{"id":7599,"date":"2013-10-14T23:00:34","date_gmt":"2013-10-14T23:00:34","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=7599"},"modified":"2013-10-14T22:24:00","modified_gmt":"2013-10-14T22:24:00","slug":"saloniciens","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/saloniciens\/","title":{"rendered":"Saloniciens"},"content":{"rendered":"<p>\n\t<strong><u>Saloniciens&nbsp;<\/u><\/strong><u>(info # 011410\/13) <\/u><u>[Culture]<\/u><\/p>\n<p>\n\tPar Sandra Ores <strong>&copy;<\/strong><strong>Me<\/strong><strong>tula <\/strong><strong>N<\/strong><strong>ews <\/strong><strong>A<\/strong><strong>gency<\/strong><\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tGomm&eacute; de l&#39;Histoire, le destin des Juifs de Salonique n&#39;a, en d&eacute;pit de l&rsquo;influence certaine de cette communaut&eacute;, laiss&eacute; que peu de traces dans les esprits contemporains. Une omission d&eacute;coulant probablement du fait que la quasi totalit&eacute; de ses membres a disparu dans les fours cr&eacute;matoires de la Deuxi&egrave;me Guerre Mondiale. Les descendants des Juifs de ce port m&eacute;diterran&eacute;en ayant surv&eacute;cu &agrave; l&#39;&eacute;poque nazie sont principalement ceux qui quitt&egrave;rent la Gr&egrave;ce pour la Palestine dans les ann&eacute;es vingt.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tLes Juifs de Salonique particip&egrave;rent grandement au succ&egrave;s &eacute;conomique et culturel de cette cit&eacute; jadis situ&eacute;e au c&oelig;ur de l&#39;Empire ottoman&nbsp;; port dont le rayonnement s&#39;est &eacute;tendu bien au-del&agrave; des fronti&egrave;res du sultanat.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tThessalonique, ou Salonique, aujourd&#39;hui deuxi&egrave;me ville de Gr&egrave;ce, accueillit, entre le XV<sup>&egrave;me<\/sup> et le d&eacute;but du XX<sup>&egrave;me<\/sup> si&egrave;cle, une population multiethnique &agrave; majorit&eacute; juive. Il y a cent ans de cela, la J&eacute;rusalem des Balkans, ainsi qu&#39;elle &eacute;tait surnomm&eacute;e, comptait 120 000 habitants, dont 80 000 Isra&eacute;lites, aux c&ocirc;t&eacute;s de musulmans et de chr&eacute;tiens originaires de divers lieux de l&#39;Empire.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tUne pr&eacute;sence juive est attest&eacute;e en Salonique d&egrave;s l&#39;Antiquit&eacute;, mais c&#39;est suite au d&eacute;cret de l&#39;Alhambra, en 1492<sup>1<\/sup>, que les Juifs d&#39;Espagne s&#39;y installent massivement. Des vagues d&#39;immigration suivirent, du Portugal, de Provence, d&#39;Italie, de Sicile et de la C&ocirc;te des Barbaresques [l&rsquo;Afrique du Nord actuelle. Ndlr.].<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tUn peu plus tard, &agrave; partir du XVI<sup>&egrave;me<\/sup> si&egrave;cle, des Juifs d&#39;Autriche, de Transylvanie ou de Hongrie rejoignirent cet &eacute;picentre du juda&iuml;sme s&eacute;pharade. Ce port m&eacute;diterran&eacute;en connut alors son &acirc;ge d&#39;or gr&acirc;ce &agrave; l&rsquo;impulsion de la communaut&eacute; juive ib&eacute;rique.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tCe sont notamment les r&eacute;fugi&eacute;s du Portugal, alors au fa&icirc;te de la production industrielle et du commerce, qui, fuyant l&#39;Inquisition, furent &agrave; l&rsquo;origine d&rsquo;une &eacute;poque de prosp&eacute;rit&eacute; financi&egrave;re d&egrave;s 1536.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tL&#39;industrie textile contribua essentiellement &agrave; construire le succ&egrave;s de Salonique&nbsp;; le Sultan Selim II fit d&#39;ailleurs commander pour ses janissaires des v&ecirc;tements chauds et imperm&eacute;ables fil&eacute;s par ses sujets juifs de Thessalonique. Tapis, draps et couvertures fournissaient les march&eacute;s aussi &eacute;loign&eacute;s que ceux d&#39;Asie mineure jusqu&rsquo;aux fronti&egrave;res de la Provence et du Danube.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tLa pr&eacute;pond&eacute;rance des Juifs sur les affaires &eacute;tait si affirm&eacute;e que les activit&eacute;s commerciales cessaient dans le port le jour du shabbat et lors des autres f&ecirc;tes prescrites par la Torah ; la douane demeurait elle aussi ferm&eacute;e.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tLa totalit&eacute; des Juifs n&#39;&eacute;tait cependant pas riche ; ceux-ci exer&ccedil;aient des m&eacute;tiers situ&eacute;s &agrave; tous les niveaux de l&#39;&eacute;chelle sociale, de l&#39;homme d&#39;affaires, tisserand ou teinturier, au charpentier, forgeron ou simple p&ecirc;cheur. Cette communaut&eacute; parlait le ladino ; une langue<sup>2<\/sup> cr&eacute;&eacute;e par les rabbins espagnols, apr&egrave;s l&#39;exil de la p&eacute;ninsule ib&eacute;rique, pour traduire et enseigner les textes h&eacute;breux sacr&eacute;s. Si son vocabulaire est roman, sa syntaxe reste en revanche celle de l&#39;h&eacute;breu.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tC&#39;est dans cette langue que sera r&eacute;dig&eacute;e l&#39;abondante liturgie produite &agrave; cette p&eacute;riode. La vie culturelle et spirituelle juive de Salonique rivalise alors avec d&#39;autres chefs-lieux de l&#39;&eacute;rudition juive, tel Safed, en Galil&eacute;e. Les rabbins instaurent des &eacute;coles religieuses. Le Talmud Torah (le lieu d&#39;&eacute;tude de la Torah), fond&eacute; en 1520, restera actif jusqu&#39;en 1943&nbsp;; on y enseigne &eacute;galement l&#39;arabe, la m&eacute;decine, l&#39;astronomie et les sciences naturelles. Une acad&eacute;mie litt&eacute;raire est &eacute;galement fond&eacute;e&nbsp;; les humanistes, po&egrave;tes et musiciens qui la composent correspondent avec d&#39;autres cercles litt&eacute;raires de l&#39;Empire Ottoman.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tLa fin du XIX<sup>&egrave;me<\/sup> si&egrave;cle verra quant &agrave; elle le d&eacute;veloppement d&#39;id&eacute;es europ&eacute;ennes import&eacute;es par des Juifs ashk&eacute;nazes fuyant les pogroms de Russie. Le sionisme rencontre un certain succ&egrave;s, et ce seront 20 000 Saloniciens qui partiront pour la Terre Promise durant ces ann&eacute;es.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tQuant au XX<sup>&egrave;me<\/sup> si&egrave;cle, il sonnera l&#39;heure du cr&eacute;puscule des Juifs de Thessalonique. En 1912, les Grecs prennent le contr&ocirc;le de la ville lors de la Premi&egrave;re Guerre des Balkans. Un incendie, en 1917, d&eacute;stabilisera consid&eacute;rablement les Juifs, ravageant le si&egrave;ge et les archives des autorit&eacute;s rabbiniques, la moiti&eacute; des synagogues de la ville, et privant de toit 52 000 Isra&eacute;lites.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tLa libert&eacute; dont ils jouissaient depuis cinq si&egrave;cles s&rsquo;&eacute;tiole en m&ecirc;me temps que s&#39;&eacute;panouit l&rsquo;emprise grecque. Des tensions intercommunautaires voient alors le jour ainsi que des actes antijuifs.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tDans la Salonique de mars 1943, occup&eacute;e par les troupes allemandes, 47 000 Juifs sont embarqu&eacute;s directement pour Auschwitz par convois. Outre ceux partis en Palestine, en Europe occidentale ou vers les Am&eacute;riques, un petit nombre d&rsquo;entre eux sera sauv&eacute;, cach&eacute;s par des locaux. Un millier de Juifs demeurent aujourd&#39;hui en Salonique.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tLa communaut&eacute; juive s&eacute;pharade de Salonique a souffert de la plus grande proportion de d&eacute;port&eacute;s relativement &agrave; sa population totale presque totalement d&eacute;cim&eacute;e entre 1943 et 1945&nbsp;; il ne reste que tr&egrave;s peu de Juifs saloniciens pour raconter leur histoire, submerg&eacute;e par les t&eacute;moignages des survivants polonais ou fran&ccedil;ais. C&rsquo;est cet oubli qu&#39;a tent&eacute; de rectifier le magnat isra&eacute;lien David Recanati, dont l&#39;a&iuml;eul, L&eacute;on Yehuda Recanati, avait gagn&eacute; la Palestine mandataire en 1935.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tCette ann&eacute;e-l&agrave; L&eacute;on Recanati fonda, &agrave; Tel-Aviv, la <em>Palestine Discount Bank<\/em>, devenue ensuite <em>Israel Discount Bank<\/em>, active jusqu&rsquo;&agrave; ce jour. Ses deux fils poursuivirent les affaires et &eacute;tablirent le groupe IDB, aujourd&#39;hui l&#39;une des plus grosses soci&eacute;t&eacute;s d&#39;investissement isra&eacute;liennes.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tDavid Recanati a publi&eacute; de nombreux livres de liturgie et de textes religieux &eacute;labor&eacute;s par ses anc&ecirc;tres. C&#39;est gr&acirc;ce &agrave; son impulsion que le souvenir des siens est &agrave; pr&eacute;sent mentionn&eacute; dans les livres d&#39;histoire de l&#39;&eacute;ducation nationale isra&eacute;lienne, et a gagn&eacute; sa place &agrave; Yad Vashem, le m&eacute;morial de la Shoah &agrave; J&eacute;rusalem (<a href=\"http:\/\/collections.yadvashem.org\/photosarchive\/en-us\/75738.html\">photos d&#39;archives<\/a>).<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tLargement absents des consciences contemporaines, c&#39;est pourtant jusque dans la guerre que les Juifs de Salonique se distingu&egrave;rent par leur caract&egrave;re bien tremp&eacute;. Quelque 37 000 d&#39;entre eux furent envoy&eacute;s &agrave; la mort d&egrave;s leur arriv&eacute;e &agrave; Auschwitz, notamment des femmes, des enfants et des personnes &acirc;g&eacute;es. Pour le reste, dans le camp, ils formaient une communaut&eacute; &agrave; l&rsquo;&eacute;cart des autres prisonniers, notamment du fait de la diff&eacute;rence de langage : ils ne comprennaient pas le yiddish.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tCes Juifs, marqu&eacute;s par un sentiment de libert&eacute;, h&eacute;ritage de cinq si&egrave;cles &agrave; Thessalonique, m&egrave;neront un soul&egrave;vement contre les nazis, pr&eacute;par&eacute; des mois &agrave; l&#39;avance. Nombre d&#39;hommes &eacute;taient int&eacute;gr&eacute;s aux Sonderkommandos &#8211; unit&eacute;s de travail dans les camps, forc&eacute;es de prendre part au processus d&#39;extermination. Plusieurs dizaines d&#39;entre eux attaqu&egrave;rent, le 7 octobre 44, les gardes SS de l&#39;un des cr&eacute;matoriums ; bien qu&rsquo;un petit nombre seulement de ces gardes furent tu&eacute;s, cette r&eacute;volte eut une haute valeur symbolique pour les prisonniers du camp. Le cr&eacute;matorium fut d&eacute;truit &agrave; l&#39;aide d&#39;une bombe confectionn&eacute;e avec de la dynamite, que des femmes, travaillant dans l&#39;une des usines du camp, avaient d&eacute;rob&eacute;e.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tPassivit&eacute; et discr&eacute;tion n&#39;ont jamais constitu&eacute; des traits saillants des Juifs de Salonique. Certains de ceux qui quitt&egrave;rent la Gr&egrave;ce avant la Shoah continu&egrave;rent d&rsquo;exercer une influence notoire. Fid&egrave;le &agrave; la fibre entrepreneuriale et commerciale de ses a&iuml;eux, Isaac Carasso fonda par exemple la soci&eacute;t&eacute; Danone &agrave; Barcelone.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tL&#39;ancien pr&eacute;sident fran&ccedil;ais Nicolas Sarkozy est issu d&#39;un grand-p&egrave;re maternel n&eacute; &agrave; Salonique. En juillet 2006, lors d&#39;une visite en Gr&egrave;ce, il fut d&rsquo;ailleurs honor&eacute; &agrave; l&#39;Ambassade de France &agrave; Ath&egrave;nes par la communaut&eacute; juive de Salonique. En Isra&euml;l, les s&eacute;pharades saloniciens ont particip&eacute; &agrave; la construction du pays ; Recanati, outres ses affaires, est connu pour avoir fond&eacute; une prestigieuse &eacute;cole de commerce, un mus&eacute;e et encore un domaine viticole.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tSi, au commencement de l&#39;Etat h&eacute;breu, ces Grecs formaient une communaut&eacute; soud&eacute;e, majoritairement regroup&eacute;e dans les quartiers du sud de Tel-Aviv, Shapira, Florentine ou Jaffa, leurs descendants se sont depuis fondus dans la mosa&iuml;que isra&eacute;lienne. Une synagogue en forme de coquillage impose cependant son architecture au c&oelig;ur de la m&eacute;tropole. Elle est fr&eacute;quent&eacute;e par les gens du quartier et non plus exclusivement par des Saloniciens, qui y prient selon le rite particulier de leurs anc&ecirc;tres du golfe Therma&iuml;que. La coquille blanche sculpt&eacute;e, symbolise ce qui fut partie int&eacute;grante de leur identit&eacute; pendant des si&egrave;cles, la mer.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t<strong>Notes :<\/strong><\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t<sup>1 <\/sup>D&eacute;cret d&rsquo;expulsion des Juifs d&rsquo;Espagne &eacute;dict&eacute; par le couple royal Isabelle et Ferdinand, sign&eacute; &agrave; l&rsquo;Alhambra de Grenade, trois mois apr&egrave;s la reconqu&ecirc;te de la ville des mains des musulmans.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t<sup>2 <\/sup>Le ladino, qui &eacute;tait &eacute;galement parl&eacute; par les Juifs stambouliotes &eacute;chapp&eacute;s d&rsquo;Espagne, se trouve aujourd&rsquo;hui en danger d&rsquo;extinction.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Saloniciens&nbsp;(info # 011410\/13) [Culture] Par Sandra Ores &copy;Metula News Agency &nbsp; Gomm&eacute; de l&#39;Histoire, le destin des Juifs de Salonique n&#39;a, en d&eacute;pit de l&rsquo;influence certaine de cette communaut&eacute;, laiss&eacute; que peu de traces dans les esprits contemporains. 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