des familles, des synagogues et des Talmud Tora, voire \u2013 la question commence \u00e0 \u00eatre \u00e9voqu\u00e9e, surtout par des Marocains accoutum\u00e9s \u00e0 les fr\u00e9quenter dans leur pays d\u2019origine \u2013 des \u00e9coles juives. Apr\u00e8s bien des d\u00e9bats sur la question de savoir s\u2019il \u00e9tait de la comp\u00e9tence du FSJU de contribuer \u00e0 l\u2019am\u00e9nagement de nouvelles synagogues, ses responsables d\u00e9cident de soutenir le projet \u00ab Chantiers du consistoire \u00bb qui pr\u00e9voyait la construction d\u2019un ensemble de lieux de culte [32]<br \/>\n[32]Simon Schwarzfuchs, \u00ab Naissance du Fonds social juif unifi\u00e9.\u2026<br \/>\n.<\/p>\n<p>27<br \/>\nLa jeunesse symbolise tout ce que l\u2019exode peut susciter d\u2019espoir et d\u2019inqui\u00e9tude. \u00c9lev\u00e9s certainement de mani\u00e8re plus pieuse que leurs contemporains de France, les enfants venus d\u2019Afrique du Nord \u00e9taient aussi per\u00e7us comme plus aptes que leur a\u00een\u00e9s \u00e0 se r\u00e9ins\u00e9rer rapidement dans leur nouvel environnement, \u00e0 condition que leur soient fournis tous les \u00e9l\u00e9ments pour vivre leur jud\u00e9\u00eft\u00e9. On appr\u00e9hende en effet les effets de l\u2019isolement des familles install\u00e9es dans des villes moyennes : \u00ab Vouloir rester juif \u00e0 Angers ou \u00e0 La Rochelle est remarquable\u2026 Les adultes se souviennent de leur vie juive d\u2019antan ; mais c\u2019est en direction de ces enfants qui sont n\u00e9s en France, qui vont \u00e0 l\u2019\u00e9cole publique, qui ne peuvent pas suivre des cours de Talmud Torah (souvent \u00e9loign\u00e9s de chez eux) et qui n\u2019ont pas de voisins juifs que nos efforts doivent \u00eatre dirig\u00e9s [33]<br \/>\n[33]Archives du Joint, minutes de la r\u00e9union entre les d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s du\u2026<br \/>\n&nbsp;\u00bb. On multiplie alors les cours d\u2019enseignement religieux et le FSJU apporte une aide importante \u00e0 la cr\u00e9ation d\u2019\u00e9coles de l\u2019ORT qui permettent de donner une formation en milieu juif. On organise aussi le temps libre des enfants en ouvrant des camps de vacances. Enfin, le Fonds social transpose en France une structure n\u00e9e sous les auspices du Joint au Maroc, le DEJJ (D\u00e9partement d\u2019\u00e9ducation de la jeunesse juive), qui s\u2019ajoute \u00e0 la liste des organisations de jeunesse d\u00e9j\u00e0 en place. Mais contrairement \u00e0 ces derni\u00e8res, il ne d\u00e9fend aucune option politique ou religieuse, affichant simplement son objectif, celui d\u2019\u00eatre une structure \u00ab d\u2019encadrement et d\u2019\u00e9ducation des enfants d\u2019\u00e2ge scolaire et des adolescents essentiellement en provenance des pays du Maghreb [34]<br \/>\n[34]\u00ab D\u2019une assembl\u00e9e l\u2019autre \u00bb, L\u2019Arche, avril 1963, n\u00b0 75, p. 32.<br \/>\n&nbsp;\u00bb.<\/p>\n<p>28<br \/>\nEnfin, s\u2019impose la t\u00e2che d\u2019unifier une juda\u00efcit\u00e9 de plus en plus diversifi\u00e9e. \u00c0 la premi\u00e8re diff\u00e9renciation, qui s\u00e9pare les Ashk\u00e9nazes des S\u00e9farades, il faut ajouter celles qui morcelle le juda\u00efsme nord-africain en autant de particularismes. La fa\u00e7on de concevoir le culte n\u2019est pas la m\u00eame \u00e0 Tunis, Alger ou Mekn\u00e8s. Les discussions sur ce th\u00e8me sont vives et parfois tendues entre les groupes, surtout dans les communaut\u00e9s modestes o\u00f9 il faut partager un espace commun. Dans les ann\u00e9es cinquante, l\u2019id\u00e9e de cr\u00e9er des centres communautaires avait commenc\u00e9 \u00e0 se profiler. En ce domaine encore, l\u2019exode des Juifs d\u2019Afrique du Nord permet de donner corps \u00e0 une ambition ancienne, en lui conf\u00e9rant toutefois un contenu quelque peu diff\u00e9rent. La maison communautaire s\u2019impose comme le lieu de rassemblement d\u2019une juda\u00efcit\u00e9 non pas en d\u00e9clin mais menac\u00e9e par sa trop grande diversit\u00e9. \u00ab Une maison juive en France r\u00e9pond moins au principe de l\u2019appartenance qu\u2019\u00e0 celui de l\u2019identit\u00e9. On s\u2019y d\u00e9couvre soi-m\u00eame avant de d\u00e9couvrir son voisin. Elle est donc d\u2019abord et fondamentalement un lieu de culture, d\u2019\u00e9tude et de loisirs [35]<br \/>\n[35]\u00ab Le centre communautaire et la maison des jeunes de Paris \u00bb,\u2026<br \/>\n&nbsp;\u00bb.<\/p>\n<p>29<br \/>\nUne premi\u00e8re maison s\u2019ouvre \u00e0 Paris, et cet exemple est suivi dans d\u2019autres villes, ainsi \u00e0 Bordeaux et \u00e0 Toulouse en 1963. \u00c0 Lyon, elle joue bien, selon son directeur, une fonction de brassage entre les diff\u00e9rentes fractions de la collectivit\u00e9 juive [36]<br \/>\n[36]W. Rabi, \u00ab Autochtones et rapatri\u00e9s. Les difficult\u00e9s d\u2019un\u2026<br \/>\n. L\u2019encadrement des populations venues d\u2019Afrique du Nord, le r\u00f4le pris par le FSJU dans cette action modifient quelque peu la d\u00e9finition m\u00eame de la communaut\u00e9. V\u00e9cue jusque l\u00e0 sur un mode essentiellement confessionnel [37]<br \/>\n[37]Martine Cohen, \u00ab De l\u2019int\u00e9gration\u2026 au s\u00e9paratisme social \u00bb, Les\u2026<br \/>\n, elle se d\u00e9finit de plus en plus comme le rassemblement d\u2019un groupe minoritaire aux origines multiples, certes soud\u00e9 par un lien religieux, mais aussi par la conscience d\u2019appartenir \u00e0 un peuple qui, bien que dispers\u00e9 en de nombreux endroits du monde, a partag\u00e9 une exp\u00e9rience historique semblable. Une \u00ab communaut\u00e9 nouvelle \u00bb dont le FSJU proclame la paternit\u00e9 est n\u00e9e dans le p\u00e9rilleux contexte du rapatriement [38]<br \/>\n[38]Claude Kelman, \u00ab Une communaut\u00e9 adulte \u00bb, L\u2019Arche, n\u00b0 105, nov.\u2026<br \/>\n.<br \/>\nD\u2019une identit\u00e9 l\u2019autre<\/p>\n<p>30<br \/>\nL\u2019exode ne signifie pas seulement une rupture mat\u00e9rielle avec un monde familier. C\u2019est toute une fa\u00e7on de vivre, une culture au sens large, qui ont \u00e9t\u00e9 boulevers\u00e9es, voire m\u00eame bris\u00e9es. Comment les faire revivre hors du contexte qui leur avait donn\u00e9 naissance, comment surtout transmettre aux enfants la connaissance et l\u2019amour de ce qui avait fait le quotidien de leurs parents ?<\/p>\n<p>31<br \/>\nLa construction d\u2019une identit\u00e9 juive s\u00e9farade en France s\u2019est faite en plusieurs \u00e9tapes. Ceux qui ont connu l\u2019exode g\u00e9n\u00e9ral de 1961-1962, on le sait, ont \u00e9t\u00e9 fondus dans la masse des rapatri\u00e9s. Ils ont, dans un premier temps, globalement accept\u00e9 cet \u00e9tat de fait : ils \u00e9taient des Pieds Noirs et certains ont m\u00eame largement particip\u00e9 \u00e0 l\u2019activit\u00e9 des associations de rapatri\u00e9s qui d\u00e9fendaient leurs int\u00e9r\u00eats. Il faut certes apporter des nuances \u00e0 ce sch\u00e9ma g\u00e9n\u00e9ral qui est plus adapt\u00e9 aux Juifs d\u2019Alg\u00e9rie. Fran\u00e7ais depuis 1870, ils avaient partag\u00e9 avec le reste de la population non musulmane l\u2019\u00e9preuve de la guerre de d\u00e9colonisation et l\u2019exode. Une communaut\u00e9 de sort, forg\u00e9e entre 1954 et 1962, liait alors les diff\u00e9rents segments de la population venue d\u2019Alg\u00e9rie. Mais, aux premiers temps de l\u2019installation en France, on observe un processus semblable parmi tous les nouveaux venus, qu\u2019ils soient issus d\u2019Alg\u00e9rie, du Maroc ou de Tunisie : le refoulement de leurs propres cultures, comme s\u2019il \u00e9tait le prix \u00e0 payer pour une insertion r\u00e9ussie [39]<br \/>\n[39]Chantal Bordes-Benayoun, \u00ab Entre l\u2019exil assum\u00e9 et l\u2019exil\u2026<br \/>\n. Freddy Rapha\u00ebl le notait, concernant les Juifs du Mzab install\u00e9s pr\u00e8s de Strasbourg : \u00ab Le regard ethnocentrique de l\u2019Occident, la r\u00e9f\u00e9rence rigide aux crit\u00e8res intellectuels des Juifs ashk\u00e9nazes, ont abouti \u00e0 une d\u00e9valorisation de la cr\u00e9ation spirituelle du juda\u00efsme. On a ignor\u00e9 l\u2019\u00e9rudition et la sagesse rabbiniques qui s\u2019exprimaient dans d\u2019innombrables manuscrits et responsa, plus que dans des ouvrages imprim\u00e9s. On a ni\u00e9 la culture populaire et m\u00e9pris\u00e9 la cr\u00e9ation ininterrompue de po\u00e8mes mystiques [40]<br \/>\n[40]Freddy Rapaha\u00ebl, \u00ab Les Juifs du M\u2019zab dans l\u2019Est de la\u2026<br \/>\n&nbsp;\u00bb. Margalit Cohen analysait le m\u00eame ph\u00e9nom\u00e8ne parmi les Juifs du Maroc dans les ann\u00e9es soixante-dix. Mais elle ajoutait que le sentiment d\u2019inf\u00e9riorit\u00e9 ressenti vis-\u00e0-vis des isra\u00e9lites de France n\u2019entra\u00eenait nul reniement du pass\u00e9, mais \u00ab au contraire un attachement tr\u00e8s profond qui a marqu\u00e9 l\u2019individu et une nostalgie des valeurs traditionnelles et d\u2019un certain v\u00e9cu religieux au sein du groupe [41]<br \/>\n[41]Margalit Cohen, Aspects psychologiques de l\u2019acculturation des\u2026<br \/>\n&nbsp;\u00bb.<\/p>\n<p>32<br \/>\nLes choses \u00e9voluent lentement dans la d\u00e9cennie suivante. Le choc provoqu\u00e9 par la guerre des Six jours mais aussi le d\u00e9veloppement d\u2019une recherche g\u00e9n\u00e9rale des identit\u00e9s particuli\u00e8res qui s\u2019amorce en France d\u00e8s cette p\u00e9riode, de m\u00eame que, peut-\u00eatre, l\u2019arriv\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e2ge de la maturit\u00e9 de la g\u00e9n\u00e9ration active qui a connu le rapatriement, tous ces \u00e9l\u00e9ments et certainement d\u2019autres encore favorisent l\u2019\u00e9mergence d\u2019une conscience identitaire nouvelle : celle d\u2019appartenir \u00e0 un groupe juif singulier, marqu\u00e9 par une culture et une histoire propres : les S\u00e9farades. D\u00e8s les ann\u00e9es soixante-dix \u2013 et le mouvement se confirme largement \u00e0 la fin du XXe si\u00e8cle \u2013, on assiste \u00e0 un retour vers les traditions plus ou moins laiss\u00e9es dans l\u2019ombre jusque-l\u00e0 : on r\u00e9active celles qui entourent le mariage en renouant avec la c\u00e9r\u00e9monie du henn\u00e9 pour les fianc\u00e9es, par exemple. Le culte de saints, si caract\u00e9ristique de la culture juive d\u2019Afrique du Nord, retrouve de la vigueur : les hilloulot [42]<br \/>\n[42]Laurence Podselver, \u00ab Les changements au sein de la communaut\u00e9\u2026<br \/>\nse multiplient, soit sur le territoire m\u00e9tropolitain, soit dans les lieux m\u00eames o\u00f9 les saints sont enterr\u00e9s, au Maroc ou en Tunisie [43]<br \/>\n[43]Sylvaine Conord, \u00ab Itin\u00e9raires de femmes juives d\u2019origine\u2026<br \/>\n, voire en Isra\u00ebl. Les jeunes gens, souvent issus de mondes juifs diff\u00e9rents du fait des mariages intercommunautaires, red\u00e9couvrant le monde des grands-parents, font revivre des rites et des traditions dans un mouvement de bricolage identitaire. Cette qu\u00eate nourrit une foule de travaux portant sur l\u2019histoire, les coutumes, la cuisine, la musique\u2026 mais aussi des biographies en grand nombre, plus ou moins romanc\u00e9es. Tout un monde s\u00e9farade s\u2019affirme, affichant \u00e0 la fois sa sp\u00e9cificit\u00e9 vis-\u00e0-vis des Ashk\u00e9nazes, mais aussi l\u2019originalit\u00e9 et la richesse de chacune des cultures sp\u00e9cifiques. Du c\u00f4t\u00e9 tunisien par exemple, les associations d\u2019originaires se multiplient (Juifs de Sousse, de Djerba, de la Ghriba\u2026), de m\u00eame que des groupes centr\u00e9s sur la d\u00e9fense de la culture ou l\u2019histoire (D\u00e9fense du patrimoine juif tunisien, Soci\u00e9t\u00e9 d\u2019histoire des Juifs de Tunisie). Les Juifs du Maroc ne sont pas en reste [44]<br \/>\n[44]Par exemple l\u2019Association des Juifs de Marrakech, ou encore le\u2026<br \/>\n. Les travaux \u00e9rudits comme ceux de Robert Attal, Doris Bensimon ou Ha\u00efm Zafrani [45]<br \/>\n[45]Il est difficile de citer tous les ouvrages de ces deux\u2026<br \/>\nont fait conna\u00eetre \u00e0 un large public la richesse des cultures juives m\u00e9diterran\u00e9ennes.<\/p>\n<p>33<br \/>\nEt qu\u2019en est-il des Juifs d\u2019Alg\u00e9rie ? Leur affirmation identitaire a longtemps \u00e9t\u00e9 plus discr\u00e8te. Jo\u00eblle Allouche-Benayoun constatait au milieu des ann\u00e9es 1990 : \u00ab Et contrairement \u00e0 certains Juifs ashk\u00e9nazes, ou certains Juifs originaires du Tunisie ou du Maroc, il n\u2019y a pas chez eux de nostalgie des racines qui s\u2019exprimerait \u00e0 travers une recherche d\u2019une sp\u00e9cificit\u00e9 \u201cjud\u00e9o-alg\u00e9rienne\u201d, si ce n\u2019est que leur juda\u00efsme \u00e0 eux est fondamentalement \u201clib\u00e9ral\u201d, c\u2019est-\u00e0-dire moins contraignant que celui affich\u00e9 actuellement par les instances dirigeantes du juda\u00efsme en France [46]<br \/>\n[46]Jo\u00eblle Allouche-Benayoun, \u00ab Une histoire d\u2019int\u00e9gration. Les\u2026<br \/>\n&nbsp;\u00bb. La chose est\u2013elle toujours aussi vraie aujourd\u2019hui o\u00f9 semble se dessiner un regain d\u2019int\u00e9r\u00eat vers le pass\u00e9 des Juifs d\u2019Alg\u00e9rie [47]<br \/>\n[47]Voir les actes du colloque r\u00e9cent : L\u2019Identit\u00e9 des juifs\u2026<br \/>\n&nbsp;?<\/p>\n<p>34<br \/>\nLa r\u00e9invention des traditions peut \u00e9galement prendre des chemins d\u00e9tourn\u00e9s. Ainsi le mouvement Loubavitch, h\u00e9ritier du hassidisme d\u2019Europe centrale, recrute-t-il la grande majorit\u00e9 de ses membres parmi la juda\u00efcit\u00e9 issue d\u2019Afrique du Nord : \u00ab La vision des blocs monolithiques \u2013 Ashk\u00e9nazes affrontant le monde s\u00e9farade ou inversement \u2013 qui pr\u00e9valait alors dans la perception des cultures s\u2019est effrit\u00e9e [48]<br \/>\n[48]Laurence Podselver, \u00ab Les changements au sein de la communaut\u00e9\u2026<br \/>\n&nbsp;\u00bb.<\/p>\n<p>35<br \/>\nL\u2019interpr\u00e9tation de ce mouvement de construction\/reconstruction identitaire reste ouverte : traduit-il l\u2019\u00e9mergence d\u2019une conscience particuli\u00e8re \u00e0 un groupe, conscience destin\u00e9e \u00e0 durer et \u00e0 \u00eatre transmise ? Ou bien au contraire, ne trouve-t-il pas son origine dans le constat lucide mais attrist\u00e9 de la mort de ces cultures ? Auquel cas, il pourrait \u00eatre vu comme un chant du cygne, une volont\u00e9 de retarder l\u2019in\u00e9luctable : \u00ab Les changements de condition d\u2019existence, l\u2019\u00e9mergence de nouvelles aspirations, l\u2019attachement progressif \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 d\u2019installation engagent \u00e0 faire le deuil du pass\u00e9 tunisien. C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment au cours de cette phase critique que s\u2019exacerbent les marques d\u2019attachement \u00e0 une \u201ctunisianit\u00e9\u201d en voie de dissolution. Plus la tradition dispara\u00eet des pratiques quotidiennes, et plus son aura grandit dans les repr\u00e9sentations affectives des juifs tunisiens [49]<br \/>\n[49]Patrick Simon, \u00ab L\u2019invention de l\u2019authenticit\u00e9 : Belleville,\u2026<br \/>\n&nbsp;\u00bb. Attendons encore quelques ann\u00e9es pour porter un jugement plus d\u00e9finitif.<\/p>\n<p>36<br \/>\nServie par un contexte \u00e9conomique assez favorable, soutenue par l\u2019action des institutions juives, mais aussi \u2013 faut-il le souligner ? \u2013 par la volont\u00e9 des int\u00e9ress\u00e9s eux-m\u00eames, l\u2019insertion socioprofessionnelle des Juifs d\u2019Afrique du Nord dans la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise a \u00e9t\u00e9 globalement men\u00e9e \u00e0 bien, surtout lorsque l\u2019on en prend la mesure sur deux ou trois g\u00e9n\u00e9rations. Cet optimisme froid, d\u00e9duit d\u2019analyses g\u00e9n\u00e9rales, ne doit pas toutefois nous faire oublier la chair de l\u2019\u00e9v\u00e9nement : le traumatisme de l\u2019exode, la difficult\u00e9 \u00e0 reconstruire une vie dans un monde inconnu et, \u00e0 terme, tous ceux qui ont \u00e9t\u00e9 broy\u00e9s par l\u2019histoire et n\u2019ont jamais retrouv\u00e9 la chaleur et l\u2019intimit\u00e9 de leur univers familier.<\/p>\n<p>37<br \/>\nDe m\u00eame, s\u2019il est vrai que l\u2019exode a mis fin \u00e0 des modes de vie et des cultures pluris\u00e9culaires, brutalement interrompues, il a aussi ouvert des perspectives in\u00e9dites qui ont surtout profit\u00e9 aux g\u00e9n\u00e9rations post\u00e9rieures, soucieuses de r\u00e9concilier traditions et modernit\u00e9 et finalement porteuses d\u2019un avenir s\u00e9farade en France. Si on peut parler d\u2019int\u00e9gration, on peut la mesurer l\u00e0, \u00e0 cette capacit\u00e9 montr\u00e9e par le groupe \u00e0 s\u2019ins\u00e9rer dans les d\u00e9bats culturels (sur la place de la m\u00e9moire des groupes minoritaires, le retour du religieux\u2026) qui traversent la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise tout enti\u00e8re, \u00e0 les enrichir m\u00eame en apportant un \u00e9l\u00e9ment de plus \u00e0 cette diversit\u00e9 aujourd\u2019hui valoris\u00e9e. Entre la n\u00e9cessit\u00e9 de s\u2019agr\u00e9ger \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 nouvelle et la volont\u00e9 de perdurer dans son identit\u00e9, la juda\u00efcit\u00e9 d\u2019Afrique du Nord a trac\u00e9 une voie parfois douloureuse mais souvent f\u00e9conde, faite d\u2019accommodements, de n\u00e9gociations t\u00e9nues entre le neuf et les traditions, mais aussi de r\u00e9inventions de valeurs temporairement tomb\u00e9es dans l\u2019oubli. Un chemin qui a permis d\u2019assurer la permanence \u2013 voire la construction \u2013 d\u2019une identit\u00e9 et d\u2019une culture revivifi\u00e9es. Reste \u00e0 savoir comment celles-ci r\u00e9sisteront au passage du temps et des m\u00e9tissages croissants\u2026<br \/>\nNOTES<\/p>\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp; [1]<br \/>\n&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00ab Rapatri\u00e9, mon fr\u00e8re \u00bb, L\u2019Arche, n\u00b0 96, janvier 1965, p. 11.<br \/>\n&nbsp;&nbsp;&nbsp; [2]<br \/>\n&nbsp;&nbsp;&nbsp; Patrick Simon \u00ab L\u2019invention de l\u2019authenticit\u00e9 : Belleville, quartier juif tunisien\u00bb, Revue europ\u00e9enne des migrations internationales, 2000, t. 16, n\u00b0 2, pp. 9-41.<\/p>\n<p>[3]<br \/>\nIl est impossible d\u2019en faire ici l\u2019inventaire exhaustif. On doit toutefois signaler, parce qu\u2019ils ont \u00e9t\u00e9 \u00e0 la fois pionniers et fort riches, les travaux de Doris Bensimon, L\u2019Int\u00e9gration des Juifs nord-africains en France, Paris-La Haye, Mouton, 1971 et ceux de Jean-Claude Tapia, Les Juifs s\u00e9pharades en France, 1965-1985, \u00e9tudes psychosociologiques et historiques, Paris, l\u2019Harmattan, 1986.<br \/>\n[4]<br \/>\nDoris Bensimon et Sergio della Pergola, La Population juive de France, The Institute of Contemporary Jewry, The Hebrew University of Jerusalem \/ CNRS, Paris, 1986, p. 36, estiment \u00e0 360 000 la population juive \u00e0 la fin des ann\u00e9es cinquante, \u00e0 535 000 au terme de la d\u00e9cennie suivante.<br \/>\n[5]<br \/>\nIbid., p. 36.<br \/>\n[6]<br \/>\nIbid. p. 143.<br \/>\n[7]<br \/>\nEn ce qui concerne les femmes n\u00e9es entre 1967 et 1971, le nombre d\u2019enfants \u00e9tait de 1,18 pour celles n\u00e9es en Europe et 1,65 pour les autres, Doris Bensimon, Sergio della Pergola, ibid., p. 143.<br \/>\n[8]<br \/>\nPatrick Simon et Claude Tapia, Le Belleville des Juifs tunisiens, Paris, \u00c9d. Autrement, 1998.<br \/>\n[9]<br \/>\nLaurence Podselver, \u00ab Le p\u00e8lerinage de Maarabi \u00e0 Sarcelles, un p\u00e8lerinage transpos\u00e9 du juda\u00efsme tunisien \u00bb, Pard\u00e8s, La m\u00e9moire s\u00e9pharade, n\u00b0 28, ann\u00e9e 2000, pp. 205-217.<br \/>\n[10]<br \/>\nMichael L. Laskier, \u00ab The Regeneration of French Jewry : the Influx and Integration of North African Jews into France, 1955-1965 \u00bb, Jewish Political Studies Review, Spring 1998, n\u00b0 1-2, pp. 37-77.<br \/>\n[11]<br \/>\nArchives de l\u2019American Joint Distribution Committee (d\u00e9sormais Archives du Joint), New York, Lois Hackett \u00e0 Irving R. Dickman, directeur des relations publiques du Joint. Voir aussi Freddy Rapha\u00ebl, \u00ab Les Juifs du M\u2019Zab dans l\u2019Est de la France. Probl\u00e9matique et premi\u00e8re \u00e9tape d\u2019une recherche \u00bb, dans Les Relations entre juifs et musulmans en Afrique du Nord, XIXe-XXe si\u00e8cles, \u00c9d. du CNRS, 1980, pp. 197-224.<br \/>\n[12]<br \/>\nClaude Tapia, \u00ab Les nouvelles fronti\u00e8res \u00bb, L\u2019Arche, 1964, n\u00b0 85, f\u00e9vrier 1964, pp. 24-27.<br \/>\n[13]<br \/>\nWladimir Rabi, \u00ab Le \u2018Boom\u2019 de Marseille \u00bb, L\u2019Arche, janvier 1962, n\u00b0 60, pp. 42-45. Voir aussi Archives du Joint, le rapport de R. Dickman Irving, directeur des relations publiques du Joint, du 29 mars 1963, qui fait \u00e9tat des difficult\u00e9s d\u2019int\u00e9gration des nouveaux venus dans les structures communautaires \u00e0 Aix, Toulouse ou Montpellier.<br \/>\n[14]<br \/>\nW. Rabi, \u00ab \u201cAutochtones\u201d et rapatri\u00e9s. Les difficult\u00e9s d\u2019un mariage \u00bb, L\u2019Arche, f\u00e9vrier 1963, n\u00b0 73, pp. 20 et 32-36.<br \/>\n[15]<br \/>\nDans le document original : \u00ab a source of Jewish strengh \u00bb. Archives du Joint, rapport sur une visite des d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s du Joint, non dat\u00e9, non sign\u00e9, mais que l\u2019on peut placer en 1963-1964, op. cit.<br \/>\n[16]<br \/>\nArchives du Joint, op. cit., rapport de Irving D. R. Dickman r\u00e9dig\u00e9 le 5 avril 1963, \u00e0 la suite de son s\u00e9jour en France en mars 1963.<br \/>\n[17]<br \/>\nColette Zytnicki, \u00ab G\u00e9rer la rupture : les institutions sociales juives face aux migrations des juifs tunisiens (1950-1970) \u00bb, dans Sonia Fellous (dir.), Juifs et musulmans en Tunisie, fraternit\u00e9 et d\u00e9chirements, Paris, Somogy, 2003, pp. 333-342.<br \/>\n[18]<br \/>\nClaude Tapia, \u00ab Le rapatri\u00e9 en 1965, portrait d\u2019un inconnu ? \u00bb, L\u2019Arche, janvier 1965, n\u00b0 96, pp. 16-23. L\u2019auteur nuance son propos an ajoutant que les statistiques ont \u00e9t\u00e9 \u00e9tablies \u00e0 partir des personnes ayant consult\u00e9 les services sociaux, \u00e0 l\u2019exclusion de ceux qui se sont r\u00e9ins\u00e9r\u00e9s par eux-m\u00eames.<br \/>\n[19]<br \/>\nIbid.<br \/>\n[20]<br \/>\nColette Zytnicki, Les Juifs \u00e0 Toulouse entre 1945 et 1970, Une communaut\u00e9 toujours recommenc\u00e9e, Toulouse, PUM, 1997.<br \/>\n[21]<br \/>\nIl atteint la proportion de 48 % chez les Juifs alg\u00e9riens entre 1966 et 1975 (et autour de 5 % parmi les originaires de Tunisie et du Maroc), selon Jo\u00eblle Allouche-Benayoun, \u00ab Une histoire d\u2019int\u00e9gration, les Juifs d\u2019Alg\u00e9rie et la France \u00bb, les Nouveaux cahiers, n\u00b0 116, printemps 1994, pp. 69-76.<br \/>\n[22]<br \/>\nEnqu\u00eate r\u00e9alis\u00e9e par Chantal Bordes-Benayoun et Colette Zytnicki sur les Juifs d\u2019Afrique du Nord \u00e0 Toulouse. Voir Colette Zytnicki, Les Juifs \u00e0 Toulouse, op. cit.<br \/>\n[23]<br \/>\n\u00c0 ma connaissance, \u00e0 part l\u2019ouvrage de Doris Bensimon et Sergio della Pergola d\u00e9j\u00e0 cit\u00e9, il n\u2019y a pas eu d\u2019enqu\u00eate globale sur le sujet.<br \/>\n[24]<br \/>\nArchives du Joint : dans la r\u00e9union du FSJU et du Joint du 24 janvier 1963, M. Samuel explique que le FSJU travaille en \u00e9troite association avec d\u2019autres organisations caritatives telles que la Croix-Rouge ou la Cimade et que M. Kauffmann est en relation permanente avec la direction du minist\u00e8re des Rapatri\u00e9s.<br \/>\n[25]<br \/>\nSimon Schwarzfuchs, \u00ab Naissance du Fonds social juif unifi\u00e9. Renaissance d\u2019une communaut\u00e9 \u00bb, Communaut\u00e9 nouvelle, n\u00b0 70, p. 96, pp. 86-99.<br \/>\n[26]<br \/>\nSimon Schwarzfuchs, \u00ab Naissance du Fonds social juif unifi\u00e9. Renaissance d\u2019une communaut\u00e9 \u00bb, Communaut\u00e9 nouvelle, n\u00b0 72, p. 69, pp. 61-76.<br \/>\n[27]<br \/>\nCrise militaire aigu\u00eb entre la France et la Tunisie qui s\u2019est d\u00e9roul\u00e9e en juillet 1961 pour la base navale de Bizerte.<br \/>\n[28]<br \/>\n\u00ab D\u2019une assembl\u00e9e l\u2019autre \u00bb, L\u2019Arche, avril 1963, n\u00b0 75, p. 32.<br \/>\n[29]<br \/>\nArchives du Joint, chiffres donn\u00e9es par Edith Kremsdorf \u00e0 la r\u00e9union du Joint et du FSJU le 24 janvier 1963.<br \/>\n[30]<br \/>\nArchives du Joint, rapport de Irving R. Dickman r\u00e9dig\u00e9 le 5 avril 1963, \u00e0 la suite de son s\u00e9jour en France en mars 1963.<br \/>\n[31]<br \/>\nSimon Schwarzfuchs, \u00ab Aspects cultuels et \u00e9ducatifs du probl\u00e8me des r\u00e9fugi\u00e9s et rapatri\u00e9s \u00bb, Journal des communaut\u00e9s, t. 13, 1962, n\u00b0 289, p. 4.<br \/>\n[32]<br \/>\nSimon Schwarzfuchs, \u00ab Naissance du Fonds social juif unifi\u00e9. Renaissance d\u2019une communaut\u00e9 \u00bb, Communaut\u00e9 nouvelle, n\u00b0 72, p. 74, pp. 61-76.<br \/>\n[33]<br \/>\nArchives du Joint, minutes de la r\u00e9union entre les d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s du Joint et ceux du FSJU du 21 mars 1963, intervention de M. Musnik sur l\u2019organisation des camps de jeunes.<br \/>\n[34]<br \/>\n\u00ab D\u2019une assembl\u00e9e l\u2019autre \u00bb, L\u2019Arche, avril 1963, n\u00b0 75, p. 32.<br \/>\n[35]<br \/>\n\u00ab Le centre communautaire et la maison des jeunes de Paris \u00bb, L\u2019Arche, janvier 1963, n\u00b0 72, p. 36.<br \/>\n[36]<br \/>\nW. Rabi, \u00ab Autochtones et rapatri\u00e9s. Les difficult\u00e9s d\u2019un mariage \u00bb, L\u2019Arche, f\u00e9vrier 1963, n\u00b0 73, pp. 20 et 32-36.<br \/>\n[37]<br \/>\nMartine Cohen, \u00ab De l\u2019int\u00e9gration\u2026 au s\u00e9paratisme social \u00bb, Les Nouveaux cahiers, t. 25, printemps 1990, n\u00b0 100, pp. 28-36.<br \/>\n[38]<br \/>\nClaude Kelman, \u00ab Une communaut\u00e9 adulte \u00bb, L\u2019Arche, n\u00b0 105, nov. 1965, pp. 49-53.<br \/>\n[39]<br \/>\nChantal Bordes-Benayoun, \u00ab Entre l\u2019exil assum\u00e9 et l\u2019exil r\u00e9invent\u00e9. Les Juifs d\u2019Afrique du Nord en France \u00bb, les Nouveaux cahiers, 1992, n\u00b0 110, pp. 17-22.<br \/>\n[40]<br \/>\nFreddy Rapaha\u00ebl, \u00ab Les Juifs du M\u2019zab dans l\u2019Est de la France \u00bb, op. cit., p. 222.<br \/>\n[41]<br \/>\nMargalit Cohen, Aspects psychologiques de l\u2019acculturation des Juifs du Maroc. \u00c9tude d\u2019un groupe de migrants en France, Th\u00e8se de doctorat de 3e cycle, 1973.<br \/>\n[42]<br \/>\nLaurence Podselver, \u00ab Les changements au sein de la communaut\u00e9 juive de France : les apports de la \u00ab culture du sud \u00bb, dans Colette Zytnicki, Chantal Bordes-Benayoun, (dir.), Sud-Nord, Cultures coloniales en France (XIXe-XXe si\u00e8cles), Toulouse, Privat, 2004, pp. 149-155.<br \/>\n[43]<br \/>\nSylvaine Conord, \u00ab Itin\u00e9raires de femmes juives d\u2019origine tunisienne, fr\u00e9quentant le quartier de Belleville : trajectoires visuelles \u00bb, dans Colette Zytnicki, Chantal Bordes-Benayoun, (dir.), op. cit., pp. 141-148.<br \/>\n[44]<br \/>\nPar exemple l\u2019Association des Juifs de Marrakech, ou encore le Centre international de recherche sur les Juifs du Maroc fond\u00e9 en 1996 par Robert Asseraf et Michel Abitbol, dont la particularit\u00e9 est d\u2019avoir men\u00e9 des travaux dans les trois pays principalement concern\u00e9s par cette histoire : Maroc, France, Isra\u00ebl.<br \/>\n[45]<br \/>\nIl est difficile de citer tous les ouvrages de ces deux auteurs, tant la liste en est longue. On peut toutefois signaler de Ha\u00efm Zafrani, Juifs d\u2019Andalousie et du Maghreb, Paris, Maisonneuve &amp; Larose, 2002 ; et de Robert Attal, la tr\u00e8s utile bibliographie, Les Juifs d\u2019Afrique du nord, \u00e9dition refondue et \u00e9largie, J\u00e9rusalem, Yad Izhak Ben-Zvi\/Universit\u00e9 h\u00e9bra\u00efque, 1993.<br \/>\n[46]<br \/>\nJo\u00eblle Allouche-Benayoun, \u00ab Une histoire d\u2019int\u00e9gration. Les Juifs d\u2019Alg\u00e9rie et la France \u00bb, op. cit., p. 76.<br \/>\n[47]<br \/>\nVoir les actes du colloque r\u00e9cent : L\u2019Identit\u00e9 des juifs d\u2019Alg\u00e9rie : une exp\u00e9rience originale de la modernit\u00e9, sous la direction de Shmuel Trigano, Paris, \u00c9d. du Nadir, 2003.<br \/>\n[48]<br \/>\nLaurence Podselver, \u00ab Les changements au sein de la communaut\u00e9 juive de France : les apports de la \u201cculture du sud\u201d, dans Colette Zytnicki, Chantal Bordes-Benayoun, (dir.), Sud-Nord, Cultures coloniales en France (XIXe-XXe si\u00e8cles), Toulouse, Privat, 2004, pp. 149-155, p. 155.<br \/>\n[49]<br \/>\nPatrick Simon, \u00ab L\u2019invention de l\u2019authenticit\u00e9 : Belleville, quartier juif tunisien \u00bb, op. cit.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Du rapatri\u00e9 au s\u00e9farade. L&rsquo;int\u00e9gration des Juifs d&rsquo;Afrique du Nord dans la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise : essai de bilan, par Colette Zytnicki &nbsp; \u00ab Et si les \u201cPieds-Noirs\u201d, dans leur ensemble, donnent \u00e0 la France un petit air de Provence, les Juifs nord-africains apportent au juda\u00efsme fran\u00e7ais une s\u00e8ve nouvelle, une jeunesse magnifique d\u2019une intense vitalit\u00e9&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":63386,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","footnotes":""},"categories":[],"tags":[],"class_list":["post-63385","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry"],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v28.6 - https:\/\/yoast.com\/product\/yoast-seo-wordpress\/ -->\n<title>Du rapatri\u00e9 au s\u00e9farade. 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