{"id":65751,"date":"2021-08-28T23:43:22","date_gmt":"2021-08-28T23:43:22","guid":{"rendered":""},"modified":"2021-08-28T23:43:22","modified_gmt":"2021-08-28T23:43:22","slug":"la-decouverte-des-juifs-berberes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/la-decouverte-des-juifs-berberes\/","title":{"rendered":"La d\u00e9couverte des Juifs berb\u00e8res"},"content":{"rendered":"<p>La d\u00e9couverte des Juifs berb\u00e8res<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p class=\"paragraph\"><font size=\"4\">Daniel J. Schroeter <\/font><\/p>\n<p class=\"paragraph\"><font size=\"3\">in Relations Jud\u00e9o-Musulmanes au Maroc&nbsp;: perceptions et r\u00e9alit\u00e9s,<br \/>\nedited by Michel Abitbol, Paris: Editions Stavit, 1997, pp. 169-187<\/font><\/p>\n<div class=\"paragraph\">&nbsp;<\/div>\n<div class=\"paragraph\" style=\"text-align:justify\"><font size=\"2\">Parmi les travaux et domaines d\u2019\u00e9tudes concernant le pass\u00e9 des Juifs marocains, l\u2019histoire des Juifs dans les r\u00e9gions \u00e0 dominance berb\u00e8re occupe une tr\u00e8s faible place. Cela provient en partie de la nature fragmentaire des sources historiques provenant des zones rurales du pays [1]. Compar\u00e9e \u00e0 la documentation sur les Juifs parlant arabe, vivant dans les r\u00e9gions urbaines du Maroc et qui ont produit un nombre consid\u00e9rable d\u2019\u00e9crits, les donn\u00e9es historiques sur la vie des Juifs berb\u00e8res ou vivant parmi les Berb\u00e8res, avant la p\u00e9riode coloniale, sont tr\u00e8s \u00e9parses, presque toujours de seconde main, et sont souvent bas\u00e9es sur des mythes d\u2019origines et des l\u00e9gendes. Les voyageurs \u00e9trangers en visite au Maroc dans la p\u00e9riode pr\u00e9-coloniale, qui ont \u00e9tabli, quoique de fa\u00e7on inexacte, les listes des tribus et des \u00a0\u00bb&nbsp;races&nbsp;\u00a0\u00bb du pays ont rarement fait la distinction entre Juifs berb\u00e9rophones et Juifs arabophones [2]. Les Juifs ont \u00e9t\u00e9 consid\u00e9r\u00e9s comme une cat\u00e9gorie \u00e0 part, aux c\u00f4t\u00e9s des Maures ou Andalous, des Arabes, des Berb\u00e8res et <em>shleuh. <\/em>Peu d\u2019Europ\u00e9ens ont voyag\u00e9 \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du Maroc avant le XXe si\u00e8cle, et ceux qui le firent, comme John Davidson (qui fut tu\u00e9) en rapport\u00e8rent des informations peu fiables. James Richardson, un militant anti-esclavagiste britannique, qui a visit\u00e9 le Maroc en 1840, a pouss\u00e9 plus loin les observations de Davidson&nbsp;; il a \u00e9t\u00e9 le premier \u00e0 d\u00e9signer les Juifs de l\u2019Atlas comme des \u00a0\u00bb&nbsp;juifs <em>shelouh&nbsp;<\/em>\u00ab\u00a0, parlant berb\u00e8re et dont les coutumes et caract\u00e9ristiques \u00e9taient les m\u00eames que celles de leurs voisins non-juifs [3].<\/font><\/p>\n<p><font size=\"2\">Cette r\u00e9f\u00e9rence aux Juifs berb\u00e8res est, cependant, encore tr\u00e8s inhabituelle et de fait, elle n\u2019a pas donn\u00e9 lieu \u00e0 des hypoth\u00e8ses hasardeuses sur les origines berb\u00e8res des Juifs. D\u2019apr\u00e8s la plupart des visiteurs europ\u00e9ens du XIXe si\u00e8cle, les communaut\u00e9s juives elles-m\u00eames se revendiquent fermement comme descendant des Juifs de l\u2019Ancien Isra\u00ebl. Les seules distinctions qu\u2019on y trouve sont celles relatives aux clivages entre Juifs espagnols et Juifs autochtones, un clivage que les Juifs du Maroc eux-m\u00eames mentionnent par les termes \u00a0\u00bb&nbsp;d\u2019expuls\u00e9s&nbsp;\u00a0\u00bb et de \u00a0\u00bb&nbsp;r\u00e9sidents&nbsp;\u00a0\u00bb <em>(megorashim <\/em>et <em>toshavim).<\/em><\/font><\/p>\n<p><font size=\"2\">A la fin du XIXe et au XXe si\u00e8cles, les voyageurs et ethnographes \u00a0\u00bb&nbsp;d\u00e9couvrent&nbsp;\u00a0\u00bb un grand nombre de communaut\u00e9s dispers\u00e9es et donnent de ces Juifs vivant parmi les Berb\u00e8res une image totalement diff\u00e9rente de celle des communaut\u00e9s juives des r\u00e9gions urbaines. Sous le protectorat fran\u00e7ais, l\u2019image des Juifs berb\u00e8res va \u00eatre d\u00e9finitivement \u00e9tablie conform\u00e9ment aux \u00e9tudes qui leur seront consacr\u00e9es par l\u2019ethnographie coloniale, ainsi que par les hommes de l\u2019Alliance isra\u00e9lite universelle. Enfin, la soci\u00e9t\u00e9 isra\u00e9lienne va y ajouter sa touche, refl\u00e9tant l\u2019apport sioniste et le d\u00e9veloppement de st\u00e9r\u00e9otypes \u00e0 l\u2019\u00e9gard des Juifs marocains, dont la plupart ont immigr\u00e9 en Isra\u00ebl entre 1950 et 1960.<\/font><\/p>\n<p><font size=\"2\">Mon propos concerne la fa\u00e7on dont a \u00e9t\u00e9 formul\u00e9e la perception des relations jud\u00e9o-berb\u00e8res aux XIXe et XXe si\u00e8cles en me r\u00e9f\u00e9rant tout particuli\u00e8rement \u00e0 la documentation sur les Juifs d\u2019Iligh, une communaut\u00e9 qui vivait avec les Berb\u00e8res dans une r\u00e9gion de langue <em>tashelhit, <\/em>du Sous [4].<\/font><\/p>\n<p><strong>La d\u00e9couverte des Juifs berb\u00e8res<\/strong><\/p>\n<p><font size=\"2\">L\u2019int\u00e9r\u00eat des Europ\u00e9ens pour les Juifs des r\u00e9gions apparemment \u00a0\u00bb&nbsp;\u00e9loign\u00e9es&nbsp;\u00a0\u00bb du monde n\u2019est pas une invention du XIXe si\u00e8cle ; ce qui est nouveau, c\u2019est la signification conf\u00e9r\u00e9e \u00e0 cet int\u00e9r\u00eat. La recherche sur les tribus perdues n\u2019est plus motiv\u00e9e uniquement par des consid\u00e9rations d\u2019ordre messianique, car \u00e0 l\u2019\u00e8re du colonialisme triomphant, la recherche ethnographique sur les communaut\u00e9s lointaines d\u2019Orient est devenue un moyen de gouvernement.<\/font><\/p>\n<p><font size=\"2\">De plus, pour les Juifs europ\u00e9ens, la d\u00e9couverte de coreligionnaires primitifs n\u2019\u00e9voque pas seulement le souvenir des tribus perdues mais leur r\u00e9v\u00e8le aussi d\u2019anciennes coutumes disparues, \u00e0 un moment o\u00f9 eux-m\u00eames commencent \u00e0 se consid\u00e9rer comme une nation et se tournent vers les terres bibliques du Levant pour restaurer la souverainet\u00e9 juive [5].<\/font><\/p>\n<p><font size=\"2\">Au d\u00e9but du XXe si\u00e8cle, l\u2019orientaliste et h\u00e9bra\u00efsant Nahum Slouschz parcourut l\u2019Afrique du Nord pour y \u00e9tudier les origines et l\u2019histoire des communaut\u00e9s juives. Il a \u00e9t\u00e9 le premier \u00e0 \u00e9tudier s\u00e9rieusement l\u2019histoire des communaut\u00e9s vivant dans les r\u00e9gions int\u00e9rieures du Maghreb. Slouschz croyait que pendant les si\u00e8cles qui ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 l\u2019expansion arabe en Afrique du Nord, les Juifs, originaires de Palestine, se sont r\u00e9pandus parmi la population berb\u00e8re et en sont devenus un \u00e9l\u00e9ment dominant [6]. Durant l\u2019\u00e9poque coloniale, ses opinions sur les origines berb\u00e8res des Juifs vont avoir force de loi [7]. En 1906, Slouschz fut envoy\u00e9 en mission au Maroc par la Mission scientifique du Maroc, gr\u00e2ce \u00e0 ses relations avec son directeur, Le Chatelier [8]. La mission, parrain\u00e9e par le Comit\u00e9 de l\u2019Afrique fran\u00e7aise, a publi\u00e9 les premiers travaux importants sur la soci\u00e9t\u00e9 marocaine. Slouschz faisait partie de ce cercle et ses id\u00e9es influenc\u00e8rent largement la vision fran\u00e7aise du juda\u00efsme marocain. Apr\u00e8s l\u2019\u00e9tablissement du protectorat fran\u00e7ais, il retourna au Maroc et fut charg\u00e9 par les autorit\u00e9s coloniales d\u2019\u00e9tudier les communaut\u00e9s juives et de soumettre ses conclusions au R\u00e9sident-G\u00e9n\u00e9ral Lyautey en vue de leur r\u00e9organisation. Slouschz \u00e9tait sioniste et, en tant que tel, voulut \u00a0\u00bb&nbsp;r\u00e9g\u00e9n\u00e9rer&nbsp;\u00a0\u00bb le juda\u00efsme marocain et r\u00e9veiller sa conscience nationale juive. C\u2019est en partie \u00e0 cause de ses id\u00e9es sionistes que les autorit\u00e9s fran\u00e7aises d\u00e9cid\u00e8rent de le relever de ses fonctions officielles [9].<\/font><\/p>\n<p><font size=\"2\">Les tendances sionistes de Slouschz et ses efforts pour d\u00e9couvrir le pass\u00e9 juif berb\u00e8re pr\u00e9-arabe du Maroc proc\u00e9daient d\u2019une vision tr\u00e8s coh\u00e9rente. La population juive urbaine des grandes villes arabes du Maroc \u00e9tait tr\u00e8s attach\u00e9e \u00e0 ses savants autant qu\u2019\u00e0 ses traditions. Pour Slouschz, ce sont les Juifs descendant des Berb\u00e8res (comme il le croyait), avec leurs mani\u00e8res primitives et p\u00e9n\u00e9tr\u00e9es d\u2019influences locales, qui repr\u00e9sentent les \u00a0\u00bb&nbsp;vrais&nbsp;\u00a0\u00bb Juifs nord-africains<\/font><\/div>\n<div>\n<div class=\"wsite-multicol\">\n<div class=\"wsite-multicol-table-wrap\" style=\"margin:0 -0px\">\n<table class=\"wsite-multicol-table\" style=\"border:undefined\">\n<tbody class=\"wsite-multicol-tbody\">\n<tr class=\"wsite-multicol-tr\">\n<td class=\"wsite-multicol-col\" style=\"width:9.6153846153846%\">\n<div class=\"wsite-spacer\" style=\"padding:0 0px\">&nbsp;<\/div>\n<\/td>\n<td class=\"wsite-multicol-col\" style=\"width:90.384615384615%\">\n<div class=\"paragraph\" style=\"text-align:justify; padding:0 0px\"><font size=\"2\">\u00a0\u00bb&nbsp;maintenant que l\u2019Afrique est entr\u00e9e \u00e9galement sous l\u2019\u00e9gide de l\u2019influence occidentale&nbsp;\u00ab\u00a0, \u00e9crit-il, \u00a0\u00bb&nbsp;la p\u00e9n\u00e9tration de la civilisation fran\u00e7aise et l\u2019\u00e9mancipation de nos fr\u00e8res de Tunisie et du Maroc, suivant en cela l\u2019exemple des Juifs alg\u00e9riens, vont faire dispara\u00eetre le caract\u00e8re sp\u00e9cifique du juif africain. Comme c\u2019est d\u00e9j\u00e0 le cas dans les grandes villes fran\u00e7aises d\u2019Afrique, les changements sociaux ont eu un effet radical sur les masses de la population, qui perdent rapidement leur individualit\u00e9 et leurs traditions mill\u00e9naires [10]&nbsp;\u00ab\u00a0.<\/font><\/div>\n<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<div class=\"paragraph\" style=\"text-align:justify\"><font size=\"2\">Une fois ces coutumes abandonn\u00e9es, gr\u00e2ce aux bienfaits de l\u2019\u00e9ducation occidentale, le juda\u00efsme marocain aura-t-il une autre alternative que celle de rejoindre la nation juive moderne&nbsp;?<\/font><\/p>\n<p><font size=\"2\">C\u2019est H. Z. Hirschberg qui le premier a mis en doute la th\u00e8se admise \u2013 \u00e9tablie d\u2019abord par Slouschz et adopt\u00e9e ensuite par de nombreux chercheurs de l\u2019\u00e9poque coloniale \u2013 selon laquelle les Juifs d\u2019Afrique du Nord descendraient des tribus berb\u00e8res converties au juda\u00efsme dans 1\u2019Antiquit\u00e9. Hirschberg \u00e9tudia syst\u00e9matiquement les traditions anciennes et parvint \u00e0 la conclusion qu\u2019il y a peu de preuves confirmant la th\u00e8se des Berb\u00e8res juda\u00efs\u00e9s. D\u2019apr\u00e8s lui, la plupart des communaut\u00e9s se form\u00e8rent beaucoup plus tard, gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019arriv\u00e9e de commer\u00e7ants juifs \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du pays. Bien qu\u2019il n\u2019exclut pas qu\u2019il ait pu exister des Berb\u00e8res juda\u00efs\u00e9s, Hirschberg est sceptique quant \u00e0 l\u2019importance de ce ph\u00e9nom\u00e8ne [11]. Dans une \u00e9tude r\u00e9cente bas\u00e9e sur des donn\u00e9es linguistiques et ethnographiques importantes, Paul Wexler a r\u00e9examin\u00e9 cette question, pour aboutir \u00e0 la conclusion que la grande majorit\u00e9 des Juifs s\u00e9pharades descendraient d\u2019habitants d\u2019Afrique du Nord convertis au juda\u00efsme et install\u00e9s en Espagne12. Si l\u2019hypoth\u00e8se de Wexler \u00e9tait exacte, il en d\u00e9coulerait que la plupart des Juifs marocains <em>(toshavim <\/em>comme <em>megorashim) <\/em>descendraient de Berb\u00e8res convertis.<\/font><\/p>\n<p><font size=\"2\">Les rares preuves contemporaines de l\u2019existence de communaut\u00e9s juives en Afrique du Nord \u00e0 l\u2019\u00e9poque pr\u00e9-islamique ne permettent pas d\u2019affirmer avec assurance l\u2019importance d\u00e9mographique et culturelle du juda\u00efsme parmi les Berb\u00e8res. La premi\u00e8re source historique \u00e9voquant des tribus juives berb\u00e8res date du XIVe si\u00e8cle. C\u2019est le <em>Kitab al-cibar <\/em>d\u2019Ibn Khaldoun [13]. Certes il y a \u00e9galement de nombreuses l\u00e9gendes locales sur les Juifs berb\u00e8res au Sud marocain pr\u00e9islamique. Jacques Meuni\u00e9, par exemple, est convaincu de l\u2019authenticit\u00e9 de ces traditions et l\u00e9gendes, m\u00eame si nombre d\u2019entre elles n\u2019ont \u00e9t\u00e9 consign\u00e9es que r\u00e9cemment [14]. Quelle que soit notre opinion au sujet de la conversion des tribus berb\u00e8res au juda\u00efsme dans l\u2019Antiquit\u00e9, on peut affirmer que des mythes sur les Juifs berb\u00e8res ont exist\u00e9 au Moyen Age et que ces mythes concernaient \u00e9galement l\u2019origine des Berb\u00e8res dans leur ensemble. Ces mythes ont \u00e9t\u00e9 \u00e9labor\u00e9s afin de l\u00e9gitimer le pouvoir m\u00e9rinide au XIVe si\u00e8cle [15], avant d\u2019\u00eatre reformul\u00e9s durant la p\u00e9riode coloniale. L\u2019historicit\u00e9 des l\u00e9gendes sur l\u2019expansion du christianisme et du juda\u00efsme parmi les Berb\u00e8res \u00e0 l\u2019\u00e9poque pr\u00e9-islamique a pu servir les besoins de l\u2019administration coloniale dans sa volont\u00e9 de s\u00e9parer les Berb\u00e8res des Arabes. Comme l\u2019\u00e9crit Jacques Meuni\u00e9&nbsp;: \u00a0\u00bb&nbsp;malgr\u00e9 la pr\u00e9carit\u00e9 des indications que nous poss\u00e9dons sur l\u2019extension ancienne du christianisme et du juda\u00efsme dans le Sud marocain, [ces traditions] m\u00e9ritent cependant d\u2019\u00eatre retenues parce qu\u2019elles peuvent aider \u00e0 conna\u00eetre les divers \u00e9l\u00e9ments de populations berb\u00e8res et leurs usages ant\u00e9-islamiques, au cours de si\u00e8cles plus r\u00e9cents, et m\u00eame jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9poque actuelle [16]&nbsp;\u00ab\u00a0.<\/font><\/p>\n<p><font size=\"2\">Exhumer les s\u00e9quelles du pass\u00e9 berb\u00e8re jud\u00e9o-chr\u00e9tien est un moyen parmi d\u2019autres visant \u00e0 justifier le r\u00e9gime colonial au Maroc.<\/font><\/p>\n<p><strong>Relations jud\u00e9o-berb\u00e8res : un cas particulier&nbsp;?<\/strong><\/p>\n<p><font size=\"2\">Les \u00e9tudes sur le Maroc des premi\u00e8res ann\u00e9es du Protectorat fran\u00e7ais soulignent les diff\u00e9rences existant entre les r\u00e9gions contr\u00f4l\u00e9es par le <em>Makhzen <\/em>et les r\u00e9gions non soumises au contr\u00f4le du gouvernement central&nbsp;: <em>bilad al makhzen \/ bilad al-siba. <\/em>Consid\u00e9r\u00e9e comme une division entre Arabes et Berb\u00e8res, cette perception pr\u00e9dominante de la soci\u00e9t\u00e9 marocaine d\u00e9velopp\u00e9e par les ethnographes coloniaux et perp\u00e9tu\u00e9e \u2013 largement \u2013 par l\u2019ethnographie post-coloniale, a \u00e9t\u00e9 s\u00e9rieusement remise en question [17]. Peu d\u2019attention a \u00e9t\u00e9 accord\u00e9e \u00e0 la fa\u00e7on dont ce dualisme simpliste entre <em>makhzen <\/em>et <em>al-siba <\/em>a influenc\u00e9 les d\u00e9bats sur le juda\u00efsme marocain.<\/font><\/p>\n<p><font size=\"2\">L\u2019affirmation selon laquelle les relations jud\u00e9o-berb\u00e8res \u00e9taient compl\u00e8tement diff\u00e9rentes des relations arabo-juives est li\u00e9e de tr\u00e8s pr\u00e8s \u00e0 cette vision d\u2019une dichotomie entre <em>makhzen <\/em>et <em>siba. <\/em>On cite en exemple la protection efficace des commer\u00e7ants juifs par les chefs tribaux, ou les patrons berb\u00e8res, au point de les rendre intouchables. \u00a0\u00bb&nbsp;Tout juif de <em>bilad al-siba <\/em>appartient corps et biens \u00e0 son seigneur, son <em>sid&nbsp;<\/em>\u00ab\u00a0, \u00e9crit Charles de Foucauld, dont les relations avec les communaut\u00e9s juives du Maroc font partie du corpus historique sur le juda\u00efsme marocain [18]. Bien que le Juif soit prot\u00e9g\u00e9, Foucauld le d\u00e9crit comme un \u00eatre servile, exploit\u00e9 sans merci par son ma\u00eetre. Comme les r\u00e9gions berb\u00e8res appartiennent au <em>bilad al-siba, <\/em>les Juifs se doivent d\u2019obtenir la protection de chefs locaux et ind\u00e9pendants du Sultan. Slouschz consid\u00e8re la situation des Juifs du <em>bilad al-siba <\/em>\u00e0 la mani\u00e8re de Foucauld&nbsp;: \u00a0\u00bb&nbsp;\u00e0 Tililit commence, pour les Juifs, le pays du servage, on pourrait m\u00eame dire de l\u2019esclavage. Tout ce que les Juifs poss\u00e8dent appartient au <em>Qaid, <\/em>qui a droit de vie et de mort sur ses sujets. Il peut les tuer en toute impunit\u00e9, il peut les vendre si tel est son d\u00e9sir&#8230; En \u00e9change de la perte de tous ses droits, le juif jouit de la s\u00e9curit\u00e9, que le ma\u00eetre lui assure au risque de sa propre vie&#8230; Un Juif qui veut se marier doit acheter sa future femme au <em>sid <\/em>auquel appartient le p\u00e8re de la fille et qui est l\u2019unique ma\u00eetre de son destin [19]&nbsp;\u00ab\u00a0.<\/font><\/p>\n<p><font size=\"2\">Alors que certains \u00e9crivains de la p\u00e9riode coloniale consid\u00e8rent la vie des Juifs dans les territoires berb\u00e8res comme plus difficile que dans les r\u00e9gions citadines arabophones, d\u2019autres au contraire, influenc\u00e9s par la th\u00e8se d\u00e9velopp\u00e9e par l\u2019ethnographie coloniale selon laquelle les Berb\u00e8res \u00e9taient plus libres, plus d\u00e9mocrates et plus ind\u00e9pendants que les Arabes, qualifient la condition des Juifs dans les r\u00e9gions berb\u00e8res de \u00a0\u00bb&nbsp;meilleure&nbsp;\u00a0\u00bb que parmi les Arabes. Cette id\u00e9e avait des pr\u00e9curseurs depuis la premi\u00e8re moiti\u00e9 du XIXe si\u00e8cle. D\u2019apr\u00e8s Davidson, par exemple, les Juifs du Sous et du Rif \u00e9taient la \u00a0\u00bb&nbsp;propri\u00e9t\u00e9 des Maures&nbsp;\u00ab\u00a0, mais \u00a0\u00bb&nbsp;ils b\u00e9n\u00e9ficiaient n\u00e9anmoins d\u2019une plus grande libert\u00e9 qu\u2019\u00e0 Tanger [20]&nbsp;\u00ab\u00a0. De plus, d\u2019apr\u00e8s Davidson \u00a0\u00bb&nbsp;les Juifs de l\u2019Atlas sont de loin sup\u00e9rieurs, physiquement et moralement \u00e0 leurs fr\u00e8res r\u00e9sidant au sein des Maures. Leurs familles sont nombreuses, et chacune d\u2019elles est sous la protection imm\u00e9diate d\u2019un Berb\u00e8re (les habitants originels d\u2019Afrique du Nord), d\u2019un patron, ou d\u2019un seigneur. Ils ont par ailleurs leur propre <em>sheikh, <\/em>un juif, \u00e0 la d\u00e9cision duquel tous les cas sont soumis. \u00c0 la diff\u00e9rence des Juifs r\u00e9sidant parmi les Maures, qui sont soumis \u00e0 la loi musulmane, ils ne vivent pas dans le m\u00eame \u00e9tat d\u2019avilissement ou de servitude&nbsp;; ils d\u00e9veloppent des relations de type patron\/client [avec leurs voisins], tous ont les m\u00eames privil\u00e8ges, et le Berb\u00e8re est tenu de d\u00e9fendre la cause du juif en cas d\u2019urgence. Ils disposent d\u2019armes, et servent leurs patrons \u00e0 tour de r\u00f4le [21]&nbsp;\u00ab\u00a0.<\/font><\/div>\n<div>\n<div class=\"wsite-multicol\">&nbsp;<\/div>\n<\/div>\n<div class=\"paragraph\" style=\"text-align:justify\"><font size=\"2\">L\u2019une des raisons pour lesquelles certains \u00e9crivains de la p\u00e9riode coloniale consid\u00e9raient la situation des Juifs parmi les Berb\u00e8res comme meilleure que parmi les Arabes venait de l\u2019id\u00e9e que les Juifs \u00e9taient totalement int\u00e9gr\u00e9s \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 berb\u00e8re, partageant nombre de coutumes de leurs voisins musulmans. On consid\u00e9rait que les Juifs du Haut-Atlas, par exemple, vivaient en paix et en symbiose avec les Musulmans [25]. Les chercheurs contemporains se sont appuy\u00e9s souvent sur la litt\u00e9rature ethnographique coloniale pour d\u00e9crire les relations entre Musulmans et Juifs dans l\u2019int\u00e9rieur du pays. Malheureusement peu de Juifs originaires des zones berb\u00e8res ont \u00e9t\u00e9 interrog\u00e9s sur leur exp\u00e9rience. Aussi loin que l\u2019on remonterait, on d\u00e9couvrirait sans doute une vari\u00e9t\u00e9 d\u2019exp\u00e9riences que l\u2019on ne saurait ramener \u00e0 une simple dichotomie arabo-berb\u00e8re ou \u00e0 un clivage entre zones citadines et rurales. Les sources dont nous disposons sur les relations entre Musulmans et Juifs \u00e0 Iligh pendant la p\u00e9riode pr\u00e9-coloniale offrent \u00e0 cet \u00e9gard une image tr\u00e8s contrast\u00e9e de ces relations.<\/font><\/p>\n<p><font size=\"2\">Les sources provenant d\u2019Iligh montrent que la communaut\u00e9 juive de cette localit\u00e9, aussi bien que la communaut\u00e9 voisine d\u2019Ifran, \u00e9taient \u00e9troitement li\u00e9es au chef de la puissante famille du <em>Sharif <\/em>de la famille Abu Dami\u2019a. Les signatures et parfois les d\u00e9clarations en jud\u00e9o-arabe des Juifs d\u2019Iligh et d\u2019Ifran quand ils recevaient des acomptes du <em>Shanf <\/em>ou quand ce dernier leur payait ses dettes, sont consign\u00e9es dans deux livres de comptes appartenant \u00e0 Husayn b. Hashim [26]. Les Juifs d\u2019Iligh, qui voyageaient souvent \u00e0 Essaouira pour leur commerce, \u00e9taient consid\u00e9r\u00e9s comme des prot\u00e9g\u00e9s du <em>Sharif. <\/em>S\u2019ils \u00e9taient d\u00e9valis\u00e9s ou tu\u00e9s, le <em>Sharif <\/em>punissait en repr\u00e9sailles la localit\u00e9 \u00e0 laquelle appartenaient les criminels. Parall\u00e8lement, le Sultan \u00e9tendait sa protection \u00e0 ses <em>tujjar <\/em>qui voyageaient \u00e0 Iligh pour le commerce ou pour recouvrer leurs dettes. Les Juifs entretenaient avec les puissants chefs d\u2019Iligh des relations comparables \u00e0 celles des Juifs du Sultan. Dans un rapport envoy\u00e9 d\u2019Essaouira (Mogador) \u00e0 l\u2019A.l.U, en 1874, par Abraham Corcos il y est relat\u00e9 que les Juifs d\u2019Iligh consid\u00e9raient le <em>Sharif <\/em>comme tout puissant. \u00a0\u00bb&nbsp;\u00c9tant donn\u00e9 que ce gouverneur&#8230; n\u2019est pas soumis \u00e0 l\u2019autorit\u00e9 de notre roi du Maroc, tout est objet de pri\u00e8res et de suppliques [27]&nbsp;\u00ab\u00a0. Ce qui y \u00e9tait en cause cependant n\u2019\u00e9tait pas l\u2019oppression du <em>Sharif<\/em>, mais celle dont la responsabilit\u00e9 en incombait \u00e0 leur propre <em>Shaykh (Nagid <\/em>en h\u00e9breu) qui \u00e9tait fond\u00e9 de pouvoir du <em>Sharif<\/em>. Le <em>Nagid <\/em>Mas\u2019ud b. Bokha, est d\u00e9crit comme \u00e9tant \u00a0\u00bb&nbsp;une personne non civilis\u00e9e et inculte, qui soutire d\u2019eux (les Juifs d\u2019Iligh) des amendes pour rien ou pour les moindres choses [28]&nbsp;\u00ab\u00a0. Nous y apprenons \u00e9galement que ce personnage m\u00eame, Mas\u2019ud b. Bokha avait des relations d\u2019affaires \u00e9troites avec le Sharif Husayn b. Hashim [29]. Ce qui compte ici, c\u2019est le fait qu\u2019un appel ait \u00e9t\u00e9 fait \u00e0 Essaouira, en parfaite connaissance de l\u2019influence exerc\u00e9e par l\u2019Alliance isra\u00e9lite universelle. Sachant l\u2019ind\u00e9pendance virtuelle du <em>Sharif <\/em>Husayn, les Juifs d\u2019Iligh avaient compris que ce n\u2019\u00e9tait pas au Sultan qu\u2019ils pouvaient demander assistance. Mais vue l\u2019interd\u00e9pendance \u00e9conomique entre Iligh et Essaouira, c\u2019est par le truchement des Corcos et de l\u2019Alliance qu\u2019ils avaient cru obtenir l\u2019intervention du <em>Sharif <\/em>contre le <em>Nagid.<\/em><\/font><\/p>\n<p><font size=\"2\">Dans les ann\u00e9es 1880, les relations entre les Juifs d\u2019Iligh et les autorit\u00e9s d\u2019Iligh chang\u00e8rent de nature. D\u00e9sormais, opprim\u00e9s par le Sharif plut\u00f4t que par leur <em>Shaykh, <\/em>ils firent appel \u00e0 l\u2019Alliance et \u00e0 l\u2019opinion juive d\u2019Europe de l\u2019Ouest&nbsp;: sous le joug du puissant <em>Sharif <\/em>Muhammad b. Husayn b. Hashim, ils pouvaient \u00eatre d\u00e9pouill\u00e9s \u00e0 tout moment de leurs biens et de leur argent, et quand ils voyageaient pour leur commerce, leurs femmes et leurs enfants \u00e9taient tenus en otages sur place. En 1889, un commer\u00e7ant prosp\u00e8re d\u2019lligh, Isaac Souissa, se plaignit d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 battu \u00e0 mort par ordre du <em>Sharif, <\/em>le 9 <em>Av. <\/em>Il s\u2019enfuit \u00e0 Essaouira, o\u00f9 il demanda l\u2019aide de l\u2019A.I.U., de l\u2019Anglo-Jewish Association et des consulats \u00e9trangers, pour obliger le Sharif d\u2019Iligh \u00e0 lib\u00e9rer sa femme et ses enfants et les autoriser \u00e0 le rejoindre \u00e0 Essaouira. Suivant les t\u00e9moignages \u00e9manant de Juifs de cette localit\u00e9, la plupart des Juifs du Sous vivaient en paix avec leurs voisins berb\u00e8res \u00e0 l\u2019exception d\u2019lligh et de son chef tyrannique [30]. Foucauld, qui visita cette r\u00e9gion \u00e0 la m\u00eame p\u00e9riode, explique que chez les Berb\u00e8res disposant d\u2019institutions d\u00e9mocratiques, chaque Juif y avait son patron, au contraire de la situation pr\u00e9valant sous le r\u00e9gime des <em>Shaykhs <\/em>puissants, comme au Tazerwalt (c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 lligh), o\u00f9 les Juifs appartenaient corps et biens au <em>Shaykh<\/em>[31].<\/font><\/p>\n<p><font size=\"2\">Plusieurs remarques s\u2019imposent au sujet de ces t\u00e9moignages. Le fait qu\u2019ils aient \u00e9t\u00e9 transmis \u00e0 Essaouira, avec laquelle les Juifs d\u2019Iligh avaient des liens \u00e9troits, montre que les Juifs \u00e9taient conscients de l\u2019influence des organisations juives \u00e9trang\u00e8res et recherchaient leur intervention. Il faut \u00e9galement souligner le fait que l\u2019ind\u00e9pendance du <em>Sharif<\/em> d\u2019Iligh fut compromise vers 1880 par les <em>harka <\/em>du Sultan Moulay al-Hasan [32]. Muhammad b. Husayn fut m\u00eame nomm\u00e9 <em>Qayid <\/em>du <em>Makhzen,<\/em>recevant une maison \u00e0 Essaouira [33]. Investi de l\u2019autorit\u00e9 du Sultan, son pouvoir d\u00e9pendait du <em>Makhzen. <\/em>Ce fut \u00e0 cette p\u00e9riode \u00e9galement que la ville de Tiznit devint le principal centre politique du Sous. Certains Juifs d\u2019Iligh voulurent tirer profit de cette \u00e9volution et d\u00e9m\u00e9nag\u00e8rent \u00e0 Tiznit ou \u00e0 Essaouira o\u00f9 ils pouvaient b\u00e9n\u00e9ficier de nouvelles possibilit\u00e9s commerciales. C\u2019est ainsi que Isaac Souissa vint \u00e0 la <em>mahalla <\/em>du Sultan pendant la <em>harka <\/em>de 1886 pour implorer la protection royale et demander au Sultan la permission de s\u2019installer avec les siens \u00e0 Tiznit. Il semble toutefois que le Sultan ne souhaitait pas porter atteinte \u00e0 ses nouvelles relations politiques avec Iligh en provoquant la chute de son \u00e9conomie qui d\u00e9pendait des commer\u00e7ants juifs. Ainsi, invoquant le prestige du <em>Murabit <\/em>d\u2019Iligh, le Sultan \u00e9vita de faire pression sur le <em>Sharif <\/em>afin qu\u2019il laisse partir les Juifs. Isaac Souissa et sa famille continu\u00e8rent \u00e0 vivre \u00e0 Iligh jusqu\u2019au moment o\u00f9 Isaac parvint \u00e0 s\u2019enfuir \u00e0 Essaouira en 1889. Le <em>Sharif <\/em>nia avoir maltrait\u00e9 Isaac ou sa famille et refusa de les laisser partir. Plusieurs mois plus tard, il annon\u00e7a au Sultan qu\u2019il avait rel\u00e2ch\u00e9 les enfants d\u2019Isaac pour mettre fin aux accusations fallacieuses de la communaut\u00e9 juive \u00e0 son \u00e9gard [34]. Le <em>Sharif <\/em>d\u2019Iligh reconnut \u00e0 cette occasion que, soumis \u00e0 des pressions \u00e9trang\u00e8res, le Sultan \u00e9tait d\u00e9sormais le garant de la <em>dhimma <\/em>(protection) des Juifs du Sous.<\/font><\/p>\n<p><font size=\"2\">De m\u00eame qu\u2019on a tendance \u00e0 consid\u00e9rer les relations jud\u00e9o-musulmanes comme \u00e9tant le reflet des relations entre le Sultan et ses sujets Juifs, on a aussi tendance \u00e0 consid\u00e9rer les relations jud\u00e9o-berb\u00e8res comme \u00e9tant l\u2019extension des relations entre les chefs de tribus et leurs prot\u00e9g\u00e9s juifs. Autant qu\u2019on puisse en projeter le sens dans le pass\u00e9, les \u00e9tudes r\u00e9centes sur Iligh et sur les Juifs d\u2019Iligh montrent que les liens sociaux entre Juifs et Arabes d\u2019Iligh \u00e9taient tr\u00e8s \u00e9troits, peut-\u00eatre plus \u00e9troits que l\u2019impression qu\u2019en laisse le tableau des relations entre le <em>Sharif <\/em>et la communaut\u00e9 juive. Il ressort des conversations effectu\u00e9es en 1980 qu\u2019il les avait souvent fr\u00e9quent\u00e9s. Il nous a montr\u00e9 un manuscrit qu\u2019il avait \u00e9crit lui-m\u00eame sur la communaut\u00e9 juive. Il y mentionne en tout d\u00e9but de texte que les Juifs vivant \u00e0 Iligh ont quitt\u00e9 \u00a0\u00bb&nbsp;notre pays (ou village) pour se diriger vers leur pays&nbsp;\u00a0\u00bb <em>kharaju min baladina ila baladihim, <\/em>et recense ensuite chaque individu de la communaut\u00e9, par son nom, sur huit pages, non seulement les chefs de famille, mais aussi leurs femmes et leur enfants. Il poursuit en d\u00e9crivant les coutumes des Juifs, puis signale \u00a0\u00bb&nbsp;leur <em>knesset, <\/em>qui s\u2019appelle <em>sla&nbsp;\u00ab\u00a0<\/em>, et indique par leurs noms les f\u00eates juives&nbsp;: <em>Pessah, Souccot, Yom Kippour <\/em>et <em>Hanouka <\/em>[35], les pri\u00e8res quotidiennes qu\u2019il appelle <em>cArbit (Macariv), Sahrit (shahrit) <\/em>et <em>Milha (minha), <\/em>et au moment de la [nouvelle] ann\u00e9e, \u00e9crit-il, ils font des pri\u00e8res appel\u00e9es <em>slihot, <\/em>pour lesquelles ils doivent se lever au milieu de la nuit. Le <em>Faqih <\/em>nous a \u00e9galement racont\u00e9 qu\u2019il \u00e9crivait des amulettes pour les Juifs. Les Juifs d\u2019Iligh interview\u00e9s \u00e0 Casablanca et en Isra\u00ebl nous ont confirm\u00e9 l\u2019\u00e9troitesse de leurs liens sociaux avec les Musulmans, tout en refusant d\u2019admettre que le <em>Faqih <\/em>leur fournissait des amulettes. Ainsi donc, \u00e0 la suite de l\u2019exemple de cette seule communaut\u00e9 juive, nous pouvons affirmer que les relations jud\u00e9o-musulmanes \u00e9taient loin d\u2019\u00eatre statiques et inchang\u00e9es.<\/font><\/p>\n<p><strong>Le colonialisme et la question jud\u00e9o-berb\u00e8re<\/strong><\/p>\n<p><font size=\"2\">La politique coloniale fran\u00e7aise \u00e0 l\u2019\u00e9gard des Berb\u00e8res, telle qu\u2019elle a \u00e9t\u00e9 d\u00e9velopp\u00e9e sous Lyautey avant d\u2019atteindre son point culminant en 1930, avec la publication du <em>Dahir <\/em>berb\u00e8re visant \u00e0 s\u00e9parer les Berb\u00e8res des Arabes, reposait sur plusieurs st\u00e9r\u00e9otypes. En premier lieu, celui de la r\u00e9sistance des Berb\u00e8res indig\u00e8nes du Maroc aux Arabes puis \u00e0 toute forme d\u2019autorit\u00e9 centrale, pr\u00e9servant jalousement leur libert\u00e9, leur individualisme et leurs institutions d\u00e9mocratiques. Deuxi\u00e8mement, les Berb\u00e8res n\u2019auraient adopt\u00e9 que superficiellement l\u2019Islam, conservant intactes ou presque leurs coutumes, leurs croyances et leurs superstitions pr\u00e9-islamiques. Par cons\u00e9quent, ils auraient r\u00e9sist\u00e9 \u00e0 l\u2019application de la <em>Sharia, <\/em>maintenant farouchement leurs lois coutumi\u00e8res. Faute de respecter l\u2019autorit\u00e9 supr\u00eame du <em>Amir al-Mu\u2019minin, <\/em>les Berb\u00e8res auraient \u00a0\u00bb&nbsp;produit&nbsp;\u00a0\u00bb leurs propres chefs marabouts. Le culte des saints, r\u00e9pandu chez les Berb\u00e8res, serait le vestige d\u2019une pratique pr\u00e9-islamique. Fortement influenc\u00e9es par ces id\u00e9es, les autorit\u00e9s fran\u00e7aises ont cru que les anciennes zones <em>siba <\/em>pourraient \u00eatre assimil\u00e9es \u00e0 la culture fran\u00e7aise afin d\u2019emp\u00eacher les progr\u00e8s de l\u2019arabisation [36].<\/font><\/p>\n<p><font size=\"2\">Ces st\u00e9r\u00e9otypes sur les Berb\u00e8res furent d\u2019une certaine fa\u00e7on reproduits \u00e0 l\u2019\u00e9gard des Juifs vivant parmi les Berb\u00e8res dont l\u2019histoire, selon Slouschz, ne serait \u00a0\u00bb&nbsp;que la quintessence de l\u2019histoire des Berb\u00e8res&nbsp;\u00ab\u00a0. D\u2019apr\u00e8s lui, c\u2019est \u00a0\u00bb&nbsp;dans le <em>blad es-siba, <\/em>dans les <em>qsour <\/em>alg\u00e9riens et tripolitains, demeur\u00e9s jusqu\u2019ici inaccessible \u00e0 l\u2019infiltration europ\u00e9enne, qu\u2019on peut retrouver le Jud\u00e9o-Berb\u00e8re dans un \u00e9tat \u00e0 peu pr\u00e8s semblable \u00e0 celui des <em>maghrabia <\/em>tels que nous les repr\u00e9sentent les litt\u00e9ratures juives et arabe du Moyen Age \u00ab\u00a0. A l\u2019exemple de la population berb\u00e8re musulmane qui est superficiellement islamis\u00e9e, ces Juifs berb\u00e8res primitifs \u00a0\u00bb&nbsp;du juda\u00efsme ne connaissent presque rien&nbsp;\u00ab\u00a0. L\u00e0 o\u00f9 il y a des saints jud\u00e9o-berb\u00e8res pr\u00e9-islamiques, on trouve ces populations anciennes [37]. Slouschz se fait l\u2019\u00e9cho du discours colonial sur les Berb\u00e8res, quand il \u00e9crit que les Juifs de l\u2019Atlas font montre \u00a0\u00bb&nbsp;d\u2019une bonne dose de libert\u00e9 [38]&nbsp;\u00ab\u00a0. La dichotomie excessive entre <em>makhzen <\/em>et <em>siba, <\/em>\u00e9labor\u00e9e pendant la p\u00e9riode coloniale, est reproduite par Slouschz les Juifs du <em>bilad al-makhzen <\/em>re\u00e7oivent la protection royale de la <em>dhimma, <\/em>alors que ceux du <em>bilad al-siba <\/em>re\u00e7oivent celle de <em>Sayyid <\/em>individuels. Ces st\u00e9r\u00e9otypes attach\u00e9s aux Juifs vivant parmi les Berb\u00e8res ont perdur\u00e9 pendant toute la p\u00e9riode coloniale, pour devenir partie int\u00e9grante des id\u00e9es re\u00e7ues sur le Maroc traditionnel que l\u2019on rencontre reproduites dans de nombreux ouvrages.<\/font><\/p>\n<p><font size=\"2\">Toutefois il ne s\u2019agissait pas seulement de repr\u00e9sentations de l\u2019Autre telles qu\u2019elles avaient cours chez les Europ\u00e9ens. Les Juifs marocains eux-m\u00eames ont fini par int\u00e9rioriser ces st\u00e9r\u00e9otypes, en particulier ceux d\u2019entre eux ayant re\u00e7u une \u00e9ducation fran\u00e7aise. Les Juifs du Haut-Atlas, du Sous et du Sahara \u2013 r\u00e9gions que les Fran\u00e7ais ont mis du temps \u00e0 contr\u00f4ler \u2013 \u00e9taient consid\u00e9r\u00e9s par les Juifs marocains des villes comme des marginaux. Le mythe des Juifs berb\u00e8res r\u00e9percut\u00e9 par les ma\u00eetres de l\u2019Alliance et par les chercheurs fran\u00e7ais \u00e9tait devenu la r\u00e9alit\u00e9 pour les Juifs marocains eux-m\u00eames. Dans l\u2019\u00e9tude la plus d\u00e9taill\u00e9e sur les conditions de vie des Juifs du Sud marocain, publi\u00e9e peu apr\u00e8s l\u2019ind\u00e9pendance et bas\u00e9e essentiellement sur les informations fournies par les directeurs des \u00e9coles de l\u2019Alliance, Pierre Flamand explique comment la \u00a0\u00bb&nbsp;mentalit\u00e9&nbsp;\u00a0\u00bb des Juifs autochtones originaires des r\u00e9gions berb\u00e8res a \u00e9t\u00e9 fa\u00e7onn\u00e9e par le milieu berb\u00e8re. D\u2019apr\u00e8s lui, les Juifs appel\u00e9s <em>Shleuh <\/em>sont faciles \u00e0 identifier du fait de leurs noms, de leurs traits physiques et leur mode de comportement qui leur sont tr\u00e8s typiques&nbsp;: leurs coreligionnaires d\u2019autres extractions reconnaissent les Juifs dits <em>shleuh <\/em>\u00e0 leurs patronymes&nbsp;: Abergel, Abouzaglo, Amoch, Assouline, Chriqui, Harrus, Oiknine, etc., et \u00e0 quelques traits physiologiques et caract\u00e9riels sommaires&nbsp;: larges \u00e9paules, fortes poitrines, yeux vifs dans des visages \u00e0 traits fermes et droits, esprit d\u2019entreprise, acceptation de rudes besognes [39].<\/font><\/p>\n<p><font size=\"2\">L\u2019\u00e9pith\u00e8te utilis\u00e9 par les Juifs marocains pour d\u00e9signer leurs coreligionnaires moins \u00e9volu\u00e9s, \u00a0\u00bb&nbsp;fils de <em>shleuh&nbsp;<\/em>\u00a0\u00bb avait une connotation p\u00e9jorative. R\u00e9percut\u00e9e chez Flamand cette image st\u00e9r\u00e9otypique des Juifs ruraux s\u2019est transport\u00e9e en Isra\u00ebl par les immigrants juifs du Maroc et le terme <em>shleuh <\/em>est devenu synonyme de simplet en argot isra\u00e9lien.<\/font><\/p>\n<p><font size=\"2\">D\u00e9j\u00e0 \u00e0 l\u2019\u00e9poque pr\u00e9-coloniale, la migration des Juifs ruraux vers les villes a produit des clivages entre Jud\u00e9o-berb\u00e8res et Jud\u00e9o-arabes. A Essaouira et \u00e0 Marrakech, les Juifs \u00a0\u00bb&nbsp;autochtones&nbsp;\u00a0\u00bb se distinguaient de leurs coreligionnaires ruraux. Cependant une fois install\u00e9s en ville, les Juifs berb\u00e8res s\u2019arabisaient et s\u2019adaptaient \u00e0 un environnement urbain plus civilis\u00e9 [40]. Ce processus s\u2019intensifia \u00e0 l\u2019\u00e9poque coloniale, mais un certain nombre de Juifs v\u00e9curent dans leur r\u00e9gion d\u2019origine jusqu\u2019\u00e0 leur d\u00e9part en Isra\u00ebl [41]. Par cons\u00e9quent, les porte-parole de l\u2019urbanisation et du progr\u00e8s \u00e9tablirent une division hi\u00e9rarchique entre les diff\u00e9rents types de Juifs marocains que l\u2019on retrouve souvent chez Slouschz et ses \u00e9mules post\u00e9rieurs. Ces diff\u00e9rents types seraient les suivants Juifs hispanophones, \u00e0 Tanger et dans les r\u00e9gions du Nord&nbsp;; Juifs parlant fran\u00e7ais et arabe, sur la c\u00f4te et dans les villes de l\u2019int\u00e9rieur&nbsp;; groupe arabo-berb\u00e8re du centre du pays&nbsp;; groupe arabe et <em>shleuh <\/em>du sud&nbsp;; Juifs arabophones du Sahara [42]. Les classifications post\u00e9rieures adopt\u00e9es par les chantres de l\u2019occidentalisation, comme l\u2019Alliance, ramen\u00e8rent ces divisions \u00e0 quatre cat\u00e9gories essentielles hispanophones, francophones occidentalis\u00e9s, arabophones et berb\u00e9rophones.<\/font><\/p>\n<p><font size=\"2\">Les divisions sociales, suivant le sch\u00e9ma trac\u00e9 par Slouschz, correspondaient aux divisions entre&nbsp;: <em>makhzen <\/em>et <em>siba, <\/em>monde urbain \/ monde rural. Cette vision simpliste devait influencer un bon nombre de chercheurs ayant travaill\u00e9 sur les Juifs marocains durant le Protectorat fran\u00e7ais [43]. Invent\u00e9e ou r\u00e9elle, elle influen\u00e7a pareillement la politique de l\u2019organisation qui a marqu\u00e9 le plus la vie des Juifs marocains pendant le protectorat fran\u00e7ais&nbsp;: l\u2019A.I.U et ses \u00e9coles qui distingu\u00e8rent entre les Juifs du <em>bled, <\/em>comme on appelait les Marocains ruraux, et ceux de la ville. Ces st\u00e9r\u00e9otypes ont \u00e9t\u00e9 int\u00e9rioris\u00e9s par les Juifs marocains eux-m\u00eames, qui consid\u00e9raient les Juifs des r\u00e9gions parlant <em>tashelhit <\/em>sp\u00e9cialement ceux des montagnes de l\u2019Atlas, comme des <em>Shleuh <\/em>primitifs, bien que ceux-ci aient eu g\u00e9n\u00e9ralement des conditions de vie plus saines que celle de leurs fr\u00e8res des <em>mellah<\/em> urbains. Pendant la p\u00e9riode du Protectorat, des tensions tr\u00e8s vives entre les diff\u00e9rentes couches de la population, accompagn\u00e8rent l\u2019arriv\u00e9e de nombreux Juifs ruraux originaires de l\u2019Atlas dans le <em>mellah <\/em>de Marrakech. Ce qui fit dire, en 1940, \u00e0 un observateur vivant \u00e0 Marrakech que les Juifs \u00a0\u00bb&nbsp;\u00e9trangers&nbsp;\u00ab\u00a0, d\u2019origine espagnole qui \u00e9taient mieux \u00e9duqu\u00e9s, furent submerg\u00e9s par les Juifs berb\u00e8res. Ces Juifs ruraux, pensait-on, \u00a0\u00bb&nbsp;ne pratiquaient qu\u2019un juda\u00efsme tr\u00e8s primitif appropri\u00e9 \u00e0 leur mentalit\u00e9. La culture de la Torah, l\u2019observation de quelques rites ext\u00e9rieurs, l\u2019aum\u00f4ne au rabbin de Palestine, le m\u00e9pris et l\u2019hostilit\u00e9 des populations qui l\u2019entourent tels \u00e9taient les seuls liens qui les rattachaient \u00e0 la famille d\u2019Isra\u00ebl&nbsp;\u00ab\u00a0. Ces Juifs berb\u00e8res primitifs, une fois urbanis\u00e9s, devinrent plus juifs. Mais \u00a0\u00bb&nbsp;de ces origines surtout rustiques et montagnardes, le juif <em>marrakchi<\/em> semble avoir gard\u00e9 quelque chose de farouche et de t\u00eatu. Parmi ces coreligionnaires marocains, c\u2019est lui qui se rattache aujourd\u2019hui avec le plus de force aux coutumes de ses anc\u00eatres [45]&nbsp;\u00ab\u00a0. Flamand, qui reprenait les id\u00e9es de ses informateurs de l\u2019Alliance, consid\u00e9rait que les traditions religieuses des Juifs du Sud avaient \u00e9t\u00e9 contamin\u00e9es par des influences \u00a0\u00bb&nbsp;orientales&nbsp;\u00ab\u00a0, d\u00e9form\u00e9es par un isolement mill\u00e9naire des grands centres du juda\u00efsme mondial, assimilant et int\u00e9grant concepts et symboles de l\u2019Islam, ainsi que toutes sortes de rites pa\u00efens tirant leurs sources d\u2019un animisme agraire charg\u00e9 de pratiques superstitieuses. Les Juifs rest\u00e9s dans les r\u00e9gions berb\u00e8res, de plus en plus isol\u00e9s du reste du pays au fur et \u00e0 mesure que s\u2019intensifiait l\u2019urbanisation, \u00e9taient plus marginalis\u00e9s encore, et cela d\u2019autant plus que l\u2019\u00e9migration les privait de leurs meilleurs \u00e9l\u00e9ments [47]. Le foss\u00e9 entre ceux qui restaient dans les campagnes, parmi les Berb\u00e8res, et ceux vivant en ville \u00e9tait plus profond que jamais&nbsp;: \u00a0\u00bb&nbsp;entre le Juif espagnol ou oriental lettr\u00e9 \u00e9rudit, urbain et le Juif berb\u00e8re, fruste, primitif, attach\u00e9 \u00e0 son sol, l\u2019opposition est saisissante [48]&nbsp;\u00ab\u00a0.<\/p>\n<p>Ainsi, l\u2019image du Juif berb\u00e8re, \u00a0\u00bb&nbsp;isol\u00e9 du monde civilis\u00e9 [49]&nbsp;\u00ab\u00a0, descendant des tribus berb\u00e8res autochtones et maintenant des coutumes primitives \u00e9tait parfaitement accept\u00e9e par la soci\u00e9t\u00e9 coloniale. L\u2019id\u00e9e de trouver des Juifs <em>shleuh <\/em>a guid\u00e9 initialement mes recherches dans le Sous. Une des questions \u00e0 laquelle je voulais r\u00e9pondre \u00e9tait de savoir jusqu\u2019\u00e0 quel point les Juifs de l\u2019Atlas et de l\u2019Anti-Atlas utilisaient le berb\u00e8re&nbsp;dans l\u2019enseignement pour expliquer et traduire les textes religieux, ou pour r\u00e9citer certaines pri\u00e8res seulement [50]. La question fut pos\u00e9e d\u00e9j\u00e0 par Galand et Zafrani avec la publication de la <em>Haggada <\/em>de <em>Pessah <\/em>de la communaut\u00e9 juive de Tinrhir, bas\u00e9e sur un texte oral en <em>tamazight. <\/em>Cette <em>Haggada <\/em>berb\u00e8re a toutefois soulev\u00e9 plus de questions qu\u2019elle n\u2019a apport\u00e9 de r\u00e9ponses. Le paysage linguistique de la communaut\u00e9 juive, comme le souligne Zafrani, n\u2019est pas net. La question de l\u2019usage du berb\u00e8re par cette communaut\u00e9 et par d\u2019autres communaut\u00e9s jud\u00e9o-berb\u00e8res \u00e0 des fins liturgiques est loin d\u2019\u00eatre \u00e9lucid\u00e9e.<\/font><\/div>\n<div>\n<div class=\"wsite-multicol\">&nbsp;<\/div>\n<\/div>\n<div class=\"paragraph\" style=\"text-align:justify\"><font size=\"2\">S\u2019agissant encore de la communaut\u00e9 juive d\u2019Iligh, ce qui est frappant dans son histoire relativement courte \u2013 moins de 400 ans \u2013 c\u2019est son cosmopolitisme et son ouverture relative sur le monde. Ainsi, ses habitants eurent vent, au d\u00e9but du XVIIe si\u00e8cle, de l\u2019av\u00e8nement de Shabtai Tzvi [54].<\/font><\/p>\n<p><font size=\"2\">Iligh fut d\u00e9truite par Moulay Rashid en 1670, mais retrouva sa position politique \u00e0 la fin du XVIIIe si\u00e8cle sous Sidi Hashim. En 1815, Sidi Hashim est ainsi d\u00e9crit&nbsp;: \u00a0\u00bb&nbsp;un homme entre 50 et 60 ans, poss\u00e9dant une grande richesse et un grand pouvoir&nbsp;; il est tr\u00e8s rus\u00e9 et tr\u00e8s brave mais rapace et cruel&nbsp;; il a sous ses ordres 15 000 cavaliers des mieux arm\u00e9s&#8230; Toutes les caravanes qui traversent le d\u00e9sert&#8230; jugent n\u00e9cessaire de s\u2019assurer son amiti\u00e9 et sa protection par des pr\u00e9sents. Entre ce chef et l\u2019empereur du Maroc existent la plus implacable des haines et une jalousie continuelle qui, il y a quelques ann\u00e9es, a \u00e9clat\u00e9 en guerre ouverte [55]&nbsp;\u00ab\u00a0. Assur\u00e9ment le chiffre de 15 000 soldats est exag\u00e9r\u00e9, car un marin naufrag\u00e9 qui fut d\u00e9tenu pendant un certain temps dans l\u2019Oued Noun parle de 600 Arabes \u00a0\u00bb&nbsp;mont\u00e9s&nbsp;\u00a0\u00bb seulement sillonnant le pays [56]. Mais les observateurs contemporains \u00e9voquent la puissance politique d\u2019Hashim et le r\u00f4le pr\u00e9pond\u00e9rant d\u2019Iligh dans le commerce transsaharien. Gr\u00e2ce \u00e0 ses commer\u00e7ants juifs, Iligh \u00e9tait reli\u00e9e \u00e0 l\u2019Europe par le port d\u2019Essaouira [57]. Il n\u2019y avait pas que les marchandises et les commer\u00e7ants qui arrivaient du littoral \u00e0 lligh. Des \u00e9missaires de Palestine, comme Haim Joseph Masliah, en 1817, pass\u00e8rent \u00e9galement par Iligh [58], ainsi que des marins europ\u00e9ens naufrag\u00e9s sur la c\u00f4te et tenus en otage \u00e0 Iligh. Gr\u00e2ce \u00e0 leurs relations avec le port d\u2019Essaouira, les Juifs d\u2019Iligh servaient d\u2019interm\u00e9diaires pour le rachat et la restitution de ces captifs aux consulats europ\u00e9ens install\u00e9s dans cette ville [59].<\/font><\/p>\n<p><font size=\"2\">Avec le d\u00e9clin du commerce transsaharien et la ruine d\u2019Essaouira comme port international \u00e0 la fin du XIXe si\u00e8cle et au d\u00e9but du XXe si\u00e8cle, Iligh cessa d\u2019\u00eatre un centre de commerce international. Ceci porta atteinte \u00e0 la communaut\u00e9 juive locale dont les relations avec le monde ext\u00e9rieur s\u2019amenuis\u00e8rent. Cette situation s\u2019aggrava davantage encore pendant la p\u00e9riode coloniale et jusqu\u2019\u00e0 la seconde Guerre mondiale. Apr\u00e8s la guerre, l\u2019Alliance commen\u00e7a \u00e0 d\u00e9velopper son r\u00e9seau des \u00a0\u00bb&nbsp;\u00e9coles de bled&nbsp;\u00ab\u00a0. Dans l\u2019optique de ses dirigeants, cette expansion \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du \u00a0\u00bb&nbsp;vrai bled&nbsp;\u00a0\u00bb devait englober les \u00a0\u00bb&nbsp;villages isol\u00e9s des vall\u00e9es de l\u2019Atlas, du grand Sud et des oasis pr\u00e9-sahariennes [60]&nbsp;\u00ab\u00a0. C\u2019est donc vers la fin du Protectorat fran\u00e7ais qu\u2019Iligh devait attirer l\u2019attention de l\u2019Alliance qui y cr\u00e9a sa premi\u00e8re \u00e9cole en 1954 [61], aussit\u00f4t ferm\u00e9e avec le d\u00e9part de la communaut\u00e9 quelques ann\u00e9es plus tard. Pour marquer l\u2019ouverture de l\u2019\u00e9cole, on tourna un film&nbsp;: \u00a0\u00bb&nbsp;Ils seront des hommes&nbsp;\u00ab\u00a0. Lors de la projection du film, Jules Brunschvig, le vice-pr\u00e9sident de l\u2019Alliance, proclama&nbsp;: \u00a0\u00bb&nbsp;l\u2019\u00c9cole tirera ces populations de leur mis\u00e8re [62]&nbsp;\u00ab\u00a0. Un d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 de l\u2019Alliance, en visite \u00e0 Iligh, mentionna l\u2019\u00e9cole comme \u00a0\u00bb&nbsp;\u2019h\u00e9ro\u00efne si l\u2019on peut dire, du r\u00e9cent film de l\u2019Alliance, et qui le m\u00e9rite si bien [63] \u00ab\u00a0. Toutefois, apr\u00e8s l\u2019ind\u00e9pendance du Maroc, l\u2019id\u00e9e de perp\u00e9tuer les communaut\u00e9s juives des petits <em>mellah <\/em>du Sud marocain fut rapidement abandonn\u00e9e, les dirigeants du juda\u00efsme marocain ne pouvant faire grand-chose pour relever ces communaut\u00e9s rurales du Sud, pensant que celles-ci seraient mieux en Isra\u00ebl. \u00a0\u00bb&nbsp;J\u2019ai vid\u00e9 les <em>mellah&nbsp;<\/em>\u00ab\u00a0, me dit un membre important de la communaut\u00e9 en 1981.<\/font><\/p>\n<p><font size=\"2\">Iligh \u00e9tait consid\u00e9r\u00e9e comme \u00e9loign\u00e9e du monde civilis\u00e9 tant par les Juifs urbains que par l\u2019Alliance. Sa communaut\u00e9 qui s\u2019installa en Isra\u00ebl, entre la fin des ann\u00e9es 1950 et le d\u00e9but des ann\u00e9es 1960, n\u2019\u00e9tait pas aussi \u00e9loign\u00e9e du monde juif, comme les hommes de l\u2019Alliance se l\u2019imaginaient. Mais avant leur d\u00e9part, les Juifs d\u2019lligh ont enterr\u00e9 dans la vieille synagogue de leur localit\u00e9 une <em>Geniza <\/em>que j\u2019ai fouill\u00e9e en 1981. Malheureusement, presque tout son contenu \u00e9tait en d\u00e9composition \u00e0 cause de l\u2019humidit\u00e9 du sol. Il en restait quelques fragments datant de la p\u00e9riode pr\u00e9c\u00e9dant le d\u00e9part des Juifs. Des textes religieux, des livres de pri\u00e8res ainsi que des fragments de lettres et de livres de comptes en jud\u00e9o-arabe. Certains fragments r\u00e9v\u00e9laient que quelques livres de pri\u00e8res en usage \u00e0 lligh avaient \u00e9t\u00e9 publi\u00e9s en Pologne. Contrairement \u00e0 l\u2019id\u00e9e pr\u00e9valant en Isra\u00ebl, selon laquelle les Juifs de cette contr\u00e9e \u00e9taient totalement ignorants du sionisme politique, la <em>Geniza <\/em>d\u2019lligh nous a apport\u00e9 la preuve de la diffusion de textes h\u00e9breux modernes et de pamphlets sionistes.<\/font><\/p>\n<p><font size=\"2\">La recherche sur les Juifs vivant parmi les Berb\u00e8res reste encore \u00e0 faire et nous sommes conscients des lacunes qui restent \u00e0 combler. Ce que j\u2019ai essay\u00e9 de montrer dans cette \u00e9tude est que notre savoir sur les Juifs ruraux du Maroc reste largement tributaire des st\u00e9r\u00e9otypes sur le Juif berb\u00e8re, st\u00e9r\u00e9otypes accept\u00e9s aussi bien par le colonisateur et que par les colonis\u00e9s \u2013 refl\u00e9tant les divisions internes existant au sein des communaut\u00e9s juives du Maroc sous le protectorat. Ces divisions ont \u00e9t\u00e9 entretenues en Isra\u00ebl du fait de la p\u00e9rennit\u00e9 des mythes concernant les Juifs berb\u00e8res.<\/font><\/div>\n<div>\n<div style=\"width:100%\">&nbsp;<\/div>\n<hr class=\"styled-hr\" style=\"width:100%\" \/>\n<div style=\"width:100%\">&nbsp;<\/div>\n<\/div>\n<div class=\"paragraph\" style=\"text-align:justify\"><strong>NOTES<\/strong><br \/>\n&nbsp;<\/p>\n<ol>\n<li><font size=\"2\">Pour une carte pr\u00e9liminaire des communaut\u00e9s juives du sud marocain, voir l\u2019\u00e9tude ethnographique de Harvey E. Goldberg, \u00a0\u00bb&nbsp;The Mellahs of Southern Morocco&nbsp;\u00ab\u00a0, <em>The Maghreb Review<\/em> 8, 3-4,1983, pp. 61-69.<\/font><\/li>\n<li><font size=\"2\">On peut en citer des dizaines d\u2019exemples. Voir notamment la distinction entre Juifs parlant le berb\u00e8re et juifs parlant l\u2019arabe faite par L\u00e9on Godard, <em>Description et histoire du Maroc<\/em>, Paris. C. Tanera, 1860, p.15. L\u2019auteur se r\u00e9f\u00e8re aux tribus berb\u00e8res pratiquant le juda\u00efsme dans l\u2019Oued Noun et parmi les <em>Amazigh. <\/em>Il semble croire qu\u2019ils vinrent de Palestine dans de temps ancien. Il note que l\u2019Oued Noun \u00e9tait une r\u00e9gion arabophone.<\/font><\/li>\n<li><font size=\"2\"><em>Travels in Morocco, <\/em>Londres. Charles J. Skeet. 1860. II. pp 7-10.<\/font><\/li>\n<li><font size=\"2\">Nous avons publi\u00e9 avec le regrett\u00e9 Paul Pascon un premier article sur la communaut\u00e9 juive d\u2019Iligh. \u00a0\u00bb&nbsp;Le cimeti\u00e8re juif d\u2019Iligh, 1751-1955&nbsp;<em>: <\/em>\u00e9tude des \u00e9pitaphes comme documents d\u2019histoire sociale \u00ab\u00a0, <em>Revue de l\u2019occident musulman et de la M\u00e9diterran\u00e9e. <\/em>34, 2, 1982, pp. 39-62. Une autre version de cet article a aussi \u00e9t\u00e9 publi\u00e9e dans Paul Pascon. <em>La<\/em> <em>Maison d\u2019Iligh et l\u2019histoire sociale du Tazerwalt, <\/em>Rabat, SMER, 1984. pp. 113-140.<\/font><\/li>\n<li><font size=\"2\">Voir notre article \u00a0\u00bb Orientalism and the Jews of the Mediterranean \u00ab\u00a0, <em>Journal of Mediterranean Studies<\/em>, 4.2.1994, pp. 183-196.<\/font><\/li>\n<li><font size=\"2\">Nahum Slouschz, <em>Travels in North Africa, <\/em>Philadelphia, The Jewish Publication Society of America, 1927, p. 274 ; <em>idem, Un voyage d\u2019\u00e9tudes juives en Afrique, <\/em>Paris, Librairie C. Klincksieck, 1909, pp. 3-15. L\u2019hypoth\u00e8se de l\u2019origine berb\u00e8re des Juifs \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du Maroc a \u00e9t\u00e9 \u00e9mise par Moise Nahon, \u00a0\u00bb&nbsp;Les Isra\u00e9lites du Maroc&nbsp;\u00ab\u00a0<em>, Revue des \u00e9tudes ethnographiques et sociologiques, <\/em>2. 1909, p. 259. Slouschz avait d\u00e9j\u00e0 commenc\u00e9 \u00e0 publier certaines de ses recherches dans <em>Archives Marocaines, <\/em>en 1905, mais Nahon ne les cite pas.<\/font><\/li>\n<li><font size=\"2\">Voir, Abraham I Laredo, <em>Berberes y hebreos en Marruecos, <\/em>Madrid, Instituto de Estudios Africanos, 1954. Dans la p\u00e9riode post-coloniale aussi, plusieurs chercheurs affirment que la plupart des Juifs indig\u00e8nes de l\u2019Afrique du Nord descendent des tribus berb\u00e8res. Voir, par exemple, Gabriel Camps, <em>Les Berb\u00e8res&nbsp;: M\u00e9moire et identit\u00e9, <\/em>Paris, \u00c9ditions Errance, 1995, p. 98.<\/font><\/li>\n<li><font size=\"2\">Sur Le Chatelier et la Mission scientifique du Maroc, voir Edmund Burke, III, \u00a0\u00bb La Mission scientifique au Maroc \u00ab\u00a0, in Actes de Durham : <em>Recherches r\u00e9centes sur le Maroc moderne, <\/em>Rabat, <em>Publication du Bulletin \u00e9conomique et social du Maroc, <\/em>1978, pp. 37-56&nbsp;; <em>idem, <\/em>\u00a0\u00bb The First Crisis of orientalism, 1890-1914&nbsp;\u00ab\u00a0, in <em>Contemporary North Africa, <\/em>\u00e9diteur Halim Barakat, Sydney, Croom Helm, 1985, pp. 217-219.<\/font><\/li>\n<li><font size=\"2\">Sur la mission de Slouschz, voir Daniel Schroeter et Joseph Chetrit \u00a0\u00bb The Reform of Jewish Institutions in Morocco at the Beginning of the Colonial Government (1912-1919) \u00ab\u00a0, (en h\u00e9breu), <em>Miqqedem Umiyyam, <\/em>6, 1995, pp. 77-81; voir aussi Mohammed Kenbib, <em>Juifs et<\/em> <em>Musulmans au Maroc&nbsp;: 1859-1948, <\/em>Rabat, Universit\u00e9 Mohammed V, Publications de la Facult\u00e9 des Lettres et des Sciences Humaines, 1994, p. 411.<\/font><\/li>\n<li><font size=\"2\">Slouschz <em>Travels, <\/em>p. ix.<\/font><\/li>\n<li><font size=\"2\">H. Z. Hirschberg, \u00a0\u00bb The problems of the Judaized Berbers \u00ab\u00a0, <em>Journal 0f African History, <\/em>4, 1963. pp. 312-339. D\u2019apr\u00e8s Norman Roth, la jud\u00e9it\u00e9 des tribus berb\u00e8res pr\u00e9-islamiques est douteuse \u00e0 cause de la r\u00e9pression du juda\u00efsme durant l\u2019occupation byzantine en Afrique du Nord. \u00a0\u00bb&nbsp;The Kahina&nbsp;: Legendary Material in the Accounts of the Jewish Berber Queen \u00ab\u00a0, <em>The Maghreb Review, <\/em>vol. 7, 5-6, 1982, p. 124. Tout en acceptant l\u2019essentiel de sa th\u00e8se, Hirschberg a \u00e9t\u00e9 critiqu\u00e9 pour avoir minimis\u00e9 l\u2019importance de la conversion des Berb\u00e8res au juda\u00efsme, en raison de ses travers europ\u00e9ens. Hirschberg m\u00eale, \u00e0 son objectivit\u00e9 d\u2019historien et d\u2019orientaliste \u00e9rudit, une certaine subjectivit\u00e9 de Juif occidental rest\u00e9 fid\u00e8le \u00e0 ses traditions religieuses qui d\u00e9couragent le pros\u00e9lytisme, (Andr\u00e9 Chouraqui. <em>Histoire des Juifs en Afrique du Nord, <\/em>Paris, Hachette, 1986, p. 65.) Par ailleurs, dans une \u00e9tude sur les groupes sanguins marocains, il a \u00e9t\u00e9 constat\u00e9 que les juifs \u00e9taient diff\u00e9rents de leurs voisins musulmans : certains auteurs en virent la preuve que si les Berb\u00e8res ont \u00e9t\u00e9 largement juda\u00efs\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9poque pr\u00e9-islamique, la plupart ont \u00e9t\u00e9 islamis\u00e9s par la suite, et seuls les \u00a0\u00bb&nbsp;juifs d\u2019origine&nbsp;\u00a0\u00bb ont conserv\u00e9 leur juda\u00efsme. D. Mechali, J. Lev\u00eaque, et P. Faure, \u00a0\u00bb&nbsp;Les groupes sanguins ABO et Rh des Juifs du Maroc&nbsp;\u00ab\u00a0, <em>Bulletin de la<\/em> <em>Soci\u00e9t\u00e9 d\u2019anthropologie de Paris, <\/em>s\u00e9rie 10, 9, 1957, pp. 354-370.<\/font><\/li>\n<li><font size=\"2\"><em>The Non-Jewish Origins of the Sephardic Jews, <\/em>Albany: State University of New York Press, 1996.<\/font><\/li>\n<li><font size=\"2\"><em>Histoire des Berb\u00e8res, <\/em>4 vols, Paris, 1925-1956, vol. I, pp. 208-209.<\/font><\/li>\n<li><font size=\"2\">D. Jacques-Meuni\u00e9, <em>Le Maroc saharien des origines au XVIe si\u00e8cle, <\/em>Paris, Librairie Klincksieck, 1982, pp. 173-188. Voir aussi Gabriel Camps, \u00a0\u00bb&nbsp;R\u00e9flexions sur l\u2019origine des Juifs des r\u00e9gions nord-sahariennes&nbsp;\u00ab\u00a0, dans M. Abitbol, <em>Communaut\u00e9s juives des marges sahariennes du Maghreb, <\/em>J\u00e9rusalem, Institut Ben-Zvi, 1982, pp. 57-67.<\/font><\/li>\n<li><font size=\"2\">Voir Maya Shatzmiller, <em>L\u2019Historiographie m\u00e9rinide&nbsp;: Ibn Khaldun et ses contemporains, <\/em>Leiden. E. J. Brill, 1982, p. 115ff.<\/font><\/li>\n<li><font size=\"2\"><em>Ibid, <\/em>p. 188.<\/font><\/li>\n<li><font size=\"2\">Voir en particulier Germain Ayache, \u00a0\u00bb La fonction d\u2019arbitrage du Makhzen \u00ab\u00a0, dans <em>\u00c9tudes d\u2019histoire marocaine, <\/em>Rabat, SMFR, 1979, pp. 159-176. Sur l\u2019\u00e9volution de la perception des rapports entre <em>makhzan <\/em>et <em>siba, <\/em>dans l\u2019ethnologie fran\u00e7aise du Maroc. voir Edmund Burke III, \u00a0\u00bb&nbsp;The Image of the Moroccan State in French Ethnological Literature&nbsp;: a New Look at the Origin of Lyautey\u2019s Berber policy&nbsp;\u00ab\u00a0, dans Ernest Gellner et Charles Micaud, <em>Arabs and Berbers <\/em>(eds), Londres, Duckworth, 1973, pp. 175-199.<\/font><\/li>\n<li><font size=\"2\"><em>Reconnaissance au Maroc, <\/em>1883-1884, Paris, Challamel, p. 398.<\/font><\/li>\n<li><font size=\"2\"><em>Travels, <\/em>p. 483.<\/font><\/li>\n<li><font size=\"2\">John Davidson, <em>Notes Taken during Travels in Africa, <\/em>Londres, 1839, p. 165.<\/font><\/li>\n<li><font size=\"2\"><em>Ibid., <\/em>p. 188.<\/font><\/li>\n<li><font size=\"2\"><em>Ibid., <\/em>p. 192.<\/font><\/li>\n<li><font size=\"2\">Richardson, <em>Travels, <\/em>11, pp. 8-9.<\/font><\/li>\n<li><font size=\"2\"><em>Ibid, <\/em>pp. 7-8.<\/font><\/li>\n<li><font size=\"2\">Voir \u00e0 ce sujet, \u00ab\u00a0Jewish Existence in a Berber Environment\u00a0\u00bb, dans <em>Jewish Societies in the Middle East, <\/em>ed. par Shlomo Deshen et P. Zenner, Washington DC, University Press of America, 1982, p. 107.<\/font><\/li>\n<li><font size=\"2\"><em>Archives d\u2019Iligh. <\/em>K3 et K10. Paul Pascon a examin\u00e9 un choix d\u2019extraits de ces livres de comptes d\u2019Iligh, voir \u00e0 ce sujet <em>La<\/em> <em>Maison, <\/em>pp. 80-81.<\/font><\/li>\n<li><font size=\"2\">AIU\/Maroc III. B. 14. Mogador 24 avril 1874, Abraham Corcos \u00e0 AIU.<\/font><\/li>\n<li><font size=\"2\"><em>Ibid.<\/em><\/font><\/li>\n<li><font size=\"2\">Extrait du registre K3, Archives d\u2019Iligh.<\/font><\/li>\n<li><font size=\"2\"><em>Archives de l\u2019Alliance isra\u00e9lite universelle <\/em>(ci-apr\u00e8s AIU)\/Maroc III. C. 10 Mogador, le 19 juillet 1889, J de A Elmaleh \u00e0 AIU&nbsp;; <em>Hamagid, <\/em>23 septembre 1889&nbsp;; \u00a0\u00bb&nbsp;Yishaq b. Yais Halewi&nbsp;\u00a0\u00bb dans <em>Hasfirah <\/em>18, 1891: 573, 577. Le rapport du consul fran\u00e7ais ne mentionne pas les coups, mais sugg\u00e8re que les pr\u00eats constants qu\u2019il \u00e9tait oblig\u00e9 de faire \u00e0 Muhammad ont pouss\u00e9 Souissa \u00e0 s\u2019enfuir, Archives du Minist\u00e8re des Affaires \u00e9trang\u00e8res (Nantes), Tanger 95, Mogador, 23 ao\u00fbt 1889, Lacoste.<\/font><\/li>\n<li><font size=\"2\"><em>Reconnaissance au Maroc, <\/em>p. 400. Voir \u00e0 ce sujet Allan R. Meyers, \u00a0\u00bb Patrongage and Protection : The Status of Jews in Precolonial Morocco \u00ab\u00a0, dans <em>Jewish Societies in the Middle East, <\/em>ed. par Shlomo Deshen et P. Zenner, Washington DC, University Press of America, 1982, pp. 99-100.<\/font><\/li>\n<li><font size=\"2\">L. Justinard, <em>Un petit royaume berb\u00e8re&nbsp;: le Tazeroualt. Un saint berb\u00e8re Sidi Ahmed ou Moussa, <\/em>Paris, Maisonneuve, 1954, pp. 75-77&nbsp;; E. G\u00e9renton, \u00a0\u00bb&nbsp;Les exp\u00e9ditions de Moulay El Hassan dans le Sous, 1882-1886&nbsp;\u00ab\u00a0, <em>Renseignements Coloniaux, <\/em>(1924)&nbsp;: 265-286.<\/font><\/li>\n<li><font size=\"2\">Moharned Ennaji et Paul Pascon, <em>Le<\/em> <em>Makhzen et le Sous al-Aqsa, <\/em>Paris, CNRS, 1988, pp. 125-126.<\/font><\/li>\n<li><font size=\"2\"><em>Ibid<\/em> pp. 142, 169-170.<\/font><\/li>\n<li><font size=\"2\">Il fait \u00e9galement r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 <em>al-ashura al-kabira<\/em> et <em>al-sghira<\/em>.<\/font><\/li>\n<li><font size=\"2\">Voir Burke, \u00a0\u00bb The Image of the Moroccan State \u00ab\u00a0, pp. 193-194 et Kenneth Brown \u00a0\u00bb&nbsp;The Impact of the Dahir Berb\u00e8re in Sal\u00e9&nbsp;\u00ab\u00a0, dans <em>Arabs and Berbers<\/em>, op. cit., pp. 201-206.<\/font><\/li>\n<li><font size=\"2\">Nahum Slouschz, \u00a0\u00bb&nbsp;H\u00e9braeo-ph\u00e9niciens et jud\u00e9o-berb\u00e8res. Introduction \u00e0 l\u2019histoire des Juifs et du juda\u00efsme en Afrique \u00ab\u00a0, <em>Archives Marocaines, <\/em>14, 1908, pp. 450-452.<\/font><\/li>\n<li><font size=\"2\">Slouschz, <em>Travels<\/em>, p. 467.<\/font><\/li>\n<li><font size=\"2\">Pierre Flamand, <em>Diaspora juive en terre d\u2019Islam. Les communaut\u00e9s isra\u00e9lites du sud marocain&nbsp;; essai de description et d\u2019analyse de la vie juive en milieu berb\u00e8re, <\/em>Casablanca, 1959, pp. 215-216.<\/font><\/li>\n<li><font size=\"2\">Nahon, <em>Les Isra\u00e9lites, <\/em>p. 260.<\/font><\/li>\n<li><font size=\"2\">Pour un expos\u00e9 sur les <em>mellah <\/em>de l\u2019Atlas dans les ann\u00e9es 1930, voir Y. D. Semach, \u00a0\u00bb&nbsp;Les saints de l\u2019Atlas&nbsp;\u00ab\u00a0, <em>Paix et Droit, <\/em>n\u00b0 10, d\u00e9cembre 1937, pp. 10-11, n\u00b0 1 janvier 1938, pp. 7-8, n\u00b0 2, f\u00e9vrier 1938, pp. 10-11.<\/font><\/li>\n<li><font size=\"2\">Slouschz, <em>Travels, <\/em>pp. 377-379. Voir, par exemple, Manuel L. Ortega, <em>Les Hebreos en Marruecos, <\/em>Madrid. 1934, pp. 116-117&nbsp;; ces cat\u00e9gories, <em>mutatis mutandis, <\/em>sont reproduites int\u00e9gralement par Michael M. Laskier, <em>The Alliance Isra\u00e9lite universelle and<\/em> <em>the Jewish Communities of Morocco :1862-1962<\/em>, Albany, State University of New York Press, 1983, pp. 20-21. Laskier s\u2019appuie \u00e0 ce sujet sur Nahon <em>(Les Isra\u00e9lites, <\/em>p. 260).<\/font><\/li>\n<li><font size=\"2\">Voir, par exemple Doris Bensimon-Dorath, <em>\u00c9volution du Juda\u00efsme marocain sous le Protectorat fran\u00e7ais, 1912-1956, <\/em>Paris, Mouton &amp; Compagnie, 1968, p. 13. Laskier <em>The Alliance, <\/em>pp. 14-16 ; <em>idem<strong>, <\/strong><\/em>\u00a0\u00bb&nbsp;Aspects of Change and Modernisation the Jewish Communities of Morocco\u2019s Bled&nbsp;\u00ab\u00a0, dans <em>Communaut\u00e9s juives des marges sahariennes du Maghreb, <\/em>\u00e9dit\u00e9 par M. Abitbol, J\u00e9rusalem, Institut Ben-Zvi, 1982, pp. 331-332.<\/font><\/li>\n<li><font size=\"2\">Cf. Flamand, <em>Diaspora, <\/em>pp 97-98.<\/font><\/li>\n<li><font size=\"2\">Jos\u00e9 B\u00e9nech, <em>Essai d\u2019explication d\u2019un mellah, <\/em>s.d., pp. 29-30.<\/font><\/li>\n<li><font size=\"2\">Diaspora, p. 306<\/font><\/li>\n<li><font size=\"2\"><em>Ibid<\/em>., p 269.<\/font><\/li>\n<li><font size=\"2\">B\u00e9nech<em>, Essai, <\/em>p. 11.<\/font><\/li>\n<li><font size=\"2\">Goldenberg, <em>Exp\u00e9dition, <\/em>p. 27.<\/font><\/li>\n<li><font size=\"2\">P. Galand-Pernet &amp; Ha\u00efm Zafrani, <em>Une version berb\u00e8re de la Haggada de Pessah, <\/em>Paris, Geuthner, 1970, p. 2.<\/font><\/li>\n<li><font size=\"2\">Goldenberg, <em>Mellahs of Southern Morocco, <\/em>pp. 62-63.<\/font><\/li>\n<li><font size=\"2\">Foucauld, <em>Reconnaissance, <\/em>p. 398.<\/font><\/li>\n<li><font size=\"2\">A. Goldenberg, \u00a0\u00bb&nbsp;Exp\u00e9dition dans le Haut-Atlas marocain&nbsp;\u00ab\u00a0, <em>Les Cahiers de L\u2019Alliance Isra\u00e9lite Universelle, <\/em>septembre 1952<em>, <\/em>p. 27. Pour Akka, voir Vincent Monteil, \u00a0\u00bb Choses et gens du Bani \u00ab\u00a0, <em>Hesp\u00e9ris, <\/em>33, 1946, p. 39.<\/font><\/li>\n<li><font size=\"2\">Adversaire notoire des Sabbat\u00e9ens, Jacob Sasportas rapporte dans son ouvrage <em>Zizat Nobbel Zvi, <\/em>les rumeurs relatives aux dix tribus perdues circulant \u00e0 Iligh&nbsp;: voir Hirschberg, <em>The Problem, <\/em>pp. 332-333.<\/font><\/li>\n<li><font size=\"2\">Voir \u00e0 ce sujet James Riley, <em>An Authentic Narrative 0f the Loss 0f the American Brig Commerce<\/em>, 1846, pp. 134-135.<\/font><\/li>\n<li><font size=\"2\">Archibard Robbins, <em>A Journal comprising an Account of the Loss of the American brig Commerce<\/em>, 1851, pp. 213-214.<\/font><\/li>\n<li><font size=\"2\">The narrative of Robert Adams, Londres, 1816, pp. 76-77, 150-152.<\/font><\/li>\n<li><font size=\"2\">Archives Nationales d\u2019Outre Mer, Aix-en-Provence&nbsp;: F80 1589A, dossier de Delaporte, <em>Notes sur l\u2019Afrique<\/em>.<\/font><\/li>\n<li><font size=\"2\">Public Record Office, F0 631\/,4 avril 1816, Wiltshire&nbsp;; Justinard, Un petit royaume, op. cit., pp. 64-67.<\/font><\/li>\n<li><font size=\"2\">Andr\u00e9 Goldenberg, \u00a0\u00bb&nbsp;Les Juifs du Maroc et l\u2019Alliance&nbsp;: les \u00e9coles de bled&nbsp;\u00ab\u00a0. <em>Les Cahiers de l\u2019Alliance isra\u00e9lite universelle, <\/em>nouvelle s\u00e9rie, n\u00b0 5 juin 1993, p. 24.<\/font><\/li>\n<li><font size=\"2\">Elle comptait 42 \u00e9l\u00e8ves en 1954&nbsp;: Flamand, <em>Diaspora, <\/em>p. 312. A la veille de l\u2019Ind\u00e9pendance, l\u2019Alliance \u00e9tait toujours int\u00e9ress\u00e9e par la perspective d\u2019ouverture de nouvelles \u00e9coles dans les r\u00e9gions isol\u00e9es du Sud. Voir Cochba Levy, \u00a0\u00bb&nbsp;Notes de voyage dans l\u2019extr\u00eame sud marocain \u00ab\u00a0, <em>Les<\/em> <em>Cahiers de l\u2019Alliance Isra\u00e9lite Universelle, <\/em>n\u00b0 83, mal 1954, pp. 26-32.<\/font><\/li>\n<li><font size=\"2\"><em>Ibid., <\/em>p. 314.<\/font><\/li>\n<li><font size=\"2\">Levy, <em>Notes, <\/em>pp. 31-32.<\/font><\/li>\n<\/ol>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La d\u00e9couverte des Juifs berb\u00e8res &nbsp; Daniel J. Schroeter in Relations Jud\u00e9o-Musulmanes au Maroc&nbsp;: perceptions et r\u00e9alit\u00e9s, edited by Michel Abitbol, Paris: Editions Stavit, 1997, pp. 169-187 &nbsp; Parmi les travaux et domaines d\u2019\u00e9tudes concernant le pass\u00e9 des Juifs marocains, l\u2019histoire des Juifs dans les r\u00e9gions \u00e0 dominance berb\u00e8re occupe une tr\u00e8s faible place. 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