{"id":7623,"date":"2013-10-20T18:10:37","date_gmt":"2013-10-20T18:10:37","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=7623"},"modified":"2013-10-20T18:34:12","modified_gmt":"2013-10-20T18:34:12","slug":"juifs-et-musulmans-se-sont-ils-tant-hais","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/juifs-et-musulmans-se-sont-ils-tant-hais\/","title":{"rendered":"Juifs et musulmans: se sont-ils tant ha\u00efs ?"},"content":{"rendered":"<div>\n<p>\n\t\tJuifs et musulmans: se sont-ils tant ha&iuml;s&nbsp;?<\/p>\n<\/div>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<div>\n<p>\n\t\tMARTINE GOZLAN &#8211; MARIANNE<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\tA l&#39;initiative d&#39;Abdelwahab Meddeb et Benjamin Stora, une passionnante et rigoureuse &quot;Histoire des relations entre juifs et musulmans des origines &agrave; nos jours&quot; fait table rase des pr&eacute;jug&eacute;s.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<div id=\"para_1\">\n<div>\n<p>\n\t\t\t\tSi les hommes prenaient la peine de se pencher sur l&#39;histoire, ils se ha&iuml;raient moins. Pas n&#39;importe laquelle, attention. Pas l&#39;histoire tron&ccedil;onn&eacute;e par l&#39;id&eacute;ologie, ni r&eacute;crite ou embellie par la d&eacute;magogie. Simplement la grande histoire, celle qui court de si&egrave;cle en si&egrave;cle, m&ecirc;lant dans son flot les alluvions de la haine et du d&eacute;sir, de la proximit&eacute; et de l&#39;&eacute;loignement, de la rivalit&eacute; et de la fraternit&eacute;. L&#39;historien Benjamin Stora et le po&egrave;te Abdelwahab Meddeb ont voulu relever ce d&eacute;fi &agrave; l&#39;aune d&#39;une saga qui leur colle &agrave; la peau, aux mots, au c&oelig;ur : celle des juifs et des musulmans. Le premier est n&eacute; &agrave; Constantine et se souvient d&#39;une grand-m&egrave;re &laquo;habill&eacute;e &agrave; l&#39;indig&egrave;ne et qui ne parlait que l&#39;arabe&raquo;. Le second, fils de Tunis, &eacute;voque avec m&eacute;lancolie &laquo;la rumeur de la pri&egrave;re juive&raquo; et ses copains des ann&eacute;es 60 qui &laquo;mettaient en sc&egrave;ne le plaisir des jours et des nuits aux terrasses et dans les caf&eacute;s&raquo;. Meddeb et Stora, dans leurs parcours respectifs, n&#39;ont jamais cess&eacute; de marcher vers l&#39;autre, baign&eacute;s par l&#39;universalisme que r&eacute;cusent aujourd&#39;hui tant d&#39;apprentis sorciers. Avec de tels guides, la premi&egrave;re encyclop&eacute;die des relations entre juifs et musulmans, de Mahomet &agrave; Isra&euml;l, des tribus juives d&#39;Arabie aux derniers h&eacute;bra&iuml;sants d&#39;Ispahan, ne pouvait d&eacute;river ni vers l&#39;ang&eacute;lisme ni vers le lamento. &laquo;Nous avons tenu &agrave; d&eacute;passer le prisme qui isole chacune des deux entit&eacute;s, expliquent-ils. Nous avons voulu d&eacute;border les fronti&egrave;res pour traverser les contraintes des communautarismes et des nationalismes&#8230;&raquo;&nbsp;<\/p>\n<p>\t\t\t\t<strong>Proximit&eacute; et rivalit&eacute;&nbsp;<\/strong><\/p>\n<p>\t\t\t\tUne pl&eacute;iade de sp&eacute;cialistes du monde entier ont donc &eacute;t&eacute; convoqu&eacute;s pour cette &eacute;norme enqu&ecirc;te. En savant tapis volant, et en remontant le temps, &agrave; rebours des pr&eacute;jug&eacute;s, nous survolons M&eacute;dine, Le Caire, Bagdad, Tol&egrave;de, J&eacute;rusalem, Salonique, Casablanca, Sanaa&#8230; O&ugrave; donc juifs et musulmans, aujourd&#39;hui totalement s&eacute;par&eacute;s, ne se sont-ils pas c&ocirc;toy&eacute;s ? D&egrave;s le d&eacute;part, les uns et les autres partageaient le m&ecirc;me espace g&eacute;ographique et linguistique.&nbsp;<\/p>\n<p>\t\t\t\tA la naissance de Mahomet, en 570, &laquo;on pouvait trouver des juifs dans toutes les sph&egrave;res de la soci&eacute;t&eacute; arabe, nous apprend le chercheur am&eacute;ricain Gordon D. Newby, ils &eacute;taient marchands, nomades, fermiers, po&egrave;tes, artisans et guerriers. Ils vivaient dans des forteresses, en ville, ou sous la tente, dans le d&eacute;sert. Ils parlaient l&#39;arabe classique, le jud&eacute;o-arabe et l&#39;aram&eacute;en&#8230;&raquo;&nbsp;<\/p>\n<p>\t\t\t\tQue l&#39;islam soit n&eacute; dans un milieu largement irrigu&eacute; de juda&iuml;sme, aucun texte islamique des origines ne le nie. Le premier r&eacute;dacteur de la vie de Mahomet, Ibn Ishaq, qui &eacute;crit sa biographie, la Sira, un si&egrave;cle apr&egrave;s la mort du proph&egrave;te de l&#39;islam, a m&ecirc;me interview&eacute; les juifs quittant M&eacute;dine pour la Terre sainte au fur et &agrave; mesure que les musulmans acqu&eacute;raient les terres des non-musulmans. Que le Coran refl&egrave;te une ambivalence vis-&agrave;-vis des juifs &#8211; de la reprise admirative de leur h&eacute;ritage &agrave; la d&eacute;testation et aux massacres des tribus -, c&#39;est tout aussi ind&eacute;niable. Mahomet a observ&eacute; et &eacute;tudi&eacute; les juifs, puis tent&eacute; de les gagner &agrave; lui en reprenant clairement la plupart de leurs rituels et l&eacute;gendes : la pri&egrave;re vers J&eacute;rusalem (abolie apr&egrave;s la rupture), les interdits culinaires, les je&ucirc;nes, les proph&egrave;tes, la saga biblique. Les tribus restant sceptiques et fid&egrave;les &agrave; leurs propres croyances, elles furent pass&eacute;es au fil de l&#39;&eacute;p&eacute;e.&nbsp;<\/p>\n<p>\t\t\t\tMais il resta quelque chose de profond&eacute;ment juif dans l&#39;islam ! Au fil des travaux r&eacute;unis par nos encyclop&eacute;distes, on ne peut &eacute;luder cette r&eacute;alit&eacute; : d&egrave;s les origines, il existe entre juifs et musulmans une proximit&eacute; religieuse et une rivalit&eacute; politique.&nbsp;<\/p>\n<p>\t\t\t\tTout &eacute;tait donc &eacute;crit ? Ils l&#39;&eacute;crivirent eux-m&ecirc;mes. Les th&eacute;ologies se r&eacute;pondirent et les philosophies se confront&egrave;rent, les grammaires se compl&eacute;t&egrave;rent &#8211; saluons la part importante faite &agrave; la comparaison des langues &#8211; et les rationalismes s&#39;entrem&ecirc;l&egrave;rent de Ma&iuml;monide &agrave; Averro&egrave;s. &laquo;Ce n&#39;est pas une co&iuml;ncidence si les quatre po&egrave;tes juifs les plus reconnus d&#39;Andalousie, Samuel Ha-Naguid, Schelomo Ibn Gabirol, Yehuda Halevi et Moshe Ibn Ezra &eacute;taient de parfaits connaisseurs de la langue arabe et des diverses branches du savoir dont cette langue leur ouvrait les portes&raquo;, &eacute;crit l&#39;universitaire espagnole Mercedes Garcia-Arenal. Du Bagdad des Abbassides &agrave; la Cordoue d&#39;Al-Andalus jusqu&#39;&agrave; l&#39;Empire ottoman, chaque &eacute;poque islamique glorieuse m&eacute;nage paradoxalement sa part juive. M&eacute;decins, banquiers, lettr&eacute;s affluent dans les cours califales.&nbsp;<\/p>\n<p>\t\t\t\tMais, quand sonne l&#39;heure du repli, quand d&eacute;ferle l&#39;hyst&eacute;rie int&eacute;griste, les juifs trinquent. Mellahs, quartiers s&eacute;par&eacute;s, confinements, acc&egrave;s de fureur, &eacute;gorgements. Un conseiller juif est trop choy&eacute; par un sultan ? Le sultan rival y mettra bon ordre, en semant rumeurs et d&eacute;sordres. Pourtant, on s&#39;accuse, on se hait tout en se refl&eacute;tant. Rien n&#39;est plus semblable &agrave; la modulation du Coran dans les mosqu&eacute;es que celle de la Torah dans les synagogues. M&ecirc;me supplication ondul&eacute;e, m&ecirc;me communaut&eacute; fusionnelle, m&ecirc;me nudit&eacute; de l&#39;espace pour ne pas offenser ce Dieu, Allah-Elohim, qui ne peut &ecirc;tre qualifi&eacute; d&#39;aucun nom, ni confondu avec aucune statue. &laquo;Le c&oelig;ur liturgique de la pri&egrave;re quotidienne musulmane est la fatiha ou ouverture du Coran. Or, cette fatiha comprend des termes et expressions qui rappellent les pri&egrave;res et les textes juifs, souligne Reuven Firestone, directeur &agrave; Los Angeles du Centre pour l&#39;engagement jud&eacute;o-musulman, et le nom m&ecirc;me de la fatiha fait &eacute;cho &agrave; la petiha h&eacute;bra&iuml;que.&raquo;&nbsp;<\/p>\n<p>\t\t\t\t<strong>Obscurit&eacute; et lumi&egrave;re<\/strong>&nbsp;<\/p>\n<p>\t\t\t\tCette g&eacute;mellit&eacute; troublante se perp&eacute;tue dans un monde in&eacute;galitaire. Si, en Occident, il ne pouvait y avoir de familiarit&eacute; entre les pratiques chr&eacute;tiennes et juives, en Orient, ce sont quasiment des fr&egrave;res qui se divisent en dominants et domin&eacute;s. Le drame des enfants d&#39;Abraham est l&agrave; tout entier : c&#39;est l&#39;immense m&eacute;rite de l&#39;ouvrage d&#39;en montrer les c&ocirc;t&eacute;s obscurs autant que lumineux. Non, il n&#39;y eut pas, sur le long terme, de coexistence idyllique. Pas d&#39;&acirc;ge d&#39;or et de tol&eacute;rance d&eacute;vast&eacute; par le sionisme : cela, c&#39;est la propagande antisioniste et antis&eacute;mite qui le pr&eacute;tend, les deux s&#39;&eacute;tant depuis longtemps rejointes. Mais il n&#39;y eut pas, non plus, d&#39;enfer au long cours, de constantes t&eacute;n&egrave;bres, comme le ressasse la propagande adverse. Jusqu&#39;&agrave; ce que leur univers s&#39;inverse avec la cr&eacute;ation d&#39;Isra&euml;l et le sid&eacute;rant retour d&#39;une souverainet&eacute; juive apr&egrave;s mille deux cents ans de dhimmitude (statut inf&eacute;rieur des &laquo;gens du Livre&raquo; codifi&eacute; par la charia), juifs et musulmans se parl&egrave;rent. Il faut le r&eacute;p&eacute;ter, confort&eacute; par les explorations de cette encyclop&eacute;die qui devrait figurer dans toutes les biblioth&egrave;ques diplomatiques.&nbsp;<\/p>\n<p>\t\t\t\tL&#39;&eacute;change n&#39;&eacute;tait pas seulement religieux et intellectuel : il concernait le corps, les parfums, les m&oelig;urs, la musique, les aliments. Bien s&ucirc;r, l&#39;&eacute;rotisme entra en jeu, dans les coulisses de l&#39;interdit. &laquo;La distance qui nous s&eacute;parait nous fascinait&raquo;, r&eacute;sume le romancier juif irakien Na&iuml;m Kattan, en &eacute;voquant dans Adieu Babylone son premier amour pour une jeune musulmane.&nbsp;<\/p>\n<p>\t\t\t\tA Bagdad, toujours, voil&agrave; dix ans, des artistes &eacute;voquaient, devant l&#39;auteur de ces lignes, la chanteuse juive Salima Mourad, &eacute;pouse du c&eacute;l&egrave;bre crooner des ann&eacute;es 40 Nazem al-Ghazali. &laquo;Leur couple refl&eacute;tait tout l&#39;ancien charme irakien&raquo;, nous confiaient-ils avec nostalgie lors d&#39;une visite au tombeau du proph&egrave;te Ez&eacute;chiel, sur les bords de l&#39;Euphrate. Dans le sanctuaire s&#39;enla&ccedil;aient versets coraniques et inscriptions h&eacute;bra&iuml;ques. Al-Qaida n&#39;&eacute;tait pas encore arriv&eacute;e jusque-l&agrave;&#8230; R&eacute;cemment, un audacieux auteur y&eacute;m&eacute;nite, Ali al-Muqri, s&#39;est attaqu&eacute; au tabou majeur avec son roman le Beau Juif (Liana Levi), chronique d&#39;une passion jud&eacute;o-musulmane dans le Y&eacute;men du XVIIe si&egrave;cle. Il est menac&eacute; de mort.&nbsp;<\/p>\n<p>\t\t\t\tEn Isra&euml;l m&ecirc;me, les juifs orientaux, venus d&#39;Irak, du Maghreb, de Syrie, d&#39;Egypte, ne peuvent se d&eacute;faire de leur double nature. Ils la refoulent avec d&#39;autant plus d&#39;inqui&eacute;tude. &laquo;Le corps du juif oriental ou juif arabe est pris au pi&egrave;ge d&#39;une situation contradictoire. Il est juif spirituellement et culturellement, mais physiquement il est le jumeau de l&#39;ennemi arabe&raquo;, &eacute;crit Samir Ben-Layashi, chercheur &agrave; l&#39;universit&eacute; de Tel-Aviv. La premi&egrave;re amante du plus grand po&egrave;te palestinien, Mahmoud Darwich, &eacute;tait juive. L&#39;ode &agrave; Rita fera le tour du monde arabe.&nbsp;<\/p>\n<p>\t\t\t\tLe v&oelig;u de Meddeb et Stora, capitaines de cette travers&eacute;e de quatorze si&egrave;cles d&#39;histoire commune, avec le concours, entre autres, des Mahmoud Hussein, Henry Laurens, Elias Sanbar, Michel Abitbol, Denis Charbit ? &laquo;En lisant cette somme encyclop&eacute;dique, tout juif pourra se mettre &agrave; la place du musulman et tout musulman, &agrave; la place du juif, pour suspendre l&#39;exclusivisme&#8230;&raquo;&nbsp;<\/p>\n<p>\t\t\t\tVingt ans apr&egrave;s les accords d&#39;Oslo, de septembre 1993, alors que le sang r&eacute;pond toujours au sang, peut-on dire &laquo;Inch Allah&raquo; ou, en h&eacute;breu, &laquo;Beezrat Hachem&raquo; ? A l&#39;&eacute;poque, lorsque les fr&egrave;res ennemis s&#39;embrassaient sur la pelouse de la Maison-Blanche, on r&eacute;p&eacute;tait bien : &laquo;Salam Shalom !&raquo;M.G.&nbsp;<\/p>\n<p>\t\t\t\tHistoire des relations entre juifs et musulmans des origines &agrave; nos jours,&nbsp;sous la direction d&#39;Abdelwahab Meddeb et Benjamin Stora, Albin Michel, 1 200 p., 200 illustrations, 59 &euro;.&nbsp;<\/p>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Juifs et musulmans: se sont-ils tant ha&iuml;s&nbsp;? &nbsp; MARTINE GOZLAN &#8211; MARIANNE &nbsp; &nbsp; A l&#39;initiative d&#39;Abdelwahab Meddeb et Benjamin Stora, une passionnante et rigoureuse &quot;Histoire des relations entre juifs et musulmans des origines &agrave; nos jours&quot; fait table rase des pr&eacute;jug&eacute;s. 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