{"id":7457,"date":"2013-09-18T21:31:49","date_gmt":"2013-09-18T21:31:49","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=7457"},"modified":"2013-09-18T21:31:49","modified_gmt":"2013-09-18T21:31:49","slug":"le-point-de-vue-dun-colonel-francais","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/le-point-de-vue-dun-colonel-francais\/","title":{"rendered":"Le point de vue d\u2019un colonel fran\u00e7ais"},"content":{"rendered":"<p>\n\t<strong><u>Le point de vue d&rsquo;un colonel fran&ccedil;ais<\/u><\/strong><\/p>\n<p>\n\tPar S&eacute;bastien Castellion &copy;Metula News Agency<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tJe venais de me promener samedi dernier, jour de Kippour, dans le parc Monceau &agrave; Paris. Je m&#39;&eacute;tais assis sur un banc pour profiter des derniers rayons du jour, quand vint s&#39;asseoir aupr&egrave;s de moi un vieux monsieur digne que je reconnus imm&eacute;diatement.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tJe crus d&#39;abord que la lumi&egrave;re d&eacute;clinante, allant et venant &agrave; travers les bosquets qui respiraient dans le vent du soir, me jouait un tour. J&#39;essayais d&#39;observer le vieil homme aussi discr&egrave;tement que possible ; son costume gris de trois pi&egrave;ces, sa tristesse et sa dignit&eacute; militaire m&#39;intimidaient plus encore que ne me tourmentait la surprise de voir &agrave; c&ocirc;t&eacute; de moi celui que je croyais reconna&icirc;tre.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tApr&egrave;s quelques regards aussi discrets que possible, je dus me rendre &agrave; l&#39;&eacute;vidence. Ce visage ovale barr&eacute; d&#39;une fine moustache, ces larges oreilles et ces lunettes en ar&ccedil;on ne laissaient aucun doute. Le vieux monsieur regardait tristement le coucher du soleil. J&#39;eus le pressentiment que si je laissais venir la nuit, je perdrais une occasion unique ; et je me r&eacute;solus &agrave; lui adresser la parole. Notre conversation se d&eacute;roula &agrave; peu pr&egrave;s comme suit :<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tSEBASTIEN CASTELLION &#8211; Mes respects, mon colonel. Puis-je vous demander ce qui vous fait venir parmi nous ce soir ?<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tALFRED DREYFUS &#8211; Bonsoir, monsieur. Vous &ecirc;tes bien aimable de vous souvenir de mon grade. En g&eacute;n&eacute;ral, nos concitoyens, quand ils se souviennent de moi, me croient encore capitaine. Ils oublient que j&#39;ai eu une carri&egrave;re apr&egrave;s&#8230; apr&egrave;s ce qu&#39;ils appellent l&#39;Affaire.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tCASTELLION &#8211; Je n&#39;ai aucun m&eacute;rite, je vous ai entendu appeler &quot;le colonel&quot; avant m&ecirc;me de conna&icirc;tre l&#39;Affaire. C&#39;est le titre que vous aviez dans les souvenirs de guerre de mon arri&egrave;re-grand-p&egrave;re, qui a servi sous vos ordres pendant la Grande Guerre. Peut-&ecirc;tre vous souvenez de lui &#8211; un jeune polytechnicien protestant&#8230;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tDREYFUS (s&egrave;chement) &#8211; Oui, oui, le lieutenant Pernot. Celui qui &eacute;crivait des vers et qui allait r&eacute;citer les Psaumes dans les bois. A chacun son divertissement, je suppose.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tCASTELLION (un peu vex&eacute;) &#8211; Vous ne m&#39;avez pas r&eacute;pondu. Vous &ecirc;tes mort depuis pr&egrave;s de quatre-vingts ans ; puis-je vous demander ce qui nous vaut l&#39;honneur de votre visite ?<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tALFRED DREYFUS &#8211; Vous &ecirc;tes bien curieux, monsieur. Disons seulement que, comme je n&#39;ai jamais cru en Dieu, cela a cr&eacute;&eacute; quelques complications quand&#8230; Enfin, ils ont eu un peu de mal &agrave; me trouver une place.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tEt puis, quelqu&#39;un s&#39;est souvenu que si je ne croyais pas en Dieu, je crois en la France. Alors, on m&#39;a autoris&eacute; &agrave; revenir visiter mon pays une fois par an, le jour de Kippour. Ils ont dit que c&#39;&eacute;tait pour me rappeler toutes les fois o&ugrave; j&#39;ai n&eacute;glig&eacute; de demander pardon &agrave; mes proches pour mes fautes. (Haussant les &eacute;paules) Bah ! Les bureaucraties sont toutes les m&ecirc;mes.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tCASTELLION &#8211; Et que pensez-vous de la France, justement ? La trouvez-vous chang&eacute;e ?<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tDREYFUS &#8211; Bien s&ucirc;r qu&#39;elle a chang&eacute;, mais moins que vous ne le pensez sans doute. La langue s&#39;est d&eacute;grad&eacute;e et c&#39;est bien attristant. Dieu sait que je n&#39;aime pas les Allemands ; mais je parle mieux l&#39;allemand que la plupart des Fran&ccedil;ais d&#39;aujourd&#39;hui ne parlent fran&ccedil;ais. Vous devriez vraiment faire un effort dans l&#39;&eacute;ducation de vos enfants.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tCela dit, je retrouve la beaut&eacute; des paysages et des villes, inchang&eacute;e malgr&eacute; le passage du temps. Je retrouve le go&ucirc;t de la qualit&eacute; de la vie, le go&ucirc;t des belles choses et des bons repas. Je retrouve le go&ucirc;t des d&eacute;bats politiques interminables sur des sujets secondaires. Je retrouve aussi, plus profond&eacute;ment peut-&ecirc;tre, la bont&eacute; discr&egrave;te de beaucoup de Fran&ccedil;ais. Vous n&#39;imaginez pas combien de gens &#8211; des gens qui m&#39;ont &eacute;videmment reconnu et qui ne parviennent pas &agrave; cacher leur surprise &#8211; font pourtant mine de ne rien voir, seulement pour ne pas m&#39;offenser.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tCASTELLION (faisant semblant de ne pas me sentir vis&eacute;) &#8211; Vous m&#39;&eacute;tonnez. La bont&eacute; fran&ccedil;aise, vraiment ? C&#39;est vous qui dites cela, apr&egrave;s tout ce que vous avez connu &#8211; l&#39;injustice, la pers&eacute;cution, les proc&egrave;s truqu&eacute;s, les cris de &quot;mort aux Juifs&quot; ? Je ne sais pas &agrave; quel point vous parvenez &agrave; rester au courant de l&#39;actualit&eacute; en ne venant qu&#39;un jour par an. Mais avez-vous entendu parler de Dieudonn&eacute; ? De l&#39;affaire Dura ?<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tDREYFUS &#8211; Monsieur, j&#39;&eacute;tais militaire. Je n&#39;ai jamais &eacute;t&eacute; pay&eacute; pour me faire une opinion trop optimiste de la nature humaine. Je sais bien tout ce que vous dites et je me tiens au courant depuis&#8230; depuis l&#39;autre c&ocirc;t&eacute;. Mais si vous voulez tout savoir, je trouve que la situation s&#39;est plut&ocirc;t am&eacute;lior&eacute;e.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tDe mon temps, Dieudonn&eacute; aurait &eacute;t&eacute; triomphalement &eacute;lu au Parlement. Zola, mes avocats et moi, nous avons tous &eacute;t&eacute; victimes de tentatives d&#39;assassinat. Celui qui m&#39;a tir&eacute; dessus &eacute;tait un journaliste, Louis Gr&eacute;gori ; les juges fran&ccedil;ais l&#39;ont imm&eacute;diatement lib&eacute;r&eacute;. Les journalistes antisionistes d&#39;aujourd&#39;hui vont tout de m&ecirc;me beaucoup moins loin dans le mal. Les juges aussi, d&#39;ailleurs. Ils condamnent Karsenty, mais ils le font en faisant faire des contorsions bizarres &agrave; la logique, pas en accumulant des centaines de pages de faux documents. Et, si je puis me permettre, ils ne l&#39;envoient pas &agrave; l&#39;&icirc;le du Diable.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tEt surtout, aujourd&#39;hui comme il y a cent ans : tous ces mis&eacute;rables sont des Fran&ccedil;ais, mais ils ne sont pas la France. Ils s&#39;agitent dans les journaux, passent &agrave; la t&eacute;l&eacute;vision, font parler d&#39;eux ; mais ils n&#39;entra&icirc;nent pas le pays. La France, c&#39;est le patron du restaurant du boulevard Malesherbes qui m&#39;a offert le vin quand je suis revenu de Guyane. Ce sont tous les Fran&ccedil;ais qui, aujourd&#39;hui, accueillent avec le sourire et sans poser de questions les Isra&eacute;liens en visite. La France, c&#39;est la capacit&eacute; de se moquer de toutes les doctrines, m&ecirc;me les plus d&eacute;plaisantes.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tCASTELLION &#8211; Reconnaissez-vous au moins que la situation s&#39;aggrave ? Il y a tout de m&ecirc;me eu plusieurs meurtres antis&eacute;mites dans le pays au cours des derni&egrave;res ann&eacute;es.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tDREYFUS &#8211; Elle s&#39;aggrave, oui ; mais c&#39;est simplement qu&#39;elle est revenue &agrave; la normale en partant d&#39;un point exceptionnel. La France d&#39;il y a vingt ans &#8211; celle qui saluait les accords d&#39;Oslo, traitait Rabin en h&eacute;ros et produisait des films en l&#39;honneur des kibboutz &#8211; avait fait taire les antis&eacute;mites. Mais c&#39;est elle qui n&#39;&eacute;tait pas authentique.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tCroyez-vous que l&#39;on peut sortir comme cela de l&#39;histoire ? Les descendants des antidreyfusards ont toujours &eacute;t&eacute; l&agrave; ; ils attendaient leur heure. Maintenant qu&#39;ils sont ressortis de leur tani&egrave;re, je peux vous dire qu&#39;ils ne m&#39;impressionnent pas. Par rapport &agrave; leurs anc&ecirc;tres, ce sont des enfants de ch&oelig;ur ; ils n&#39;ont ni leur qualit&eacute; intellectuelle, ni leur organisation, ni leur talent.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tSi la France a vaincu les antidreyfusards, ce n&#39;est pas seulement gr&acirc;ce &agrave; l&#39;&eacute;nergie et au d&eacute;vouement de mon fr&egrave;re, de Zola, de Scheurer-Kestner, de Picquart et de tous les autres. C&#39;est parce que le pays s&#39;est lass&eacute; du d&eacute;lire des antis&eacute;mites et a eu besoin de trouver du repos dans un peu de v&eacute;rit&eacute;. Si des talents comme Maurras, Barr&egrave;s, D&eacute;roul&egrave;de et Rochefort n&#39;ont pas pu entra&icirc;ner les Fran&ccedil;ais plus d&#39;une dizaine d&#39;ann&eacute;es, combien de temps pensez-vous que peuvent tenir Dieudonn&eacute; ou Enderlin ? Il suffira que quelques bons Fran&ccedil;ais se battent et, comme aurait dit votre a&iuml;eul, &quot;On les verra dans un moment abandonner la place&quot;.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tCASTELLION &#8211; Dieudonn&eacute; et Enderlin me semblent pourtant bien se porter.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tDREYFUS &#8211; C&#39;est que vous ne vous tenez pas bien au courant. Ils sont devenus un embarras constant pour ceux qui les ont soutenus le plus longtemps. Dieudonn&eacute; est un paria ruin&eacute; ; Enderlin est bloqu&eacute; &agrave; J&eacute;rusalem et, malgr&eacute; tous les efforts qu&#39;il d&eacute;ploie depuis dix ans, ne trouve pas de travail en France. Il me fait penser &agrave; Esterhazy dans son exil anglais.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tCASTELLION &#8211; Ne serait-il pas plus simple de renoncer &agrave; ces combats entre Fran&ccedil;ais ? Isra&euml;l existe aujourd&#39;hui ; pourquoi ne pas lui faire confiance pour d&eacute;fendre la cause du peuple juif ?<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tDREYFUS (d&#39;un air pinc&eacute;) &#8211; Monsieur, Isra&euml;l doit d&#39;abord d&eacute;fendre le pays d&#39;Isra&euml;l. Il y parvient d&#39;ailleurs plut&ocirc;t bien. Son &eacute;conomie va bien, sa situation strat&eacute;gique est bonne. Elle serait m&ecirc;me excellente sans les rumeurs qui montent de Perse. Cela dit, je sais appr&eacute;cier la qualit&eacute; d&#39;une arm&eacute;e et je fais pleinement confiance &agrave; l&#39;arm&eacute;e isra&eacute;lienne pour &eacute;liminer les menaces qui demeurent.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tQuant &agrave; renoncer &agrave; la France, vous me permettrez de vous dire que c&#39;est ce que les Allemands ont propos&eacute; &agrave; mes parents, en 1870 &agrave; Mulhouse. C&#39;est aussi, pr&eacute;cis&eacute;ment, ce dont mes ennemis m&#39;ont accus&eacute; &agrave; grands renforts de mensonges et de documents falsifi&eacute;s. Je ne vois donc pas bien o&ugrave; vous voulez en venir. Je crois au combat et non &agrave; la d&eacute;sertion.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tCASTELLION &#8211; Je vous prie de bien vouloir accepter mes excuses. Mais je continue &agrave; penser que votre interpr&eacute;tation de la France d&#39;aujourd&#39;hui est bien optimiste.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tDREYFUS &#8211; La France d&#39;aujourd&#39;hui, comme celle de 1906, se lasse des mensonges. Avant-hier, la Cour de cassation a annul&eacute; la condamnation de Cl&eacute;ment Weill-Raynal dans l&#39;affaire Dura. Vous m&#39;avez l&#39;air surpris&nbsp;? Vous ne lisez donc pas les journaux, monsieur le vivant ? Cela veut dire, tout simplement, qu&#39;il est redevenu possible de dire la v&eacute;rit&eacute; en France sans prendre de risque. Enfin, si l&#39;on peut appeler &quot;risque&quot; le paiement d&#39;une petite amende. Les Fran&ccedil;ais, je le crains, se sont bien amollis depuis mon &eacute;poque. Vous voyez : je sais &ecirc;tre s&eacute;v&egrave;re quand la situation le m&eacute;rite.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tEt maintenant, si vous le voulez bien, je dois partir. Le soleil sera couch&eacute; dans quelques minutes et je suis soumis, l&agrave; o&ugrave; je suis, &agrave; une certaine discipline.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tJe vous souhaite une bonne soir&eacute;e. Et je vous recommande le nouveau restaurant de poissons que vous trouverez &agrave; l&#39;entr&eacute;e du jardin. Il n&#39;y a rien de tel que la cuisine fran&ccedil;aise ; je ne me suis jamais tant f&eacute;licit&eacute; que depuis ma mort de ne jamais avoir respect&eacute; le je&ucirc;ne de Kippour.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le point de vue d&rsquo;un colonel fran&ccedil;ais Par S&eacute;bastien Castellion &copy;Metula News Agency &nbsp; Je venais de me promener samedi dernier, jour de Kippour, dans le parc Monceau &agrave; Paris. 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