{"id":7083,"date":"2015-10-09T02:27:41","date_gmt":"2015-10-09T02:27:41","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=7083"},"modified":"2015-10-09T01:20:47","modified_gmt":"2015-10-09T01:20:47","slug":"les-racines-imaginaires-de-la-democratie-par-farhat-othman","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/les-racines-imaginaires-de-la-democratie-par-farhat-othman\/","title":{"rendered":"Les racines imaginaires de la d\u00e9mocratie, par Farhat Othman"},"content":{"rendered":"<p>\n\tLes racines imaginaires de la d&eacute;mocratie<\/p>\n<div>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;Farhat Othman<\/p>\n<\/div>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<section itemprop=\"articleBody\">\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\tL&rsquo;imaginaire nous structure bien plus et mieux que nos structures politiques et sociales. Il est m&ecirc;me la structure anthropologique par excellence du devenir social ou soci&eacute;tal de l&rsquo;homme, &eacute;tendant la notion du lien social &agrave; toutes ses implications &ndash; surtout psychosociologiques &ndash; de l&rsquo;&ecirc;tre ensemble en soci&eacute;t&eacute;.<\/p>\n<p>\n\t\tL&rsquo;emprise de notre imaginaire sur nous est telle qu&rsquo;il en arrive &agrave; nous faire et &agrave; nous d&eacute;faire au-del&agrave; de la conception classique du comportement social issue de la rationalit&eacute; occidentale et qui n&rsquo;est plus v&eacute;rifi&eacute;e aujourd&rsquo;hui. En effet, depuis Gaston Bachelard, et surtout son &eacute;l&egrave;ve Gilbert Durand, le sens critique et l&rsquo;esprit scientifique relativisent la pr&eacute;tendue objectivit&eacute; d&rsquo;une telle approche des choses humaines, ajoutant &agrave; sa rationalit&eacute; scientiste un (a) privatif qui en fait l&rsquo;a-rationalit&eacute; par excellence.<\/p>\n<p>\n\t\tEst-il n&eacute;cessaire de noter ici que l&rsquo;imaginaire dont il s&rsquo;agit ne se r&eacute;duit pas &agrave; la conception triviale encore commune chez nous et qui &eacute;tait celle de l&rsquo;Occident avant les travaux des auteurs pr&eacute;cit&eacute;s ? L&rsquo;imaginaire n&rsquo;est donc plus la folle du logis de la philosophie des Lumi&egrave;res; il est bien plus et tout autre chose. C&rsquo;est d&rsquo;ailleurs pour cela qu&rsquo;on a &eacute;prouv&eacute; le besoin d&rsquo;en &eacute;largir la signification, proposant d&rsquo;y substituer le terme plus pr&eacute;cis et expressif d&rsquo;imaginal.<\/p>\n<p>\n\t\tCet imaginaire\/imaginal est au c&oelig;ur de notre conception du r&eacute;gime politique qu&rsquo;est la d&eacute;mocratie; en prendre conscience, c&rsquo;est comprendre pourquoi ce r&eacute;gime a pu se d&eacute;velopper dans certains pays et pas dans d&rsquo;autres. C&rsquo;est &agrave; cette condition que l&rsquo;on saisira v&eacute;ritablement les difficult&eacute;s &agrave; le faire advenir en notre pays, qu&rsquo;on aura une bonne clef pour y arriver.<\/p>\n<p>\n\t\tUne telle raison se situe au-del&agrave; des concepts r&eacute;ducteurs des explications politiques des uns, &eacute;conomiques et sociales des autres, et m&ecirc;me psychologiques chez d&rsquo;aucuns, attribuant non seulement des caract&egrave;res aux peuples, mais des dispositions et pr&eacute;dispositions &agrave; un r&eacute;gime autoritaire ou &agrave; un syst&egrave;me de libert&eacute;s.<\/p>\n<p>\n\t\tDe fait, l&rsquo;imaginaire que l&rsquo;on a du r&eacute;gime politique en question est le seul concept op&eacute;ratoire pour situer avec le plus d&rsquo;objectivit&eacute; l&rsquo;origine de l&rsquo;occurrence ou non de la d&eacute;mocratie. C&rsquo;est, en quelque sorte, la capacit&eacute; que l&rsquo;on &eacute;prouve en soi &agrave; vouloir, &ecirc;tre apte et m&eacute;riter un tel r&eacute;gime qui est &agrave; sa base, donnant ou non racine &agrave; l&rsquo;action pour son &eacute;rection et la s&egrave;ve n&eacute;cessaire pour le faire pousser et durer.<\/p>\n<p>\n\t\tQuels seraient donc l&rsquo;imaginaire d&rsquo;une d&eacute;mocratie et celui d&rsquo;une non-d&eacute;mocratie ? Nous le pr&eacute;ciserons apr&egrave;s avoir &eacute;vacu&eacute; une difficult&eacute; liminaire relative &agrave; la nature des r&eacute;gimes d&eacute;mocratiques actuels afin d&rsquo;&eacute;viter toute confusion ult&eacute;rieure.<\/p>\n<p>\n\t\tNous rappellerons, &agrave; cet effet, qu&rsquo;on a pu dire avec raison que la d&eacute;mocratie est le moins mauvais des r&eacute;gimes politiques. En effet, elle n&rsquo;est un r&eacute;gime id&eacute;al que par rapport aux autres syst&egrave;mes politiques, sinon ce r&eacute;gime est loin d&rsquo;&ecirc;tre d&eacute;nu&eacute; des imperfections inh&eacute;rentes aux affaires humaines.<\/p>\n<p>\n\t\tIl serait donc ing&eacute;nu de faire de la d&eacute;mocratie le syst&egrave;me parfait de l&eacute;galit&eacute; puisqu&rsquo;elle peut parfaitement &ecirc;tre trou&eacute;e d&rsquo;ill&eacute;galit&eacute;s. Ce n&rsquo;est que l&rsquo;existence d&rsquo;institutions de pouvoir et de contre-pouvoirs et la vitalit&eacute; de ces institutions qui rend effective ou non la d&eacute;mocratie dans un r&eacute;gime politique.<\/p>\n<p>\n\t\tOn peut ainsi avoir une d&eacute;mocratie purement formelle, les institutions n&rsquo;y &eacute;tant que de fa&ccedil;ade, un trompe-l&rsquo;&oelig;il, tout comme on peut avoir une d&eacute;mocratie mat&eacute;riellement op&eacute;rationnelle, mais o&ugrave; la confiance dans les institutions et le respect pour elles est absente, le facteur humain demeurant capital.<\/p>\n<p>\n\t\tParlant d&rsquo;humanit&eacute;, on ne peut plus de nos jours faire abstraction de la subjectivit&eacute; qui compose pour l&rsquo;essentiel l&rsquo;imagination des hommes, de leur condition et de leurs rapports entre eux, notamment en termes de pouvoir. Le sens populaire ne dit rien d&rsquo;autre quand il suppose aux peuples les dirigeants qu&rsquo;ils m&eacute;ritent. Revoil&agrave; donc l&rsquo;imaginaire !<\/p>\n<p>\n\t\tDans une d&eacute;mocratie, cet imaginaire est la n&eacute;cessit&eacute; &mdash; et bien mieux, l&rsquo;&eacute;vidence &mdash; d&rsquo;institutions assurant un ordre et le garantissant. Tel ordre n&rsquo;est pas que politique; il est aussi &eacute;conomique et id&eacute;ologique. Et il n&rsquo;est pas que national, s&rsquo;arr&ecirc;tant aux fronti&egrave;res que fixent artificiellement les int&eacute;r&ecirc;ts ou l&rsquo;histoire ou encore le choc des int&eacute;r&ecirc;ts; il est surtout international. C&rsquo;est l&rsquo;ordre qui a &eacute;t&eacute; g&eacute;n&eacute;r&eacute; par la r&eacute;volution industrielle et qui a assur&eacute; la domination occidentale sur le monde contemporain.<\/p>\n<p>\n\t\tCet ordre a peu &agrave; peu g&eacute;n&eacute;r&eacute;, par strates successives et moyennant une s&eacute;dimentation continue, un imaginaire qui a puis&eacute; l&rsquo;essentiel de ses composantes dans la religion jud&eacute;o-chr&eacute;tienne. Aujourd&rsquo;hui, en sciences sociales, il n&rsquo;est plus n&eacute;cessaire de rappeler les sources religieuses du capitalisme qui a trouv&eacute; son origine dans l&rsquo;&eacute;thique protestante.<\/p>\n<p>\n\t\tCes m&ecirc;mes sources, particuli&egrave;rement empreintes de messianisme juif originaire, ont g&eacute;n&eacute;r&eacute; un ordre d&eacute;mocratique qui ne s&rsquo;est construit qu&rsquo;&agrave; la faveur de l&rsquo;expansion imp&eacute;rialiste des nouveaux &Eacute;tats industrialis&eacute;s. On n&eacute;glige souvent, en effet, d&rsquo;&eacute;voquer l&rsquo;apport &mdash; pourtant capital &mdash; des colonies dans le d&eacute;veloppement des d&eacute;mocraties occidentales. Or, la stabilit&eacute; politique de ces pays a &eacute;t&eacute;, pour beaucoup, garantie par le pillage r&eacute;gulier et durable des pays conquis, ce qui a assur&eacute; la prosp&eacute;rit&eacute; &eacute;conomique de l&rsquo;Occident, n&eacute;cessaire au d&eacute;veloppement et &agrave; la stabilit&eacute; de ses institutions politiques lib&eacute;rales.<\/p>\n<p>\n\t\tQuoi qu&rsquo;on puisse en dire aujourd&rsquo;hui, cet ordre n&rsquo;a perdur&eacute; et ne veut ostensiblement durer qu&rsquo;&agrave; la condition sine qua non qu&rsquo;il ne devienne pas universel en son essence, mais juste en apparence, &agrave; la surface; sinon son extension est jug&eacute;e comme &eacute;tant de nature &agrave; d&eacute;pouiller la d&eacute;mocratie occidentale de son &eacute;tat de r&eacute;f&eacute;rentiel absolu.<\/p>\n<p>\n\t\tC&rsquo;est sur cette qualit&eacute;, &eacute;minemment subjective, que l&rsquo;Occident assoit son magist&egrave;re moral et cherche &agrave; maintenir sa domination mat&eacute;rielle fragilis&eacute;e par les contestations, aussi bien de l&rsquo;int&eacute;rieur que de l&rsquo;ext&eacute;rieur, de la validit&eacute; de son mod&egrave;le. Porter atteinte &agrave; cet imaginaire de sup&eacute;riorit&eacute;, c&rsquo;est &ocirc;ter au mod&egrave;le d&eacute;mocratique toute sa sp&eacute;cificit&eacute;, montrer ses imperfections inh&eacute;rentes &agrave; un syst&egrave;me qui n&rsquo;est, rappelons-le, que le moins mauvais des r&eacute;gimes et ne pouvant jamais &ecirc;tre parfait.<\/p>\n<p>\n\t\tOn le voit bien avec les politiques protectionnistes, l&rsquo;Occident cherchant &agrave; pr&eacute;server ses sp&eacute;cificit&eacute;s, quitte &agrave; heurter et violer ses dogmes lib&eacute;raux, au pr&eacute;texte d&rsquo;une fallacieuse s&eacute;curit&eacute; illusoire, quand il ne cherche v&eacute;ritablement qu&rsquo;&agrave; entretenir son magist&egrave;re d&rsquo;exemple &agrave; suivre. Or, un exemple n&rsquo;est &agrave; suivre que s&rsquo;il reste unique, singulier et particulier.<\/p>\n<p>\n\t\tC&rsquo;est sur cette base que s&rsquo;est forg&eacute; l&rsquo;imaginaire d&eacute;mocratique de l&rsquo;Occident; et c&rsquo;est la cl&eacute; de vo&ucirc;te de son architecture de domination du monde qu&rsquo;il cherche &agrave; maintenir en suscitant des clones &agrave; l&rsquo;&eacute;tranger communiant dans les m&ecirc;mes valeurs. Toutefois, cela ne fait qu&rsquo;entretenir un imaginaire invers&eacute;, ne cherchant qu&rsquo;&agrave; imiter et non innover; cet imaginaire des pays non d&eacute;mocratiques demeurant une suppos&eacute;e incapacit&eacute; atavique &agrave; m&eacute;riter la d&eacute;mocratie.<\/p>\n<p>\n\t\tIl ne faut cependant pas se m&eacute;prendre sur ces paroles; il ne s&rsquo;agit pas ici de complot ou de men&eacute;es imp&eacute;rialistes; il n&rsquo;est question que de d&eacute;monter les ressorts psychologiques, g&eacute;n&eacute;ralement inconscients, structurant une mentalit&eacute; et fondant des actions.<\/p>\n<p>\n\t\tCe fondement psychologique, cet imaginaire basal, est &eacute;vident dans le refus des Occidentaux &agrave; reconna&icirc;tre aux pays du Sud le droit de b&eacute;n&eacute;ficier des m&ecirc;mes conditions qui ont assur&eacute; leur propre expansion, contribuant efficacement &agrave; l&rsquo;instauration chez eux de la d&eacute;mocratie. Il en est ainsi de la libert&eacute; de circulation et l&rsquo;absence de fronti&egrave;res, leur lib&eacute;ralisme id&eacute;ologique s&rsquo;arr&ecirc;tant &agrave; l&rsquo;&eacute;conomie, n&rsquo;&eacute;tant tol&eacute;r&eacute; en politique qu&rsquo;&agrave; l&rsquo;int&eacute;rieur de leurs fronti&egrave;res ou pour rappeler la pr&eacute;&eacute;minence de leur propre r&eacute;gime.<\/p>\n<p>\n\t\tEt en cela, ils sont aid&eacute;s par l&rsquo;imaginaire pr&eacute;gnant et entretenu, directement ou par les &eacute;lites &agrave; leur service, dans les pays du Sud qui, s&rsquo;ils ne sont plus colonis&eacute;s politiquement, le restent mentalement pour une large part. Il suffit, pour s&rsquo;en rendre compte, de mesurer &agrave; quel point on se d&eacute;termine par rapport &agrave; l&rsquo;exemple occidental pour l&rsquo;imiter ou pour s&rsquo;en &eacute;carter, mais jamais en dehors de ce mod&egrave;le, pour en inventer un propre, par exemple, puisant dans la sagesse populaire un ordre des choses autre, plus en harmonie avec l&rsquo;&acirc;me populaire, en meilleure symbiose avec la nature environnante, cette nature naturante.<\/p>\n<p>\n\t\tIl y est bien fr&eacute;quent un complexe, sentiment de sup&eacute;riorit&eacute; comme d&rsquo;inf&eacute;riorit&eacute;, toujours d&eacute;termin&eacute; par le mod&egrave;le occidental, aussi bien pour le valoriser en se d&eacute;valorisant soi-m&ecirc;me que pour le d&eacute;valoriser en valorisant un mod&egrave;le de substitution. Il est d&rsquo;ailleurs symptomatique qu&rsquo;il ne s&rsquo;agisse, en l&rsquo;occurrence, jamais d&rsquo;un mod&egrave;le novateur, cr&eacute;&eacute; en se basant sur la tradition populaire ou ex nihilo, &agrave; partir des conditions concr&egrave;tes de vie et du g&eacute;nie populaire, et donc adapt&eacute; au v&eacute;cu quotidien et aux conditions de vie ici et maintenant. C&rsquo;est qu&rsquo;il est toujours puis&eacute; dans un pass&eacute; mythique dans cette recherche d&rsquo;un succ&eacute;dan&eacute; au mod&egrave;le occidental moins pour sa pertinence que du fait de l&rsquo;antagonisme qu&rsquo;on y trouve avec celui qu&rsquo;on honnit.<\/p>\n<p>\n\t\tTout se passe donc comme si ce dernier, m&ecirc;me en n&eacute;gatif, arrive encore &agrave; conditionner l&rsquo;imaginaire des pays non d&eacute;mocratiques en y amenant &agrave; se croire non seulement incapables de reproduire le mod&egrave;le occidental, mais d&rsquo;&ecirc;tre m&ecirc;me oblig&eacute; de feindre ne pas y trouver la moindre utilit&eacute; ou la contester, rejetant ainsi purement et simplement le mod&egrave;le en sa nature propre, sa raison d&rsquo;&ecirc;tre.<\/p>\n<p>\n\t\tDe plus, dans le cas de mod&egrave;le de remplacement du cru, il est bel et bien loin de se substituer au r&eacute;gime contest&eacute; puisque sa fonction est de le contredire radicalement. Il n&rsquo;est qu&rsquo;un pr&eacute;texte pour justifier ce qu&rsquo;on ne veut admettre consciemment et qu&rsquo;on admet inconsciemment : la sup&eacute;riorit&eacute; du mod&egrave;le occidental. Alors, on renoue avec la logique du renard de la fable d&eacute;daignant les raisins jug&eacute;s trop verts, juste bons pour les goujats.<\/p>\n<p>\n\t\tLa structure imaginaire de la d&eacute;mocratie est ainsi &agrave; prendre en compte pour tout effort se voulant s&eacute;rieux de fondation d&rsquo;une nouvelle d&eacute;mocratie dans le monde d&rsquo;aujourd&rsquo;hui. Cela exige que les conditions essentielles qui ont vu son apparition en Occident soient r&eacute;unies, &agrave; savoir la libert&eacute; de circulation et un minimum de dynamisme &eacute;conomique, condition de toute possible prosp&eacute;rit&eacute;. Et ces conditions sont interd&eacute;pendantes, l&rsquo;une n&rsquo;allant pas sans l&rsquo;autre.<\/p>\n<p>\n\t\tIl ne nous faut plus confondre entre la manifestation de la d&eacute;mocratie, consistant en l&rsquo;am&eacute;nagement des structures n&eacute;cessaires &agrave; son fonctionnement, comme l&rsquo;arsenal juridique ou les &eacute;lections, et la disponibilit&eacute; psychologique pour les faire fonctionner et les respecter. Il ne sert &agrave; rien de doter un pays de syst&egrave;me formel de d&eacute;mocratie si ceux qui doivent le mettre en marche et ceux qui sont suppos&eacute;s le subir ou en b&eacute;n&eacute;ficier n&rsquo;y croient pas faute de conditions suffisantes pour cela.<\/p>\n<p>\n\t\tAnciennement, on d&eacute;signait pareille adh&eacute;sion par le contrat social; or, ce contrat a &eacute;puis&eacute; son utilit&eacute; et il nous faut inventer un nouvel instrument d&rsquo;adh&eacute;sion qui soit du type du pacte, impliquant une sollicitation &eacute;motionnelle, seule en mesure d&rsquo;agir vite et positivement sur l&rsquo;imaginaire dans le cadre d&rsquo;une culture des sentiments.<\/p>\n<p>\n\t\tAussi, nulle d&eacute;mocratie nouvelle ne peut d&eacute;sormais prendre jour dans une r&eacute;serve, la libert&eacute; de circulation humaine &eacute;tant aussi n&eacute;cessaire que celle des capitaux et des marchandises. De m&ecirc;me, aucune d&eacute;mocratie n&rsquo;est viable si elle n&rsquo;est pas articul&eacute;e &agrave; un syst&egrave;me ayant fait preuve en la mati&egrave;re, &eacute;tant donc s&eacute;rieusement soutenue par les d&eacute;mocraties anciennes l&rsquo;appuyant intensivement dans ses premiers pas n&eacute;cessairement lents et insuffisants. Ceux-ci ne peuvent agir positivement sur le changement des mentalit&eacute;s, autorisant l&rsquo;&eacute;piphanie de l&rsquo;imaginaire d&eacute;mocratique, que par l&rsquo;acc&egrave;s en permanence des citoyens de la nouvelle d&eacute;mocratie au grand syst&egrave;me auquel est adoss&eacute; le syst&egrave;me en construction. Ce qui est de nature &agrave; cr&eacute;dibiliser les institutions en &eacute;rection chez ces citoyens, permettant de les mettre en &eacute;mulation, en concurrence ou m&ecirc;me en observation et comparaison.<\/p>\n<p>\n\t\tPour cela, j&rsquo;ai dit &mdash; et je le r&eacute;p&egrave;te ici &mdash; que la Tunisie ne r&eacute;ussira pas sa transformation d&eacute;mocratique sans une adh&eacute;sion &agrave; l&rsquo;Europe dans le cadre d&rsquo;un espace de d&eacute;mocratie europ&eacute;enne &agrave; mettre en chantier, l&rsquo;ouvrant &agrave; toute nouvelle d&eacute;mocratie. Seul pareil sc&eacute;nario est de nature &agrave; amener l&rsquo;imaginaire du Tunisien &agrave; changer pour croire enfin possible une d&eacute;mocratie en son pays.<\/p>\n<p>\n\t\tPareil changement est &agrave; attendre aussi bien de la part des Tunisiens eux-m&ecirc;mes que de leurs partenaires &eacute;trangers. Tout le reste n&rsquo;est que langue de bois et fumisterie.<\/p>\n<p>\n\t\tEt que font l&rsquo;Europe et l&rsquo;Occident ? Ils n&rsquo;agissent que pour sauvegarder la pr&eacute;&eacute;minence de leur mod&egrave;le et de l&rsquo;imaginaire qui va avec, ce qui suppose le maintien de l&rsquo;imaginaire actuel tunisien consacrant l&rsquo;&eacute;tat de d&eacute;pendance de la Tunisie vis-&agrave;-vis de l&rsquo;Occident. Et ce quitte &agrave; ce que la d&eacute;mocratie y &eacute;choue. Or, ainsi, elle &eacute;chouera immanquablement.<\/p>\n<p>\n\t\tIl reste que l&rsquo;Occident, par trop aveugl&eacute; par son propre imaginaire, ne fait pas assez attention &agrave; l&rsquo;apparition, quoiqu&rsquo;encore aux limbes, en une sorte de centralit&eacute; souterraine mais agissante, d&rsquo;un imaginaire substituant &agrave; la soumission au mod&egrave;le occidental en Tunisie un mod&egrave;le d&rsquo;autoc&eacute;l&eacute;bration. Tirant force d&rsquo;une radicalit&eacute; allant au-del&agrave; de la contestation, supposant la conqu&ecirc;te du statut de parfait mod&egrave;le de substitution, il instrumentalise la foi, qui est une donn&eacute;e de l&rsquo;identit&eacute; du Tunisien, en croyance dogmatique.<\/p>\n<p>\n\t\tOr, il ne servira &agrave; rien de d&eacute;fendre la sp&eacute;cificit&eacute; de son imaginaire pour que l&rsquo;Occident r&eacute;ussisse &agrave; contrer ce futur possible mod&egrave;le; car il lui faudra pour le sauver accepter ce &agrave; quoi il se refusait jusqu&rsquo;ici. Il lui faudra accepter d&rsquo;en &eacute;tendre les dimensions, en faire une source ouverte, un imaginaire partag&eacute;, cet inconscient collectif &agrave; la base des communaut&eacute;s communiant dans un vivre-ensemble paisible en un espace de libert&eacute; sans entraves.<\/p>\n<p>\n\t\tCe qui se ferait avec une vis&eacute;e double, profane et spirituelle &agrave; la fois, et serait seul de nature &agrave; contrer utilement le d&eacute;voiement actuellement &agrave; l&rsquo;&oelig;uvre de la croyance, la ramenant &agrave; la puret&eacute; de la foi, une foi qui plus est en la d&eacute;mocratie. Ainsi se font et se d&eacute;font les imaginaires.<\/p>\n<p>\n\t\t<a href=\"http:\/\/nawaat.org\/\">nawaat.org<\/a><\/p>\n<\/section>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les racines imaginaires de la d&eacute;mocratie &nbsp; &nbsp;Farhat Othman &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; L&rsquo;imaginaire nous structure bien plus et mieux que nos structures politiques et sociales. 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