{"id":6799,"date":"2014-07-07T01:31:44","date_gmt":"2014-07-07T01:31:44","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=6799"},"modified":"2014-07-06T10:12:00","modified_gmt":"2014-07-06T10:12:00","slug":"rabbin-au-feminin","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/rabbin-au-feminin\/","title":{"rendered":"Rabbin au f\u00e9minin"},"content":{"rendered":"<p>\n\tRabbin au f&eacute;minin<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<div>\n<div>\n<p>\n\t\t\tPar Marie Lemonnier<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\tSes mains aux ongles cerise tracent dans l&rsquo;air des volutes hypnotiques. Une danse du corps qui accompagne sa pens&eacute;e agile. Une mani&egrave;re d&rsquo;&ecirc;tre au monde, en mouvement. Cette jeune femme rabbin &ndash; l&rsquo;une des deux seules en France &ndash; n&rsquo;envisage d&rsquo;ailleurs la tradition religieuse qu&rsquo;ainsi : &agrave; l&rsquo;image de la vie, ce &laquo; subtil &eacute;quilibre entre stabilit&eacute; et changement &raquo;. En cette nuit de Chavouot, qui comm&eacute;more le don de la Torah sur le mont Sina&iuml;, une centaine de \ufb01d&egrave;les sont r&eacute;unis pour son &laquo; caf&eacute; biblique &raquo;, au centre du Mouvement juif lib&eacute;ral de France, dans le 15e arrondissement de Paris. Delphine Horvilleur a choisi pour sujet de discussion &laquo; la beaut&eacute; du rabbin &raquo;. Un th&egrave;me a priori audacieux, pour celle qui fut mannequin au temps de ses &eacute;tudes de m&eacute;decine en Isra&euml;l et \ufb01t plusieurs fois la couverture des magazines. En fait, il s&rsquo;agit de se demander, &agrave; partir d&rsquo;un texte du Talmud, pourquoi l&rsquo;&eacute;tude ne garantit pas la beaut&eacute; de celui qui &eacute;tudie. &laquo; Comment peut-on lire ce texte aujourd&rsquo;hui ? &raquo; demande-t-elle &agrave; un public captiv&eacute;. Avant de pr&eacute;ciser : &laquo; M&ecirc;me si la lecture sera diff&eacute;rente demain matin&hellip; &raquo; Rabbi Horvilleur aime rire, comme Dieu d&rsquo;apr&egrave;s le proverbe. Mais c&rsquo;est bien l&rsquo;&eacute;paisseur polys&eacute;mique du texte, sa capacit&eacute; &agrave; offrir &laquo; un sens renouvel&eacute; &agrave; chaque lecture &raquo;, qu&rsquo;elle d&eacute;fend farouchement contre les &laquo; textol&acirc;tres &raquo; qui &laquo; calci\ufb01ent &raquo; la pens&eacute;e.<\/p>\n<\/p><\/div>\n<div>\n<p>\n\t\t\t<br \/>\n\t\t\tDans un essai lumineux, &laquo; En tenue d&rsquo;&Egrave;ve. F&eacute;minin, pudeur et juda&iuml;sme &raquo; (qui vient de para&icirc;tre chez Grasset), elle met &agrave; mal les interpr&eacute;tations fondamentalistes des textes religieux qui voudraient r&eacute;duire la femme &agrave; son corps, enti&egrave;rement &laquo; g&eacute;nitalis&eacute; &raquo;, pour mieux la voiler et la &laquo; domestiquer &raquo;. Une ex&eacute;g&egrave;se au f&eacute;minin, comme un passage oblig&eacute; pour une femme rabbin &agrave; qui il arrive encore qu&rsquo;on demande si elle peut officier durant ses r&egrave;gles !&laquo; La question n&rsquo;est pas de savoir si les textes sont misogynes, il est d&rsquo;ailleurs anachronique de le demander, mais si leurs interpr&egrave;tes le sont &raquo;, assure-t-elle. Faites par des hommes entre hommes, les lectures religieuses souffrent assur&eacute;ment d&rsquo;un &laquo; exc&egrave;s de testost&eacute;rone &raquo;.<\/p>\n<div>\n\t\t\t&nbsp;<\/div>\n<div>\n\t\t\t&nbsp;<\/div>\n<p>\n\t\t\t<span>Des femmes que l&rsquo;on incite &agrave; changer de trottoir dans certains quartiers ultraorthodoxes de J&eacute;rusalem ou &agrave; s&rsquo;asseoir au fond d&rsquo;un bus pour ne pas d&eacute;ranger les hommes, des visages f&eacute;minins arrach&eacute;s des affiches publicitaires, des femmes que l&rsquo;on fait taire au pr&eacute;texte que leur voix serait d&eacute;j&agrave; une forme de nudit&eacute;&hellip; &laquo; La multiplication de ces &eacute;v&eacute;nements m&rsquo;a convaincue qu&rsquo;il &eacute;tait urgent que des voix s&rsquo;&eacute;l&egrave;vent au sein du monde religieux et explorent &agrave; nouveau ces notions de pudeur, de nudit&eacute; et de genre, pour ne pas les laisser &ecirc;tre kidnapp&eacute;es par des interpr&eacute;tations extr&eacute;mistes, elles-m&ecirc;mes obsc&egrave;nes. &raquo;<\/span><\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\tPour Jacques Attali, qui l&rsquo;a d&eacute;couverte &agrave; la synagogue de Beaugrenelle o&ugrave; elle officie depuis son ordination en mai 2008, Delphine Horvilleur &laquo; ouvre des perspectives r&eacute;volutionnaires pour le texte. Elle a m&ecirc;me instaur&eacute; un office de shabbat en musique, qui est tr&egrave;s appr&eacute;ci&eacute; &raquo;. Form&eacute;e &agrave; New York, l&agrave; o&ugrave; s&rsquo;&eacute;crit la pens&eacute;e juive contemporaine, l&agrave; o&ugrave; le rabbinat se f&eacute;minise depuis quarante ans et o&ugrave; le mouvement lib&eacute;ral est largement majoritaire, tandis qu&rsquo;il semble toujours h&eacute;r&eacute;tique au Consistoire de France, elle est &laquo; un souffle pour le juda&iuml;sme fran&ccedil;ais &raquo;, estime son amie la romanci&egrave;re Cl&eacute;mence Boulouque, qui r&eacute;side &agrave; Manhattan : &laquo; Elle a cette capacit&eacute; &agrave; donner le petit coup de pied dans la fourmili&egrave;re qui fait que les choses s&rsquo;&eacute;l&egrave;vent et ne stagnent pas. &raquo; Pascal Bruckner, qui l&rsquo;a &eacute;dit&eacute;e, l&rsquo;a toujours &laquo; encourag&eacute;e &agrave; poser sa diff&eacute;rence &raquo;. &laquo; Il faut dire que c&rsquo;est bien la seule fois de ma vie qu&rsquo;une jeune femme m&rsquo;a dit vouloir devenir rabbin !&raquo; plaisante l&rsquo;&eacute;crivain, qui l&rsquo;a rencontr&eacute;e alors qu&rsquo;elle &eacute;tait encore journaliste &agrave; France 2.<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\t&Agrave; 38 ans, Delphine Horvilleur a d&eacute;j&agrave; eu plusieurs vies. Un parcours &laquo; &agrave; virages &raquo; pour cette \ufb01lle de Champagne, &eacute;lev&eacute;e &agrave; Epernay, dans une famille juive traditionaliste. Juifs d&rsquo;Alsace-Lorraine du c&ocirc;t&eacute; de son p&egrave;re, de ceux qu&rsquo;on appelait les &laquo; Isra&eacute;lites &raquo;, &laquo; amoureux de la R&eacute;publique et de la la&iuml;cit&eacute; &raquo;. Juifs des Carpates du c&ocirc;t&eacute; maternel, arriv&eacute;s dans l&rsquo;est de la France &agrave; la sortie des camps. Elle se d&eacute;crit en enfant &laquo; mystique &raquo;, habit&eacute;e par la question de la transcendance et de l&rsquo;identit&eacute; juive. Les fant&ocirc;mes de la Shoah p&egrave;sent sur la famille sous la forme d&rsquo;un inqui&eacute;tant silence. &laquo; Rien de tel pour transmettre que de taire, &ccedil;a a renforc&eacute; toutes mes interrogations sur l&rsquo;&ecirc;tre juif. &raquo;<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\tBac scienti\ufb01que en poche, elle arrive &agrave; J&eacute;rusalem en 1992, pendant les n&eacute;gociations des accords d&rsquo;Oslo, qui suscitent l&rsquo;espoir des jeunes militants de gauche, dont elle est. La &laquo; parenth&egrave;se enchant&eacute;e &raquo; se referme brutalement en 1995 avec l&rsquo;assassinat d&rsquo;Yitzhak Rabin. &laquo; Un traumatisme. &raquo; Elle revient en France, sollicit&eacute;e pour un stage de neurobiologie &agrave; l&rsquo;Institut Pasteur, au c&ocirc;t&eacute; de Jean-Pierre Changeux. &laquo; J&rsquo;ai alors compris que je n&rsquo;avais pas la patience du chercheur : mon esprit est plus papillonnant. &raquo; Au grand dam de son p&egrave;re, lui-m&ecirc;me m&eacute;decin, et de sa m&egrave;re, professeur d&rsquo;&eacute;conomie.<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\t&laquo; Dipl&ocirc;m&eacute;e de l&rsquo;&eacute;cole de journalisme du Celsa, elle est arriv&eacute;e en stage au bureau de France 2, &agrave; J&eacute;rusalem, le jour o&ugrave; d&eacute;butait la seconde intifada &raquo;, se souvient Charles Enderlin. Trois mois plus tard, elle est int&eacute;gr&eacute;e &agrave; Paris. &laquo; Tous les hommes de la r&eacute;daction en &eacute;taient fous !raconte sa chef d&rsquo;alors, la journaliste Fr&eacute;d&eacute;rique Lantieri. Ils ont &eacute;t&eacute; tr&egrave;s d&eacute;contenanc&eacute;s face &agrave; sa vocation. &raquo; En 2003, en e\ufb00et, Delphine d&eacute;cline un CDI pour aller dans une yeshiva am&eacute;ricaine assouvir sa passion des textes sacr&eacute;s : &laquo; &Agrave; Paris, dit-elle, toutes les portes se fermaient devant une femme. Le juda&iuml;sme am&eacute;ricain a &eacute;t&eacute; une r&eacute;v&eacute;lation. &raquo;<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\tLarry Ho\ufb00man, c&eacute;l&egrave;bre liturgiste du Hebrew Union College, le s&eacute;minaire lib&eacute;ral o&ugrave; elle va &eacute;tudier cinq ann&eacute;es, vante &laquo; sa profondeur, sa sagacit&eacute;, son intelligence du discours &raquo;. Au terme de sa scolarit&eacute;, elle refuse le poste en or qu&rsquo;on lui proposait &agrave; New York et choisit de retourner &agrave; Paris. Elle pressent qu&rsquo;elle a un r&ocirc;le &agrave; jouer en France. Le directeur de la Central Synagogue de Manhattan, le rabbin Peter Rubinstein se d&eacute;sole encore de son d&eacute;part. Tout comme Ariel Weil, l&rsquo;&eacute;poux de Delphine Horvilleur &ndash; &laquo; le mari du rabbin &raquo;, en somme (on ne dit pas rabbine !) &ndash;, qui fera le sacri\ufb01ce de sa carri&egrave;re am&eacute;ricaine. &laquo; Mais le combat &eacute;tait in&eacute;gal : qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;une carri&egrave;re face &agrave; une mission ? &raquo; soupire la victime consentante aux faux airs de Woody Allen.<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\tDans leur appartement du Marais, un monstre vert abandonn&eacute; sur un gu&eacute;ridon du salon et des gazouillis &eacute;chapp&eacute;s de la cuisine rappellent que le rabbin Horvilleur est aussi une maman de trois enfants. La petite derni&egrave;re a 7 mois. L&rsquo;a&icirc;n&eacute;, Samuel, 7 ans. Il r&ecirc;ve de devenir pompier. &laquo; Et pourquoi pas rabbin ? &raquo; lui a demand&eacute; sa m&egrave;re. &laquo; Parce que c&rsquo;est un m&eacute;tier de \ufb01lle !&raquo;<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\t<a href=\"http:\/\/www.crif.org\/fr\/tribune\/rabbin-au-f%C3%A9minin\/37133\">Rabbin au f&eacute;minin<\/a><\/p>\n<\/p><\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Rabbin au f&eacute;minin &nbsp; &nbsp; Par Marie Lemonnier &nbsp; Ses mains aux ongles cerise tracent dans l&rsquo;air des volutes hypnotiques. Une danse du corps qui accompagne sa pens&eacute;e agile. Une mani&egrave;re d&rsquo;&ecirc;tre au monde, en mouvement. 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