{"id":7383,"date":"2015-01-04T01:13:46","date_gmt":"2015-01-04T01:13:46","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=7383"},"modified":"2015-01-04T03:31:09","modified_gmt":"2015-01-04T03:31:09","slug":"musulman-et-juif-les-identites-trompeuses","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/musulman-et-juif-les-identites-trompeuses\/","title":{"rendered":"Musulman et juif : les identit\u00e9s trompeuses"},"content":{"rendered":"<div id=\"article-header\">\n<p>\n\t\tMusulman et juif : les identit&eacute;s trompeuses<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\tLa chronique de Bernard Pivot, de l&#39;Acad&eacute;mie Goncourt.<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"article-body\">\n<div id=\"article-content\">\n<p>\n\t\t\tAu fil de ses romans, Karine Tuil impose sa vision f&eacute;roce du monde.&nbsp;L&rsquo;Invention de nos vies, son neuvi&egrave;me, le plus ambitieux, le plus risqu&eacute;, le plus accompli, va l&rsquo;installer parmi les &eacute;crivains auxquels la critique et le public ne pourront pas ne pas se r&eacute;f&eacute;rer. Il y a dans son &eacute;criture une force, une efficacit&eacute;, auxquelles se m&ecirc;lent brio et &eacute;l&eacute;gance, qui sont tout simplement impressionnantes. Et quelle histoire ! D&eacute;j&agrave;, avec ses deux pr&eacute;c&eacute;dents romans,&nbsp;La Domination, 2008,&nbsp;Six mois, six jours, 2010 (Grasset), t&ecirc;te haute, souffle rapide, elle fon&ccedil;ait dans le romanesque. L&agrave;, elle s&rsquo;y installe avec une hardiesse qui t&eacute;moigne d&rsquo;une belle sant&eacute;. Jugez-en&hellip;<\/p>\n<p>\n\t\t\tSamir Tahar, fils d&rsquo;immigr&eacute;s tunisiens, a choisi ce que la R&eacute;publique fran&ccedil;aise lui offrait de meilleur : la r&eacute;ussite par les &eacute;tudes. Intelligent, dou&eacute;, d&rsquo;une beaut&eacute; magn&eacute;tique, insatiable s&eacute;ducteur, il a d&rsquo;autant plus h&acirc;te d&rsquo;&quot;arriver&quot;, de jouir du miel de la vie qu&rsquo;ainsi il se revanchera des hommes qui ont humili&eacute; sa m&egrave;re. Jeune et brillant p&eacute;naliste, il ne trouve pourtant pas de place dans les cabinets d&rsquo;avocats aux noms ronflants. Le coupable? Son pr&eacute;nom arabe, Samir. Il en retire les deux derni&egrave;res lettres. Sam est plus pr&eacute;sentable. Si pr&eacute;sentable que l&rsquo;avocat Pierre L&eacute;vy l&rsquo;engage, croyant qu&rsquo;il est juif et que Sam est le raccourci de Samuel. Sam ne d&eacute;ment pas. D&rsquo;autant que Tahar est un nom port&eacute;, parfois, par des juifs s&eacute;farades.<\/p>\n<p>\n\t\t\tLa mystification commence. Elle va le mener loin, jusqu&rsquo;&agrave; New York o&ugrave; il impose son talent, son charisme, son &eacute;nergie, sa s&eacute;duction. D&eacute;sormais, entre lui et sa m&egrave;re et son demi-fr&egrave;re, rest&eacute;s dans la cit&eacute;, il y a plus qu&rsquo;un oc&eacute;an. En &eacute;pousant Ruth Berg, fille du richissime Rahm Berg, Sam, le musulman, entre dans une famille juive o&ugrave; il participe &agrave; tous les rituels religieux. Il est bien un peu m&eacute;pris&eacute; par ces juifs ashk&eacute;nazes qui le trouvent trop brun, trop bronz&eacute;, trop solaire, trop bavard, un peu trop arabe, quoi ! Mais il a tant de charme&hellip; Tout le monde l&rsquo;aime. Et quand il doit &eacute;voquer sa famille, son pass&eacute;, il pille la biographie de son copain d&rsquo;universit&eacute;, Samuel, &eacute;ducateur social, &eacute;crivain besogneux, auquel il avait vol&eacute; Nina pendant qu&rsquo;il accompagnait en Isra&euml;l les corps de ses parents morts dans un accident de voiture. Vingt ans apr&egrave;s, les deux hommes continuent de se disputer &acirc;prement la possession de cette femme qui les fascine l&rsquo;un et l&rsquo;autre jusqu&rsquo;&agrave; la d&eacute;raison.<\/p>\n<p>\n\t\t\tL&rsquo;Invention de nos vies&nbsp;est un roman sur l&rsquo;imposture, les faux-semblants, les identit&eacute;s trompeuses, l&rsquo;embobinage par la s&eacute;duction, les manipulations de l&rsquo;intelligence et du sexe, de la parole et de l&rsquo;&eacute;criture. Samir\/ Sam\/Samuel est un grand pr&eacute;dateur &agrave; qui rien n&rsquo;est impossible puisque tout est possible. Arch&eacute;type du cynique souriant, il parvient m&ecirc;me &agrave; s&eacute;duire le lecteur\/ spectateur de ses tromperies et trahisons. On se dit que Karine Tuil, sa pygmalionne, n&rsquo;a pas &eacute;t&eacute; la derni&egrave;re &agrave; succomber &agrave; sa conqu&eacute;rante virilit&eacute;. La romanci&egrave;re n&rsquo;en raconte pas en d&eacute;tail les manifestations intimes, et pourtant, comme ses personnages, son roman respire la sexualit&eacute; et l&rsquo;&eacute;rotisme. Derri&egrave;re les th&egrave;mes traditionnels de ses livres &#8211; la domination, le mensonge, la beaut&eacute;, le trouble, la vengeance -, Karine Tuil aborde, dans&nbsp;L&rsquo;Invention de nos vies, des sujets li&eacute;s &agrave; l&rsquo;histoire m&ecirc;me de ce musulman dans la peau d&rsquo;un juif. Par exemple, la honte des origines. Ou bien la suspicion de l&rsquo;in&eacute;galit&eacute;, &agrave; cause des origines justement.<\/p>\n<p>\n\t\t\tOu encore l&rsquo;obsession de la performance et de la r&eacute;ussite. Ou enfin &quot;la fausse simplicit&eacute; des gens qui ont tout&quot;. &Agrave; travers l&rsquo;invention romanesque, la fresque sociale. On se doute que Samir\/Sam\/ Samuel ne s&eacute;duira\/mentira\/ triomphera pas toujours. Sa chute est fatale. Mais rien ne presse. La chance le laisse jouir &agrave; sati&eacute;t&eacute; des pr&eacute;bendes de son imposture. Pas plus que lui, le lecteur ne se doute d&rsquo;o&ugrave; viendra le coup. Quel choc! Quel s&eacute;isme! Le roman prend alors une dimension politique. L&rsquo;actualit&eacute; la plus tragique s&rsquo;en empare. Karine Tuil joue avec le feu. &quot;Le monde est d&eacute;sordre, la litt&eacute;rature est d&eacute;sordre&quot;, &eacute;crit-elle &agrave; propos de Samuel, l&rsquo;autre, qui a fini par &eacute;crire un livre &agrave; succ&egrave;s. Elle justifie son propre roman par un &eacute;loge de l&rsquo;ins&eacute;curit&eacute; en litt&eacute;rature.<\/p>\n<p>\n\t\t\tL&rsquo;Invention de nos vies, Karine Tuil, Grasset, 495 p., 20,90 euros.<\/p>\n<\/p><\/div>\n<div id=\"article-author\">\n<p>\n\t\t\tBernard Pivot &#8211; Le Journal du Dimanche<\/p>\n<\/p><\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Musulman et juif : les identit&eacute;s trompeuses &nbsp; La chronique de Bernard Pivot, de l&#39;Acad&eacute;mie Goncourt. &nbsp; Au fil de ses romans, Karine Tuil impose sa vision f&eacute;roce du monde.&nbsp;L&rsquo;Invention de nos vies, son neuvi&egrave;me, le plus ambitieux, le plus risqu&eacute;, le plus accompli, va l&rsquo;installer parmi les &eacute;crivains auxquels la critique et le public&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":18344,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[23,1],"tags":[],"class_list":["post-7383","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-litterature","category-uncategorized"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7383","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=7383"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7383\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/media\/18344"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=7383"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=7383"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=7383"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}