{"id":6519,"date":"2013-04-11T19:36:29","date_gmt":"2013-04-11T19:36:29","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=6519"},"modified":"2013-04-14T19:45:31","modified_gmt":"2013-04-14T19:45:31","slug":"le-portugal-veut-aussi-offrir-la-citoyennete-aux-enfants-de-juifs-expulses","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/le-portugal-veut-aussi-offrir-la-citoyennete-aux-enfants-de-juifs-expulses\/","title":{"rendered":"Le Portugal veut aussi offrir la citoyennet\u00e9 aux enfants de Juifs expuls\u00e9s"},"content":{"rendered":"<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p><\/p>\n<div>\n<div>\n<p>\n\t\t\tLe Portugal veut aussi offrir la citoyennet&eacute; aux enfants de Juifs expuls&eacute;s<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<\/p><\/div>\n<div>\n<div>\n<p>\n\t\t\t\tLe parlement du Portugal devait voter sur l&rsquo;opportunit&eacute; de faire naturaliser les descendants des Juifs du 16&egrave;me si&egrave;cle qui ont fui le pays &agrave; cause de la pers&eacute;cution religieuse.<\/p>\n<p>\n\t\t\t\tLa motion est pr&ecirc;t &agrave; &ecirc;tre port&eacute; en premi&egrave;re lecture jeudi par le Parti socialiste du Portugal et devait passer, car il b&eacute;n&eacute;ficie de l&rsquo;appui du Parti social-d&eacute;mocrate, selon Jose Oulman Carp, pr&eacute;sident de la communaut&eacute; juive du Portugal. Ensemble, les parties d&eacute;tiennent 80 % des si&egrave;ges.<\/p>\n<p>\n\t\t\t\tCarp appel&eacute; le mouvement &laquo;un d&eacute;veloppement &eacute;norme&raquo; et dit que le texte propose de donner la nationalit&eacute; portugaise aux descendants de l&rsquo;Inquisition portugaise, qui a d&eacute;but&eacute; en 1536 et a abouti &agrave; l&rsquo;expulsion de dizaines de milliers de personnes et &agrave; la conversion forc&eacute;e au christianisme d&rsquo;innombrables autres.<\/p>\n<p>\n\t\t\t\tLe Portugal avait une population juive d&rsquo;environ 400.000, dont de nombreux r&eacute;fugi&eacute;s en provenance de l&rsquo;Espagne voisine, o&ugrave; l&rsquo;Inquisition a commenc&eacute; en 1492. Les l&eacute;gislateurs espagnols dit-on r&eacute;dige une motion similaire.<\/p>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<hr \/>\n<p>\n\t\tL&#39;expulsion des Juifs du Portugal<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\tApres l&#39;expulsion des Juifs d&#39;Espagne, les bannis trouv&egrave;rent, au d&eacute;but, le calme et la s&eacute;curit&eacute; au Portugal. Un grand nombre d&rsquo;entre eux s&rsquo;&eacute;taient d&eacute;cid&eacute;s &agrave; se diriger vers ce pays, voisin de l&rsquo;Espagne, parce qu&rsquo;ils esp&eacute;raient qu&rsquo;apr&egrave;s leur d&eacute;part la population espagnole appr&eacute;cierait mieux lei services qu&rsquo;ils avaient rendus et qu&rsquo;ils pourraient encore rendre &agrave; leur patrie, et que Ferdinand et Isabelle ne tarderaient pas &agrave; les rappeler. Au pis aller, se disaient-ils, ils pourraient toujours s&rsquo;embarquer en Portugal, pour gagner soit l&rsquo;Afrique, soit l&rsquo;Italie. On sait qu&rsquo;Isaac Aboab et d&rsquo;autres d&eacute;l&eacute;gu&eacute;s &eacute;taient all&eacute;s demander au roi Jo&atilde;o II l&rsquo;autorisation pour leurs coreligionnaires de s&rsquo;&eacute;tablir dans ses &Eacute;tats. Tout en &eacute;tant d&rsquo;avis de les recevoir contre de l&rsquo;argent, le souverain consulta quand m&ecirc;me les membres de son Conseil. Les uns, par piti&eacute; pour les Juifs ou par flatterie pour le roi, se montr&egrave;rent favorables aux exil&eacute;s espagnols, mais d&rsquo;autres protest&egrave;rent &eacute;nergiquement contre leur venue en Portugal. Comme le roi comptait sur les sommes que lui verseraient les &eacute;migrants pour pousser avec vigueur la guerre en Afrique, il ne tint nul compte des objections.&nbsp;<\/p>\n<p>\t\tDans leurs pourparlers avec Jo&atilde;o II, les d&eacute;l&eacute;gu&eacute;s des exil&eacute;s espagnols s&rsquo;&eacute;taient d&rsquo;abord propos&eacute; de demander la permission de s&rsquo;&eacute;tablir d&eacute;finitivement en Portugal. Mais les Juifs portugais eux-m&ecirc;mes jug&egrave;rent que si pareille faveur &eacute;tait accord&eacute;e &agrave; leurs coreligionnaires d&rsquo;Espagne, elle aurait tr&egrave;s probablement des cons&eacute;quences funestes. Car il y aurait alors en Portugal trop de Juifs, en proportion du nombre d&rsquo;habitants du pays, et il faudrait craindre que le roi, qui n&rsquo;&eacute;tait pas bon et n&rsquo;aimait pas les Juifs, s&rsquo;avis&acirc;t un jour d&rsquo;expulser de son royaume la population juive tout enti&egrave;re. Dans la r&eacute;union des notables juifs portugais qui d&eacute;lib&eacute;r&egrave;rent sur cette question, un g&eacute;n&eacute;reux vieillard, Joseph, de la famille Ibn Yahya, plaida avec une &eacute;loquence chaleureuse la cause des exil&eacute;s espagnols. Mais la majorit&eacute; &eacute;tait d&rsquo;avis que ces exil&eacute;s mettraient en danger tous les Juifs du royaume en restant d&eacute;finitivement dans le pays. Il ne fut donc question, dans l&rsquo;entrevue des d&eacute;l&eacute;gu&eacute;s espagnols avec le souverain portugais, que d&rsquo;un s&eacute;jour provisoire ; au bout d&rsquo;un certain temps, les proscrits devaient de nouveau quitter le Portugal pour se rendre dans une autre contr&eacute;e.&nbsp;<\/p>\n<p>\t\tOn s&rsquo;arr&ecirc;ta de part et d&rsquo;autre aux stipulations suivantes. Tout juif espagnol, riche ou pauvre, &agrave; l&rsquo;exception des nourrissons, payera, comme droit d&rsquo;entr&eacute;e en Portugal, une capitation de 8 cruzados or (environ 25 francs), en quatre termes, pour un s&eacute;jour de huit mois. Les ouvriers seuls, tels que m&eacute;tallurgistes et armuriers, &eacute;taient autoris&eacute;s &agrave; s&rsquo;&eacute;tablir d&eacute;finitivement dans le pays et ne payaient, dans ce cas, que la moiti&eacute; de la somme impos&eacute;e aux autres r&eacute;fugi&eacute;s. Le roi s&rsquo;engageait, le d&eacute;lai expir&eacute;, &agrave; mettre &agrave; la disposition des proscrits des navires qui les transporteraient, pour un prix mod&eacute;r&eacute;, dans le pays o&ugrave; ils voudraient se rendre. Ceux qui ne pourraient pas prouver qu&rsquo;ils ont acquitt&eacute; la taxe de capitation ou seraient trouv&eacute;s en Portugal, les huit mois &eacute;coul&eacute;s, seraient r&eacute;duits en esclavage.&nbsp;<\/p>\n<p>\t\tCes conditions arr&ecirc;t&eacute;es, un groupe consid&eacute;rable de Juifs espagnols, au nombre d&rsquo;environ 95.000, pass&egrave;rent les fronti&egrave;res portugaises et gagn&egrave;rent les villes que le souverain leur avait d&eacute;sign&eacute;es pour leur s&eacute;jour provisoire. Outre la taxe qu&rsquo;ils versaient au tr&eacute;sor royal, ils avaient encore &agrave; payer un imp&ocirc;t aux bourgeois de ces villes.&nbsp;<\/p>\n<p>\t\tQuoique les Juifs fussent relativement peu nombreux dans le petit pays du Portugal avant l&rsquo;arriv&eacute;e de leurs coreligionnaires d&rsquo;Espagne, plusieurs d&rsquo;entre eux s&rsquo;y distingu&egrave;rent pourtant par leur savoir. Jo&atilde;o II eut &agrave; son service plusieurs m&eacute;decins juifs. D&rsquo;autres Juifs &eacute;taient d&rsquo;habiles math&eacute;maticiens et d&rsquo;excellents astronomes. A cette &eacute;poque, o&ugrave; le Portugal br&ucirc;lait d&rsquo;une sorte de fi&egrave;vre pour aller &agrave; la d&eacute;couverte de nouvelles contr&eacute;es et nouer avec elles des relations commerciales, les math&eacute;matiques et l&rsquo;astronomie, consid&eacute;r&eacute;es jusqu&rsquo;alors presque comme des sciences d&rsquo;amateur, avaient une grande valeur pratique. Pour trouver le chemin des Indes, ce pays de l&rsquo;or et des &eacute;pices dont les Portugais r&ecirc;vaient sans cesse, il fallait, en effet, renoncer au simple cabotage et gagner la haute mer. Mais il n&rsquo;&eacute;tait pas possible de se lancer en plein Oc&eacute;an, &agrave; moins de risquer de s&rsquo;&eacute;garer, si l&rsquo;on n&rsquo;avait pas des points de rep&egrave;re sur l&rsquo;immensit&eacute; des eaux, et si l&rsquo;on ne pouvait pas se rendre compte, par la hauteur du soleil et des &eacute;toiles, de la direction qu&rsquo;on suivait. Les hardis navigateurs qui partaient pour la d&eacute;couverte de nouveaux mondes avaient donc besoin de tables astronomiques. On sait que pr&eacute;cis&eacute;ment l&rsquo;astronomie avait &eacute;t&eacute; cultiv&eacute;e avec succ&egrave;s par quelques Juifs d&rsquo;Espagne, et qu&rsquo;au XIIIe si&egrave;cle un chantre de Tol&egrave;de, Isaac (Zag) ibn Sid, avait &eacute;tabli des tables astronomiques, connues sous le non de Tables alphonsines, et adopt&eacute;es, avec des modifications peu importantes, par les savants comp&eacute;tents de l&rsquo;Allemagne, de la France, de l&rsquo;Angleterre et de l&rsquo;Italie.&nbsp;<\/p>\n<p>\t\tQuand le roi Jo&atilde;o II eut r&eacute;solu de faire partir du Portugal des navires pour aller &agrave; la d&eacute;couverte des Indes par l&rsquo;oc&eacute;an Atlantique, il convoqua une sorte de congr&egrave;s astronomique pour r&eacute;diger des tables pour les navigateurs. A c&ocirc;t&eacute; du c&eacute;l&egrave;bre astronome allemand Martin de Behaim et du m&eacute;decin chr&eacute;tien Rodrigo, si&eacute;geaient &eacute;galement &agrave; ce congr&egrave;s deux Juifs, un certain Moise et Joseph (Jos&eacute;) Vecinho ou de Viseu, m&eacute;decin du roi. Celui-ci utilisa, comme base de ses travaux astronomiques, le calendrier perp&eacute;tuel ou les Tables des sept plan&egrave;tes, ouvrage qu&rsquo;Abraham Zacuto avait compos&eacute; pour un &eacute;v&ecirc;que de Salamanque. Joseph Vecinho perfectionna &eacute;galement, en collaboration avec deux sp&eacute;cialises chr&eacute;tiens, l&rsquo;instrument servant &agrave; mesurer la hauteur des astres (l&rsquo;astrolabe), et si n&eacute;cessaire &agrave; la navigation. Ce fut cet instrument ainsi perfectionn&eacute; qui aida Vasco de Gama &agrave; d&eacute;couvrir la route maritime des Indes par le cap de Bonne-Esp&eacute;rance.&nbsp;<\/p>\n<p>\t\tJo&atilde;o II prit encore &agrave; son service deux autres Juifs, Rabbi Abraham de B&eacute;ja et Joseph &Ccedil;apateiro de Lam&eacute;go, dont il mit &agrave; profit les connaissances g&eacute;ographiques et l&rsquo;esprit d&eacute;li&eacute; pour les envoyer en Asie, o&ugrave; ils devaient transmettre ses communications aux explorateurs qu&rsquo;il avait charg&eacute;s de rechercher le pays fabuleux du pr&ecirc;tre Jean. Mais, au fond, il n&rsquo;avait aucune sympathie pour les Juifs, car dans l&rsquo;ann&eacute;e m&ecirc;me o&ugrave; il envoya Joseph &Ccedil;apateiro et Abraham de B&eacute;ja en Asie, il nomma une commission d&rsquo;inquisition, &agrave; l&rsquo;instigation du pape Innocent VIII, pour arr&ecirc;ter les Marranes relaps venus d&rsquo;Espagne et les condamner au feu ou &agrave; la prison perp&eacute;tuelle. Le sort de ces milliers de Juifs espagnols r&eacute;fugi&eacute;s en Portugal &eacute;tait donc bien incertain, puisqu&rsquo;il d&eacute;pendait de la bonne volont&eacute; d&rsquo;un monarque, qui &eacute;tait plut&ocirc;t, pour eux, un ennemi qu&rsquo;un protecteur.&nbsp;<\/p>\n<p>\t\tMais ces malheureux n&rsquo;avaient pas seulement les hommes contre eux, la nature aussi leur &eacute;tait contraire. D&egrave;s leur arriv&eacute;e en Portugal, la peste &eacute;clata parmi eux et les d&eacute;cima. Comme elle exer&ccedil;a &eacute;galement des ravages parmi les Portugais, ceux-ci accus&egrave;rent les Juifs espagnols de l&rsquo;avoir introduite dans le pays et, par cons&eacute;quent, reproch&egrave;rent au roi d&rsquo;avoir fait accueil &agrave; ces exil&eacute;s. Jo&atilde;o II se vit donc oblig&eacute; d&rsquo;exiger rigoureusement que tous les r&eacute;fugi&eacute;s eussent quitt&eacute; le Portugal dans le d&eacute;lai fix&eacute;.&nbsp;<\/p>\n<p>\t\tConform&eacute;ment aux stipulations, le souverain mit des navires &agrave; leur disposition, &agrave; des prix mod&eacute;r&eacute;s, et recommanda aux capitaines de les traiter avec douceur et de les conduire dans les ports qu&rsquo;eux-m&ecirc;mes leur d&eacute;signeraient. Mais une fois en mer, les capitaines des vaisseaux ne se pr&eacute;occup&egrave;rent plus des ordres du roi, et, soit par haine, soit par cupidit&eacute;, ils r&eacute;clam&egrave;rent des sommes bien sup&eacute;rieures aux prix de transport convenu. En cas de refus, ils promenaient ces malheureux &agrave; travers l&rsquo;Oc&eacute;an jusqu&rsquo;&agrave; ce qu&rsquo;ils eussent &eacute;puis&eacute; leurs provisions et fussent oblig&eacute;s d&rsquo;en acheter aupr&egrave;s des capitaines, qui, naturellement, ne leur en livraient que contre de fortes sommes d&rsquo;argent. Il y en eut qui furent r&eacute;duits &agrave; donner leurs v&ecirc;tements en &eacute;change d&rsquo;un morceau de pain. Des femmes et des jeunes filles furent viol&eacute;es par ces bandits sous les yeux d&eacute; leurs maris et de leurs parents. Plusieurs capitaines jet&egrave;rent les pauvres Juifs sur des c&ocirc;tes d&eacute;sertes ou inhospitali&egrave;res, o&ugrave; ils devinrent la proie de la faim et du d&eacute;sespoir, ou furent emmen&eacute;s comme esclaves par des Maures.&nbsp;<\/p>\n<p>\t\tUn t&eacute;moin oculaire, le cabaliste Juda ben Jacob Hayyat, rapporte les souffrances que lui et ses compagnons eurent &agrave; endurer sur un de ces vaisseaux portugais. Embarqu&eacute; avec sa femme et deux cent cinquante autres proscrits de tout &acirc;ge, ils partirent de Lisbonne en hiver (au commencement de 1493) et err&egrave;rent pendant quatre mois sur les flots, parce que la peste s&eacute;vissait parmi eux et qu&rsquo;aucun port ne voulait les recevoir. Naturellement, les vivres devinrent de plus en plus rares. Par surcro&icirc;t de malheur, le navire fut captur&eacute; par des corsaires de la Biscaye, pill&eacute; et conduit dans le port espagnol de Malaga. L&agrave;, on ne permit aux Juifs ni de descendre &agrave; terre, ai de repartir, ni de se procurer des vivres. Le clerg&eacute; et les autorit&eacute;s esp&eacute;raient que la faim les forcerait &agrave; accepter le bapt&ecirc;me. Et de fait, une centaine d&rsquo;entre eux, &agrave; demi morts d&rsquo;&eacute;puisement, se convertirent. De ceux qui rest&egrave;rent in&eacute;branlables dans leurs croyances, cinquante environ, vieillards, femmes et enfants, p&eacute;rirent de faim, et, parmi eux, la femme de Hayyat. A la fin, &eacute;mus de piti&eacute; devant tant de souffrances, les habitants de Malaga apport&egrave;rent aux Juifs du pain et de l&rsquo;eau.&nbsp;<\/p>\n<p>\t\tLorsque, au bout de deux mois, les survivants furent enfin autoris&eacute;s &agrave; se diriger vers la coite d&rsquo;Afrique, de nouveaux maux les atteignirent. Accompagn&eacute;s partout de la peste, ils ne purent entrer dans aucune ville et durent camper en plein champ. Hayyat fut jet&eacute; par un musulman dans un cachot plein de serpents et de salamandres, et menac&eacute; d&rsquo;&ecirc;tre lapid&eacute; s&rsquo;il ne se convertissait pas &agrave; l&rsquo;islamisme. Rest&eacute; ferme dans ses convictions en d&eacute;pit de toutes les souffrances, il fut enfin rachet&eacute; par les Juifs d&rsquo;une petite ville et conduit &agrave; Fez. L&agrave; r&eacute;gnait une telle famine que, pour un morceau d&rsquo;un mauvais pain, il tournait tous les jours une meule.&nbsp;<\/p>\n<p>\t\tEn apprenant les mauvais traitements inflig&eacute;s par les capitaines de vaisseau aux &eacute;migrants, les autres proscrits qui &eacute;taient encore en Portugal eurent peur de s&rsquo;embarquer. Du reste, beaucoup d&rsquo;entre eux &eacute;taient trop pauvres pour payer le prix de transport. Us remettaient donc leur d&eacute;part de jour en jour, esp&eacute;rant que le roi leur permettrait peut-&ecirc;tre de se fixer dans ses &Eacute;tats. Vaine illusion. Jo&atilde;o II exigea la stricte ex&eacute;cution de la convention. Le d&eacute;lai de huit mois expir&eacute;, les retardataires furent donn&eacute;s ou vendus comme esclaves aux membres de la noblesse (1493).&nbsp;<\/p>\n<p>\t\tCe qu&rsquo;il y eut de particuli&egrave;rement cruel dans la conduite du roi, c&rsquo;est qu&rsquo;il fit arracher aux parents r&eacute;duits ainsi en esclavage les enfants de trois &agrave; dix ans, pour les envoyer dans les contr&eacute;es nouvellement d&eacute;couvertes, &agrave; l&rsquo;&icirc;le de Saint-Thomas, aux &icirc;les Perdues ou &agrave; l&rsquo;&icirc;le des Serpents, et les &eacute;lever dans le christianisme. En vain les m&egrave;res &eacute;plor&eacute;es suppli&egrave;rent le roi de ne pas les s&eacute;parer de leurs enfants. Jo&atilde;o resta insensible &agrave; leurs cris de d&eacute;sespoir. Une m&egrave;re, &agrave; qui on avait pris sept enfants, se jeta aux pieds du roi, &agrave; sa sortie de l&rsquo;&eacute;glise, implorant de lui la faveur de garder au moins le plus jeune. Mais, selon l&rsquo;expression d&rsquo;un chroniqueur, le souverain la laissa g&eacute;mir et se lamenter comme une chienne &agrave; laquelle on a enlev&eacute; ses petits. Aussi, bien des m&egrave;res, pour ne pas se s&eacute;parer de leurs enfants, se jet&egrave;rent-elles avec eux dans les flots. Dans l&rsquo;&icirc;le de Saint-Thomas, o&ugrave; furent envoy&eacute;s ces enfants, pullulaient les serpents venimeux et d&rsquo;autres b&ecirc;tes malfaisantes ; on y rel&eacute;guait &eacute;galement les criminels. La plupart des enfants juifs y succomb&egrave;rent donc bien vite ; beaucoup d&rsquo;entre eux n&rsquo;avaient m&ecirc;me pas pu supporter les fatigues du voyage et &eacute;taient morts en chemin. Peut-&ecirc;tre faut-il attribuer ces actes inhumains du roi &agrave; la douleur qu&rsquo;il ressentait d&rsquo;avoir perdu son unique fils l&eacute;gitime.&nbsp;<\/p>\n<p>\t\tApr&egrave;s la mort de Jo&atilde;o II (fin octobre 1495), Mano&euml;l, son cousin, qui lui succ&eacute;da, sembla vouloir mettre fin aux souffrances des Juifs &eacute;tablis dans son royaume. Inform&eacute; qu&rsquo;une partie des exil&eacute;s espagnols n&rsquo;&eacute;taient rest&eacute;s en Portugal, apr&egrave;s le d&eacute;lai convenu, que forc&eacute;s par les circonstances, il remit en libert&eacute; ceux qui avaient &eacute;t&eacute; r&eacute;duits en esclavage. Il refusa m&ecirc;me l&rsquo;argent que, par reconnaissance, les affranchis lui offrirent. Il est vrai qu&rsquo;en les traitant ainsi avec douceur, il nourrissait l&rsquo;espoir, d&rsquo;apr&egrave;s son biographe, qu&rsquo;ils se d&eacute;cideraient plus facilement &agrave; se convertir. Il d&eacute;fendit &eacute;galement aux pr&eacute;dicateurs de continuer leurs excitations contre les Juifs.&nbsp;<\/p>\n<p>\t\tA sa cour vivait, honor&eacute; et respect&eacute;, le math&eacute;maticien et astronome juif Abraham Zacuto, venu &agrave; Lisbonne du nord de l&rsquo;Espagne ; Mano&euml;l l&rsquo;attacha &agrave; sa personne comme astrologue. Mais Zacuto, tout en ayant des id&eacute;es assez &eacute;troites et en ne sachant pas se pr&eacute;server des superstitions de son temps, ne se contentait pourtant pas de pr&eacute;dire au roi les &eacute;v&eacute;nements futurs d&rsquo;apr&egrave;s l&rsquo;inspection des constellations; il lui rendit d&rsquo;importants services par ses connaissances astronomiques. Outre ses tables, il composa encore un autre ouvrage astronomique, et, au lieu de l&rsquo;instrument en bois dont on se servait jusqu&rsquo;alors pour mesurer les hauteurs .des astres, il en fabriqua un en m&eacute;tal qui fournissait &agrave; la navigation des donn&eacute;es plus pr&eacute;cises.&nbsp;<\/p>\n<p>\t\tMalheureusement, le r&eacute;pit accord&eacute; aux Juifs par Mano&euml;l ne fut que de tr&egrave;s courte dur&eacute;e. D&egrave;s que le jeune souverain fut mont&eacute; sur le tr&ocirc;ne de Portugal, les rois catholiques d&rsquo;Espagne song&egrave;rent &agrave; faire de lui un alli&eacute; en se l&rsquo;attachant par un mariage. Ils lui firent donc proposer pour femme leur plus jeune tille, Jeanne, que sa jalousie excessive et ses mani&egrave;res de folle devaient rendre .plus tard si c&eacute;l&egrave;bre. Mano&euml;l &eacute;tait tout dispos&eacute; &agrave; s&rsquo;apparenter &agrave; la famille royale d&rsquo;Espagne, mais d&eacute;sirait se marier avec une s&oelig;ur plus &acirc;g&eacute;e de Jeanne, Isabelle II, qui avait &eacute;pous&eacute; peu auparavant l&rsquo;infant de Portugal et &eacute;tait devenue veuve peu de temps apr&egrave;s son mariage.&nbsp;<\/p>\n<p>\t\tFermement d&eacute;cid&eacute;e, d&rsquo;abord, &agrave; ne pas se remarier, Isabelle modifia sa r&eacute;solution sur les instances de son confesseur, qui lui fit comprendre de quelle utilit&eacute; serait pour le christianisme son union avec le roi de Portugal. On esp&eacute;rait, en effet, &agrave; la cour d&rsquo;Espagne, qu&rsquo;elle interviendrait aupr&egrave;s de son &eacute;poux pour faire expulser du Portugal les proscrits juifs et musulmans qui s&rsquo;y &eacute;taient r&eacute;fugi&eacute;s. Les souverains d&rsquo;Espagne accord&egrave;rent donc &agrave; Mano&euml;l la main de leur fille Isabelle, &agrave; condition qu&rsquo;il contract&acirc;t une alliance avec l&rsquo;Espagne contre Charles VIII, roi de France, et qu&rsquo;il chass&acirc;t de son pays tous les Juifs sans exception, indig&egrave;nes et immigr&eacute;s.&nbsp;<\/p>\n<p>\t\tMano&euml;l h&eacute;sita d&rsquo;abord &agrave; souscrire &agrave; ces deux conditions, car il entretenait les meilleurs rapports avec la France, et il n&rsquo;ignorait pas quel profit consid&eacute;rable le Portugal tirait des richesses et de l&rsquo;activit&eacute; industrieuse des Juifs. Il soumit donc la question des Juifs &agrave; ses conseillers les plus prudents parmi les grands. Les avis se partag&egrave;rent. Ce fut Isabelle qui triompha des scrupules du roi, dont la probit&eacute; avait recul&eacute; jusqu&rsquo;alors devant l&rsquo;acte cruel et d&eacute;loyal qu&rsquo;on r&eacute;clamait de lui.&nbsp;<\/p>\n<p>\t\tSous l&rsquo;influence du clerg&eacute;, ou peut-&ecirc;tre par haine personnelle contre le juda&iuml;sme, cette princesse en &eacute;tait arriv&eacute;e &agrave; cette conviction que le chagrin qui avait assombri les derniers jours de Jo&atilde;o II lui avait &eacute;t&eacute; inflig&eacute; en punition du bon accueil qu&rsquo;il avait fait aux exil&eacute;s juifs d&rsquo;Espagne, et elle craignait que son union avec Mano&euml;l f&ucirc;t &eacute;galement malheureuse si les Juifs continuaient de demeurer en Portugal. Mano&euml;l ne c&eacute;da pourtant pas tout de suite. Dans son c&oelig;ur se livra un violent combat. Chasser les Juifs, c&rsquo;&eacute;tait trahir les promesses qu&rsquo;il leur avait faites, fouler aux pieds tout sentiment d&rsquo;humanit&eacute; et sacrifier les int&eacute;r&ecirc;ts de l&rsquo;&Eacute;tat ; mais les laisser dans son royaume, c&rsquo;&eacute;tait renoncer &agrave; l&rsquo;infante espagnole et, par cons&eacute;quent, &agrave; l&rsquo;espoir de porter un jour la couronne d&rsquo;Espagne. A la fin, quand sa fianc&eacute;e, qu&rsquo;il &eacute;tait all&eacute; attendre &agrave; la fronti&egrave;re, lui &eacute;crivit une lettre pour lui d&eacute;clarer qu&rsquo;elle n&rsquo;entrerait pas en Portugal tant qu&rsquo;elle risquerait d&rsquo;y rencontrer les maudits Juifs, il se conforma &agrave; son d&eacute;sir.&nbsp;<\/p>\n<p>\t\tLa premi&egrave;re cons&eacute;quence du mariage de Don Mano&euml;l avec l&rsquo;infante Isabelle fut donc le bannissement des Juifs du Portugal. En effet, le contrat de mariage fut sign&eacute; le 30 novembre 1496, et, d&eacute;s le 24 du mois suivant, le roi promulgua une loi ordonnant aux Juifs et aux musulmans, sous peine de mort, de se faire chr&eacute;tiens ou de quitter le Portugal dans un d&eacute;lai donn&eacute;. Pour apaiser en partie ses scrupules, il se montra d&rsquo;abord assez bienveillant pour les malheureux que son &eacute;dit frappait si durement; il leur laissait presque une ann&eacute;e, jusqu&rsquo;en octobre, pour faire leurs pr&eacute;paratifs, et leur d&eacute;signait trois ports (Lisbonne, Oporto et Setubal) o&ugrave; ils pourraient s&rsquo;embarquer librement.&nbsp;<\/p>\n<p>\t\tIl e&ucirc;t peut-&ecirc;tre mieux valu pour les Juifs portugais que le roi n&rsquo;y mit pas, au commencement, tant de m&eacute;nagements, car, tromp&eacute;s par cette douceur, ils se disaient que, gr&acirc;ce aux amis qu&rsquo;ils avaient &agrave; la cour, le roi reviendrait sur sa d&eacute;termination et les laisserait en Portugal. Et comme ils avaient encore devant eus un d&eacute;lai assez long, ils ne h&acirc;t&egrave;rent pas suffisamment leurs pr&eacute;paratifs de d&eacute;part, d&rsquo;autant plus qu&rsquo;ils &eacute;taient autoris&eacute;s &agrave; emporter de l&rsquo;or et de l&rsquo;argent. D&rsquo;ailleurs, l&rsquo;hiver &eacute;tait une saison peu favorable pour s&rsquo;embarquer, et beaucoup trouvaient qu&rsquo;il &eacute;tait pr&eacute;f&eacute;rable d&rsquo;attendre le printemps. Mais, dans l&rsquo;intervalle, les sentiments de Mano&euml;l se modifi&egrave;rent &agrave; leur &eacute;gard. D&rsquo;une part, il &eacute;tait irrit&eacute; qu&rsquo;une tr&egrave;s faible partie des proscrits se f&ucirc;t seulement d&eacute;cid&eacute;e &agrave; se convertir, et, de l&rsquo;autre, il voyait avec d&eacute;plaisir tant de richesses sortir de son royaume avec les Juifs. Il chercha alors le moyen de les garder en Portugal comme chr&eacute;tiens.&nbsp;<\/p>\n<p>\t\tAyant donc r&eacute;uni le Conseil d&rsquo;&Eacute;tat, il lui demanda s&rsquo;il ne serait pas possible de contraindre les Juifs par la violence &agrave; accepter le bapt&ecirc;me. Le clerg&eacute; portugais, il faut le dire &agrave; son honneur, s&rsquo;opposa &eacute;nergiquement &agrave; une mesure aussi inique. L&rsquo;&eacute;v&ecirc;que d&rsquo;Algarve, Fernando Coutinho, invoqua des autorit&eacute;s eccl&eacute;siastiques et des bulles papales pour d&eacute;montrer que l&rsquo;&Eacute;glise d&eacute;fend d&rsquo;obliger les Juifs par la force &agrave; se faire chr&eacute;tiens. Devant ces r&eacute;sistances, Mano&euml;l, qui tenait beaucoup &agrave; emp&ecirc;cher tous ces laborieux Juifs de partir, d&eacute;clara qu&rsquo;il ne se pr&eacute;occupait ni des bulles ni de l&rsquo;avis des pr&eacute;lats, et qu&rsquo;il se dirigerait d&rsquo;apr&egrave;s ses propres inspirations.&nbsp;<\/p>\n<p>\t\tSur le conseil d&rsquo;un apostat juif, L&eacute;vi ben Schem Tob, qui portait probablement le nom chr&eacute;tien d&rsquo;Antonio et avait publi&eacute; un factum haineux contre ses anciens coreligionnaires, Mano&euml;l fit fermer toutes les synagogues et toutes les &eacute;coles et d&eacute;fendit aux Juifs de se r&eacute;unir les jours de sabbat pour faire leurs pri&egrave;res en commun. Comme ces mesures ne produisirent pas le r&eacute;sultat d&eacute;sir&eacute; et que des Juifs courageux, au risque d&rsquo;encourir les plus rigoureux ch&acirc;timents, &eacute;tablirent des oratoires dans leurs demeures, le roi, &agrave; l&rsquo;instigation du m&ecirc;me ren&eacute;gat, ordonna secr&egrave;tement (au commencement d&rsquo;avril 1497) que le dimanche de P&acirc;ques on arrach&acirc;t &agrave; leurs parents tous les enfants juifs &acirc;g&eacute;s de moins de quatorze ans, et qu&rsquo;on les tra&icirc;n&acirc;t de force aux fonts baptismaux.&nbsp;<\/p>\n<p>\t\tMalgr&eacute; toutes les pr&eacute;cautions prises, quelques Juifs furent inform&eacute;s de ce que tramait le roi et prirent leurs mesures pour &eacute;chapper par la fuite &agrave; la fl&eacute;trissure du bapt&ecirc;me. Quand Mano&euml;l apprit ce fait, il prescrivit qu&rsquo;on proc&eacute;d&acirc;t imm&eacute;diatement au bapt&ecirc;me des enfants. Alors se produisirent des sc&egrave;nes d&eacute;chirantes dans toutes les localit&eacute;s habit&eacute;es par des Juifs. Les parents s&rsquo;attachaient d&eacute;sesp&eacute;r&eacute;ment &agrave; leurs enfants, qui, de leur c&ocirc;t&eacute;, se cramponnaient &agrave; eux de toutes leurs forces ; on les s&eacute;parait &agrave; coups de lani&egrave;re. Plut&ocirc;t que de se laisser enlever leurs enfants, bien des parents les &eacute;tranglaient dans leurs derniers embrassements ou les pr&eacute;cipitaient dans des puits ou des fleuves, et se tuaient ensuite. J&rsquo;ai vu de mes propres yeux, raconte l&rsquo;&eacute;v&ecirc;que Coutinho, des enfants tra&icirc;n&eacute;s par les cheveux aux fonts baptismaux, et les p&egrave;res les accompagner, la t&ecirc;te voil&eacute;e de deuil, poussant des cris lamentables et protestant jusqu&rsquo;au pied de l&rsquo;autel contre ce bapt&ecirc;me forc&eacute;. J&rsquo;ai vu bien d&rsquo;autres cruaut&eacute;s encore. Les contemporains gard&egrave;rent surtout un souvenir douloureux de l&rsquo;horrible genre de mort choisi, pour lui et ses enfants, par un Juif cultiv&eacute; et tr&egrave;s consid&eacute;r&eacute;, Isaac ibn Cahin, pour &eacute;chapper aux convertisseurs.&nbsp;<\/p>\n<p>\t\tDes chr&eacute;tiens m&ecirc;me se prirent de compassion pour ces malheureux, et, sans tenir compte du ch&acirc;timent auquel ils s&rsquo;exposaient, cach&egrave;rent des enfants juifs dans leurs maisons pour les sauver momentan&eacute;ment. Mais Mano&euml;l et sa jeune &eacute;pouse rest&egrave;rent sourds aux supplications comme aux g&eacute;missements. Apr&egrave;s le bapt&ecirc;me, les enfants juifs recevaient un nom chr&eacute;tien et &eacute;taient ensuite diss&eacute;min&eacute;s dans diverses villes, o&ugrave; on les &eacute;levait dans la foi chr&eacute;tienne. Sur un ordre secret, ou par exc&egrave;s de z&egrave;le, les &eacute;missaires royaux arr&ecirc;taient m&ecirc;me des jeunes gens de vingt ans pour les baptiser.&nbsp;<\/p>\n<p>\t\tIl est probable que, dans ces tristes circonstances, de nombreux Juifs apostasi&egrave;rent pour ne pas s&rsquo;&eacute;loigner de leurs enfants. Mais le roi, guid&eacute; par l&rsquo;int&eacute;r&ecirc;t bien plus que par la foi, ne se contenta pas de ces conversions, il voulait que, convaincue ou non, toute la population juive de Portugal se fit chr&eacute;tienne et rest&acirc;t dans le pays. Pour entraver leur &eacute;migration, il revint sur l&rsquo;autorisation qu&rsquo;il leur avait donn&eacute;e de s&rsquo;embarquer dans trois ports, et ne leur permit plus de partir que par Lisbonne. Tous les &eacute;migrants durent donc se r&eacute;unir dans cette derni&egrave;re ville ; ils y vinrent au nombre d&rsquo;environ 20.000.&nbsp;<\/p>\n<p>\t\tUne fois rassembl&eacute;s &agrave; Lisbonne, ils se heurt&egrave;rent contre d&rsquo;autres difficult&eacute;s. Le roi, il est vrai, fit mettre des maisons &agrave; leur disposition pour y loger, mais, sur son ordre, ils rencontr&egrave;rent, pour leur embarquement, tant d&rsquo;obstacles que le d&eacute;lai passa et que le mois d&rsquo;octobre arriva sans que la plupart d&rsquo;entre eux eussent pu partir. Devenu ainsi, par les termes m&ecirc;mes de la convention, ma&icirc;tre absolu de leur libert&eacute; et de leur vie, il les fit entasser comme du b&eacute;tail dans un hangar et leur d&eacute;clara qu&rsquo;ils &eacute;taient maintenant ses esclaves et que leur sort d&eacute;pendait de sa seule volont&eacute;. Il leur laissait le choix de se faire chr&eacute;tiens de leur propre gr&eacute;, avec la perspective de recevoir honneurs et richesses, ou de n&rsquo;accepter le bapt&ecirc;me que par la violence. Comme presque tous s&rsquo;obstin&egrave;rent &agrave; rester juifs, il les priva de nourriture pendant trois jours. Mais ni la faim ni la soif ne purent triompher de leur r&eacute;sistance. Pour avoir raison de leur aversion pour le christianisme, Mano&euml;l les fit tra&icirc;ner de force &agrave; l&rsquo;&eacute;glise, &agrave; l&rsquo;aide de corde. ou tout simplement par les cheveux ou la barbe. Mais beaucoup de Juifs pr&eacute;f&eacute;r&egrave;rent la mort au bapt&ecirc;me ; il y en eut qui se tu&egrave;rent dans l&rsquo;&eacute;glise m&ecirc;me. Un p&egrave;re couvrit ses enfants de son talit, les &eacute;gorgea et se tua ensuite.&nbsp;<\/p>\n<p>\t\tLes Maures aussi furent expuls&eacute;s, &agrave; ce moment, du Portugal, mais on les laissa partir tranquillement, sans les maltraiter, non pas par &eacute;gard pour eux, mais parce que Mano&euml;l craignit que l&rsquo;un ou l&rsquo;autre des princes musulmans en Afrique ou en Turquie us&acirc;t de repr&eacute;sailles envers les chr&eacute;tiens de son pays. Mano&euml;l, que quelques historiens ont surnomm&eacute; le Grand, ne se montra si cruel envers les Juifs que parce qu&rsquo;il savait qu&rsquo;ils n&rsquo;avaient pas de d&eacute;fenseur.&nbsp;<\/p>\n<p>\t\tImpos&eacute;e par la contrainte, la conversion au christianisme des Juifs portugais et des r&eacute;fugi&eacute;s espagnols n&rsquo;&eacute;tait pour eux qu&rsquo;une sorte de masque dont on les obligeait &agrave; s&rsquo;affubler, mais qu&rsquo;ils se h&acirc;taient de jeter au loin d&egrave;s que les circonstances le leur permettaient. De ces convertis, plusieurs devinrent plus tard des rabbins consid&eacute;r&eacute;s, notamment L&eacute;vi ben Habib, nomm&eacute; rabbin de J&eacute;rusalem. R&eacute;ussir, &agrave; cette &eacute;poque, &agrave; sauver sa vie sans apostasier, &eacute;tait consid&eacute;r&eacute; par les Juifs comme un vrai miracle, un bienfait tout sp&eacute;cial de la Providence. Isaac ben Joseph Caro, de Tol&egrave;de, qui avait cherch&eacute; un refuge en Portugal et y avait vu p&eacute;rir tous ses enfants, petits et grands, remercia Dieu de l&rsquo;avoir prot&eacute;g&eacute; sur mer et conduit sain et sauf en Turquie. Abraham Zacuto aussi, quoique &eacute;tant ou peut-&ecirc;tre parce qu&rsquo;il &eacute;tait favori, astrologue et chronographe du roi Mano&euml;l, vit pendant quelque temps son existence menac&eacute;e avec celle de son fils Samuel. Apr&egrave;s avoir heureusement r&eacute;sist&eacute; aux plus dures &eacute;preuves, ils parvinrent &agrave; sortir du Portugal, furent faits deux fois prisonniers et arriv&egrave;rent enfin &agrave; Tunis.&nbsp;<\/p>\n<p>\t\tLes Juifs rest&eacute;s en Portugal, qui s&rsquo;&eacute;taient soumis au bapt&ecirc;me pour ne pas se s&eacute;parer de leurs enfants ou pour &eacute;chapper aux tortures, ne se r&eacute;sign&egrave;rent pas non plus &agrave; demeurer chr&eacute;tiens. Comme le si&egrave;ge pontifical &eacute;tait alors occup&eacute; &agrave; Rome par un pape, Alexandre VI, qui, selon un mot tr&egrave;s r&eacute;pandu dans la chr&eacute;tient&eacute;, &eacute;tait capable de vendre les cl&eacute;s du ciel, l&rsquo;autel et le Christ, ils envoy&egrave;rent aupr&egrave;s de lui, avec une forte somme d&rsquo;argent, une d&eacute;l&eacute;gation de sept membres pour lui demander de d&eacute;clarer nul le bapt&ecirc;me qu&rsquo;on leur avait impos&eacute;. Ce pape et le sacr&eacute;-coll&egrave;ge firent aux d&eacute;l&eacute;gu&eacute;s juifs un accueil encourageant ; le cardinal de Sainte Anastasie leur accorda m&ecirc;me sa puissante protection. Mais sur l&rsquo;ordre du couple royal d&rsquo;Espagne, l&rsquo;ambassadeur espagnol Garcilaso mit tout en &oelig;uvre pour faire &eacute;chouer leurs d&eacute;marches. Ils semblent pourtant avoir obtenu un r&eacute;sultat, car le roi Mano&euml;l promulgua (30 mai 1497) un &eacute;dit de tol&eacute;rance pour prot&eacute;ger pendant vingt ans tous les Juifs baptis&eacute;s de force contre toute accusation fond&eacute;e sur la pr&eacute;tendue observance des rites juifs. On voulait leur laisser le temps de se corriger de leurs anciennes habitudes et de s&rsquo;accoutumer aux pratiques chr&eacute;tiennes. Ce d&eacute;lai de vingt ans expir&eacute;, les proc&egrave;s d&rsquo;h&eacute;r&eacute;sie, d&rsquo;apr&egrave;s le nouvel &eacute;dit, seraient jug&eacute;s dans les formes ordinaires, et les biens des condamn&eacute;s ne seraient pas confisqu&eacute;s, comme en Espagne, mais reviendraient &agrave; leurs h&eacute;ritiers. Les m&eacute;decins et les chirurgiens convertis qui ne comprenaient pas le latin &eacute;taient autoris&eacute;s &agrave; &eacute;tudier leur art dans des livres h&eacute;breux. Gr&acirc;ce &agrave; ce d&eacute;cret, les nouveaux chr&eacute;tiens pouvaient observer secr&egrave;tement, en toute s&eacute;curit&eacute;, les pratiques du juda&iuml;sme et s&rsquo;adonner &agrave; l&rsquo;&eacute;tude de la litt&eacute;rature talmudique. Nul chr&eacute;tien portugais n&rsquo;&eacute;tait, en effet, capable, en ce temps, de distinguer, parmi les ouvrages h&eacute;breux, un livre de m&eacute;decine de tout autre livre.&nbsp;<\/p>\n<p>\t\tL&rsquo;&eacute;dit de tol&eacute;rance ne s&rsquo;appliquait qu&rsquo;aux Marranes portugais. Par &eacute;gard pour la cour d&rsquo;Espagne ou plut&ocirc;t pour l&rsquo;infante Isabelle, sa femme, le roi Mano&euml;l ordonna l&rsquo;expulsion de tous les Marranes espagnols. Cette mesure inhumaine lui &eacute;tait, du reste, impos&eacute;e par une clause de son contrat de mariage (ao&ucirc;t 1497), en vertu de laquelle toutes les personnes d&rsquo;origine juive condamn&eacute;es par l&rsquo;Inquisition en Espagne, et qui s&rsquo;&eacute;taient r&eacute;fugi&eacute;es en Portugal, devaient &ecirc;tre chass&eacute;es dans le d&eacute;lai d&rsquo;un mois.&nbsp;<\/p>\n<p>\t\tParmi les milliers de Juifs portugais qui s&rsquo;&eacute;taient r&eacute;sign&eacute;s au sacrifice de leur foi, la plupart n&rsquo;attendaient qu&rsquo;une occasion favorable pour &eacute;migrer dans un pays o&ugrave; ils seraient libres de retourner au juda&iuml;sme. Comme le dit le po&egrave;te Samuel Usque, les eaux du bapt&ecirc;me n&rsquo;avaient modifi&eacute; ni leurs croyances ni leurs sentiments. Il y eut m&ecirc;me quelques Juifs h&eacute;ro&iuml;ques, comme Simon Ma&iuml;mi, probablement le dernier grand rabbin (Arrabi mor) du Portugal, sa femme, ses gendres, et d&rsquo;autres encore, qui s&rsquo;obstin&egrave;rent &agrave; rester ouvertement fid&egrave;les &agrave; leur religion, en d&eacute;pit des horribles tortures qu&rsquo;on leur infligea. Jet&eacute;s dans un cachot, ils furent emmur&eacute;s jusqu&rsquo;au cou et rest&egrave;rent dans cette position pendant trois jours. Comme ils persist&egrave;rent dans leurs croyances, on fit tomber la ma&ccedil;onnerie qui les enveloppait; trois des supplici&eacute;s, et parmi eux Ma&iuml;mi, avaient succomb&eacute;. Quoiqu&rsquo;il f&ucirc;t s&eacute;v&egrave;rement d&eacute;fendu d&rsquo;ensevelir les victimes de ces tortures, que les bourreaux seuls avaient le droit de mettre en terre, deux Marranes risqu&egrave;rent leur vie pour inhumer le pieux Ma&iuml;mi dans le cimeti&egrave;re juif, o&ugrave; un certain nombre de Marranes vinrent en cachette c&eacute;l&eacute;brer en son honneur une c&eacute;r&eacute;monie fun&egrave;bre.&nbsp;<\/p>\n<p>\t\tIsabelle II, reine de Portugal, qui avait &eacute;t&eacute; l&rsquo;instigatrice de toutes les mesures iniques prises contre les Juifs, mourut le 24 ao&ucirc;t 1498 en mettant au monde l&rsquo;h&eacute;ritier du tr&ocirc;ne d&rsquo;Espagne et de Portugal. Ce fut probablement apr&egrave;s la mort de sa femme que Mano&euml;l permit aux rares Juifs rest&eacute;s fermes dans leurs croyances de sortir du pays. Outre Abraham Saba, pr&eacute;dicateur et auteur d&rsquo;ouvrages cabalistiques, dont les deux enfants furent baptis&eacute;s de force et retenus en Portugal, il y avait encore, parmi les &eacute;migrants, comme personnages connus, Schem Tob Lerma et Jacob Lual. Mais les compagnons de d&eacute;tention de Simon Ma&iuml;mi ainsi que ses gendres rest&egrave;rent encore longtemps incarc&eacute;r&eacute;s. Sortis de prison, ils furent envoy&eacute;s &agrave; Arzilla, en Afrique, oblig&eacute;s de travailler les jours de sabbat &agrave; des ouvrages de retranchement, et, &agrave; la fin, subirent le martyre.&nbsp;<\/p>\n<p>\t\tQuatre-vingts ans plus tard, l&rsquo;arri&egrave;re-petit-fils de Mano&euml;l, l&rsquo;aventureux roi S&eacute;bastien, qui conduisit la fleur de la noblesse portugaise en Afrique, &agrave; la conqu&ecirc;te de nouveaux territoires, perdit son arm&eacute;e dans une seule bataille ; tous les nobles furent tu&eacute;s ou r&eacute;duits en captivit&eacute;. Amen&eacute;s sur les march&eacute;s de Fez, les prisonniers, offerts comme esclaves aux descendants des malheureux Juifs si cruellement expuls&eacute;s du Portugal, s&rsquo;estimaient heureux s&rsquo;ils &eacute;taient achet&eacute;s par des Juifs, parce qu&rsquo;ils connaissaient leurs sentiments de bienveillance et leur c&oelig;ur compatissant. Ils savaient qu&rsquo;ils seraient trait&eacute;s par eux avec humanit&eacute;, quoique leurs a&iuml;eux eussent inflig&eacute; autrefois, en Portugal, tant de souffrances aux p&egrave;res de leurs nouveaux ma&icirc;tres.<\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; &nbsp; Le Portugal veut aussi offrir la citoyennet&eacute; aux enfants de Juifs expuls&eacute;s &nbsp; Le parlement du Portugal devait voter sur l&rsquo;opportunit&eacute; de faire naturaliser les descendants des Juifs du 16&egrave;me si&egrave;cle qui ont fui le pays &agrave; cause de la pers&eacute;cution religieuse. 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