{"id":6805,"date":"2016-02-03T23:14:05","date_gmt":"2016-02-03T23:14:05","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=6805"},"modified":"2016-02-04T05:52:38","modified_gmt":"2016-02-04T05:52:38","slug":"ce-que-sioniste-veut-dire","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/ce-que-sioniste-veut-dire\/","title":{"rendered":"Ce que \u00absioniste\u00bb veut dire"},"content":{"rendered":"<div>\n<div>\n<div>\n<p>\n\t\t\t\tCe que &laquo;sioniste&raquo; veut dire<\/p>\n<p>\n\t\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\t\tPar Avraham B. Yehoshua<\/p>\n<p>\n\t\t\t\tTraduit de l&rsquo;h&eacute;breu par Jean-Luc Allouche.<\/p>\n<p>\n\t\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\t\tLe terme de &laquo;sioniste&raquo; est fondamentalement simple, clair, facile &agrave; d&eacute;finir, &agrave; comprendre et &agrave; justifier. Cependant, au cours des vingt, trente derni&egrave;res ann&eacute;es, ce terme s&rsquo;est transform&eacute; en une notion des plus confuses. La droite l&rsquo;ajoute comme une sorte de cr&egrave;me chantilly pour am&eacute;liorer le go&ucirc;t de mets douteux, tandis que la gauche l&rsquo;envisage avec crainte comme une sorte de mine susceptible d&rsquo;exploser entre ses mains, qu&rsquo;il convient de neutraliser avec toutes sortes d&rsquo;ajouts bizarres, du genre &laquo;sionisme raisonnable&raquo; ou &laquo;sionisme humaniste&raquo;.<\/p>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<\/div>\n<div>\n<p>\n\t\tDans ces conditions, il faut tenter de d&eacute;finir de fa&ccedil;on r&eacute;aliste le terme sioniste. Tout d&rsquo;abord, il convient de se rappeler que ce terme est n&eacute; &agrave; la fin du XIXe si&egrave;cle. Cela n&rsquo;a donc aucun sens de d&eacute;finir par ce mot le po&egrave;te Yehuda Halevy de sioniste, lui qui &oelig;uvrait au XIe si&egrave;cle en Espagne, ou un juif quelconque immigr&eacute; en terre d&rsquo;Isra&euml;l au cours des si&egrave;cles pass&eacute;s.<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\tDu coup, comment d&eacute;finir qui est sioniste depuis l&rsquo;apparition du mouvement sioniste, inspir&eacute; de Theodor Herzl et de ses adeptes ? Voici une d&eacute;finition : un sioniste est un individu qui d&eacute;sire ou soutient la cr&eacute;ation d&rsquo;un &Eacute;tat juif en terre d&rsquo;Isra&euml;l qui serait, dans le futur, l&rsquo;&Eacute;tat du peuple juif. Selon les propos m&ecirc;mes de Herzl : &laquo;&Agrave; B&acirc;le, j&rsquo;ai fond&eacute; l&rsquo;&Eacute;tat des juifs.&raquo; Le mot-cl&eacute; en l&rsquo;occurrence est : &laquo;&Eacute;tat&raquo;. Et, de mani&egrave;re naturelle, il s&rsquo;agit de la terre d&rsquo;Isra&euml;l &agrave; cause de l&rsquo;attachement historique du peuple juif &agrave; cette terre.<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\tMon trisa&iuml;eul, par exemple, venu de Salonique en terre d&rsquo;Isra&euml;l au milieu du XIXe si&egrave;cle, ne peut donc &ecirc;tre d&eacute;fini comme un sioniste. Il est venu s&rsquo;y installer et non fonder un &Eacute;tat. C&rsquo;est le cas des a&iuml;eux des Netoure Karta (&laquo;les Gardiens de la cit&eacute;&raquo;) et d&rsquo;autres groupes hassidiques arriv&eacute;s au XVIIe si&egrave;cle et au XVIIIe qui lui vouent la m&ecirc;me fid&eacute;lit&eacute;, mais dont certains d&rsquo;entre eux consid&eacute;raient, et consid&egrave;rent toujours, l&rsquo;&Eacute;tat d&rsquo;Isra&euml;l comme une abomination et un blasph&egrave;me.<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\tHerzl lui-m&ecirc;me et nombre de dirigeants sionistes n&rsquo;ont jamais immigr&eacute; en terre d&rsquo;Isra&euml;l, sans que, pour autant, on ne puisse pas les qualifier de sionistes. Quiconque d&eacute;finit le sioniste comme celui qui a immigr&eacute; en Isra&euml;l d&eacute;clare, en fait, qu&rsquo;aucun sioniste ne se trouve hors de ce pays. Ce qui est faux. Et que dire de ceux qui sont n&eacute;s en Isra&euml;l ? Seraient-ils sionistes de naissance ?<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\tReste &agrave; savoir quel &Eacute;tat d&eacute;siraient ceux qui en soutenaient le projet. Chaque sioniste affichait sa propre vision et son programme. Le sionisme n&rsquo;est pas une id&eacute;ologie. Si l&rsquo;on retient comme d&eacute;finition de l&rsquo;id&eacute;ologie la conjonction syst&eacute;matique et unifi&eacute;e d&rsquo;id&eacute;es, de conceptions, de principes et de mots d&rsquo;ordre &agrave; l&rsquo;aide desquels s&rsquo;incarne une vision du monde d&rsquo;un groupe, d&rsquo;un parti ou d&rsquo;une classe sociale, le sionisme ne peut s&ucirc;rement pas &ecirc;tre tenu pour une id&eacute;ologie, mais juste comme une tr&egrave;s large plateforme de diff&eacute;rentes id&eacute;ologies, parfois m&ecirc;me antagonistes.<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\tApr&egrave;s la cr&eacute;ation de l&rsquo;&Eacute;tat d&rsquo;Isra&euml;l en 1948, la d&eacute;finition du sioniste s&rsquo;est m&eacute;tamorphos&eacute;e : un sioniste accepte le principe que l&rsquo;&Eacute;tat d&rsquo;Isra&euml;l n&rsquo;appartient pas &agrave; ses citoyens, mais au peuple juif tout entier, et l&rsquo;expression obligatoire qui en d&eacute;coule est &laquo;la loi du retour&raquo;. Les affaires de l&rsquo;&Eacute;tat sont du ressort exclusif de ses citoyens &#8211; les d&eacute;tenteurs de la carte d&rsquo;identit&eacute; isra&eacute;lienne, dont 80% de juifs et 20% de Palestiniens isra&eacute;liens et d&rsquo;autres. N&eacute;anmoins, seul celui qui soutient la loi du retour est sioniste et celui qui le refuse ne l&rsquo;est pas. Mais les juifs isra&eacute;liens qui rejettent la loi du retour et se qualifient de non-sionistes ou de post-sionistes (&agrave; droite comme &agrave; gauche) demeurent de bons citoyens loyaux de l&rsquo;&Eacute;tat d&rsquo;Isra&euml;l, avec leurs droits garantis.<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\tIl en d&eacute;coule que toutes les grandes questions id&eacute;ologiques, politiques, s&eacute;curitaires et sociales, sur lesquelles nous nous affrontons, nuit et jour, ne rel&egrave;vent pas du sionisme. Elles appartiennent au m&ecirc;me registre de querelles que d&rsquo;autres peuples ont connues et connaissent encore. En outre, le mot sionisme n&rsquo;est pas l&agrave; pour se substituer &agrave; &laquo;patriotisme&raquo;, &laquo;esprit pionnier&raquo;, &laquo;humanisme&raquo; ou &laquo;amour de la patrie&raquo; que d&rsquo;autres langues utilisent.<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\tDe m&ecirc;me, il n&rsquo;existe pas de rapport entre la surface de l&rsquo;&Eacute;tat et le sionisme. Si les Arabes avaient accept&eacute; le plan de partage de la Palestine en 1947, l&rsquo;&Eacute;tat d&rsquo;Isra&euml;l dans les fronti&egrave;res du partage n&rsquo;aurait pas &eacute;t&eacute; moins sioniste que dans d&rsquo;autres fronti&egrave;res. Si l&rsquo;&Eacute;tat h&eacute;breu avait conquis et annex&eacute; la Transjordanie et abrog&eacute; la loi du retour, il aurait cess&eacute; d&rsquo;&ecirc;tre sioniste, bien qu&rsquo;il e&ucirc;t tripl&eacute; ou quadrupl&eacute; son territoire.<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\tConcernant la loi du retour que d&rsquo;aucuns consid&egrave;rent comme discriminatoire &agrave; l&rsquo;&eacute;gard des citoyens palestiniens d&rsquo;Isra&euml;l, il convient de r&eacute;pondre que la loi du retour est la condition morale pos&eacute;e par les nations du monde &agrave; la cr&eacute;ation de l&rsquo;&Eacute;tat d&rsquo;Isra&euml;l. Le partage, en 1947, de la Palestine en un &Eacute;tat juif et un &Eacute;tat palestinien ne s&rsquo;effectuait qu&rsquo;&agrave; condition que l&rsquo;&Eacute;tat juif ne soit pas celui du petit &eacute;tablissement des 600 000 Isra&eacute;liens qui y vivaient &agrave; cette &eacute;poque, mais un &Eacute;tat qui puisse r&eacute;soudre la d&eacute;tresse de tous les juifs du monde et offrir &agrave; tous les juifs la possibilit&eacute; d&rsquo;y trouver un foyer. Serait-il moral que les centaines de milliers de juifs qui ont pu immigrer en Isra&euml;l gr&acirc;ce &agrave; la loi du retour referment les portes &agrave; travers lesquelles ils ont pu y p&eacute;n&eacute;trer ?<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\tEn outre, il est vraisemblable que l&rsquo;&Eacute;tat palestinien, qui na&icirc;tra, je l&rsquo;esp&egrave;re, rapidement et de nos jours, aura sa propre loi du retour. Cette loi rev&ecirc;tira une semblable valeur morale qui permettra &agrave; tout Palestinien exil&eacute; d&rsquo;y revenir, et d&rsquo;en recevoir la citoyennet&eacute;. Que ce soit en Isra&euml;l ou dans l&rsquo;&Eacute;tat palestinien, cette loi ne contredit pas les lois d&rsquo;immigration g&eacute;n&eacute;rale, comme partout dans le monde.<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\tLib&eacute;rer le terme sioniste de tous les appendices et autres ajouts superflus qui lui ont &eacute;t&eacute; accol&eacute;s permettra non seulement d&rsquo;&eacute;claircir tous les diff&eacute;rends id&eacute;ologiques et politiques entre nous, &eacute;vitant ainsi une mythification des controverses, mais obligera les critiques en dehors d&rsquo;Isra&euml;l &agrave; mieux pr&eacute;ciser et &agrave; mieux focaliser leurs positions.<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\tDernier ouvrage paru : &laquo;R&eacute;trospective&raquo;, Grasset Calmann-L&eacute;vy, 2012.<\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ce que &laquo;sioniste&raquo; veut dire &nbsp; Par Avraham B. 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