{"id":6551,"date":"2016-05-23T13:23:03","date_gmt":"2016-05-23T13:23:03","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=6551"},"modified":"2016-05-24T01:18:51","modified_gmt":"2016-05-24T01:18:51","slug":"la-ghriba-de-djerba","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/la-ghriba-de-djerba\/","title":{"rendered":"La Ghriba de Djerba"},"content":{"rendered":"<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<table border=\"0\" cellpadding=\"1\" cellspacing=\"1\">\n<tbody>\n<tr>\n<td>\n<p>\n\t\t\t\t\tLa Ghriba de Djerba<\/p>\n<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>\n<p>\t\t\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>\n<p>\n\t\t\t\t\tLa Ghriba est l&rsquo;&acirc;me et le ciment de la plus ancienne communaut&eacute; juive du Maghreb, la seule qui, r&eacute;sistant aussi bien &agrave; l&rsquo;assimilation qu&rsquo;&agrave; l&rsquo;&eacute;migration vers Isra&euml;l ou vers la France, r&eacute;ussit &agrave; vivre, aujourd&rsquo;hui encore, suivant des coutumes et des rites anciens de plusieurs mill&eacute;naires. Dans le temple au murs carrel&eacute;s de c&eacute;ramiques &agrave; dominante bleue et blanche, des rabbins v&ecirc;tus du costume djerbien traditionnel &#8211; le pantalon bouffant ou sarouel gris, bord&eacute; d&rsquo;un bandeau noir, signe de deuil en marque d&rsquo;exil, la chechia pos&eacute;e &agrave; l&rsquo;arri&egrave;re du cr&acirc;ne pour signaler leur diff&eacute;rence &#8211; psalmodient toute la journ&eacute;e en h&eacute;breu et en aram&eacute;en pour maintenir les vibrations spirituelles du lieu de culte. La deuxi&egrave;me pi&egrave;ce, celle o&ugrave; se trouve la Sefer Thora (les tables de la loi) et o&ugrave; l&rsquo;on c&eacute;l&egrave;bre le shabbat, est si sacr&eacute;e que l&rsquo;on doit se d&eacute;chausser pour y entrer. M&ecirc;me les quelques touristes de passage, semblent y &eacute;prouver une forme subtile d&rsquo;exaltation mystique.&nbsp;<br \/>\n\t\t\t\t\tLa veille de la procession, les p&egrave;lerins affluent. Ils viennent de Tunis, de Paris et du monde entier. D&egrave;s le matin, ils allument des bougies pour tous les &ecirc;tres chers qui n&rsquo;ont pas pu les accompagner. Les rabbins r&eacute;citent des pri&egrave;res et b&eacute;nissent des fruits secs, symboles d&rsquo;abondance et de fertilit&eacute;, et de la Boukha, eau de vie de figue, qui sont ensuite distribu&eacute;s &agrave; la ronde. Cette coutume qui accompagne la visite des lieux saints en Afrique du Nord est d&rsquo;ailleurs partag&eacute;e par les musulmans.<\/p>\n<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>\n<p>\n\t\t\t\t\tParmi tous les lieux de culte d&rsquo;Afrique du Nord,&nbsp;la Ghriba est consid&eacute;r&eacute; comme le plus sacr&eacute;. &ldquo;C&rsquo;est l&rsquo;antichambre de J&eacute;rusalem&rdquo;, entend-on souvent dire &agrave; Djerba. Selon la tradition orale des rabbins de Tunisie, l&rsquo;histoire de ce lieu saint remonterait &agrave; la destruction du premier temple de J&eacute;rusalem par le roi Nabuchodonosor, en 565 avant l&rsquo;&egrave;re chr&eacute;tienne. Les serviteurs du temple, les Cohanims (pluriel de Cohen), ayant &eacute;chapp&eacute; au massacre, r&eacute;ussirent &agrave; emporter l&rsquo;une des portes (ou &eacute;tait-ce une dalle ?) du temple. Ils s&rsquo;enfuirent en bateau, en suivant la route (o&ugrave; &eacute;taient-ils simplement pouss&eacute;s par les vents ?) des Ph&eacute;niciens b&acirc;tisseurs de Carthage, et celle d&rsquo;Ulysse qui, retenu &agrave; Djerba par des fleurs enivrantes, lui avait donn&eacute; le nom d&rsquo;Ile des Lotophages.&nbsp;<br \/>\n\t\t\t\t\tLes Cohanims choisirent donc cette &icirc;le aux mille f&eacute;&eacute;ries qui, croulant sous les arbres fruitiers, n&eacute;fliers, p&ecirc;chers, figuiers, &eacute;voquait pour eux le jardin d&rsquo;Eden. Ils y battirent la premi&egrave;re synagogue d&rsquo;Afrique sous laquelle ils c&eacute;l&egrave;brent la pr&eacute;cieuse relique du temple. La synagogue actuelle, &eacute;rig&eacute;e au si&egrave;cle dernier, le fut sur le m&ecirc;me emplacement. Rejoints au fil des si&egrave;cles par les descendants des autres tribus d&rsquo;Isra&euml;l, les juifs de Djerba convertirent au judaisme les tribus berb&egrave;res locales &#8211; dont la plupart seront ult&eacute;rieurement islamis&eacute;es par les Arabes. Le mot Ghriba signifie l&rsquo;&eacute;trang&egrave;re, l&rsquo;&eacute;tonnante, la solitaire. Une autre l&eacute;gende dit que la synagogue devrait son nom &agrave; une tr&egrave;s belle femme venue de nulle part, qui aurait install&eacute; sa hutte &agrave; peu de distance du village juif de Hara Sghira. Cette femme aurait &eacute;t&eacute; entour&eacute;e d&rsquo;une aura de saintet&eacute; et elle aurait eu des dons miraculeux de gu&eacute;rison. Elle ne fut cependant jamais totalement accept&eacute;e par la communaut&eacute;. Un jour, les villageois crurent voir un feu du c&ocirc;t&eacute; de sa hutte, mais ils n&rsquo;intervinrent pas, de peur qu&rsquo;elle ne se livre &agrave; des activit&eacute;s de sorcellerie. Le lendemain, ils trouv&egrave;rent l&rsquo;&eacute;trang&egrave;re morte dans sa hutte d&eacute;truite par les flammes, mais son corps &eacute;tait intact. Les villageois, regrettant leur attitude auraient alors b&acirc;ti la synagogue sur l&rsquo;emplacement de la hutte et le pouvoir miraculeux de l&rsquo;&eacute;tonnante &eacute;trang&egrave;re, agirait toujours. Mais officiellement, le p&egrave;lerinage c&eacute;l&egrave;bre l&rsquo;anniversaire de la mort de deux &eacute;minents rabbins kabbalistes : Rabbi Meyer Baal Nich, homme de miracles, et Rabbi Shim&eacute;on Bar Yohai, &agrave; qui les juifs d&rsquo;Afrique du Nord attribuent l&rsquo;un des commentaires du&nbsp;Zohar&nbsp;&#8211; le livre des Splendeurs -, l&rsquo;un des grands ouvrages de la mystique juive.<br \/>\n\t\t\t\t\tLa Ghriba est situ&eacute;e pr&egrave;s du &ldquo;petit quartier juif&rdquo;,&nbsp;Hara Sghira, o&ugrave; vivent pr&egrave;s de cinquante familles, les descendants des Cohanims qui presque tous travaillent &agrave; la Ghriba. Les descendants des autres tribus d&rsquo;Isra&euml;l &#8211; ils sont encore plus de huit cents &#8211; vivent &agrave; Hara Kebira, le &ldquo;grand quartier juif&rdquo;, situ&eacute; dans la banlieue d&rsquo;Houmt Souk.<br \/>\n\t\t\t\t\tIl y a quelques ann&eacute;es, ces derniers exer&ccedil;aient encore de nombreuses professions, &agrave; Djerba : il y avait des moulins &agrave; grain mus par des chameaux, un tisserand pour les taleths, une imprimerie tr&egrave;s active. Aujourd&rsquo;hui, &agrave; part un teinturier, quelques tailleurs et quelques menuisiers, les juifs de Hara Kebira sont tous orf&egrave;vres. Les deux communaut&eacute;s vivent s&eacute;par&eacute;es. Les juifs de Hara Kebira, qui sont plus riches et se consid&egrave;rent comme plus au fait de la religion que leurs cousins de Hara Sghira, ne viennent &agrave; la Ghriba que pour le p&egrave;lerinage et les mariages. Le reste de l&rsquo;ann&eacute;e, ils consacrent beaucoup de temps &agrave; l&rsquo;&eacute;tude des textes sacr&eacute;s dans les nombreuses petites synagogues de leur quartier qui compte encore trois&nbsp;yeshivot&nbsp;(&eacute;coles religieuses).<\/p>\n<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>\n<p>\n\t\t\t\t\t<strong>Rites et coutumes<\/strong><\/p>\n<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>\n<p>\n\t\t\t\t\tLes femmes st&eacute;riles, ou celles qui veulent se marier, d&eacute;posent, en faisant un v&oelig;u, un &oelig;uf cru dans le soubassement creux, derri&egrave;re le tabernacle qui contient les Tables de la loi &#8211; pour certains, ce serait l&rsquo;emplacement de l&rsquo;ancienne porte du Temple de J&eacute;rusalem, pour d&rsquo;autres celui de la hutte de l&rsquo;&eacute;trang&egrave;re. Les &oelig;ufs restent l&agrave; toute la nuit, cuisant &agrave; la chaleur des bougies, et les femmes les mangent le lendemain matin en invoquant la sainte Ghriba. Celles dont les v&oelig;ux ont &eacute;t&eacute;s exauc&eacute;s, reviennent ensuite chaque ann&eacute;e avec leur prog&eacute;niture.&nbsp;<\/p>\n<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>\n<p>\n\t\t\t\t\t<strong>La Procession<\/strong><\/p>\n<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>\n<p>\n\t\t\t\t\tLe matin de la procession, p&egrave;lerins et Djerbiens sont tous r&eacute;unis dans&nbsp;l&#39;oukala, le caravens&eacute;rail en face de la synagogue, o&ugrave; se sont install&eacute;s le temps des festivit&eacute;s un restaurant cacher, un marchand de briks &agrave; l&rsquo;&oelig;uf, un &eacute;picier&#8230; et o&ugrave; sont log&eacute;s les p&egrave;lerins les plus pauvres. Les jeunes Djerbiennes habill&eacute;es &agrave; l&rsquo;europ&eacute;enne, sont tr&egrave;s &eacute;l&eacute;gantes avec leurs petits chapeaux assortis &agrave; leurs tailleurs, mais leurs m&egrave;res portent encore le costume traditionnel : la fouta, le voile blanc, et la coiffe rouge qui ressemble &agrave; une p&eacute;gase grecque. Toutes portent le chapeau, car pour les juifs pratiquants, la chevelure d&rsquo;une femme mari&eacute;e, c&rsquo;est sa nudit&eacute;.&nbsp;<br \/>\n\t\t\t\t\tLes hommes ont pass&eacute; la nuit &agrave; lire le Zohar, le grand livre de la mystique juive. Au petit matin, ceux de la communaut&eacute; ont sorti la&nbsp;M&eacute;nara, une pyramide hexagonale en argent dans laquelle sont inscrits les noms des douze tribus d&rsquo;Isra&euml;l et ceux des rabbins renomm&eacute;s de Tunisie. Les Tables de la Loi en argent et le nom de Dieu &ldquo;Sheddai&rdquo;, grav&eacute; dans l&rsquo;&eacute;toile de David, couronnent l&rsquo;&eacute;difice. Les femmes aspergent la Menara d&rsquo;eau de cologne, les hommes d&rsquo;eau de vie. Le privil&egrave;ge de porter la M&eacute;nara, ne serait-ce que sur quelques m&egrave;tres, fait l&rsquo;objet d&rsquo;ench&egrave;res passionn&eacute;es. Les ench&egrave;res termin&eacute;es, la procession quitte le fondouk dans la liesse. &ldquo;La Menara est semblable &agrave; la jeune fille sur le point d&rsquo;&ecirc;tre conduite &agrave; son &eacute;poux. On l&rsquo;appelle &ldquo;la mari&eacute;e&rdquo;. On la conduit jusqu&rsquo;&agrave; l&rsquo;une des petites synagogues ou Yeshiva de la Hara Sghira, et l&rsquo;on c&eacute;l&egrave;bre le mariage mystique de la communaut&eacute; avec son Seigneur&rdquo;. La musique de l&rsquo;orchestre et les youyous sensuels des femmes escortent cette marche nuptiale.<br \/>\n\t\t\t\t\tOn entend des &ldquo;Ziera Makboula&nbsp;!&rdquo; &#8211; &ldquo;Que cette visite te soit prosp&egrave;re, que tes v&oelig;ux soient exauc&eacute;s&rdquo; -, tandis que le vieux musicien B&rsquo;chini chante en jud&eacute;o-arabe, la chanson de la Ghriba, en s&rsquo;accompagnant au luth : &ldquo;Je viens te demander quelque chose, je ne veux pas revenir sans rien recevoir de toi&rdquo;. Et les jeunes filles, jadis proscrites de la procession et recluses sur les balcons, entourent la Menara de leurs bras amoureux.<\/p>\n<p>\n\t\t\t\t\t<a href=\"http:\/\/www.elghriba.com\/?nomPage=ghriba_histoire\">http:\/\/www.elghriba.com\/?nomPage=ghriba_histoire<\/a><\/p>\n<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; La Ghriba de Djerba &nbsp; La Ghriba est l&rsquo;&acirc;me et le ciment de la plus ancienne communaut&eacute; juive du Maghreb, la seule qui, r&eacute;sistant aussi bien &agrave; l&rsquo;assimilation qu&rsquo;&agrave; l&rsquo;&eacute;migration vers Isra&euml;l ou vers la France, r&eacute;ussit &agrave; vivre, aujourd&rsquo;hui encore, suivant des coutumes et des rites anciens de plusieurs mill&eacute;naires. 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