{"id":6505,"date":"2015-04-07T23:16:46","date_gmt":"2015-04-07T23:16:46","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=6505"},"modified":"2015-04-08T04:01:13","modified_gmt":"2015-04-08T04:01:13","slug":"a-cordoue-vivait-en-arabe-pensait-en-grec-priait-en-hebreu","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/a-cordoue-vivait-en-arabe-pensait-en-grec-priait-en-hebreu\/","title":{"rendered":"\u00c0 Cordoue, on vivait en arabe, on pensait en grec, on priait en h\u00e9breu"},"content":{"rendered":"<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t&Agrave; Cordoue, on vivait en arabe, on pensait en grec, on priait en h&eacute;breu<\/p>\n<div>\n\t&nbsp;<\/div>\n<div>\n<div>\n<p>\n\t\t\tPar Jacques Attali<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\tDans le cadre du dossier consacr&eacute; aux successeurs de Ma&iuml;monide et Averro&egrave;s qui figure dans le nouveau num&eacute;ro de l&rsquo;Arche, six personnalit&eacute;s &eacute;voquent ces deux penseurs et leur influence. Voici le t&eacute;moignage de Jacques Attali, auteur de plusieurs livres sur le sujet.<\/p>\n<\/p><\/div>\n<div>\n<h4>\n\t\t\t&nbsp;<\/h4>\n<\/p><\/div>\n<div>\n<p>\n\t\t\tIl est important, lorsqu&rsquo;on parle d&rsquo;Averro&egrave;s, de citer son nom arabe Ibn Rushd. Averro&egrave;s est un nom latin qui lui a &eacute;t&eacute; donn&eacute; au XVe si&egrave;cle par des gens qui ne l&rsquo;aimaient pas. Ce qui rapproche ces deux hommes, c&rsquo;est la concordance des dates. Ils sont n&eacute;s au m&ecirc;me endroit, avec quinze ans d&rsquo;&eacute;cart. Il est possible, et c&rsquo;&eacute;tait d&rsquo;ailleurs le sujet du roman que j&rsquo;ai &eacute;crit &agrave; leur propos, qu&rsquo;ils se soient rencontr&eacute;s, bien que ce soit peu probable. Les deux sont des Espagnols issus de Cordoue. Ils sont partis au Maroc pendant un moment. Fils de juristes et avocats, ils professent le m&eacute;tier, entre autres, de m&eacute;decin. On peut difficilement faire plus proches. &Eacute;videmment, ils sont aussi tous les deux, et c&rsquo;est peut-&ecirc;tre le plus important, des juges et de grands th&eacute;ologiens de leurs univers, musulman pour l&rsquo;un et juif pour l&rsquo;autre, mais surtout fanatiquement proches de la pens&eacute;e d&rsquo;Aristote. Sachant qu&rsquo;Ibn Rushd a quinze ans de plus que Ma&iuml;monide, il est vraisemblable, en regardant leurs textes, qu&rsquo;il a &eacute;t&eacute; influenc&eacute; par son a&icirc;n&eacute;. Pas le contraire.<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\tIbn Rushd est plus audacieux dans ses propos que Ma&iuml;monide. En particulier sur l&rsquo;&eacute;ternit&eacute; de l&rsquo;univers. Par contre, Ma&iuml;monide est plus audacieux qu&rsquo;Ibn Rushd sur un point pr&eacute;cis : le caract&egrave;re totalement abstrait de Dieu.<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\tCe qui les distingue, c&rsquo;est que l&rsquo;un a fini sa vie tr&egrave;s mal, progressivement abandonn&eacute; par les dirigeants du monde musulman, conscients qu&rsquo;il &eacute;tait trop audacieux pour eux. Si Ibn Rushd avait &eacute;t&eacute; suivi, il aurait amen&eacute; l&rsquo;islam dans une toute autre direction. Sa grande th&egrave;se &eacute;tant qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas de contradiction entre la raison et la foi. Une th&egrave;se oubli&eacute;e peu apr&egrave;s lui par l&rsquo;islam&hellip; et par le catholicisme. Ma&iuml;monide est rest&eacute; la r&eacute;f&eacute;rence supr&ecirc;me de son peuple, consid&eacute;r&eacute; comme un grand ma&icirc;tre, rayonnant aupr&egrave;s des juifs, puis en Occident en g&eacute;n&eacute;ral. Tandis qu&rsquo;Ibn Rushd a &eacute;t&eacute; totalement censur&eacute; par l&rsquo;islam qui a suivi, pratiquement jusqu&rsquo;aujourd&rsquo;hui. Ce qui est d&rsquo;autant plus regrettable, Ibn Rushd &eacute;tant un plus grand penseur que Ma&iuml;monide. Aristot&eacute;liciens, les deux hommes ont tent&eacute; de concilier le monoth&eacute;isme et la science telle que le philosophe grec la concevait.<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\tMa&iuml;monide est clairement un penseur organique, tandis qu&rsquo;Ibn Rushd se voulait organique. Mais en raison de ce qui s&rsquo;est pass&eacute;, &agrave; savoir la victoire de l&rsquo;obscurantisme &agrave; ce moment-l&agrave;, il s&rsquo;est r&eacute;v&eacute;l&eacute; un penseur critique. Mais aucun ne se voulait critique, d&eacute;sirant penser &agrave; l&rsquo;int&eacute;rieur de leur foi.<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\tLeurs successeurs sont nombreux. &Agrave; commencer par Thomas d&rsquo;Aquin, Ren&eacute; Descartes et Giordano Bruno. Et puis, bien entendu les Lumi&egrave;res. C&rsquo;est par eux, plus que par Byzance et Florence, que la pens&eacute;e grecque va revenir en Occident. Ils vont donc &ecirc;tre tr&egrave;s importants dans la naissance du monde des Lumi&egrave;res. Ma&iuml;monide a &eacute;t&eacute; beaucoup utilis&eacute; et a nourri la pens&eacute;e juive par ses commentaires, plus qu&rsquo;Ibn Rushd, &eacute;tudi&eacute; depuis peu. En 1149, la victoire des plus orthodoxes &agrave; Cordoue a conduit progressivement &agrave; &eacute;teindre les Lumi&egrave;res de l&rsquo;islam qui &eacute;taient alors bien plus audacieuses que les Lumi&egrave;res de l&rsquo;Occident. Ceux qui aujourd&rsquo;hui encore dans l&rsquo;islam se r&eacute;f&egrave;rent &agrave; Ibn Rushd sont souvent contest&eacute;s. Tous les intellectuels musulmans modernes se r&eacute;f&egrave;rent &agrave; lui comme tous les intellectuels juifs sont conscients de l&rsquo;importance jou&eacute;e par Ma&iuml;monide dans la transmission de la jurisprudence.<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\tL&rsquo;&acirc;ge d&rsquo;or andalou se r&eacute;f&egrave;re &agrave; cette &eacute;poque o&ugrave; on passait d&rsquo;une religion &agrave; l&rsquo;autre, on allait aux f&ecirc;tes des uns et des autres. Comme disait un po&egrave;te juif : &laquo; On vivait en arabe, on pensait en grec et on priait en h&eacute;breu. &raquo; Tout cela constituait une extraordinaire symbiose. Malgr&eacute; tout, ils vivaient sous une dictature th&eacute;ologique. Les juifs, tout comme les chr&eacute;tiens, vivaient comme des dhimmis, des citoyens secondaires. Cet &acirc;ge d&rsquo;or impliquait donc &agrave; la fois de grandes tol&eacute;rances et de grandes fermetures.<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\tPropos recueillis par Steve Krief<\/p>\n<p>\n\t\t\tJacques Attali est &eacute;conomiste et auteur du roman La Confr&eacute;rie des &Eacute;veill&eacute;s, consacr&eacute; aux deux penseurs (Fayard, 2004).<\/p>\n<p>\n\t\t\t<a href=\"http:\/\/larchemag.fr\/2013\/04\/04\/616\/a-cordoue-on-vivait-en-arabe-on-pensait-en-grec-on-priait-en-hebreu\/\">l&#39;Arche<\/a><\/p>\n<\/p><\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; &Agrave; Cordoue, on vivait en arabe, on pensait en grec, on priait en h&eacute;breu &nbsp; Par Jacques Attali &nbsp; Dans le cadre du dossier consacr&eacute; aux successeurs de Ma&iuml;monide et Averro&egrave;s qui figure dans le nouveau num&eacute;ro de l&rsquo;Arche, six personnalit&eacute;s &eacute;voquent ces deux penseurs et leur influence. 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