{"id":7211,"date":"2015-10-29T00:04:26","date_gmt":"2015-10-29T00:04:26","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=7211"},"modified":"2015-10-29T00:18:03","modified_gmt":"2015-10-29T00:18:03","slug":"les-mysteres-de-barbara-par-alain-chouffan","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/les-mysteres-de-barbara-par-alain-chouffan\/","title":{"rendered":"Les myst\u00e8res de Barbara Par Alain Chouffan"},"content":{"rendered":"<p>\n\tLes myst&egrave;res de Barbara Par Alain Chouffan<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tLa dame en noir symbolisait avec Brassens, Brel, Piaf et Ferr&eacute;,<\/p>\n<p>\n\ttoute une g&eacute;n&eacute;ration issue du cabaret.<\/p>\n<p>\n\tMarqu&eacute;e par une enfance difficile,<\/p>\n<p>\n\tinqui&eacute;t&eacute;e par les rafles et l&rsquo;antis&eacute;mitisme,<\/p>\n<p>\n\tBarbara portera toute sa vie ces blessures.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tJuive, Barbara ? Quelle question ! Doublement juive, oui ! Par sa naissance &agrave; Paris, le 9 juin 1930, d&rsquo;un p&egrave;re alsacien, et d&rsquo;une m&egrave;re originaire de Moldavie, tous deux juifs. Par ses obs&egrave;ques au carr&eacute; juif du cimeti&egrave;re de Bagneux o&ugrave; elle a &eacute;t&eacute; enterr&eacute;e dans le caveau familial au c&ocirc;t&eacute; de sa m&egrave;re, le 27 novembre 1997. Alors, la question ? C&rsquo;est qu&rsquo;entre ces deux dates, 67 ans, Barbara n&rsquo;a jamais revendiqu&eacute; cette identit&eacute; juive ashk&eacute;naze !<\/p>\n<p>\n\tNi manifest&eacute; la moindre croyance. Sur son juda&iuml;sme, elle est toujours rest&eacute;e myst&eacute;rieuse. Elle n&rsquo;a pas voulu &ecirc;tre assimil&eacute;e &agrave; la communaut&eacute; juive, ni surtout &ecirc;tre r&eacute;duite &agrave; une identit&eacute; quelle qu&rsquo;elle soit.<\/p>\n<p>\n\tAinsi, elle refuse de se faire photographier aupr&egrave;s de chandeliers juifs et, r&eacute;guli&egrave;rement, d&eacute;cline les invitations destin&eacute;es &agrave; soutenir des personnalit&eacute;s politiques isra&eacute;liennes. Elle veillait &agrave; ce que son auditoire soit le plus large possible. Barbara consid&eacute;rait que sa foi juive &eacute;tait une affaire personnelle et qu&rsquo;elle devait &ecirc;tre pratiqu&eacute;e en priv&eacute;. M&ecirc;me en tourn&eacute;e, &agrave; l&rsquo;autre bout du monde, elle y pensait. &laquo; Elle trouvera toujours le temps de se recueillir &agrave; l&rsquo;occasion des f&ecirc;tes juives, &eacute;crit Alain Wodrascka (1). Comme le Rosh Hashana, le nouvel an. Et surtout, le Yom Kippour, l&rsquo;une des plus grandes solennit&eacute;s de la religion et jour du Grand Pardon &raquo;.<\/p>\n<p>\n\tC&rsquo;est Esther, sa m&egrave;re, qui lui a inculqu&eacute; de toujours taire son origine juive. &Agrave; 9 ans d&eacute;j&agrave;, elle va apprendre l&rsquo;art du silence. Bien n&eacute;cessaire pour cette petite juive et pauvre pendant la guerre, cette hors-la-loi en vagabondage perp&eacute;tuel. Barbara, qui &eacute;tait encore Monique Serf, doit quitter la capitale en 1940, &agrave; 10 ans, lorsque l&rsquo;Allemagne envahit la France. La famille se r&eacute;fugie en zone sud non occup&eacute;e. Lorsque les nazis y p&eacute;n&egrave;trent, deux ans plus tard, les Serf se cachent jusqu&rsquo;&agrave; la fin de la guerre pour &eacute;chapper aux rafles contre les juifs. Toujours en fuite, d&rsquo;h&ocirc;tels en meubl&eacute;s, dans les pas de son p&egrave;re, repr&eacute;sentant en fourrures, elle sillonne la France, de Marseille &agrave; Paris en passant par Roanne, Tarbes, Saint-Marcellin, pr&egrave;s de Grenoble, Le V&eacute;sinet. Elle changera vingt-deux fois de logement pendant l&rsquo;occupation allemande.<\/p>\n<p>\n\tDans l&rsquo;insouciance de son jeune &acirc;ge, Monique ne sait pas ce que signifie le mot &laquo; juif &raquo;. &laquo; Petite, avait-elle un jour confi&eacute; &agrave; son ami J&eacute;r&ocirc;me Garcin, je pensais qu&rsquo;&ecirc;tre juive, cela ne voulait pas dire qu&rsquo;on appartenait &agrave; une religion ni &agrave; un peuple, et que, pour &eacute;chapper &agrave; la pers&eacute;cution, il fallait se taire, se cacher, vivre &agrave; la sauvette. &raquo; En 1987, elle pr&eacute;cisera sa pens&eacute;e (2) : &laquo; &Ecirc;tre juive, au d&eacute;part, pour moi, &ccedil;a voulait dire rejet&eacute;e : &lsquo;Quand t&rsquo;arriveras &agrave; l&rsquo;&eacute;cole, dis pas que t&rsquo;es juive parce que sinon, on s&rsquo;enfuit.&rsquo; Pendant longtemps, &ccedil;a voulait dire fuite, peur, mais aussi formidable, voyages, ah, on s&rsquo;en va, allez vite, tous dans le fond, la voiture jaune est arriv&eacute;e&hellip; &ccedil;a voulait dire des choses comme &ccedil;a, clandestines, secr&egrave;tes, qui ont pu ainsi d&eacute;velopper ce qu&rsquo;on dit &ecirc;tre secret chez moi. Ne pas ouvrir la porte, vous savez. Parce que quelquefois quand on frappe, moi j&rsquo;ai encore &ccedil;a, je me cache dans l&rsquo;escalier ! &raquo;.<\/p>\n<h2 style=\"letter-spacing: normal;\">\n\t&nbsp;Transformer un traumatisme en d&eacute;fi<\/h2>\n<p>\n\tUne vie d&rsquo;errance. Une vie cach&eacute;e. Par quel myst&egrave;re Barbara est-elle parvenue &agrave; m&eacute;tamorphoser sa vie d&rsquo;enfer en force ? Comment a-t-elle r&eacute;appris &agrave; vivre apr&egrave;s une telle &eacute;preuve ? Il a bien fallu que Barbara mette en place des m&eacute;canismes de d&eacute;fense ! &laquo; Pour y arriver, sa souffrance doit rester muette, explique le psychanalyste Boris Cyrulnik, inventeur du mot &laquo; r&eacute;silience &raquo;, une attitude qui consiste &agrave; rebondir, &agrave; transformer un traumatisme en d&eacute;fi. Elle devait se taire pour ne pas mourir et renforcer la part de personnalit&eacute; que l&rsquo;entourage accepte, sa ga&icirc;t&eacute;, sa cr&eacute;ativit&eacute;, son grain de folie, son aptitude &agrave; provoquer l&rsquo;amour. Apr&egrave;s la guerre, les enfants vivaient dans un milieu non-juif. Ils ne comprenaient pas pourquoi ils avaient &eacute;t&eacute; oblig&eacute;s de se cacher parce qu&rsquo;ils &eacute;taient juifs. &raquo; Barbara confirmera cette analyse : &laquo; J&rsquo;ai d&ucirc; me taire pour survivre. Parce que je suis d&eacute;j&agrave; morte, il y a longtemps. J&rsquo;ai perdu la vie d&rsquo;autrefois mais je m&rsquo;en suis sortie puisque je chante. &raquo; (3) De son c&ocirc;t&eacute;, Nathalie Zajde, ma&icirc;tre de conf&eacute;rence en psychologie &agrave; Paris VII, analyse (voir encadr&eacute;) la fa&ccedil;on dont les enfants qui ont &eacute;t&eacute; cach&eacute;s pendant la guerre cherchent &agrave; retrouver leur l&eacute;gitimit&eacute;.<\/p>\n<p>\n\tMyst&eacute;rieuse encore, Barbara prendra cette brusque et incompr&eacute;hensible d&eacute;cision d&rsquo;aller chanter &agrave; G&ouml;ttingen, en Allemagne, en juillet 1964. Comment, elle, l&rsquo;enfant juive qui dut se cacher pour &eacute;chapper aux rafles pendant l&rsquo;occupation allemande, a-t-elle pu se rendre dans cette petite ville universitaire de Basse-Saxe ? Certes, c&rsquo;&eacute;tait vingt ans apr&egrave;s la guerre, un an apr&egrave;s la signature du trait&eacute; qui scella l&rsquo;amiti&eacute; entre la France et l&rsquo;Allemagne. Mais quand m&ecirc;me, &agrave; cette &eacute;poque, les ressentiments envers l&rsquo;Allemagne n&rsquo;avaient pas disparu, les Allemands &eacute;taient encore des &laquo; Boches &raquo;. En fait, Barbara n&rsquo;avait rien oubli&eacute; de ce pass&eacute; douloureux.<\/p>\n<h2 style=\"letter-spacing: normal;\">\n\t&laquo; Barbara consid&eacute;rait que sa foi juive&nbsp;&eacute;tait une affaire personnelle&nbsp;et qu&rsquo;elle devait &ecirc;tre pratiqu&eacute;e en priv&eacute;. &raquo;<\/h2>\n<p>\n\tLa preuve ? Elle a d&ucirc; se forcer pour y aller. &laquo; Je pars seule et d&eacute;j&agrave; en col&egrave;re d&rsquo;avoir accept&eacute; d&rsquo;aller chanter en Allemagne &raquo;, &eacute;crit-elle dans ses M&eacute;moires. Alors, pourquoi ce voyage ? Il a une histoire incroyable. Juillet 1964, pour Barbara, est une ann&eacute;e charni&egrave;re. L&rsquo;ann&eacute;e des grandes d&eacute;cisions. Elle sent qu&rsquo;elle doit quitter L&rsquo;&Eacute;cluse &ndash; cabaret mythique de la rive gauche &ndash; o&ugrave; elle a essor&eacute;, pendant cinq ans, les r&eacute;pertoires de Brel, Brassens et Ferr&eacute; &ndash; pour aller prendre son envol &agrave; Bobino avec ses propres compositions, en 1965. Mais voil&agrave;, un soir, un admirateur allemand, fou d&rsquo;elle, la supplie de se produire dans son th&eacute;&acirc;tre, &agrave; G&ouml;ttingen, sa ville natale. Barbara accepte &agrave; la condition essentielle qu&rsquo;il y ait un piano &agrave; queue noir. March&eacute; conclu. Une foule en d&eacute;lire lui fait une ovation. Pour remercier ce public, elle va &eacute;crire d&rsquo;un trait &laquo; G&ouml;ttingen &raquo;, qu&rsquo;elle chantera le dernier soir, une chanson qui &eacute;voque les deuils qui unissent les deux pays. &laquo; Oh, faites que jamais ne revienne \/ le temps du sang et de la haine \/ car il y a des gens que j&rsquo;aime \/ &agrave; G&ouml;ttingen, &agrave; G&ouml;ttingen \/ et lorsque sonne l&rsquo;alarme \/ s&rsquo;il fallait reprendre les armes \/ mon c&oelig;ur verserait une larme \/ pour G&ouml;ttingen \/ pour G&ouml;ttingen &raquo;. Ce n&rsquo;est plus seulement le public mais toute la ville qui en est boulevers&eacute;e. Plus tard, Gerhard Schr&ouml;der trouvera dans&nbsp;&laquo;&nbsp;G&ouml;ttingen &raquo; un hymne &agrave; la r&eacute;conciliation et Helmut Kohl entonnera les derni&egrave;res strophes de la chanson, lors de la comm&eacute;moration, en 2003, du trait&eacute; d&rsquo;amiti&eacute; franco-allemand de 1963. Et aujourd&rsquo;hui, Wolfgang Meyer, maire de G&ouml;ttingen, affirme que Barbara est toujours l&rsquo;ambassadrice de la ville. &laquo; Chaque ann&eacute;e, ajoute-t-il, pour l&rsquo;anniversaire de sa mort, nous fleurissons sa tombe &agrave; Bagneux avec un bouquet de roses rouges. &raquo;<\/p>\n<h2 style=\"letter-spacing: normal;\">\n\t&laquo; Gerhard Schr&ouml;der trouvera dans son G&ouml;ttingen<\/h2>\n<h2 style=\"letter-spacing: normal;\">\n\tun hymne &agrave; la r&eacute;conciliation. &raquo;<\/h2>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t<a href=\"http:\/\/www.tribunejuive.info\/wp-content\/uploads\/2013\/07\/barbara2.jpg\"><img decoding=\"async\" alt=\"barbara2\" src=\"http:\/\/www.tribunejuive.info\/wp-content\/uploads\/2013\/07\/barbara2.jpg\" \/><\/a><\/p>\n<h2 style=\"letter-spacing: normal;\">\n\t&nbsp;Rendez-vous manqu&eacute;<\/h2>\n<p>\n\tSur son enfance, Barbara s&rsquo;est aussi envelopp&eacute;e d&rsquo;un grand silence. Avec ses proches, comme avec les journalistes, elle a presque toujours ferm&eacute; la porte des confidences. Autant elle avait le don de transformer en chansons toutes les &eacute;tapes de sa vie, son pass&eacute;, ses morts, ses prot&eacute;g&eacute;s, ses amours, autant elle restait totalement herm&eacute;tique sur son adolescence. Pourquoi ? Myst&egrave;re. Il faudra attendre la parution de ses M&eacute;moires, qui en r&eacute;v&eacute;lera la cause : l&rsquo;inceste et l&rsquo;abandon de son p&egrave;re. Un choc pour son public. &laquo; Un drame qui explique une partie de son &oelig;uvre &raquo;, analyse Val&eacute;rie Lehoux dans sa remarquable biographie (4). Barbara &eacute;voquera cette blessure dans sa c&eacute;l&egrave;bre chanson &laquo; L&rsquo;Aigle noir &raquo; sous la forme d&rsquo;une &eacute;nigme incroyable : l&rsquo;histoire d&rsquo;une fille et d&rsquo;un oiseau repr&eacute;sent&eacute; par un aigle ! Personne n&rsquo;y a rien compris. On &eacute;tait &agrave; dix mille lieues d&rsquo;imaginer qu&rsquo;il s&rsquo;agissait de son p&egrave;re. Et encore plus d&rsquo;inceste. &laquo; Une chanson de Barbara a priori tr&egrave;s anodine peut ouvrir des portes sur des horizons insoup&ccedil;onn&eacute;s &raquo;, confirme Val&eacute;rie Lehoux. Il faut &eacute;couter cette chanson, truff&eacute;e de m&eacute;taphores et totalement d&eacute;routante. Son d&eacute;but &ndash; &laquo; Un beau jour, ou peut-&ecirc;tre une nuit \/ pr&egrave;s d&rsquo;un lac je m&rsquo;&eacute;tais endormie \/ quand soudain, semblant crever le ciel \/ et venant de nulle part \/ surgit un aigle noir &raquo; &ndash; et la suite : &laquo; Lentement, les ailes d&eacute;ploy&eacute;es \/ lentement, je le vis tournoyer \/ pr&egrave;s de moi, dans un bruissement d&rsquo;ailes \/ comme tomb&eacute; du ciel \/ l&rsquo;oiseau vint se poser \/ il avait les yeux couleur rubis \/ et des plumes couleur de la nuit \/ &agrave; son front brillant de mille feux \/ l&rsquo;oiseau roi couronn&eacute; \/ portait un diamant bleu \/ de son bec il a touch&eacute; ma joue \/ dans ma main il a gliss&eacute; son cou \/ c&rsquo;est alors que je l&rsquo;ai reconnu \/ surgissant du pass&eacute; \/ il m&rsquo;&eacute;tait revenu. &raquo; Des mots &eacute;nigmatiques, des all&eacute;gories insaisissables, alors que d&rsquo;ordinaire, elle excellait dans l&rsquo;expression de l&rsquo;intime. Et puis, coup de th&eacute;&acirc;tre, sur Europe 1, le 8 juillet 1970, Barbara interpr&egrave;te en direct son &laquo; Aigle noir &raquo;. Et l&agrave;, fait incroyable, elle termine la chanson sur des mots in&eacute;dits : &laquo; J&rsquo;avais froid \/ il ne me restait rien \/ au matin, je me suis &eacute;veill&eacute;e \/ l&rsquo;oiseau m&rsquo;avait laiss&eacute;e \/ seule avec mon chagrin&hellip; &raquo;. Une pr&eacute;cision qui apporte soudain un &eacute;clairage nouveau sur le sens de la chanson. A-t-elle sentie qu&rsquo;elle s&rsquo;y &eacute;tait trop d&eacute;voil&eacute;e ? Certainement ! Elle ne chantera plus jamais ce dernier couplet ! Mais les psychanalystes, eux, n&rsquo;ont pas tard&eacute; &agrave; d&eacute;crypter les codes de la chanson : &laquo; L&rsquo;oiseau-roi couronn&eacute; &raquo; ? Un symbole d&rsquo;autorit&eacute; ! &laquo; L&rsquo;aigle qui cr&egrave;ve le ciel &raquo; ? Allusion &agrave; l&rsquo;hymen qu&rsquo;on cr&egrave;ve ! &laquo; J&rsquo;ai r&ecirc;v&eacute; cette sc&egrave;ne &raquo;, dira-t-elle, mais personne ne l&rsquo;a crue. Ainsi, toute sa vie, Barbara aura v&eacute;cu, seule, avec son terrible secret : avoir &eacute;t&eacute; viol&eacute;e par son p&egrave;re ! C&rsquo;&eacute;tait en 1942&hellip; Ce dernier, d&eacute;mobilis&eacute;, s&rsquo;installe &agrave; Tarbes ou la famille vient le rejoindre. Barbara, qui s&rsquo;appelle encore Monique, commence &agrave; trouver l&rsquo;attitude de son p&egrave;re &eacute;trange.<\/p>\n<p>\n\t<a href=\"http:\/\/www.tribunejuive.info\/wp-content\/uploads\/2013\/07\/un-enfant-cache%CC%81.jpg\"><img decoding=\"async\" alt=\"un enfant cach\u00e9\" src=\"http:\/\/www.tribunejuive.info\/wp-content\/uploads\/2013\/07\/un-enfant-cache%CC%81.jpg\" \/><\/a><\/p>\n<h2 style=\"letter-spacing: normal;\">\n\t&nbsp; &laquo; Elle est enterr&eacute;e l&agrave; o&ugrave; elle le souhaitait :&nbsp;dans le carr&eacute; juif de Bagneux, aux c&ocirc;t&eacute;s de sa m&egrave;re. &raquo;<\/h2>\n<p>\n\tElle se met &agrave; avoir peur de lui. Un soir, il la violente. L&rsquo;inceste durera quatre ans&hellip; Bien des ann&eacute;es plus tard, en 1997, elle se d&eacute;cide enfin &agrave; avouer l&rsquo;inavouable dans ses M&eacute;moires (5) parus l&rsquo;ann&eacute;e suivante : &laquo; J&rsquo;ai de plus en plus peur de mon p&egrave;re &eacute;crit-elle. Il le sent. Il le sait. J&rsquo;ai tellement besoin de ma m&egrave;re, mais comment faire pour lui parler ? Et que lui dire ? Que je trouve le comportement de mon p&egrave;re bizarre ? Je me tais. Un soir, &agrave; Tarbes, mon univers bascule dans l&rsquo;horreur. J&rsquo;ai dix ans et demi. Les enfants se taisent parce qu&rsquo;on refuse de les croire. Parce qu&rsquo;on les soup&ccedil;onne d&rsquo;affabuler. Parce qu&rsquo;ils ont honte et qu&rsquo;ils se sentent coupables. Parce qu&rsquo;ils ont peur. Parce qu&rsquo;ils croient qu&rsquo;ils sont les seuls au monde avec leur terrible secret. &raquo;<\/p>\n<h2 style=\"letter-spacing: normal;\">\n\tRetrouver la vie en chantant<\/h2>\n<p>\n\tDe ces humiliations &agrave; l&rsquo;enfance, de ces hautes turbulences, de ces descentes au fond du fond, j&rsquo;ai toujours ressurgi. S&ucirc;r, il m&rsquo;a fallu un sacr&eacute; go&ucirc;t de vivre, une sacr&eacute;e envie d&rsquo;&ecirc;tre heureuse, une sacr&eacute;e volont&eacute; d&rsquo;atteindre le plaisir dans les bras d&rsquo;un homme pour me sentir un jour purifi&eacute;e de tout. J&rsquo;&eacute;cris cela avec des larmes qui me viennent&hellip; &raquo; . En 1959, Jacques Serf meurt &agrave; Nantes. Elle tente d&rsquo;aller retrouver ce p&egrave;re qu&rsquo;elle n&rsquo;a jamais revu mais elle arrive trop tard. Ce rendez-vous manqu&eacute; sera le th&egrave;me de sa magnifique chanson, &laquo; Nantes &raquo; : &laquo; Il voulait avant de mourir \/ se r&eacute;chauffer &agrave; mon sourire \/ mais il mourut &agrave; la nuit m&ecirc;me \/ sans un adieu, sans un &lsquo;je t&rsquo;aime&rsquo; \/ je veux que tranquille il repose \/ je l&rsquo;ai couch&eacute; dessous les roses \/ mon p&egrave;re, mon p&egrave;re. &raquo; Elle regrettera de n&rsquo;avoir pu lui dire ces mots (5) :&laquo; Je te pardonne&hellip; Je m&rsquo;en suis sortie puisque je chante ! Le jour o&ugrave; je ne chanterai plus, je mourrai. &raquo; Que de fois Barbara a prononc&eacute; cela. Le 12 novembre 97 sort le CD Femme piano, une compilation de quarante chansons, ses quarante ans de carri&egrave;re. Dans la nuit du 23 au 24 novembre, Barbara se sent mal. Elle appelle le m&eacute;decin. Transf&eacute;r&eacute;e &agrave; l&rsquo;H&ocirc;pital am&eacute;ricain de Neuilly, elle y d&eacute;c&egrave;de le 24 d&rsquo;un choc toxico-infectieux. Trois jours plus tard, elle est enterr&eacute;e l&agrave; ou elle le souhaitait : dans le carr&eacute; juif, &agrave; Bagneux, aux c&ocirc;t&eacute;s de sa m&egrave;re. En pr&eacute;sence de plus de deux mille anonymes de tous les &acirc;ges, et de tr&egrave;s nombreuses personnalit&eacute;s&hellip;<\/p>\n<p>\n\tBarbara continue d&rsquo;irriguer la chanson fran&ccedil;aise. Lors du quinzi&egrave;me anniversaire de sa disparition, en d&eacute;cembre 2012, la jeune et talentueuse chanteuse Daphn&eacute; lui rend un double hommage &agrave; travers un concert et la sortie d&rsquo;un album sobrement intitul&eacute; Treize chansons de Barbara qui reprend ses grands classiques dont &laquo; Du bout des l&egrave;vres, Dis, quand reviendras-tu ?, Ma plus belle histoire d&rsquo;amour, l&rsquo;Aigle noir &raquo;. Pour Daphn&eacute;, cette femme est un mythe qui sera chant&eacute; pendant des si&egrave;cles encore.<\/p>\n<p style=\"font-size: 14px; line-height: 21px; margin-top: 1.6em; margin-bottom: 1em; border: 0px; font-family: Arial, sans-serif; padding: 0px; vertical-align: baseline; word-wrap: break-word; background-color: rgb(255, 255, 255); text-align: center;\">\n\t&nbsp;<\/p>\n<div class=\"fluid-width-video-wrapper\" style=\"font-family: inherit; font-size: inherit; font-style: inherit; font-variant: inherit; line-height: inherit; border: 0px; margin: 0px; padding: 473.984375px 0px 0px; vertical-align: baseline; width: 585.59375px; position: relative;\">\n\t<iframe allowfullscreen=\"\" class=\"youtube-player\" frameborder=\"0\" id=\"fitvid822275\" src=\"http:\/\/www.youtube.com\/embed\/jkwaT2mLrtA?wmode=transparent&amp;fs=1&amp;hl=en&amp;modestbranding=1&amp;iv_load_policy=3&amp;showsearch=0&amp;rel=1&amp;theme=dark\" style=\"border-width: 0px; font-family: inherit; font-size: inherit; font-style: inherit; font-variant: inherit; line-height: inherit; margin: 0px; padding: 0px; vertical-align: baseline; position: absolute; top: 0px; left: 0px; width: 585.59375px; height: 473.984375px;\" title=\"YouTube video player\" type=\"text\/html\"><\/iframe><\/div>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p style=\"font-size: 14px; line-height: 21px; margin-top: 1.6em; margin-bottom: 1em; border: 0px; font-family: Arial, sans-serif; padding: 0px; vertical-align: baseline; word-wrap: break-word; background-color: rgb(255, 255, 255);\">\n\t(1)&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Barbara, une vie romanesque. Alain Wodrascka. &Eacute;ditions du Cherche-midi, 2013.<\/p>\n<p style=\"font-size: 14px; line-height: 21px; margin-top: 1.6em; margin-bottom: 1em; border: 0px; font-family: Arial, sans-serif; padding: 0px; vertical-align: baseline; word-wrap: break-word; background-color: rgb(255, 255, 255);\">\n\t(2)&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Le Matin. 19 janvier 1987.<\/p>\n<p style=\"font-size: 14px; line-height: 21px; margin-top: 1.6em; margin-bottom: 1em; border: 0px; font-family: Arial, sans-serif; padding: 0px; vertical-align: baseline; word-wrap: break-word; background-color: rgb(255, 255, 255);\">\n\t(3)&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Paris-Match. 24 d&eacute;cembre 1964<\/p>\n<p style=\"font-size: 14px; line-height: 21px; margin-top: 1.6em; margin-bottom: 1em; border: 0px; font-family: Arial, sans-serif; padding: 0px; vertical-align: baseline; word-wrap: break-word; background-color: rgb(255, 255, 255);\">\n\t(4)&nbsp; Val&eacute;rie Lehoux. Barbara \/ Portrait en clair-obscur.<\/p>\n<p style=\"font-size: 14px; line-height: 21px; margin-top: 1.6em; margin-bottom: 1em; border: 0px; font-family: Arial, sans-serif; padding: 0px; vertical-align: baseline; word-wrap: break-word; background-color: rgb(255, 255, 255);\">\n\t&Eacute;ditions Fayard \/ Chorus, 2007.<\/p>\n<p style=\"font-size: 14px; line-height: 21px; margin-top: 1.6em; margin-bottom: 1em; border: 0px; font-family: Arial, sans-serif; padding: 0px; vertical-align: baseline; word-wrap: break-word; background-color: rgb(255, 255, 255);\">\n\t(5)&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Barbara. Il &eacute;tait un piano noir&hellip; M&eacute;moires interrompus (1998). Livre de poche, 2013<\/p>\n<p style=\"font-size: 14px; line-height: 21px; margin-top: 1.6em; margin-bottom: 1em; border: 0px; font-family: Arial, sans-serif; padding: 0px; vertical-align: baseline; word-wrap: break-word; background-color: rgb(255, 255, 255);\">\n\tL&#39;Arche<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les myst&egrave;res de Barbara Par Alain Chouffan &nbsp; La dame en noir symbolisait avec Brassens, Brel, Piaf et Ferr&eacute;, toute une g&eacute;n&eacute;ration issue du cabaret. Marqu&eacute;e par une enfance difficile, inqui&eacute;t&eacute;e par les rafles et l&rsquo;antis&eacute;mitisme, Barbara portera toute sa vie ces blessures. &nbsp; Juive, Barbara ? Quelle question ! Doublement juive, oui ! 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