{"id":65927,"date":"2021-10-03T06:28:39","date_gmt":"2021-10-03T06:28:39","guid":{"rendered":""},"modified":"2021-10-03T06:28:39","modified_gmt":"2021-10-03T06:28:39","slug":"les-mutations-du-judaisme-tunisien-apres-la-seconde-guerre-mondiale-par-claude-nataf","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/les-mutations-du-judaisme-tunisien-apres-la-seconde-guerre-mondiale-par-claude-nataf\/","title":{"rendered":"Les mutations du juda\u00efsme tunisien apr\u00e8s la Seconde Guerre mondiale par Claude Nataf"},"content":{"rendered":"<p>Les mutations du juda\u00efsme tunisien apr\u00e8s la Seconde Guerre mondiale<br \/>\npar Claude Nataf<\/p>\n<p>\nClaude NATAF, titulaire d\u2019un DEA d\u2019histoire du XXe si\u00e8cle (IEP Paris), pr\u00e9side la Soci\u00e9t\u00e9 d\u2019histoire des Juifs de Tunisie.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>1<br \/>\nCommenc\u00e9e au d\u00e9but du XIXe si\u00e8cle, la marche des communaut\u00e9s juives de Tunisie vers l\u2019Occident a \u00e9t\u00e9 acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e par la cr\u00e9ation en 1878 d\u2019une \u00e9cole de l\u2019Alliance isra\u00e9lite universelle dans la capitale et l\u2019\u00e9tablissement du Protectorat fran\u00e7ais sur la R\u00e9gence en 1881. Les mutations profondes apport\u00e9es par le mod\u00e8le occidental dans les institutions, la culture, la pratique religieuse, les m\u0153urs des communaut\u00e9s juives du pays ont peu \u00e0 peu entra\u00een\u00e9 l\u2019\u00e9mergence d\u2019un type d\u2019individu bien diff\u00e9rent du Juif arabis\u00e9 dont l\u2019image a \u00e9t\u00e9 largement v\u00e9hicul\u00e9e par les \u00e9crivains voyageurs, les peintres et les cartes postales\u202f[1][1] Cf. Paul Sebag, Histoire des Juifs de Tunisie des origines&#8230;.<\/p>\n<p><strong>Le traumatisme de la guerre<\/strong><br \/>\n2<br \/>\nLa Seconde Guerre mondiale a constitu\u00e9 un choc pour ces communaut\u00e9s qui tendaient de plus en plus \u00e0 s\u2019identifier au colonisateur et \u00e0 reproduire le mod\u00e8le du Juif m\u00e9tropolitain. La d\u00e9faite de la France, consid\u00e9r\u00e9e jusqu\u2019alors comme invincible, invincibilit\u00e9 qui expliquait et justifiait sa pr\u00e9sence en Tunisie, a remis en question le bien fond\u00e9 du Protectorat. Les lois raciales, appliqu\u00e9es en Tunisie du 30 novembre 1940 au 10 juin 1943, ont d\u00e9truit l\u2019image de la France r\u00e9publicaine, \u00e9galitariste, \u00e9mancipatrice des Juifs, garante des libert\u00e9s et qui, en 1881, avait aboli toutes les discriminations qui pesaient encore sur les Juifs de la R\u00e9gence. Le statut discriminatoire impos\u00e9 par Vichy n\u2019est abrog\u00e9 que le 8 ao\u00fbt 1943, soit deux mois apr\u00e8s la lib\u00e9ration de Tunis, et non sans que la communaut\u00e9 juive ait eu \u00e0 livrer combat. Les r\u00e9ticences des autorit\u00e9s giraudistes d\u2019Alger \u00e0 mettre fin \u00e0 la l\u00e9gislation de Vichy laiss\u00e8rent un go\u00fbt amer aux responsables du juda\u00efsme tunisien qui avaient milit\u00e9 pour l\u2019assimilation fran\u00e7aise, leur donnant \u00e0 penser que les lois raciales n\u2019avaient pas \u00e9t\u00e9 un gage donn\u00e9 par Vichy aux occupants allemands mais l\u2019expression d\u2019une volont\u00e9 politique propre\u202f[2][2] Sur la p\u00e9riode de la guerre, cf. Paul Ghez, Six mois&#8230;.<\/p>\n<p>3<br \/>\nLa Tunisie a \u00e9t\u00e9 occup\u00e9e par les troupes de l\u2019Axe durant six mois o\u00f9, dans les camps de travail forc\u00e9 institu\u00e9s par les Allemands, plusieurs milliers de jeunes \u2013 entre dix-sept et trente ans pour la plupart \u2013 v\u00e9curent dans des conditions difficiles, souvent victimes de mauvais traitements et d\u2019actes de barbarie. Si le bilan final n\u2019est pas trop lourd puisque le nombre de tu\u00e9s dans les camps d\u2019internement se limite \u00e0 quarante-trois jeunes gens, les Juifs de Tunisie ont ressenti douloureusement, pendant cette p\u00e9riode dramatique, leur abandon par les autorit\u00e9s fran\u00e7aises qui, en d\u00e9pit de quelques gestes ponctuels, ne sont pas intervenues pour emp\u00eacher ou limiter les mesures prises \u00e0 leur encontre par les Allemands.<\/p>\n<p>4<br \/>\nL\u2019image de la puissance protectrice est donc atteinte et l\u2019on ne peut s\u2019emp\u00eacher de consid\u00e9rer que la France a ainsi elle-m\u00eame port\u00e9 le premier coup au trait\u00e9 du Bardo sign\u00e9 en 1881 avec le bey de Tunis, qui fondait l\u2019occupation fran\u00e7aise sur l\u2019engagement de prot\u00e9ger la personne du souverain et ses sujets.<\/p>\n<p>5<br \/>\nLa Tunisie a \u00e9t\u00e9 \u00e9galement pendant ces six mois d\u2019occupation un champ de bataille entre les bellig\u00e9rants. Tunis et les principales villes de l\u2019int\u00e9rieur ont \u00e9t\u00e9 l\u2019objet de bombardements a\u00e9riens presque quotidiens. \u00c0 la Lib\u00e9ration, des milliers d\u2019hectares de culture \u00e9taient d\u00e9vast\u00e9s, des villes \u00e0 forte population juive comme Sfax, Sousse, Bizerte, B\u00e9ja, enti\u00e8rement d\u00e9truites, la structure industrielle, g\u00e9n\u00e9ralement situ\u00e9e dans les zones portuaires, presque totalement endommag\u00e9e. Cette situation a entra\u00een\u00e9 d\u2019importants mouvements de la population juive de l\u2019int\u00e9rieur vers Tunis, l\u2019apparition au sein de la communaut\u00e9 de la capitale d\u2019un nouveau type d\u2019assist\u00e9s, les r\u00e9fugi\u00e9s, et une prol\u00e9tarisation de nombreux \u00e9l\u00e9ments de la petite bourgeoisie, voire de la moyenne et de la grande bourgeoisie, touch\u00e9s dans leurs emplois ou dans leurs biens. Coup\u00e9e de la m\u00e9tropole, la Tunisie ne peut commencer sa reconstruction qu\u2019apr\u00e8s 1945 et m\u00eame 1947 pour des villes comme Sfax et Sousse.<\/p>\n<p>6<br \/>\nTous ces bouleversements li\u00e9s \u00e0 la guerre eurent des r\u00e9percussions sur les institutions communautaires, les id\u00e9ologies, les comportements individuels et il nous a sembl\u00e9 int\u00e9ressant d\u2019essayer de d\u00e9gager les mutations et les \u00e9l\u00e9ments de continuit\u00e9.<\/p>\n<p><strong>Des institutions communautaires modernis\u00e9es et d\u00e9mocratis\u00e9es<\/strong><br \/>\n7<br \/>\nAu d\u00e9but du XVIIIe si\u00e8cle, au cours de l\u2019ann\u00e9e 1710, suite \u00e0 de nombreuses frictions entre les Juifs implant\u00e9s en Tunisie de longue date et ceux qui \u00e9taient arriv\u00e9s plus r\u00e9cemment d\u2019Italie et particuli\u00e8rement de Livourne, une scission intervint au sein de la communaut\u00e9 jusqu\u2019alors unifi\u00e9e. Il y eut d\u00e9sormais deux communaut\u00e9s : l\u2019une tunisienne, l\u2019autre livournaise, ayant chacune son grand rabbin, son tribunal rabbinique, son talmud torah, son cimeti\u00e8re. En juillet 1741, les deux communaut\u00e9s, repr\u00e9sent\u00e9es par leur grand rabbin respectif, conclurent un accord arr\u00eatant que tout isra\u00e9lite d\u2019origine tunisienne ou venu d\u2019un pays musulman serait rattach\u00e9 \u00e0 la communaut\u00e9 tunisienne et que tout isra\u00e9lite venu d\u2019un pays chr\u00e9tien serait rattach\u00e9 \u00e0 la communaut\u00e9 livournaise\u202f[3][3] Cf. Itshaq Avrahami, Pinkas Haq\u00e9hila Hay\u00e9hudit ha portugesit&#8230;.<\/p>\n<p>8<br \/>\nCette s\u00e9paration en deux communaut\u00e9s subsista apr\u00e8s l\u2019av\u00e8nement du Protectorat malgr\u00e9 les efforts des grands rabbins et des notables de la communaut\u00e9 tunisienne pour parvenir \u00e0 une fusion. La seule modification notable au lendemain de l\u2019\u00e9tablissement du Protectorat r\u00e9side dans le changement de d\u00e9nomination : on appela d\u00e9sormais \u00ab communaut\u00e9 portugaise \u00bb ce que l\u2019on avait jusque-l\u00e0 appel\u00e9e \u00ab communaut\u00e9 livournaise \u00bb. Le terme \u00ab portugais \u00bb pr\u00e9sentait l\u2019avantage de rappeler la lointaine origine de ceux qui ne faisaient pas partie de la communaut\u00e9 tunisienne, mais surtout de ne pas affirmer l\u2019italianit\u00e9 de cette communaut\u00e9 \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 la rivalit\u00e9 franco-italienne \u00e9tait vive en Tunisie ; celle-ci \u00e9tait d\u2019ailleurs compos\u00e9e certes d\u2019une majorit\u00e9 d\u2019Italiens mais \u00e9galement de fid\u00e8les d\u2019autres nationalit\u00e9s\u202f[4][4] \u00c0 partir du Protectorat et jusqu\u2019\u00e0 la Seconde Guerre&#8230;. Le d\u00e9cret beylical du 30 ao\u00fbt 1921 qui instituait un conseil de la communaut\u00e9 isra\u00e9lite de Tunis \u00e9lu au suffrage \u00e0 deux degr\u00e9s, consacra l\u2019existence en son sein d\u2019une section dite portugaise compos\u00e9e de quatorze d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s.<\/p>\n<p>9<br \/>\nApr\u00e8s la lib\u00e9ration de la Tunisie (mai 1943), la communaut\u00e9 portugaise se trouve amput\u00e9e d\u2019une bonne partie de ses membres. Une grande part des 3 200 Juifs italiens recens\u00e9s au d\u00e9but de la guerre avait demand\u00e9 la naturalisation fran\u00e7aise \u00e0 la suite des lois raciales institu\u00e9es en 1938 par le r\u00e9gime mussolinien. D\u2019autres avaient \u00e9t\u00e9 expuls\u00e9s en raison de leur adh\u00e9sion au parti fasciste. Enfin l\u2019abrogation des conventions franco-italiennes de 1896 conf\u00e9ra automatiquement la nationalit\u00e9 fran\u00e7aise aux enfants italiens n\u00e9s en Tunisie apr\u00e8s le 10 juin 1940, si l\u2019un des parents y \u00e9tait lui-m\u00eame n\u00e9. Le maintien d\u2019une communaut\u00e9 distincte ne se justifie donc plus quantitativement. Politiquement, il est \u00e9galement difficile de maintenir une institution \u00e0 dominante italienne alors que les organismes italiens sont qualifi\u00e9s d\u2019\u00ab ennemis \u00bb et soumis \u00e0 des mesures discriminatoires. Moralement enfin, apr\u00e8s la Shoah qui a frapp\u00e9 indistinctement les Juifs de toutes origines, la distinction choque et appara\u00eet \u00e0 certains blasph\u00e9matoire. Aussi le d\u00e9cret beylical du 17 f\u00e9vrier 1944 met-il fin \u00e0 l\u2019existence de la section portugaise et le conseil de la communaut\u00e9 \u00e9lu en 1947 ne conna\u00eet pas de distinction entre membres tunisiens ou portugais. \u00c0 titre symbolique, le mur qui s\u00e9parait dans la n\u00e9cropole du Borgel le cimeti\u00e8re tunisien du cimeti\u00e8re portugais est abattu.<\/p>\n<p>10<br \/>\nUnifi\u00e9e, cette communaut\u00e9 est aussi r\u00e9organis\u00e9e dans un sens plus d\u00e9mocratique. Le d\u00e9cret du 21 mars 1947 supprime le cens \u00e9lectoral. D\u00e9sormais, tout isra\u00e9lite majeur de sexe masculin demandant son inscription sur les listes \u00e9lectorales est \u00e9lecteur et apte \u00e0 d\u00e9signer les membres du conseil de la communaut\u00e9, qui constitue un \u00e9tablissement public b\u00e9n\u00e9ficiaire d\u2019imp\u00f4ts de consommation lev\u00e9s pour son compte par l\u2019\u00c9tat et qui, ind\u00e9pendamment de ses fonctions cultuelles, a la charge de l\u2019assistance publique concernant les isra\u00e9lites. Le principe de l\u2019\u00e9lection est \u00e9galement introduit dans les communaut\u00e9s de Sfax et de Sousse.<\/p>\n<p>11<br \/>\nAlors qu\u2019avant guerre, m\u00eame si le conseil de la communaut\u00e9 de Tunis exer\u00e7ait une pr\u00e9\u00e9minence morale qui lui valait d\u2019\u00eatre consult\u00e9 par les Pouvoirs Publics sur les probl\u00e8mes g\u00e9n\u00e9raux et de d\u00e9signer le grand rabbin de Tunisie, le l\u00e9gislateur s\u2019\u00e9tait toujours refus\u00e9 \u00e0 cr\u00e9er un lien organique entre les diverses communaut\u00e9s de la R\u00e9gence, craignant sans doute le poids d\u2019un organisme central et pr\u00e9f\u00e9rant l\u2019existence de petites communaut\u00e9s dans l\u2019int\u00e9rieur de la Tunisie, plus mall\u00e9ables et peu aptes aux revendications et aux pressions. En avril 1948, r\u00e9unis \u00e0 l\u2019initiative du conseil de la communaut\u00e9 de Tunis, les repr\u00e9sentants de toutes les communaut\u00e9s de la R\u00e9gence cr\u00e9ent entre elles une F\u00e9d\u00e9ration charg\u00e9e d\u2019\u00e9tudier leurs probl\u00e8mes communs et de coordonner leurs actions tant vis-\u00e0-vis des Pouvoirs Publics que des organisations juives internationales\u202f[5][5] La F\u00e9d\u00e9ration des communaut\u00e9s isra\u00e9lites de Tunisie&#8230;. Sans reconna\u00eetre une existence l\u00e9gale \u00e0 cette F\u00e9d\u00e9ration, les autorit\u00e9s fran\u00e7aise la consid\u00e8rent comme une soci\u00e9t\u00e9 de fait, qu\u2019elles consultent \u00e0 diff\u00e9rentes occasions. Elle est, d\u00e8s sa cr\u00e9ation, reconnue par le Congr\u00e8s juif mondial (CJM) comme organisation repr\u00e9sentative du juda\u00efsme tunisien.<\/p>\n<p>12<br \/>\nPlus d\u00e9mocratiquement organis\u00e9, ce juda\u00efsme tunisien est bien ancr\u00e9 dans la Cit\u00e9. Toutes les discriminations de Vichy ont \u00e9t\u00e9 abolies et les Juifs de Tunisie participent \u00e0 la vie politique de la R\u00e9gence. Le Grand Conseil de Tunisie, assembl\u00e9e ayant comp\u00e9tence en mati\u00e8re budg\u00e9taire et consult\u00e9e sur la l\u00e9gislation, est divis\u00e9 en deux sections \u00e9lues, l\u2019une tunisienne, l\u2019autre fran\u00e7aise. La section tunisienne compte obligatoirement trois isra\u00e9lites \u00e9lus par leurs seuls coreligionnaires de nationalit\u00e9 tunisienne\u202f[6][6] Albert Bessis, avocat, Victor Guez n\u00e9gociant, G\u00e9rard&#8230;. Pour la section fran\u00e7aise, on remarque lors des \u00e9lections de 1945 que dans les centres importants les listes de candidats comprennent au moins un isra\u00e9lite. Ces derniers se partagent donc entre toutes les sensibilit\u00e9s politiques avec n\u00e9anmoins un plus fort pourcentage \u00e0 gauche, m\u00eame si, \u00e0 Sfax, c\u2019est un dirigeant communautaire, Charles Saada, qui est t\u00eate de liste du Rassemblement fran\u00e7ais, partisan du statu quo en mati\u00e8re coloniale. Sept isra\u00e9lites fran\u00e7ais sont \u00e9lus et se partagent entre tous les groupes de l\u2019assembl\u00e9e\u202f[7][7] Rassemblement Fran\u00e7ais (Charles Saada, Sfax) ; SFIO&#8230;.<\/p>\n<p>13<br \/>\nAncr\u00e9 dans la Cit\u00e9, uni, le juda\u00efsme tunisien n\u2019est plus isol\u00e9. Il entretient des rapports avec les autres communaut\u00e9s et les grandes organisations juives mondiales. En avril 1948, le grand rabbin de France Isa\u00efe Schwartz rend visite aux Juifs de Tunisie. Ce s\u00e9jour de plus d\u2019un mois est l\u2019occasion de r\u00e9flexions avec les dirigeants communautaires et le rabbinat local sur les mesures \u00e0 prendre pour pallier \u00e0 une acculturation de plus en plus perceptible au sein de la jeunesse juive. Affili\u00e9e en 1948 au CJM, la F\u00e9d\u00e9ration des communaut\u00e9s juives de Tunisie participe activement aux travaux de cet organisme. \u00c9lie Nataf, pr\u00e9sident de la F\u00e9d\u00e9ration, est \u00e9lu en 1949 membre de l\u2019ex\u00e9cutif du Congr\u00e8s, tandis que deux autres d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s, Charles Haddad de Tunis et Mathieu Ganem de Sfax, si\u00e8gent au Conseil g\u00e9n\u00e9ral.<\/p>\n<p>14<br \/>\nSur le plan social, la Tunisie est inscrite d\u00e8s 1944 dans le programme d\u2019aide aux communaut\u00e9s mis au point par l\u2019American Joint Distribution Committee. Cet organisme propose en 1945 d\u2019aider la communaut\u00e9 de Tunis \u00e0 secourir les r\u00e9fugi\u00e9s de l\u2019int\u00e9rieur du pays dont elle a la charge. Le conseil de la communaut\u00e9 alors en place, que pr\u00e9side F\u00e9lix Samama, refuse le principe d\u2019une aide am\u00e9ricaine, craignant de froisser les susceptibilit\u00e9s fran\u00e7aises. Le conseil \u00e9lu en 1947 fait au contraire appel \u00e0 l\u2019organisation am\u00e9ricaine. Un comit\u00e9 consultatif pr\u00e9sid\u00e9 par Paul Ghez est mis en place, et un vaste plan d\u2019aide est pr\u00e9par\u00e9 et propos\u00e9. Le Joint apporte exp\u00e9rience, mat\u00e9riel et fonds et permet en quelques ann\u00e9es de profondes transformations tant dans la nature de l\u2019assistance dispens\u00e9e que dans la structure sociale elle-m\u00eame de la communaut\u00e9. C\u2019est en particulier l\u2019action du Joint qui permet la cr\u00e9ation sur place de l\u2019Organisation de Secours aux enfants (OSE Tunisie) puis de l\u2019Organisation Reconstruction Travail (ORT)\u202f[8][8] Cf. Archives Juives, Les Juifs de Tunisie, num\u00e9ro 32\/1,&#8230;.<\/p>\n<p><strong>Le d\u00e9clin d\u2019un vieux courant : le parti de la francisation<\/strong><br \/>\n15<br \/>\nEntre les deux guerres, un groupe d\u2019intellectuels issus des universit\u00e9s fran\u00e7aises et r\u00e9unis autour du journal La Justice joua un r\u00f4le important dans la communaut\u00e9 ; ce \u00ab Parti de la francisation\u202f[9][9] Sur La Justice, cf. Annie Goldman, Les Filles de Mardoch\u00e9e,&#8230; \u00bb fut un \u00e9l\u00e9ment moteur dans l\u2019adoption de la loi de 1923 permettant la naturalisation fran\u00e7aise, dans l\u2019abrogation de toutes les mesures discriminatoires et dans la d\u00e9mocratisation de l\u2019institution communautaire. Il sembla triompher en 1934 lorsque ses membres acc\u00e9d\u00e8rent \u00e0 la direction du conseil de la communaut\u00e9, mais la guerre porta un rude coup \u00e0 la mont\u00e9e en puissance de ce courant qui paraissait jusqu\u2019alors aller dans le sens de l\u2019histoire. Ses membres prirent conscience que l\u2019histoire ne se d\u00e9roulait pas suivant leur vision id\u00e9aliste d\u2019une int\u00e9gration r\u00e9ussie \u00e0 la France des Droits de l\u2019Homme. Frapp\u00e9s par le statut des Juifs institu\u00e9 par Vichy, abandonn\u00e9s par la puissance protectrice face \u00e0 l\u2019occupant allemand, ils ne cess\u00e8rent plus de s\u2019interroger sur la r\u00e9alit\u00e9 de leur int\u00e9gration au mod\u00e8le fran\u00e7ais apr\u00e8s la lib\u00e9ration de 1943. Ces interrogations sont plus perceptibles et plus p\u00e9rennes que chez les Juifs d\u2019Alg\u00e9rie, lesquels consid\u00e9r\u00e8rent la p\u00e9riode de Vichy comme une parenth\u00e8se et salu\u00e8rent sans \u00e9tat d\u2019\u00e2me leur retour \u00e0 la citoyennet\u00e9 fran\u00e7aise.<\/p>\n<p>16<br \/>\nPaul Ghez, l\u2019un des ap\u00f4tres de la francisation, ancien combattant des deux guerres, avouait, lui, dans une conf\u00e9rence : \u00ab Nous avons \u00e9t\u00e9 d\u00e9\u00e7us cruellement. Nous qui avions toujours r\u00e9pondu pr\u00e9sents \u00e0 l\u2019appel de la France, nous nous sommes trouv\u00e9s seuls, abandonn\u00e9s, rejet\u00e9s. Plus que les violences des Allemands, c\u2019est ce sentiment d\u2019abandon, ce sentiment d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 trahi, qui a \u00e9t\u00e9 le plus dur \u00e0 supporter\u2026 \u00bb Et d\u2019ajouter : \u00ab Certes nous aimons toujours la France, mais notre amour est sans aucun doute m\u00eal\u00e9 de tristesse et d\u2019interrogations\u2026 Avons-nous eu raison d\u2019engager nos coreligionnaires \u00e0 nous suivre vers cette Patrie fran\u00e7aise, si celle-ci a \u00e9t\u00e9 capable de nous rejeter\u202f[10][10] Le Petit matin, 15 juin 1947. ? \u00bb. Pour sa part, Serge Moati, militant SFIO et ancien r\u00e9dacteur en chef de La Justice, de retour de d\u00e9portation, \u00e9voque ses relations pass\u00e9es avec le mouvement sioniste et se demande publiquement s\u2019il n\u2019y a pas lieu sur ce point de proc\u00e9der \u00ab \u00e0 une r\u00e9vision d\u00e9chirante\u202f[11][11] Bulletin du Centre de documentation juive, n\u00b0 2, janvier&#8230; \u00bb. Une note des Renseignements g\u00e9n\u00e9raux adress\u00e9e \u00e0 la R\u00e9sidence g\u00e9n\u00e9rale signale avec \u00e9tonnement que deux anciens leaders du courant de la francisation, \u00c9lie Nataf, pr\u00e9sident honoraire de la communaut\u00e9, et Paul Ghez participent \u00e0 des r\u00e9unions sionistes.<\/p>\n<p>17<br \/>\nEn fait, le Parti de la francisation cesse d\u2019exister en tant que courant dans la communaut\u00e9. Avant la guerre, la naturalisation fran\u00e7aise semblait pour l\u2019immense majorit\u00e9 des jeunes gens juifs un id\u00e9al \u00e0 m\u00e9riter, un but \u00e0 atteindre. Entre 1923 et 1930, 80 % des isra\u00e9lites tunisiens bacheliers de l\u2019enseignement secondaire s\u2019empress\u00e8rent d\u00e8s leur majorit\u00e9 de solliciter la naturalisation fran\u00e7aise. Selon Paul Sebag, 6 667 isra\u00e9lites tunisiens ont \u00e9t\u00e9 naturalis\u00e9s fran\u00e7ais entre 1924 et 1939\u202f[12][12] Paul Sebag, op. cit., p. 183.. Entre 1944 et 1955, alors que les conditions d\u2019acc\u00e8s \u00e0 la naturalisation ont \u00e9t\u00e9 facilit\u00e9es, Paul Sebag ne recense plus que 910 naturalisations\u202f[13][13] Ibid., p. 257.. D\u00e9\u00e7us par la France, les Juifs tunisiens semblent chercher ailleurs les conditions d\u2019une \u00e9mancipation.<\/p>\n<p>De nouveaux types d\u2019engagement : nationalisme tunisien, communisme, sionisme<br \/>\n18<br \/>\nCertains, comparant \u00ab la trahison \u00bb de la France \u00e0 l\u2019attitude amicale du bey et des grands notables musulmans, estiment qu\u2019il faut d\u00e9sormais prendre en compte le d\u00e9veloppement du nationalisme tunisien. Ainsi Albert Bessis, l\u2019un des plus \u00e9minents notables communautaires, participe-t-il d\u00e8s la fin de la guerre au comit\u00e9 constitu\u00e9 pour le retour de Moncef Bey, chass\u00e9 de son tr\u00f4ne par les autorit\u00e9s fran\u00e7aises. \u00c0 la mort de ce dernier, Albert Bessis affirme son all\u00e9geance \u00e0 Lamine Bey qui le consulte souvent. D\u2019autres Juifs tunisiens vont plus loin et se font un devoir de soutenir les revendications du N\u00e9o-Destour.<\/p>\n<p>19<br \/>\nD\u2019autres enfin esp\u00e8rent trouver dans l\u2019internationalisme communiste l\u2019int\u00e9gration que la France leur a refus\u00e9e. Avant la Seconde Guerre mondiale, le mouvement communiste en Tunisie, d\u2019ailleurs assez faible, comprenait peu de Juifs tunisiens, pour la plupart des employ\u00e9s, tr\u00e8s impliqu\u00e9s dans l\u2019action syndicale, ou des \u00e9tudiants. La guerre et les discriminations entra\u00een\u00e8rent un tr\u00e8s grand nombre de jeunes gens, attir\u00e9s par la propagande anti-nazie du Parti communiste clandestin, \u00e0 rejoindre ce dernier et \u00e0 jouer un grand r\u00f4le dans la R\u00e9sistance\u202f[14][14] Paul Sebag, Communistes de Tunisie (1939-1943), Paris,&#8230;. Les Juifs devinrent majoritaires au sein du Parti communiste tunisien (PCT), et furent charg\u00e9s plus particuli\u00e8rement du travail id\u00e9ologique en direction des masses\u202f[15][15] Habib Kazdaghli, \u00ab L\u2019Engagement des juifs tunisiens&#8230;. Ce recrutement juif ne cessa de cro\u00eetre jusqu\u2019\u00e0 l\u2019ind\u00e9pendance. \u00c0 c\u00f4t\u00e9 des militants, des compagnons de route prestigieux soutinrent, sans aller jusqu\u2019\u00e0 l\u2019adh\u00e9sion, l\u2019action du PCT ou particip\u00e8rent \u00e0 des cercles qui lui \u00e9taient proches\u202f[16][16] Ainsi Henri Samama, membre du conseil de la communaut\u00e9&#8230;.<\/p>\n<p>20<br \/>\nPar ailleurs le Parti s\u2019int\u00e9resse aux institutions communautaires : trois de ses membres font partie du conseil de la communaut\u00e9 \u00e9lu en 1947 ; aux \u00e9lections de 1951, il est \u00e0 l\u2019origine d\u2019une liste compos\u00e9e de quelques militants communistes notoires mais aussi de sionistes de gauche et de compagnons de route. Aux \u00e9lections de 1955, apr\u00e8s avoir tent\u00e9 de pr\u00e9senter une liste autonome, le PCT soutient la liste pr\u00e9sent\u00e9e par le b\u00e2tonnier \u00c9lie Nataf.<\/p>\n<p>21<br \/>\nCet engagement de nombreux Juifs dans le camp communiste constitue une donne nouvelle du juda\u00efsme tunisien d\u2019apr\u00e8s-guerre. Essentiellement compos\u00e9 d\u2019intellectuels bourgeois, mais pas exclusivement, ces militants g\u00eanent \u00e0 la fois les notables communautaires et plus paradoxalement le Parti lui-m\u00eame qui craint d\u2019appara\u00eetre comme le parti des Juifs aux yeux des masses musulmanes. Habib Kazadghli, dans la communication pr\u00e9sent\u00e9e au colloque de La Manouba\u202f[17][17] Habib Kazdaghli, op. cit, pp. 231-233., et sur la foi des archives de l\u2019Internationale communiste, souligne combien le Parti communiste fran\u00e7ais et le Bureau de l\u2019Internationale communiste jugeaient encombrante cette pr\u00e9sence juive. Progressivement d\u2019ailleurs, et \u00e0 une ou deux exceptions pr\u00e8s, les militants juifs sont \u00e9limin\u00e9s du comit\u00e9 central du PCT.<\/p>\n<p>22<br \/>\nMais c\u2019est surtout le mouvement sioniste qui conna\u00eet apr\u00e8s guerre une transformation profonde et un essor consid\u00e9rable. Le courant sioniste \u00e9tait pr\u00e9sent d\u00e8s avant la guerre au sein de la communaut\u00e9. \u00c0 c\u00f4t\u00e9 de deux groupes oppos\u00e9s et relativement actifs, mais num\u00e9riquement faibles, le B\u00e9tar et l\u2019Hachomer Hatsa\u00efr, le sionisme tunisien \u00e9tait surtout un sionisme de sympathie et de solidarit\u00e9 envers les Juifs pers\u00e9cut\u00e9s pour lesquels la Palestine \u00e9tait un refuge\u202f[18][18] Sur le sionisme, cf. Micha\u00ebl M. Laskier, \u00ab Evolution&#8230;. Pendant la guerre, la pr\u00e9sence d\u2019\u00e9missaires de Palestine bloqu\u00e9s en Tunisie permit de d\u00e9velopper un sionisme clandestin qui recrutait au sein d\u2019une jeunesse d\u00e9sappoint\u00e9e par l\u2019attitude fran\u00e7aise et en mal d\u2019identit\u00e9. Peu apr\u00e8s la lib\u00e9ration de Tunis une presse sioniste appara\u00eet au grand jour et tout l\u2019\u00e9ventail des mouvements sionistes avec leurs prolongements jeunes est pr\u00e9sent en Tunisie. Une activit\u00e9 intense, fr\u00e9n\u00e9tique m\u00eame, se d\u00e9veloppe et fait de Tunis le centre du mouvement haloutzique (pionnier) qui essaime \u00e0 travers toute l\u2019Afrique du Nord.<\/p>\n<p>23<br \/>\nOn constate deux nouveaut\u00e9s par rapport au sionisme de l\u2019avant-guerre. D\u2019une part, les dirigeants sont souvent des Juifs fran\u00e7ais qui n\u2019auraient sans doute pas rejoint ses rangs avant la guerre\u202f[19][19] Sauveur Baran\u00e8s, avocat \u00e0 Sousse, engag\u00e9 volontaire&#8230; ; d\u2019autre part, le sionisme n\u2019est plus un mouvement bourgeois mais un mouvement majoritairement populaire. La propagande sioniste rencontre un plus large \u00e9cho dans les communaut\u00e9s de l\u2019arri\u00e8re-pays et dans les couches les plus pauvres de la population. Les \u00c9claireurs isra\u00e9lites de France (EIF), consid\u00e9r\u00e9s avant 1940 comme le mouvement de jeunesse assimilationniste, voient leur recrutement diminuer au profit des \u00e9claireurs de l\u2019Union universelle de la jeunesse juive (UUJJ), organisation plus favorable au sionisme.<\/p>\n<p>24<br \/>\nLe mouvement sioniste participe aux \u00e9lections communautaires. En 1947, toutes les tendances du mouvement s\u2019unissent au sein de la liste pr\u00e9sid\u00e9e par le b\u00e2tonnier \u00c9lie Nataf, qui affirme dans son programme sa volont\u00e9 de voir s\u2019\u00e9tablir \u00ab en Palestine un foyer national juif et d\u00e9velopper l\u2019enseignement de l\u2019h\u00e9breu moderne \u00bb, alors que la liste du pr\u00e9sident sortant, F\u00e9lix Samama, intitul\u00e9e \u00ab Liste d\u2019amiti\u00e9 jud\u00e9o-franco-musulmane \u00bb est muette sur la question, et que l\u2019on reproche \u00e0 son chef son opposition av\u00e9r\u00e9e au sionisme.<\/p>\n<p>Les mutations id\u00e9ologiques : essai d\u2019\u00e9valuation<br \/>\n25<br \/>\nTendance \u00e0 \u00ab la francisation \u00bb diminu\u00e9e sinon disparue, courants nouveaux tr\u00e8s importants comme les courants communiste et sioniste, peut-on parler d\u00e8s lors d\u2019une mutation id\u00e9ologique de la communaut\u00e9 juive en Tunisie ?<\/p>\n<p>26<br \/>\nCe constat satisfaisant pour l\u2019esprit m\u00e9rite d\u2019\u00eatre nuanc\u00e9. Les communistes sont certes actifs et paraissent nombreux. Mais, dans la r\u00e9alit\u00e9, la liste qu\u2019ils soutiennent aux \u00e9lections communautaires de 1951 aura une moyenne de 600 voix. Le courant sioniste n\u2019est pas davantage un mouvement de masse. L\u2019\u00e9migration vers Isra\u00ebl ne d\u00e9passe pas 3 000 personnes en 1948. Peut-on d\u2019ailleurs parler de courant sioniste alors que les positions des diff\u00e9rents mouvements sont souvent tr\u00e8s \u00e9loign\u00e9es ? Entre le B\u00e9tar qui approuve la politique des autorit\u00e9s fran\u00e7aises \u00e0 l\u2019\u00e9gard des Tunisiens, et l\u2019Hachomer Hatza\u00efr qui regarde avec sympathie le mouvement destourien, le foss\u00e9 est patent. \u00c0 y regarder de plus pr\u00e8s, et en se reportant aux d\u00e9bats ayant agit\u00e9 la communaut\u00e9 depuis 1881 et jusqu\u2019\u00e0 la Seconde Guerre mondiale, on peut retrouver les m\u00eames lignes de force et les m\u00eames lignes de partage. Pour reprendre une distinction consacr\u00e9e par Fran\u00e7ois Goguel pour les partis politiques fran\u00e7ais, nous pouvons remarquer la permanence au sein du juda\u00efsme tunisien non pas d\u2019un parti religieux et d\u2019un parti non religieux, non pas d\u2019un parti sioniste et d\u2019un parti non sioniste, mais d\u2019un parti de l\u2019Ordre et d\u2019un parti du Mouvement.<\/p>\n<p>27<br \/>\nPour le parti de l\u2019Ordre, il s\u2019agit de maintenir les institutions communautaires, d\u2019assurer les besoins du culte et de secourir les pauvres en application du principe religieux de la tsedaka. Pour le parti du Mouvement, il s\u2019agit de r\u00e9former les institutions, de faire progresser les individus culturellement et socialement, de lutter contre la mis\u00e8re par l\u2019instruction, l\u2019hygi\u00e8ne, l\u2019am\u00e9lioration de l\u2019habitat, en un mot d\u2019essayer de l\u2019enrayer par le progr\u00e8s. La ligne de d\u00e9marcation traverse tous les partis, tous les courants : il y a des rabbins dans le parti de l\u2019Ordre et des rabbins dans le parti du Mouvement ; il y a des sionistes dans l\u2019un comme dans l\u2019autre.<\/p>\n<p>28<br \/>\nLes mutations id\u00e9ologiques n\u00e9es de la guerre apparaissent d\u00e8s lors moins radicales. Mais elles conf\u00e8rent \u00e0 ces deux partis \u2013 l\u2019Ordre et le Mouvement \u2013 des couleurs nouvelles. C\u2019est moins dans la communaut\u00e9 que dans la Cit\u00e9 que les mutations se font sentir : par l\u2019engagement plus radical des Juifs dans la vie politique locale, par la d\u00e9mocratisation des courants communautaires, par une \u00e9migration vers Isra\u00ebl.<\/p>\n<p>Du c\u00f4t\u00e9 des individus<br \/>\n29<br \/>\nPour les jeunes hommes de l\u2019apr\u00e8s-guerre, les camps de travail institu\u00e9s pendant l\u2019occupation allemande ont constitu\u00e9 une exp\u00e9rience fondamentale. 90 % des requis n\u2019avaient jamais quitt\u00e9 leur ville, n\u2019avaient jamais pratiqu\u00e9 de sport. La jeunesse juive de l\u2019apr\u00e8s-guerre est une jeunesse plus responsabilis\u00e9e, plus engag\u00e9e : engagement syndical ou politique ou communautaire. Le Juif de Tunisie s\u2019int\u00e9resse au monde o\u00f9 il vit, ne laisse pas \u00e0 quelques notables le soin de d\u00e9cider de son sort.<\/p>\n<p>30<br \/>\nLa scolarisation est importante. En 1946, 14 441 enfants juifs tunisiens sont scolaris\u00e9s dans les \u00e9tablissements publics et priv\u00e9s, dont 4 000 dans les cinq \u00e9coles de l\u2019Alliance isra\u00e9lite. \u00c0 ce chiffre il faut ajouter celui des Juifs fran\u00e7ais. Mais si la scolarit\u00e9 primaire concerne tous les enfants juifs, une minorit\u00e9 seulement poursuit une scolarit\u00e9 au-del\u00e0 de quatorze ans.<\/p>\n<p>31<br \/>\nLa connaissance du fran\u00e7ais se d\u00e9veloppe dans toutes les couches sociales et l\u2019usage de l\u2019arabe ne cesse de se restreindre. Pour ceux dont les parents sont pass\u00e9s par l\u2019\u00e9cole fran\u00e7aise, le fran\u00e7ais est la langue maternelle, et la langue arabe est ignor\u00e9e. Comme les Juifs qui comprennent et lisent le fran\u00e7ais sont de plus en plus nombreux et de moins en moins nombreux ceux qui comprennent l\u2019arabe, la presse jud\u00e9o-arabe qui comptait au moins cinq titres avant 1940 voit sa client\u00e8le se r\u00e9duire, et un seul titre, Al Nejma (l\u2019\u00c9toile), publi\u00e9 \u00e0 Sousse, se maintient apr\u00e8s la guerre.<\/p>\n<p>32<br \/>\nL\u2019illustration de cette francisation par la langue est fournie par Albert Memmi, n\u00e9 en 1920, qui se revendique \u00ab enfant du ghetto \u00bb, scolaris\u00e9 en primaire \u00e0 l\u2019Alliance isra\u00e9lite puis pour ses \u00e9tudes secondaires au lyc\u00e9e Carnot ; professeur de philosophie, il publie en 1953 La Statue de Sel, ouvrage lou\u00e9 par Sartre et Camus, autobiographie romanc\u00e9e qui critique toutes les voies entre lesquelles les nouvelles g\u00e9n\u00e9rations peuvent choisir : religion, sionisme, assimilation fran\u00e7aise, nationalisme tunisien, communisme et dont la conclusion d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e s\u2019accorde avec la philosophie du temps qui affirme l\u2019absurdit\u00e9 du monde.<\/p>\n<p>33<br \/>\nLes traditions religieuses se perdent chez les jeunes g\u00e9n\u00e9rations. Mais en m\u00eame temps on assiste \u00e0 un renouveau religieux marqu\u00e9 par la pr\u00e9sence de jeunes rabbins, parlant fran\u00e7ais, habill\u00e9s \u00e0 l\u2019europ\u00e9enne, form\u00e9s \u00e0 la yeshiva d\u2019Aix-les-Bains ou au s\u00e9minaire de la rue Vauquelin. Ces jeunes rabbins multiplient les offices pour les jeunes, les cercles d\u2019\u00e9tudes et occupent des postes d\u2019aum\u00f4niers dans les lyc\u00e9es la\u00efcs comme le lyc\u00e9e Carnot ou le lyc\u00e9e de Carthage. En 1945, apr\u00e8s un voyage \u00e0 Tunis de Th\u00e9o Klein, on assiste \u00e0 la cr\u00e9ation de la section tunisoise de l\u2019Union des \u00e9tudiants juifs de France qui joue un r\u00f4le important dans la diffusion de la culture juive aupr\u00e8s des jeunes intellectuels. Cette cr\u00e9ation nous permet d\u2019ailleurs deux remarques : une union sp\u00e9cifique des \u00e9tudiants juifs n\u2019aurait jamais vu le jour avant la guerre, parce qu\u2019\u00e0 cette \u00e9poque les jeunes intellectuels juifs n\u2019auraient jamais souhait\u00e9 affirmer leur particularisme au sein de l\u2019Universit\u00e9 ; toutefois la nouvelle association s\u2019appelle Union des \u00e9tudiants juifs de France : le cordon ombilical avec la France n\u2019est pas coup\u00e9 ; pour les fondateurs, la Tunisie c\u2019est encore la France.<\/p>\n<p>34<br \/>\nL\u2019enseignement de l\u2019h\u00e9breu conna\u00eet une grande vogue. En 1950, vingt-sept cours sont organis\u00e9s par la communaut\u00e9 avec le soutien financier du Joint, tant pour l\u2019h\u00e9breu classique que pour l\u2019h\u00e9breu moderne.<\/p>\n<p>35<br \/>\nL\u2019accent est fortement mis sur le sport. Les th\u00e8mes de \u00ab la nouvelle jeunesse juive \u00bb, du camping, du scoutisme, de la vie \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur, sont des th\u00e8mes r\u00e9currents dans tous les partis et courants de la communaut\u00e9, des traditionalistes aux esprits les plus avanc\u00e9s. Ce n\u2019est pas tout \u00e0 fait une nouveaut\u00e9. L\u2019avant-guerre avait vu la naissance d\u2019un scoutisme juif (UUJJ, EIF) ; le journal La Justice avait lanc\u00e9 des campagnes en faveur de la pratique du sport et du scoutisme. Mais ce mouvement concernait une minorit\u00e9, la plus bourgeoise, la plus francis\u00e9e aussi. Hormis le football avec la prestigieuse \u00e9quipe, majoritairement juive, de l\u2019UST, les Juifs pratiquaient essentiellement des sports individuels (comme les fr\u00e8res Barouch, champions d\u2019escrime, les fr\u00e8res Ta\u00efeb, champions de natation, Naccache, champion de tennis). Apr\u00e8s la guerre, les groupements sportifs sp\u00e9cifiquement juifs se multiplient tandis que ceux qui existaient d\u00e9j\u00e0 se d\u00e9veloppent consid\u00e9rablement. Le sport n\u2019est plus r\u00e9serv\u00e9 \u00e0 une \u00e9lite de la communaut\u00e9. En 1948 le conseil de la communaut\u00e9 cr\u00e9\u00e9 un organisme pour le sport populaire, \u00ab Sport et joie \u00bb, et subventionne les groupements sportifs juifs qui re\u00e7oivent du mat\u00e9riel du Joint.<\/p>\n<p>36<br \/>\nMais c\u2019est surtout sur le plan social avec l\u2019action de l\u2019OSE et de l\u2019ORT que les modifications sont notables. En dispensant des soins \u00e0 l\u2019enfance, en organisant des visites m\u00e9dicales syst\u00e9matiques, en lan\u00e7ant des campagnes contre la teigne, la tuberculose, le trachome, l\u2019OSE arrive \u00e0 \u00e9radiquer ces fl\u00e9aux et \u00e0 favoriser l\u2019\u00e9closion d\u2019une jeunesse physiquement saine. L\u2019ORT, en scolarisant et en pr\u00e9parant au CAP 300 jeunes chaque ann\u00e9e \u00e0 partir de 1951, en donnant \u00e0 des adultes une formation professionnelle, permet d\u2019offrir des m\u00e9tiers qualifi\u00e9s et r\u00e9mun\u00e9rateurs \u00e0 une population souvent vou\u00e9e \u00e0 des m\u00e9tiers de fortune, au ch\u00f4mage et \u00e0 la mis\u00e8re.<\/p>\n<p>37<br \/>\nDans toutes les publications juives on id\u00e9alise la figure du Juif r\u00e9sistant, du Juif combattant. Les r\u00e9cits sur la lutte du ghetto de Varsovie, sur les combattants de la guerre de 1948, sont reproduits \u00e0 l\u2019envie. Nous voulons, \u00e9crit \u00c9lie Nataf en 1947, \u00ab former un nouveau type de juif, fier de sa jud\u00e9it\u00e9, sans complexe, sportif, lib\u00e9r\u00e9 du ghetto\u202f[20][20] Le Petit matin, 27 juin 1947.. \u00bb<\/p>\n<p>38<br \/>\nPour certains observateurs de la vie communautaire tunisienne, les mutations que nous avons tent\u00e9 de d\u00e9gager ne sont que les cons\u00e9quences du d\u00e9veloppement \u00e9conomique. Cette explication est sommaire car elle ignore le poids de la guerre et de l\u2019occupation allemande qui ont boulevers\u00e9 les mentalit\u00e9s et mis \u00e0 mal l\u2019inclination pour la France. Elle excepte aussi le r\u00f4le des institutions juives internationales et fait abstraction des diff\u00e9rences que l\u2019on peut constater avec les deux autres pays d\u2019Afrique du Nord qui ont connu les m\u00eames conditions \u00e9conomiques. En Alg\u00e9rie, le courant sioniste a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s faible et m\u00eame si Vichy a abrog\u00e9 le d\u00e9cret Cr\u00e9mieux, la guerre n\u2019a pas remis en cause l\u2019appartenance des Juifs d\u2019Alg\u00e9rie \u00e0 la nation fran\u00e7aise. Au Maroc, l\u2019impr\u00e9gnation religieuse est beaucoup plus importante, le mouvement sioniste est plus nombreux m\u00eame s\u2019il compte moins de courants ; mais le juda\u00efsme marocain amorce un mouvement culturel plus important vers la France pendant la p\u00e9riode o\u00f9 le juda\u00efsme tunisien remet en question le mod\u00e8le fran\u00e7ais.<\/p>\n<p>39<br \/>\nLa distinction entre le parti de l\u2019Ordre et le parti du Mouvement au sein de la communaut\u00e9 que nous avons mis en lumi\u00e8re nous conduit \u00e0 relativiser l\u2019influence des mutations sur le destin communautaire. R\u00e9elles et importantes, chacune m\u00e9riterait d\u2019\u00eatre l\u2019objet d\u2019une \u00e9tude. Sans influence sur le destin communautaire, elles permettent cependant \u00e0 la jeunesse juive tunisienne, au moment o\u00f9 la Tunisie acc\u00e8de \u00e0 l\u2019ind\u00e9pendance, d\u2019\u00eatre pr\u00eate \u00e0 affronter les conditions de vie en Isra\u00ebl ou en Europe.<\/p>\n<p>40<br \/>\n?<\/p>\n<p><strong>NOTES<\/strong><br \/>\n[1]<br \/>\nCf. Paul Sebag, Histoire des Juifs de Tunisie des origines \u00e0 nos jours, Paris, L\u2019Harmattan, 1991 ; Jacques Ta\u00efeb, Soci\u00e9t\u00e9s juives du Maghreb moderne (1500-1900), un monde en mouvement, Paris, Maisonneuve et Larose, 2000 ; Juifs et Musulmans en Tunisie, fraternit\u00e9 et d\u00e9chirements, actes du colloque international organis\u00e9 par la Soci\u00e9t\u00e9 d\u2019Histoire des Juifs de Tunisie et l\u2019universit\u00e9 de Tunis I, 22-25 mars 1999, Paris, Somogy, 2003.<\/p>\n<p>[2]<br \/>\nSur la p\u00e9riode de la guerre, cf. Paul Ghez, Six mois sous la botte, Tunis, SAPI, 1943 ; Robert Borgel, \u00c9toile jaune et croix gamm\u00e9e, Tunis, SAPI, 1944 ; Jacques Sabille, Les Juifs de Tunisie sous Vichy et sous l\u2019occupation allemande, pr\u00e9face de Daniel Mayer, Paris, \u00c9ditions du CDJC, 1954 ; Michel Abitbol, Les Juifs d\u2019Afrique du Nord sous Vichy, Paris, Maisonneuve et Larose, 1983 ; Claude Nataf, \u00ab Les Juifs de Tunisie face \u00e0 Vichy et aux pers\u00e9cutions allemandes \u00bb, Pard\u00e8s, num\u00e9ro sp\u00e9cial Les Juifs de France dans la seconde guerre mondiale, sous la direction d\u2019Andr\u00e9 Kaspi, Annie Kriegel, Annette Wieviorka, 1992, pp. 203-231.<\/p>\n<p>[3]<br \/>\nCf. Itshaq Avrahami, Pinkas Haq\u00e9hila Hay\u00e9hudit ha portugesit betunis (en h\u00e9breu, sommaire en fran\u00e7ais), Lod Orot Yahdut hamagreb, 1997 ; Lionel L\u00e9vy, La Nation juive portugaise. Livourne, Amsterdam, Tunis (1591-1951), Paris, L\u2019Harmattan, 1999.<\/p>\n<p>[4]<br \/>\n\u00c0 partir du Protectorat et jusqu\u2019\u00e0 la Seconde Guerre mondiale, la communaut\u00e9 dite portugaise n\u2019eut que deux pr\u00e9sidents, tous deux de nationalit\u00e9 fran\u00e7aise : Gabriel Valensi auquel succ\u00e9da en 1922 son fils Raymond Valensi, membre du comit\u00e9 central de l\u2019Alliance isra\u00e9lite universelle et ancien d\u00e9put\u00e9 de la Nation fran\u00e7aise de Tunisie.<\/p>\n<p>[5]<br \/>\nLa F\u00e9d\u00e9ration des communaut\u00e9s isra\u00e9lites de Tunisie a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sid\u00e9e de 1948 au 10 mai 1951 par \u00c9lie Nataf pr\u00e9sident de la communaut\u00e9 de Tunis, auquel succ\u00e9da en 1951 Charles Saada, pr\u00e9sident de la communaut\u00e9 de Sfax. En 1953, une f\u00e9d\u00e9ration scissionniste fut pr\u00e9sid\u00e9e par Charles Haddad, pr\u00e9sident de la communaut\u00e9 de Tunis. En 1955, la f\u00e9d\u00e9ration r\u00e9unifi\u00e9e fut pr\u00e9sid\u00e9e par Isaac Hayat, pr\u00e9sident de la communaut\u00e9 de Sousse. Cf. Archives du b\u00e2tonnier \u00c9lie Nataf d\u00e9tenues par l\u2019auteur.<\/p>\n<p>[6]<br \/>\nAlbert Bessis, avocat, Victor Guez n\u00e9gociant, G\u00e9rard Mamou industriel.<\/p>\n<p>[7]<br \/>\nRassemblement Fran\u00e7ais (Charles Saada, Sfax) ; SFIO (Serge Moati, Tunis ; Docteur Boujnah et Albert Scetbon, Sousse) ; Parti radical (Albert Karila, Bizerte) ; Parti communiste (Georges Attal, Tunis, et Fernand Zermati, Sousse).<\/p>\n<p>[8]<br \/>\nCf. Archives Juives, Les Juifs de Tunisie, num\u00e9ro 32\/1, 1er semestre 1999, et en particulier les articles de Claude Nataf, \u00ab La communaut\u00e9 juive de Tunisie sous le Protectorat fran\u00e7ais \u00bb pp. 4-19, et de Lucien Moatti \u00ab l\u2019OSE Tunisie : un exemple de solidarit\u00e9 juive internationale envers le juda\u00efsme s\u00e9farade apr\u00e8s la Shoa \u00bb, pp. 63-76.<\/p>\n<p>[9]<br \/>\nSur La Justice, cf. Annie Goldman, Les Filles de Mardoch\u00e9e, Paris, Deno\u00ebl-Gonthier, 1979, et Claude Nataf, \u00ab La tentation de l\u2019assimilation fran\u00e7aise : les intellectuels du groupe de La Justice \u00bb, in Juifs et Musulmans en Tunisie : fraternit\u00e9 et d\u00e9chirements, op. cit.<\/p>\n<p>[10]<br \/>\nLe Petit matin, 15 juin 1947.<\/p>\n<p>[11]<br \/>\nBulletin du Centre de documentation juive, n\u00b0 2, janvier 1946.<\/p>\n<p>[12]<br \/>\nPaul Sebag, op. cit., p. 183.<\/p>\n<p>[13]<br \/>\nIbid., p. 257.<\/p>\n<p>[14]<br \/>\nPaul Sebag, Communistes de Tunisie (1939-1943), Paris, l\u2019Harmattan, 2001.<\/p>\n<p>[15]<br \/>\nHabib Kazdaghli, \u00ab L\u2019Engagement des juifs tunisiens dans l\u2019anticolonialisme 1919-1956 \u00bb, in Histoire communautaire : histoires plurielles, la communaut\u00e9 juive de Tunisie, actes du colloque de Tunis, 25-27 f\u00e9vrier 1998, CPU, 1999.<\/p>\n<p>[16]<br \/>\nAinsi Henri Samama, membre du conseil de la communaut\u00e9 isra\u00e9lite, le b\u00e2tonnier Castro, Georges Bijaoui, avocat et pr\u00e9sident de France-Tunisie-URSS.<\/p>\n<p>[17]<br \/>\nHabib Kazdaghli, op. cit, pp. 231-233.<\/p>\n<p>[18]<br \/>\nSur le sionisme, cf. Micha\u00ebl M. Laskier, \u00ab Evolution of Zionist Activity in the Jewish Community of Marocco, Tunisia and Algeria : 1897-1947 \u00bb, Studies in Zionism, n\u00b0 8, octobre 1983 ; Armand Attal, \u00ab 1897-1947 : 50 ans de sionisme en Tunisie \u00bb, Archives Juives, Les Juifs de Tunisie, n\u00b0 32\/1, 1er semestre 1999, pp. 53-62.<\/p>\n<p>[19]<br \/>\nSauveur Baran\u00e8s, avocat \u00e0 Sousse, engag\u00e9 volontaire en 1917, pr\u00e9sident du Dror ; Mo\u00efse Andr\u00e9 Saal, professeur \u00e0 l\u2019Alliance, ancien combattant de la campagne de 1940, prisonnier de guerre, pr\u00e9sident du B\u00e9tar ; William Jaoui, ancien combattant de la 1re Arm\u00e9e, pr\u00e9sident de l\u2019Hachomer Hatza\u00efr.<\/p>\n<p>[20]<br \/>\nLe Petit matin, 27 juin 1947.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les mutations du juda\u00efsme tunisien apr\u00e8s la Seconde Guerre mondiale par Claude Nataf Claude NATAF, titulaire d\u2019un DEA d\u2019histoire du XXe si\u00e8cle (IEP Paris), pr\u00e9side la Soci\u00e9t\u00e9 d\u2019histoire des Juifs de Tunisie. &nbsp; 1 Commenc\u00e9e au d\u00e9but du XIXe si\u00e8cle, la marche des communaut\u00e9s juives de Tunisie vers l\u2019Occident a \u00e9t\u00e9 acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e par la cr\u00e9ation&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":65928,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","footnotes":""},"categories":[],"tags":[],"class_list":["post-65927","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry"],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v28.6 - 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