{"id":6391,"date":"2016-08-11T00:37:57","date_gmt":"2016-08-11T00:37:57","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=6391"},"modified":"2016-08-10T23:56:17","modified_gmt":"2016-08-10T23:56:17","slug":"le-dieu-de-spinoza","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/le-dieu-de-spinoza\/","title":{"rendered":"Le Dieu de Spinoza"},"content":{"rendered":"<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tLe Dieu de Spinoza<\/p>\n<div>\n\t&nbsp;<\/div>\n<div>\n\t&nbsp;<\/div>\n<div>\n\tPar&nbsp;Laurent Galley<\/div>\n<div>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\tSur la premi&egrave;re partie de l&#39;Ethique&nbsp;: De Dieu.<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t<strong>Introduction biographique<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\tCe que nous savons du grand Spinoza, philosophe incomparable et comme &eacute;tranger &agrave; son si&egrave;cle comme &agrave; tous les autres, nous le devons pour une grande part &agrave; un certain Jean Colerus, ainsi qu&rsquo;au t&eacute;moignage d&rsquo;un de ses disciples et m&eacute;decin (Lucas)&nbsp;; Colerus, qui r&eacute;digea un petit texte ambivalent intitul&eacute;&nbsp;La vie de B. de Spinoza,non sans loyalisme biographique que sans une consid&eacute;rable &nbsp;haine pour les &eacute;crits jug&eacute;s impies et blasph&eacute;mateurs du &laquo;&nbsp;maudit&nbsp;&raquo; philosophe hollandais, habit&eacute; par &laquo;&nbsp;Satan&nbsp;&raquo;, dont il accepte pourtant d&rsquo;en &eacute;crire la biographie (&nbsp;!)&hellip;<\/p>\n<p>\n\t\tIl doit probablement s&rsquo;agir ici de la bont&eacute; sinc&egrave;re d&rsquo;un parfait chr&eacute;tien reconnaissant&hellip;&nbsp;&nbsp;Baruch de Spinoza est n&eacute; &agrave; Amsterdam, un 24 novembre 1632, d&rsquo;une famille de marchands portugais dont la situation sociale partage les avis de Lucas et de Colerus&#8230; Famille pauvre pour l&rsquo;un, ais&eacute;e pour l&rsquo;autre. La biographie de la Pl&eacute;iade avalise la situation ais&eacute;e de la famille de Spinoza. L&rsquo;&eacute;poque de Spinoza est en effet une &eacute;poque prosp&egrave;re sur le plan &eacute;conomique et social, favorisant l&rsquo;&eacute;mergence d&rsquo;un climat de vie b&eacute;n&eacute;fique &agrave; tous et d&rsquo;une activit&eacute; intellectuelle et artistique plus intense qu&rsquo;&agrave; d&rsquo;autres p&eacute;riodes. Le si&egrave;cle de Spinoza est par ailleurs souvent d&eacute;crit comme un &laquo;&nbsp;si&egrave;cle d&rsquo;or&nbsp;&raquo; o&ugrave; la Banque la plus influente au monde est europ&eacute;enne et o&ugrave; nombre de pays europ&eacute;ens, dont l&rsquo;Angleterre, font figure de grandes puissances. Sur le plan culturel, le cart&eacute;sianisme dynamise les esprits&nbsp;; Spinoza &eacute;crira non sans &ecirc;tre un contemporain de Hobbes, de Locke, de Saint Evremond, de Blaise Pascal ou encore de Malebranche. Comment ne pas avoir compagnies intellectuelles plus stimulantes&nbsp;?&#8230;<\/p>\n<p>\n\t\tColerus raconte que, d&egrave;s son enfance, Spinoza faisait preuve d&rsquo;une imagination vive et d&rsquo;un esprit alerte et p&eacute;n&eacute;trant. Un de ses &eacute;ducateurs, Van de Ende, &eacute;tait autant r&eacute;put&eacute; pour son savoir que craint pour son influence, autant politique que philosophique, puisqu&rsquo;il &eacute;tait accus&eacute; &agrave; l&rsquo;&eacute;poque, sur rumeur publique, d&rsquo;encourager l&rsquo;ath&eacute;isme. On imagine non sans peine que Spinoza a fait ses classes dans un environnement tr&egrave;s lib&eacute;ral sur le plan des id&eacute;es. Lorsqu&rsquo;il &eacute;tudiera les grands textes sacr&eacute;s, la Bible, la Talmud, ses questionnements provoqueront bien plus s&ucirc;rement l&rsquo;embarras et le courroux des rabbins charg&eacute;s de lui enseigner l&rsquo;interpr&eacute;tation des textes&hellip;<\/p>\n<p>\n\t\tNa&iuml;vement, ou nativement, Spinoza exer&ccedil;ait d&eacute;j&agrave; son entendement librement, tout en r&eacute;alisant &agrave; quel point ce types d&rsquo;audaces &eacute;taient mal per&ccedil;ues par les autorit&eacute;s du savoir. Tout du long de son apprentissage, il aura l&rsquo;occasion de fr&eacute;quenter ou de voisiner avec nombre de sectes religieuses de toutes sortes, se gardant bien de n&rsquo;en jamais appartenir &agrave; aucune. Apprenant le latin, la th&eacute;ologie, il d&eacute;cidera assez vite de prendre ses distances avec cette derni&egrave;re au profit de la physique. C&rsquo;est dans cette p&eacute;riode que, cherchant quelque &oelig;uvre susceptible de lui montrer la voie &agrave; suivre, il d&eacute;couvrit les ouvrages de Ren&eacute; Descartes, qu&rsquo;il ne put r&eacute;sister de d&eacute;vorer rapidement et dans leur int&eacute;gralit&eacute;. C&rsquo;est &agrave; partir de cette d&eacute;couverte que le destin de Spinoza se serait pour le moins scell&eacute;.<\/p>\n<p>\n\t\tLe radicalisme de la raison cart&eacute;sienne lui permit notamment de tenir l&rsquo;enseignement des rabbins juifs de sa communaut&eacute; pour des enseignements d&eacute;pourvus de tout bon sens. De fait, son absence &agrave; la synagogue, son refus d&rsquo;avoir commerce avec des religieux, qu&rsquo;ils soient rabbins ou chr&eacute;tiens, le forc&egrave;rent &agrave; adopter un mode de vie solitaire qui ne faisait qu&rsquo;amplifier les rumeurs sur son compte, de trahison &agrave; sa communaut&eacute; au profit d&rsquo;une autre religion, ou tout simplement, d&rsquo;&ecirc;tre un ath&eacute;e dissimul&eacute;. Offense supr&ecirc;me, on l&rsquo;a bien compris. Il s&rsquo;autorisait toutefois &agrave; discuter avec les individus les plus savants et les plus &eacute;minents de ces mouvements religieux, probablement les plus respectueux et les plus accessibles, les plus ouverts aussi, montrant par-l&agrave; m&ecirc;me son ind&eacute;pendance pour le moins socratique et non sectaires, comme le furent les tenants des communaut&eacute;s de l&rsquo;&eacute;poque, ou lors des complots orangistes qui n&rsquo;h&eacute;sit&egrave;rent pas &agrave; pousser la foule &agrave; massacrer les fr&egrave;res De Witt, ses amis.<\/p>\n<p>\n\t\tDe la m&ecirc;me fa&ccedil;on, l&rsquo;ind&eacute;pendance marginale de Spinoza allait faire jaser croissant les esprits d&rsquo;Amsterdam, et, craignant pour sa vie, il dut tr&egrave;s vite quitter la capitale pour pouvoir travailler dans la paix et la s&eacute;r&eacute;nit&eacute;. Comme prenant les devants, la communaut&eacute; juive ne manqua pas de l&rsquo;excommunier dans un jugement pour le moins implacable&nbsp;: interdiction &agrave; quiconque de lui parler, de l&rsquo;approcher&nbsp;; except&eacute; pour lui fournir de l&rsquo;eau ou de la nourriture, le temps d&rsquo;un d&eacute;lai de repentance, qui, une fois &eacute;coul&eacute; (30 jours), pr&eacute;cipitait une close de bannissement, suivie d&rsquo;une autre, d&eacute;finitive et absolue, sans moyen de ne jamais pouvoir r&eacute;int&eacute;grer la communaut&eacute;. Ce qui se produisit effectivement pour lui, sans que ses protestations ne soient re&ccedil;ues ou entendues. En 1664, Spinoza quitta donc la capitale pour Rhynsburg, proche de Leyde, puis, du fait des protestations anim&eacute;es des pasteurs du coin,&nbsp; il passa par La Haye, o&ugrave; il se fit nombre d&rsquo;amis qui prenaient un souverain plaisir &agrave; l&rsquo;&eacute;couter discourir. Ce sont eux d&rsquo;ailleurs, par leur insistance, qui le firent s&rsquo;&eacute;tablir &agrave; La Haye, chez une logeuse du nom de Van Velden. Colerus r&eacute;dige le manuscrit de la vie de Spinoza exactement dans la chambre o&ugrave; celui-ci s&rsquo;enfermait, &eacute;tudiait, &eacute;crivait, parfois durant quatre jours sans en sortir. Il d&eacute;m&eacute;nagea encore dans une chambre annexe, pour des raisons p&eacute;cuniaires, chez un ami peintre, Van der Spyck, qui lui fournit tout le confort n&eacute;cessaire &agrave; son travail et &agrave; sa solitude, comme en t&eacute;moigne une lettre dat&eacute;e de cette &eacute;poque (lettre XXI)&nbsp;:&nbsp;&laquo;&nbsp;Le fruit que j&rsquo;ai retir&eacute; de mon pouvoir naturel de conna&icirc;tre, sans l&rsquo;avoir jamais trouv&eacute; une seule fois en d&eacute;faut, a fait de moi un homme heureux. J&rsquo;en &eacute;prouve en effet de la joie et je m&rsquo;efforce de traverser la vie non dans la tristesse et les larmes, mais dans la qui&eacute;tude de l&rsquo;&acirc;me, la joie et la gaiet&eacute;, ainsi je m&rsquo;&eacute;l&egrave;ve d&rsquo;un degr&eacute;&nbsp;&raquo; (p. LV)&nbsp;Pour ne pas &ecirc;tre &agrave; charge d&rsquo;autrui, bien qu&rsquo;il fut tr&egrave;s souvent aid&eacute; de quelques bourses g&eacute;n&eacute;reuses, Spinoza cultivait un mode de vie d&rsquo;une sobri&eacute;t&eacute; asc&eacute;tique&nbsp;! Colerus &eacute;crit&nbsp;:&laquo;&nbsp;(&hellip;) il a v&eacute;cu un jour entier d&rsquo;une soupe au lait accommod&eacute;e avec du beurre, ce qui lui revenait &agrave; trois sous, et d&rsquo;un pot de bi&egrave;re d&rsquo;un sou et demi&nbsp;; un autre jour, il a mang&eacute; que du gruau appr&ecirc;t&eacute; avec des raisins et du beurre, et ce plat lui avait co&ucirc;t&eacute; quatre sous et demi. Dans ces m&ecirc;mes comptes il n&rsquo;est fait mention que de deux demi-pintes de vin tout au plus par mois.&nbsp;&raquo;(p. 1319)<\/p>\n<p>\n\t\tUne aust&eacute;rit&eacute; et un asc&eacute;tisme qui semble renouer avec la tradition originale d&rsquo;Epicure, qui partage avec Spinoza un m&ecirc;me type de sant&eacute; particuli&egrave;rement mince et fragile. Reste que, l&rsquo;asc&eacute;tisme des besoins augmente pour une part la libert&eacute; et l&rsquo;ind&eacute;pendance du philosophe &agrave; l&rsquo;&eacute;gard de la soci&eacute;t&eacute;. Spinoza ne restera toutefois pas sans emplois, et il ne travaillera qu&rsquo;&agrave; son compte, dans son atelier de polissage de lentilles&hellip; Un travail tout &agrave; fait en phase avec ses travaux inspir&eacute;s de Descartes sur la Dioptrique, ou sur son trait&eacute; inachev&eacute; de L&rsquo;Arc-en-ciel. Sa production de verres polis fut salu&eacute;e comme &eacute;tant une des meilleures de son temps.<\/p>\n<p>\n\t\tIl n&rsquo;est pas que ses id&eacute;es qui furent pour le moins d&eacute;concertantes pour son &eacute;poque, son allure en elle-m&ecirc;me &eacute;tait assez singuli&egrave;re&nbsp;: de taille moyenne, le teint noir des juifs portugais, les cheveux sombres et fris&eacute;s, les sourcils tout aussi sombres et longs&nbsp;; ses habits &eacute;taient n&eacute;glig&eacute;s, consid&eacute;r&eacute;s m&ecirc;me par certains comme malpropres&nbsp;; &agrave; ces reproches, il r&eacute;pondait qu&rsquo;un homme n&rsquo;en valait pas mieux d&rsquo;avoir une belle robe, et qu&rsquo;il &eacute;tait contre le bon sens de mettre&nbsp;&laquo;&nbsp;une enveloppe pr&eacute;cieuse &agrave; des choses de n&eacute;ant ou de peu de valeur.&nbsp;&raquo;&nbsp;(p. 1320) La philosophie de Spinoza ne fait en effet que peu de cas du sujet en lui-m&ecirc;me, ou de l&rsquo;auteur&nbsp;; celle-ci se devant d&rsquo;englober toute la substance du monde et non s&rsquo;attarder &agrave; l&rsquo;individu en lui-m&ecirc;me, qui ne repr&eacute;sente rien qu&rsquo;un mode de la substance, &agrave; ses yeux.<\/p>\n<p>\n\t\tColerus raconte qu&rsquo;il ma&icirc;trisait tr&egrave;s bien ses passions, qu&rsquo;il n&rsquo;&eacute;tait jamais ni fort triste, ni fort joyeux&nbsp;; qu&rsquo;il savait se mod&eacute;rer, que sa conversation &eacute;tait toujours paisible, et qu&rsquo;il n&rsquo;h&eacute;sitait pas &agrave; se retirer si besoin, bien plut&ocirc;t que d&rsquo;imposer &agrave; quiconque la moindre de ses humeurs. Il supportait semble-t-il ais&eacute;ment les douleurs, et avec indiff&eacute;rence&nbsp;; il commer&ccedil;ait volontiers avec tous ceux de son entourage, non sans leur donner conseil, suivant les cas, lorsqu&rsquo;il se fut agit de d&eacute;tresses ou de tristesses, pour ses h&ocirc;tesses et ceux qui prenaient soins de lui lors de ses maladies et alitements. Apparemment, il ne d&eacute;conseillait pas la religion aux autres, il encourageait plus rationnellement autrui &agrave; la vie paisible et &agrave; la patience dans les douleurs de l&rsquo;existence. Pour ce qui est de sa compagnie, il &eacute;tait toujours agr&eacute;able, simple et paisible. Se reposant, fumant une pipe&nbsp;; ou, pour se d&eacute;lasser l&rsquo;esprit, s&rsquo;amusait &agrave; jeter des mouches dans des toiles d&rsquo;araign&eacute;es pour les regarder se faire prendre&nbsp;; o&ugrave; organisait des combats d&rsquo;araign&eacute;es entre elles, qui, parfois, le faisaient &eacute;clater de rire&hellip; Imitation du plaisir d&rsquo;un Dieu orchestrant la fatalit&eacute; tragique de ses modes&nbsp;?&#8230; L&rsquo;interpr&eacute;tation des plaisirs cruels d&rsquo;un philosophe de la joie sera &agrave; laisser au compte des argumentations de chacun&hellip; Il aimait aussi &agrave; observer au microscope les diff&eacute;rentes parties des plus petits insectes, dans le cadre de ses travaux.<\/p>\n<p>\n\t\tD&eacute;sint&eacute;ress&eacute; par l&rsquo;argent, &oelig;uvrant dans la seule perspective de la connaissance pour elle-m&ecirc;me, il se contentait du minimum, comme on l&rsquo;a vu, et il refusa les grandes sommes que des m&eacute;c&egrave;nes ou des amis lui proposaient pour l&rsquo;entretenir. Le trop d&rsquo;argent, disait-il, aurait t&ocirc;t vite fait de me d&eacute;tourner de mes t&acirc;ches. Il refusa &eacute;galement l&rsquo;h&eacute;ritage que lui proposait sur testament son ami De Vries, au motif qu&rsquo;il &eacute;tait d&rsquo;une part trop on&eacute;reux et d&rsquo;autre part, qu&rsquo;il se devait d&rsquo;en l&eacute;guer celui-ci &agrave; sa propre famille avant toute chose. De Vries l&egrave;guera tout de m&ecirc;me une rente viag&egrave;re &agrave; Spinoza, que celui-ci refusera encore une fois, pour en faire descendre la somme &agrave; 300 florins au lieu de 500. De m&ecirc;me, lors de la mort de son p&egrave;re, Spinoza laissa l&rsquo;int&eacute;gralit&eacute; de l&rsquo;h&eacute;ritage &agrave; ses fr&egrave;res et s&oelig;urs, pour ne r&eacute;cup&eacute;rer qu&rsquo;un seul lit, au demeurant fort confortable, para&icirc;t-il&hellip; Il n&rsquo;est besoin que d&rsquo;un bon sommeil pour penser juste&nbsp;! Voil&agrave; qui s&rsquo;appelle capitaliser correctement&hellip;<\/p>\n<p>\n\t\tSpinoza refusera &eacute;galement les invitations honorifiques, car d&egrave;s la publication de ses premi&egrave;res &oelig;uvres, son statut de grand philosophe fut tr&egrave;s rapidement reconnu. Une chair de philosophie lui sera propos&eacute;e par le docteur Fabricius, professeur en th&eacute;ologie, o&ugrave; toute libert&eacute; d&rsquo;enseigner lui serait acquise, &agrave; l&rsquo;exception toutefois de la moindre remise en cause des lois de la religion &eacute;tablie. C&rsquo;est non seulement le poste en lui-m&ecirc;me autant que la limitation induite au sujet de la religion, comme en t&eacute;moigne la r&eacute;ponse de celui-ci &agrave; Fabricius (p. 1323), qui l&rsquo;obligera &agrave; refuser l&agrave;-encore ce que de plus ou moins bonnes &acirc;mes consentirent spontan&eacute;ment &agrave; lui offrir.<\/p>\n<p>\n\t\tSpinoza a donc v&eacute;cu de simplicit&eacute;, de frugalit&eacute; et de solitude, sans toutefois n&eacute;gliger les rares occasions de pouvoir discourir avec ceux qui le lui permettaient. Il est mort d&rsquo;une mani&egrave;re tout aussi sobre, presque inopin&eacute;ment, tout en discr&eacute;tion&nbsp;; au point m&ecirc;me que ses amis, le jour de sa mort, ne s&rsquo;y &eacute;taient pas le moins du monde pr&eacute;par&eacute;s. Il &eacute;tait en effet bien affaibli, probablement comme nombre d&rsquo;autres occasions avant cela, regagnait fr&eacute;quemment son lit et prenait son repas avec la m&ecirc;me frugalit&eacute; qu&rsquo;&agrave; l&rsquo;accoutum&eacute;e&nbsp;; peut-&ecirc;tre m&ecirc;me avec plus d&rsquo;app&eacute;tits encore. Aussi, son d&eacute;c&egrave;s dans l&rsquo;apr&egrave;s-midi m&ecirc;me du 21 f&eacute;vrier 1677, aura beaucoup surpris. Il ne se sentait mal que depuis deux ou trois jours, et il s&rsquo;&eacute;teignit avec la m&ecirc;me aisance et d&eacute;licatesse qu&rsquo;il n&rsquo;avait eu &agrave; vivre jusqu&rsquo;&agrave; l&rsquo;&acirc;ge de 44 ans.<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;***<\/p>\n<p>\n\t\t<strong>Une philosophie immanente<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\tSpinoza souhaitait faire para&icirc;tre son grand &oelig;uvre de son vivant, d&egrave;s 1675, mais l&rsquo;instabilit&eacute; politique et religieuse d&rsquo;alors, doubl&eacute;e d&rsquo;une rumeur plus que grandissante sur le putatif ath&eacute;isme de son travail, l&rsquo;engagea bien plus prudemment de n&rsquo;en rien faire. Spinoza n&rsquo;a pas connu dans sa vie que des d&eacute;m&ecirc;l&eacute;s avec la communaut&eacute; juive d&rsquo;Amsterdam, qui le radiera, mais &eacute;galement avec certains fanatiques plus ou moins mena&ccedil;ants, dont l&rsquo;un ira jusqu&rsquo;&agrave; l&rsquo;agresser au couteau, per&ccedil;ant sans gravit&eacute; son manteau, qu&rsquo;il conservera toute sa vie comme le symbole d&rsquo;un certain p&eacute;ril philosophique&hellip; Il est tr&egrave;s probable que la grande sagesse du philosophe hollandais ne soit le produit d&rsquo;une &eacute;poque particuli&egrave;rement barbare et sectaire, qu&rsquo;il s&rsquo;agissait bien intelligemment de prendre &agrave; revers. Quelque peu refroidi par son &eacute;poque, Spinoza ne laissera para&icirc;tra L&rsquo;Ethique qu&rsquo;apr&egrave;s sa mort, celle-ci portant malgr&eacute; tout ses initiales, lui qui d&eacute;sirait simplement une parution anonyme, tant il avait conscience que son ouvrage logique, g&eacute;om&eacute;trique, axiomatique, se devait de faire l&rsquo;impasse sur toute forme d&rsquo;individualit&eacute;, y compris la sienne.<\/p>\n<p>\n\t\tL&rsquo;Ethique se pr&eacute;sente en effet comme une immense cath&eacute;drale romane, et non baroque, comme chez Kant&hellip; Un &eacute;difice moral &agrave; l&rsquo;&eacute;tat pur dont le primat logique ignore les sp&eacute;cificit&eacute;s d&rsquo;un corps ou d&rsquo;un temps, comme s&rsquo;il tenait &agrave; la fois de l&rsquo;universalit&eacute; et de l&rsquo;&eacute;ternit&eacute;. La perfection absolue de toute entreprise math&eacute;matique ne saurait donc avoir pour borne l&rsquo;identit&eacute; de son auteur ou de celle du moindre de ses lecteurs. Spinoza s&rsquo;engage donc ici sur un terrain parfaitement oppos&eacute; &agrave; celui de Descartes et de son cogito, son sujet pensant, rompant tout naturellement avec ce grand anc&ecirc;tre dont il signale qu&rsquo;il fut la lumi&egrave;re que l&rsquo;humanit&eacute; attendait depuis trop longtemps. L&rsquo;infid&eacute;lit&eacute; th&eacute;orique n&rsquo;induit pas la moindre m&eacute;sestime&hellip; Singularit&eacute; de Spinoza&nbsp;: rendre justice &agrave; Descartes, c&rsquo;est le renverser compl&egrave;tement&hellip;<\/p>\n<p>\n\t\tLe sujet s&rsquo;efface donc pour laisser place &agrave; la Nature toute enti&egrave;re, qu&rsquo;il appelle Dieu.&nbsp;&laquo;&nbsp;Par cause de soi, j&rsquo;entends ce dont l&rsquo;essence enveloppe l&rsquo;existence, autrement dit ce dont la nature ne peut &ecirc;tre con&ccedil;ue qu&rsquo;existante.&nbsp;&raquo;&nbsp;(p. 309) Ce postulat premier de l&rsquo;Ethique, fait table rase du doute cart&eacute;sien, de l&rsquo;intuition du n&eacute;ant, des sens trompeurs, etc. Le clair-obscur de Descartes, ou sinon, les t&eacute;n&egrave;bres qui surplombaient sa clart&eacute; distincte, plus rien de tout cela ne subsiste d&egrave;s cette premi&egrave;re d&eacute;finition &laquo;&nbsp;De Dieu&nbsp;&raquo;, qui ouvre l&rsquo;Ethique. Premier accord d&rsquo;une symphonie du monde&hellip;<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t<strong>Qu&#39;il ne peut exister qu&#39;une seule et unique substance<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\tL&rsquo;essence enveloppe l&rsquo;existence, voil&agrave; qui ruine tr&egrave;s directement la dichotomie cart&eacute;sienne de l&rsquo;esprit et du corps, ou ce que l&rsquo;on nomme &eacute;galement, la substance pensante et la substance &eacute;tendue. Il n&rsquo;y a pas diff&eacute;rentes essences dans l&rsquo;existence, il n&rsquo;y en a qu&rsquo;une&nbsp;: la Nature. Celle-ci ne fonde son existence que sur elle-m&ecirc;me, elle n&rsquo;a nul besoin d&rsquo;exp&eacute;rimenter les difficult&eacute;s m&eacute;thodologiques et m&eacute;taphysiques du doute pour d&eacute;boucher sur une certitude. La Nature ne peut qu&rsquo;exister, sans le moindre doute possible, et elle est toute enti&egrave;re cause de ce que nous sommes. En tant que substance divine, elle est infinie, et ses attributs le sont aussi. Les attributs de la substance, qui, en Dieu son infinis, mais que l&rsquo;entendement humain peut conna&icirc;tre sous deux formes&nbsp;: la pens&eacute;e et l&rsquo;&eacute;tendue. La Nature existe donc &laquo;&nbsp;n&eacute;cessairement&nbsp;&raquo;. La cause incaus&eacute;e, la premi&egrave;re causalit&eacute; &agrave; tout ce qui est, s&rsquo;apparente ici &agrave; la Nature, il n&rsquo;y a pas chez Spinoza &agrave; chercher plus loin.<\/p>\n<p>\n\t\tL&rsquo;inexistence de Dieu reviendrait &agrave; nier l&rsquo;existence de la Nature, l&rsquo;essence n&rsquo;enveloppant plus l&rsquo;existence, il en conclut simplement que cette id&eacute;e ne peut qu&rsquo;&ecirc;tre absurde, car elle retirerait toute signification &agrave; ce qui existe. A partir de cette substance infinie, toute chose existante est caus&eacute;e par cette premi&egrave;re cause incaus&eacute;e qu&rsquo;est la Nature. Tout en d&eacute;coule sur le mode des causes et des effets, ce qui revient &agrave; dire qu&rsquo;&agrave; toute chose existante ou tout &eacute;v&eacute;nement produit, appartient une raison propre. S&rsquo;il devait y avoir, nous dit-il, des contradictions dans la substance ou dans ses attributs, nous assisterions au spectacle absurde d&rsquo;un arbre parlant, d&rsquo;hommes naissant de pierres, ou d&rsquo;individus discourant avec Dieu lui-m&ecirc;me, sous sa forme anthropomorphique&hellip;<\/p>\n<p>\n\t\tA ce titre, combien de croyants consid&egrave;rent encore aujourd&rsquo;hui Dieu sous sa forme th&eacute;iste&nbsp;?, c&rsquo;est-&agrave;-dire personnifi&eacute;e&hellip; Voil&agrave; qui d&eacute;passe l&rsquo;entendement logique de Spinoza. Il n&rsquo;est plus question chez lui d&rsquo;un Dieu personnifi&eacute;, mais d&rsquo;une substance naturelle, d&eacute;terminant l&rsquo;existence de toute chose. Une telle d&eacute;finition de Dieu est profond&eacute;ment h&eacute;r&eacute;tique du temps des grandes pers&eacute;cutions chr&eacute;tiennes&nbsp;; elle en abat le poids du jugement divin&nbsp;! Elle en abat m&ecirc;me toute g&eacute;nuflexion &agrave; l&rsquo;&eacute;gard du Cr&eacute;ateur. Il n&rsquo;est plus question pour Spinoza de souscrire &agrave; l&rsquo;image grotesque d&rsquo;un Dieu vengeur, pr&eacute;dicateur, qui nous observerait d&rsquo;en haut et qui serait habit&eacute; en lui-m&ecirc;me des attributs humains et de leurs affections ou passions.<\/p>\n<p>\n\t\tEn ceci, toute contradiction dans la substance ou dans ses attributs, revient &agrave; cr&eacute;er, sinon des miracles, du moins des absurdit&eacute;s&nbsp;; et ces m&ecirc;mes absurdit&eacute;s ne pouvant exister, du fait de la perfection m&ecirc;me de la Nature et de ses causes logiques, la substance, comme ses attributs, ne peuvent induire la moindre erreur. Voil&agrave; qui, l&agrave; aussi, &eacute;lague scrupuleusement les petits p&eacute;rils cart&eacute;siens&hellip; Spinoza va m&ecirc;me encore plus loin, et il ne va plus cesser de le faire tout du long de son prodigieux ouvrage&nbsp;: Dieu existant n&eacute;cessairement, tout ce qui d&eacute;coule de la substance infinie se trouve par-l&agrave; m&ecirc;me enti&egrave;rement justifi&eacute;, par cons&eacute;quent, l&rsquo;existence m&ecirc;me de la Nature nous interdit de douter de l&rsquo;existence ou non de tout ce qui existe en ce monde, de nous-m&ecirc;mes comme des choses qui nous entourent&nbsp;:&nbsp;&laquo;&nbsp;Dieu est cause de l&rsquo;&ecirc;tre des choses.&nbsp;&raquo;&nbsp;(p. 335) Comment ne pas sentir ici toute la v&eacute;ritable clart&eacute; jaillissant de l&rsquo;axiomatique spinoziste&nbsp;? Les t&eacute;n&egrave;bres cart&eacute;siennes comme chass&eacute;es brusquement par un tut&eacute;laire astre d&rsquo;&eacute;t&eacute;&nbsp;! M&ecirc;me le n&eacute;ant n&rsquo;y a plus la moindre place, puisque qu&rsquo;il lui d&eacute;nie qu&rsquo;il puisse exister deux substances diff&eacute;rentes dans l&rsquo;existence, et que la seule qui demeure, et dont l&rsquo;essence englobe l&rsquo;existence, ne peut &ecirc;tre pr&eacute;cis&eacute;ment que Dieu, ou la Nature&hellip; Mieux encore&nbsp;: tout existant est l&rsquo;effet d&rsquo;une puissance. La substance divine ne saurait induire que la perfection, et tout ce qui en d&eacute;coule jouit d&rsquo;une m&ecirc;me perfection en sa puissance propre, ainsi, il ne pourrait y avoir d&rsquo;imperfection en ce monde, sur le plan des existants, du simple fait qu&rsquo;une imperfection serait r&eacute;solument absurde vis-&agrave;-vis de la substance parfaite, la Nature, et que l&rsquo;imperfection ne peut donc exister sans contradiction. Dieu est donc la cause de tout ce qui existe, de tout ce que nous pouvons percevoir et conna&icirc;tre par ses attributs, et nous sommes nous-m&ecirc;mes des modes de ses attributs, dot&eacute;s d&rsquo;affects et de perceptions.<\/p>\n<p>\n\t\tPar cons&eacute;quent, chaque chose, chaque &ecirc;tre, est d&eacute;termin&eacute; &agrave; produire des effets par la puissance qui agit sur ou en lui&nbsp;; en quoi tout ce qui d&eacute;termine les choses et les &ecirc;tres, &agrave; &ecirc;tre et &agrave; produire des effets, est n&eacute;cessairement bon. Rien ne peut s&rsquo;autod&eacute;terminer par lui-m&ecirc;me, &eacute;crit-il. Il &eacute;nonce donc, &agrave; la proposition XXVIII de l&rsquo;Ethique, les fondations logiques du d&eacute;terminisme philosophique&nbsp;:&nbsp;&laquo;&nbsp;Toute chose singuli&egrave;re, autrement dit toute chose qui est finie et poss&egrave;de une existence d&eacute;termin&eacute;e, ne peut exister ni &ecirc;tre d&eacute;termin&eacute;e &agrave; produire un effet si elle n&rsquo;est d&eacute;termin&eacute;e &agrave; exister et &agrave; produire cet effet par une autre cause, qui est elle aussi finie et poss&egrave;de une existence d&eacute;termin&eacute;e&nbsp;; et, &agrave; son tour, cette cause ne peut non plus exister ni &ecirc;tre d&eacute;termin&eacute;e &agrave; produire un effet si elle n&rsquo;est d&eacute;termin&eacute;e &agrave; exister et &agrave; produire un effet par un autre, qui est elle aussi finie et poss&egrave;de une existence d&eacute;termin&eacute;e, et ainsi &agrave; l&rsquo;infini.&nbsp;&raquo;(p. 336) Il faut bien comprendre que, pour Spinoza, en dehors de la substance et des modes, il n&rsquo;y a rien&nbsp;; sinon les affections des attributs de Dieu, que sont ces m&ecirc;mes modes. Toute chose existante (mode) est donc finie et produit des effets qui sont caus&eacute;s par d&rsquo;autres modes eux-m&ecirc;mes finis, et ce, &agrave; l&rsquo;infini. Tous ces d&eacute;terminismes ont donc lieu au sein m&ecirc;me de la substance infinie et de ses attributs &eacute;ternels et infinis, dot&eacute;s pr&eacute;cis&eacute;ment de la &laquo;&nbsp;puissance&nbsp;&raquo; d&rsquo;exister que la Nature leur octroie en son essence. Ce qui d&eacute;bouche &agrave; sa suite sur la proposition XXIX&nbsp;: &laquo;&nbsp;Dans la nature, il n&rsquo;y a donc rien de contingent&nbsp;; mais toutes choses sont d&eacute;termin&eacute;es par la n&eacute;cessit&eacute; de la nature divine &agrave; exister et &agrave; produire un effet d&rsquo;une certaine fa&ccedil;on.&nbsp;&raquo;&nbsp;(p. 338) Le libre-arbitre cart&eacute;sien, ainsi que sa contingence, n&rsquo;a plus sa place dans la logique spinoziste&nbsp;; le d&eacute;terminisme absolu dont il fait preuve, dispense &agrave; tout mode &ndash; et m&ecirc;me &agrave; Dieu &ndash; la moindre existence contingente. Tout existe ou produit des effets par n&eacute;cessit&eacute;. Il ajoute toutefois que ce d&eacute;terminisme immanent (Dieu est lui-m&ecirc;me immanent chez Spinoza&nbsp;!) ne saurait reposer sur autre chose que sur une perfection.<\/p>\n<p>\n\t\tPerfection dans le simple fait dont dispose un mode de&nbsp;pers&eacute;v&eacute;rer dans son &ecirc;tre. L&rsquo;erreur cart&eacute;sienne ne peut tout simplement pas exister sans rendre impossible l&rsquo;existence m&ecirc;me &agrave; la fois du mode, de ce qui le d&eacute;termine &agrave; &ecirc;tre, des causes de ses effets, et de la substance tout enti&egrave;re (la Nature) qui pr&eacute;d&eacute;termine par son essence l&rsquo;ensemble de l&rsquo;existence. Adieu donc, le doute, l&rsquo;erreur, la contingence, le n&eacute;ant, etc. Et si ce n&rsquo;&eacute;tait que de cela&nbsp;! Nous verrons par la suite &agrave; quel point la logique spinoziste renverse tout le socle sur lequel repose rien moins que le dispositif moral qui aura &eacute;t&eacute; celui des hommes depuis les origines du christianisme. En quoi&nbsp;l&rsquo;Ant&eacute;christn&rsquo;appartient pas qu&rsquo;&agrave; Nietzsche, mais il reconna&icirc;tra dans une lettre demeur&eacute;e c&eacute;l&egrave;bre, ce lointain ascendant. Descartes s&rsquo;avan&ccedil;ait f&eacute;brilement dans les t&eacute;n&egrave;bres avec sa bougie, Spinoza met le feu &agrave; la r&eacute;alit&eacute; dans son ensemble&hellip;<\/p>\n<p>\n\t\tIl d&eacute;cr&egrave;te l&rsquo;immanence des modes, comme de la substance qui les d&eacute;termine, de m&ecirc;me que des causes et des effets qui ont lieu en son essence. Deleuze &eacute;voquera bien &agrave; propos &laquo;&nbsp;l&rsquo;immoralisme&nbsp;&raquo; de Spinoza&hellip;<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t<strong>La Nature Naturante et la Nature Natur&eacute;e<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\tSpinoza introduit deux concepts cl&eacute;s dans sa vision du monde, et, sur ce point, on peut tout &agrave; fait estimer qu&rsquo;il est parvenu &agrave; &eacute;baucher un syst&egrave;me de repr&eacute;sentation bien plus clair et distinct que ne l&rsquo;avait fait son ma&icirc;tre. Il s&rsquo;agit de la Nature Naturante et de la Nature Natur&eacute;e. La Nature Naturante repr&eacute;sente Dieu en tant qu&rsquo;il est une &laquo;&nbsp;cause libre&nbsp;&raquo; (p. 339), il s&rsquo;agit des attributs de la substance exprimant une essence &eacute;ternelle et infinie, donc Dieu lui-m&ecirc;me. La Nature Natur&eacute;e repr&eacute;sente tout ce qui d&eacute;coule de la Nature Naturante, c&rsquo;est-&agrave;-dire la n&eacute;cessit&eacute; m&ecirc;me des attributs de Dieu et des modes de ces attributs, tous compris au sein de son essence, qui englobe l&rsquo;existence toute enti&egrave;re. Pour faciliter les choses, nous pouvons dire que la Nature Naturante permet l&rsquo;existence et produit la Nature Natur&eacute;e, c&rsquo;est-&agrave;-dire tout ce qui existe en ce monde.<\/p>\n<p>\n\t\tA la proposition XXX (p. 339), il &eacute;crit qu&rsquo;un entendement doit comprendre les attributs de Dieu et les affections de Dieu, et rien d&rsquo;autre. Le clair et le distinct cart&eacute;sien, chez Spinoza, d&eacute;coule donc lui aussi d&rsquo;un attribut divin, d&rsquo;une perfection n&eacute;cessaire de ses repr&eacute;sentations&nbsp;: &laquo;&nbsp;Une id&eacute;e vraie doit s&rsquo;accorder (convenire) avec l&rsquo;objet qu&rsquo;elle repr&eacute;sente (selon l&rsquo;axiome 6), c&rsquo;est-&agrave;-dire (comme il est connu de soi) que ce qui est contenu objectivement dans l&rsquo;entendement doit n&eacute;cessairement &ecirc;tre dans la Nature.&nbsp;&raquo; (p. 339) Pas d&rsquo;erreurs possibles non plus &agrave; ce niveau-l&agrave;, dans l&rsquo;entendement humain ou divin, puisqu&rsquo;il tol&egrave;re &agrave; la fois un entendement fini (le n&ocirc;tre) et un entendement infini, celui probablement de la substance. A la proposition XXXI (p. 339), Spinoza nous indique que l&rsquo;entendement en acte ainsi que la volont&eacute;, le d&eacute;sir, l&rsquo;amour, etc., doivent &ecirc;tre rapport&eacute;s &agrave; la Nature Natur&eacute;e et non &agrave; la Naturante. Il y a donc une s&eacute;paration en degr&eacute;s d&rsquo;un entendement infini, d&rsquo;un entendement fini, des id&eacute;es de la r&eacute;alit&eacute; issues de la perfection de la Nature Naturante, aux passions ou aux affects des modes qui, eux, n&rsquo;apparaissent qu&rsquo;au stade de la Nature Natur&eacute;e. Spinoza parle volontiers de &laquo;&nbsp;l&rsquo;essence &eacute;ternelle et infinie de la pens&eacute;e&nbsp;&raquo; (p. 340) en opposition aux modes de penser relatifs &agrave; la Nature Natur&eacute;e. On reconna&icirc;t ici la distinction cart&eacute;sienne de l&rsquo;entendement pur (que Spinoza nomme &laquo;&nbsp;entendement en acte&nbsp;&raquo;), et des id&eacute;es issues des sens, sous un jour tr&egrave;s diff&eacute;rent, puisque la Nature Natur&eacute;e reste rattach&eacute;e &agrave; la Nature Naturante et que la notion m&ecirc;me &laquo;&nbsp;d&rsquo;erreur&nbsp;&raquo; telle que l&rsquo;entendait Descartes, n&rsquo;y trouve pas sa place, faute d&rsquo;existence donn&eacute;e au libre-arbitre et &agrave; la contingence&nbsp;: &agrave; la proposition XXXII&nbsp;&laquo;&nbsp;La volont&eacute; ne peut &ecirc;tre appel&eacute;e cause libre, mais seulement cause n&eacute;cessaire.&nbsp;&raquo;&nbsp;(p. 340) CQFD, comme il aime &agrave; l&rsquo;&eacute;crire dans l&rsquo;Ethique&hellip;<\/p>\n<p>\n\t\tDans la d&eacute;monstration qui suit cette proposition, Spinoza va encore plus loin&nbsp;: il identifie la volont&eacute; comme un &laquo;&nbsp;mode de penser&nbsp;&raquo; au m&ecirc;me titre que l&rsquo;entendement, ce qui a pour effet de faire de chaque volition l&rsquo;effet d&rsquo;une cause ant&eacute;rieure &agrave; elle-m&ecirc;me. Nulle volition n&rsquo;existe, pas plus que n&rsquo;existe une chose, sans qu&rsquo;une cause n&rsquo;ait pr&eacute;exist&eacute; &agrave; son existence, et ainsi de suite jusqu&rsquo;&agrave; l&rsquo;infini. C&rsquo;est faire ici de nos id&eacute;es internes des modes du penser ob&eacute;issant aux m&ecirc;mes lois que celles des modes de la r&eacute;alit&eacute;. Le d&eacute;terminisme spinoziste r&eacute;git m&ecirc;mement la chose pensante que la chose &eacute;tendue. La volont&eacute;, chez Spinoza, n&eacute;cessite elle aussi une cause pour la d&eacute;terminer, elle est donc fatalement &laquo;&nbsp;n&eacute;cessaire ou contrainte&nbsp;&raquo; (p. 341) M&ecirc;me Dieu, nous dit-il, dans son premier corollaire, &laquo;&nbsp;ne produit pas ses effets par la libert&eacute; de sa volont&eacute;.&nbsp;&raquo; Il l&rsquo;avait pourtant dot&eacute; d&rsquo;une &laquo;&nbsp;cause libre&nbsp;&raquo; pr&eacute;alablement&nbsp;! Dieu est donc &laquo;&nbsp;cause libre&nbsp;&raquo; en tant qu&rsquo;il existe n&eacute;cessairement, sans d&eacute;termination d&rsquo;aucune sorte&nbsp;; mais sa volont&eacute;, ses effets, eux, sont n&eacute;cessairement conditionn&eacute;s. En outre, Spinoza nous indique que la volont&eacute; et l&rsquo;entendement, tout en &eacute;tant des modes du penser issus d&rsquo;un attribut infini, ne b&eacute;n&eacute;ficient d&rsquo;aucune libert&eacute; de cet ordre&nbsp;; ils se contentent du mouvement et du repos, dans leurs attributions naturelles. Il ressort de tout ceci, qu&rsquo;&agrave; la proposition XXXIII&nbsp;:&nbsp;&laquo;&nbsp;Les choses n&rsquo;ont pu &ecirc;tre produites par Dieu autrement qu&rsquo;elles ne l&rsquo;ont &eacute;t&eacute;, ni dans un autre ordre.&nbsp;&raquo;&nbsp;(p. 341) De la Nature Naturante &agrave; la Nature Natur&eacute;e, tout se suit logiquement. Il ne peut pas y avoir plusieurs substances sans qu&rsquo;il y ait du m&ecirc;me coup plusieurs Dieux et donc plusieurs natures&nbsp;! L&rsquo;absurdit&eacute; m&ecirc;me d&rsquo;une telle hypoth&egrave;se ach&egrave;ve de persuader Spinoza de l&rsquo;immanence et du monisme de la r&eacute;alit&eacute; du monde&nbsp;: &laquo;&nbsp;(&hellip;) par la lumi&egrave;re de midi, [&hellip;] il n&rsquo;y a absolument rien dans les choses qui permette de les dire contingentes (&hellip;)&nbsp;&raquo;&nbsp;(p. 342) Spinoza, philosophe de la grande lumi&egrave;re de midi&#8230;<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t<strong>Contingence, n&eacute;cessit&eacute; et impossibilit&eacute;<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\tVoici comment il d&eacute;finit plus &agrave; propos ce que sont v&eacute;ritablement pour lui les notions de&nbsp;contingence, de&nbsp;n&eacute;cessit&eacute;&nbsp;et&nbsp;d&rsquo;impossible&nbsp;: ce qui est&nbsp;n&eacute;cessaire, l&rsquo;est soit par son essence, son existence propre, soit par sa cause, la cause qui la produit. Est ditimpossible, tout ce qui contient dans son essence une contradiction&nbsp;; ou dont la cause n&eacute;cessaire &agrave; sa production fait d&eacute;faut&hellip; On peut relever ici que l&rsquo;erreur cart&eacute;sienne a c&eacute;d&eacute; la place &agrave; la notion d&rsquo;impossibilit&eacute;. Un glissement de mot, de sens, qui contribue &agrave; d&eacute;placer la probl&eacute;matique de la fausset&eacute; pour en faire non pas une faute propre au sujet lui-m&ecirc;me et &agrave; ses d&eacute;faillances, mais &agrave; rattacher &agrave; l&rsquo;existence m&ecirc;me des choses, l&rsquo;opportunit&eacute; ou non de g&eacute;n&eacute;rer ces erreurs. Renversement radical op&eacute;r&eacute; par Spinoza, dont le mouvement de la pens&eacute;e semble tout faire pour innocenter l&rsquo;homme et la r&eacute;alit&eacute; du monde de la moindre accusation de p&eacute;ch&eacute; ou de d&eacute;ficience. Ce qui contient une erreur, dans le sch&eacute;ma m&eacute;taphysique et physique qu&rsquo;il nous propose, conduit tout naturellement &agrave; des impossibilit&eacute;s, &agrave; des choses ou &agrave; des causes qui ne peuvent pas se produire ou exister par elles-m&ecirc;mes. Aussi, selon lui, la&nbsp;contingence&nbsp;renvoie bien plut&ocirc;t &agrave; &laquo;&nbsp;un manque de connaissance&nbsp;&raquo; (p. 342). C&rsquo;est parce que nous ignorons tout des causes d&rsquo;une chose, des causes &agrave; nous cach&eacute;es qui nous interdisent sur le moment de pouvoir v&eacute;ritablement en comprendre ou en mesurer l&rsquo;essence, que nous en d&eacute;duisons fautivement qu&rsquo;elle est contingente. Rien ni personne n&rsquo;est jamais contingent dans un univers tout entier domin&eacute; par des modalit&eacute;s d&eacute;termin&eacute;es par des causes ant&eacute;rieures. Rien ne na&icirc;t de rien, rien n&rsquo;existe sans raison, rien ne se produit qui n&rsquo;ait aucun sens&hellip; Ni Sartre, ni Camus, n&rsquo;ont leur place dans le monisme spinoziste. Cela dit, &agrave; philosophie parfaite, &agrave; logique brillante,more geometrico, on peut toutefois objecter toujours que la g&eacute;om&eacute;trie ne fait pas la r&eacute;alit&eacute; et que la beaut&eacute; limpide d&rsquo;une construction rationnelle ne saurait jamais &ecirc;tre rapport&eacute;e dans sa puret&eacute; &agrave; la r&eacute;alit&eacute; rugueuse&hellip; Toute forme de r&eacute;alit&eacute; tragique ou d&rsquo;absurdit&eacute; est en effet bannie de la vision spinoziste&nbsp;; mais il appartient &agrave; chacun de mesurer que le tragique existe ind&eacute;pendamment de la perfection rationnelle et de l&rsquo;optimisme spiritualiste de &laquo;&nbsp;L&rsquo;Etre souverainement parfait&nbsp;&raquo; (p. 343).<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t<strong>De l&#39;&eacute;ternit&eacute; de la Nature<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\tLa preuve de la perfection divine est toujours tr&egrave;s &eacute;th&eacute;r&eacute;e, lorsqu&rsquo;on l&rsquo;apprend des philosophes&nbsp;; car rien ne permet jamais &agrave; un entendement v&eacute;ritablement soucieux de savoir la v&eacute;rit&eacute;, que de se contenter de partis pris tous plus ou moins issus des formes pures de la math&eacute;matique et de la g&eacute;om&eacute;trie. Dieu est parfait parce que ce qu&rsquo;il induit en nous de plus pur, &#8211; les sciences pures -, t&eacute;moigne comme d&rsquo;un triangle ou d&rsquo;un cercle, de sa logique absolue et imp&eacute;rative. Dieu est un th&eacute;o-r&egrave;me&hellip; Ce qu&rsquo;il y a d&rsquo;original dans la preuve de l&rsquo;existence de Dieu, chez Spinoza, ce n&rsquo;est pas l&rsquo;existence de Dieu en lui-m&ecirc;me puisqu&rsquo;il lui appara&icirc;t purement absurde que Dieu n&rsquo;existe pas, sans quoi, aucune essence n&rsquo;engloberait plus l&rsquo;existence. L&rsquo;existence serait pour le coup enti&egrave;rement chaotique, insens&eacute;e, et absurde. Non, ce qu&rsquo;il &eacute;nonce de nouveau, dans son argumentaire, c&rsquo;est la preuve de la permanence de Dieu, non pas dans ses attributs infinis, ni dans sa substance, mais dans l&rsquo;&eacute;ternit&eacute; de ses &laquo;&nbsp;d&eacute;crets&nbsp;&raquo;. Ce qui revient &agrave; dire que les lois de ce monde, physiques et morales, sont assur&eacute;es &eacute;ternellement par Dieu, sans qu&rsquo;aucun changement de nature ne puisse jamais intervenir. Voici ce qu&rsquo;il &eacute;crit dans une de ses scolies&nbsp;:&nbsp;&laquo;&nbsp;Mais comme dans l&rsquo;&eacute;ternit&eacute; il n&rsquo;y a ni de&nbsp;quand, nid&rsquo;avant, ni&nbsp;d&rsquo;apr&egrave;s, il suit de la seule perfection de Dieu que Dieu ne peut jamais et n&rsquo;a jamais pu d&eacute;cr&eacute;ter autre chose, autrement dit que Dieu n&rsquo;a pas &eacute;t&eacute; avant ses d&eacute;crets et qu&rsquo;il ne peut pas &ecirc;tre sans eux. Sans doute diront-ils&nbsp;: quand m&ecirc;me on supposerait que Dieu e&ucirc;t fait une autre nature ou qu&rsquo;il e&ucirc;t d&eacute;cr&eacute;t&eacute; de toute &eacute;ternit&eacute; autre chose sur la Nature et sur l&rsquo;ordre qu&rsquo;elle pr&eacute;sente, il ne s&rsquo;ensuivrait en Dieu aucune imperfection. Mais, en parlant ainsi, on accorde par l&agrave; m&ecirc;me que Dieu peut changer ses d&eacute;crets. Car, si Dieu avait d&eacute;cr&eacute;t&eacute; sur la Nature et sur l&rsquo;ordre qu&rsquo;elle pr&eacute;sente autre chose que ce qu&rsquo;il a d&eacute;cr&eacute;t&eacute;, c&rsquo;est-&agrave;-dire s&rsquo;il avait voulu et con&ccedil;u autre chose concernant la Nature, il aurait eu n&eacute;cessairement un autre entendement que celui qu&rsquo;il a effectivement, et une autre volont&eacute; que celle qu&rsquo;il a effectivement. Et s&rsquo;il est permis d&rsquo;attribuer &agrave; Dieu un autre entendement et une autre volont&eacute;, sans rien changer de son essence et de sa perfection, pourquoi alors ne pourrait-il changer ses d&eacute;crets concernant les choses cr&eacute;&eacute;es, et n&eacute;anmoins rester &eacute;galement parfait&nbsp;?&nbsp;&raquo;&nbsp;(p. 344) A-t-on d&eacute;j&agrave; lu argumentation plus sublime&nbsp;?&#8230; Je veux dire, dans le registre conceptuel&#8230; La substance divine &eacute;chappe au temps&nbsp;; elle n&rsquo;a jamais connu ni d&rsquo;ant&eacute;c&eacute;dent, ni ne conna&icirc;tra de pr&eacute;c&eacute;dent&nbsp;; par cons&eacute;quent, tout changement de la substance para&icirc;t rigoureusement impossible. La Nature Naturante est &laquo;&nbsp;naturante&nbsp;&raquo; au sens absolu du terme, elle engendre invariablement ce qu&rsquo;elle doit engendrer. Il pr&eacute;cise m&ecirc;me que cette absence de changement dans la nature de Dieu, et de ce qui en d&eacute;coule (la Nature Natur&eacute;e), prouve &agrave; l&rsquo;&eacute;vidence que l&rsquo;entendement divin ainsi que sa volont&eacute; ne peuvent &ecirc;tre eux-aussi qu&rsquo;invariant, et quand bien m&ecirc;me&nbsp;: la moindre libert&eacute; d&rsquo;entendement et de volont&eacute; pr&ecirc;t&eacute;e &agrave; l&rsquo;&ecirc;tre supr&ecirc;me suffirait &agrave; rendre impossible la coh&eacute;sion entre ce qui existe et ce qui aurait ou pourrait exister&nbsp;; fort de quoi, la Nature serait d&egrave;s lors en contradiction d&rsquo;avec son propre pass&eacute; ou son avenir. Voil&agrave; qui imputerait &agrave; Dieu une imperfection que sa propre d&eacute;finition rend impossible. La nature de Dieu est donc &eacute;ternelle et son entendement et sa volont&eacute; demeurent n&eacute;cessaires. Tout ce qui existe dans la Nature restera donc toujours fid&egrave;le aux attributs et aux modes qui lui correspondent, et ce, ind&eacute;finiment. Comment mieux asseoir la permanence des choses et des v&eacute;rit&eacute;s qui les n&eacute;cessitent&nbsp;? Comment mieux d&eacute;finir une permanence proprement chaleureuse et rassurante du savoir &agrave; travers les &acirc;ges&nbsp;? Les v&eacute;rit&eacute;s que nous connaissons du monde et de la nature resteront vraies pour toute g&eacute;n&eacute;ration possible ou pensable. &laquo;&nbsp;Toutes choses d&eacute;pendent de la puissance de Dieu. Aussi, pour que les choses puissent &ecirc;tre autrement qu&rsquo;elles ne sont, la volont&eacute; de Dieu devrait &ecirc;tre aussi n&eacute;cessairement autre qu&rsquo;elle n&rsquo;est.&nbsp;&raquo; (p. 345)<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t<strong>La Nature &eacute;chappe au Destin<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\tOn pourrait penser, en lisant Spinoza, que son &eacute;ternit&eacute; et sa permanence en la Nature Naturante, pourrait induire par-l&agrave; m&ecirc;me une forme de fatalit&eacute; du destin. Il apporte ici un &eacute;clairage &eacute;tonnant sur cette question qui r&eacute;jouira Diderot dans les aventures tr&eacute;pidantes de&nbsp;Jacques le Fataliste&nbsp;: non, Dieu n&rsquo;est pas en lui-m&ecirc;me soumis au destin, pour la raison qu&rsquo;il a &eacute;t&eacute; d&eacute;fini comme &eacute;tant une &laquo;&nbsp;cause libre&nbsp;&raquo; et que, par ce fait, il reste ind&eacute;termin&eacute; et &eacute;tranger par son essence au destin tel que nous l&rsquo;entendons &agrave; l&rsquo;&eacute;chelle des modes. Un Dieu parfait, induisant une Nature parfaite, &eacute;ternellement, un tel Dieu aurait-il besoin du moindre destin&nbsp;?&#8230; Cette attribution est pour le moins, comme il le dit, absurde. En outre, Dieu contient chez Spinoza toute chose en son essence, y compris leurs causes et leurs effets. Si le destin existe, il ne saurait &ecirc;tre compris qu&rsquo;&agrave; l&rsquo;int&eacute;rieur de son essence, et non dans sa substance. &laquo;&nbsp;Tout ce qui existe exprime la nature de Dieu, autrement dit son essence, d&rsquo;une fa&ccedil;on d&eacute;finie et d&eacute;termin&eacute;e(selon le corollaire de la proposition 25), c&rsquo;est-&agrave;-dire&nbsp;(selon la proposition 34)&nbsp;que tout ce qui existe exprime d&rsquo;une fa&ccedil;on d&eacute;finie et d&eacute;termin&eacute;e la puissance de Dieu qui est cause de toutes choses, et par cons&eacute;quent (selon la proposition 16) il doit en suivre quelque effet.&nbsp;&raquo; (p. 346) Inutile dans ces conditions d&rsquo;avoir &agrave; subodorer la fausset&eacute; m&ecirc;me du r&eacute;el ou de Dieu pour parvenir &agrave; asseoir quelques certitudes que ce soient&nbsp;; le doute cart&eacute;sien, au sens radical du terme, ne s&rsquo;impose pas pour avoir assurance en l&rsquo;ordre du monde et en sa pleine et enti&egrave;re rationalit&eacute;, c&rsquo;est-&agrave;-dire r&eacute;alit&eacute;.<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t<strong>L&#39;homme se croit libre car il ignore tout des causes qui le d&eacute;terminent<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\tCela dit, il exprime la t&acirc;che de l&rsquo;homme, par rapport au probl&egrave;me de la connaissance de ce monde, de fa&ccedil;on suivante&nbsp;: les hommes naissent ignorants de tout, des choses, de leurs affects, de l&rsquo;ordre de la nature, de ce qui les causent ou les d&eacute;terminent, de la cause des effets qui se produisent en permanence autour d&rsquo;eux. Ainsi, nous dit Spinoza, les hommes se croient libres parce qu&rsquo;ils n&rsquo;ont conscience que de leurs app&eacute;tits et de leurs volitions, mais qu&rsquo;ils ignorent absolument tout des causes et de l&rsquo;origine de leurs d&eacute;sirs et de leur volont&eacute;. Voil&agrave; qui est fondamental dans la logique spinoziste. Les hommes se croient libres de d&eacute;sirer parce qu&rsquo;ils ignorent tout des causes qui les d&eacute;terminent &agrave; d&eacute;sirer&nbsp;! Ce qui revient &agrave; faire du libre-arbitre le jouet de cette volont&eacute; d&eacute;termin&eacute;e, g&eacute;n&eacute;ralement insciente d&rsquo;elle-m&ecirc;me. Le libre-arbitre, la volont&eacute;, le d&eacute;sir, voil&agrave; qui n&rsquo;est que sentiment, sentiment de libert&eacute; ou conscience d&rsquo;une libert&eacute;, mais absolument pas le fruit d&rsquo;une r&eacute;alit&eacute; effective. L&rsquo;homme ne sait pas, d&rsquo;instinct, faire la diff&eacute;rence entre les causes et les effets, il se contente de vivre selon ces derniers&hellip;<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t<strong>La perfection de la Nature d&eacute;savoue les superstitions<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\tCet appendice (p. 347) de l&rsquo;Ethique est d&rsquo;une grande richesse d&rsquo;enseignement sur la nature de l&rsquo;homme. Spinoza poursuit en expliquant que les hommes ne s&rsquo;orientent que dans le sens de l&rsquo;utilit&eacute;, d&rsquo;une fin qui leur est sommairement utile. Cette orientation leur est tr&egrave;s ais&eacute;e puisqu&rsquo;elle ne n&eacute;cessite pas d&rsquo;en approfondir les causes, mais de s&rsquo;en remettre &agrave; l&rsquo;usage de la vue, de leurs dents pour m&acirc;cher, des v&eacute;g&eacute;taux et des animaux pour se nourrir, du soleil pour s&rsquo;&eacute;clairer, de la mer pour p&ecirc;cher, etc., ce qui revient &agrave; faire de la Nature un pur et simple moyen en vue d&rsquo;une fin. Les utilitaristes anglo-saxons ne diront pas mieux&hellip; Seulement, cette logique utilitariste comprise par la Nature Natur&eacute;e et par la Nature Naturante, qui la pr&eacute;c&egrave;de, a fait croire aux hommes qu&rsquo;un Dieu avait ainsi orchestr&eacute; ces bienfaits dans le sens de leurs contentements, et que ce Dieu, a priori bienveillant, avait de ce fait n&eacute;cessairement pris leur parti. L&rsquo;homme s&rsquo;arrogeant ainsi l&rsquo;orgueil sans limites de son Cr&eacute;ateur&hellip; Au point m&ecirc;me, que, face aux grandes mis&egrave;res que peut conna&icirc;tre l&rsquo;humanit&eacute;, du fait des &eacute;l&eacute;ments naturels parfois d&eacute;cha&icirc;n&eacute;s, tremblements de terre, temp&ecirc;tes, bouleversements climatiques, pourrait-on dire aujourd&rsquo;hui, &eacute;pid&eacute;mies, etc., l&rsquo;homme s&rsquo;est imagin&eacute; un Dieu susceptible de lui envoyer sa foudre divine comme pour le punir de quelques mauvaises actions propres &agrave; ses actes ou &agrave; sa condition. Et m&ecirc;me si le fait que ces ravages ne frappent autant l&rsquo;impie que l&rsquo;homme le plus vertueux, les hommes n&rsquo;ont pas daign&eacute; s&rsquo;apercevoir que le mal frappait en ce monde malgr&eacute; le bon ou le mauvais, et que, par cons&eacute;quent, la volont&eacute; divine en &eacute;tait par-l&agrave; m&ecirc;me disqualifi&eacute;e dans ses pr&eacute;tendues intentions punitives&hellip;<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t<strong>D&eacute;construction du finalisme de la Nature<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\tD&rsquo;autres, plus sceptiques, ont simplement consid&eacute;r&eacute; que la finalit&eacute; des choses &eacute;taient par essence inconnue et qu&rsquo;il fallait en laisser le myst&egrave;re &agrave; Dieu lui-m&ecirc;me. Rien qui ne puisse engager le moindre philosophe dans le sens de la d&eacute;construction des pr&eacute;jug&eacute;s li&eacute;s &agrave; la Nature et &agrave; la condition humaine. Spinoza va donc ici &eacute;tablir superbement l&rsquo;inexistence pure et simple de toute finalit&eacute; de la Nature&nbsp;:&nbsp;&laquo;&nbsp;(&hellip;) la Nature n&rsquo;a aucune fin qui lui soit d&rsquo;avance fix&eacute;e, et [que] toutes les causes finales ne sont que des fictions humaines (&hellip;)&nbsp;&raquo;&nbsp;(p. 349) Il va m&ecirc;me jusqu&rsquo;&agrave; dire que le finalisme met bien plut&ocirc;t la Nature &agrave; l&rsquo;envers&hellip; Car tout dans la Nature proc&egrave;de selon la n&eacute;cessit&eacute; &eacute;ternelle et la perfection souveraine&nbsp;; les causes premi&egrave;res sont toujours les plus excellentes, alors que plus il y a d&rsquo;interm&eacute;diaires entre les causes premi&egrave;res et les derni&egrave;res, plus leurs perfections diminuent. S&rsquo;il devait y avoir de causes finales, celles-ci seraient pour le moins indignes de la perfection de la Nature qui ne resplendit v&eacute;ritablement que de ses causes essentielles, &agrave; l&rsquo;&eacute;tat naissantes. Pr&eacute;sumer l&rsquo;hypoth&egrave;se d&rsquo;une finalit&eacute; de la Nature, serait &eacute;galement consid&eacute;rer que Dieu serait d&eacute;tenteur d&rsquo;un dessein, donc d&rsquo;un d&eacute;sir&hellip; Nous en revenons ici &agrave; un amalgame propre aux religions que de faire imaginer &agrave; l&rsquo;homme l&rsquo;existence d&rsquo;un Dieu &agrave; son image et dot&eacute; de ses propres passions. Vision pour le moins grossi&egrave;re et vulgaire de Dieu, nous dit-il. En tous les cas, le Dieu de Spinoza n&rsquo;existe qu&rsquo;&agrave; l&rsquo;&eacute;tat de substance, d&rsquo;essence, de puissance, et non sous une forme b&ecirc;tement anthropomorphe&hellip; L&rsquo;anthropomorphisme n&rsquo;&eacute;tant qu&rsquo;un trait proprement spontan&eacute; et primaire de notre facult&eacute; d&rsquo;imagination qui nous pousse fr&eacute;quemment &agrave; nous apercevoir nous-m&ecirc;mes, en tant qu&rsquo;esp&egrave;ce, &agrave; travers un nuage, un brouillard, ou d&rsquo;en soumettre &eacute;galement l&rsquo;image que nous projetons sur Dieu. Tout ceci s&rsquo;av&egrave;re bien trop simpliste et grossier pour la haute exigence que se fait Spinoza de l&rsquo;usage rigoureux de l&rsquo;entendement humain.<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t<strong>Le hasard se produit sans desseins<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\tDieu n&rsquo;est pas un &ecirc;tre humain&nbsp;; il ne peut donc d&eacute;sirer. Une m&ecirc;me forme d&rsquo;interpr&eacute;tation fautive et emplie de pr&eacute;jug&eacute;s, sinon de magies, consiste &agrave; attribuer &agrave; un &eacute;v&eacute;nement fortuit, une d&eacute;termination morale. La rencontre hasardeuse d&rsquo;une tuile souffl&eacute;e par une rafale et celle d&rsquo;un homme, qui passait en contrebas, et qui s&rsquo;en trouve par-l&agrave; m&ecirc;me tu&eacute;. Ferdinand Alqui&eacute;, dans ses&nbsp;Le&ccedil;ons sur Descartes, entretiendra quelque peu sur cette obsession de Ren&eacute; Descartes pour la tuile qu&rsquo;il appr&eacute;hendait de lui voir tomber sur la t&ecirc;te, au moindre d&eacute;tour d&rsquo;une rue&hellip; Pas &eacute;tonnant que son fid&egrave;le lecteur et disciple, Spinoza, n&rsquo;en reprisse dans son &oelig;uvre le c&eacute;l&egrave;bre exemple. Cette question touchant de pr&egrave;s le probl&egrave;me du hasard et de la superstition, je ne peux r&eacute;sister au plaisir que de vous en soumettre ici l&rsquo;argumentation enti&egrave;re&nbsp;:&laquo;&nbsp;Si, par exemple, une pierre est tomb&eacute;e d&rsquo;un toit sur la t&ecirc;te de quelqu&rsquo;un et l&rsquo;a tu&eacute;, ils d&eacute;montreront que la pierre est tomb&eacute;e pour tuer l&rsquo;homme, de la fa&ccedil;on suivante&nbsp;: Si, en effet, elle n&rsquo;est pas tomb&eacute;e &agrave; cette fin par la volont&eacute; de Dieu, comment tant de circonstances (souvent, en effet, il faut un grand concours de circonstances simultan&eacute;es) ont-elles pu concourir par hasard&nbsp;? Vous r&eacute;pondrez peut-&ecirc;tre que c&rsquo;est arriv&eacute; parce que le vent soufflait et que l&rsquo;homme passait par l&agrave;. Mais ils insisteront&nbsp;: Pourquoi le vent soufflait-il &agrave; ce moment-l&agrave;&nbsp;? Pourquoi l&rsquo;homme passait-il par l&agrave; &agrave; ce m&ecirc;me moment&nbsp;? Si vous r&eacute;pondez de nouveau que le vent s&rsquo;est lev&eacute; parce que la veille, par un temps encore calme, la mer avait commenc&eacute; &agrave; s&rsquo;agiter, et que l&rsquo;homme avait &eacute;t&eacute; invit&eacute; par un ami, ils insisteront de nouveau car ils ne sont jamais &agrave; court de questions&nbsp;: Pourquoi donc la mer &eacute;tait-elle agit&eacute;e&nbsp;? Pourquoi l&rsquo;homme a-t-il &eacute;t&eacute; invit&eacute; &agrave; ce moment-l&agrave;&nbsp;? et ils ne cesseront ainsi de vous interroger sur les causes des causes, jusqu&rsquo;&agrave; ce que vous vous soyez r&eacute;fugi&eacute; dans la volont&eacute; de Dieu, cet asile de l&rsquo;ignorance&nbsp;&raquo; (p. 350)&nbsp;La volont&eacute; de Dieu, comme un asile de l&rsquo;ignorance&nbsp;!&#8230; Cela m&eacute;rite d&rsquo;&ecirc;tre consign&eacute; dans les annales philosophiques&nbsp;! Si, comme le dit Nietzsche, la t&acirc;che principale de la philosophie est de &laquo;&nbsp;nuire &agrave; la b&ecirc;tise&nbsp;&raquo;, Spinoza en est bien un illustre pr&eacute;d&eacute;cesseur&hellip; En effet, le commun a souvent une affection particuli&egrave;re pour les interpr&egrave;tes de Dieu ou de la Nature, pour les diseurs de bonne aventure, pour les miracles, pour les charlatans qui les promeuvent&nbsp;; c&rsquo;est qu&rsquo;ils ne peuvent supporter de perdre l&rsquo;&eacute;tonnement corr&eacute;latif &agrave; l&rsquo;ignorance et &ecirc;tre renvoy&eacute;s &agrave; la v&eacute;rit&eacute; logique de la r&eacute;alit&eacute;. Certains jouissent d&rsquo;une autorit&eacute; particuli&egrave;re &agrave; attiser la soif de myst&egrave;res qui attire si bien la foule, alors que les v&eacute;rit&eacute;s, bien plut&ocirc;t, la d&eacute;sesp&egrave;re et l&rsquo;ennuie. Le hasard n&rsquo;est donc chez Spinoza l&rsquo;effet d&rsquo;aucune magie, d&rsquo;aucun sortil&egrave;ge divin&nbsp;; il n&rsquo;est que la conjonction hasardeuse entre deux &eacute;v&eacute;nements distincts qui finissent par un stup&eacute;fiant concours de circonstances par se rencontrer. Que la probabilit&eacute; en soit mince ou exceptionnelle, peu importe&nbsp;: le hasard se produit s&rsquo;il doit se produire&nbsp;; il n&rsquo;ob&eacute;it &agrave; aucun ordre, &agrave; aucune volont&eacute; divine. L&rsquo;homme jouit d&rsquo;un orgueil &agrave; ce point disproportionn&eacute;, qu&rsquo;il se croit toujours au centre des &eacute;v&eacute;nements&nbsp;; ceux-ci se produisent donc pour ainsi dire uniquement pour lui&hellip; Orgueil bien d&eacute;plac&eacute;, pour une Nature qui n&rsquo;a que faire de ses pr&eacute;jug&eacute;s.<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t<strong>Une philosophie des Lumi&egrave;res contre les obscurantismes<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\tChez l&rsquo;homme du commun, la confusion entre l&rsquo;imaginaire et l&rsquo;entendement est pour le moins r&eacute;guli&egrave;re, et les savants sont bien plus souvent l&rsquo;objet de vindictes que d&rsquo;admirations, par le fait m&ecirc;me que le savoir d&eacute;truit l&rsquo;ignorance, et ruine l&rsquo;enthousiasme qu&rsquo;il&nbsp; peut y avoir &agrave; v&eacute;n&eacute;rer des fant&ocirc;mes. Spinoza donne &agrave; la suite une interpr&eacute;tation int&eacute;ressante de la superstition&nbsp;; il &eacute;crit que non content de se satisfaire de l&rsquo;ordre naturel des choses, qui existe de lui-m&ecirc;me et en lui-m&ecirc;me, l&rsquo;homme tente toujours de se convaincre qu&rsquo;il existe un ordre sup&eacute;rieur &agrave; l&rsquo;ordre naturel&nbsp;; une volont&eacute; recouvrant l&rsquo;essence de la r&eacute;alit&eacute;&hellip; C&rsquo;est l&agrave; encore projeter sur la Nature des passions qui ne sont propres qu&rsquo;&agrave; l&rsquo;homme; sempiternel anthropomorphisme sans cesse d&eacute;nonc&eacute; par Spinoza, qui pr&eacute;figure ainsi une authentique philosophie des Lumi&egrave;res contre l&rsquo;obscurantisme religieux. Face aux esp&eacute;rances surnaturelles des foules, Spinoza oppose, pourrait-on dire, un certain d&eacute;sespoir de la connaissance, destin&eacute;, comme tout v&eacute;ritable savoir, &agrave; d&eacute;truire les illusions que se font les hommes sur la nature des choses, &agrave; les d&eacute;sillusionner, bien entendu, pour les en lib&eacute;rer, car les illusions ne manquent jamais, en d&eacute;finitive, de se retourner contre ceux qui en sont les esclaves bern&eacute;s. Spinoza s&rsquo;en prend m&ecirc;me aux philosophes id&eacute;alistes&nbsp;de sa corporation&nbsp;: &laquo;&nbsp;Il y a m&ecirc;me eu des philosophes pour croire que les mouvements c&eacute;lestes composent une harmonie.&nbsp;&raquo;&nbsp;(p. 352) En retirant tout dessein &agrave; la Nature, Spinoza prend de court tous les d&eacute;lires des si&egrave;cles qui lui succ&egrave;deront, en mati&egrave;re de t&eacute;l&eacute;ologie scientiste, soci&eacute;tale, biologique et r&eacute;volutionnaire, dont le nombre de victimes ahurissant au XIX&egrave;me et au XX&egrave;me si&egrave;cles, d&eacute;montre l&agrave; encore l&rsquo;inanit&eacute; des v&eacute;rit&eacute;s philosophiques sur la course du monde&hellip; D&rsquo;o&ugrave; la question fondamentale qui cl&ocirc;t la premi&egrave;re partie de l&rsquo;Ethique, consacr&eacute;e &agrave; la d&eacute;finition de Dieu&nbsp;: comment se fait-il que dans un monde gouvern&eacute; par la logique divine, de la Naturante Naturante &agrave; la Nature Natur&eacute;e, dans une r&eacute;alit&eacute; dont les lois proc&egrave;dent toutes de la prime perfection, comment se peut-il qu&rsquo;il y ait en chaque homme une vision diff&eacute;rente des choses, et une telle propension &agrave; imaginer ce qui n&rsquo;existe pas&nbsp;?&#8230; Spinoza n&rsquo;&eacute;chappe finalement pas, malgr&eacute; tout, &agrave; la fatidique question de l&rsquo;erreur propre &agrave; son si&egrave;cle&hellip; Nous verrons dans la deuxi&egrave;me partie de l&rsquo;Ethique, consacr&eacute;e &agrave; la Nature et &agrave; l&rsquo;origine de l&rsquo;esprit, si oui et comment il parvient &agrave; r&eacute;soudre cette persistante aporie&hellip;<\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; Le Dieu de Spinoza &nbsp; &nbsp; Par&nbsp;Laurent Galley &nbsp; Sur la premi&egrave;re partie de l&#39;Ethique&nbsp;: De Dieu. &nbsp; Introduction biographique Ce que nous savons du grand Spinoza, philosophe incomparable et comme &eacute;tranger &agrave; son si&egrave;cle comme &agrave; tous les autres, nous le devons pour une grande part &agrave; un certain Jean Colerus, ainsi qu&rsquo;au&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":17878,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[154,15,73,1],"tags":[],"class_list":["post-6391","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-amsterdam","category-religion","category-royaume-uni","category-uncategorized"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6391","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=6391"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6391\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/media\/17878"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=6391"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=6391"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=6391"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}