{"id":7159,"date":"2014-07-14T00:39:30","date_gmt":"2014-07-14T00:39:30","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=7159"},"modified":"2014-07-13T16:15:08","modified_gmt":"2014-07-13T16:15:08","slug":"vices-et-caprices-ramadanesques-dun-tunisien-de-base","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/vices-et-caprices-ramadanesques-dun-tunisien-de-base\/","title":{"rendered":"Vices et caprices ramadanesques d&rsquo;un Tunisien de base"},"content":{"rendered":"<p>\n\tVices et caprices ramadanesques d&#39;un Tunisien de base<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tJ&#39;aime le mois de Ramadan. Je ne je&ucirc;ne pas, je ne prie pas mais j&#39;aime le mois de Ramadan. Je suis un incurable bigot dont la d&eacute;votion pour les plaisirs interdits est incommensurable.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tPar&nbsp;Karim Ben Slimane*<\/p>\n<p>\n\tLes plaisirs du Ramadan commencent la veille ou l&#39;avant-veille de son commencement quand le mufti de la r&eacute;publique fait son apparition &agrave; la t&eacute;l&eacute;.<\/p>\n<p>\n\tMoment de suspense intense avec &agrave; la clef la sempiternelle question: le lendemain sera-t-il le premier jour du je&ucirc;ne ou aurons-nous encore un sursis pour pouvoir vider quelques Celtia. Quand nous nous attablons chez Bouraoui au bar Awoussou, nous &eacute;coutons le mufti dans un silence religieux. L&#39;annonce nous ne laisse jamais indiff&eacute;rents. Si le lendemain est jour de ramadan nous r&eacute;glons et nous nous allons s&eacute;ance tenante. Si sursis il y a, les cris de joie font d&eacute;coller la peinture &eacute;caill&eacute;e des vieux murs du bar Awoussou et Bouraoui paye la tourn&eacute;e du patron.<\/p>\n<p>\n\t<strong>Le mois de la paresse et du farniente<\/strong><\/p>\n<p>\n\tJ&#39;aime le ramadan par ce que c&#39;est aussi le mois de la paresse. Je rentre plut&ocirc;t du travail et je m&#39;adonne insatiablement au plaisir de la sieste. Le bureau tourne au ralenti. Les teints sont blafards et les regards cadav&eacute;riques. Il ne faut surtout rien demander &agrave; personne sinon c&#39;est la crise de nerf. Le manque de sommeil, de nicotine, la soif et la faim transforment mes coll&egrave;gues en bombe &agrave; retardement qu&#39;il ne faut surtout pas titiller.<\/p>\n<p>\n\tPour ma part, je retrouve mes bonnes habitudes ramadanesques. Vers 10 heures, je prends la direction du caf&eacute; de la gare que tient Sid Ahmed, un petit homme trapu, &agrave; la voix rauque et la face joufflue par&eacute;e d&#39;une large moustache poivre et sel aux extr&eacute;mit&eacute;s effil&eacute;es. Sid Ahmed aime tant le mois de ramadan, &agrave; vrai dire c&#39;est le mois o&ugrave; il fait le plus gros de son chiffre d&#39;affaire. Discr&eacute;tion oblige, les vitres du caf&eacute; sont couvertes de papier journal et l&#39;entr&eacute;e est cach&eacute;e par un vieux rideau &agrave; grosses rayures bleues et blanches. A peine la porte franchie qu&#39;on se retrouve happ&eacute; par &eacute;pais nuage de fum&eacute;e et plong&eacute; dans un brouhaha assourdissant. Pas de place pour s&#39;assoir m&ecirc;me pas une place au comptoir &agrave; peine de quoi tenir debout. J&#39;arrache un sandwich des mains de Gambi, le serveur du caf&eacute; toujours d&eacute;sagr&eacute;able et rosse, et je lui commande pour la 35e fois un capucin au Nestl&eacute;.<\/p>\n<p>\n\t<strong>Rencontres au caf&eacute; de la gare<\/strong><\/p>\n<p>\n\tPendant le mois de ramadan au caf&eacute; de la gare on fait souvent de dr&ocirc;les de rencontres. Des gens qu&#39;on ne soup&ccedil;onnerait jamais de fr&eacute;quenter une telle latrine pendant le mois saint. Quand nos yeux se croisent, une phrase dont le ton h&eacute;sitant trahit la sinc&eacute;rit&eacute; revient toujours,&nbsp;&laquo;Tu sais, je suis diab&eacute;tique, je ne peux pas je&ucirc;ner, tu comprends&raquo;! Avis aux autorit&eacute;s sanitaires : ne faites jamais de sondage sur le diab&egrave;te pendant le mois de Ramadan, il n&#39;y a que des mythomanes.<\/p>\n<p>\n\tJe ne tra&icirc;ne jamais trop longtemps au bureau car, en parfait bigot, je revendique les m&ecirc;mes droits que tous les autres et plus fondamentalement celui de quitter le travail avant l&#39;heure.<\/p>\n<p>\n\tVers le coup de midi, je suis d&eacute;j&agrave; au c&oelig;ur de la m&eacute;dina au milieu des vendeurs de malsouka, de pain&laquo;mbasses&raquo;&nbsp;et de persil. &Ccedil;a crie de partout, &ccedil;a pousse et &ccedil;a se bagarre pour une broutille. La m&eacute;dina renait pendant le mois de ramadan et retrouve toutes ses couleurs. Sur la place de la Rahba, on peut acheter des dattes et des l&eacute;gumes confits, sous les voutes du Essbat du nougat, et plus loin vers l&#39;esplanade de la grande mosqu&eacute;e, de la Zl&eacute;bia.<\/p>\n<p>\n\tComme tous les Tunisiens, je me remplis les yeux avant de remplir ma panse et comme tous les Tunisiens, je rentre fi&egrave;rement avec mon couffin plein &agrave; craquer.<\/p>\n<p>\n\t<strong>Zleikha pr&eacute;pare &agrave; manger<\/strong><\/p>\n<p>\n\tQuand je rentre ma femme Zleikha est d&eacute;j&agrave; l&agrave;, elle aussi quitte le travail plut&ocirc;t que d&#39;habitude. Chaque jour, elle passe une heure au t&eacute;l&eacute;phone avec sa m&egrave;re pour une consultation culinaire &agrave; la recherche d&#39;id&eacute;es car comme toutes les femmes tunisiennes ma douce Zleikha ne sait jamais ce qu&#39;elle va pouvoir cuisiner et cela la stresse beaucoup. A peine je tourne la clef dans la porte que j&#39;entends d&eacute;j&agrave; tonner Zleikha qui piaffait d&eacute;j&agrave; d&#39;impatience pour commencer &agrave; pr&eacute;parer le festin de la rupture du jeune.<\/p>\n<p>\n\tA chaque fois je me fais remonter les bretelles car j&#39;ai oubli&eacute; d&#39;acheter quelque chose ou que Zleikha trouve que la qualit&eacute; des feuilles de malsouka n&#39;est pas bonne. Pourtant je jure par tous les saints que je les ai achet&eacute;es chez la m&ecirc;me vendeuse que d&#39;habitude Oummouk Zineb qui tient son &eacute;tal dans le vestibule des halles de Bab Jedid. Rien &agrave; faire, parlementer avec Zleikha pendant le mois du Ramadan est une entreprise fortement risqu&eacute;e.<\/p>\n<p>\n\tDe toute fa&ccedil;on apr&egrave;s ma dure journ&eacute;e de fl&acirc;nerie, l&#39;envie de sieste devient irr&eacute;pressible. Je me r&eacute;veille cinq minutes avant la rupture du je&ucirc;ne. Comme &agrave; l&#39;accoutum&eacute;e Zleikha se surpasse et r&eacute;gale mes papilles avec des mets succulents et vari&eacute;s. Repu je m&#39;avachis dans mon canap&eacute; l&#39;esprit vide et imperturbable. Je pense d&eacute;j&agrave; &agrave; la partie de rami et au jus de fraises aux amandes. En y r&eacute;fl&eacute;chissant un peu la Tunisie doit d&eacute;tenir le record des boissons auxquelles on rajoute des amendes: th&eacute;, citronnade, jus tout y passe.<\/p>\n<p>\n\tChicha pomme ou raisin pour ce soir? Je n&#39;ai pas encore choisi, chaque chose en son temps je finis le bol de &laquo;bouza&raquo; d&#39;abord. J&#39;aime tant le mois de ramadan.<\/p>\n<p>\n\t*Spectateur Rigolard de la vie politique tunisienne..<\/p>\n<p>\n\tKapitalis.com<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Vices et caprices ramadanesques d&#39;un Tunisien de base &nbsp; &nbsp; J&#39;aime le mois de Ramadan. Je ne je&ucirc;ne pas, je ne prie pas mais j&#39;aime le mois de Ramadan. 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