{"id":7715,"date":"2016-02-26T01:48:51","date_gmt":"2016-02-26T01:48:51","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=7715"},"modified":"2016-02-28T21:14:14","modified_gmt":"2016-02-28T21:14:14","slug":"de-carthage-a-jerusalem-la-communaute-juive-de-tunis-par-robert-attal-et-claude-sitbon","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/de-carthage-a-jerusalem-la-communaute-juive-de-tunis-par-robert-attal-et-claude-sitbon\/","title":{"rendered":"De Carthage \u00e0 J\u00e9rusalem : la communaut\u00e9 juive de Tunis, Par Robert Attal et Claude Sitbon"},"content":{"rendered":"<p>\n\tDe Carthage &agrave; J&eacute;rusalem : la communaut&eacute; juive de Tunis<\/p>\n<p>\tPar Robert Attal et Claude Sitbon<\/p>\n<p>\tLes juifs de Tunisie ont constitu&eacute; pendant des si&egrave;cles l&#39;une des plus anciennes communaut&eacute;s de la diaspora, jouant un r&ocirc;le de carrefour, attirant et assimilant les apports ethniques de tous les horizons. L&#39;&eacute;crivain Albert Memmi, originaire de cette communaut&eacute;, &eacute;crit : &quot; Quand je sus un peu d&#39;histoire, j&#39;en eus le vertige ; Ph&eacute;niciens, Romains, Vandales, Byzantins, Berb&egrave;res, Arabes, Espagnols, Turcs, Italiens, Fran&ccedil;ais, j&#39;en oublie et je dois en confondre. Cinq cents pas de promenade et l&#39;on change de civilisation.&quot;<\/p>\n<p>\t<strong>Les origines<\/strong><\/p>\n<p>\tOn ne peut dater avec certitude les premiers &eacute;tablissements juifs &agrave; l&#39;est du Maghreb. Peut-on les faire remonter &agrave; l&#39;&eacute;poque o&ugrave; la flotte du roi Salomon s&#39;associait &agrave; celle de Hiram, roi de Tyr, pour entreprendre de lointaines exp&eacute;ditions vers le pays de Tarshish ? Peut-on attribuer leur installation &agrave; la destruction, en 586 av. J.-C. du Premier Temple par Nabuchodonosor qui for&ccedil;a les juifs &agrave; prendre le chemin de l&#39;exil et &agrave; s&#39;&eacute;tablir en Babylonie, et &Eacute;gypte et ailleurs ? Doit-on plut&ocirc;t la rattacher au mouvement d&#39;&eacute;migration qui se d&eacute;veloppa au lendemain de la conqu&ecirc;te de la Jud&eacute;e par Alexandre, &agrave; la faveur de l&#39;hell&eacute;nisation du monde antique ?<\/p>\n<p>\tApr&egrave;s la conqu&ecirc;te romaine en 146 av. J.-C., la population juive de la province d&#39;Afrique se fit plus nombreuse. &Agrave; ceux d&eacute;j&agrave; implant&eacute;s dans le pays s&#39;ajout&egrave;rent ceux venus de Rome o&ugrave; une colonie juive est attest&eacute;e depuis la fin du IIe si&egrave;cle avant l&#39;&egrave;re chr&eacute;tienne et ceux de Jud&eacute;e apr&egrave;s la prise de J&eacute;rusalem par Titus en 70 ou de Cyr&eacute;na&iuml;que apr&egrave;s l&#39;&eacute;crasement de la r&eacute;volte juive de 115-117. La population juive s&#39;accrut encore par la conversion d&#39;autochtones de race berb&egrave;re, parmi lesquels les juifs de souche avaient d&eacute;ploy&eacute; un vigoureux effort de pros&eacute;lytisme.<\/p>\n<p>\tLa pr&eacute;sence de juifs dans l&#39;Afrique romaine est &eacute;voqu&eacute;e par des auteurs comme Tertullien et Saint Augustin ; par les inscriptions juives ou juda&iuml;santes que l&#39;on a retrouv&eacute;es dans plusieurs endroits ; par les vestiges de la n&eacute;cropole juive de Carthage et de la synagogue de Naro ; ou encore par le Talmud de Babylone et celui de J&eacute;rusalem qui rapportent les opinions de rabbins de Carthage, R. Abba et R. Hanina.<\/p>\n<p>\tLes juifs jouirent longtemps dans l&#39;Afrique romaine d&#39;un statut favorable qui leur reconnaissait des droits &eacute;gaux &agrave; ceux des pa&iuml;ens et leur permettait de se conformer en tous points aux prescriptions de leur religion. Il n&#39;en fut plus de m&ecirc;me lorsque le christianisme fut &eacute;rig&eacute; en religion d&#39;&Eacute;tat. Ils firent alors l&#39;objet de diverses mesures discriminatoires, furent exclus de toutes les fonctions publiques, leur pros&eacute;lytisme puni de lourdes peines et la construction de nouvelles synagogues interdite.<\/p>\n<p>\tSous la domination vandale au Ve si&egrave;cle, toutes ces mesures furent abrog&eacute;es. Mais la reconqu&ecirc;te byzantine fut suivie d&#39;une politique d&#39;intol&eacute;rance : les anciennes mesures discriminatoires furent remises en vigueur, les synagogues transform&eacute;es en &eacute;glises, le culte juif proscrit et les juifs contraints de se convertir au christianisme. Pers&eacute;cut&eacute;s dans les territoires sous h&eacute;g&eacute;monie byzantine, ils quitt&egrave;rent alors les grandes villes pour aller s&#39;&eacute;tablir dans les r&eacute;gions montagneuses et aux confins du d&eacute;sert, au milieu des populations berb&egrave;res, et firent parmi elles de nouvelles conversions au juda&iuml;sme.<\/p>\n<p>\t<strong>Apr&egrave;s la conqu&ecirc;te arabe<\/strong><\/p>\n<p>\tLa conqu&ecirc;te arabe du VIIe si&egrave;cle se heurta longtemps &agrave; la r&eacute;sistance farouche des Berb&egrave;res. &Agrave; la lutte contre les envahisseurs prirent une part active des tribus berb&egrave;res juda&iuml;s&eacute;es avec, &agrave; leur t&ecirc;te, la reine de l&#39;Aur&egrave;s, la Kah&eacute;na, dont l&#39;historien Ibn Khaldoun affirme qu&#39;elle &eacute;tait juive. Les conqu&eacute;rants arabes finirent par se rendre ma&icirc;tres du pays. Ils contraignirent par la force des armes les populations pa&iuml;ennes locales &agrave; se convertir &agrave; l&#39;islam, mais reconnurent aux &quot; Hommes du Livre &quot;, adeptes du monoth&eacute;isme &#8211; juifs et chr&eacute;tiens &#8211; le droit de pratiquer leur religion &agrave; condition de verser une capitation, la jezya, en retour de la protection ou dhimma, et d&#39;un statut inf&eacute;rieur &agrave; celui des musulmans.<\/p>\n<p>\tLes juifs de l&#39;ancienne province romaine d&#39;Afrique &ndash; l&#39;Ifriqiya &#8211; b&eacute;n&eacute;fici&egrave;rent de conditions de vie cl&eacute;mentes sous les dynasties aghlabite, fatimide et ziride. Ils vivaient dans la capitale, Kairouan &#8211; o&ugrave; des textes font mention d&#39;une hara al-yehoud &#8211; mais aussi &agrave; Sousse, Mahdia et Gab&egrave;s. Les innombrables documents de la Geniza du Caire, qui ont renouvel&eacute; nos connaissances du monde musulman au Moyen Age, t&eacute;moignent du r&ocirc;le que jouaient les juifs dans l&#39;&eacute;conomie de l&#39;Ifriqiya et plus particuli&egrave;rement dans ses &eacute;changes par terre et par mer avec Erets-Isra&euml;l, l&#39;Espagne et la Sicile, &#39;Egypte et l&#39;Inde. Les &eacute;tudes talmudiques s&#39;&eacute;panouirent sous l&acute;impulsion de Houshiel b. lhanan ; le m&eacute;decin et philosophe Itzhak b. Sulayman Israeli, n&eacute; au Caire mais &eacute;tabli &agrave; Kairouan, attacha son nom &agrave; des trait&eacute;s m&eacute;dicaux qui firent longtemps autorit&eacute; et &agrave; des &oelig;uvres philosophiques d&#39;inspiration n&eacute;o-platonicienne. Son disciple, Dounash ben Tamim, grammairien et philosophe, composa un important commentaire du Sefer Hayetsira, l&acute;un des plus anciens monuments de la Kabbale ; le savant Nissim b. Jacob a laiss&eacute;, entre autres, un recueil de contes &eacute;difiants intitul&eacute; Hibbur yaffe meha-yeshua (ou &quot; Livre de la consolation &quot;) qui constitue le premier livre de contes de la litt&eacute;rature juive m&eacute;di&eacute;vale.<\/p>\n<p>\tVers le milieu du XIe si&egrave;cle, l&#39;Ifriqiya fut secou&eacute;e par l&#39;invasion hilalienne. Les tribus des Bani-Hilal, cantonn&eacute;es jusque-l&agrave; en Basse-Egypte, s&#39;abattirent sur l&#39;Ifriqiya, d&eacute;vastant tout sur leur passage. Les Arabes hilaliens parvinrent en 1057 &agrave; s&#39;emparer de Kairouan en for&ccedil;ant la plupart de ses habitants juifs et musulmans &agrave; se r&eacute;fugier dans les villes c&ocirc;ti&egrave;res : Mahdia, Sousse et Tunis. C&#39;est alors, semble-t-il, que la communaut&eacute; juive de Tunis qui, selon la tradition orale, s&#39;&eacute;tait form&eacute;e &agrave; l&#39;&eacute;poque du jurisconsulte Sidi Mahrez (c. 1022), s&#39;&eacute;panouit &agrave; la faveur de la paix relative dont jouissait la ville tandis que le reste du pays &eacute;tait en proie &agrave; l&#39;anarchie.<\/p>\n<p>\tVers le milieu du XIIe si&egrave;cle, le souverain marocain Abd el-Moumen gagn&eacute; &agrave; la doctrine intransigeante almohade et d&eacute;cid&eacute; &agrave; la faire triompher, entreprit la conqu&ecirc;te de tout le Maghreb. Ayant franchi les fronti&egrave;res de l&#39;Ifriqiya, il n&#39;eut pas de peine &agrave; s&#39;en rendre ma&icirc;tre en 1160.Dans toutes les villes soumises &agrave; son autorit&eacute; il invita les juifs comme les chr&eacute;tiens &agrave; choisir entre la mort et la conversion &agrave; l&#39;islam.<\/p>\n<p>\tDes additions &agrave; une &eacute;l&eacute;gie du po&egrave;te Abraham Ibn Ezra font &eacute;tat des &eacute;preuves que travers&egrave;rent alors les communaut&eacute;s de Tunis, Sousse, Mahdia, Sfax, Gafsa, Gab&egrave;s et Djerba. Partout les juifs furent contraints de se convertir et tout en professant ext&eacute;rieurement l&#39;islam, ils rest&egrave;rent fid&egrave;les au juda&iuml;sme qu&#39;ils continu&egrave;rent d&#39;observer en secret. Les Almohades impos&egrave;rent &agrave; tous les juifs du Maghreb un signe distinctif, la shikla, et des v&ecirc;tements de forme et de couleur sp&eacute;ciales permettant de les reconna&icirc;tre.<\/p>\n<p>\tMa&iuml;monide qui traversa la M&eacute;diterran&eacute;e vers 1165 pour se rendre en Egypte, fit escale &agrave; Djerba. Il mentionnera bri&egrave;vement la communaut&eacute; juive r&eacute;sidant dans l&#39;&icirc;le et en dira peu de bien. Aux XIIIe et XIVe si&egrave;cles, la dynastie des Hafsides pr&eacute;sida aux destin&eacute;es du pays, faisant de Tunis leur capitale. Ses souverains revinrent &agrave; une conception plus lib&eacute;rale de l&#39;islam. Juifs comme chr&eacute;tiens furent de nouveau soumis au statut traditionnel des dhimmis : astreints &agrave; la capitation et objets de discriminations vestimentaires, mais ne subissant pas d&#39;entraves &agrave; leurs activit&eacute;s professionnelles. Ils exer&ccedil;aient les m&eacute;tiers d&#39;orf&egrave;vres, de teinturiers, de tailleurs, comme en t&eacute;moigne l&#39;onomastique juive; ils jouaient un r&ocirc;le notable dans les relations avec l&#39;&eacute;tranger ; ils &eacute;taient appel&eacute;s &agrave; exercer certaines charges officielles, telle celle de &quot; grand douanier &quot; g&eacute;n&eacute;ralement confi&eacute;e &agrave; un juif. Ils pouvaient en toute libert&eacute; exercer leur culte. Comme aux premiers si&egrave;cles de l&#39;islam, les communaut&eacute;s juives b&eacute;n&eacute;ficiaient d&#39;une relative autonomie qui leur permettait de s&#39;administrer et de satisfaire leurs besoins en mati&egrave;re cultuelle et sociale. Les &eacute;tudes talmudiques furent favoris&eacute;es par les contacts qui s&#39;&eacute;tablirent avec les savants rabbins d&#39;Alger, consult&eacute;s par les communaut&eacute;s tunisiennes sur de nombreux points de droit. Ce sont d&#39;ailleurs les &quot; responsa &quot; des d&eacute;cisionnaires d&#39;Alger qui constituent l&#39;une des meilleures sources d&#39;information sur les juifs de Tunisie sous les Hafsides.<\/p>\n<p>\tA la fin du XVe si&egrave;cle, les juifs chass&eacute;s d&#39;Espagne et du Portugal par les rois chr&eacute;tiens furent nombreux &agrave; trouver un refuge dans le Maghreb musulman. Mais les jud&eacute;o-espagnols se port&egrave;rent davantage vers le Maghreb oriental. Le petit nombre de ceux qui vinrent s&#39;&eacute;tablir en Tunisie expliquent qu&#39;ils n&#39;aient pas tard&eacute; &agrave; se fondre dans la masse des juifs indig&egrave;nes.<\/p>\n<p>\tAu XVIe si&egrave;cle, Turcs et Espagnols se disput&egrave;rent la possession de la Berb&eacute;rie orientale. Les juifs furent &eacute;prouv&eacute;s au cours des combats que se livr&egrave;rent les deux puissances ennemies, mais ni plus ni moins que les autres segments de la population locale. Lors de la prise de Tunis par les Espagnols en 1535, de nombreux juifs furent faits prisonniers et vendus comme esclaves dans plusieurs pays chr&eacute;tiens. Cependant, durant les quelque quarante ans que dura l&#39;occupation espagnole, il ne semble pas qu&#39;elle ait donn&eacute; lieu &agrave; la pers&eacute;cution syst&eacute;matique des juifs.<\/p>\n<p>\t<strong>Les deys et les beys<\/strong><\/p>\n<p>\tApr&egrave;s la victoire des Turcs sur les Espagnols en 1574, la Tunisie devint une province de L&#39;Empire ottoman qui acc&eacute;da peu &agrave; peu &agrave; une autonomie de fait sous les premiers deys, les beys de la dynastie mouradite et ceux de la dynastie husseinite.<\/p>\n<p>\tSous les deys et les beys les juifs jou&egrave;rent un grand r&ocirc;le dans les &eacute;changes commerciaux avec l&#39;&eacute;tranger. En relation d&#39;affaires avec l&#39;Europe, ils sont des interm&eacute;diaires efficaces dans la r&eacute;demption des chr&eacute;tiens captur&eacute;s par les corsaires barbaresques et r&eacute;duits en esclavage. Ils sont les seuls &agrave; exercer les m&eacute;tiers d&#39;orf&egrave;vre, de bijoutier et de joaillier, mais exercent aussi, comme les musulmans, ceux de tailleur, teinturier, cordonnier ou menuisier. Les souverains font souvent appel &agrave; eux, leur confient m&ecirc;me le monnayage de l&#39;or et de l&#39;argent.<\/p>\n<p>\tAux XVIIe et XVIIIe si&egrave;cles, les juifs faisaient toujours l&#39;objet de mesures discriminatoires : la chechia qui leur servait de coiffe devait &ecirc;tre de couleur noire &agrave; la diff&eacute;rence de celle des musulmans, rouge. Les juifs italiens qui s&#39;habillaient &agrave; l&#39;europ&eacute;enne, portaient des chapeaux ronds comme les marchands chr&eacute;tiens mais au d&eacute;but du XIXe un bey leur imposa le port d&#39;une calotte blanche. Les juifs &eacute;taient toujours astreints au paiement de la capitation. Ils devaient s&#39;acquitter d&#39;impositions suppl&eacute;mentaires chaque fois que le Tr&eacute;sor du prince &eacute;tait en difficult&eacute;. De plus, ils &eacute;taient p&eacute;riodiquement requis d&#39;accomplir des travaux d&#39;utilit&eacute; publique et se voyaient imposer des corv&eacute;es. A la fin du XVIIIe Hammouda Bey alla jusqu&acute;&agrave; leur d&eacute;nier le droit d&#39;acqu&eacute;rir et de poss&eacute;der des propri&eacute;t&eacute;s immobili&egrave;res.<\/p>\n<p>\tDe nombreux juifs d&#39;origine espagnole ou portugaise &eacute;tablis &agrave; Livourne entretenaient des relations commerciales avec la Tunisie, o&ugrave; certains venaient r&eacute;sider et faire souche. Ces &quot; Livournais &quot; ou Grana se firent de plus en plus nombreux au cours du XVIIe si&egrave;cle et prirent une large part aux activit&eacute;s de la population juive. Comme dans le pass&eacute; ils pouvaient professer leur religion sans entraves, s&#39;organiser en communaut&eacute;s pour faire face &agrave; toutes leurs d&eacute;penses en mati&egrave;re de culte et d&#39;assistance. Cependant, confin&eacute;s avec les juifs indig&egrave;nes dans les venelles &eacute;troites de la hara de unis, les Livournais supportent mal cette promiscuit&eacute;. La m&eacute;fiance des autochtones &agrave; leur endroit et les incompatibilit&eacute;s de m&oelig;urs seront &agrave; la source d&#39;une s&eacute;paration de fait des deux communaut&eacute;s en pr&eacute;sence, les Twansa (ou Tunisiens) d&#39;un c&ocirc;t&eacute;, les Grana (ou Livournais) de l&#39;autre. V&eacute;ritable schisme qui aura lieu en 1741 : chaque communaut&eacute; aura d&eacute;sormais ses synagogues, ses &eacute;coles, ses boucheries rituelles, son tribunal rabbinique, sa caisse de secours et son cimeti&egrave;re. Dans les autres villes de Tunisie, toutefois, les m&ecirc;mes institutions communautaires continu&egrave;rent &agrave; servir l&#39;ensemble de tous les fid&egrave;les.<\/p>\n<p>\tLe XVIIIe si&egrave;cle vit l&#39;essor des &eacute;tudes talmudiques dans toutes les communaut&eacute;s de Tunisie, et plus particuli&egrave;rement &agrave; Tunis. C&#39;est alors que les juifs de Tunis se rendront &agrave; Livourne pour faire imprimer, parrain&eacute;s par des m&eacute;c&egrave;nes tels les Roa et les Chemama, les oeuvres manuscrites de leurs ma&icirc;tres. Plus de cent ouvrages verront le jour du XVIIIe au XIXe si&egrave;cle, &agrave; une cadence annuelle de deux &agrave; trois volumes.<\/p>\n<p>\tLorsque les imprimeries juives locales commenc&egrave;rent &agrave; fonctionner, on imprima sur place des &oelig;uvres traitant pour la plupart avec ma&icirc;trise et &eacute;rudition, de commentaires talmudiques et de casuistique. De savants rabbins, tels Itszhak Lumbroso (mort en 1752), Messaoud El Fassi (mort en 1774) et Uziel el-Ha&iuml;k (mort en 1810) ont attach&eacute; leur nom &agrave; des &oelig;uvres qui furent imprim&eacute;es &agrave; Livourne bien apr&egrave;s leur mort. Rappelons que c&#39;est en 1768 que fut imprim&eacute; &agrave; Tunis le premier livre h&eacute;bra&iuml;que, Zera Itshak du rabbin Itshak Lumbroso. A la fin du XVIIIe, le rabbin &eacute;missaire de H&eacute;bron, Ha&iuml;m Yossef David Azoulay, qui s&eacute;journa dans le pays des beys, rendra hommage &agrave; la science des rabbins de Tunis, &quot; grande ville de savants et d&#39;&eacute;crivains.&quot;<\/p>\n<p>\tAu XIXe si&egrave;cle, la Tunisie des beys s&#39;ouvre de plus en plus largement aux influences europ&eacute;ennes. Le souverain Ahmed Bey (1837-1855) entreprend de moderniser son administration et son arm&eacute;e et inaugure une politique de r&eacute;formes. En vertu d&#39;un accord sign&eacute; au cours de l&#39;ann&eacute;e 1846, les juifs de Toscane qui se sont &eacute;tablis en Tunisie &agrave; une date r&eacute;cente ou qui viendront s&#39;y &eacute;tablir &agrave; l&#39;avenir, obtiennent le droit de conserver la qualit&eacute; de Toscans sans limitation de temps. Cette disposition encourage nombre de juifs de Livourne &agrave; venir s&#39;installer en Tunisie o&ugrave; ils constituent, &agrave; la diff&eacute;rence des Livournais arriv&eacute;s au XVIIe si&egrave;cle, une minorit&eacute; &eacute;trang&egrave;re plac&eacute;e sous la protection du consul de Toscane. La presque totalit&eacute; des juifs du pays n&#39;en continue pas moins &agrave; faire partie des sujets du Bey et &agrave; &ecirc;tre soumise au statut de dhimmis.<\/p>\n<p>\tC&#39;est ce statut qui allait &ecirc;tre mis en question par ce qu&#39;il faut bien appeler une manifestation de fanatisme. Un cocher juif du nom de Batou Sfez, en &eacute;tat d&#39;ivresse, eut une altercation avec un musulman. Celui-ci l&#39;accusa d&#39;avoir maudit la religion du Proph&egrave;te. Il n&#39;en fallut pas davantage pour que le cocher juif malmen&eacute; par une foule fanatis&eacute;e, f&ucirc;t arr&ecirc;t&eacute;, jug&eacute; et, conform&eacute;ment au droit musulman qui punit de mort le blasph&egrave;me, condamn&eacute; &agrave; la peine capitale et ex&eacute;cut&eacute; le 24 juin 1857. La rigueur de la peine, sans commune mesure avec la faute imput&eacute;e, soul&egrave;ve une vive &eacute;motion au sein de la population juive. Les consuls de France et d&#39;Angleterre &agrave; Tunis en tirent argument pour demander &agrave; Mohamed Bey de s&#39;engager dans la voie de r&eacute;formes lib&eacute;rales, analogues &agrave; celles d&eacute;cr&eacute;t&eacute;es dans l&#39;Empire ottoman. Des pressions de plus en plus vives am&egrave;nent Mohamed Bey &agrave; proclamer le 10 septembre 1857, sous le nom de Pacte Fondamental, une d&eacute;claration de principes accordant de larges garanties &agrave; tous : nationaux et &eacute;trangers, qu&#39;ils soient musulmans, juifs ou chr&eacute;tiens. Son successeur, Mohamed es-Sadok Bey y ajoute une constitution en date du 26 avril 1861 qui fit du pays une mani&egrave;re de monarchie parlementaire. Ces textes novateurs mettent fin &agrave; toutes les mesures discriminatoires officielles dont les juifs p&acirc;tirent dans le pass&eacute;, en leur reconnaissant les m&ecirc;mes droits et les m&ecirc;mes devoirs qu&#39;aux musulmans.<\/p>\n<p>\tLes r&eacute;formes introduites par ces beys ne tard&egrave;rent pas &agrave; grever les finances publiques. Pour y faire face, les beys furent amen&eacute;s &agrave; majorer les imp&ocirc;ts en vigueur, en exasp&eacute;rant les masses. La r&eacute;volte de 1864 amena le pouvoir &agrave; suspendre l&#39;application de la constitution et &agrave; donner un coup d&#39;arr&ecirc;t aux r&eacute;formes. Mais les juifs n&#39;eurent pas &agrave; souffrir d&#39;une remise en vigueur des anciennes discriminations. Pour venir &agrave; bout de la r&eacute;volte populaire, le bey avait d&ucirc; contracter un certain nombre d&#39;emprunts dont les arr&eacute;rages pesaient lourdement sur le budget. Ne pouvant plus honorer ses engagements, la Tunisie se vit imposer en 1869 la cr&eacute;ation d&#39;une Commission financi&egrave;re internationale. D&egrave;s lors le pays devint le th&eacute;&acirc;tre de la lutte d&#39;influence des puissances et la p&eacute;n&eacute;tration &eacute;conomique de la France, de l&#39;Angleterre et de l&#39;Italie s&#39;intensifia. Un certain nombre de juifs tunisiens qui entretenaient des relations commerciales avec les puissances europ&eacute;ennes obtinrent leur protection, ce qui leur permettait, tout en conservant la nationalit&eacute; tunisienne et le statut ersonnel d&eacute;fini par le droit mosa&iuml;que, de devenir justiciables des juridictions consulaires, &agrave; l&#39;&eacute;gal des ressortissants &eacute;trangers, &eacute;chappant ainsi &agrave; l&#39;arbitraire de l&#39;administration beylicale. L&#39;influence de l&#39;Europe s&#39;exer&ccedil;ait &eacute;galement sur le plan culturel. Les enfants des familles de la bourgeoisie tunisoise fr&eacute;quentaient des &eacute;coles protestantes. L&#39;&eacute;cole ouverte &agrave; Tunis par l&#39;Alliance isra&eacute;lite universelle en 1878 permit aux familles juives de toutes les classes sociales d&#39;y envoyer leurs enfants. Tout en faisant une place &agrave; l&#39;histoire juive et &agrave; l&#39;enseignement de l&#39;h&eacute;breu, celle-ci dispensait les programmes des &eacute;coles fran&ccedil;aises. D&egrave;s lors s&#39;amor&ccedil;a une &eacute;volution de la population juive qui devait s&#39;amplifier sous le Protectorat fran&ccedil;ais institu&eacute; le 12 mai 1881 par le trait&eacute; du Bardo.<\/p>\n<p>\t<strong>Le protectorat fran&ccedil;ais<\/strong><\/p>\n<p>\tLe protectorat fran&ccedil;ais fut accueilli avec un certain enthousiasme par des juifs de Tunisie, convaincus que leur condition s&#39;am&eacute;liorerait sous l&#39;&eacute;gide d&#39;une France qui avait &eacute;t&eacute; la premi&egrave;re nation &agrave; &eacute;manciper les juifs. Et de fait, la situation &eacute;conomique de la communaut&eacute; juive prosp&eacute;ra &agrave; la faveur de l&#39;&eacute;conomie coloniale. &Agrave; la premi&egrave;re &eacute;cole de l&#39;Alliance isra&eacute;lite s&#39;en ajout&egrave;rent de nouvelles &agrave; Tunis, Sousse et Sfax. Mais la jeunesse juive fut aussi de plus en plus nombreuse &agrave; fr&eacute;quenter les &eacute;coles publiques ouvertes dans les villes de Tunisie. La scolarisation des nouvelles g&eacute;n&eacute;rations engendra l&#39;acculturation de la population juive. Les familles juives ais&eacute;es abandonn&egrave;rent la hara pour s&#39;installer dans les nouveaux quartiers &quot; europ&eacute;ens &quot;. Des imprimeries juives furent cr&eacute;&eacute;es qui permirent l&#39;impression de livres de pri&egrave;re et de trait&eacute;s talmudiques compos&eacute;s par des rabbins tunisiens, mais aussi de publications en jud&eacute;o-arabe.<\/p>\n<p>\tUne litt&eacute;rature populaire en jud&eacute;o-arabe (r&eacute;dig&eacute;e en caract&egrave;res h&eacute;bra&iuml;ques) se d&eacute;veloppa vers 1860 avant de s&#39;&eacute;teindre compl&egrave;tement en 1960. Comme toute litt&eacute;rature naissante, elle &eacute;tait compos&eacute;e d&#39;&oelig;uvres d&#39;emprunts, de traductions ou d&#39;imitations de l&#39;arabe, de l&#39;h&eacute;breu et du fran&ccedil;ais. Pr&egrave;s de 1200 &eacute;crits verront le jour durant cette p&eacute;riode : nouvelles, contes, &eacute;l&eacute;gies, chansons b&eacute;douines ou &eacute;gyptiennes, pol&eacute;miques, faits divers et probl&egrave;mes d&#39;actualit&eacute;. &Agrave; cette production, il faut ajouter plus de soixante journaux quotidiens, hebdomadaires ou bulletins &eacute;ph&eacute;m&egrave;res. &Agrave; son apog&eacute;e, cette litt&eacute;rature locale dont le but &eacute;tait de divertir et d&#39;instruire les masses d&eacute;passera les fronti&egrave;res de la Tunisie et sera lue dans tout le Maghreb, de Benghazi &agrave; Casablanca.<\/p>\n<p>\tLes liens entretenus par la communaut&eacute; juive de Tunisie avec celle de Palestine ne se d&eacute;mentirent jamais. L&#39;&eacute;mergence du mouvement sioniste en Europe inspira la formation de plusieurs organismes sionistes : Agoudat Sion, Yoshevet Sion, Terahem Sion qui, en 1920, s&#39;unifi&egrave;rent en une F&eacute;d&eacute;ration sioniste officielle. Des cours d&#39;h&eacute;breu moderne sont dispens&eacute;s, et un grand int&eacute;r&ecirc;t est manifest&eacute; pour les probl&egrave;mes sociaux, &eacute;conomiques et politiques v&eacute;cus par la communaut&eacute; juive de Palestine. D&egrave;s 1929 est cr&eacute;&eacute; en Tunisie le mouvement pionnier Hashomer Hatsa&iuml;r, suivi, en 1933 du mouvement r&eacute;visionniste Betar qui sera appel&eacute; &agrave; devenir la base de l&#39;impulsion sioniste future en Tunisie.<\/p>\n<p>\tL&#39;adoption des m&oelig;urs et de la culture fran&ccedil;aises s&#39;intensifie. L&#39;occidentalisation se traduit encore par l&#39;adoption de nouveaux mod&egrave;les familiaux et l&#39;affaiblissement des pratiques religieuses dans les classes dites &quot; &eacute;volu&eacute;es &quot;. D&eacute;sormais les publications en jud&eacute;o-arabe sont d&eacute;laiss&eacute;es pour les journaux et revues en fran&ccedil;ais, langue dans laquelle les &eacute;crivains juifs tunisiens d&#39;apr&egrave;s la Premi&egrave;re Guerre mondiale publient leurs propres &oelig;uvres.<\/p>\n<p>\tLa loi fran&ccedil;aise du 20 d&eacute;cembre 1923 ayant rendu plus ais&eacute;es les conditions d&#39;acc&egrave;s &agrave; la nationalit&eacute; fran&ccedil;aise, des juifs tunisiens demandent et obtiennent leur naturalisation. Pr&ocirc;n&eacute;e par les assimilationnistes, la naturalisation est combattue par les traditionalistes parce qu&#39;elle leur semble acc&eacute;l&eacute;rer la d&eacute;juda&iuml;sation, par les sionistes qui militent en faveur d&#39;une solution nationale de la question juive et par les marxistes qui souhaitent que les juifs lient leur destin &agrave; celui de leurs compatriotes musulmans.<\/p>\n<p>\tSi les juifs tunisiens mettent moins d&#39;empressement &agrave; vouloir devenir Fran&ccedil;ais, c&#39;est sans doute parce que leur condition juridique s&#39;est am&eacute;lior&eacute;e : au lendemain de la Premi&egrave;re Guerre mondiale en effet la communaut&eacute; juive avait &eacute;t&eacute; dot&eacute;e d&#39;un conseil d&#39;administration &eacute;lu au suffrage universel avec repr&eacute;sentation proportionnelle des &quot; Livournais &quot; et des &quot; Tunisiens &quot;, par le d&eacute;cret beylical du 20 ao&ucirc;t 1921. Dans toutes les villes la population juive &eacute;tait en mesure de pourvoir &agrave; ses besoins en mati&egrave;re de culte et d&#39;assistance. Le statut personnel des juifs de nationalit&eacute; tunisienne &eacute;tait r&eacute;glement&eacute; par le droit mosa&iuml;que et les tribunaux rabbiniques &eacute;taient les seuls comp&eacute;tents dans ce domaine. De plus, la population juive se trouvait repr&eacute;sent&eacute;e dans toutes les assembl&eacute;es consultatives du pays : chambres &eacute;conomiques, conseils de ca&iuml;dats, Grand Conseil. Si elle ne constituait qu&#39;une faible minorit&eacute; de la population totale de Tunisie &#8211; moins de 2,5 % en 1936 &#8211; elle poss&eacute;dait n&eacute;anmoins tous les droits d&#39;une minorit&eacute;. Cette p&eacute;riode portera en germe tous les signes des mutations futures de cette communaut&eacute; que la Deuxi&egrave;me Guerre mondiale viendra perturber.<\/p>\n<p>\t<strong>La deuxi&egrave;me guerre mondiale<\/strong><\/p>\n<p>\tApr&egrave;s la d&eacute;faite de juin 1940 et l&#39;&eacute;tablissement du r&eacute;gime de Vichy, les juifs de nationalit&eacute; tunisienne comme ceux qui avaient acquis la nationalit&eacute; fran&ccedil;aise firent l&#39;objet de toutes les mesures discriminatoires &eacute;dict&eacute;es en France : exclus de toutes les fonctions publiques, les professions d&#39;avocats et de m&eacute;decins limit&eacute;es par le numerus clausus. La gestion de leurs entreprises leur fut retir&eacute;e et confi&eacute;e &agrave; des administrateurs provisoires &quot; aryens &quot;. En pleine application de ces mesures, la Tunisie fut occup&eacute;e par les arm&eacute;es de l&#39;Axe, suite au d&eacute;barquement alli&eacute; du 8 novembre 1943. Pendant six mois, de novembre 1942 &agrave; mai 1943, les juifs de Tunisie furent consid&eacute;r&eacute;s par les forces d&#39;occupation comme des ennemis et trait&eacute;s en ennemis. Ayant pris en otages une centaine de notables juifs qu&#39;il mena&ccedil;ait d&#39;ex&eacute;cuter, le Haut Commandement allemand for&ccedil;a la communaut&eacute; juive de Tunis &agrave; fournir 3000 hommes qui furent dirig&eacute;s vers les camps de travail obligatoire. Outre les p&eacute;nuries alimentaires et les bombardements intensifs des arm&eacute;es alli&eacute;es, lot de toute la population tunisienne, la population juive supporta le poids de toutes les r&eacute;quisitions militaires et fut frapp&eacute;e<\/p>\n<p>\tD&#39;exorbitantes amendes collectives pour indemniser les victimes d&#39;une guerre dont la responsabilit&eacute; &eacute;tait attribu&eacute;e &agrave; la &quot; juiverie internationale &quot;. Des ex&eacute;cutions sommaires et des d&eacute;portations individuelles dans des camps de concentration europ&eacute;ens punirent les contraventions &agrave; l&#39;ordre allemand, mais la victoire des alli&eacute;s emp&ecirc;cha les nazis d&#39;appliquer aux juifs de Tunisie leur &quot; solution finale &quot;. Peu de temps apr&egrave;s la lib&eacute;ration du pays par les arm&eacute;es alli&eacute;es, le 7 mai 1943, les dispositions &eacute;dict&eacute;es contre les juifs furent peu &agrave; peu abrog&eacute;es et les juifs b&eacute;n&eacute;fici&egrave;rent alors de conditions favorables &agrave; leur essor. En 1946 ils &eacute;taient 70 000 de nationalit&eacute; tunisienne sans compter les 20 &agrave; 25 000 juifs de nationalit&eacute;s fran&ccedil;aise, italienne ou autre.<\/p>\n<p>\tLa communaut&eacute; de Tunis, r&eacute;organis&eacute;e par un d&eacute;cret du 13 mars 1947, et celles de &quot; l&#39;int&eacute;rieur &quot; second&eacute;es par des &oelig;uvres sociales telles l&#39;OSE, le JOINT et de nombreux organismes locaux font reculer d&#39;ann&eacute;e en ann&eacute;e le paup&eacute;risme juif. Certes, il reste &agrave; l&#39;int&eacute;rieur du pays des communaut&eacute;s qui ont conserv&eacute; dans de nombreux domaines leur mode de vie traditionnel, mais la diffusion quasiment g&eacute;n&eacute;ralis&eacute;e de la langue et de la culture fran&ccedil;aises contribuent &agrave; la modernisation d&#39;une part croissante de la population juive.<\/p>\n<p>\tD&eacute;sormais, l&#39;&eacute;mancipation passe aussi par le sionisme, d&eacute;fendu par des journaux comme La Voix juive et la Gazette d&#39;Isra&euml;l. D&egrave;s 1945 des jeunes &eacute;migrent pour aller grossir les effectifs des pionniers d&#39;Isra&euml;l. Apr&egrave;s l&#39;Ind&eacute;pendance de l&#39;&Eacute;tat d&#39;Isra&euml;l, l&#39;&eacute;migration devient massive : quelque 25 000 juifs partiront pour Isra&euml;l entre 1948 et 1955, surtout les &eacute;l&eacute;ments traditionalistes de la population juive tunisienne. Les plus occidentalis&eacute;s des classes ais&eacute;es se dirigeront vers la France.<\/p>\n<p>\t<strong>Depuis l&#39;ind&eacute;pendance<\/strong><\/p>\n<p>\tApr&egrave;s l&#39;ind&eacute;pendance proclam&eacute;e le 20 mars 1956, les dirigeants du pays, avec Habib Bourguiba &agrave; leur t&ecirc;te, s&#39;attachent &agrave; int&eacute;grer les juifs dans la nation tunisienne en abrogeant tout ce qui pouvait les s&eacute;parer de leurs compatriotes musulmans.<\/p>\n<p>\tQuelques jours plus tard les citoyens tunisiens juifs et musulmans sont appel&eacute;s &agrave; &eacute;lire la premi&egrave;re Assembl&eacute;e constituante. Le premier gouvernement tunisien compte un ministre juif. Le 25 juillet 1957, l&#39;abolition du beylicat est vot&eacute;e &agrave; l&#39;unanimit&eacute; et Bourguiba proclam&eacute; pr&eacute;sident de la R&eacute;publique. Les r&eacute;formes entreprises touchent aussi la population juive : le 27 septembre 1957, le tribunal rabbinique est supprim&eacute; et remplac&eacute; par une Chambre de statut personnel int&eacute;gr&eacute;e dans les juridictions civiles. Onze magistrats juifs sont nomm&eacute;s qui occupent, pour la premi&egrave;re fois, de hautes fonctions judiciaires.<\/p>\n<p>\tDans l&#39;ensemble, la politique de la R&eacute;publique tunisienne sera lib&eacute;rale, mais la situation (la constitution tunisienne &eacute;dictant que la Tunisie est un pays musulman, les discriminations positives qui excluaient les jeunes juifs du service militaire, des passe-droits de plus en plus fr&eacute;quents, ajout&eacute;s au marasme &eacute;conomique notamment) m&egrave;nera au d&eacute;part de la plupart des juifs qui avaient choisi de rester dans leur pays apr&egrave;s l&#39;ind&eacute;pendance.<\/p>\n<p>\tLa crise de Bizerte, en 1961, provoqu&eacute;e par le maintien de troupes fran&ccedil;aises dans cette base navale sans l&#39;assentiment de la Tunisie, cinq ans apr&egrave;s l&#39;ind&eacute;pendance, donne lieu &agrave; de sanglants incidents qui, curieusement, engendrent une brutale flamb&eacute;e d&#39;antis&eacute;mitisme chez une partie de la population musulmane. Elle fut suivie lors de la guerre de Six-Jours (1967) par la mise &agrave; sac de boutiques juives et l&#39;incendie de la grande synagogue de Tunis. En 1971, l&#39;assassinat d&#39;un rabbin en plein c&oelig;ur de la capitale d&eacute;clenche une nouvelle vague d&#39;&eacute;migration.<\/p>\n<p>\tLa population juive de Tunisie se r&eacute;duit &agrave; quelque 3 000 &acirc;mes &agrave; l&#39;heure actuelle. Les originaires de ce pays se sont dirig&eacute;s les uns vers Isra&euml;l (50 000), les autres vers la France (35 000). Partag&eacute;s entre ces deux pays o&ugrave; ils se sont donn&eacute; une nouvelle vie, ils sont rest&eacute;s li&eacute;s &agrave; la Tunisie par 2000 ans d&#39;histoire.<\/p>\n<p>\tRobert A. Attal, n&eacute; &agrave; Paris en 1927, Claude Sitbon, n&eacute; &agrave; Tunis en 1943.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>De Carthage &agrave; J&eacute;rusalem : la communaut&eacute; juive de Tunis Par Robert Attal et Claude Sitbon Les juifs de Tunisie ont constitu&eacute; pendant des si&egrave;cles l&#39;une des plus anciennes communaut&eacute;s de la diaspora, jouant un r&ocirc;le de carrefour, attirant et assimilant les apports ethniques de tous les horizons. 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