{"id":6521,"date":"2016-07-07T00:02:47","date_gmt":"2016-07-07T00:02:47","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=6521"},"modified":"2016-07-07T05:04:56","modified_gmt":"2016-07-07T05:04:56","slug":"il-etait-une-fois-landalousie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/il-etait-une-fois-landalousie\/","title":{"rendered":"Il \u00e9tait une fois l\u2019Andalousie"},"content":{"rendered":"<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tIl &eacute;tait une fois l&rsquo;Andalousie<\/p>\n<div>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tIl &eacute;tait une fois l&rsquo;Andalousie<\/p>\n<div>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\tC&ocirc;t&eacute; jardin, l&rsquo;Andalousie a &eacute;t&eacute; la terre du savoir-vivre, de l&rsquo;&eacute;l&eacute;gance et du rayonnement culturel et politique musulman. C&ocirc;t&eacute; cour, la p&eacute;ninsule a &eacute;t&eacute;, huit si&egrave;cles durant, le th&eacute;&acirc;tre de luttes acharn&eacute;es pour le pouvoir. Que reste-t-il de cette histoire ? Quel r&ocirc;le ont jou&eacute; les rois marocains dans la conqu&ecirc;te puis la chute d&rsquo;Al-Andalus ?<\/p>\n<p>\n\t\tQue reste-t-il de l&rsquo;Andalousie ? Comment expliquer la fascination qu&rsquo;exerce (encore aujourd&rsquo;hui) cette partie du monde sur plusieurs millions d&rsquo;Arabes et de musulmans, partout dans le monde ? &ldquo;Dans l&rsquo;imaginaire collectif, l&rsquo;Andalousie repr&eacute;sente l&rsquo;une des derni&egrave;res fiert&eacute;s arabo-musulmanes. Ce mot renvoie &agrave; une &eacute;poque, aujourd&rsquo;hui &eacute;voqu&eacute;e avec nostalgie et qui &eacute;tait synonyme de grandeur, de puissance, d&rsquo;opulence et de rayonnement politique et culturel musulman&rdquo;, analyse l&rsquo;historien libanais Ibrahim Baydoun dans son ouvrage L&rsquo;Etat arabo-musulman en Andalousie. Ce n&rsquo;est pas un hasard d&rsquo;ailleurs, si depuis septembre 2001, l&rsquo;Andalousie est fr&eacute;quemment cit&eacute;e dans les messages de plusieurs groupes terroristes dont Al Qa&iuml;da, qui surfe sur les gloires d&rsquo;antan et qui tente, &agrave; sa mani&egrave;re, de les ressusciter.<\/p>\n<p>\n\t\tAu Maroc, l&rsquo;attachement &agrave; cette terre voisine est encore plus fort, plus complexe. Depuis juillet 2011, la culture andalouse est cit&eacute;e, dans la Constitution, comme un affluent de l&rsquo;identit&eacute; marocaine plurielle aux c&ocirc;t&eacute;s des af&shy;fluents africain, h&eacute;bra&iuml;que et m&eacute;diterran&eacute;en. Dans la vie de tous les jours, la pr&eacute;sence de cette culture est &eacute;galement tr&egrave;s visible &agrave; travers la musique, la cuisine ou l&rsquo;architecture. Mieux, plusieurs grandes familles marocaines (des leaders politiques ou des capitaines d&rsquo;industrie) se revendiquent encore de cette descendance andalouse. Et cela est plut&ocirc;t normal. Du fait de sa position g&eacute;ographique, le Maroc a naturellement accueilli plusieurs familles andalouses ayant fui la pers&eacute;cution des Rois catholiques &agrave; partir de 1492. Car au-del&agrave; du faste et du rayonnement d&rsquo;antan, l&rsquo;Andalousie c&rsquo;est &eacute;galement l&rsquo;histoire d&rsquo;une plaie rest&eacute;e ouverte. Une humiliation subie par des dizaines de milliers de Morisques chass&eacute;s sans m&eacute;nagement de leur terre, et qui a inspir&eacute; de grands po&egrave;tes de l&rsquo;&eacute;poque ainsi que des contemporains comme Mahmoud Darwich. L&rsquo;Andalousie, c&rsquo;est en fait l&rsquo;histoire d&rsquo;une parenth&egrave;se ouverte par un conqu&eacute;rant amazigh, Tarik Ibn Ziad en 711 et qui se referme, huit si&egrave;cles plus tard, par la chute de Grenade le 2 janvier 1492. Flashback.<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t<strong>Tarik Ibn Ziad, ce conqu&eacute;rant !<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\tNous sommes en l&rsquo;an 681. L&rsquo;islam, r&eacute;v&eacute;l&eacute; pr&egrave;s d&rsquo;un si&egrave;cle plus t&ocirc;t au proph&egrave;te Mohammed, frappe aux portes du Maroc sous la conduite des Omeyyades. Les habitants d&rsquo;Al Maghrib, berb&egrave;res dans leur majorit&eacute;, se convertissent au fur et &agrave; mesure &agrave; cette nouvelle religion. A l&rsquo;&eacute;poque, le Maroc est alors consid&eacute;r&eacute; comme le bout du monde puisque l&rsquo;Am&eacute;rique n&rsquo;a pas encore &eacute;t&eacute; d&eacute;couverte. Naturellement donc, les dynasties qui finissent par asseoir leur autorit&eacute; sur le royaume regardent vers le Nord. Les conqu&eacute;rants musulmans lorgnent la p&eacute;ninsule qui pointe &agrave; quelques kilom&egrave;tres seulement au large de la ville de Tanger. Le territoire voisin est contr&ocirc;l&eacute; par les Wisigoths, des migrants allemands ayant surv&eacute;cu &agrave; la chute de l&rsquo;empire romain. L&rsquo;Andalousie semble &ecirc;tre une proie facile. Les Wisigoths ne font pas l&rsquo;unanimit&eacute; aupr&egrave;s de la population, qui croule sous le poids des imp&ocirc;ts impos&eacute;s par une oligarchie r&eacute;gnante. La conqu&ecirc;te est confi&eacute;e &agrave; un certain Tarik Ibn Ziad, wali des Omeyyades &agrave; Tanger. L&rsquo;homme est connu pour &ecirc;tre un vaillant guerrier amazigh, doubl&eacute; d&rsquo;un redoutable strat&egrave;ge. Il sait qu&rsquo;il tient la chance de sa vie et commence par envoyer, d&egrave;s 710, un &eacute;claireur arabe du nom de Tarif Ibn Malik Maafiri (qui donnera son nom &agrave; la ville de Tarifa) pour &eacute;tudier le terrain et f&eacute;d&eacute;rer, autour des arm&eacute;es musulmanes, les ennemis du roi wisigoth. La mission est un succ&egrave;s. En avril 711, Tarik Ibn Ziad lance l&rsquo;assaut final depuis la ville de Sebta. Il est soutenu par le gouverneur wisigoth local, Don Julian, rest&eacute; &agrave; ce jour symbole de trahison et de compromission dans la culture espagnole. C&rsquo;est d&rsquo;ailleurs lui qui recommande &agrave; Tarik Ibn Zyad de d&eacute;barquer ses troupes au niveau d&rsquo;un rocher, Gibraltar, qui portera son nom pour l&rsquo;&eacute;ternit&eacute;. Et c&rsquo;est justement sur ce rocher que le vaillant combattant amazigh aurait prononc&eacute; son fameux discours enjoignant ses troupes &agrave; affronter sans peur l&rsquo;ennemi d&rsquo;en face, et de ne pas battre en retraite. Tarik aurait m&ecirc;me br&ucirc;l&eacute; les bateaux de son arm&eacute;e pour obliger ses 12 000 soldats &agrave; se battre jusqu&rsquo;au bout. Mythe ou r&eacute;alit&eacute; ? Difficile de trancher. Plusieurs historiens restent sceptiques. &ldquo;Un discours a certes &eacute;t&eacute; prononc&eacute;, mais a-t-il &eacute;t&eacute; aussi &eacute;loquent ? Peut-&ecirc;tre pas vu que Tarik Ibn Ziad a appris la langue arabe sur le tas. Des historiens arabes ont certainement d&ucirc; retoucher le texte et le magnifier afin de perp&eacute;tuer le mythe&rdquo;, analyse le sp&eacute;cialiste de l&rsquo;histoire de l&rsquo;islam, Abdelhalim Aouiss,&nbsp; dans&nbsp; l&rsquo;un de ses ouvrages, d&eacute;di&eacute; &agrave; l&rsquo;Andalousie.&nbsp; Et cela a bien march&eacute;. Aujourd&rsquo;hui encore, le discours du conqu&eacute;rant amazigh est enseign&eacute; dans les &eacute;coles comme un acte fondateur de la conqu&ecirc;te arabo-musulmane de l&rsquo;Andalousie. Cette derni&egrave;re s&rsquo;est d&rsquo;ailleurs faite presque sans r&eacute;sistance, permettant aux arm&eacute;es musulmanes d&rsquo;atteindre Tol&egrave;de, capitale des Wisigoths, quelques mois seulement apr&egrave;s le d&eacute;barquement au rocher de Gibraltar. Tarik Ibn Ziad est alors en contact permanent avec Moussa Ibn Noussa&iuml;r, gouverneur ommeyyade d&rsquo;Ifriquia (actuelle Tunisie), et qui dirige une sorte de conseil de guerre qui suit de pr&egrave;s la mission andalouse. A partir de 711, les musulmans encha&icirc;nent les victoires sur la p&eacute;ninsule. Mais leur progression est stopp&eacute;e net au sud de la France (dans les environs de Poitiers) en 732 apr&egrave;s une rude bataille qui aurait dur&eacute; 10 jours. Cette d&eacute;faite oblige les conqu&eacute;rants omeyyades &agrave; changer de strat&eacute;gie. A pr&eacute;sent, ils entendent p&eacute;renniser leur pr&eacute;sence en Andalousie et d&rsquo;y jeter les bases d&rsquo;un Etat prosp&egrave;re, notamment en nommant un gouverneur omeyade, proche de Moussa Ibn Noussa&iuml;r. Et Tarik Ibn Ziad dans tout cela ? Il aurait fini ses jours &agrave; Damas, dans une extr&ecirc;me pauvret&eacute;. Triste destin !<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t<strong>L&rsquo;&acirc;ge d&rsquo;or<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\tLes premi&egrave;res ann&eacute;es de la pr&eacute;sence arabe en Andalousie se d&eacute;roulent sans heurts. Arabes, amazighs, juifs et chr&eacute;tiens cohabitent paisiblement. Les non-musulmans sont autoris&eacute;s &agrave; exercer leur culte contre le paiement d&rsquo;un imp&ocirc;t. Mais voil&agrave;, le camp des vainqueurs se fissure. La r&eacute;bellion ne vient pas des minorit&eacute;s juive et chr&eacute;tienne, mais de l&rsquo;int&eacute;rieur m&ecirc;me de l&rsquo;arm&eacute;e conqu&eacute;rante. Les Amazighs, qui se sentent comme des citoyens de seconde zone, se rebellent contre l&rsquo;aristocratie arabe. C&rsquo;est le d&eacute;but d&rsquo;une guerre fratricide particuli&egrave;rement sanglante&hellip;<\/p>\n<p>\n\t\tA des milliers de kilom&egrave;tres de l&agrave;, la dynastie des omeyyades tombe en 750. Elle est remplac&eacute;e par celle des Abbassides, qui d&eacute;placent le centre du pouvoir de Damas &agrave; Bagdad. Ils m&egrave;nent au passage une v&eacute;ritable guerre d&rsquo;extermination contre les dignitaires omeyyades. Un seul d&rsquo;entre eux arrive cependant &agrave; &eacute;chapper au massacre et se r&eacute;fugie au Maroc : le prince Abderrahmane. La l&eacute;gende raconte qu&rsquo;il aurait travers&eacute; toute l&rsquo;Afrique du Nord &agrave; pied, accompagn&eacute; par l&rsquo;un de ses fid&egrave;les serviteurs, appel&eacute; Badr. Tout comme ses a&iuml;euls, Abderrahmane n&rsquo;a qu&rsquo;une obsession : r&eacute;unifier l&rsquo;Andalousie et mettre un terme aux guerres qui mettent &agrave; feu et &agrave; sang le territoire fraichement conquis. Fils d&rsquo;une Berb&egrave;re et d&rsquo;un Arabe, il a des atouts pour apaiser les tensions qui d&eacute;chirent l&rsquo;Andalousie. Le jeune prince r&eacute;ussit &agrave; f&eacute;d&eacute;rer plusieurs tribus et traverse le d&eacute;troit en 755, quatre d&eacute;cennies apr&egrave;s Tarik Ibn Ziad. Il jette les bases d&rsquo;une nouvelle dynastie et choisit Cordoue comme capitale. Il y fait construire une grande mosqu&eacute;e, directement inspir&eacute;e dans grandes b&acirc;tisses de Damas. M&ecirc;me s&rsquo;il d&eacute;c&egrave;de &agrave; l&rsquo;&acirc;ge de 54 ans, Abderrahmane permet &agrave; ses descendants de r&eacute;gner en toute qui&eacute;tude. Et c&rsquo;est justement cette stabilit&eacute; qui permet &agrave; l&rsquo;Andalousie de vivre son &acirc;ge d&rsquo;or. A partir des ann&eacute;es 800, Cordoue devient en effet un centre commercial et culturel mondial. Juifs, chr&eacute;tiens et musulmans y vivent en paix. La ville attire m&ecirc;me d&rsquo;&eacute;minents intellectuels orientaux &agrave; l&rsquo;image de Ziriab, musicien virtuose arriv&eacute; de Bagdad en 822. C&rsquo;est par exemple lui qui introduit le Oud sur la p&eacute;ninsule et qui y cr&eacute;e le premier conservatoire de musique. L&rsquo;Andalousie devient une terre cosmopolite d&rsquo;art et de culture qui concurrence les grandes cit&eacute;s d&rsquo;Orient. Damas et Bagdad n&rsquo;ont d&rsquo;ailleurs plus le monopole de l&rsquo;&eacute;l&eacute;gance et du raffinement. Gastronomie, po&eacute;sie, musique, litt&eacute;rature, sciences&hellip; les Andalous s&rsquo;affranchissent progressivement de l&rsquo;autorit&eacute; des Abbassides et cr&eacute;ent leur propre savoir-vivre. En 929, Abderrahmane III, descendant de Abderrahmane 1er, devient m&ecirc;me calife et Commandeur des croyants. Un titre dont les Omeyyades ont &eacute;t&eacute; priv&eacute;s depuis la chute de Damas en 750. Aberrahmane III, dit Annasser, envoie ses &eacute;missaires dans le monde entier vanter les m&eacute;rites de la p&eacute;ninsule. Les rues &eacute;clair&eacute;es (grand signe de modernit&eacute;), les biblioth&egrave;ques, les encyclop&eacute;dies m&eacute;dicinales &hellip; tout cela fait la fiert&eacute; de Cordoue et de l&rsquo;Andalousie enti&egrave;re. Le d&eacute;veloppement de l&rsquo;agriculture est acc&eacute;l&eacute;r&eacute; par l&rsquo;essor de l&rsquo;irrigation par roue hydraulique. Les jardins du calife n&rsquo;ont alors rien &agrave; envier &agrave; ceux d&rsquo;Orient ou des grands pays d&rsquo;Europe. Abderrahmane III dote &eacute;galement l&rsquo;Andalousie d&rsquo;une flotte impressionnante qui lui a permis de r&eacute;gner sans partage pendant plus de 50 ans. Il a &eacute;galement entam&eacute; la construction d&rsquo;une ville, dite Medina Zahara, cens&eacute;e devenir la nouvelle capitale de l&rsquo;Andalousie et qui a englouti des sommes astronomiques. Sur le chantier, 10 000 ouvriers travaillaient d&rsquo;arrache-pied. Mais le calife d&eacute;c&egrave;de sans jamais voir sa cit&eacute;. Ses descendants auront du mal &agrave; terminer son &oelig;uvre.<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t<strong>Ibn Tachfine, le sauveur !<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\tAl Mountassir Billah est d&eacute;crit dans les livres d&rsquo;histoire comme un calife plus port&eacute; sur la culture que la politique. Grand lecteur, il se passionnait pour la po&eacute;sie ou l&rsquo;astronomie mais n&rsquo;accordait guerre d&rsquo;importance aux affaires de l&rsquo;Etat. Lorsqu&rsquo;il d&eacute;c&egrave;de en 976, le prince h&eacute;ritier n&rsquo;est encore qu&rsquo;un enfant. Un conseil de r&eacute;gence est alors mis en place. Il est dirig&eacute; d&rsquo;une main de fer par l&rsquo;ancien chambellan du Palais (Ibn Abi Amer), qui finit par transmettre le califat &agrave; ses propres enfants. L&rsquo;Andalousie entre alors dans une &egrave;re de luttes pour le pouvoir qui se solde par l&rsquo;apparition des Taifas. Des &eacute;mirats ind&eacute;pendants dirig&eacute;s par des princes un peu partout en Andalousie, ce qui a consid&eacute;rablement affaibli le pouvoir central sur la p&eacute;ninsule, aiguisant l&rsquo;app&eacute;tit des Rois catholiques. R&eacute;fugi&eacute;s au nord, ils r&ecirc;vent toujours de r&eacute;cup&eacute;rer le territoire conquis par les musulmans.<\/p>\n<p>\n\t\tAu sud du d&eacute;troit, les Almoravides, men&eacute;s par Youssef Ibn Tachfine, prennent le pouvoir au Maroc. Ce dernier est appel&eacute; au secours par Al Mo&acirc;tamid Ibn Abbad, prince de la Taifa de S&eacute;ville, encercl&eacute;e par les troupes du roi Alphonse VI. Ibn Abbad n&rsquo;est pas dupe. Il sait que Youssef Ibn Tachfine risque de le d&eacute;poss&eacute;der du pouvoir. Il n&rsquo;en a cure. &ldquo;Je pr&eacute;f&egrave;re garder les chameaux en plein d&eacute;sert que donner &agrave; manger aux sangliers&rdquo;, aurait-il confi&eacute; &agrave; ses proches. En arrivant &agrave; S&eacute;ville, Ibn Tachfine est scandalis&eacute; par l&rsquo;opulence dans laquelle vit le roi andalou. Les m&oelig;urs des habitants l&rsquo;horripilent, tout comme la mixit&eacute; entre juifs et musulmans. Deux conceptions de l&rsquo;islam s&rsquo;entrechoquent. L&rsquo;un est andalou, ouvert, tol&eacute;rant et impr&eacute;gn&eacute; par les cultures europ&eacute;ennes et orientales. L&rsquo;autre est n&eacute; dans le d&eacute;sert. Il est donc plus strict et plus aust&egrave;re. Youssef Ibn Tachfine bat le roi Alphonse VI lors de la bataille d&rsquo;Azzalaqa en 1086 et retarde ainsi la chute de l&rsquo;Andalousie pour au moins cinq si&egrave;cles. Il rentre au Maroc mais les rois des Taifas se livrent de nouvelles batailles et complotent contre le roi almoravide. Ibn Tachfine traverse le d&eacute;troit une nouvelle fois et destitue Al Mo&acirc;tamid Ibn Abbad qu&rsquo;il fait prisonnier &agrave; Ghmat, dans la r&eacute;gion du Marrakech, o&ugrave; il d&eacute;c&egrave;de cinq ans plus tard. Une bonne partie de l&rsquo;Andalousie est alors annex&eacute;e par les Almoravides qui chamboulent le mode de vie des habitants. Les livres controvers&eacute;s sont br&ucirc;l&eacute;s afin de purifier la religion. &ldquo;A leurs yeux, le royaume islamique en Andalousie est tomb&eacute; &agrave; cause de cette &eacute;trange et malsaine ouverture sur l&rsquo;Occident&rdquo;, explique un sp&eacute;cialiste. Malgr&eacute; cela, les Almoravides assistent, presque impuissants, au retour en force des royaumes chr&eacute;tiens, plus mena&ccedil;ants que jamais.<\/p>\n<p>\n\t\tEn 1147, les Almohades succ&egrave;dent aux Almoravides. Plus orthodoxes, ils pr&ecirc;chent un islam encore plus rigoureux. L&rsquo;Andalousie fait naturellement partie de leur butin de guerre. Ils y m&egrave;nent plusieurs campagnes contre les Rois catholiques et r&eacute;ussissent &agrave; asseoir leur autorit&eacute; sur de grandes villes. Mais leur victoire sera de courte dur&eacute;e. Apr&egrave;s le d&eacute;c&egrave;s de Ya&acirc;coub El Mansour, auteur de la derni&egrave;re grande victoire musulmane en 1195, les villes andalouses tombent les unes apr&egrave;s les autres entre les mains des arm&eacute;es chr&eacute;tiennes dans le cadre d&rsquo;une reconqu&ecirc;te cathollique dite &ldquo;Reconquista&rdquo;. Une seule ville r&eacute;siste pendant pr&egrave;s de deux si&egrave;cles : Grenade.<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t<strong>Le dernier bastion<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\tNich&eacute;e au c&oelig;ur des montagnes de la Sierra Nevada, Grenade est alors une petite ville, sans grande importance. Elle n&rsquo;a pas v&eacute;ritablement connu d&rsquo;&acirc;ge d&rsquo;or mais elle repr&eacute;sente le dernier bastion de la pr&eacute;sence arabo-musulmane en Andalousie, ce qui explique la grande sympathie (et la nostalgie) qu&rsquo;elle suscite chez des millions d&rsquo;Arabes partout dans le monde. Grenade a m&ecirc;me eu son petit Etat fond&eacute; par Mohamed Ibn Al Ahmar qui a donn&eacute; son nom au palais de la ville : Alhambra ou Palais Al Hamra en arabe. Grenade a &eacute;galement pu compter sur le soutien militaire des M&eacute;rinides au Maroc, et dont les sultans n&rsquo;h&eacute;sitaient pas, tout comme Youssef Ibn Tachfine, &agrave; traverser le d&eacute;troit pour d&eacute;fendre le dernier carr&eacute; musulman d&rsquo;une Andalousie d&eacute;sormais chr&eacute;tienne.<\/p>\n<p>\n\t\tGrenade a ainsi v&eacute;cu, fi&egrave;re et libre, jusqu&rsquo;en 1479. Les royaumes de Castille et d&rsquo;Aragon fusionnent &agrave; l&rsquo;occasion du mariage du roi Ferdinand 1er et de la reine Isabelle la Catholique. Les deux rois catholiques organisent le si&egrave;ge de Grenade dont les habitants sont oblig&eacute;s, selon des chroniqueurs, de manger les chats et les chiens. Le roi du petit &eacute;mirat musulman (Abou Abdallah Assaghir) capitule en novembre 1491 et signe un accord de reddition de la ville. La cit&eacute; passe officiellement sous contr&ocirc;le des Rois catholiques le 2 janvier 1492. Les Banou Al Ahmar &eacute;migrent alors &agrave; F&egrave;s o&ugrave; ils se fondent parmi la population locale.<\/p>\n<p>\n\t\tA Grenade, le pacte pass&eacute; avec les Rois catholiques pr&eacute;voyait de permettre aux habitants musulmans de la ville de conserver leur religion. Mais tr&egrave;s vite, livres, exemplaires de coran, manuscrits et meubles arabes sont br&ucirc;l&eacute;s sur les places publiques. La reine Elizabeth r&ecirc;ve m&ecirc;me de convertir le Maroc au christianisme ! Mais un &eacute;v&eacute;nement changera d&eacute;finitivement les visions strat&eacute;giques de l&rsquo;Espagne : la d&eacute;couverte de l&rsquo;Am&eacute;rique. En 1492, Christophe Colomb aurait en effet assist&eacute; &agrave; la messe donn&eacute;e &agrave; l&rsquo;Alambra &agrave; l&rsquo;occasion de la victoire catholique sur les rois musulmans. Et c&rsquo;est bien la reine Isabelle qui lui fournira les moyens n&eacute;cessaires pour aller &agrave; la conqu&ecirc;te du nouveau monde.<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t<strong>La plaie morisque<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\tMais &agrave; Grenade, les musulmans (appel&eacute;s les Morisques, apr&egrave;s avoir &eacute;t&eacute; forc&eacute; &agrave; se convertir au christianisme) souffrent le martyre. Ils sont victimes de discrimination, leurs biens sont spoli&eacute;s&hellip; Tout est fait pour les convertir au christianisme. Plusieurs tribus embrassent la religion voulue par l&rsquo;Eglise, changent leurs noms et leurs rites pour avoir la paix. Mais le processus est long. L&rsquo;islam est d&eacute;cid&eacute;ment difficile &agrave; d&eacute;raciner. En 1526, l&rsquo;Eglise passe &agrave; la vitesse sup&eacute;rieure. La langue arabe est bannie &agrave; Grenade, tout comme les habits et les ornements musulmans. La circoncision est interdite, tout comme le sacrifice de b&eacute;tail selon le rituel musulman. Des tribunaux d&rsquo;inquisition sont mis en place pour traquer les contrevenants. R&eacute;guli&egrave;rement, les habitants musulmans se rebellent mais leur mouvement de contestation est, &agrave; chaque fois, sauvagement r&eacute;prim&eacute;. Le 9 avril 1609, le roi Philippe III signe une d&eacute;cret obligeant les derniers Morisques d&rsquo;Espagne &agrave; quitter l&rsquo;Andalousie. En tout, on estime &agrave; 300 000 personnes le nombre de musulmans d&eacute;port&eacute;s d&rsquo;Andalousie. Beaucoup se sont retrouv&eacute;s au Maroc, mais aussi en Alg&eacute;rie, en Tunisie, voire en France.<\/p>\n<p>\n\t\tAujourd&rsquo;hui, cette p&eacute;riode reste l&rsquo;une des pages les plus sombres dans l&rsquo;histoire espagnole. A cause du poids de l&rsquo;Eglise dans la vie sociale espagnole, le pays a eu beaucoup de mal &agrave; reconna&icirc;tre sa responsabilit&eacute; dans les horreurs perp&eacute;tr&eacute;es contre les Morisques apr&egrave;s la chute de Grenade. En 1992, le roi Juan Carlos a pourtant cass&eacute; l&rsquo;omerta en pr&eacute;sentant des excuses officielles aux juifs d&rsquo;origine maure. Un premier pas suivi, d&egrave;s 2012, par une d&eacute;cision gouvernementale accordant la nationalit&eacute; espagnole &agrave; tout citoyen juif qui prouve ses origines morisques. &ldquo;Pour les musulmans, c&rsquo;est plus difficile, explique ce sp&eacute;cialiste. D&rsquo;abord, parce qu&rsquo;ils ne disposent pas de lobbys assez forts et parce que le Maroc, qui a accueilli le plus grand nombre de migrants, consid&egrave;re d&eacute;sormais ces derniers comme des sujets de Sa Majest&eacute; au m&ecirc;me titre que tous les autres&rdquo;. La page est-elle ainsi d&eacute;finitivement tourn&eacute;e ?<\/p>\n<p>\n\t\t(*) Journaliste et chercheur en relations marocco-espagnoles.<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<table border=\"1\" cellpadding=\"1\" cellspacing=\"1\">\n<tbody>\n<tr>\n<td>\n<p>\n\t\t\t\t\t\t<strong>Descendance.\u2008Familles andalouses<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\t\t\t\t\tLes membres de plusieurs grandes familles marocaines sont des descendants directs des Morisques espagnols. A F&egrave;s, citons par exemple les familles Bensouda, Fassi Fihri, Benhayoun, Benchaqroun et Al Ahmar. A T&eacute;touan, des familles portant des noms &agrave; la r&eacute;sonance espagnole comme Torres, Randi, Kachtilou, Moulina ne laissent aucun doute quant &agrave; leurs origines. D&rsquo;autres familles, avec des racines arabes mais longtemps install&eacute;es en Andalousie, ont &eacute;galement &eacute;migr&eacute; au Maroc, comme les Bendourou, Belkahia ou Bargach que les Espagnols prononcent Bargas. L&rsquo;h&eacute;ritage andalou a &eacute;galement &eacute;t&eacute; perp&eacute;tu&eacute; &agrave; Sal&eacute; &agrave; travers de grandes familles comme les Hassar, Zniber et Fennich.<\/p>\n<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<table border=\"1\" cellpadding=\"1\" cellspacing=\"1\">\n<tbody>\n<tr>\n<td>\n<p>\n\t\t\t\t\t\t<strong>Extr&eacute;misme.\u2008La parenth&egrave;se d&eacute;senchant&eacute;e<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\t\t\t\t\tL&rsquo;arriv&eacute;e des Almoravides puis des Almohades en Andalousie a totalement chamboul&eacute; le quotidien des habitants de la p&eacute;ninsule. Porteurs d&rsquo;une conception rigide de l&rsquo;islam, ils sont d&rsquo;abord scandalis&eacute;s par ces musulmans europ&eacute;ens qui boivent de l&rsquo;alcool, qui &eacute;coutent de la musique et qui fr&eacute;quentent juifs et chr&eacute;tiens. En s&rsquo;emparant de S&eacute;ville (qu&rsquo;ils sont venus d&eacute;fendre contre les Rois catholiques), les Almoravides br&ucirc;lent des biblioth&egrave;ques enti&egrave;res, rec&eacute;lant parfois des manuscrits rarissimes et des ouvrages de r&eacute;f&eacute;rence, inexistants en Europe ou en Orient. Tout ce qui n&rsquo;est pas bas&eacute; sur le Coran et qui ne respecte pas &agrave; la lettre l&rsquo;esprit de la religion est imm&eacute;diatement d&eacute;truit. Plus orthodoxes, les Almohades arrivent en 1148. Eux vont encore plus loin. ls r&ecirc;vent de r&eacute;unifier toutes les Taifas en un seul Etat islamique, fond&eacute; sur le livre sacr&eacute; et la morale. La soci&eacute;t&eacute; andalouse le prend comme une oppression. Juifs et chr&eacute;tiens sont soumis &agrave; de lourds imp&ocirc;ts. Ils sont stigmatis&eacute;s, pers&eacute;cut&eacute;s. Plusieurs habitants choisissent l&rsquo;exil, parfois en territoire chr&eacute;tien qu&rsquo;ils font b&eacute;n&eacute;ficier de leur savoir et de leur expertise dans plusieurs domaines comme la m&eacute;decine, la philosophie et l&rsquo;agriculture. L&rsquo;Andalousie d&rsquo;antan n&rsquo;y survivra finalement pas.<\/p>\n<p>\n\t\t\t\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<table border=\"1\" cellpadding=\"1\" cellspacing=\"1\">\n<tbody>\n<tr>\n<td>\n<p>\n\t\t\t\t\t\tH&eacute;ritage. Gastronomie, musique&#8230;<\/p>\n<p>\n\t\t\t\t\t\tLa ville de F&egrave;s a sans doute h&eacute;rit&eacute; d&rsquo;une grande partie du savoir-faire gastronomique andalou. Des plats devenus traditionnels comme la Mrouzia, la Pastilla et la Chebbakia auraient ainsi des origines andalouses. Ils auraient &eacute;t&eacute; introduits par les migrants morisques &agrave; partir de l&rsquo;an 1492 pour devenir des plats marocains &agrave; part enti&egrave;re. Ce savoir-faire gastronomique est encore pr&eacute;sent sur la p&eacute;ninsule ib&eacute;rique &eacute;galement. Avec le temps, les noms des plats ont certes chang&eacute;, mais des similitudes persistent entre plusieurs plats d&eacute;sormais espagnols et d&rsquo;autres typiquement orientaux. C&rsquo;est notamment le cas de la salade &ldquo;Pepe Rana&rdquo; qui s&rsquo;approche beaucoup du Fattouch syrien ou libanais. La r&eacute;gion d&rsquo;Alpujars, dans les montagnes de la Sierra Nevada, a &eacute;galement perp&eacute;tu&eacute; la tradition d&rsquo;un plat (Migas Alvojarinias) &agrave; base de semoule et de l&eacute;gumes, qui ressemble beaucoup au couscous que les Morisques auraient introduit au Maroc &eacute;galement. Et puis, il y a la musique. Qui ne conna&icirc;t pas Attarab Al Andaoussi ? Egalement appel&eacute; Al Ala, la musique andalouse est (encore aujourd&rsquo;hui) quotidiennement diffus&eacute;e en d&eacute;but d&rsquo;apr&egrave;s-midi sur les radios nationales en plus d&rsquo;accompagner toutes les grandes c&eacute;r&eacute;monies et f&ecirc;tes religieuses. A mi-chemin entre les musiques africaines et orientales, les bases de cette musique ont &eacute;t&eacute; jet&eacute;es par Abou El Hassan Ali Ben Nafiq et Ziriab qui auraient compos&eacute; des milliers de chants et en instituant le cycle des noubat, compos&eacute;es de formes po&eacute;tiques comme les Muwashahat. La musique andalouse n&rsquo;est pas pr&eacute;sente uniquement au Maroc. Des variantes comme le gharnati (en r&eacute;f&eacute;rence &agrave; Grenade) ou le Malhoun sont encore aujourd&rsquo;hui tr&egrave;s populaires en Alg&eacute;rie et en Tunisie.<\/p>\n<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<\/div>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t<a href=\"http:\/\/www.google.fr\/url?sa=t&amp;rct=j&amp;q=juif&amp;source=newssearch&amp;cd=17&amp;cad=rja&amp;ved=0CD8QqQIoADAGOAo&amp;url=http%3A%2F%2Fwww.telquel-online.com%2FEn-couverture%2FHistoire-Il-etait-une-fois-l-Andalousie%2F564&amp;ei=YDxoUYuMEavPigKSsYH4BA&amp;usg=AFQjCNGjGUuIOrNPTLNzNRqai5OEPqjWcw\">Histoire. 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