{"id":7799,"date":"2013-11-15T00:10:22","date_gmt":"2013-11-15T00:10:22","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=7799"},"modified":"2013-11-15T00:10:22","modified_gmt":"2013-11-15T00:10:22","slug":"hamid-barrada-maghreb-et-israel-des-relations-sur-la-voie-de-la-normalisation","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/hamid-barrada-maghreb-et-israel-des-relations-sur-la-voie-de-la-normalisation\/","title":{"rendered":"Hamid Barrada : Maghreb et Isra\u00ebl, des relations \u00ab\u00a0sur la voie de la normalisation\u00a0\u00bb"},"content":{"rendered":"<div style=\"font-size: 12px;\">\n<p>\n\t\tHamid Barrada : Maghreb et Isra&euml;l, des relations &quot;sur la voie de la normalisation&quot;<\/p>\n<\/div>\n<div style=\"font-size: 12px;\">\n<div>\n\t\t&nbsp;<\/div>\n<div>\n\t\t&nbsp;<\/div>\n<\/div>\n<div id=\"boiteoutil2\" style=\"font-size: 12px;\">\n<div>\n\t\tPropos recueillis par Michael Pauron<\/div>\n<div>\n\t\t&nbsp;<\/div>\n<div>\n\t\t&nbsp;<\/div>\n<div>\n\t\t&nbsp;<\/div>\n<div>\n\t\t<span style=\"font-size: 1.2em; line-height: 1.7em;\">Pour le coauteur de L&#39;Arabe et le Juif, &Eacute;ditions Plon, 2004, les relations du Maghreb avec Isra&euml;l s&#39;apaisent d&#39;elles-m&ecirc;mes. Bien que toujours cruciale, la question de la Palestine est de moins en moins un point de blocage.<\/span><\/div>\n<\/div>\n<div id=\"texte\" itemprop=\"articleBody\" style=\"font-size: 12px;\">\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\tFruit d&#39;une histoire mill&eacute;naire mais aussi des derniers bouleversements dans le monde arabe, le regard du Maghreb sur &quot;ses juifs&quot; change, et les relations des &Eacute;tats de la r&eacute;gion avec Isra&euml;l aussi. Collaborateur de&nbsp;Jeune Afrique&nbsp;et auteur, avec Guy Sitbon, de&nbsp;L&#39;Arabe et le Juif, Hamid Barrada d&eacute;crypte les mouvements d&#39;ensemble et les diff&eacute;rences de perception &agrave; l&#39;oeuvre au Maroc, en Alg&eacute;rie et en Tunisie.<\/p>\n<p>\n\t\t<strong>JEUNE AFRIQUE : Comment les juifs sont-ils per&ccedil;us au Maghreb aujourd&#39;hui ?<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\tHAMID BARRADA :&nbsp;Le regard des Maghr&eacute;bins sur les communaut&eacute;s juives et, au-del&agrave;, sur Isra&euml;l, a assur&eacute;ment chang&eacute; &agrave; des degr&eacute;s variables d&#39;un pays &agrave; l&#39;autre. Le Maroc s&#39;est singularis&eacute; gr&acirc;ce &agrave; Hassan&nbsp;II, qui pr&ecirc;tait une attention toute particuli&egrave;re &agrave; &quot;ses juifs&quot;. Dans les ann&eacute;es 1980, l&#39;ami Guy Sitbon, de retour d&#39;un long s&eacute;jour aux &Eacute;tats-Unis, m&#39;avait racont&eacute; que les Am&eacute;ricains avaient vaguement entendu parler de la Tunisie [pays d&#39;origine de l&#39;&eacute;crivain-journaliste] mais connaissaient parfaitement le Maroc. &Agrave; cette nuance pr&egrave;s : pour eux, c&#39;&eacute;tait un pays juif qui traitait convenablement sa minorit&eacute; musulmane ! Passablement surpris par sa d&eacute;couverte, Guy voulait savoir combien il restait de juifs au Maroc. Environ 15 000 aujourd&#39;hui si l&#39;on compte large et de 3 000&nbsp;&agrave; 4 000 si l&#39;on compte serr&eacute;. Parmi eux, Andr&eacute; Azoulay, conseiller du roi, Serge Berdugo, pr&eacute;sident de la communaut&eacute; juive, Robert Assaraf, cofondateur de l&#39;Union mondiale du juda&iuml;sme marocain&#8230; C&#39;est d&#39;ailleurs Hassan&nbsp;II, soucieux que les relations avec les juifs marocains dispers&eacute;s &agrave; travers le monde soient le meilleur possible, qui avait inspir&eacute; la cr&eacute;ation de cette union.<\/p>\n<p>\n\t\tIl convient de rappeler que pendant la Seconde Guerre mondiale, la solidarit&eacute; avec la communaut&eacute; juive en proie aux pers&eacute;cutions des autorit&eacute;s du protectorat fran&ccedil;ais avait &eacute;t&eacute; exemplaire et que, plus tard, le sultan avait tout fait pour la dissuader de ne pas rejoindre le nouvel &Eacute;tat d&#39;Isra&euml;l. Mais le poids des lobbys, qui poussaient &agrave; l&#39;exode, a finalement &eacute;t&eacute; d&eacute;cisif. Personne n&#39;a oubli&eacute; l&#39;attitude du sultan Ben Youssef, le futur Mohammed&nbsp;V, sous le r&eacute;gime de Vichy. Au r&eacute;sident g&eacute;n&eacute;ral venu lui annoncer qu&#39;on avait d&eacute;cid&eacute; de proc&eacute;der au recensement des juifs marocains pour leur infliger le port de l&#39;&eacute;toile jaune, il avait lanc&eacute; : &quot;Ajoutez dix-huit !&quot; Pourquoi dix-huit ? Autant que les membres de la famille royale ! L&#39;op&eacute;ration a tourn&eacute; court.<\/p>\n<p>\n\t\t&Agrave; la r&eacute;flexion, cette position peu banale n&#39;est pas pour surprendre : elle est en harmonie avec l&#39;histoire de l&#39;empire ch&eacute;rifien. Depuis le XVe&nbsp;si&egrave;cle, les mellah sont accol&eacute;s aux palais pour mieux les prot&eacute;ger, mais aussi, para&icirc;t-il, pour que l&#39;on puisse b&eacute;n&eacute;ficier de leurs excellents m&eacute;decins. Hier comme aujourd&#39;hui, le roi est Commandeur des croyants, pas seulement des musulmans, mais aussi des juifs. Enfin, les quelque 600 000&nbsp;juifs marocains devenus isra&eacute;liens gardent des attaches fortes avec leur patrie initiale. D&#39;ailleurs, au regard de la loi marocaine, ils conservent leur nationalit&eacute; et ils sont nombreux &agrave; revenir, r&eacute;guli&egrave;rement, en p&egrave;lerinage pour les f&ecirc;tes de la Hiloula.<\/p>\n<p>\n\t\t<strong>Qu&#39;en est-il dans les autres &Eacute;tats du Maghreb ?<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\tC&#39;est la Tunisie qui a traditionnellement la politique la plus proche de celle du Maroc. De Bourguiba &agrave; Ben Ali, des relations privil&eacute;gi&eacute;es ont &eacute;t&eacute; conserv&eacute;es avec la diaspora. Le lobby des Tunes n&#39;a pas perdu de sa vitalit&eacute;, m&ecirc;me apr&egrave;s le Printemps arabe. Au contraire. De nombreux intellectuels juifs red&eacute;couvrent leur pays et pr&ecirc;tent main-forte aux d&eacute;mocrates la&iuml;ques. On l&#39;a bien vu lors de la r&eacute;daction de la Constitution, &agrave; propos de l&#39;article sur la religion de la Tunisie. Ils se sont oppos&eacute;s &agrave; toute formulation faisant de l&#39;islam une religion d&#39;&Eacute;tat. &Agrave; ce propos, il est int&eacute;ressant de noter qu&#39;au Maroc la question de la religion n&#39;a suscit&eacute; nulle controverse pendant l&#39;&eacute;laboration de la nouvelle Constitution. Le texte adopt&eacute; stipule que &quot;l&#39;islam est la religion de l&#39;&Eacute;tat&quot; [article&nbsp;3], mais d&egrave;s le pr&eacute;ambule, il est mentionn&eacute; que l&#39;identit&eacute; marocaine est enrichie par l&#39;affluent h&eacute;bra&iuml;que au m&ecirc;me titre que les composantes arabophone-islamique, amazighe, saharienne, etc.<\/p>\n<p>\n\t\tEn Libye, Mouammar Kaddafi avait du mal &agrave; s&#39;accommoder des relations du Maroc avec Isra&euml;l. Lorsque Hassan&nbsp;II a re&ccedil;u Shimon P&eacute;r&egrave;s &agrave; Ifrane, en 1986, le trait&eacute; qui liait depuis deux ans le royaume &agrave; la Jamahiriya dans le cadre d&#39;une Union arabo-africaine a &eacute;t&eacute; aussit&ocirc;t abrog&eacute;. Hassan&nbsp;II n&#39;avait pas d&#39;autre but. Il avait cherch&eacute; n&eacute;anmoins &agrave; apaiser le &quot;Guide&quot; en d&eacute;p&ecirc;chant aupr&egrave;s de lui son ministre de l&#39;Int&eacute;rieur, Driss Basri. Avec ce message : &quot;Tu es jaloux, car tu as perdu tes juifs alors que nous avons su garder les n&ocirc;tres !&quot; On rel&egrave;vera par la suite diverses op&eacute;rations de s&eacute;duction des hommes de Kaddafi en direction de personnalit&eacute;s juives d&#39;origine libyenne install&eacute;es notamment en Italie&#8230;<\/p>\n<p>\n\t\t<span style=\"font-size: 1.2em; line-height: 1.7em;\">En revanche, les juifs originaires d&#39;Alg&eacute;rie repli&eacute;s sur la France m&eacute;tropolitaine apr&egrave;s l&#39;ind&eacute;pendance se trouvent dans une situation tr&egrave;s complexe. Comme les autres pieds-noirs, ils ont gard&eacute; la nostalgie de l&agrave;-bas mais les blessures de la guerre n&#39;ont pas toutes cicatris&eacute;. En d&eacute;pit de la politique de r&eacute;conciliation men&eacute;e aussi bien par la France que par l&#39;Alg&eacute;rie, les opinions restent crisp&eacute;es des deux c&ocirc;t&eacute;s de la M&eacute;diterran&eacute;e. Pour preuve, l&#39;affaire Enrico Macias. Il avait &eacute;t&eacute; invit&eacute; par le pr&eacute;sident Abdelaziz Bouteflika, en 2000, mais son &eacute;ventuelle venue avait suscit&eacute; une lev&eacute;e de boucliers. Des responsables de premier plan, comme Abdelaziz Belkhadem [alors ministre des Affaires &eacute;trang&egrave;res], avaient &eacute;prouv&eacute; le besoin de manifester leur hostilit&eacute; au &quot;chanteur sioniste&quot;. Et le voyage n&#39;a jamais eu lieu. Les efforts de r&eacute;conciliation se sont poursuivis, mais les gestes sont rares, comme cette poign&eacute;e de main furtive entre Ehoud Barak [alors Premier ministre isra&eacute;lien] et Bouteflika lors des obs&egrave;ques de Hassan&nbsp;II, en 1999.<\/span><\/p>\n<p>\n\t\t<strong>Quoi de neuf depuis le&nbsp;<a href=\"http:\/\/www.jeuneafrique.com\/tags\/50108\/\" target=\"_blank\">Printemps arabe<\/a>&nbsp;?<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\tIl faut insister d&#39;abord sur une donn&eacute;e essentielle qui n&#39;a pas fini de produire ses effets. La r&eacute;volte portait sur les droits de l&#39;homme, tous les droits de l&#39;homme et rien que les droits de l&#39;homme. Une revendication absolue, non n&eacute;gociable. &quot;D&eacute;gage !&quot; C&#39;&eacute;tait partout la m&ecirc;me exigence, &agrave; Tunis, au&nbsp;Caire, &agrave; Benghazi&#8230; Cette fois-ci, les ressorts classiques, incontournables, de la col&egrave;re populaire dans le monde arabe &#8211;&nbsp;la Palestine, Isra&euml;l, l&#39;Irak ou l&#39;imp&eacute;rialisme am&eacute;ricain&nbsp;&#8211; sont totalement absents. Aucun drapeau am&eacute;ricain ou isra&eacute;lien n&#39;a &eacute;t&eacute; br&ucirc;l&eacute;. Une cible unique : les potentats arabes. Du coup, la question palestinienne n&#39;occupe plus une place aussi centrale dans les pr&eacute;occupations des peuples arabes. Attention, elle n&#39;a pas disparu : les jeunes qui se sont r&eacute;volt&eacute;s contre la tyrannie ne manqueront pas de manifester &agrave; la premi&egrave;re occasion. La cause palestinienne reste essentielle, mais parmi les autres questions des droits de l&#39;homme.<\/p>\n<p>\n\t\t<strong>Quid des rapports avec&nbsp;<a href=\"http:\/\/www.jeuneafrique.com\/tags\/1416\/\" target=\"_blank\">Isra&euml;l<\/a>&nbsp;?<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\tOn a l&#39;impression d&#39;assister &agrave; une normalisation rampante, inavouable mais accept&eacute;e. Tous les pays arabes ont solennellement reconnu Isra&euml;l dans ses fronti&egrave;res de 1967. Le Qatar soutient le Hamas et commerce avec Isra&euml;l. Dans l&#39;opinion aussi, cette normalisation est en marche. Au Maroc, le documentaire du jeune r&eacute;alisateur Kamal Hachkar, Tinghir-J&eacute;rusalem. Les &eacute;chos du mellah [lire son interview p.&nbsp;35], qui part &agrave; la rencontre des juifs de son village ayant &eacute;migr&eacute; en Isra&euml;l, a &eacute;t&eacute; produit par la cha&icirc;ne publique 2M. Sa diffusion a suscit&eacute; quelques remous, provoqu&eacute;s par l&#39;Association de lutte contre la normalisation avec Isra&euml;l, mais sans r&eacute;elles cons&eacute;quences.<\/p>\n<p>\n\t\tLes vell&eacute;it&eacute;s de normalisation demeurent n&eacute;anmoins fragiles. Comme l&#39;atteste cette sc&egrave;ne v&eacute;cue par Judas Azuelos, vivant entre Madrid et Paris et qui fut l&#39;ami de Mehdi Ben Barka. Il se trouve un jour &agrave; Marrakech, place Jemaa el-Fna, lorsqu&#39;un car d&eacute;verse un groupe de touristes isra&eacute;liens bruyants et d&eacute;monstratifs. Il les observe, surpris, lorsqu&#39;un Marrakchi l&#39;apostrophe par un &quot;shalom&quot; tr&egrave;s amical. Judas fait semblant de s&#39;indigner et l&#39;enguirlande en arabe : &quot;Tu n&#39;as pas honte ?&quot; Le quidam change totalement d&#39;attitude : &quot;Excuse-moi mon fr&egrave;re, je croyais que tu en &eacute;tais, hachak [mot de m&eacute;pris qui signifie &quot;sauf votre respect&quot; et qu&#39;on prononce lorsqu&#39;on parle du chien, de la femme et du juif].&quot; On passe en un tournemain du &quot;shalom&quot; de bienvenue au &quot;hachak&quot; de rejet et de m&eacute;pris.<\/p>\n<\/div>\n<p>\t<a href=\"http:\/\/www.jeuneafrique.com\/Article\/JA2755p038.xml0\/#ixzz2kfSyY8Pl\">Hamid Barrada : Maghreb et Isra&euml;l, des relations &quot;sur la voie de la normalisation&quot; | Jeuneafrique.com&nbsp;<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Hamid Barrada : Maghreb et Isra&euml;l, des relations &quot;sur la voie de la normalisation&quot; &nbsp; &nbsp; Propos recueillis par Michael Pauron &nbsp; &nbsp; &nbsp; Pour le coauteur de L&#39;Arabe et le Juif, &Eacute;ditions Plon, 2004, les relations du Maghreb avec Isra&euml;l s&#39;apaisent d&#39;elles-m&ecirc;mes. 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