{"id":771,"date":"2011-01-23T23:29:00","date_gmt":"2011-01-23T23:29:00","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=771"},"modified":"2011-01-23T23:30:09","modified_gmt":"2011-01-23T23:30:09","slug":"dans-la-tunisie-de-ben-ali-letrange-culte-du-chiffre-7","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/dans-la-tunisie-de-ben-ali-letrange-culte-du-chiffre-7\/","title":{"rendered":"Dans la Tunisie de Ben Ali, l\u2019\u00e9trange culte du chiffre 7"},"content":{"rendered":"<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<table border=\"0\" cellpadding=\"0\" cellspacing=\"0\" width=\"100%\">\n<tbody>\n<tr>\n<td>\n<p>\n\t\t\t\t\tDans la Tunisie de Ben Ali, l&#39;&eacute;trange culte du chiffre 7<\/p>\n<p>\n\t\t\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\t\t\t<strong>Par ELODIE AUFFRAY &#8211;<\/strong>&nbsp;Ne l&#39;appelez plus TV7. L&#39;unique cha&icirc;ne de t&eacute;l&eacute;vision publique tunisienne a chang&eacute; de nom et de logo ce week-end. C&#39;est d&eacute;sormais la &laquo;T&eacute;l&eacute;vision tunisienne nationale&raquo;. Le rouge et le blanc, couleurs du drapeau national, ont remplac&eacute; le mauve, couleur f&eacute;tiche du r&eacute;gime de Ben Ali. Et plus aucune r&eacute;f&eacute;rence au chiffre sept, autre symbole d&#39;un v&eacute;ritable culte de la personnalit&eacute; instaur&eacute; par le dictateur d&eacute;chu.<\/p>\n<p>\t\t\t\tEn 23 ans de r&egrave;gne, le sept s&#39;est instill&eacute; partout. &laquo;Place du 7 novembre, rue du 7, Avenue du 7, Boulevard du 7, A&eacute;roport du 7, Universit&eacute; du 7, Epicerie du 7, Pharmacie du 7, Stade du 7, Caf&eacute; du 7&#8230;&raquo;, recense, dans un groupe Facebook &laquo;contre le ridicule culte du chiffre sept&raquo;, le cybermilitant Hamadi Kaloutcha, de son vrai nom Soufiene Bel Haj.<\/p>\n<p>\n\t\t\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\t\t\t<strong>Marquer le territoire<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\t\t\t\t&laquo;Il y a des rues du 7 novembre, des monuments du 7 novembre, dans le moindre petit village. Le pouvoir a utilis&eacute; cet embl&egrave;me pour marquer le territoire, quadriller l&#39;espace&raquo;, rapporte le sociologue Vincent Geisser, chercheur &agrave; l&#39;Institut de recherches et d&#39;&eacute;tudes sur le monde arabe et musulman (IREMAN) et coauteur du Syndrome autoritaire: politique en Tunisie de Bourguiba &agrave; Ben Ali.<\/p>\n<p>\n\t\t\t\t\tPourquoi le sept? &laquo;Il se murmure dans la population que Ben Ali est un superstitieux&raquo;, souligne Vincent Geisser. Cet homme issu de l&#39;arm&eacute;e est arriv&eacute; au pouvoir le 7 novembre 1987 apr&egrave;s un coup d&#39;Etat. Ce matin l&agrave;, sept m&eacute;decins sont convoqu&eacute;s pour &eacute;tablir un rapport m&eacute;dical attestant de l&#39;incapacit&eacute; du pr&eacute;sident Habib Bourguiba, le p&egrave;re de l&#39;ind&eacute;pendance tunisienne, &agrave; assumer ses fonctions. La prise du pouvoir par le Premier ministre Ben Ali est alors un espoir pour le peuple tunisien. Le putschiste promet l&#39;ouverture, la d&eacute;mocratie, le multipartisme. On sait ce qu&#39;il adviendra de ces promesses.<\/p>\n<p>\n\t\t\t\t\tLe sept est devenu &laquo;l&#39;embl&egrave;me chiffr&eacute; du coup d&#39;Etat, que la rh&eacute;torique benalienne nomme &quot;le Changement&quot;, &agrave; partir duquel s&#39;ouvre &quot;l&#39;&egrave;re nouvelle&quot;&raquo;, raconte Vincent Geisser. Pour marquer le changement, les statues de Bourguiba sont d&eacute;truites, remplac&eacute;es par des horloges, symbole de ces temps nouveaux.<\/p>\n<p>\n\t\t\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\t\t\t<strong>Billets, timbres, commerces, cong&eacute;s<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\t\t\t\t&laquo;Le r&eacute;gime a trouv&eacute; avec ce chiffre un substitut plus ou moins subtil aux statues &eacute;rig&eacute;es par le despote. Cela traduit une difficult&eacute; &agrave; assumer le culte de la personnalit&eacute;. On a voulu marquer la rupture avec les r&eacute;gimes autoritaires de l&#39;apr&egrave;s-ind&eacute;pendance, mais c&#39;est bien un culte de la personnalit&eacute;, qui ne veut pas dire son nom, qui utilise une image euph&eacute;misante, mais qui permet l&#39;&eacute;conomie de dire qu&#39;on est revenu &agrave; l&#39;ancien r&eacute;gime&raquo;, explique Vincent Geisser, qui juge les monuments &eacute;rig&eacute;s &laquo;hideux&raquo;. &laquo;C&#39;&eacute;tait le mauvais go&ucirc;t de Ben Ali dans toute sa splendeur. La vulgarit&eacute; et le kitsch de ce r&eacute;gime transparaissait &agrave; travers ces monuments&raquo;.<\/p>\n<p>\n\t\t\t\t\tOutre monuments et rues, le sept est imprim&eacute; sur les billets de banque, sur des timbres (ici &agrave; l&#39;occasion des 20 ans de pouvoir de Ben Ali), au dos des cartes d&#39;identit&eacute; o&ugrave; volent sept colombes. L&#39;indicatif t&eacute;l&eacute;phonique est devenu le 7 au lieu du z&eacute;ro. Le 7 novembre, qui donne lieu &agrave; sept jours de cong&eacute;s, a dam&eacute; le pion au 20 mars, jour o&ugrave; les Tunisiens c&eacute;l&egrave;brent leur ind&eacute;pendance. Des d&eacute;fil&eacute;s, des concerts gratuits, des rassemblements sont organis&eacute;s ce jour-l&agrave;.<\/p>\n<p>\n\t\t\t\t\t<strong>La boucherie du 7 novembre<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\t\t\t\tLes commerces adoptent une enseigne affubl&eacute;e du chiffre sept. &laquo;Beaucoup de fleuristes s&#39;appelaient fleuristes du 7 novembre, probablement en reconnaissance de ceux qui leur avaient permis d&#39;obtenir une licence pour exercer le m&eacute;tier, raconte encore Hamadi Kaloutcha. Par exc&egrave;s de z&egrave;le, un boucher avait m&ecirc;me baptis&eacute; son commerce &quot;la boucherie du 7 novembre&quot;. Il lui a &eacute;t&eacute; demand&eacute; de changer l&#39;enseigne&raquo;. Le blogueur ne tarit pas d&#39;anecdotes significatives, racontant encore comment &laquo;quand on doit d&eacute;corer un rond-point, on y plante sept arbres&raquo;. M&ecirc;me les multiples int&eacute;ressent le despote: pour son troisi&egrave;me mandat, une cha&icirc;ne pour les jeunes est cr&eacute;&eacute;e, baptis&eacute;e Canal 21. Ironie du sort, Ben Ali tombera un 14 janvier.<\/p>\n<p>\n\t\t\t\t\tLe culte qui tourne au ridicule est devenu sujet de blagues dans la population bien avant le 14 janvier. &laquo;Quand [le syst&egrave;me d&#39;exploitation pour PC, ndlr] Windows 7 est arriv&eacute; en Tunisie, on s&#39;est dit que m&ecirc;me Microsoft s&#39;y mettait!&raquo;, plaisante Hamadi. Le jeune homme de 28 ans, qui a fait trois jours de prison d&eacute;but janvier pour ses activit&eacute;s de cybermilitant, a cr&eacute;&eacute; son groupe Faceboook &laquo;contre le ridicule culte du chiffre 7&raquo; &laquo;parce que certains avaient peur de s&#39;inscrire &agrave; mon autre groupe, clairement politique&raquo;, dit-il, affirmant avoir compt&eacute; jusqu&#39;&agrave; 3500 membres. Le groupe, cr&eacute;&eacute; en 2007, a &eacute;t&eacute; censur&eacute; en 2008.<\/p>\n<p>\n\t\t\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\t\t\t<strong>&laquo;Un signe d&#39;all&eacute;geance au pouvoir&raquo;<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\t\t\t\tLe caricaturiste politique _z_ ne s&#39;y est pas tromp&eacute; non plus. Dans ses dessins, le blogueur tunisien raille le culte du chiffre sept, et d&eacute;peint une Tunisie prise en otage par &laquo;les mauves&raquo;.<\/p>\n<p>\n\t\t\t\t\tLe mauve est un autre &eacute;l&eacute;ment de la &laquo;chor&eacute;graphie id&eacute;ologique et politique&raquo; selon Vincent Geisser. Une &laquo;couleur pr&eacute;sidentielle&raquo;, dit-il, aux c&ocirc;t&eacute;s du rouge et blanc tunisiens. Afficher la teinte &eacute;tait devenu &laquo;un signe d&#39;all&eacute;geance au pouvoir&raquo;, raconte Hamadi Kaloutcha. &laquo;Les barri&egrave;res des ponts &eacute;taient peintes en mauve, des maisons &eacute;taient repeintes en mauve. Lors des rassemblements du RCD [l&#39;ex-parti de Ben Ali, ndlr], tout le monde portait des &eacute;charpes mauves&raquo;. &laquo;Regardez cette profusion de mauve&raquo;, nous &eacute;crit le jeune homme en faisant suivre un lien vers cette vid&eacute;o:<\/p>\n<p>\n\t\t\t\t\tLors de la r&eacute;volution, de m&ecirc;me que sont retir&eacute;s des murs des commerces et des administrations les portraits de Ben Ali, de m&ecirc;me qu&#39;ont &eacute;t&eacute; arrach&eacute;s les posters g&eacute;ants du dictateur dans les villes (vid&eacute;o ici), le sept, symbole d&#39;un pouvoir m&eacute;prisant, a &eacute;t&eacute; attaqu&eacute;, comme sur cette vid&eacute;o tourn&eacute;e &agrave; Sousse, le 15 janvier:<\/p>\n<p>\n\t\t\t\t\tLa compagnie a&eacute;rienne Sevenair, baptis&eacute;e ainsi le 7\/07\/2007, devrait changer de nom prochainement. Des commer&ccedil;ants ont repeint ou retir&eacute; de leur enseigne toute r&eacute;f&eacute;rence au sept. Des plaques des rues du 7 novembre ont &eacute;t&eacute; arrach&eacute;es. D&#39;aucuns (exactement 3778, sur un groupe Facebook) demandent &agrave; ce que ces art&egrave;res soient rebaptis&eacute;es du nom de Mohamed Bouazizi. Celui qui, en s&#39;immolant par le feu, a d&eacute;clench&eacute; la r&eacute;volution tunisienne. Tout un symbole.<\/p>\n<p align=\"right\">\n\t\t\t\t\t<strong>Par ELODIE AUFFRAY<\/strong><\/p>\n<\/td>\n<td>\n\t\t\t\t&nbsp;<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; Dans la Tunisie de Ben Ali, l&#39;&eacute;trange culte du chiffre 7 &nbsp; Par ELODIE AUFFRAY &#8211;&nbsp;Ne l&#39;appelez plus TV7. L&#39;unique cha&icirc;ne de t&eacute;l&eacute;vision publique tunisienne a chang&eacute; de nom et de logo ce week-end. C&#39;est d&eacute;sormais la &laquo;T&eacute;l&eacute;vision tunisienne nationale&raquo;. 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