{"id":6763,"date":"2015-08-12T19:34:48","date_gmt":"2015-08-12T19:34:48","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=6763"},"modified":"2015-08-13T04:53:27","modified_gmt":"2015-08-13T04:53:27","slug":"les-metiers-disparus-du-ghetto-de-tunis-par-avraham-bar-shay","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/les-metiers-disparus-du-ghetto-de-tunis-par-avraham-bar-shay\/","title":{"rendered":"Les m\u00e9tiers disparus du Ghetto de Tunis, par Avraham Bar-Shay"},"content":{"rendered":"<p dir=\"LTR\">\n\tLes m&eacute;tiers disparus du Ghetto de Tunis, par Avraham Bar-Shay<\/p>\n<p dir=\"LTR\">\n\t&nbsp;<\/p>\n<p dir=\"LTR\">\n\t&nbsp;<\/p>\n<p dir=\"LTR\">\n\t&nbsp;<\/p>\n<p dir=\"LTR\">\n\tCette liste ne contient pas les m&eacute;tiers qui &eacute;taient tr&egrave;s connus en dehors du ghetto, ni ceux que les Tunisiens, immigr&eacute;s &agrave; Paris (ou ailleurs), ont repris dans leurs nouveaux pays.<\/p>\n<p dir=\"LTR\">\n\tN&rsquo;ayant pas conserv&eacute; des photos des professions trait&eacute;es ici, j&rsquo;ai voulu illustrer ces pages de vieilles photos, noir et blanc de certains petits m&eacute;tiers (de mon album et de bien d&rsquo;autres places), que j&rsquo;ai travaill&eacute;es sur l&rsquo;ordinateur. Je les colori&eacute;es et leur ai donn&eacute; un aspect &laquo; peinture-pointilliste &raquo; de mani&egrave;re &agrave; les rendre plus g&eacute;n&eacute;rales, moins personnelles.<\/p>\n<p dir=\"LTR\">\n\tLeur point commun, les sc&egrave;nes qui y sont&nbsp; repr&eacute;sent&eacute;es se passent toutes (ou auraient pu se passer) dans un rayon de 200 m&egrave;tres autour du croisement&nbsp;: Sidi-Bou-H&rsquo;did, Sidi-Mardoum, Sidi-Khlef et la rue du Palmier, en somme le c&oelig;ur de la H&rsquo;ara.<\/p>\n<p dir=\"LTR\">\n\t<img decoding=\"async\" alt=\"Les m\u00e9tiers disparus du Ghetto de Tunis, par Avraham Bar-Shay\" src=\"http:\/\/harissa.com\/D_Souvenirs\/images\/lesmet28.jpg\" \/><\/p>\n<p dir=\"LTR\">\n\t&nbsp;Je d&eacute;crirai donc des m&eacute;tiers qui avaient fleuri au ghetto et qu&rsquo;on ne rencontre plus.<\/p>\n<p dir=\"LTR\">\n\tJe voudrai d&eacute;dier ces lignes &agrave; ces artisans que je n&rsquo;ai plus revus et qui faisaient si bien leur m&eacute;tier, en gagnant si peu. Je pense que parmi les jeunes, qui les ont observ&eacute;s de pr&egrave;s ou seulement approch&eacute;s, il y a plusieurs qui ont &eacute;t&eacute; contamin&eacute;s par le germe qui a fait d&rsquo;eux, les artistes ou les ing&eacute;nieurs de la g&eacute;n&eacute;ration d&rsquo;apr&egrave;s le ghetto.<\/p>\n<p dir=\"LTR\">\n\t&nbsp;<\/p>\n<p dir=\"LTR\">\n\tDans le secteur de l&rsquo;habillement, il y &agrave; d&rsquo;abord le vendeur de coupons de tissus au poids. Ces coupons provenaient des fins de rouleaux et des rebuts que les fabricants ou les grands commer&ccedil;ants&nbsp; liquidaient &agrave; tr&egrave;s bas&nbsp; prix. L&rsquo;honn&ecirc;tet&eacute; exigeait, du revendeur, de montrer les d&eacute;fauts l&agrave; o&ugrave; il y en avait. On trouvait des tissus de tous les styles et mati&egrave;res. Le coupon se vendait, au poids et en entier.<\/p>\n<p dir=\"LTR\">\n\tOn prend le coupon chez un tailleur qui en fera un pantalon, une veste, une chemise, ou une robe, et sur mesure s&rsquo;il vous plait&nbsp;; la confection qui se vendait dans les grands magasins en dehors du ghetto co&ucirc;tait plus ch&egrave;re. La plupart du temps ces tailleurs gagnaient leur pain en faisant&nbsp; de la confection. Leur travail &eacute;tait tr&egrave;s soign&eacute;, une veste prenait plusieurs jours et exigeait au moins trois essayages. Ils prenaient grand soin de la doublure et des renforts int&eacute;rieurs qui bombent&nbsp; le torse. Les jeunes choisissaient leurs mod&egrave;les parmi ceux vus au cin&eacute;ma ou dans les magazines. Les travaux de petites mains &eacute;taient confi&eacute;s &agrave; des apprentis et &agrave; des m&egrave;res de familles, qui trouvaient l&agrave; de quoi finir le mois. Ces besognes se faisaient chez elles &agrave; la maison, les apprentis leur amenaient les oeuvres &agrave; moiti&eacute; finies.<\/p>\n<p dir=\"LTR\">\n\tUn autre m&eacute;tier de l&rsquo;habillement &eacute;tait &lsquo;l&rsquo;inverseur&rsquo; de manteaux. L&rsquo;hiver de Tunis &eacute;tant souvent assez rude et le gros manteau coutait cher. Le tissus qu&rsquo;il fallait pour le faire &eacute;tait presque inaccessible. On venait alors renouveler son vieux &lsquo;pardessus&rsquo; ou bien celui qu&rsquo;on a h&eacute;rit&eacute; d&rsquo;un vieux parent. La couleur a d&eacute;teint et les coutures se sont us&eacute;es avec l&rsquo;age. L&rsquo;artisan, donne son diagnostic et prend des mesures. Il commence son travail en d&eacute;faisant toutes les coutures, avec la plus grande attention, de la doublure aux revers, puis il faut nettoyer toute l&rsquo;ancienne filasse.&nbsp; Ensuite vient le repassage et le redressage des plis tout autour de chaque pi&egrave;ce d&eacute;tach&eacute;e. Avec toute son adresse, le ma&icirc;tre ajustera les pi&egrave;ces pour la phase d&rsquo;inversement, car dans le processus de retournement, les pi&egrave;ces de droite passent &agrave; gauche et vice versa. Ce qui exige le d&eacute;placement des accessoires asym&eacute;triques, comme les boutons etc&hellip; Le manteau, une fois refait, aura un air presque neuf.<\/p>\n<p dir=\"LTR\">\n\t<img decoding=\"async\" alt=\"Les m\u00e9tiers disparus du Ghetto de Tunis, par Avraham Bar-Shay\" src=\"http:\/\/harissa.com\/D_Souvenirs\/images\/lesmet29.jpg\" \/><\/p>\n<p dir=\"LTR\">\n\tL&rsquo;artisanat de la chaussure fleurissait aussi au Ghetto, et le sur-mesure revenait moins cher.&nbsp;La fabrication d&rsquo;une paire de chaussure se partageait entre plusieurs artisans.<\/p>\n<p dir=\"LTR\">\n\tCelui qui &eacute;tait consid&eacute;r&eacute; comme l&rsquo;artiste, c&rsquo;est le &lsquo;tigeur&rsquo; . Il est le designer qui d&eacute;coupait et cousait la partie sup&eacute;rieure de la chaussure, en cuir tr&egrave;s fin, celle qui couvre le pied. Il avait souvent des vieilles coupures de journaux dans lesquelles on pouvait choisir le mod&egrave;le d&eacute;sir&eacute;. Comme les tailleurs, la plupart&nbsp; de ces messieurs faisait aussi de la confection.<\/p>\n<p dir=\"LTR\">\n\tEnsuite c&rsquo;est le &lsquo;cordonnier&rsquo; qui moulait la &lsquo;tige&rsquo; sur la forme-en-bois pour monter et coudre la semelle, puis le talon. On choisissait leurs &eacute;paisseurs et les fers des extr&eacute;mit&eacute;s, selon son gout. Il pouvait aussi adopter la forme aux dimensions du pied du client. La couture des semelles, qui se faisait &agrave; la main, n&rsquo;&eacute;tait pas des plus faciles.&nbsp; Il faisait passer &agrave; travers un petit trou, perc&eacute; avec un poin&ccedil;on manuel, les deux extr&eacute;mit&eacute;s d&rsquo;un fil qu&rsquo;il avait, auparavant, liss&eacute;es &agrave; la cire. Ensuite il les tirait tr&egrave;s fort pour serrer les couches de cuir. Ce travail se r&eacute;p&eacute;tait trois ou quatre fois sur chaque centim&egrave;tre du pourtour de la semelle.<\/p>\n<p dir=\"LTR\">\n\tC&rsquo;est un autre artisan, le &lsquo;fraiseur&rsquo;, qui poss&eacute;dant les machines ad&eacute;quates, fera la finition de la semelle.<\/p>\n<p>\n\t<br clear=\"ALL\" \/><br \/>\n\t&nbsp;<img decoding=\"async\" alt=\"Les m\u00e9tiers disparus du Ghetto de Tunis, par Avraham Bar-Shay\" src=\"http:\/\/harissa.com\/D_Souvenirs\/images\/lesmet30.jpg\" \/><\/p>\n<p dir=\"LTR\">\n\tUne autre famille d&rsquo;artisans faisait un peu, dans la m&eacute;canique. A ma connaissance, il n&rsquo;y avait pas de garage au ghetto, mais il y avait des r&eacute;parateurs de bicyclettes qui faisaient aussi de la location de v&eacute;los.<\/p>\n<p dir=\"LTR\">\n\tLe ferblantier&nbsp; r&eacute;parait les &lsquo;primus&rsquo; qui se bouchaient souvent. M&ecirc;me si certaines familles avaient d&eacute;j&agrave; le &lsquo;butagaz&rsquo;, cet instrument r&eacute;gnait en ma&icirc;tre &agrave; la cuisine. Le ferblantier faisait des miracles avec son fer &agrave; souder. Il r&eacute;parait, les trous des r&eacute;cipients en t&ocirc;le galvanis&eacute;e. Il fabriquait lui-m&ecirc;me des ustensiles divers, comme les seaux ou les Kma&rsquo;a, entonnoirs indispensables pour la Asbanna.<\/p>\n<p dir=\"LTR\">\n\t&nbsp;<\/p>\n<p dir=\"LTR\">\n\t<img decoding=\"async\" alt=\"Les m\u00e9tiers disparus du Ghetto de Tunis, par Avraham Bar-Shay\" src=\"http:\/\/harissa.com\/D_Souvenirs\/images\/lesmet31.jpg\" \/><\/p>\n<p dir=\"LTR\">\n\tPas loin de chez moi il y avait une fonderie de cuivre et de ses alliages. Il coulait entre autres, des Hanoukia et le plus souvent des marteaux pilons. Apr&egrave;s la fonderie, il nettoyait tous les d&eacute;chets et machinait&nbsp; les pi&egrave;ces au &lsquo;tour&rsquo; pour leur donner l&rsquo;aspect final.<\/p>\n<p dir=\"LTR\">\n\tCelui qui repr&eacute;sentait, pour moi le vrai artiste, plus qu&rsquo;un artisan, &eacute;tait le &lsquo;ciseleur&rsquo;. Il combinait l&rsquo;art et les math&eacute;matiques.&nbsp; Son atelier &eacute;tait &agrave; la rue du palmier, pas loin de celui du fondeur. Je restais des heures, fascin&eacute;, devant ce ma&icirc;tre qui avec son grand compas-&agrave;-pointes-s&egrave;ches et sa r&egrave;gle m&eacute;talliques, cr&eacute;ait sur des immenses plats de cuivre, des figures g&eacute;om&eacute;triques de toutes les formes.<\/p>\n<p dir=\"LTR\">\n\tDeux plats vierges &eacute;taient coll&eacute;s dos &agrave; dos, &agrave; un disque &eacute;pais de goudron, coul&eacute; entre eux. Une fois le goudron refroidi, il durcissait, comme de l&rsquo;&eacute;b&egrave;ne, et ne permettait aucune d&eacute;formation du plat, durant le ciselage. J&rsquo;ai vu des ciseleurs depuis, en Isra&eacute;l et m&egrave;me durant mon voyage &agrave; Tunis, ils n&rsquo;employaient plus le support en goudron durci. Ils frappaient plutot une contre une lourde plate d&rsquo;acier, ce qui d&eacute;formait la surface du plat.<\/p>\n<p dir=\"LTR\">\n\tAux figures g&eacute;om&eacute;triques, il ajoutait des fois, &agrave;-main-lev&eacute;e, d&rsquo;autres d&eacute;corations florales ou animales. Alors vient le travail d&eacute;licat du marteau qui pousse le fin ciseau, par petits coups et transforme les lignes dessin&eacute;es en&nbsp; un sillon profond. Ces sillons peuvent rester tels qu&rsquo;ils sont ou bien il y sertit, &agrave; l&rsquo;aide d&rsquo;un petit marteau, un fil d&rsquo;argent ou de cuivre. Ces coups provoquaient une soudure &agrave; froid du fil dans le sillon, et le &lsquo;remplissaient&rsquo;. Apr&egrave;s polissage, il obtenait un dessin &lsquo;cloisonn&eacute;&rsquo;, avec des lignes de couleur rouge ou blanche.<\/p>\n<p dir=\"LTR\">\n\t<img decoding=\"async\" alt=\"Les m\u00e9tiers disparus du Ghetto de Tunis, par Avraham Bar-Shay\" src=\"http:\/\/harissa.com\/D_Souvenirs\/images\/lesmet32.jpg\" \/><\/p>\n<p>\n\t<br clear=\"ALL\" \/><br \/>\n\tA l&rsquo;aide d&rsquo;autres poin&ccedil;ons, les ouvriers remplissaient l&rsquo;int&eacute;rieur de certaines figures et selon l&rsquo;alignement des formes fines grav&eacute;es, ils obtenaient diff&eacute;rents effets sur la surface du plat.<\/p>\n<p dir=\"LTR\">\n\tL&rsquo;atelier du ciseleur occupait un coin dans une grande cour dont le propri&eacute;taire &eacute;tait le marbrier du quartier. Je ne m&rsquo;attarderai pas sur cet artisan, puisqu&rsquo;on le retrouve partout m&ecirc;me de nos jours. Quand j&rsquo;y pense aujourd&rsquo;hui, je ne comprends pas comment ces grosses pi&egrave;ces de marbre &eacute;taient transport&eacute;es jusqu&#39;&agrave; cet atelier, ou partaient de l&agrave;-bas, &agrave; travers les ruelles de la H&rsquo;ara.<\/p>\n<p dir=\"LTR\">\n\tIl n&rsquo;y avait pas beaucoup de menuiseries, mais par contre on voyait plusieurs &eacute;b&eacute;nisteries. C&rsquo;&eacute;tait peut &ecirc;tre parce qu&rsquo;on achetait les meubles en dehors du Ghetto ou surtout parce qu&rsquo;on les h&eacute;ritait de nos grands-parents, et puis il fallait pas beaucoup de meubles pour remplir les petites chambres. Mais on prenait ses vieux meubles chez l&rsquo;&eacute;b&eacute;niste pour leur redonner une jeunesse. C&rsquo;&eacute;tait surtout de grandes armoires&nbsp; aux portes un peu baroques et des &lsquo;Comodas&rsquo;, cette commode dont les tiroirs contenaient le linge qui n&rsquo;allait pas dans l&rsquo;armoire. Elle contenait aussi des tr&eacute;sors de la famille tels que photos, bijoux et autres bagatelles.<\/p>\n<p dir=\"LTR\">\n\t<img decoding=\"async\" alt=\"Les m\u00e9tiers disparus du Ghetto de Tunis, par Avraham Bar-Shay\" src=\"http:\/\/harissa.com\/D_Souvenirs\/images\/lesmet33.jpg\" \/><\/p>\n<p>\n\t<br clear=\"ALL\" \/><br \/>\n\tL&rsquo;atelier n&rsquo;&eacute;tant pas tr&egrave;s grand, le travail se faisait dehors, devant la porte. Il astiquait pendant des heures, avec un grand tampon imbib&eacute; d&rsquo;un vernis noir, la surface d&rsquo;une porte ou d&rsquo;une autre pi&egrave;ce jusqu&#39;&agrave; pleine satisfaction. Ce travail &eacute;tait tr&egrave;s physique et les gars qui le pratiquaient &eacute;taient bien muscl&eacute;s. On ne peut oublier les odeurs des vernis qui r&eacute;gnait dans l&rsquo;atelier et autour.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n<p dir=\"LTR\">\n\tLe courant &eacute;lectrique ne passait dans toutes les maisons. L&rsquo;&eacute;clairage &eacute;tait &agrave; la lampe &agrave; p&eacute;trole ou &agrave; la lampe au &lsquo;carbure&rsquo; (de calcium), pierre que l&rsquo;on achetait chez des &eacute;piciers sp&eacute;cialis&eacute;s. Cette lampe ressemble plut&ocirc;t &agrave; une cafeti&egrave;re o&ugrave;, comme pour le caf&eacute;, le bloc de carbure est renferm&eacute; dans un r&eacute;cipient int&eacute;rieur et l&rsquo;eau y coule goutte &agrave; goutte en provocant une r&eacute;action chimique avec la pierre, r&eacute;action contr&ocirc;l&eacute;e qui d&eacute;gage le gaz d&rsquo;ac&eacute;tyl&egrave;ne. Ce gaz (malodorant) sort alors par un petit orifice, et une fois allum&eacute;, il &eacute;clairait la chambre d&rsquo;une forte lumi&egrave;re blanch&acirc;tre.<\/p>\n<p dir=\"LTR\">\n\t<img decoding=\"async\" alt=\"Les m\u00e9tiers disparus du Ghetto de Tunis, par Avraham Bar-Shay\" src=\"http:\/\/harissa.com\/D_Souvenirs\/images\/lesmet34.jpg\" \/><\/p>\n<p>\n\t<br clear=\"ALL\" \/><br \/>\n\tJ&rsquo;ai pu me procurer une lampe pareille, lors de mon voyage en Tunisie, je joins la photo ici.<\/p>\n<p dir=\"LTR\">\n\tUn autre groupe de petits m&eacute;tiers &eacute;tait attach&eacute; &agrave; la &lsquo;bouffe&rsquo;.<\/p>\n<p dir=\"LTR\">\n\tUne de nos voisines &eacute;tait une faiseuse de feuilles de briks. On la disait tr&egrave;s dou&eacute;e, puisqu&rsquo;on venait de loin pour en acheter chez elle. Je la revois aujourd&rsquo;hui assise par terre, comme le marchand de beignets arabe. Elle avait, &agrave; sa droite, une grande cuvette pleine de p&acirc;te molle, et devant elle, une po&ecirc;le de cuivre renvers&eacute;e, chauff&eacute;e presque au rouge, au-dessus d&rsquo;un grand primus. Elle prenait dans sa main un morceau de p&acirc;te avec lequel elle touchait d&eacute;licatement la po&ecirc;le chaude. Ce geste se r&eacute;p&eacute;tait jusqu&rsquo;&agrave; couvrir toute la surface de la po&ecirc;le, et &agrave; chaque fois on entendait un bruit qui ressemblait &agrave; celui d&rsquo;un fer chauff&eacute; qu&rsquo;on trempait dans l&rsquo;eau. Ces bruits secs m&rsquo;accompagnait souvent quand je faisais mes devoirs. Puis comme par magie, elle d&eacute;tachait ais&eacute;ment la feuille&nbsp; et la posait sur la pile de feuilles d&eacute;j&agrave; refroidies.<\/p>\n<p dir=\"LTR\">\n\tBeaucoup de maisons n&rsquo;avaient pas l&rsquo;eau courante. Il y avait au ghetto des fontaines publiques d&rsquo;eau potable, dispers&eacute;es tous les cent ou deux cent m&egrave;tres. C&rsquo;&eacute;tait la corv&eacute;e des enfants de jouer &agrave; Cosette-et-le-seau-d&rsquo;eau. Mais ceux qui le voulaient, pouvaient appeler le Garbaji, le porteur d&rsquo;eau, qui vous amenait pour quelques sous, une outre pleine qu&rsquo;il d&eacute;versait directement dans vos jarres. L&rsquo;outre, une peau de ch&egrave;vre qui avait les pattes attach&eacute;es et dont l&rsquo;ouverture du cou servait au passage de l&rsquo;eau, avait la peau poreuse et l&rsquo;eau en d&eacute;goulinait sur un tablier de cuir &eacute;pais que le porteur avait sur le dos.<\/p>\n<p dir=\"LTR\">\n\t<img decoding=\"async\" alt=\"Les m\u00e9tiers disparus du Ghetto de Tunis, par Avraham Bar-Shay\" src=\"http:\/\/harissa.com\/D_Souvenirs\/images\/lesmet35.jpg\" \/><\/p>\n<p dir=\"LTR\">\n\tLa vendeuse de l&eacute;gumes-de-bouillon-&agrave;-la-botte (Kattat L&eacute;broudou), assise sur une natte, &eacute;talait des bottes de l&eacute;gumes qui contenaient tout pour faire un bouillon. Il y avait un quart de t&egrave;te de c&eacute;leri, quelques carottes, des herbes etc&hellip;juste pour le jour m&ecirc;me, pas plus, pas de restes &agrave; jeter.<\/p>\n<p dir=\"LTR\">\n\tUn autre m&eacute;tier curieux &eacute;tait celui du vendeur de jaunes d&rsquo;&oelig;ufs. Certains patissiers n&rsquo;utilisaient que le blanc de l&rsquo;&oelig;uf et vendaient le jaune, &agrave; bas prix, le matin &agrave; Sidi Bou H&#39;did. &nbsp;Le casseur &eacute;tait arm&eacute; d&rsquo;un grand panier plein d&rsquo;&oelig;ufs frais et d&rsquo;une cuvette pour accumuler&nbsp;le liquide blanc g&eacute;latineux. On ne savait rien du cholest&eacute;rol dans le temps, mais on nous a beaucoup vant&eacute; les bienfaits du jaune de l&rsquo;&oelig;uf. Alors sur la route de l&rsquo;&eacute;cole, on avalait deux ou trois de ces boules jaunes, on aimait &ccedil;a et ce n&rsquo;&eacute;tait pas cher.<\/p>\n<p dir=\"LTR\">\n\tIl y avait aussi le berger qui promenait ses ch&egrave;vres dans nos ruelles et qui nous servait du lait tout chaud, directement de la t&eacute;tine. Cela fait penser &agrave; Pasteur qui n&rsquo;aurait s&ucirc;rement pas bu de ce lait.<\/p>\n<p dir=\"LTR\">\n\tChez le confiseur, le fabricant de bonbons, on aimait voir ses &lsquo;laminoirs&rsquo; et le travail qu&rsquo;il investissait dans le malaxage de la p&acirc;te de sucre.<\/p>\n<p dir=\"LTR\">\n\t<img decoding=\"async\" alt=\"Les m\u00e9tiers disparus du Ghetto de Tunis, par Avraham Bar-Shay\" border=\"0\" src=\"http:\/\/harissa.com\/D_Souvenirs\/images\/Confiseur.jpg\" \/><\/p>\n<p dir=\"LTR\">\n\tApres le p&eacute;trissage &agrave; la machine, il pliait et repliait cette grosse masse de pate chaude, color&eacute;e et brillante, contre de gros clous qui sortaient du mur, et cela pendant des heures. Ensuite il la passait&nbsp; dans une esp&egrave;ce de laminoir dont les rouleaux avaient des creux de la forme de la moiti&eacute; du bonbon. Chaque creux avait son jumeau sur le rouleau d&rsquo;en face. Quel plaisir que de voir des centaines de bonbons sortir de cette p&acirc;te amorphe, qui passait entre ces cylindres d&rsquo;acier brillants. Quand on ne d&eacute;rangeait pas trop le travail, on &eacute;tait bien r&eacute;compens&eacute;.<\/p>\n<p dir=\"LTR\">\n\t<img decoding=\"async\" alt=\"Les m\u00e9tiers disparus du Ghetto de Tunis, par Avraham Bar-Shay\" src=\"http:\/\/harissa.com\/D_Souvenirs\/images\/lesmet36.jpg\" \/><\/p>\n<p dir=\"LTR\">\n\tLa vari&eacute;t&eacute; de g&acirc;teaux&nbsp; qui se vendaient sur la rue Sidi Bou Hdid est connue de presque tous les Tunisiens. Bien entendu que leur qualit&eacute;, existait aussi dans les p&acirc;tisseries des quartiers plus ais&eacute;s, et se retrouve, bien s&ucirc;r, &agrave; Paris depuis presque un demi-si&egrave;cle.<\/p>\n<p dir=\"LTR\">\n\tIl y avait un vieux marchand ambulant de petits g&acirc;teaux, qui se pla&ccedil;ait tr&egrave;s souvent &agrave; l&rsquo;ombre d&rsquo;un des immeubles de recasement de la Hafsia et qui vendait des Ghr&eacute;iba au H&rsquo;ams ou au beurre. Il vendait aussi ces cubes g&eacute;latineux et color&eacute;s, qui &eacute;taient loin d&rsquo;&ecirc;tre du Halkoum. Mais ses g&acirc;teaux faits de copeaux de noix de coco avaient un gout que je n&rsquo;ai pas retrouv&eacute; depuis.<\/p>\n<p dir=\"LTR\">\n\t&nbsp;<\/p>\n<p dir=\"LTR\">\n\tCes m&eacute;tiers existaient surement en dehors de la H&rsquo;ara, et je serai heureux si j&rsquo;ai pu r&eacute;veiller en certains lecteurs le souvenir d&rsquo;une connaissance ou d&rsquo;un membre de leur famille qui faisaient partie de cette noble famille d&rsquo;artisans.<\/p>\n<p dir=\"LTR\">\n\tUne partie de l&rsquo;artisanat juif d&eacute;crit ici, &eacute;tait n&eacute;e ou s&ucirc;rement influenc&eacute;e par le contact avec d&rsquo;autres communaut&eacute;s&nbsp; qui n&rsquo;&eacute;taient pas plus ais&eacute;es. Ce sont les Maltais et les Siciliens, et on aimerait un jour retrouver, dans un des villages lointains de ces &icirc;les, des artisans qui font encore ces m&eacute;tiers.&nbsp;<\/p>\n<p dir=\"LTR\">\n\t&nbsp;<\/p>\n<p dir=\"LTR\">\n\t&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Avraham Bar Shay (Benattia)&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<a href=\"mailto:absf@netvision.net.il\">absf@netvision.net.il<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les m&eacute;tiers disparus du Ghetto de Tunis, par Avraham Bar-Shay &nbsp; &nbsp; &nbsp; Cette liste ne contient pas les m&eacute;tiers qui &eacute;taient tr&egrave;s connus en dehors du ghetto, ni ceux que les Tunisiens, immigr&eacute;s &agrave; Paris (ou ailleurs), ont repris dans leurs nouveaux pays. 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Avraham Bar-Shay | HARISSA.COM<\/title>\n<meta name=\"description\" content=\"Cette liste ne contient pas les m\u00e9tiers qui \u00e9taient tr\u00e8s connus en dehors du ghetto, ni ceux que les Tunisiens, immigr\u00e9s \u00e0 Paris (ou ailleurs), ont repris dans leurs nouveaux pays.\" \/>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/les-metiers-disparus-du-ghetto-de-tunis-par-avraham-bar-shay\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"Les m\u00e9tiers disparus du Ghetto de Tunis, par Avraham Bar-Shay | HARISSA.COM\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"Cette liste ne contient pas les m\u00e9tiers qui \u00e9taient tr\u00e8s connus en dehors du ghetto, ni ceux que les Tunisiens, immigr\u00e9s \u00e0 Paris (ou ailleurs), ont repris dans 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