{"id":6933,"date":"2013-06-17T23:52:47","date_gmt":"2013-06-17T23:52:47","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=6933"},"modified":"2013-06-17T23:52:47","modified_gmt":"2013-06-17T23:52:47","slug":"judith-chemla-une-fille-bien-barree","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/judith-chemla-une-fille-bien-barree\/","title":{"rendered":"Judith Chemla: une fille bien barr\u00e9e"},"content":{"rendered":"<p>\n\tJudith Chemla: une fille bien barr&eacute;e<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tL&rsquo;actrice, r&eacute;v&eacute;l&eacute;e dans &laquo;Camille redouble&raquo;, encha&icirc;ne les r&ocirc;les au th&eacute;&acirc;tre. Ultra-sensible, dot&eacute;e d&rsquo;un joli grain de voix, elle se r&eacute;gale du pouvoir des mots.<\/p>\n<p>\n\t&laquo;&Ccedil;a va? Je ne vous ai pas trop saoul&eacute;e de mots? &raquo; C&rsquo;est une fin d&rsquo;interview comme une autre, une petite heure et demie, mais Judith Chemla s&rsquo;inqui&egrave;te d&rsquo;avoir trop parl&eacute;. A peur qu&rsquo;on la prenne pour &laquo;une mystique inv&eacute;t&eacute;r&eacute;e&raquo;. Peut-&ecirc;tre d&rsquo;avoir dit, par exemple, ceci &agrave; propos de Paul Claudel: &laquo;Ses mots, c&rsquo;est plus grand que la terre, comme s&rsquo;ils &eacute;taient li&eacute;s &agrave; la mati&egrave;re du monde, &agrave; la transformation profonde des choses, &ccedil;a vous d&eacute;chire les entrailles.&raquo; Ou cela du jeu de com&eacute;dien: &laquo;On n&rsquo;est absolument pas limit&eacute;, on est infini, on est le monde entier, une pure &eacute;manation de v&eacute;rit&eacute;.&raquo;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tOui, les forces cosmiques se sont donn&eacute; rendez-vous dans la conversation de Judith Chemla, mais elles en font tout le charme. A 29 ans, la com&eacute;dienne au parcours th&eacute;&acirc;tral impeccable (Conservatoire\/ Com&eacute;die Fran&ccedil;aise), qui vient d&rsquo;acc&eacute;der &agrave; une notori&eacute;t&eacute; plus grande (gr&acirc;ce &agrave; Camille Redouble et Engrenages), apporte son piquant hors-norme &agrave; un paysage souvent bien lisse, en tout cas dans son versant jeune-actrice-de-cin&eacute;ma.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tJudith Chemla, elle, avoue avoir voulu &ecirc;tre com&eacute;dienne pour &laquo;ex-pri-mer ! Pour &ecirc;tre dingue ! Faire des choses dingues, exploser !&raquo;Et c&rsquo;est gr&acirc;ce &agrave; une tranche d&rsquo;&acirc;ge semi-dingue, l&rsquo;adolescence, qu&rsquo;elle fut r&eacute;v&eacute;l&eacute;e l&rsquo;an pass&eacute; dans le film de No&eacute;mie Lvovsky. Elle incarnait une Josepha pleine de morgue et d&rsquo;assurance cr&acirc;ne, sautant par la fen&ecirc;tre d&rsquo;une salle de classe au lyc&eacute;e, dansant quasi-nue au bord d&rsquo;une piscine municipale la nuit, sa petite t&ecirc;te d&rsquo;aiguille cach&eacute;e sous des rideaux de cheveux noirs, ses yeux barbouill&eacute;s de kh&ocirc;l noir fa&ccedil;on The Cure (ou Nicola Sirkis). &laquo;Je ne m&rsquo;en sens pas si loin, aujourd&rsquo;hui, de ce c&ocirc;t&eacute; farouche, de cette fougue. Cette &eacute;nergie, cette lanc&eacute;e de vie, je suis toujours dedans.&raquo;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tPar un jour de printemps glacial (y en e&ucirc;t-il d&rsquo;autre ?), rendez-vous est donn&eacute; dans un studio photo du sud parisien. La tignasse est toujours l&agrave;, sur laquelle s&rsquo;extasiera la coiffeuse, la tenue d&rsquo;ado aussi, version ann&eacute;es 2000 &ndash;un jean imprim&eacute; d&rsquo;&eacute;toiles, un pull blanc &agrave; ronds dor&eacute;s, des chaussons de danseuse dor&eacute;s &eacute;galement. En vrai, elle est moins assur&eacute;e que sa Josepha, mais pas moins alti&egrave;re: port de t&ecirc;te princier, sourire toujours au bord des l&egrave;vres. Elle se pelotonne sur sa chaise comme un chat, descend ses manches de pull jusqu&rsquo;&agrave; ses pouces, jette son regard bleu par ici, par l&agrave;, s&rsquo;exprime avec des mots choisis (&laquo;irr&eacute;sistible&raquo;, &laquo;extravagant&raquo;&hellip;) et ce phras&eacute; articul&eacute; des actrices haut perch&eacute;es (on pense &agrave; Jeanne Balibar).<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t<strong>Une vocation<\/strong><\/p>\n<p>\n\tDe sa vie personnelle, on ne saura pas grand-chose, chaque question intime &eacute;tant aussit&ocirc;t renvoy&eacute;e en fond de court, doucement mais fermement. Tout juste sait-on, par la bande, qu&rsquo;elle a un fils de deux ans et demi avec le com&eacute;dien acrobate James Thierr&eacute;e, dont elle est s&eacute;par&eacute;e, et qui jadis l&rsquo;aida &agrave; concevoir un spectacle musical, Tue-t&ecirc;te, une exp&eacute;rience qu&rsquo;elle qualifie aujourd&rsquo;hui de &laquo;compliqu&eacute;e, tr&egrave;s compliqu&eacute;e&raquo;. On ne l&rsquo;a pas vue dans Tue-t&ecirc;te, mais on sait qu&rsquo;elle sait chanter.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tL&rsquo;hiver dernier, au th&eacute;&acirc;tre des Bouffes du Nord, &agrave; Paris, elle illuminait le g&eacute;nial Crocodile Trompeur (1), en Didon toute de passion retenue, moul&eacute;e dans une robe bleu nuit, visage blanc sublim&eacute; par un trait de rouge &agrave; l&egrave;vres rouge sang. Le genre de femme &agrave; vous ratatiner, vous faire sentir toute petite. Sa voix de soprano, pure et cristalline, d&eacute;chirait l&rsquo;air. &laquo;Elle a une mani&egrave;re de prendre en charge le chant, naturelle, les mains dans les poches, qui assez fascinante&raquo;, dit d&rsquo;elle Jeanne Candel, metteur en sc&egrave;ne du spectacle avec Samuel Achache. &laquo;Avant je pensais qu&rsquo;il fallait composer, se dire &ldquo; tiens, &ccedil;a je vais le jouer comme &ccedil;a&rdquo; r&eacute;pond l&rsquo;int&eacute;ress&eacute;e lorsqu&rsquo;on lui en parle. Mais j&rsquo;ai appris qu&rsquo;il ne faut pas courir derri&egrave;re un r&ocirc;le, qu&rsquo;il faut le d&eacute;voiler. Se contenter d&rsquo;&ecirc;tre l&agrave;.&raquo;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tC&rsquo;est au lyc&eacute;e, &agrave; 14 ans, que Judith Chemla d&eacute;couvre le th&eacute;&acirc;tre, gr&acirc;ce &agrave; un prof de fran&ccedil;ais &agrave; la p&eacute;dagogie &eacute;clair&eacute;e, qui demande &agrave; ses &eacute;l&egrave;ves de pousser les tables et de jouer pour d&eacute;couvrir les textes de Tardieu et Corneille. &laquo;Quand je me suis retrouv&eacute;e au milieu de cette salle vide, avec ces mots, j&rsquo;ai senti que j&rsquo;&eacute;tais vraiment libre, qu&rsquo;un espace d&rsquo;humour et d&rsquo;inventivit&eacute; s&rsquo;ouvrait. Juste apr&egrave;s, j&rsquo;ai fait un stage dans une maison de retraite, et j&rsquo;ai su, en saluant devant ces vieilles personnes, que j&rsquo;allais faire &ccedil;a toute ma vie.&raquo;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tElle grandit &agrave; Gentilly, pr&egrave;s de Paris. Son p&egrave;re, d&rsquo;origine juive tunisienne, est violoniste, sa m&egrave;re, de famille bourguignonne, voulait &ecirc;tre danseuse mais finira avocate. &laquo;Parce que sa famille ne l&rsquo;a pas soutenue. Mais on sent que c&rsquo;est une actrice, elle a ce don de transformer les choses quotidiennes en choses extraordinaires. C&rsquo;&eacute;tait &eacute;vident pour elle qu&rsquo;il fallait que je fasse ce que j&rsquo;aime.&raquo; La vocation frustr&eacute;e &eacute;tait aussi du c&ocirc;t&eacute; du p&egrave;re, &laquo;virtuose&raquo; du violon &agrave; 15 ans, qui &laquo;s&rsquo;est coup&eacute; des gens qui auraient pu aider &agrave; ce que sa carri&egrave;re explose en France&raquo;. Ses parents se s&eacute;parent lorsqu&rsquo;elle est jeune.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tJudith Chemla commence le violon &agrave; 7 ans pour se rapprocher de son p&egrave;re, car elle ne vivait pas avec lui. Elle tiendra jusqu&rsquo;&agrave; ses 14 ans: &laquo;Mais c&rsquo;&eacute;tait insupportable, je faisais des crises de spasmophilie tellement il me hurlait dessus. Quand j&rsquo;ai d&eacute;couvert le th&eacute;&acirc;tre, j&rsquo;ai su que c&rsquo;&eacute;tait &ccedil;a, ma voie, pas le violon.&raquo;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t<strong>Une voix<\/strong><\/p>\n<p>\n\tDans son lyc&eacute;e, c&rsquo;est Emmanuel Demarcy-Motta, aujourd&rsquo;hui directeur du Festival d&rsquo;Automne, qui se charge alors de l&rsquo;option th&eacute;&acirc;tre. Il monte Marat\/Sade de Peter Weiss, exp&eacute;rience m&eacute;morable, la pi&egrave;ce se d&eacute;roulant &agrave; la fin de la vie de Sade dans un asile, les &eacute;l&egrave;ves du lyc&eacute;e alors somm&eacute;s d&rsquo;errer comme des fous enferm&eacute;s &ndash; &laquo;ce qui avait dans ce cadre un &eacute;cho assez &eacute;trange&raquo;.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tElle quitte le lyc&eacute;e juste avant le bac, en terminale, pour jouer dansla Temp&ecirc;te de Shakespeare, puis trouve sans peine du travail pendant trois ou quatre ans. &laquo;&ccedil;a me manquait de ne pas avoir assez appris; j&rsquo;&eacute;tais une actrice efficace qui ne se remet pas en question.&raquo; Elle d&eacute;cide de suivre les cours r&eacute;put&eacute;s de Bruno Wacrenier au Conservatoire du Ve arrondissement, puis entre au Conservatoire, le vrai, o&ugrave; elle aura notamment Muriel Mayette comme professeur, qui l&rsquo;embauchera plus tard au Fran&ccedil;ais.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tCette &laquo;directrice d&rsquo;acteur hors pair&raquo; lui a appris &laquo;&agrave; entrer en r&eacute;sonance intime avec les mots&raquo;, &agrave; nettoyer les textes. Comment?&laquo;Elle passe des heures avec les acteurs &agrave; lire la pi&egrave;ce, &agrave; dire, &ldquo; l&agrave;, le mot, tu ne sais pas ce qu&rsquo;il veut dire, lis-le ! N&rsquo;y mets pas d&rsquo;id&eacute;e ! Lis-le parce que c&rsquo;est ton mot&rdquo;. Et l&rsquo;acteur arrive en sc&egrave;ne avec un but, motiv&eacute;. Il est vivant, libre.&raquo;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tEntre-temps, elle a d&eacute;couvert le chant en imitant la Callas et Edith Piaf, et se rend compte qu&rsquo;elle a une voix de poitrine, puissante, mais aussi une voix lyrique, et se met &agrave; prendre des cours. Aujourd&rsquo;hui, elle &eacute;crit des petites chansons, &laquo;de la musique actuelle, pr&eacute;cise-t-elle avec un coup d&rsquo;&oelig;il plein de malice, je sais aussi chanter comme on chante maintenant &raquo;. Et qu&rsquo;appr&eacute;cie-t-elle? Elle s&egrave;che, finit par l&acirc;cher Camille, et &laquo;Rebecca je ne sais plus quoi&hellip; J&rsquo;aime aussi Mozart&hellip; Mais j&rsquo;ai toujours &eacute;t&eacute; pudique avec la musique que j&rsquo;&eacute;coute.&raquo;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t<strong>Un petit miracle<\/strong><\/p>\n<p>\n\tDans la conversation de Judith Chemla, hormis ce souci d&rsquo;&eacute;pure qui revient, et ce go&ucirc;t pour &laquo;le dingue&raquo; qui s&rsquo;est un peu &eacute;mouss&eacute;, on d&eacute;c&egrave;le un embouteillage de talents, d&rsquo;opportunit&eacute;s, de choix. Cet &acirc;ge de la jeunesse travers&eacute;e par une angoisse bien particuli&egrave;re, celle de l&rsquo;avalanche de possibles, mais qui va s&rsquo;estompant.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tDans un futur imm&eacute;diat, elle a des projets de cin&eacute;ma, les &eacute;voque, se r&eacute;tracte, se demandant &agrave; moiti&eacute; s&eacute;rieusement si les int&eacute;ress&eacute;s&laquo;vont l&rsquo;attaquer en justice&raquo;. On peut glisser les noms d&rsquo;Andr&eacute; T&eacute;chin&eacute;, d&rsquo;Emilie Deleuze, de Michael Herse (le r&eacute;alisateur de Memory Lane), ou au th&eacute;&acirc;tre celui d&rsquo;Yves Beaunesne, qui va la mettre en sc&egrave;ne dans l&rsquo;Annonce faite &agrave; Marie de Claudel, dont elle a dit ce qu&rsquo;on sait avec l&rsquo;emportement qu&rsquo;on sait, mais ajoute:&laquo;Bon, &eacute;videmment, il ne faut pas se louper, parce que &ccedil;a peut &ecirc;tre aussi chiantissime.&raquo; La pi&egrave;ce met en sc&egrave;ne un miracle, la renaissance d&rsquo;un enfant; elle dit en plaisantant &laquo;qu&rsquo;elle voudrait un petit miracle&raquo; sans pr&eacute;ciser lequel.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t&laquo;Avant, je me posais la question: mais qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;on fait, vraiment, nous les acteurs? Est-ce qu&rsquo;on joue simplement pour vouloir &ecirc;tre vus? Oui, parfois c&rsquo;est &ccedil;a, ce besoin de se dire&hellip;&raquo; Elle s&rsquo;interrompt. &laquo;Et puis on arrive &agrave; &ecirc;tre rassur&eacute;, &agrave; penser, &ldquo; oui, tu as ta place dans le monde, ne t&rsquo;inqui&egrave;te pas&rdquo; ! &raquo; Elle rit, s&rsquo;illumine.&laquo;Mais il faut avancer, car &ccedil;a, ce n&rsquo;est qu&rsquo;une &eacute;tape. Moi, j&rsquo;ai compris gr&acirc;ce &agrave; certains spectacles que l&rsquo;on peut beaucoup donner. Que l&rsquo;on peut ouvrir des c&oelig;urs, &ecirc;tre un vecteur de vie. Que m&ecirc;me avec le plus noir des r&ocirc;les, on peut apporter de la lumi&egrave;re.&raquo;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t(1) Le Crocodile Trompeur, remix de l&rsquo;op&eacute;ra Didon et En&eacute;e de Henry Purcell, mise en sc&egrave;ne Jeanne Candel et Samuel Achache, tourn&eacute;e en France, Suisse et Allemagne de novembre 2013 &agrave; juin 2014, reprise &agrave; Paris aux Bouffes du Nord du 27 d&eacute;cembre 2013 au 12 janvier 2014.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tR&eacute;alisation: Le&iuml;la Smara. Coiffure: Cicci @ Calliste. Maquillage: Sandrine Cano @ Marie-France Thavonekham. Assistantes mode: Salom&eacute; Bernatas et M&eacute;lanie Bougoin.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Judith Chemla: une fille bien barr&eacute;e &nbsp; L&rsquo;actrice, r&eacute;v&eacute;l&eacute;e dans &laquo;Camille redouble&raquo;, encha&icirc;ne les r&ocirc;les au th&eacute;&acirc;tre. 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