{"id":6817,"date":"2015-08-20T04:59:39","date_gmt":"2015-08-20T04:59:39","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=6817"},"modified":"2015-08-19T23:36:44","modified_gmt":"2015-08-19T23:36:44","slug":"faut-il-changer-notre-alimentation-face-a-la-souffrance-des-animaux","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/faut-il-changer-notre-alimentation-face-a-la-souffrance-des-animaux\/","title":{"rendered":"Faut-il changer notre alimentation face \u00e0 la souffrance des animaux ?"},"content":{"rendered":"<div>\n<p>\n\t\tFaut-il changer notre alimentation face &agrave; la souffrance des animaux ?<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\tLes r&eacute;cents scandales autour de la viande relancent le d&eacute;bat sur notre rapport aux animaux. Il faut revoir le contrat nous liant aux b&ecirc;tes que nous mangeons.<\/p>\n<p>\n\t\tC&#39;est une mal&eacute;diction qui se r&eacute;pand &agrave; l&#39;heure du d&eacute;jeuner : dans les assiettes, les c&ocirc;tes d&#39;agneau ne respirent plus la joie de vivre, les cuisses de poulet ont un arri&egrave;re-go&ucirc;t de m&eacute;tro aux heures de pointe, et les travers de porc, le teint blafard d&#39;un gardien de nuit qui ne voit jamais la lumi&egrave;re du jour. Bon app&eacute;tit ! Qu&#39;il devient dur de refouler la r&eacute;alit&eacute; au moment de lever la fourchette : avec les animaux que nous mangeons, nous d&eacute;passons les bornes. All&egrave;grement, m&ecirc;me, si l&#39;on s&#39;arr&ecirc;te un instant sur le &laquo; scandale de la viande halal &raquo; l&#39;an pass&eacute; &ndash; o&ugrave; l&#39;on apprenait que les abattoirs &eacute;gorgent volontiers ovins et bovins sans &eacute;tourdissement pr&eacute;alable, pas seulement pour se conformer aux rites musulman et juif, mais pour faire des &eacute;conomies. Ou, cette ann&eacute;e, sur l&#39;&eacute;pisode dit du &laquo; minerai de viande &raquo;, qui d&#39;un point de vue strictement lexical en dit long sur la consid&eacute;ration que l&#39;agroalimentaire porte aux b&ecirc;tes.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<div itemprop=\"articleBody\">\n<p>\n\t\t\tTrop, c&#39;est trop ? Si l&#39;ampleur du malaise est encore floue, il se traduit en librairie par une avalanche d&#39;ouvrages qui interrogent notre relation aux animaux. Rien que depuis le d&eacute;but de l&#39;ann&eacute;e :&nbsp;Halal &agrave; tous les &eacute;tals,&nbsp;No steak,&nbsp;Les Droits des animaux,&nbsp;Les animaux aussi ont des droits&#8230; En France, le d&eacute;bat sur l&#39;&eacute;thique animale, c&#39;est-&agrave;-dire l&#39;&eacute;tude de notre responsabilit&eacute; morale envers les autres esp&egrave;ces, se hisse d&eacute;sormais en t&ecirc;te de gondole. Et &ccedil;a n&#39;est pas rien ! Si depuis les ann&eacute;es 1970 les pays anglo-saxons se sont passionn&eacute;ment empar&eacute;s du sujet &ndash; vieux comme le monde, l&#39;antique Pythagore l&#39;empoignait d&eacute;j&agrave; &ndash;, nous nous ent&ecirc;tions &agrave; le repousser avec d&eacute;dain, voire en ricanant b&ecirc;tement.<\/p>\n<h3>\n\t\t\tAnimal-machine<\/h3>\n<p>\n\t\t\tLa faute &agrave; Descartes. L&#39;illustre philosophe nous a durablement enfum&eacute; l&#39;esprit avec sa th&eacute;orie de l&#39;&laquo; animal-machine &raquo;. A l&#39;en croire, les b&ecirc;tes sont des sortes d&#39;automates, constitu&eacute;s de pi&egrave;ces et de rouages, qui r&eacute;agissent &agrave; des stimuli. Quand vous frappez un bouledogue, un poney ou un macaque, il r&eacute;agit par automatisme. Mais il n&#39;a pas&nbsp;vraiment&nbsp;mal. Pour cela il faudrait qu&#39;il ait une &acirc;me, comme nous. Quelle sensiblerie que de s&#39;&eacute;mouvoir de ses g&eacute;missements&#8230; Certes, nous ne croyons plus gu&egrave;re &agrave; ces sornettes. Mais il nous en est rest&eacute; quelque chose : une mani&egrave;re de railler l&#39;empathie pour les b&ecirc;tes. Plus largement, l&#39;humanisme que nous ch&eacute;rissons a clairement eu pour effet collat&eacute;ral de tenir les animaux &agrave; distance respectable de notre sph&egrave;re &eacute;thique. Et nous autres Fran&ccedil;ais sommes un poil anthropocentr&eacute;s.&nbsp;&laquo; En France,&nbsp;dit le philosophe australien Peter Singer dans le livre d&#39;entretiens&nbsp;Les animaux aussi ont des droits&nbsp;(1) ,&nbsp;c&#39;est peut-&ecirc;tre ce &quot;propre de l&#39;homme&quot; philosophique et religieux qui est ressenti comme menac&eacute;. Ou peut-&ecirc;tre s&#39;agit-il d&#39;une sorte de r&eacute;action d&#39;orgueil quasi nationaliste en vue de sauver la tradition culinaire fran&ccedil;aise &agrave; base de viandes en sauce&nbsp;!&nbsp;&raquo;<\/p>\n<p>\n\t\t\tPeut-&ecirc;tre. N&#39;emp&ecirc;che, et nonobstant notre passion &eacute;pidermique pour la blanquette de veau,&nbsp;<a href=\"http:\/\/www.telerama.fr\/monde\/ce-qui-se-joue-dans-notre-assiette,62074.php\" target=\"_blank\">en France aussi les lignes bougent<\/a>. Il ne saurait en &ecirc;tre autrement, affirme le philosophe et romancier Tristan Garcia dans un ouvrage remarquable,Nous, animaux et humains&nbsp;(2) .&nbsp;&laquo; Notre situation est devenue intenable.&nbsp;&raquo;&nbsp;Nous ne supportons plus la&nbsp;&laquo; contradiction entre notre repr&eacute;sentation de l&#39;animalit&eacute; et notre mani&egrave;re de vivre en tant qu&#39;humains parmi d&#39;autres animaux.&nbsp;&raquo;&nbsp;Le grand &eacute;cart intellectuel et &eacute;motionnel qu&#39;il nous faut sans cesse ex&eacute;cuter nous tiraille douloureusement.<\/p>\n<h3>\n\t\t\tLes chercheurs ont d&eacute;couvert&nbsp;que le porc poss&egrave;de&nbsp;une vie &eacute;motionnelle riche.<\/h3>\n<p>\n\t\t\tPas facile, en effet, de s&#39;&eacute;merveiller de l&#39;instinct maternel de la baleine &agrave; bosse, du comportement social du suricate et de mille autres choses &eacute;patantes que les &eacute;thologues d&eacute;couvrent jour apr&egrave;s jour, ni d&#39;&eacute;prouver de grands &eacute;lans fraternels pour le chimpanz&eacute;, dont on mart&egrave;le qu&#39;il partage 98,7 % de nos g&egrave;nes, tout en mordant dans un sandwich au poulet (de batterie).&nbsp;&laquo; Tout r&eacute;cemment les chercheurs ont d&eacute;couvert que le porc poss&egrave;de une vie &eacute;motionnelle riche et des capacit&eacute;s cognitives tr&egrave;s d&eacute;velopp&eacute;es, dans certaines situations &eacute;gales ou sup&eacute;rieures au chien et aux grands singes,&nbsp;souligne l&#39;&eacute;thologue Boris Cyrulnik.&nbsp;De telles &eacute;tudes bouleversent la mani&egrave;re dont on consid&egrave;re habituellement les cochons. Je crois que notre propre empathie va se heurter de plus en plus au fait de les maltraiter. Et ce qui est valable pour les cochons l&#39;est &eacute;videmment pour d&#39;autres esp&egrave;ces.&nbsp;(1)&nbsp;&raquo;<\/p>\n<p>\n\t\t\tCurieux paradoxe : &agrave; mesure que nos connaissances nous rapprochent des autres esp&egrave;ces, notre mode de vie nous en &eacute;loigne. Pis, il emp&ecirc;che tout contact avec les b&ecirc;tes destin&eacute;es &agrave; nos estomacs. Veaux, poulets, cochons sont d&eacute;sormais &eacute;lev&eacute;s &ndash; ou plut&ocirc;t produits &ndash; loin des regards, dans des bunkers industriels (en France, plus de 90 % de la viande que nous consommons) tout entiers r&eacute;gis par des techniques d&#39;&eacute;levage qui n&#39;ont d&#39;autre finalit&eacute; que de produire un maximum de prot&eacute;ines. Les animaux n&#39;y jouissent d&#39;aucune consid&eacute;ration. Ce sont de simples choses. De la mati&egrave;re premi&egrave;re. Or, selon Tristan Garcia,&nbsp;&laquo; c&#39;est pr&eacute;cis&eacute;ment parce que l&#39;industrialisation a introduit une s&eacute;paration entre notre rapport affectif et notre rapport utilitaire vis-&agrave;-vis des esp&egrave;ces que nous entretenons et mangeons que nous ne souffrons plus la souffrance des animaux &raquo;.<\/p>\n<h3>\n\t\t\tAnimaux non humains<\/h3>\n<p>\n\t\t\tLa sensibilit&eacute; de l&#39;homme moderne serait-elle en plein chamboulement ?&nbsp;&laquo; J&#39;avance la th&egrave;se que le cercle de notre consid&eacute;ration morale ne cesse de s&#39;&eacute;largir,affirme Peter Singer. Nous nous pacifions en tant qu&#39;esp&egrave;ce.&nbsp;&raquo;&nbsp;Le philosophe australien, pionnier de la r&eacute;flexion anglo-saxonne contemporaine sur notre relation &agrave; l&#39;animal, est convaincu que l&#39;humanit&eacute; est engag&eacute;e dans un processus irr&eacute;pressible d&#39;ouverture &agrave; l&#39;Autre. Hier, les esclaves, les indig&egrave;nes, les femmes ont obtenu des droits. Demain, nous en accorderons aux &laquo; animaux non humains &raquo; &ndash; pas le droit de vote pour les &shy;pigeons, &eacute;videmment, mais quelques droits fondamentaux, &agrave; la vie, &agrave; la libert&eacute;, &agrave; ne pas &ecirc;tre tortur&eacute;. Jusqu&#39;au-boutiste, Singer soutient que le sp&eacute;cisme, c&#39;est-&agrave;-dire l&#39;id&eacute;e d&#39;une hi&eacute;rarchie entre les esp&egrave;ces, est une forme de discrimination semblable au racisme ou au sexisme.<\/p>\n<p>\n\t\t\tIl pousse sans doute le bouchon. L&#39;homme n&#39;est pas un animal comme les autres, estime la philosophe Elisabeth de Fontenay dans ce m&ecirc;me passionnant livre d&#39;entretiens (1) .&nbsp;&laquo; Il a une histoire qui n&#39;est plus seulement l&#39;histoire naturelle, il appartient au monde de la culture.&nbsp;&raquo;&nbsp;Ce d&eacute;saccord sur notre positionnement dans le vivant, parmi les &ecirc;tres sensibles, constitue sans doute la ligne de fracture la plus profonde dans le champ de bataille actuelle de l&#39;&eacute;thique animale. Pour autant, continue Elisabeth de Fontenay,&nbsp;&laquo; l&#39;ind&eacute;niable sup&eacute;riorit&eacute; de l&#39;homme sur l&#39;animal doit lui servir &agrave; accro&icirc;tre sa responsabilit&eacute;, et non sa ma&icirc;trise&nbsp;&raquo;.&nbsp;Notre comportement vis-&agrave;-vis des b&ecirc;tes est souvent indigne du genre humain, nous ferions mieux de faire honneur &agrave; notre esp&egrave;ce singuli&egrave;re.&nbsp;&laquo; Il ne saurait y avoir d&#39;avenir pour l&#39;humanit&eacute; sans un nouveau contrat avec les animaux. &raquo;&nbsp;Un nouveau contrat ? Chiche ! Si l&#39;on en croit le philosophe britannique du XIXe si&egrave;cle John Stuart Mill,&nbsp;&laquo; tout grand mouvement doit faire l&#39;exp&eacute;rience de trois &eacute;tapes&nbsp;: le ridicule, la discussion, l&#39;adoption &raquo;.<\/p>\n<\/p><\/div>\n<div>\n\t\t&nbsp;<\/div>\n<p>\n\t\t&Agrave; lire :<\/p>\n<p>\n\t\t(1)&nbsp;Les animaux aussi ont des droits,&nbsp;entretiens avec Boris Cyrulnik, Elisabeth de Fontenay et Peter Singer, r&eacute;alis&eacute;s par Karine Lou Matignon (&eacute;d. Seuil).<br \/>\n\t\t(2)&nbsp;Nous, animaux et humains,&nbsp;de Tristan Garcia, &eacute;d. Fran&ccedil;ois Bourin.<br \/>\n\t\tHalal &agrave; tous les &eacute;tals,&nbsp;de Michel Turin (&eacute;d. Calmann-L&eacute;vy).<br \/>\n\t\tNo steak, d&#39;Aymeric Caron (&eacute;d. Fayard)&nbsp;<br \/>\n\t\tLes Droits des animaux,&nbsp;de Tom Regan (&eacute;d. Hermann)<\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Faut-il changer notre alimentation face &agrave; la souffrance des animaux ? &nbsp; &nbsp; Les r&eacute;cents scandales autour de la viande relancent le d&eacute;bat sur notre rapport aux animaux. Il faut revoir le contrat nous liant aux b&ecirc;tes que nous mangeons. C&#39;est une mal&eacute;diction qui se r&eacute;pand &agrave; l&#39;heure du d&eacute;jeuner : dans les assiettes, les&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":18077,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[25,10,1],"tags":[],"class_list":["post-6817","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-cuisine","category-france","category-uncategorized"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6817","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=6817"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6817\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/media\/18077"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=6817"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=6817"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=6817"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}