{"id":6773,"date":"2015-07-08T23:49:40","date_gmt":"2015-07-08T23:49:40","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=6773"},"modified":"2015-07-09T00:44:13","modified_gmt":"2015-07-09T00:44:13","slug":"le-judaisme-ne-bannit-pas-lerotisme","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/le-judaisme-ne-bannit-pas-lerotisme\/","title":{"rendered":"Le juda\u00efsme ne bannit pas l\u2019\u00e9rotisme"},"content":{"rendered":"<p>\n\t&lsquo;Le juda&iuml;sme ne bannit pas l&rsquo;&eacute;rotisme&rsquo;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<div>\n<div>\n\t\tElias Levy, Reporter<\/div>\n<div>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\tPourquoi le sexe et l&rsquo;&eacute;rotisme finissent-ils par s&rsquo;&eacute;teindre, m&ecirc;me dans les plus grandes histoires d&rsquo;amour? Comment conjuguer la flamme passionn&eacute;e du d&eacute;sir et le confort rassurant du foyer? Pourquoi les jeunes couples d&rsquo;aujourd&rsquo;hui font-ils de moins en moins l&rsquo;amour? Quelle place occupe l&rsquo;&eacute;rotisme dans la tradition juive&hellip;?<\/p>\n<p>\n\t\t\tL&rsquo;auteure de l&rsquo;excellent best-seller international, traduit en vingt-trois langues, L&rsquo;intelligence &eacute;rotique. Faire vivre le d&eacute;sir dans le couple (&Eacute;ditions Robert Laffont) -traduction fran&ccedil;aise de Mating in captivity- sera l&rsquo;invit&eacute;e de la Campagne s&eacute;pharade des Femmes de l&rsquo;Appel Juif Unifi&eacute; de la F&Eacute;D&Eacute;RATION CJA. Th&egrave;me de sa conf&eacute;rence: &ldquo;Parent, amant: faire vivre le d&eacute;sir dans le couple&rdquo;.<\/p>\n<p>\n\t\t\tN&eacute;e en Belgique dans une famille de survivants de la Shoah, Esther Perel, qui parle couramment neuf langues, est dipl&ocirc;m&eacute;e de l&rsquo;Universit&eacute; H&eacute;bra&iuml;que de J&eacute;rusalem et du Lesley College. Elle vit &agrave; New York depuis une vingtaine d&rsquo;ann&eacute;es, o&ugrave; elle dirige un cabinet de consultation.<\/p>\n<p>\n\t\t\tDans L&rsquo;intelligence &eacute;rotique, faisant fi du politiquement correct, Esther Perel propose de cultiver la distance au sein du couple, mais aussi d&rsquo;explorer une sexualit&eacute; plus lib&eacute;r&eacute;e afin de faire (re)na&icirc;tre l&rsquo;&eacute;tincelle du d&eacute;sir. Elle en appelle au jeu et &agrave; l&rsquo;imagination -pour r&eacute;introduire du risque dans la s&eacute;curit&eacute;-, et m&ecirc;me &agrave; la po&eacute;sie, qui ont ciment&eacute; tant de couples &agrave; leurs d&eacute;buts!<\/p>\n<p>\n\t\t\tEntretien avec une th&eacute;rapeute chevronn&eacute;e du mal de vivre sexuel, briseuse de tabous.<\/p>\n<p>\n\t\t\tCanadian Jewish News: Vous aborderez dans quelques jours, devant un parterre majoritairement constitu&eacute; de femmes juives, deux sujets tabous dans les Communaut&eacute;s juives traditionalistes: la sexualit&eacute; et l&rsquo;&eacute;rotisme. Comment comptez-vous vous y prendre?<\/p>\n<p>\n\t\t\tEsther Perel: Dans la religion juive, la sexualit&eacute; et l&rsquo;&eacute;rotisme ne sont pas des sujets tabous. En tout cas, ces th&egrave;mes sont moins tabous dans le juda&iuml;sme que dans d&rsquo;autres religions. Cependant, on retrouve dans la culture juive les m&ecirc;mes ph&eacute;nom&egrave;nes de r&eacute;pression, d&rsquo;inhibition et de silence qui ont cours dans les Communaut&eacute;s plus patriarcales et plus traditionnelles. Le sujet de la sexualit&eacute; chez soi est un sujet qui est assez tabou partout. Pourtant, autant il y a un exhibitionnisme, un exc&egrave;s de sexe presque partout -sur les affiches, les murs&hellip;-, autant le d&eacute;sir chez soi est toujours un sujet tabou, m&ecirc;me dans des Communaut&eacute;s plus &eacute;mancip&eacute;es et plus lib&eacute;rales.<\/p>\n<p>\n\t\t\tC.J.N.: Donc, d&rsquo;apr&egrave;s vous, l&rsquo;&eacute;rotisme et le juda&iuml;sme ne sont pas antinomiques mais, au contraire, compl&eacute;mentaires.<\/p>\n<p>\n\t\t\tE. Perel: Absolument. Ce qui m&rsquo;int&eacute;ressait, ce n&rsquo;&eacute;tait pas uniquement la sexualit&eacute;, c&rsquo;&eacute;tait la dimension &eacute;rotique du couple. Or, cette dimension, je l&rsquo;ai retrouv&eacute;e dans le Zohar, au sens mystique du terme, bien avant que la modernit&eacute; y ait attribu&eacute; un sens exclusivement sexuel &agrave; l&rsquo;&eacute;rotisme. L&rsquo;&eacute;rotisme, c&rsquo;est l&rsquo;&eacute;lan vital, c&rsquo;est comment se maintenir en vie, comment vibrer, comment avoir une vitalit&eacute;, une exub&eacute;rance, comment transcender ce sentiment mortel qu&rsquo;on a parfois en soi. L&rsquo;&eacute;rotisme, c&rsquo;est un antidote contre la mort. Pour moi, le peuple juif est un exemple &eacute;rotique. Quand je regarde les survivants de la Shoah &agrave; Anvers, &agrave; Montr&eacute;al, &agrave; Sydney &#8211; on retrouve dans les Communaut&eacute;s juives de ces trois villes le plus grand nombre de survivants de la Shoah-, je constate qu&rsquo;il y a deux groupes: ceux qui ne sont pas morts et ceux qui se sont remis &agrave; vivre apr&egrave;s avoir v&eacute;cu cette trag&eacute;die effroyable et indicible.<\/p>\n<p>\n\t\t\tQuand des couples se plaignent de manque de d&eacute;sir, de panne de sexualit&eacute;, ce n&rsquo;est pas la quantit&eacute; qu&rsquo;ils recherchent, ce qu&rsquo;ils souhaitent ardemment c&rsquo;est de se reconnecter avec cette vitalit&eacute;, cette transcendance, cette intensit&eacute; qu&rsquo;ils ont parfois ressenti &agrave; travers le rapport sexuel. C&rsquo;est l&rsquo;&eacute;rotisme du sexe qu&rsquo;ils ont envie de retrouver, la po&eacute;sie du sexe, pas l&rsquo;acte sexuel. &Ccedil;a, les femmes savent tr&egrave;s bien qu&rsquo;elles l&rsquo;ont fait pendant des mill&eacute;naires sans aucun plaisir. Le faire, ce n&rsquo;est pas compliqu&eacute;, ressentir quelque chose, &ccedil;a c&rsquo;est plus difficile!<\/p>\n<p>\n\t\t\tC.J.N.: Quelle place occupe l&rsquo;&eacute;rotisme dans le juda&iuml;sme, une religion qui a structur&eacute;, par le biais d&rsquo;un cycle tr&egrave;s rigoureux, les rapports sexuels dans le couple?<\/p>\n<p>\n\t\t\tE. Perel: Le juda&iuml;sme n&rsquo;est pas une religion pr&ocirc;nant la chastet&eacute;. La religion juive a codifi&eacute; le corps, mais elle ne l&rsquo;a jamais banni. Elle n&rsquo;a pas non plus banni le plaisir du corps. Elle a mis le corps dans un contexte de reproduction, elle lui a trouv&eacute; une bonne fonction, mais elle ne l&rsquo;a jamais banni, ni trahi. Comme je pense que le d&eacute;sir est fond&eacute; sur un certain mouvement d&rsquo;anticipation, je me suis demand&eacute;e dans quelle mesure une religion qui structure des absences et des intermittences peut-elle aider &agrave; l&rsquo;augmentation de cette anticipation?<\/p>\n<p>\n\t\t\tIl est vrai qu&rsquo;un mod&egrave;le fonctionne pour certaines personnes et n&rsquo;a aucune influence sur d&rsquo;autres. Pour les personnes qui pratiquent la Nida, ce qu&rsquo;il y a de fondamentalement diff&eacute;rent avec les Occidentaux modernes d&rsquo;aujourd&rsquo;hui, c&rsquo;est que le rapport sexuel n&rsquo;est pas uniquement dans le domaine du d&eacute;sir et du vouloir individuel. C&rsquo;est pourquoi les gens qui ont le plus de rapports sexuels -&ccedil;a ne veut pas dire que ce sont des bons rapports sexuels, d&eacute;sir&eacute;s et satisfaisants, certainement pas pour la femme!- sont les mormons et les Juifs orthodoxes. Ces derniers se disent, avec une assurance in&eacute;branlable: &ldquo;&Ccedil;a ne d&eacute;pend pas de moi, ce n&rsquo;est pas une question de savoir si j&rsquo;ai envie ou si je n&rsquo;ai pas envie, c&rsquo;est ce que je dois faire. &Ccedil;a fait partie des choses que je dois faire, donc je le fais. &Ccedil;a ne veut pas dire que je le fais bien ni que je le fais avec plaisir, mais &ccedil;a doit &ecirc;tre fait.&rdquo;<\/p>\n<p>\n\t\t\tC.J.N.: Selon vous, l&rsquo;intimit&eacute; n&rsquo;assure pas toujours une vie sexuelle &eacute;panouissante. Pourquoi?<\/p>\n<p>\n\t\t\tE. Perel: Il y a un paradoxe. On nous dit tout le temps que plus de rapprochement, plus de proximit&eacute;, va nous garantir plus de d&eacute;sir sexuel. Or, je pense que l&rsquo;amour et le d&eacute;sir sont li&eacute;s parfois dans une relation tendue, une relation paradoxale. Autant dans l&rsquo;intimit&eacute; on recherche le familier, le pr&eacute;visible, la stabilit&eacute;, la s&eacute;curit&eacute;, on recherche le fait qu&rsquo;il n&rsquo;y ait plus de surprises quelque part pour qu&rsquo;on soit &agrave; l&rsquo;aise et confortable, autant le d&eacute;sir et l&rsquo;&eacute;rotisme se nourrissent de l&rsquo;inverse, c&rsquo;est-&agrave;-dire de l&rsquo;inconnu, du myst&egrave;re, de la surprise, du nouveau, de l&rsquo;anticipation&hellip; Les ingr&eacute;dients &eacute;rotiques sont tr&egrave;s souvent la transgression et non le devoir. En fait, ce qui nourrit l&rsquo;amour, ce n&rsquo;est pas n&eacute;cessairement ce qui alimente le d&eacute;sir. &Ccedil;a ne veut pas dire qu&rsquo;il ne faut pas avoir d&rsquo;intimit&eacute;, &ccedil;a veut simplement dire que quelque part il y a une sorte de tension et de paradoxe &agrave; g&eacute;rer: permettre l&rsquo;inconnu et l&rsquo;incertitude au milieu de la s&eacute;curit&eacute;.<\/p>\n<p>\n\t\t\tC.J.N.: Vous racontez dans votre livre que des &ldquo;couples heureux&rdquo; vous consultent r&eacute;guli&egrave;rement parce qu&rsquo;en d&eacute;pit de l&rsquo;&ldquo;amour profond&rdquo; qui les unit, leur vie sexuelle est d&rsquo;un &ldquo;ennui mortel&rdquo;. Comment expliquer ce paradoxe?<\/p>\n<p>\n\t\t\tE.Perel: Aujourd&rsquo;hui, dans la psychologie moderne, on nous dit toujours que les probl&egrave;mes de sexualit&eacute; sont reli&eacute;s au probl&egrave;mes du couple. Donc, si on am&eacute;liore la relation du couple, la sexualit&eacute; s&rsquo;am&eacute;liorera automatiquement. C&rsquo;est vrai que quand on am&eacute;liore la communication, l&rsquo;humour et la complicit&eacute;, quand on att&eacute;nue les conflits au sein d&rsquo;un couple&hellip; la relation s&rsquo;am&eacute;liore. C&rsquo;est &eacute;vident. Mais ce qui m&rsquo;a toujours fascin&eacute;e, c&rsquo;est le nombre de couples dont la relation s&rsquo;am&eacute;liorait exponentiellement, mais il n&rsquo;y avait aucun changement au niveau du d&eacute;sir sexuel. Ils s&rsquo;entendaient mieux, se disputaient moins, ils s&rsquo;appr&eacute;ciaient plus, mais &ccedil;a ne changeait rien dans la chambre &agrave; coucher!<\/p>\n<p>\n\t\t\tJe pense que la sexualit&eacute; n&rsquo;est pas qu&rsquo;une m&eacute;taphore de la relation du couple, elle est aussi une sorte de narratif parall&egrave;le, une histoire compl&eacute;mentaire r&eacute;gie selon ses propres r&egrave;gles. C&rsquo;est pour cette raison qu&rsquo;une bonne intimit&eacute; ne garantit pas n&eacute;cessairement un regain du d&eacute;sir sexuel.<\/p>\n<p>\n\t\t\tJe le constate souvent aupr&egrave;s des couples qui viennent me consulter. Ces derniers me disent: &ldquo;Nous formons un super couple, nous sommes tr&egrave;s heureux, mais nous ne faisons plus l&rsquo;amour depuis deux, trois, cinq, huit&hellip; ans. Nous sommes devenus des amis, presque fr&egrave;re et soeur. On a &ldquo;d&eacute;&eacute;rotis&eacute;&rdquo; notre couple.&rdquo; Des jeunes femmes me confient: &ldquo;Je sais qu&rsquo;il m&rsquo;aime, mais &ccedil;a fait des ann&eacute;es que je ne me suis pas sentie d&eacute;sir&eacute;e. Pourquoi s&rsquo;il m&rsquo;aime ne me d&eacute;sire-t-il pas?&rdquo;<\/p>\n<p>\n\t\t\tIl ne s&rsquo;agit pas de couples qui ne s&rsquo;entendent pas du tout, qui ne se supportent plus&hellip; Il y a beaucoup de gens qui ne s&rsquo;entendent pas mais qui continuent &agrave; avoir un rapport sexuel assez anim&eacute; et intense.<\/p>\n<p>\n\t\t\tQu&rsquo;est-ce que c&rsquo;est que ce paradoxe: parfois plus d&rsquo;intimit&eacute; m&egrave;ne &agrave; une certaine diminution du d&eacute;sir sexuel. &ldquo;Ce n&rsquo;&eacute;tait pas cens&eacute; &ecirc;tre comme &ccedil;a, on nous a toujours dit que les deux vont ensemble et dans la m&ecirc;me direction&rdquo;, me disent souvent des couples qui viennent me voir.<\/p>\n<p>\n\t\t\tC.J.N.: La &ldquo;panne de d&eacute;sir sexuel&rdquo; n&rsquo;est-elle pas aujourd&rsquo;hui un mal typique des &ldquo;couples modernes&rdquo;?<\/p>\n<p>\n\t\t\tE. Perel: C&rsquo;est terrible pour certains couples mais ce n&rsquo;est pas du tout important pour d&rsquo;autres. Certains couples ne peuvent pas vivre sans cette &eacute;nergie vitale, cet &eacute;lan &eacute;rotique, cet antidote &agrave; la mort. Par contre, pour d&rsquo;autres couples, le calme plat au niveau sexuel, &ccedil;a leur convient parfaitement.<\/p>\n<p>\n\t\t\tJe vois de plus en plus de couples jeunes en &acirc;ge et jeunes en ann&eacute;es de couple qui sont en panne de d&eacute;sir. Je pense que ce ph&eacute;nom&egrave;ne est la r&eacute;sultante du fait qu&rsquo;on a &eacute;lev&eacute; une g&eacute;n&eacute;ration &agrave; laquelle on n&rsquo;a jamais permis d&rsquo;&ecirc;tre trop frustr&eacute;e. Une g&eacute;n&eacute;ration qui ne conna&icirc;t pas le manque. Et, quand on ne conna&icirc;t pas le manque, on a peut-&ecirc;tre plus de mal &agrave; conna&icirc;tre le d&eacute;sir.<\/p>\n<p>\n\t\t\tAuthor and renowned family and sexual therapist Esther Perel will be the guest speaker of the Combined Jewish Appeal&rsquo;s Sephardi Women&rsquo;s Campaign, March 4 at the Gelber Centre<\/p>\n<\/p><\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&lsquo;Le juda&iuml;sme ne bannit pas l&rsquo;&eacute;rotisme&rsquo; &nbsp; &nbsp; Elias Levy, Reporter &nbsp; Pourquoi le sexe et l&rsquo;&eacute;rotisme finissent-ils par s&rsquo;&eacute;teindre, m&ecirc;me dans les plus grandes histoires d&rsquo;amour? Comment conjuguer la flamme passionn&eacute;e du d&eacute;sir et le confort rassurant du foyer? Pourquoi les jeunes couples d&rsquo;aujourd&rsquo;hui font-ils de moins en moins l&rsquo;amour? 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