{"id":7447,"date":"2015-11-17T01:00:32","date_gmt":"2015-11-17T01:00:32","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=7447"},"modified":"2015-11-17T01:56:05","modified_gmt":"2015-11-17T01:56:05","slug":"la-valise-par-albert-simeoni","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/la-valise-par-albert-simeoni\/","title":{"rendered":"La valise, par Albert Simeoni"},"content":{"rendered":"<p>\n\tLa valise.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\tBien loin des &eacute;v&eacute;nements qui ont secou&eacute; Tunis en 1967, Gaston et sa&nbsp;famille voyaient de semaine en semaine se dissoudre la petite communaut&eacute;&nbsp;juive de son bled &lsquo;entenaill&eacute;&rsquo; par une grande mer et un petit lac puant&nbsp;ainsi d&eacute;nomm&eacute;e<span>&nbsp;<\/span>la SEBKHE<span>.<\/span><\/p>\n<p>\tTunis et sa banlieue &lsquo;s&rsquo;orphelinaient&rsquo; petit &agrave; petit&nbsp; d&rsquo;une bonne partie&nbsp;de ses bons juifs. L&rsquo;avenir leur donna raison des ann&eacute;es plus tard.&nbsp;<\/p>\n<p>\tSauf Gaston qui se retrouvait ainsi seul dans sa petite ville c&ocirc;ti&egrave;re&nbsp;avec ses deux vieux parents.<\/p>\n<p>\tGaston,&nbsp; comptable dans une banque publique, n&rsquo;avait pas &agrave; se plaindre.<br \/>\n\tIl vivait bien mais sans amis de son &acirc;ge et surtout sans filles juives.<br \/>\n\tIl n&rsquo;avait pas de demoiselles JUIVES de son &acirc;ge pour en s&eacute;lectionner une&nbsp;et planifier un projet d&rsquo;avenir.<\/p>\n<p>\t&nbsp;Il jette donc son d&eacute;volu sur&nbsp; une belle voisine arabe, de 8 ans sa&nbsp;cadette. Rachida. Une jolie jeune fille brune, aux yeux en tir&eacute;s en&nbsp;amande. Elle avait 18 ans. . En fait, Rachida profitait de quelques bonnes&nbsp;occasions pour rendre visite &agrave;&nbsp; Madame Baran&egrave;s. Et surprendre ainsi&nbsp; son&nbsp;fils &agrave; son insu.<\/p>\n<p>\tRachida aimait le voir dormir sauf qu&rsquo;une apr&egrave;s midi, alorsqu&rsquo;elle&nbsp;pousse d&eacute;licatement sa porte de&nbsp; sa chambre pour le surprendre, elle&nbsp;tombe sur&nbsp; sa nudit&eacute; allong&eacute;e.<\/p>\n<p>\tElle fut &eacute;branl&eacute;e par ce spectacle d&rsquo;un jeune homme nu, endormi. Les&nbsp;jours suivants ne furent que fantasmes pour cette jeune&nbsp; qui tombe pour&nbsp;la premi&egrave;re fois sur un membre nu au repos.<\/p>\n<p>\tGaston en fit sa petite amie, en cachette. Elle &eacute;tait folle de lui. Leur&nbsp;relation dura 3 ans.<\/p>\n<p>\tElle avait 21 ans et lui 28. Elle &eacute;tait musulmane et lui juif.<\/p>\n<p>\n\tArrive ce qui arrive, Rachida tombe en enceinte. Elle le lui fait&nbsp;savoir.<\/p>\n<p>\tGaston fait part &agrave; sa famille de quitter sa ville pour Paris.&nbsp; Ses&nbsp;parents approuvent. Ils diront aux voisins qu&rsquo;ils partent en vacances.<\/p>\n<p>\n\tUne semaine plus tard, ils sont &agrave; Paris. D&eacute;finitivement.<\/p>\n<p>\n\tBien loin de Rachida et des grands ennuis qu&rsquo;il aurait eu &agrave; assumer dans&nbsp;un pays o&ugrave; ce genre de pratique est puni par la conversion&nbsp; &agrave; la&nbsp;religion musulmane et que seul le mariage le sauve de la prison ou la&nbsp;bastonnade au quotidien par les membres de la famille.<br \/>\n\tLa fuite &eacute;tait&nbsp; la meilleure solution.<\/p>\n<p>\tIls sont log&eacute;s chez le fr&egrave;re Manou, c&eacute;libataire du cot&eacute; de Belleville.<\/p>\n<p>\n\tUn mois plus tard, Gaston trouve une occupation. Il travaille au noir.<\/p>\n<p>\n\tLe temps passe et au bout de six mois enfin, il obtint ses papiers.&nbsp; Il&nbsp;trouve son job dans une soci&eacute;t&eacute; d&rsquo;emballages.<\/p>\n<p>\tDepuis le premier jour de son d&eacute;part et son&nbsp; installation &agrave; Paris, pas&nbsp;un jour sans que Gaston ne feuillette sa vieille valise pleines de&nbsp;photos&nbsp; du temps o&ugrave; il &eacute;tait un jeune homme heureux.<\/p>\n<p>\tDes portraits d&rsquo;amis, de cousins, cousines, des parcs, la mer la plage,&nbsp;les caf&eacute;s etc&hellip;Tous plong&eacute;s dans un d&eacute;sordre indescriptible. Il n&rsquo;a pas&nbsp;trouv&eacute; le temps de tout mettre en ordre donc, il tire au hasard, un&nbsp;paquet de photos en noir et blanc.<br \/>\n\tEt l&agrave;, il diss&egrave;que une &agrave; une celle qui fut un moment de bonheur,&nbsp;autrefois.<\/p>\n<p>\tIl s&rsquo;imagine entendre l&rsquo;&eacute;cho de la mer, le souffle du vent, les cris des&nbsp;marchands ambulants brefs, tout lui revient en m&eacute;moire.<br \/>\n\tLa nostalgie est devenue sa compagne. Ses souvenirs sont devenus Maitres&nbsp;de ses pens&eacute;es.<\/p>\n<p>\tChaque photo le met en &eacute;moi et lorsqu&rsquo;il tombe sur les photos de RACHIDA&nbsp;il fond en larmes.&nbsp; Du coup, il se sent coupable, l&acirc;che, traitre f&eacute;lon&nbsp;d&rsquo;avoir fuit. Du coup, il oublie toutes les autres photos pour&nbsp;s&rsquo;attarder sur son ancienne meuf assise en bikini sur la plage, du cot&eacute;&nbsp;de Raoued,&nbsp; bien loin des regards indiscrets des amis de leur bled.<\/p>\n<p>\t&nbsp;Il tarde son regard sur tous ses profils, et porte &agrave; ses l&egrave;vres sondoux visage.&nbsp; Il aurait tant voulu savoir&hellip;.Il aurait tant voulu lui&nbsp;&eacute;crire, lui t&eacute;l&eacute;phoner,&nbsp; mais il ne le peut. Il endossera toute sa vie&nbsp;son r&ocirc;le de l&acirc;che et de fuyard.&nbsp; M&ecirc;me le jour, o&ugrave; il prendra Annie comme&nbsp;&eacute;pouse, sa conscience viendra lui rappeler celle dont il n&rsquo;a plu&nbsp;prononc&eacute; son pr&eacute;nom.<br \/>\n\tAinsi chaque soir, apr&egrave;s son travail, la valise&nbsp; des souvenirs est&nbsp;ouverte. Ils&nbsp; remontent &agrave; la surface &agrave; tel point qu&rsquo;il en oublie de&nbsp;diner.<\/p>\n<p>\t&nbsp;Ses parents lui font remarquer qu&rsquo;il devrait fermer &agrave; tout jamais cette&nbsp;chose et ouvrir une autre valise vide, celle de son avenir qu&rsquo;il pourra&nbsp;remplir avec beaucoup de joie.<\/p>\n<p>\tGaston ne l&rsquo;entend pas ainsi,&nbsp; il veut encore vivre dans les nuages, le&nbsp;ciel bleu, la mer la plage et dans les bras de Rachida, virtuellement.<br \/>\n\tIl ne compte pas tourner la page&nbsp; de cet &eacute;re de bien.<\/p>\n<p>\tLa valise est m&ecirc;me mont&eacute;e de grade.&nbsp; Elle est sur ses genoux chaque soir&nbsp;alors qu&rsquo;il est allong&eacute;.<\/p>\n<p>\tUn soir, ses parents ont du la faire descendre de ses genoux. Il s&rsquo;&eacute;tait&nbsp;endormi avec la photo de RACHIDIA serr&eacute;e entre ses mains pos&eacute;es sur sa&nbsp;poitrine. Sa maman s&rsquo;en aper&ccedil;oit mais feint de ne pas avoir vu ce&nbsp;qu&rsquo;elle avait d&eacute;j&agrave; devin&eacute;, l&agrave; bas au pays.<br \/>\n\tBeaucoup d&rsquo;entre nous ont emport&eacute;&nbsp; dans leurs valises, leurs&nbsp; albums,&nbsp;photos images rires et pleurs des derniers instants.<\/p>\n<p>\tBeaucoup aussi n&rsquo;ont pas pleur&eacute;s. Ils n&rsquo;ont pas eu le temps mais avec la&nbsp;peur au ventre devant les&nbsp; DOUANIERS BOURGUIBISTES DE CETTE EPOQUE, ils&nbsp;ont pu, une fois mont&eacute;s,&nbsp; dans l&rsquo;avion ou sur le paquebot, remercier&nbsp;Achem de les avoir enfin lib&eacute;r&eacute;s de ce pays devenu sans avenir pour eux.&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tIls ont eu bien raison de quitter le pays .<\/p>\n<p>\tCette valise est devenue une addiction, ses gestes deviennent&nbsp;automatiques. Serait-t-il drogu&eacute;&nbsp; au contenu de&nbsp; cette&nbsp; valise pour&nbsp; lui&nbsp;accorder bcp de temps et d&rsquo;importance&hellip; ?&nbsp;&nbsp; Serait t&rsquo;elle devenue sa&nbsp;maitresse, celle qui lui ouvre chaque soir, son paradis&hellip; ?? Celle par&nbsp;qui l&rsquo;impossible est devenu possible, voyager dans le temps&hellip; ?<br \/>\n\tLa valise est devenue son obsession, l&rsquo;ouvrir c&rsquo;est redonner vie &agrave; ses&nbsp;obsessions, &agrave; ce retour en arri&egrave;re, &agrave; cette jouvence qui le ram&egrave;ne l&agrave;&nbsp;bas dans vrai vivier.<\/p>\n<p>\tPuis un jour, r&eacute;alisant tout le mal que peut lui causer sa nostalgie &agrave;&nbsp;travers cette masse de souvenirs en petits et grands formats, il d&eacute;cide&nbsp;de s&rsquo;en d&eacute;barrasser. Il veut la noyer. Il veut noyer ses souvenirs &agrave;&nbsp;tout jamais. Au fond de la Seine. La nuit.<\/p>\n<p>\tPuis, il se ravise, il veut lui donner un meilleur sort, la laisser sur&nbsp;le trottoir au passage d&rsquo;une benne &agrave; ordure&hellip;Il h&eacute;site encore. Et si, il&nbsp;brulait cette valise&hellip; ? L&agrave;, il se ressaisit, il ne peut bruler le visage&nbsp;de son premier amour. Et puis, ces portraits, ceux de ses parents etc&hellip;<\/p>\n<p>\tPar noyade&hellip; ?&nbsp; Par abandonnant sur un trottoir&hellip;La destruction par le&nbsp;feu&hellip;. ? Trois fois non.<\/p>\n<p>\tPar pendaison, non aucune valise au monde n&rsquo;a jamais &eacute;t&eacute; pendue. Ni&nbsp;asphyxi&eacute;e&hellip;. Etrangl&eacute;e&hellip;. Poignard&eacute;e&hellip;. Etouff&eacute;e&hellip;. Par injection l&eacute;tale&hellip; !<br \/>\n\tElectrocut&eacute;e&hellip; Il a tout envisag&eacute; comme destruction mais h&eacute;las il ne&nbsp;trouve pas la bonne solution pour s&rsquo;en d&eacute;faire.<\/p>\n<p>\tIl veut demander conseil &agrave; son papa &agrave; sa maman. Puis, il se dit pourquoi&nbsp;les d&eacute;ranger avec cette valise, lui donner de l&rsquo;importance&hellip; !<br \/>\n\tEnfin il se d&eacute;cide&hellip;Il fera semblant de l&rsquo;oublier &agrave; la GARE DU NORD. Il a&nbsp;son plan.<\/p>\n<p>\tLe lendemain matin, vers les 7 heures il se l&egrave;ve, va se raser, se&nbsp;parfume, se v&ecirc;t de son plus beau costume, et de sa belle chaussure pour&nbsp;remplir sa mission. Sa valise de&nbsp; souvenirs est l&agrave; couch&eacute;e depuis la&nbsp;veille sur le&nbsp; palier. Elle a l&rsquo;air bien triste et Gaston l&rsquo;est encore&nbsp;plus.<\/p>\n<p>\tIl est presque aux bords des larmes lorsque son papa &hellip;<\/p>\n<p>\t&lsquo;&hellip;Tu vas o&ugrave; comme cela mon fils&hellip; ?&rsquo;<br \/>\n\t&lsquo;&hellip;Je vais &agrave; la cave, descendre la valise&hellip; !&rsquo;<br \/>\n\t&lsquo;&hellip;Habille comme cela&hellip; ?&rsquo;<br \/>\n\t&lsquo;&hellip;Puis je dois aller travailler&hellip; !&rsquo;<br \/>\n\t&lsquo;&hellip;Mais c&rsquo;est dimanche&hellip; !&rsquo;<br \/>\n\t&lsquo;&hellip;Oui, je sais, je dois rattraper du retard au bureau&hellip; !&rsquo;<\/p>\n<p>\tGaston descend dans le m&eacute;tro, direction GARE DU NORD.<br \/>\n\tSa valise est entre ses jambes. Il a 8 stations &agrave; faire.<br \/>\n\tAu bout de quelques minutes, il descend &agrave; la station. Sa valise est mise sur&nbsp;un caddie sans toile.<\/p>\n<p>\tIl avance &agrave; travers les couloirs. Il monte descends des escaliers enfin,&nbsp;il rentre dans la grande salle o&ugrave; sont positionn&eacute;s les trains au d&eacute;part.<br \/>\n\tIl est bl&ecirc;me. Il sent son c&oelig;ur battre. Il transpire. Il tr&eacute;buche sur son&nbsp;caddie. Il n&rsquo;entend plus rien. Il est&nbsp; prit dans la cohue, emport&eacute; m&ecirc;me&nbsp;presque transport&eacute; sur le marche pied du TGV en partance pour&nbsp;Marseille.<\/p>\n<p>\tIl&nbsp; oublie qu&rsquo;il n&rsquo;est l&agrave; que pour abandonner sa valise&nbsp; de souvenirs&nbsp;et ne pas prendre un train au d&eacute;part.&nbsp; Enfin, il sort de sa torpeur. Il&nbsp;r&eacute;alise qu&rsquo;il allait commettre une bourde. Il s&rsquo;en retourne sur ses pas.<br \/>\n\tIl est assis sur un petit bloc de ciment, et sa valise semble le&nbsp;dominer. Il respire un bon coup et l&agrave; reprenant de son ardeur, il se&nbsp;d&eacute;tache de sa valise et s&rsquo;en se retourner quitte la chose.<\/p>\n<p>\tIl semble serein, il ne ressent rien du moins pour le moment. Il&nbsp;continue son chemin sans se retourner. Cela fait deux minutes qu&rsquo;il a&nbsp;quitt&eacute; sa valise. Cinq minutes plus tard, il est dans le m&eacute;tro et enfin&nbsp;chez Lui.&nbsp; Il se sent enfin soulage. Il n&rsquo;a plus de souvenirs, ni en&nbsp;photos ni en rien. Sauf les portraits de ses parents et les siens.<br \/>\n\tSoit une dizaine en tout et bien s&eacute;lectionn&eacute;e.<\/p>\n<p>\tLe lendemain, il apprend qu&rsquo;un colis suspect abandonn&eacute; &agrave; la GARE DU NORD&nbsp;a &eacute;t&eacute; d&eacute;truit par les artificiers de la Gendarmerie.<br \/>\n\tIl ressent une vive douleur au ventre comme si l&rsquo;explosif l&rsquo;avait&nbsp;atteint de plein fouet.<\/p>\n<p>\t&lsquo;&hellip;Ils ont tu&eacute; une partie de ma vie &hellip; !&rsquo; Se dit&rsquo;il presque en larmoyant.<br \/>\n\tTrois jours plus tard,&nbsp; un agent de la poste sonne &agrave; sa porte.<br \/>\n\tCelui &ccedil;i lui demande s&rsquo;il est bien ce qu&rsquo;il est, et il pr&eacute;sente sa CIN.<br \/>\n\tIl signe le billet du recommand&eacute; non sans avoir paye les frais du colis.<br \/>\n\tLe facteur s&rsquo;absente quelques minutes et remonte les escaliers avec sa valise&nbsp;abandonn&eacute;e.<\/p>\n<p>\tIl avait oubli&eacute; d&rsquo;effacer son nom et son adresse sur la valise.<br \/>\n\tMoralit&eacute;, combien il est dur de se d&eacute;barrasser de SA NOSTALGIE ET DE SES<br \/>\n\tSOUVENIRS.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La valise. &nbsp; Bien loin des &eacute;v&eacute;nements qui ont secou&eacute; Tunis en 1967, Gaston et sa&nbsp;famille voyaient de semaine en semaine se dissoudre la petite communaut&eacute;&nbsp;juive de son bled &lsquo;entenaill&eacute;&rsquo; par une grande mer et un petit lac puant&nbsp;ainsi d&eacute;nomm&eacute;e&nbsp;la SEBKHE. 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