{"id":71171,"date":"2025-08-24T17:16:54","date_gmt":"2025-08-24T17:16:54","guid":{"rendered":""},"modified":"2025-08-24T17:16:54","modified_gmt":"2025-08-24T17:16:54","slug":"fuir-bizerte-quitter-la-tunisie-agnes-bensimon","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/fuir-bizerte-quitter-la-tunisie-agnes-bensimon\/","title":{"rendered":"Fuir Bizerte, quitter la Tunisie  &#8211;  Agn\u00e8s Bensimon"},"content":{"rendered":"<p class=\"entry-title\">Fuir Bizerte, quitter la Tunisie<\/p>\n<p>Agn\u00e8s Bensimon<\/p>\n<div class=\"entry-content\">\n<p>Le d\u00e9part des Juifs de Tunisie, g\u00e9n\u00e9ralement associ\u00e9 aux cons\u00e9quences de la guerre des Six Jours, prend en fait racine dans un conflit tuniso-fran\u00e7ais, celui de la crise de Bizerte, en 1961. L\u2019accusation de trahison formul\u00e9e \u00e0 l\u2019encontre des Juifs de Bizerte, puis leur sauvetage in extremis inaugure le mouvement de d\u00e9part, provoquant la disparition rapide de la pr\u00e9sence juive dans le pays. Pour <em>K.<\/em>, Agn\u00e8s Bensimon, sp\u00e9cialiste de l\u2019histoire des Juifs en Afrique du Nord, nous raconte, documents et t\u00e9moignages in\u00e9dits \u00e0 l\u2019appui, les derniers jours de la communaut\u00e9 juive de Bizerte.<\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Pour comprendre les raisons du d\u00e9part des Juifs de Tunisie, un \u00e9pisode est rarement \u00e9voqu\u00e9 :&nbsp; celui de la crise de Bizerte. Cette guerre \u00e9clair qui opposa la France \u00e0 la Tunisie en est pourtant le d\u00e9clenchement. Pour comprendre cet \u00e9pisode, il faut rappeler un fait oubli\u00e9 : c\u2019est sans Bizerte <span>qu\u2019est proclam\u00e9e l\u2019ind\u00e9pendance tunisienne<\/span> en mars 1956. La France a d\u00e9cid\u00e9 d\u2019y maintenir des forces militaires et continue donc \u00e0 occuper la base navale de Bizerte, cl\u00e9 de vo\u00fbte du dispositif strat\u00e9gique fran\u00e7ais en M\u00e9diterran\u00e9e. D\u00e9sireux de liquider cette derni\u00e8re \u00ab s\u00e9quelle de l\u2019\u00e8re coloniale \u00bb, les Tunisiens, et le Pr\u00e9sident Bourguiba en t\u00eate n\u2019ont de cesse de r\u00e9clamer l\u2019\u00e9vacuation totale des troupes fran\u00e7aises. Le conflit s\u2019envenime et va mener au pire : pendant 4 jours, du 19 au 23 juillet, des combats meurtriers ont lieu. La communaut\u00e9 juive, qui compte environ 2000 personnes, est \u00e9pargn\u00e9e mais la rumeur de sa trahison r\u00f4de et s\u2019\u00e9tend. Bient\u00f4t, il n\u2019est plus possible de rester. Il faut fuir Bizerte, quitter la Tunisie. Le Mossad, aventureux, et la France, ambig\u00fce, proc\u00e8dent aux \u00e9vacuations.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">En croisant les informations officielles, des documents diplomatiques de premi\u00e8re main et les t\u00e9moignages des multiples acteurs impliqu\u00e9s \u00e0 tous les \u00e9chelons, nous avons pu reconstituer les derniers jours des Juifs de Bizerte.<\/span><\/p>\n<h5><b>Le Pr\u00e9sident et le G\u00e9n\u00e9ral, l\u2019Alg\u00e9rie, la Tunisie et la France<\/b><\/h5>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">\u00ab Je n\u2019admets pas que l\u2019on manque \u00e0 la France \u00bb, \u00e9crit le G\u00e9n\u00e9ral de Gaulle dans ses <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">M\u00e9moires d\u2019espoir,<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\"> \u00e9voquant la crise de Bizerte de juillet 1961, quand les troupes fran\u00e7aises s\u2019oppos\u00e8rent \u00e0 l\u2019arm\u00e9e tunisienne durant des combats aussi brefs que sanglants. La Tunisie, ind\u00e9pendante depuis le 20 mars 1956, n\u2019avait eu de cesse d\u2019exiger l\u2019\u00e9vacuation des troupes fran\u00e7aises toujours stationn\u00e9es sur son sol, se focalisant surtout sur Bizerte o\u00f9 la France avait am\u00e9nag\u00e9 \u00e0 grands frais une base antiatomique de premi\u00e8re importance. Malgr\u00e9 les promesses r\u00e9it\u00e9r\u00e9es de n\u00e9gocier ce retrait, cinq ans apr\u00e8s l\u2019ind\u00e9pendance, la question continue de se poser. Le bombardement du village alg\u00e9rien de Sakiet Sidi Youssef <span>par l\u2019aviation fran\u00e7aise<\/span><span class=\"footnote_referrer\"><a onclick=\"footnote_moveToAnchor_4831_1('footnote_plugin_reference_4831_1_1');\"><sup class=\"footnote_plugin_tooltip_text\" id=\"footnote_plugin_tooltip_4831_1_1\">[1]<\/sup><\/a><\/span><\/span><span style=\"font-weight: 400;\">, le 8 f\u00e9vrier 1958,&nbsp; en repr\u00e9sailles \u00e0 une action du FLN depuis la Tunisie marque un tournant d\u00e9cisif. Le pr\u00e9sident Bourguiba d\u00e9clare le lendemain \u00ab <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">qu\u2019aucun uniforme militaire fran\u00e7ais n\u2019est plus tol\u00e9rable en Tunisie<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\"> \u00bb et demande l\u2019\u00e9vacuation totale de son territoire, Bizerte compris. De l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de la M\u00e9diterran\u00e9e, le bombardement de Sakiet Sidi Youssef pr\u00e9cipite la chute de la IV\u00e8me R\u00e9publique et le retour en politique du G\u00e9n\u00e9ral de Gaulle, le 13 mai 1958. Cette nouvelle situation permet un accord de temporisation sign\u00e9 le 17 juin entre les deux pays : les troupes fran\u00e7aises ont quatre mois pour \u00e9vacuer la&nbsp; Tunisie, avant que ne commencent les n\u00e9gociations concernant la base navale, \u00e9tant entendu que la France reconna\u00eet la souverainet\u00e9 tunisienne sur Bizerte.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Ce \u00e9ni\u00e8me report du r\u00e8glement de la question de Bizerte l\u2019inscrit dans un rapport de forces d\u00e8s lors plus personnel. <span>En f\u00e9vrier 1959, le Pr\u00e9sident Bourguiba formule <\/span>l\u2019\u00e9tonnante proposition d\u2019\u00e9changer la base de Bizerte contre la paix et l\u2019ind\u00e9pendance de l\u2019Alg\u00e9rie<span class=\"footnote_referrer\"><a onclick=\"footnote_moveToAnchor_4831_1('footnote_plugin_reference_4831_1_2');\"><sup class=\"footnote_plugin_tooltip_text\" id=\"footnote_plugin_tooltip_4831_1_2\">[2]<\/sup><\/a><\/span>. Pour Paris, la proposition est absurde : \u00e9chec retentissant. Parall\u00e8lement, c\u00f4t\u00e9 Alg\u00e9riens, on se m\u00e9fie du r\u00f4le d\u2019interm\u00e9diaire de Bourguiba dans une solution du conflit. R\u00e9sultat des courses : le probl\u00e8me de Bizerte est r\u00e9activ\u00e9 et amorce une nouvelle phase de d\u00e9composition des relations franco-tunisiennes. En janvier 1960, le pr\u00e9sident Bourguiba joue son joker en d\u00e9clarant qu\u2019il engagera la bataille si <span>la France n\u2019a pas \u00e9vacu\u00e9 la base<\/span> le 8 f\u00e9vrier (jour du 2<\/span><span style=\"font-weight: 400;\">\u00e8me<\/span><span style=\"font-weight: 400;\"> anniversaire de Sakiet Sidi Youssef). Il mobilise la population et des troupes mais c\u00e8de presque imm\u00e9diatement au veto du g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle qui rappelle que la France se maintient \u00e0 Bizerte pour sa propre d\u00e9fense et pour celle de l\u2019Occident et donc, par l\u00e0 m\u00eame, pour celle de la Tunisie, incluse dans le camp occidental. Un an plus tard, une rencontre a lieu \u00e0 Rambouillet, le 27 f\u00e9vrier 1961, entre de Gaulle et Bourguiba d\u2019o\u00f9 il ressort que le pr\u00e9sident tunisien est \u00ab hors-jeu \u00bb pour la question du r\u00e8glement du conflit alg\u00e9rien et que la question de Bizerte ne doit plus \u00eatre soulev\u00e9e avant la fin de la guerre d\u2019Alg\u00e9rie. L\u2019incompr\u00e9hension de part et d\u2019autre aggrave le malentendu.<\/span><\/p>\n<figure aria-describedby=\"caption-attachment-4837\" class=\"wp-caption aligncenter\" id=\"attachment_4837\"><img decoding=\"async\" alt=\"\" class=\"wp-image-4837\" height=\"642\" loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/k-larevue.com\/wp-content\/thumbnails\/uploads\/2021\/10\/bourguiba_photo_officielle-tt-width-494-height-604-fill-0-crop-0-bgcolor-eeeeee-except_gif-1-post_id-0.jpeg\" width=\"525\" \/><figcaption class=\"wp-caption-text\" id=\"caption-attachment-4837\">Habib Bourguiba par Habib Osman \u2014 Collection particuli\u00e8re, Domaine public<\/figcaption><\/figure>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">\u00c0 l\u2019arri\u00e8re de la rade de Bizerte, l\u2019extension de la base a\u00e9rienne de Sidi Ahmed en vue de l\u2019am\u00e9nagement de pistes d\u2019atterrissage suppl\u00e9mentaires adapt\u00e9es aux nouveaux mod\u00e8les d\u2019avions constitue l\u2019\u00e9l\u00e9ment d\u00e9clencheur de l\u2019\u00e9preuve de force \u00e0 venir. La Garde Nationale tunisienne surveille les travaux d\u00e8s le d\u00e9but, \u00e0 la mi-avril 1961, puis intervient en interdisant au personnel civil tunisien de travailler sur le chantier, allant m\u00eame jusqu\u2019\u00e0 tenter d\u2019interrompre les travaux. Les Tunisiens \u00e9difient un mur de b\u00e9ton, creusent des kilom\u00e8tres de tranch\u00e9es tout autour de la base et disposent sept barrages dans la r\u00e9gion, entre juin et d\u00e9but juillet 1961. La tension monte \u00e0 mesure que les Tunisiens renforcent les effectifs sur la zone. L\u2019Amiral Maurice Amman, commandant en chef de la base strat\u00e9gique somme alors la Garde Nationale de cesser sa r\u00e9sistance. Bourguiba s\u2019immisce dans la crise, appelant \u00e0 des manifestations populaires, suscitant la pression de la rue, encourageant la propagande pour l\u2019affrontement, organisant la mobilisation de la Garde Nationale et des jeunesses destouriennes. <span>Sur place, l\u2019Amiral Amman d\u00e9cr\u00e8te l\u2019\u00e9tat d\u2019alerte total.<\/span> Le 6 juillet, Bourguiba fait porter \u00e0 de Gaulle une lettre \u00ab de la derni\u00e8re chance \u00bb.&nbsp; De Gaulle lui r\u00e9pond tardivement, par une fin de non-recevoir qui lui parvient le 17 juillet. L\u2019affront \u00e9tonne Tunis et le jour m\u00eame, Bourguiba annonce le d\u00e9clenchement des op\u00e9rations. L\u2019\u00e9ch\u00e9ance de la bataille est fix\u00e9e au mercredi 19. \u00c0 cette date, toute violation de l\u2019espace a\u00e9rien par l\u2019aviation fran\u00e7aise sera consid\u00e9r\u00e9e comme le signal du d\u00e9but des affrontements. Mais alors qu\u2019\u00e0 Tunis on s\u2019attendait \u00e0 des combats sporadiques, Paris, anticipant le danger, s\u2019est d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9par\u00e9 \u00e0 la guerre.<\/span><\/p>\n<h5><b>19-23 juillet 1961 : Une guerre \u00e9clair sanglante<\/b><\/h5>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Les affrontements arm\u00e9s sont continus du mercredi 19 juillet, vers 15 heures, jusqu\u2019au cessez-le-feu, le dimanche 23 juillet au matin. Quatre bataillons tunisiens d\u2019infanterie, un groupe d\u2019artillerie, environ 200 gardes nationaux et pr\u00e8s de 6 000 volontaires de la jeunesse destourienne, \u00e9lectris\u00e9s mais peu arm\u00e9s sont mobilis\u00e9s. Sans plan de d\u00e9fense ni plans d\u2019op\u00e9rations, les Tunisiens n\u2019ont pas pour mission d\u2019entrer dans la base. C\u2019est l\u2019effet conjugu\u00e9 de la r\u00e9action fran\u00e7aise et de l\u2019agitation incontr\u00f4l\u00e9e des volontaires civils qui engendre le v\u00e9ritable d\u00e9but des hostilit\u00e9s. Du c\u00f4t\u00e9 fran\u00e7ais, les moyens militaires sont largement sup\u00e9rieurs : avions Mistral, Myst\u00e8re IV et Corsair, h\u00e9licopt\u00e8res, quatre compagnies de d\u00e9fense Air et Marine vite \u00e9paul\u00e9es par deux R\u00e9giments de Parachutistes d\u2019Infanterie Marine (2<\/span><span style=\"font-weight: 400;\">\u00e8me<\/span><span style=\"font-weight: 400;\"> et 3<\/span><span style=\"font-weight: 400;\">\u00e8me<\/span><span style=\"font-weight: 400;\"> RPIMA) puis le 3<\/span><span style=\"font-weight: 400;\">\u00e8me<\/span><span style=\"font-weight: 400;\"> R\u00e9giment \u00c9tranger d\u2019Infanterie, bas\u00e9s \u00e0 Blida en Alg\u00e9rie. Sans oublier le <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">Colbert, <\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">le <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">De Grasse<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\"> et le porte-avion <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">Arromanches<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\"> qui croisent \u00e0 proximit\u00e9 de la rade.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Les premiers tirs se produisent du c\u00f4t\u00e9 de Sidi-Ahmed, th\u00e9\u00e2tre des combats des premi\u00e8res vingt-quatre heures au terme desquelles les 2<\/span><span style=\"font-weight: 400;\">\u00e8me<\/span><span style=\"font-weight: 400;\"> et 3<\/span><span style=\"font-weight: 400;\">\u00e8me<\/span><span style=\"font-weight: 400;\"> RPIMA prennent l\u2019avantage, avec une violence inou\u00efe. Il faut dire que les Tunisiens ont fait feu sur les paras envoy\u00e9s en renforts sur la base. Les volontaires civils tunisiens mettent en avant les femmes et les enfants \u2013 tactique des boucliers humains<span class=\"footnote_referrer\"><a onclick=\"footnote_moveToAnchor_4831_1('footnote_plugin_reference_4831_1_3');\"><sup class=\"footnote_plugin_tooltip_text\" id=\"footnote_plugin_tooltip_4831_1_3\">[3]<\/sup><\/a><\/span> qui a fait \u00e9cole depuis \u2013 et tirent \u00e9galement sur les militaires fran\u00e7ais, tandis que les combattants les bombardent au mortier. La riposte est sans piti\u00e9, les Fran\u00e7ais visant du haut des h\u00e9licopt\u00e8res la foule des manifestants. Lucien Bodard, alors correspondant de France-Soir \u00e9crit : \u00ab <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">Je me dis que si Bourguiba a voulu un nouveau Sakiet, les Fran\u00e7ais le lui ont donn\u00e9. Pourquoi ont-ils ripost\u00e9 si vigoureusement&nbsp;? C\u2019\u00e9tait tellement peu n\u00e9cessaire devant la faiblesse de l\u2019assaut tunisien.&nbsp;\u00bb <\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">Le 20 juillet, en fin de soir\u00e9e, la base est quasiment d\u00e9gag\u00e9e. L\u2019amiral Amman, craignant des combats dans Bizerte intra-muros et soucieux des victimes civiles, tente en vain de contacter le Gouverneur, Mohamed Ben Lamine, au soir du 20 juillet, pour chercher un arrangement lui permettant d\u2019obtenir sans combats le contr\u00f4le du goulet, afin de r\u00e9tablir la communication entre le port et la M\u00e9diterran\u00e9e. Or, l\u2019ordre est donn\u00e9 aux troupes tunisiennes de r\u00e9sister co\u00fbte que co\u00fbte. Les combats vont continuer.<\/span><\/p>\n<figure aria-describedby=\"caption-attachment-4845\" class=\"wp-caption aligncenter\" id=\"attachment_4845\"><img decoding=\"async\" alt=\"\" class=\"wp-image-4845\" height=\"329\" loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/k-larevue.com\/wp-content\/thumbnails\/uploads\/2021\/10\/bizerte2-tt-width-700-height-438-fill-0-crop-0-bgcolor-eeeeee-except_gif-1-post_id-0.jpeg\" width=\"525\" \/><figcaption class=\"wp-caption-text\" id=\"caption-attachment-4845\">Combats \u00e0 Bizerte en 1961<\/figcaption><\/figure>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">La France met en place une strat\u00e9gie militaire et guerri\u00e8re pour le 21 juillet. \u00c0 10h du matin, les b\u00e9rets verts sont l\u00e2ch\u00e9s dans la ville, autant pour reprendre le contr\u00f4le du goulet que pour annihiler la r\u00e9bellion tunisienne. S\u2019ensuit une v\u00e9ritable guerre urbaine avec de nombreux combats au corps \u00e0 corps. Le 22, les soldats fran\u00e7ais s\u2019attachent \u00e0 nettoyer les derni\u00e8res poches de r\u00e9sistance au sein du quartier europ\u00e9en de Bizerte. Les chars quadrillent la ville. La situation est sous contr\u00f4le en fin de journ\u00e9e. L\u2019amiral Amman n\u00e9gocie par t\u00e9l\u00e9phone l\u2019accord de cessez-le-feu avec le Gouverneur de Bizerte. Il entre en vigueur le 23 juillet \u00e0 1h du matin intra-muros et \u00e0 8h partout ailleurs.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Le bilan humain de cette guerre \u00e9clair varie selon les sources. Du c\u00f4t\u00e9 fran\u00e7ais, on sait avec pr\u00e9cision qu\u2019il y eut 27 tu\u00e9s et 128 bless\u00e9s. Du c\u00f4t\u00e9 tunisien, on d\u00e9plore entre 600 \u00e0 700 morts dont la moiti\u00e9 de militaires et gardes nationaux et 1 555 bless\u00e9s. Mais les chiffres officiels (le monument du cimeti\u00e8re des martyrs de Bizerte honore la m\u00e9moire de 630 victimes) sont contestables, jug\u00e9s volontairement minimis\u00e9s pour camoufler l\u2019ampleur de la d\u00e9route et l\u2019impr\u00e9voyance du gouvernement. Dans un discours prononc\u00e9 le 24 ao\u00fbt 1961, le Ministre de l\u2019Information du gouvernement tunisien, M. Masmoudi, annonce 1 300 morts. Le Croissant Rouge tunisien a, lui, estim\u00e9 que les trois jours de combats avaient caus\u00e9 la mort de&nbsp; 5 000 personnes ; l\u2019historien Mohamed Lazhar Gharbi avance, pour sa part, le chiffre de 4 000 victimes comme \u00e9tant le plus plausible. Une \u00e9tude de l\u2019Universit\u00e9 de Sherbrooke fait \u00e9tat de 1 300 morts<span class=\"footnote_referrer\"><a onclick=\"footnote_moveToAnchor_4831_1('footnote_plugin_reference_4831_1_4');\"><sup class=\"footnote_plugin_tooltip_text\" id=\"footnote_plugin_tooltip_4831_1_4\">[4]<\/sup><\/a><\/span><\/span><span style=\"font-weight: 400;\">.<\/span><\/p>\n<figure aria-describedby=\"caption-attachment-4930\" class=\"wp-caption aligncenter\" id=\"attachment_4930\"><img decoding=\"async\" alt=\"\" class=\"wp-image-4930\" height=\"413\" loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/k-larevue.com\/wp-content\/thumbnails\/uploads\/2021\/11\/bizerte_1961-tt-width-875-height-689-fill-0-crop-0-bgcolor-eeeeee-except_gif-1-post_id-0.jpeg\" width=\"525\" \/><figcaption class=\"wp-caption-text\" id=\"caption-attachment-4930\">Vue a\u00e9rienne de Bizerte par {Jacques Hoden} \u2014 [1], Domaine public, Licence Commons<\/figcaption><\/figure>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Si le bilan militaire permet de conclure \u00e0 la victoire de l\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise, le bilan diplomatique est plus nuanc\u00e9. <span>En ao\u00fbt<\/span>, la Tunisie obtient le soutien de l\u2019ONU sur le vote d\u2019une r\u00e9solution condamnant la France. <span>Les civils fran\u00e7ais vont quitter Bizerte entre le 23 juillet et le 30 septembre 1961.<\/span> L\u2019\u00e9vacuation ouvrant \u00e0 Bourguiba les portes d\u2019un monde arabe qui lui \u00e9tait autrefois hostile. Dans les faits, la base militaire ne sera d\u00e9finitivement \u00e9vacu\u00e9e que le 15 mars 1963, sept ann\u00e9es apr\u00e8s la proclamation de l\u2019ind\u00e9pendance et bien apr\u00e8s la fin de la guerre d\u2019Alg\u00e9rie.<\/span><\/p>\n<h5><b>La communaut\u00e9 juive de Bizerte face aux rumeurs de trahison<\/b><\/h5>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">En marge du drame national, les cons\u00e9quences de la guerre de Bizerte se mesurent de fa\u00e7on tr\u00e8s diff\u00e9rente \u00e0 l\u2019aune du destin des Juifs de Tunisie. \u00c0 Bizerte vivait une communaut\u00e9 d\u2019environ deux mille \u00e2mes, tr\u00e8s bien assimil\u00e9e, au niveau de vie \u00e9lev\u00e9 et que la pr\u00e9sence fran\u00e7aise faisait prosp\u00e9rer, comme elle faisait prosp\u00e9rer du reste l\u2019ensemble des 50 000 habitants de la quatri\u00e8me ville du pays. Pour elle, oubli\u00e9s les jours sombres de l\u2019occupation allemande, de novembre 1942 \u00e0 mai 1943, quand toute la communaut\u00e9 (de m\u00eame que tous les Bizertins), avait \u00e9t\u00e9 somm\u00e9e d\u2019\u00e9vacuer la ville. Dix-huit ans plus tard, elle est loin d\u2019imaginer le sort brutal qui l\u2019attend. \u201cEn effet\u201d, se souvient Maud Adda, membre de l\u2019Association des Juifs Originaires de Bizerte, cr\u00e9\u00e9e \u00e0 Paris au d\u00e9but des ann\u00e9es 90 afin d\u2019entretenir le cimeti\u00e8re juif : \u00ab&nbsp;Nous \u00e9tions tr\u00e8s attach\u00e9s \u00e0 la culture et au mode de vie fran\u00e7ais. La communaut\u00e9 n\u2019\u00e9tait pas particuli\u00e8rement pratiquante, sauf pour les f\u00eates. Nous fr\u00e9quentions les \u00e9coles fran\u00e7aises et nous parlions le Fran\u00e7ais entre nous. Il y a eu beaucoup de mariages mixtes du reste, plus qu\u2019ailleurs. Des jeunes gens avaient fait leur service militaire dans l\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise. De nombreux ouvriers travaillaient \u00e0 l\u2019Arsenal, \u00e0 Ferry Ville. Le train qui les emmenait chaque jour avait \u00e9t\u00e9 surnomm\u00e9 \u201cle train de l\u2019Arsenal\u201d. Les Juifs \u00e9taient principalement des bijoutiers, des marchands de tissus, il y avait de petites entreprises familiales. Gr\u00e2ce \u00e0 la pr\u00e9sence fran\u00e7aise, nous vivions tr\u00e8s bien.\u201d&nbsp; <\/span><span style=\"font-weight: 400;\">&nbsp;<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Les Juifs de Bizerte n\u2019ont pas souffert durant les combats, m\u00eame si leur cimeti\u00e8re a \u00e9t\u00e9 bombard\u00e9 et qu\u2019une p\u00e9rilleuse op\u00e9ration de sauvetage ait \u00e9t\u00e9 improvis\u00e9e en catastrophe pour permettre le rapatriement \u00e0 Tunis de 130 adolescents partis en camp de vacances dans une for\u00eat proche de Bizerte. Ils se trouv\u00e8rent pris entre deux feux <span class=\"footnote_referrer\"><a onclick=\"footnote_moveToAnchor_4831_1('footnote_plugin_reference_4831_1_5');\"><sup class=\"footnote_plugin_tooltip_text\" id=\"footnote_plugin_tooltip_4831_1_5\">[5]<\/sup><\/a><\/span>. <\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Mais voil\u00e0 : plusieurs sources affirment que la population juive a apport\u00e9 un soutien sans faille \u00e0 l\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise et a collabor\u00e9 avec elle durant la crise. Cela n\u2019\u00e9chappe pas aux autorit\u00e9s tunisiennes. Dans une note envoy\u00e9e au pr\u00e9sident Bourguiba concernant les combats des vendredi 21 et samedi 22 juillet, le gouverneur de Bizerte reproche m\u00eame aux \u00ab&nbsp;Isra\u00e9lites&nbsp;\u00bb du quartier dit de \u00ab la rue de Tunis \u00bb d\u2019avoir aid\u00e9 les militaires fran\u00e7ais en tirant sur des soldats tunisiens.&nbsp;<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\"><span>La rumeur ne peut \u00eatre confirm\u00e9e. <\/span>On ne peut nier que les commer\u00e7ants ou les entrepreneurs juifs faisaient de bonnes affaires avec les Fran\u00e7ais et avaient int\u00e9r\u00eat au maintien de la base et de l\u2019arm\u00e9e. Mais ne pouvait-on pas en dire autant des commer\u00e7ants tunisiens musulmans ? Il y avait par ailleurs des soldats juifs dans les troupes fran\u00e7aises, et m\u00eame parmi les paras envoy\u00e9s en renforts. Une synagogue avait \u00e9t\u00e9 install\u00e9e pour eux dans la base pour les f\u00eates de Tichri. Ces diff\u00e9rents \u00e9l\u00e9ments ont&nbsp; servi de terreau \u00e0 la rumeur de trahison ou d\u2019espionnage des Juifs en faveur de l\u2019ennemi.&nbsp;<\/span><\/p>\n<figure aria-describedby=\"caption-attachment-4847\" class=\"wp-caption aligncenter\" id=\"attachment_4847\"><img decoding=\"async\" alt=\"\" class=\"wp-image-4847\" height=\"400\" loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/k-larevue.com\/wp-content\/thumbnails\/uploads\/2021\/10\/deguel-hamor-tt-width-621-height-473-fill-0-crop-0-bgcolor-eeeeee-except_gif-1-post_id-0.jpeg\" width=\"525\" \/><figcaption class=\"wp-caption-text\" id=\"caption-attachment-4847\">Photographie prise au camp de R\u2019mel, groupe de l\u2019Hashomer Hatza\u00efr. Cr\u00e9dit : Armand Meyer Bokobza<\/figcaption><\/figure>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Apr\u00e8s le cessez-le-feu, les mosqu\u00e9es et les \u00e9glises reprennent leur service, tandis que les synagogues demeurent ferm\u00e9es. Le march\u00e9 qui se tenait le mercredi a d\u00e9sormais lieu le samedi\u2026 Dans les jours qui suivent la fin de l\u2019\u00e9preuve de force, des dizaines de Juifs sont arr\u00eat\u00e9s. L\u2019un d\u2019entre eux, Octave Haccoun va passer plusieurs ann\u00e9es en prison. Il est accus\u00e9&nbsp; d\u2019espionnage au profit de l\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise et du meurtre d\u2019un commandant de l\u2019arm\u00e9e tunisienne \u2013 le commandant Bijaoui<span class=\"footnote_referrer\"><a onclick=\"footnote_moveToAnchor_4831_1('footnote_plugin_reference_4831_1_6');\"><sup class=\"footnote_plugin_tooltip_text\" id=\"footnote_plugin_tooltip_4831_1_6\">[6]<\/sup><\/a><\/span><\/span><span style=\"font-weight: 400;\">, 35 ans, officier d\u2019ordonnance de Bourguiba, ancien officier fran\u00e7ais ayant fait l\u2019Indochine en 1954 et qui, depuis 1956, avait mis sur pied l\u2019artillerie tunisienne. On parle pour Haccoun de la peine capitale. Malgr\u00e9 le caract\u00e8re non fond\u00e9 des accusations contre lui, il faudra beaucoup de temps et de nombreux efforts pour obtenir la relaxe du prisonnier. En France, une campagne de presse est orchestr\u00e9e, et c\u2019est finalement gr\u00e2ce aux interventions de Jean-Paul Sartre et de Pierre Mend\u00e8s-France aupr\u00e8s du pr\u00e9sident Bourguiba en personne, que sa lib\u00e9ration est obtenue.&nbsp;<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Au c\u0153ur de l\u2019\u00e9t\u00e9 de 1961, les rapports convergent sur les menaces de pogroms pesant sur les Juifs de Bizerte. Ils \u00e9manent tant du c\u00f4t\u00e9 des diplomates fran\u00e7ais en poste au consulat de la ville, que des repr\u00e9sentants de l\u2019Agence juive \u00e0 Tunis et \u00e0 Bizerte, mais \u00e9galement des membres de la \u00ab misgeret \u00bb, la branche tunisienne du r\u00e9seau secret mis en place en Afrique du Nord, au milieu des ann\u00e9es 50, par Isser Harel, le \u00ab patron \u00bb du Mossad. Pendant les quelques semaines qui s\u00e9parent le cessez-le-feu des accords franco-tunisiens du 30 septembre ent\u00e9rinant le d\u00e9part des Fran\u00e7ais, toutes les solutions sont donc envisag\u00e9es pour l\u2019\u00e9vacuation des Juifs de Bizerte.&nbsp;<\/span><\/p>\n<h5><b>L\u2019\u00e9vacuation, vers et par la France, ou Isra\u00ebl<\/b><\/h5>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Le Consul g\u00e9n\u00e9ral de France \u00e0 Bizerte, M. Xavier Jeannot, alerte le premier les autorit\u00e9s fran\u00e7aises. Dans un t\u00e9l\u00e9gramme en date du 3 ao\u00fbt 1961, portant le n\u00b023, il relate: \u00ab La colonie isra\u00e9lite de Bizerte, qui comprend sans doute plusieurs milliers de personnes en grande majorit\u00e9 de nationalit\u00e9 tunisienne, est en proie \u00e0 la plus grande inqui\u00e9tude. Accus\u00e9e \u00e0 tort, semble-t-il, d\u2019avoir aid\u00e9 directement ou indirectement les troupes fran\u00e7aises et particip\u00e9 \u00e0 la bataille, elle appr\u00e9hende au plus haut point le d\u00e9part de nos soldats et les repr\u00e9sailles qui suivraient. Les confidences que certains de nos compatriotes ont re\u00e7ues ces jours derniers de musulmans tunisiens pourtant mod\u00e9r\u00e9s tendent \u00e0 prouver que ces craintes ne sont pas vaines. Dans l\u2019impossibilit\u00e9 d\u2019assurer actuellement le d\u00e9part de ces familles sans risquer de m\u2019attirer les plus s\u00e9rieuses difficult\u00e9s de la part des autorit\u00e9s tunisiennes, je m\u2019efforce de les rassurer mais je crois de mon devoir de sugg\u00e9rer au D\u00e9partement d\u2019appeler sur cette situation l\u2019attention de tous les organismes, gouvernementaux ou non, qui seraient en mesure d\u2019apporter aux Isra\u00e9lites de Bizerte quelque protection. J\u2019attacherais d\u2019autre part du prix \u00e0 recevoir des instructions du D\u00e9partement concernant l\u2019attitude que je devrais adopter dans diverses \u00e9ventualit\u00e9s si mon aide \u00e9tait sollicit\u00e9e \u00e0 nouveau dans les jours prochains, comme il est tr\u00e8s probable, par des Isra\u00e9lites tunisiens, g\u00e9n\u00e9ralement attach\u00e9s \u00e0 notre pays et qui d\u00e9sireraient y trouver refuge.\u00bb&nbsp;<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Trois jours plus tard, le Consul g\u00e9n\u00e9ral Jeannot revient sur ces analyses dans un nouveau t\u00e9l\u00e9gramme, portant le num\u00e9ro 35, expliquant que l\u2019estimation de la taille de la communaut\u00e9 juive de Bizerte avait \u00e9t\u00e9 surestim\u00e9e et qu\u2019en r\u00e9alit\u00e9 il s\u2019agirait d\u2019organiser le d\u00e9part de quelques centaines de personnes dont les papiers ne sont pas en ordre. Le 9 ao\u00fbt, le Consul g\u00e9n\u00e9ral, se r\u00e9f\u00e9rant \u00e0 ces pr\u00e9c\u00e9dents t\u00e9l\u00e9grammes, r\u00e9it\u00e8re ses craintes quant \u00e0 la pr\u00e9carit\u00e9 de la situation des Juifs de Bizerte : \u00ab De plusieurs c\u00f4t\u00e9s me parviennent les \u00e9chos d\u2019arrestations ou de vexations auxquelles sont soumis les Isra\u00e9lites tunisiens par les autorit\u00e9s, m\u00eame de la part du petit peuple. Les d\u00e9marches aupr\u00e8s de ce consulat g\u00e9n\u00e9ral afin que des moyens soient mis en \u0153uvre pour permettre \u00e0 la communaut\u00e9 isra\u00e9lite locale de quitter le pays se font de plus en plus pressantes et le ton en devient angoiss\u00e9. Malheureusement, les Isra\u00e9lites dont les passeports tunisiens sont en r\u00e8gle ou en cours de validit\u00e9 sont peu nombreux, il s\u2019agit par ailleurs, dans bien des cas, de familles franco-tunisiennes dont les enfants poss\u00e8dent les uns la nationalit\u00e9 d\u2019un des parents, les autres celle de l\u2019autre. Je m\u2019efforcerai de faire embarquer sur le \u00ab VILLE D\u2019ORAN \u00bb du 11 ao\u00fbt quelques-unes de ces familles qui ont des attaches fran\u00e7aises, mais le probl\u00e8me restera pratiquement entier. Le chef de la Communaut\u00e9 isra\u00e9lite de Bizerte qui s\u2019est rendu \u00e0 Tunis o\u00f9 il a pris des contacts m\u2019a fait savoir que l\u2019Agence juive serait dispos\u00e9e \u00e0 couvrir les frais de transport et de s\u00e9jours pendant quatre jours \u00e0 Marseille des familles juives de Bizerte qui gagneraient ensuite Isra\u00ebl (\u2026)\u00bb Sur le t\u00e9l\u00e9gramme, re\u00e7u \u00e0 Paris le 10 ao\u00fbt, une mention manuscrite indique : \u00ab attendre \u00bb. D\u2019autres \u00e9l\u00e9ments viendront confirmer qu\u2019au Quai d\u2019Orsay, les inqui\u00e9tudes de M. Jeannot comme ses vell\u00e9it\u00e9s de porter secours aux Juifs , n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 per\u00e7ues avec bienveillance.&nbsp;<\/span><\/p>\n<figure aria-describedby=\"caption-attachment-4849\" class=\"wp-caption aligncenter\" id=\"attachment_4849\"><img decoding=\"async\" alt=\"\" class=\"wp-image-4849\" height=\"332\" loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/k-larevue.com\/wp-content\/thumbnails\/uploads\/2021\/10\/ville-doran-tt-width-875-height-553-fill-0-crop-0-bgcolor-eeeeee-except_gif-1-post_id-0.jpeg\" width=\"525\" \/><figcaption class=\"wp-caption-text\" id=\"caption-attachment-4849\">Le paquebot Ville d\u2019Oran. Licence Creative Commons<\/figcaption><\/figure>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Le directeur de l\u2019Agence juive dont il est fait mention, s\u2019appelle David Isboutsky. Ses bureaux, situ\u00e9s rue d\u2019Elbe \u00e0 Tunis, s\u2019affichent sous l\u2019enseigne \u00ab<\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">&nbsp;L\u2019Agence, association suisse \u00e0 buts humanitaires<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">&nbsp;\u00bb. Il se rend \u00e0 Bizerte au mois d\u2019ao\u00fbt pour aider au d\u00e9part des Juifs qui ne peuvent quitter la ville. Dans un rapport, il confirme&nbsp;\u00e0 sa mani\u00e8re les observations du Consul g\u00e9n\u00e9ral :&nbsp;\u00ab&nbsp;La ville de Bizerte se vide des Europ\u00e9ens, les Italiens \u00e9migrent en Italie, les Fran\u00e7ais en m\u00e9tropole et les Juifs tunisiens se trouvent dans une situation catastrophique, leurs maisons et leurs magasins sont pill\u00e9s et vol\u00e9s des deux c\u00f4t\u00e9s. Les Juifs qui habitent dans la Medina n\u2019ont pas acc\u00e8s \u00e0 leur domicile car des barbel\u00e9s s\u00e9parent la ville europ\u00e9enne. Certains ont \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9s et emprisonn\u00e9s, nous ignorons quel est leur sort, malgr\u00e9 l\u2019intervention de la Croix-Rouge internationale et locale.&nbsp;Les Juifs d\u00e9pourvus de papiers (700 personnes) se trouvent dans une situation d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e parce que le courrier gouvernemental entre Bizerte et Tunis est coup\u00e9. Ils n\u2019ont pas la possibilit\u00e9 de s\u2019enfuir \u00e0 Tunis, les gendarmes tunisiens op\u00e8rent une s\u00e9lection entre les musulmans et les isra\u00e9lites. Pr\u00e8s de 250 personnes d\u00e9sirent se rendre en Isra\u00ebl, mais les Juifs de nationalit\u00e9 fran\u00e7aise ne veulent pas perdre leurs avantages et pr\u00e9f\u00e8rent \u00eatre rapatri\u00e9s \u00e0 la charge du gouvernement fran\u00e7ais et continuer ensuite, \u00e9ventuellement, vers Isra\u00ebl&nbsp;\u00bb.<\/span><\/p>\n<figure aria-describedby=\"caption-attachment-4851\" class=\"wp-caption aligncenter\" id=\"attachment_4851\"><img decoding=\"async\" alt=\"\" class=\"wp-image-4851\" height=\"365\" loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/k-larevue.com\/wp-content\/thumbnails\/uploads\/2021\/10\/david-isboutsky-03-tt-width-400-height-278-fill-0-crop-0-bgcolor-eeeeee-except_gif-1-post_id-0.jpeg\" width=\"525\" \/><figcaption class=\"wp-caption-text\" id=\"caption-attachment-4851\">David Istboutsky en Grande-Bretagne en 1944<\/figcaption><\/figure>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">En conclusion de son rapport, David Isboutsky pr\u00e9conise d\u2019activer de toute urgence l\u2019\u00e9vacuation de la communaut\u00e9 juive par l\u2019interm\u00e9diaire des autorit\u00e9s fran\u00e7aises. Il travaille en \u00e9troite coop\u00e9ration avec le repr\u00e9sentant local de l\u2019Agence Juive \u00e0 Bizerte, Maurice Mattouk, alors \u00e2g\u00e9 de 24 ans. Celui-ci le met en relation avec le Consul g\u00e9n\u00e9ral adjoint, M. Jean-Jacques Roos, en poste depuis 1960. Ce diplomate fran\u00e7ais, \u00e9galement isra\u00e9lien, pense avec eux aux moyens d\u2019organiser le d\u00e9part des Juifs de Bizerte. Il est certain que Xavier Jeannot a fond\u00e9 ses rapports envoy\u00e9s au Minist\u00e8re des Affaires \u00c9trang\u00e8res sur les informations donn\u00e9es par Jean-Jacques Roos, Maurice Mattouk et David Isboutsky.&nbsp;<\/span><\/p>\n<h5><b>\u00ab&nbsp;Pour le cas de danger pr\u00e9cis et imminent&nbsp;\u00bb<\/b><\/h5>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Dans cette affaire, discut\u00e9e par les plus hautes instance de l\u2019\u00c9tat fran\u00e7ais, le Quai d\u2019Orsay ne soutient pas franchement les agissements de ses diplomates locaux, refl\u00e9tant ainsi les r\u00e9serves du Ministre des Affaires \u00c9trang\u00e8res Maurice Couve de Murville, en d\u00e9saccord sur ce point avec le Premier Ministre Michel Debr\u00e9. Leur approche diff\u00e9rente de la question est perceptible dans les \u00e9changes de courriers diplomatiques entre les parties prenantes et m\u00e9rite qu\u2019on s\u2019y arr\u00eate.&nbsp;<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Dans un t\u00e9l\u00e9gramme (n\u00b070) dat\u00e9 du 26 ao\u00fbt 1961, adress\u00e9 au Quai d\u2019Orsay et communiqu\u00e9 au Premier Ministre et au Ministre des Affaires \u00c9trang\u00e8res, le Consul g\u00e9n\u00e9ral Jeannot s\u2019appuie sur le soutien du Premier Ministre : \u00ab Je crois devoir ajouter qu\u2019au cours de la mission qu\u2019il a effectu\u00e9e \u00e0 Bizerte, le 18 ao\u00fbt dernier, le g\u00e9n\u00e9ral Puget, adjoint en chef de l\u2019\u00c9tat-major de la D\u00e9fense, m\u2019a indiqu\u00e9 que, suivant les instructions du Premier Ministre, les ressortissants tunisiens, Isra\u00e9lites ou Musulmans, qui le d\u00e9sireraient, pourraient trouver aupr\u00e8s de nous, en cas de danger pr\u00e9cis et imminent, notamment dans l\u2019hypoth\u00e8se d\u2019un retrait des troupes fran\u00e7aises, non seulement asile dans nos installations militaires, mais encore des facilit\u00e9s de d\u00e9part par des moyens exceptionnels \u00bb. Ce t\u00e9l\u00e9gramme re\u00e7u le 27 ao\u00fbt porte une nouvelle mention manuscrite : \u00ab Le Ministre doit en parler avec le P.M. attendre 2 ou 3 jours, 28 VIII. \u00bb&nbsp;<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Dans une note en date du 28 ao\u00fbt 1961, \u00e9manant de la Direction des Affaires politiques \u2013 Affaires Marocaines et Tunisiennes, la position du Minist\u00e8re des Affaires \u00c9trang\u00e8res est tr\u00e8s claire : \u00ab L\u2019attention du Ministre devrait \u00eatre attir\u00e9e sur le t\u00e9l\u00e9gramme 70 de Bizerte (ci-joint) au sujet d\u2019une \u00e9vacuation \u00e9ventuelle d\u2019isra\u00e9lites et de musulmans tunisiens par la base de Bizerte, le cas \u00e9ch\u00e9ant par des moyens militaires. Il est fait \u00e9tat d\u2019une position favorable du Premier Ministre, exprim\u00e9e \u00e0 Bizerte par le g\u00e9n\u00e9ral Puget lorsqu\u2019il a inspect\u00e9 la base le 18 ao\u00fbt. Nous avions pris une position sensiblement diff\u00e9rente, le 2 ao\u00fbt, en r\u00e9ponse \u00e0 plusieurs t\u00e9l\u00e9grammes de notre Consul. Le Premier Ministre, interrog\u00e9 \u00e0 ma demande par Contamine, reconna\u00eet le danger qu\u2019il y aurait \u00e0 laisser conna\u00eetre la position expos\u00e9e par le G\u00e9n\u00e9ral Puget (afflux des candidats, risque d\u2019indiscr\u00e9tions et de r\u00e9actions des Tunisiens). Mais il la confirme \u00ab pour le cas de danger pr\u00e9cis et imminent \u00bb et estime qu\u2019elle devrait \u00eatre indiqu\u00e9e confidentiellement et \u00e0 toute \u00e9ventualit\u00e9 \u00e0 Jeannot et Amman. Si le Ministre \u00e9tait d\u2019accord, il importerait de marquer \u00e0 Jeannot qu\u2019il doit jusqu\u2019\u00e0 nouvel ordre maintenir une attitude absolument n\u00e9gative vis-\u00e0-vis de toutes les demandes dont il est saisi. \u00bb La note porte en outre la mention : \u00ab Vu par le Ministre \u2013 Il estime que la position du P.M. n\u2019est pas raisonnable \u2013 lui en parlera \u00bb.<\/span><\/p>\n<p><img decoding=\"async\" alt=\"\" class=\"aligncenter wp-image-4835\" height=\"820\" loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/k-larevue.com\/wp-content\/thumbnails\/uploads\/2021\/10\/jeune-juive-bizerte-tt-width-875-height-1367-fill-0-crop-0-bgcolor-eeeeee-except_gif-1-post_id-0.jpeg\" width=\"525\" \/><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Sur le terrain, cette diff\u00e9rence d\u2019approche se concr\u00e9tise autour de la question, cruciale pour les Juifs, de l\u2019obtention d\u2019un passeport, d\u2019un visa ou d\u2019un laissez-passer pour la France. La diff\u00e9rence s\u2019incarne \u00e0 travers deux figures distinctes de la diplomatie fran\u00e7aise, le Consul g\u00e9n\u00e9ral \u00e0 Bizerte, Xavier Jeannot, que nous avons vu \u00e0 l\u2019\u0153uvre, et Jean Roy\u00e8re, son homologue \u00e0 Tunis. Avec une constance attest\u00e9e \u00e0 travers les nombreuses communications \u00e0 sa hi\u00e9rarchie, Jean Roy\u00e8re ne manque pas de d\u00e9noncer les d\u00e9marches des Juifs pour quitter le pays et de manifester sa r\u00e9probation : \u00ab Le D\u00e9partement n\u2019ignore pas que des centaines de familles tunisiennes de confession isra\u00e9lite s\u2019efforcent par tous les moyens de se fixer en France. Certaines d\u2019entre elles sont dignes d\u2019int\u00e9r\u00eat, alors que d\u2019autres ne pr\u00e9sentent aucun apport pour la communaut\u00e9 fran\u00e7aise \u00bb, \u00e9crit-il d\u00e9j\u00e0 en juin 1960. M\u00eame au plus fort de la crise de Bizerte, il continue d\u2019exprimer ses r\u00e9serves dans les m\u00eames termes : \u00ab La crise franco-tunisienne a incontestablement plac\u00e9 dans une situation tr\u00e8s difficile les Isra\u00e9lites tunisiens, et notamment ceux appartenant \u00e0 l\u2019\u00e9lite intellectuelle ont toujours \u00e9t\u00e9 proches des Fran\u00e7ais par leurs mani\u00e8res de vivre et leurs coutumes. Je tiens \u00e0 vous faire savoir que, dans ces conditions, je n\u2019ai pas d\u2019objection \u00e0 ce que soient examin\u00e9es par priorit\u00e9 et dans un esprit favorable, les demandes de naturalisation d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sent\u00e9es ou qui le seront par les Isra\u00e9lites tunisiens pr\u00e9sentant les conditions requises par l\u2019article 4 de la loi du 20.12.1923. Seuls devraient \u00eatre \u00e0 mon sens report\u00e9s les dossiers sur lesquels ce Consulat g\u00e9n\u00e9ral a port\u00e9 un avis nettement d\u00e9favorable \u00bb (bordereau n\u00b0 668\/669 \u2013 12 ao\u00fbt 1961). Il est av\u00e9r\u00e9 que le Consul g\u00e9n\u00e9ral \u00e0 Tunis a appliqu\u00e9 avec s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 les consignes et rejet\u00e9 de nombreuses demandes de visa sollicit\u00e9es par des familles juives d\u00e9sireuses de gagner la France. Et \u00e0 propos de celles qui ont fini par partir, Jean Roy\u00e8re les d\u00e9nigre aupr\u00e8s de ses interlocuteurs : \u00ab Sans m\u00e9conna\u00eetre les raisons humanitaires qui ont incit\u00e9 l\u2019Autorit\u00e9 pr\u00e9fectorale \u00e0 r\u00e9gulariser sur place certains cas particuli\u00e8rement int\u00e9ressants, il n\u2019en reste pas moins vrai que de tr\u00e8s nombreux Isra\u00e9lites \u2013 dont l\u2019apport \u00e0 la communaut\u00e9 fran\u00e7aise para\u00eet pour le moins discutable \u2013 s\u2019efforcent de se maintenir en France (en particulier \u00e0 Paris et \u00e0 Marseille) bien que leurs visas soient expir\u00e9s depuis plusieurs semaines. \u00bb.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Dans les faits, la question des passeports s\u2019av\u00e8re cruciale et son traitement d\u00e9licat. Les Juifs de nationalit\u00e9 fran\u00e7aise (environ un millier) partent pour la m\u00e9tropole sans difficult\u00e9 comme tous les ressortissants. Restent sur place pr\u00e8s de 900 Juifs pour lesquels la situation est plus complexe. La plupart d\u2019entre eux disposaient de passeports p\u00e9rim\u00e9s. Jean-Jacques Roos, adjoint du Consul g\u00e9n\u00e9ral Jeannot, a utilis\u00e9 toutes les ressources \u00e0 sa disposition pour r\u00e9soudre les probl\u00e8mes au cas par cas pendant des semaines. Dans ses m\u00e9moires, il explique par exemple comment il a travaill\u00e9 avec une jeune femme tunisienne employ\u00e9e dans la plus importante agence de voyages de Bizerte, dont le propri\u00e9taire \u00e9tait juif. Elle se rendait \u00e0 son bureau au Consulat avec les passeports expir\u00e9s, Roos accordait alors les visas et les laissez-passer, avec l\u2019accord indirect du Quai d\u2019Orsay, de fa\u00e7on \u00e0 ce que les passagers puissent d\u00e9barquer \u00e0 Marseille. Jean-Jacques Roos assistait \u00e0 chaque d\u00e9part des bateaux car la police tunisienne contr\u00f4lait les passeports et fouillait des gens. Avant d\u2019embarquer, les familles lui remettaient leur argent, leur or ou leurs bijoux. Deux \u00e0 trois fois dans la journ\u00e9e, il montait \u00e0 bord, en sa qualit\u00e9 de diplomate fran\u00e7ais et leur restituait leurs biens \u2013 souvent \u00e0 leur grand \u00e9tonnement. Gr\u00e2ce \u00e0 son action, \u00e0 la fin du mois d\u2019ao\u00fbt 1961, il ne restait \u00ab&nbsp;plus que&nbsp;\u00bb 325 Juifs tunisiens candidats \u00e0 l\u2019\u00e9migration selon le d\u00e9nombrement communiqu\u00e9 \u00e0 Paris par Xavier Jeannot (t\u00e9l\u00e9gramme n\u00b070 du 26 ao\u00fbt) : \u00ab Sur ce nombre, environ une centaine disposerait sans doute de titres de voyage et pourrait partir par des moyens normaux. Pour les autres, environ 225, il est au contraire impossible pratiquement d\u2019obtenir des passeports ou des laissez-passer des autorit\u00e9s tunisiennes.\u00bb.<\/span><\/p>\n<h5><b>Op\u00e9ration Solange<\/b><\/h5>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">La date butoir du d\u00e9part des Fran\u00e7ais, le 30 septembre, oblige les dirigeants isra\u00e9liens du r\u00e9seau secret en Afrique du Nord \u00e0 prendre la d\u00e9cision d\u2019amorcer les pr\u00e9paratifs d\u2019une op\u00e9ration d\u2019\u00e9migration clandestine d\u2019envergure qui portera le nom de code \u00ab&nbsp;Op\u00e9ration Solange&nbsp;\u00bb.&nbsp;<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Sur le terrain, Maurice Mattouk, jeune recrue de la \u00ab misgeret \u00bb s\u2019occupe alors principalement de l\u2019aliya du mouvement des jeunes sionistes locaux. Il s\u2019est d\u00e9j\u00e0 illustr\u00e9 en organisant, de nuit, le rapatriement \u00e0 Tunis des adolescents partis en camp de vacances dans la r\u00e9gion au moment des violents affrontements. Il va s\u2019impliquer totalement dans l\u2019op\u00e9ration de sauvetage des Juifs de sa ville natale et ne partira qu\u2019avec les derniers \u00e9migrants, sur l\u2019une des deux p\u00e9niches qui relieront Bizerte \u00e0 B\u00f4ne<span class=\"footnote_referrer\"><a onclick=\"footnote_moveToAnchor_4831_1('footnote_plugin_reference_4831_1_7');\"><sup class=\"footnote_plugin_tooltip_text\" id=\"footnote_plugin_tooltip_4831_1_7\">[7]<\/sup><\/a><\/span> le 1<\/span><span style=\"font-weight: 400;\">er<\/span><span style=\"font-weight: 400;\"> octobre 1961. Durant le mois de septembre, \u00e0 mesure que la fin de la pr\u00e9sence fran\u00e7aise se rapproche, la situation des quelque 300 derniers Juifs bizertins empire et les menaces se multiplient de toutes parts : \u00ab <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">Attendez un peu que les Fran\u00e7ais ne soient plus l\u00e0 et vous verrez comment on va s\u2019occuper de vous&nbsp;!<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\"> \u00bb raconte Maurice Mattouk dans ses t\u00e9moignages. Le 8 septembre, 130 passagers embarquent sur le \u00ab Ville d\u2019Oran \u00bb, munis de passeports tunisiens, escort\u00e9s par les paras fran\u00e7ais.&nbsp;<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Ce n\u2019est pas moins de trois op\u00e9rations qui ont \u00e9t\u00e9 mont\u00e9es par la misgeret avant l\u2019op\u00e9ration \u201cSolange\u201d. L\u2019op\u00e9ration \u00ab Har Sina\u00ef \u00bb a lieu le 13 septembre : 10 Juifs embarquent sur un navire militaire fran\u00e7ais \u00e0 destination de B\u00f4ne o\u00f9 l\u2019Agence juive les prend en charge jusqu\u2019\u00e0 Marseille, gr\u00e2ce au Consul Jeannot qui parvient \u00e0 vaincre les r\u00e9sistances du capitaine. Deux jours apr\u00e8s, l\u2019op\u00e9ration \u00ab J\u00e9richo \u00bb permet \u00e0 15 hommes de monter sur un bateau de l\u2019arm\u00e9e, avec un laissez-passer pour B\u00f4ne. Il reste alors encore 130 noms sur la liste \u00e9tablie par Maurice Mattouk. 7 familles, soit 21 personnes, partent le 22 septembre, par bateau, cette fois au large de Tunis dans le cadre de l\u2019op\u00e9ration \u00ab Mosh\u00e9 \u00bb. Mais \u00e0 huit jours de l\u2019expiration du d\u00e9lai fix\u00e9 pour le d\u00e9part des Fran\u00e7ais, 109 personnes attendent encore une issue.<\/span><\/p>\n<h5><b>La derni\u00e8re Souccah des Juifs de Bizerte<\/b><\/h5>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">C\u2019est \u00e0 Paris, au prix d\u2019un v\u00e9ritable \u00ab&nbsp;marathon diplomatique&nbsp;\u00bb que l\u2019issue d\u00e9finitive est mise au point. Sous la direction d\u2019Ephra\u00efm Ronel, le chef des r\u00e9seaux en Afrique du Nord, bas\u00e9 \u00e0 Paris, Isra\u00ebl \u00e9tudie dans les moindres d\u00e9tails la possibilit\u00e9 d\u2019affr\u00e9ter un bateau depuis Ha\u00effa pour ramener les \u00e9migrants en Isra\u00ebl, en mouillant un peu \u00e0 l\u2019\u00e9cart de Bizerte, \u00e0 l\u2019insu des autorit\u00e9s tunisiennes.&nbsp;<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Le bateau fait d\u00e9j\u00e0 escale \u00e0 Naples, en attente des consignes quand l\u2019op\u00e9ration est annul\u00e9e apr\u00e8s que les deux experts de la marine isra\u00e9lienne d\u00e9p\u00each\u00e9s sur place l\u2019aient d\u00e9clar\u00e9e impossible. Les risques sont trop grands et le souvenir encore trop douloureux du naufrage du rafiot l\u2019Egoz, qui a coul\u00e9 en janvier de la m\u00eame ann\u00e9e au large du Maroc<span class=\"footnote_referrer\"><a onclick=\"footnote_moveToAnchor_4831_1('footnote_plugin_reference_4831_1_8');\"><sup class=\"footnote_plugin_tooltip_text\" id=\"footnote_plugin_tooltip_4831_1_8\">[8]<\/sup><\/a><\/span><\/span><span style=\"font-weight: 400;\">, incite Isra\u00ebl \u00e0 la prudence. Dans son t\u00e9l\u00e9gramme n\u00b070 du 26 ao\u00fbt 1961, d\u00e9j\u00e0 cit\u00e9, le Consul g\u00e9n\u00e9ral Jeannot relate en d\u00e9tail les termes de cette op\u00e9ration et pr\u00e9cise&nbsp;:&nbsp;\u00ab&nbsp;Consult\u00e9 \u00e0 cet \u00e9gard, l\u2019Amiral (Amman) a consid\u00e9r\u00e9 qu\u2019une telle op\u00e9ration n\u2019\u00e9tait pas irr\u00e9alisable pratiquement, mais que d\u2019une part elle pr\u00e9sentait un caract\u00e8re al\u00e9atoire, suivant les conditions atmosph\u00e9riques, et que d\u2019autre part elle ne pourrait \u00eatre effectu\u00e9e sans autorisation formelle du Minist\u00e8re fran\u00e7ais de la D\u00e9fense Nationale.&nbsp;\u00bb<\/span><\/p>\n<figure aria-describedby=\"caption-attachment-4915\" class=\"wp-caption aligncenter\" id=\"attachment_4915\"><img decoding=\"async\" alt=\"\" class=\"wp-image-4915 size-medium\" height=\"487\" loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/k-larevue.com\/wp-content\/thumbnails\/uploads\/2021\/11\/ben-gurion-and-isser-harel-1969-dan-hadani-archive-pritzker-family-national-photography-collection-national-library-of-israel-photo-credit-uzi-ker-768x487-1-tt-width-768-height-487-fill-0-crop-0-bgcolor-eeeeee-except_gif-1-post_id-0.jpeg\" width=\"768\" \/><figcaption class=\"wp-caption-text\" id=\"caption-attachment-4915\">David Ben-Gurion and Isser Harel, 1969. (Dan Hadani Archive, the Pritzker Family National Photography Collection at the National Library of Israel, Uzi Keren)<\/figcaption><\/figure>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Pour le chef du Mossad, Isser Harel et son bras droit, la seule solution est d\u2019obtenir l\u2019aide du gouvernement fran\u00e7ais pour organiser le sauvetage des derniers Juifs de Bizerte. Ephra\u00efm Ronel s\u2019adresse \u00e0 Uzi Narkiss, attach\u00e9 militaire de l\u2019Ambassade d\u2019Isra\u00ebl en France pour qu\u2019il utilise ses contacts \u00e0 cette fin. Mais sans ordre de sa hi\u00e9rarchie directe, ce dernier refuse de passer \u00e0 l\u2019action. Le chef du Mossad en r\u00e9f\u00e8re alors au Premier ministre, David Ben Gurion, qui tranche la question. Dans son journal de l\u2019ann\u00e9e 1961, Uzi Narkiss d\u00e9taille les d\u00e9marches qu\u2019il a entreprises aupr\u00e8s de ses relations. En voici les principales \u00e9tapes :<\/span><\/p>\n<ul>\n<li aria-level=\"1\" style=\"font-weight: 400;\"><i><span style=\"font-weight: 400;\">21 septembre : aujourd\u2019hui, j\u2019ai rencontr\u00e9 l\u2019Amiral O\u2019Neill, vice-commandant des forces arm\u00e9es. Nous avons examin\u00e9 le probl\u00e8me des Juifs que nous voulons faire sortir de Bizerte, suite \u00e0 la demande de l\u2019Ambassade d\u2019Isra\u00ebl en France, transmise par son Conseiller, Ya\u00ebl Vered. Il m\u2019a dit qu\u2019il fera tout ce qu\u2019il est possible de faire d\u00e8s qu\u2019il en recevra l\u2019ordre du Minist\u00e8re des Affaires \u00c9trang\u00e8res. Or la position du Minist\u00e8re est la suivante : les Juifs titulaires d\u2019un passeport fran\u00e7ais seront \u00e9vacu\u00e9s avec les Fran\u00e7ais s\u2019ils le veulent, mais les Juifs qui n\u2019ont pas de passeport fran\u00e7ais ne seront pas \u00e9vacu\u00e9s.<\/span><\/i><\/li>\n<\/ul>\n<ul>\n<li aria-level=\"1\" style=\"font-weight: 400;\"><i><span style=\"font-weight: 400;\">Il n\u2019y avait donc aucune aide \u00e0 attendre de ce c\u00f4t\u00e9. Dans la nuit du 21 septembre, j\u2019ai rencontr\u00e9 le colonel Maton, chef du cabinet militaire de Michel Debr\u00e9 et un autre ami, le g\u00e9n\u00e9ral Dodelier, chef de l\u2019\u00c9tat-Major militaire du cabinet du g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle.<\/span><\/i><\/li>\n<\/ul>\n<ul>\n<li aria-level=\"1\" style=\"font-weight: 400;\"><i><span style=\"font-weight: 400;\">22 septembre : l\u2019amiral O\u2019Neill m\u2019a fait savoir que malgr\u00e9 la position du Quai d\u2019Orsay, le Premier ministre avait d\u00e9cid\u00e9 de faire sortir les Juifs de Bizerte. L\u2019ordre a \u00e9t\u00e9 transmis \u00e0 l\u2019amiral Amman, responsable de la base de Bizerte, d\u2019\u00e9vacuer tous les Juifs, avec les familles fran\u00e7aises, dans le plus grand secret, \u00e0 l\u2019insu des autorit\u00e9s tunisiennes.<\/span><\/i><\/li>\n<\/ul>\n<ul>\n<li aria-level=\"1\" style=\"font-weight: 400;\"><i><span style=\"font-weight: 400;\">27 septembre : une note de l\u2019\u00c9lys\u00e9e me confirme que les Fran\u00e7ais s\u2019appr\u00eatent \u00e0 faire sortir la communaut\u00e9 juive de Bizerte.<\/span><\/i><\/li>\n<\/ul>\n<ul>\n<li aria-level=\"1\" style=\"font-weight: 400;\"><i><span style=\"font-weight: 400;\">1<\/span><\/i><i><span style=\"font-weight: 400;\">er<\/span><\/i><i><span style=\"font-weight: 400;\"> octobre : j\u2019ai t\u00e9l\u00e9graphi\u00e9 en Isra\u00ebl : \u00ab les 109 Juifs de Bizerte sont arriv\u00e9s ce matin \u00e0 B\u00f4ne \u00e0 9h. Il a plu toute la nuit mais leur moral \u00e9tait tr\u00e8s haut. L\u2019avion lou\u00e9 par l\u2019Agence juive a d\u00e9coll\u00e9 \u00e0 10h30 et est arriv\u00e9 \u00e0 15h \u00e0 Marseille. Les autorit\u00e9s fran\u00e7aises \u00e0 B\u00f4ne les ont accueillis avec chaleur mais \u00e9taient tr\u00e8s \u00e9tonn\u00e9es car elles n\u2019avaient pas \u00e9t\u00e9 inform\u00e9es de l\u2019op\u00e9ration.<\/span><\/i><\/li>\n<\/ul>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">De son c\u00f4t\u00e9, Ya\u00ebl Vered, Conseiller de l\u2019Ambassade d\u2019Isra\u00ebl en France t\u00e9moigne \u00ab que cette n\u00e9gociation avec le gouvernement fran\u00e7ais avait \u00e9t\u00e9 sans aucun doute la plus difficile de toute sa mission en France. Nous \u00e9tions press\u00e9s par le temps. La date du 1<\/span><span style=\"font-weight: 400;\">er<\/span><span style=\"font-weight: 400;\"> octobre approchait, le g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle devait se rendre en Pologne, il n\u2019\u00e9tait pas au courant de l\u2019affaire. Tout s\u2019est jou\u00e9 \u00e0 Kippour lorsque Walter Eytan (Ambassadeur d\u2019Isra\u00ebl en France) a r\u00e9ussi apr\u00e8s maints d\u00e9tours et maintes pressions \u00e0 obtenir une conversation t\u00e9l\u00e9phonique directe avec le g\u00e9n\u00e9ral, qui \u00e9tait en fait le seul \u00e0 pouvoir d\u00e9cider. M\u00eame l\u2019intervention du Premier Ministre Michel Debr\u00e9 \u00e9tait insuffisante. Le jour de Kippour, le g\u00e9n\u00e9ral a donc donn\u00e9 son aval et son accord op\u00e9rationnel.\u00bb<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Le shabbat du 30 septembre 1961, au matin, date d\u2019expiration du d\u00e9lai accord\u00e9 aux Fran\u00e7ais, le mot d\u2019ordre est pass\u00e9 \u00e0 chacun : \u00ab&nbsp;<\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">Pr\u00e9parez vos valises, ce soir nous viendrons vous chercher&nbsp;; prenez le minimum<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">.\u00bb Et \u00e0 la nuit tomb\u00e9e, dans des voitures priv\u00e9es appartenant aux familles juives et qui seront abandonn\u00e9es sur place, les derniers immigrants clandestins se rendent vers la base navale. Ils n\u2019ont ni passeport, ni laissez-passer. Ils montent \u00e0 bord de deux p\u00e9niches de d\u00e9barquement de tanks, sans confort. Des b\u00e2ches ont \u00e9t\u00e9 install\u00e9es pour abriter les fuyards des bourrasques et de la pluie drue qui tombe. Les enfants, effray\u00e9s, pleurent. Les hommes prient sous cet abri de fortune. C\u2019est le premier soir de la f\u00eate de Souccot. Ils ont laiss\u00e9 derri\u00e8re eux leur pays, leur maison, comme dit la chanson.<\/span><\/p>\n<figure aria-describedby=\"caption-attachment-4841\" class=\"wp-caption aligncenter\" id=\"attachment_4841\"><img decoding=\"async\" alt=\"\" class=\"wp-image-4841\" height=\"351\" loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/k-larevue.com\/wp-content\/thumbnails\/uploads\/2021\/10\/capture-decran-2021-10-29-a-14-57-34-tt-width-875-height-585-fill-0-crop-0-bgcolor-eeeeee-except_gif-1-post_id-0.png\" width=\"525\" \/><figcaption class=\"wp-caption-text\" id=\"caption-attachment-4841\">La synagogue de Bizerte, inaugur\u00e9e en 1954 est aujourd\u2019hui une biblioth\u00e8que publique<\/figcaption><\/figure>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Le sauvetage des Juifs de Bizerte, oubli\u00e9 de tous, inaugure le d\u00e9part de la grande communaut\u00e9 juive de Tunisie. Entre le 1<\/span><span style=\"font-weight: 400;\">er<\/span><span style=\"font-weight: 400;\"> ao\u00fbt et le 1<\/span><span style=\"font-weight: 400;\">er<\/span><span style=\"font-weight: 400;\"> octobre 1961, 4 200 d\u2019entre eux obtiennent des visas de court s\u00e9jour pour quitter la capitale tunisienne en toute h\u00e2te afin de se r\u00e9fugier en France. Dans le m\u00eame temps, 500 autres obtiennent des visas similaires pour Isra\u00ebl.&nbsp;<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Fuir Bizerte, quitter la Tunisie\u2026 Il reste un petit millier de Juifs aujourd\u2019hui dans le pays, principalement \u00e0 Djerba et \u00e0 Tunis, d\u00e9termin\u00e9s \u00e0 rester co\u00fbte que co\u00fbte\u2026 L\u2019histoire si riche de la vie&nbsp; juive en Tunisie ne saurait se laisser r\u00e9duire \u00e0 quelques chiffres et bat toujours dans le c\u0153ur de sa diaspora.<\/span><\/p>\n<hr \/>\n<h5>Agn\u00e8s Bensimon<\/h5>\n<div class=\"focus\">\n<p>Agn\u00e8s Bensimon a \u00e9t\u00e9 journaliste en France et en Isra\u00ebl. Apr\u00e8s avoir dirig\u00e9 l\u2019Institut de la M\u00e9moire Audiovisuelle Juive (IMAJ) \u00e0 Bruxelles, elle a \u00e9t\u00e9 en charge du service culturel de l\u2019Ambassade d\u2019Isra\u00ebl en Belgique. Elle a r\u00e9alis\u00e9 en 2008 un film documentaire sur le cirque juif, \u00ab&nbsp;Sous le chapiteau des Pauwels&nbsp;\u00bb, produit par les fr\u00e8res Dardenne, diffus\u00e9 sur ARTE et la RTBF.&nbsp; Elle est \u00e9galement l\u2019auteure d\u2019un essai sur l\u2019\u00e9migration clandestine des Juifs du Maroc : \u00ab&nbsp;Hassan II et les Juifs, histoire d\u2019une \u00e9migration secr\u00e8te&nbsp;\u00bb (Le Seuil, 1991, traduit en h\u00e9breu aux \u00e9ditions Yediot Aharonot,1993).<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"speaker-mute footnotes_reference_container\">\n<div class=\"footnote_container_prepare\">\n<h2><span class=\"footnote_reference_container_label\">Notes<\/span><\/h2>\n<\/div>\n<div id=\"footnote_references_container_4831_1\" style=\"\">\n<table class=\"footnotes_table footnote-reference-container\">\n<tbody>\n<tr class=\"footnotes_plugin_reference_row\">\n<td class=\"footnote_plugin_index_combi pointer\" onclick=\"footnote_moveToAnchor_4831_1('footnote_plugin_tooltip_4831_1_1');\"><a class=\"footnote_backlink\" id=\"footnote_plugin_reference_4831_1_1\"><span class=\"footnote_index_arrow\"> <\/span>1<\/a><\/td>\n<td class=\"footnote_plugin_text\">Le village est d\u00e9truit aux trois quarts, une \u00e9cole ras\u00e9e, on d\u00e9plore 74 morts et 102 bless\u00e9s.<\/td>\n<\/tr>\n<tr class=\"footnotes_plugin_reference_row\">\n<td class=\"footnote_plugin_index_combi pointer\" onclick=\"footnote_moveToAnchor_4831_1('footnote_plugin_tooltip_4831_1_2');\"><a class=\"footnote_backlink\" id=\"footnote_plugin_reference_4831_1_2\"><span class=\"footnote_index_arrow\"> <\/span>2<\/a><\/td>\n<td class=\"footnote_plugin_text\"><span>Voil\u00e0 ce que propose le Pr\u00e9sident Bourguiba le 17 f\u00e9vrier 1959 : \u00ab <\/span>Pour l\u2019abandon de Bizerte, la seule contrepartie serait la paix et un r\u00e8glement n\u00e9goci\u00e9 du probl\u00e8me alg\u00e9rien [\u2026] Nous sommes pr\u00eats \u00e0 faire ce sacrifice, si nous pouvons, avec Bizerte, gr\u00e2ce \u00e0 Bizerte, aider nos fr\u00e8res alg\u00e9riens, et par la m\u00eame la France, \u00e0 mettre fin au conflit [\u2026] J\u2019estime qu\u2019on peut accepter une base fran\u00e7aise si cette occasion peut h\u00e2ter la paix, faciliter la concorde, et ouvrir des possibilit\u00e9s \u00e9conomiques et politiques qui repr\u00e9senteraient pour la France en Afrique du Nord une paix solide\u2026 \u00bb (in Archives ANOM, Bob. A84, carton 26H25 (2), d 3, f 185, conf\u00e9rence de presse de Bourguiba du 17 f\u00e9vrier 1959) <a href=\"https:\/\/www.cairn.info\/revue-confluences-mediterranee-2008-4-page-129.htm#no56\"><span class=\"footnote_url_wrap\">https:\/\/www.cairn.info\/revue-confluences-mediterranee-2008-4-page-129.htm#no56<\/span><\/a><\/td>\n<\/tr>\n<tr class=\"footnotes_plugin_reference_row\">\n<td class=\"footnote_plugin_index_combi pointer\" onclick=\"footnote_moveToAnchor_4831_1('footnote_plugin_tooltip_4831_1_3');\"><a class=\"footnote_backlink\" id=\"footnote_plugin_reference_4831_1_3\"><span class=\"footnote_index_arrow\"> <\/span>3<\/a><\/td>\n<td class=\"footnote_plugin_text\">Dans <em>La guerre de Bizerte : le choc de deux Strat\u00e9gies<\/em> de Noureddine DOUGUI, on peut lire : \u00ab&nbsp;[\u2026] au moment o\u00f9 les avions mitraillent les concentrations de troupe, ordre est donn\u00e9 \u00e0 des foules nombreuses compos\u00e9es d\u2019adolescents, de femmes, d\u2019enfants et de cadres du parti de marcher sur les installations fran\u00e7aises de Bizerte et de Menzel Bourguiba. Mais la tactique des boucliers humains \u00e9choue lamentablement. La riposte fran\u00e7aise ne fera pas de distinction entre civils et militaires.&nbsp;\u00bb Voir aussi un t\u00e9l\u00e9gramme du ministre de la D\u00e9fense \u00e0 l\u2019Amiral Amman : \u00ab Le proc\u00e9d\u00e9 des Tunisiens qui consiste \u00e0 m\u00ealer syst\u00e9matiquement des femmes et des enfants aux \u00e9l\u00e9ments combattants pose un probl\u00e8me. Chaque fois que la chose sera possible, vous tenterez de la r\u00e9soudre en exigeant le retrait des non-combattants, par des mises en demeure adress\u00e9es aux autorit\u00e9s civiles et aux chefs militaires. Mais quel que soit le r\u00e9sultat de ces d\u00e9marches, c\u2019est en derni\u00e8re analyse, l\u2019ex\u00e9cution de votre mission qui prime sur toute autre consid\u00e9ration \u00bb<\/td>\n<\/tr>\n<tr class=\"footnotes_plugin_reference_row\">\n<td class=\"footnote_plugin_index_combi pointer\" onclick=\"footnote_moveToAnchor_4831_1('footnote_plugin_tooltip_4831_1_4');\"><a class=\"footnote_backlink\" id=\"footnote_plugin_reference_4831_1_4\"><span class=\"footnote_index_arrow\"> <\/span>4<\/a><\/td>\n<td class=\"footnote_plugin_text\">Mohamed Lazhar Gharbi. <em>Les Cahiers de Tunisie \u2013 Vol LXI<\/em>, n\u00b0 189-190. 2004 La crise de Bizerte. Perspective Monde. Universit\u00e9 de Sherbrooke. F\u00e9vrier 2011<\/td>\n<\/tr>\n<tr class=\"footnotes_plugin_reference_row\">\n<td class=\"footnote_plugin_index_combi pointer\" onclick=\"footnote_moveToAnchor_4831_1('footnote_plugin_tooltip_4831_1_5');\"><a class=\"footnote_backlink\" id=\"footnote_plugin_reference_4831_1_5\"><span class=\"footnote_index_arrow\"> <\/span>5<\/a><\/td>\n<td class=\"footnote_plugin_text\">Sur le site Harissa.com en date du 18\/08\/2015, <a href=\"https:\/\/harissa.com\/news\/article\/mon-ami-henri-bellicha-par-armand-meyer-bokobza\">Armand Meyer Bokobza \u00e9voque la m\u00e9moire de son ami Henri Bellicha<\/a>. Tous deux \u00e9taient membres du mouvement de jeunesse Hashomer Hatzair \u00e0 Tunis et avaient particip\u00e9 au mahane (camp) organis\u00e9 dans la for\u00eat de Bizerte en ce mois de juillet 1961. \u201cCe s\u00e9jour avait failli se terminer tragiquement pour plusieurs d\u2019entre nous car nous avions \u00e9t\u00e9 pris dans les combats violents entre les forces tunisiennes et l\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise\u201d<\/td>\n<\/tr>\n<tr class=\"footnotes_plugin_reference_row\">\n<td class=\"footnote_plugin_index_combi pointer\" onclick=\"footnote_moveToAnchor_4831_1('footnote_plugin_tooltip_4831_1_6');\"><a class=\"footnote_backlink\" id=\"footnote_plugin_reference_4831_1_6\"><span class=\"footnote_index_arrow\"> <\/span>6<\/a><\/td>\n<td class=\"footnote_plugin_text\">Dans la revue tunisienne Leaders, en juillet 2014, le G\u00e9n\u00e9ral Sa\u00efd Elkateb revient sur les \u00e9v\u00e9nements de Bizerte et rend hommage au commandant du R\u00e9giment d\u2019Artillerie Bijaoui, tomb\u00e9 au combat le 21 juillet. Il s\u2019interroge : \u201cPourquoi a-t-on tenu co\u00fbte que co\u00fbte \u00e0 envoyer \u00e0 la casse ce r\u00e9giment dans la ville m\u00eame de Bizerte ? Rien ne peut justifier cette d\u00e9cision irr\u00e9fl\u00e9chie, absurde (\u2026). De ce sacrifice inutile, il fallait d\u00e9signer un coupable : le Juif Octave Haccoun en fit office, suivant l\u2019antique tradition du bouc \u00e9missaire.<\/td>\n<\/tr>\n<tr class=\"footnotes_plugin_reference_row\">\n<td class=\"footnote_plugin_index_combi pointer\" onclick=\"footnote_moveToAnchor_4831_1('footnote_plugin_tooltip_4831_1_7');\"><a class=\"footnote_backlink\" id=\"footnote_plugin_reference_4831_1_7\"><span class=\"footnote_index_arrow\"> <\/span>7<\/a><\/td>\n<td class=\"footnote_plugin_text\">Annaba, \u00ab Bouna \u00bb, anciennement B\u00f4ne lors de la colonisation fran\u00e7aise est la quatri\u00e8me ville d\u2019Alg\u00e9rie en nombre d\u2019habitants<\/td>\n<\/tr>\n<tr class=\"footnotes_plugin_reference_row\">\n<td class=\"footnote_plugin_index_combi pointer\" onclick=\"footnote_moveToAnchor_4831_1('footnote_plugin_tooltip_4831_1_8');\"><a class=\"footnote_backlink\" id=\"footnote_plugin_reference_4831_1_8\"><span class=\"footnote_index_arrow\"> <\/span>8<\/a><\/td>\n<td class=\"footnote_plugin_text\">Dans la nuit du 11 janvier 1961, 42 personnes ont p\u00e9ri dans l\u2019ultime travers\u00e9e de l\u2019Egoz entre Al Hoceima, au Nord du Maroc, et Gibraltar. Il s\u2019agissait de Juifs marocains quittant clandestinement le pays sous la responsabilit\u00e9 de la misgeret en place au Maroc. Voir \u201cHassan II et les Juifs, histoire d\u2019une \u00e9migration secr\u00e8te\u201d, A. Bensimon. Le Seuil. 1991.<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Fuir Bizerte, quitter la Tunisie Agn\u00e8s Bensimon Le d\u00e9part des Juifs de Tunisie, g\u00e9n\u00e9ralement associ\u00e9 aux cons\u00e9quences de la guerre des Six Jours, prend en fait racine dans un conflit tuniso-fran\u00e7ais, celui de la crise de Bizerte, en 1961. 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