{"id":6721,"date":"2016-08-19T21:31:47","date_gmt":"2016-08-19T21:31:47","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=6721"},"modified":"2016-08-22T00:21:19","modified_gmt":"2016-08-22T00:21:19","slug":"ein-esemch-par-emile-tubiana","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/ein-esemch-par-emile-tubiana\/","title":{"rendered":"EIN Esemch, par Emile Tubiana"},"content":{"rendered":"<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<div>\n<div>\n<div>\n<div>\n<div>\n<div>\n<p>\n\t\t\t\t\t\t\tEIN Esemch<\/p>\n<p>\n\t\t\t\t\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\t\t\t\t\tpar&nbsp;Emile Tubiana<\/p>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<\/div>\n<div>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\tLorsque j&#39;avais neuf ans j&#39;avais opte pour la synagogue d&#39;E&#39;in Esemch (l&#39;oeil du soleil) qui avait &eacute;t&eacute; am&eacute;nag&eacute;e par le grand-p&egrave;re de Leila Fitoussi dans une chambre au premier &eacute;tage de sa maison dans l&#39;ancien quartier arabe. C&#39;&eacute;tait a E&#39;in Essence que la plupart des Juifs habitaient avant l&#39;arriv&eacute;e des Fran&ccedil;ais a Beja.<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\tChacune des familles qui habitaient dans ce quartier pouvait raconter le passe lointain de Beja. Elles connaissaient l&#39;histoire de chaque famille juive et musulmane qui habitait ou qui avait habite Beja. Elles d&eacute;terminaient l&#39;&acirc;ge et les &eacute;v&eacute;nements en fonction des ann&eacute;es pass&eacute;es dans chacune de ces anciennes maisons du quartier. Cette synagogue servait dans mon temps les vieux qui n&#39;avaient pas quitte le quartier. La nouvelle synagogue du &quot;Rebat&quot; etait un peu loin pour les vieux. La plupart n&#39;avaient jamais bouge de ce quartier, leurs familles y habitaient depuis des si&egrave;cles.<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\tLes samedis j&#39;allais prier dans cette petite synagogue. Les vieux de cette synagogue &eacute;taient pieux et pauvres, mais ils d&eacute;gageaient de la bont&eacute; et de la gentillesse. Quand j&#39;&eacute;tais avec eux, je sentais que je respirais l&#39;air de la vie. Ces vieux me transmettaient un sentiment c&eacute;leste et une puret&eacute; humaine &eacute;manait de leurs personnes.<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\tEn un mot, ce qu&#39;il y a de plus haut dans l&#39;&ecirc;tre. C&#39;&eacute;taient pour moi des moments solennels. J&#39;&eacute;tais le seul enfant, parmi ces vieux, qui savait bien lire l&#39;h&eacute;breu. Les femmes, avec leurs chemisettes bouffantes, leurs jupes faites d&#39;un morceau de tissu qu&#39;elles roulaient autour de leur corps, qu&#39;on appelait &quot;Fouta&quot;, leurs t&ecirc;tes couvertes de &quot;Takritas&quot; (foulards) attendaient en bas dans la cour et &eacute;coutaient les sons des chansons liturgiques et des pri&egrave;res qui sortaient par une petite fen&ecirc;tre de la synagogue que les hommes laissaient ouverte durant le service. Quand je lisais la panacha de la semaine du Seder Tora, ( le rouleau en parchemin), tous &eacute;taient silencieux pour m&#39;&eacute;couter. Une fois la lecture termin&eacute;e, je devais faire le tour de tous ces vieux qui me f&eacute;licitaient avec des compliments h&eacute;bra&iuml;ques, comme: &quot;Hazak Veematz&quot;, ou &quot;Hazak ou Baroukh&quot; ou &quot;Tizke Le Chanim Rabot&quot; ou &quot;Tizke le Hayim&quot;. (&quot;Sois fort et courageux&quot; ou &quot;Sois fort et b&eacute;ni&quot; ou &quot;Que tu vives de nombreuses ann&eacute;es&quot; ou &quot;Que tu m&eacute;rites la vie&quot;). C&#39;&eacute;tait la coutume.<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\tUne fois les pri&egrave;res du samedi termin&eacute;es, ces femmes nous accueillaient dans la cour ou elles avaient prepare la table avec de la Boukha (boisson alcoolique de figues) et de la &quot;Tfina Kameh&quot; (pieds de veau avec du bl&eacute;) ou de la &quot;Tfina Camounia&quot; (pieds de veau avec des pois chiches, de l&#39;ail et du cumin) ou de la &quot;Tfina Pekaila&quot; (&eacute;pinards frits a l&#39;huile avec des pieds de veau et de la viande), ou encore de la &quot;Tfina Nikitous&quot; une soupe de poulet pr&eacute;par&eacute;e avec des morceaux de sellerie et des pates fines rondes faites a la main) qui avaient cuit lentement toute la nuit et que l&#39;on mangeait avec les grains de couscous.<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\tChaque semaine nous nous r&eacute;galions d&#39;une autre Tfina. En sortant je me sentais purifie par tout ce que cette ambiance cr&eacute;ait en moi. Ces sentiments me p&eacute;n&eacute;traient jusqu&#39;au trefond de moi-m&ecirc;me, je les gardais jalousement comme un tr&eacute;sor sacr&eacute; et en sortant, et de crainte de les perdre, j&#39;&eacute;vitais mes meilleurs amis, que je pouvais rencontrer dans la rue. Je fl&acirc;nais dans les ruelles qui me paraissaient vides, afin de retarder mon entr&eacute;e a la maison. Ainsi je r&eacute;ussissais &agrave; prolonger cet agr&eacute;able &eacute;tat d&#39;&acirc;me. Je me croyais le seul a &ecirc;tre enveloppe de ces doux sentiments. Je les consid&eacute;rais personnels et sacr&eacute;s. Mes parents et mes amis ne pouvaient pas comprendre que mon isolement &eacute;tait volontaire. J&#39;avais beaucoup de compr&eacute;hension et du respect pour eux.<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\tAujourd&#39;hui, je me sens privil&eacute;gi&eacute; de pouvoir me refugier a certains moments dans ces agr&eacute;ables souvenirs. Je me rends compte, qu&#39;il n&#39;est pas donne a tout le monde de trouver son petit coin personnel et paisible. Malgr&eacute; l&#39;&eacute;volution que nous pouvons passer dans la vie, nous avons tous le besoin de nous retirer en nous-m&ecirc;mes et dans notre propre monde.<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\tCe m&ecirc;me sentiment &eacute;manait aussi d&#39;un Viel homme musulman qui &eacute;tait pieux et qui venait visiter papa au magasin, ce qui me fait penser que certaines personnes poss&egrave;dent cette s&eacute;r&eacute;nit&eacute;, sans rapport a quelle religion elles appartiennent. Depuis j&#39;ai appris &agrave; respecter tous les &ecirc;tres, quels qu&#39;ils soient.<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\tCopyright Emile Tubiana<\/p>\n<p>\n\t\tExtrait du livre&quot;&nbsp;&nbsp; les tresors caches&quot; (du meme auteur )<\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; EIN Esemch &nbsp; par&nbsp;Emile Tubiana &nbsp; Lorsque j&#39;avais neuf ans j&#39;avais opte pour la synagogue d&#39;E&#39;in Esemch (l&#39;oeil du soleil) qui avait &eacute;t&eacute; am&eacute;nag&eacute;e par le grand-p&egrave;re de Leila Fitoussi dans une chambre au premier &eacute;tage de sa maison dans l&#39;ancien quartier arabe. 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