{"id":7901,"date":"2013-12-05T01:30:12","date_gmt":"2013-12-05T01:30:12","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=7901"},"modified":"2013-12-05T01:30:12","modified_gmt":"2013-12-05T01:30:12","slug":"et-les-juifs-creerent-le-christ","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/et-les-juifs-creerent-le-christ\/","title":{"rendered":"Et les Juifs cr\u00e9\u00e8rent le Christ"},"content":{"rendered":"<p>\n\tEt les Juifs cr&eacute;&egrave;rent le Christ<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t<span style=\"font-size: 1.2em; line-height: 1.7em;\">LE CHRIST JUIF &#8211;&nbsp;<\/span><span style=\"font-size: 1.2em; line-height: 1.7em;\">Daniel Boyarin<\/span>&nbsp;&#8211;&nbsp;<span style=\"font-size: 1.2em; line-height: 1.7em;\">&Eacute;diteur :&nbsp;<\/span><span style=\"font-size: 1.2em; line-height: 1.7em;\">CERF<\/span><\/p>\n<div id=\"corpsarticle\" style=\"font-size: 12px;\">\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;&quot;&nbsp;Le Christ tr&egrave;s glorieux se d&eacute;ploie comme une &eacute;toffe de laquelle on se v&ecirc;t : \/ il s&rsquo;adapte au go&ucirc;t de chacun \/ &agrave; la sinc&eacute;rit&eacute; comme au mendiant \/ Toujours il est ainsi que chacun veut qu&rsquo;il soit.&nbsp;&quot; Cette citation de Godefroy de Strasbourg (mort en 1220), qui n&rsquo;&eacute;chappe pas &agrave; une certaine ironie, souligne l&rsquo;extr&ecirc;me ductilit&eacute; du personnage J&eacute;sus, lequel n&rsquo;a cess&eacute; de concentrer autour de lui les interrogations autant que les attentes les plus diverses. A consid&eacute;rer l&rsquo;histoire du christianisme, on s&rsquo;aper&ccedil;oit que chaque &eacute;poque con&ccedil;oit et repr&eacute;sente le Christ d&rsquo;une fa&ccedil;on particuli&egrave;re. Aux premiers si&egrave;cles qui soulignent, &agrave; partir du concile de Nic&eacute;e (325), le r&ocirc;le du Verbe divin et la divinit&eacute; du Christ succ&egrave;de la p&eacute;riode m&eacute;di&eacute;vale qui met en avant la vie&nbsp; humaine du Christ (notamment &agrave; travers No&euml;l et la Passion). Apr&egrave;s la p&eacute;riode romantique qui fera de J&eacute;sus un homme exceptionnel s&rsquo;imposeront les nombreuses &quot; vies de J&eacute;sus &quot; (dont celle de Renan), ouvrant par leur approche historique la voie &agrave; l&rsquo;ex&eacute;g&egrave;se moderne.<br \/>\n\t\t&nbsp;<br \/>\n\t\t<strong>Le Christ comme concept juif<\/strong><br \/>\n\t\t&nbsp;<br \/>\n\t\tLa recherche tente ainsi en permanence de cerner aussi bien la personnalit&eacute; de J&eacute;sus que ses origines. Depuis une quinzaine d&rsquo;ann&eacute;es maintenant, l&rsquo;ex&eacute;g&egrave;se moderne souligne la juda&iuml;t&eacute; de J&eacute;sus. Or, Boyarin, professeur&nbsp; de culture talmudique aux d&eacute;partements d&rsquo;&eacute;tudes au Proche-Orient et de rh&eacute;torique &agrave; l&rsquo;universit&eacute; californienne de Berkeley, dans son ouvrage intitul&eacute; Le&nbsp;Christ juif,&nbsp; semble explorer plus avant cette orientation en s&rsquo;int&eacute;ressant, non plus &agrave; la juda&iuml;t&eacute; de J&eacute;sus, mais &agrave; la juda&iuml;t&eacute; du concept m&ecirc;me de Christ. De ce point de vue, le titre du livre fait r&eacute;sonner cette mutation du paradigme ex&eacute;g&eacute;tique. L&rsquo;auteur entend montrer en fait que la &quot; christologie, &agrave; savoir les premi&egrave;res id&eacute;es sur le Christ, est aussi un discours juif et ne fut pas du tout [au d&eacute;but] un discours antijuif. &quot; C&rsquo;est pr&eacute;cis&eacute;ment dans le cadre de cette comp&eacute;n&eacute;tration entre juda&iuml;sme et christianisme, d&egrave;s le premier si&egrave;cle, qu&rsquo;il faut &eacute;tudier les premiers &eacute;l&eacute;ments de christologie pour d&eacute;couvrir finalement que &quot; l&rsquo;histoire de J&eacute;sus en tant que Messie divino-humain est &eacute;galement une part, et peut-&ecirc;tre m&ecirc;me un &eacute;l&eacute;ment, de la diversit&eacute; juive du temps. &quot; Dans cette perspective, le pr&eacute;sent ouvrage se d&eacute;cline en quatre chapitres : I De Fils de Dieu &agrave; Fils de l&rsquo;Homme ; II Le Fils de l&rsquo;Homme dans le&nbsp;Ier livre d&rsquo;H&eacute;noch&nbsp;et le&nbsp;4e livre d&rsquo;Esdras&nbsp;: d&rsquo;autres messies juifs du premier si&egrave;cle ; III : J&eacute;sus mangeait casher ; IV : Le Christ souffrant : un midrash surDaniel.<br \/>\n\t\t&nbsp;<br \/>\n\t\t&nbsp;<br \/>\n\t\t<strong>Le Messie-Christ : une id&eacute;e juive<\/strong><br \/>\n\t\t&nbsp;<br \/>\n\t\tLe premier chapitre s&rsquo;int&eacute;resse aux titres donn&eacute;s &agrave; J&eacute;sus dans le&nbsp;Nouveau Testament. Si l&#39;homme appara&icirc;t aux yeux de nombre de nos contemporains comme le Fils de Dieu, il est int&eacute;ressant d&rsquo;observer que le Nouveau Testament recourt rarement &agrave; ce titre pour d&eacute;signer J&eacute;sus (Paul utilise souvent le mot &quot; Seigneur &quot; tandis que J&eacute;sus, lorsqu&rsquo;il parle de lui-m&ecirc;me, recourt le plus souvent &agrave; l&rsquo;expression &quot;&nbsp;Fils de l&rsquo;Homme&nbsp;&quot;). Ce constat invite l&rsquo;auteur &agrave; faire un net distinguo entre d&rsquo;une part le titre de Messie, r&eacute;serv&eacute; dans la Bible h&eacute;bra&iuml;que au roi en tant qu&rsquo;Oint du Seigneur (autrement dit le roi terrestre), et d&rsquo;autre part celui de Fils de l&rsquo;Homme, pr&eacute;sent dans le livre de&nbsp;Daniel&nbsp;et renvoyant &agrave; une figure &agrave; la fois humaine et eschatologique. C&rsquo;est ainsi que Boyarin &#8211; s&rsquo;appuyant sur les c&eacute;l&egrave;bres versets de&nbsp;Mc&nbsp;14, 61-62 lorsque le grand pr&ecirc;tre demande &agrave; J&eacute;sus : &quot; Es-tu le Messie [le Christ], le Fils du B&eacute;ni ? et J&eacute;sus de r&eacute;pondre : &quot; Je le suis, et vous verrez le Fils de l&rsquo;Homme assis &agrave; la droite de la Puissance et venant sur les nu&eacute;es du ciel &quot; &#8211; montre que le contexte dans lequel est employ&eacute; ici l&rsquo;expression &quot;&nbsp;Fils de l&rsquo;Homme&nbsp;&quot; invite fortement &agrave; associer le personnage &agrave; une figure c&eacute;leste et divine. Et l&rsquo;auteur de citer le texte-source &agrave; l&rsquo;origine de ce passage de l&rsquo;&eacute;vangile de&nbsp;Marc&nbsp;en&nbsp;Daniel&nbsp;7, 13-14 : &quot;&nbsp;Je contemplais, dans les visions de la nuit : Voici, venant sur les nu&eacute;es du ciel, comme un fils d&rsquo;homme. Il s&rsquo;avan&ccedil;a jusqu&rsquo;&agrave; l&rsquo;Ancien des Jours et fut conduit en sa pr&eacute;sence. &Agrave; lui fut conf&eacute;r&eacute; empire, honneur et royaume, et tous peuples, nations et langues le servirent. Son empire est un empire &eacute;ternel qui ne passera point et son royaume ne sera point d&eacute;truit. &quot;<a target=\"_blank\" title=\"Cliquez pour en savoir plus...\">&nbsp;<\/a>. Boyarin entend par l&agrave; d&eacute;montrer que&nbsp; &quot; le Messie-Christ existait dans la pens&eacute;e juive bien avant que J&eacute;sus ne naisse &agrave; B&eacute;thl&eacute;em. Autrement dit : l&rsquo;id&eacute;e d&rsquo;un second Dieu, vice-roi de Dieu le P&egrave;re, est l&rsquo;une des plus anciennes id&eacute;es th&eacute;ologiques en Isra&euml;l.&nbsp;Dn 7&nbsp;ram&egrave;ne au pr&eacute;sent un fragment de ce qui est peut &ecirc;tre la plus ancienne vision religieuse d&rsquo;Isra&euml;l que nous puissions trouver. &quot;<br \/>\n\t\t&nbsp;<br \/>\n\t\t&nbsp;<br \/>\n\t\t<strong>La divinit&eacute; binitaire juive<\/strong><br \/>\n\t\t&nbsp;<br \/>\n\t\tL&rsquo;auteur d&eacute;veloppe m&ecirc;me plus avant cette id&eacute;e en avan&ccedil;ant l&rsquo;hypoth&egrave;se selon laquelle la th&eacute;ophanie des deux tr&ocirc;nes en&nbsp;Dn&nbsp;7, comprenons la coexistence de deux figures divines (l&rsquo;antique Ancien des Jours et le jeune d&rsquo;apparence humaine chevauchant les nu&eacute;es du ciel), r&eacute;f&egrave;re &agrave; une s&eacute;quence th&eacute;ologique qui aurait &quot; donn&eacute; naissance &agrave; la notion d&rsquo;une divinit&eacute; P&egrave;re et d&rsquo;une divinit&eacute; Fils telle que nous la trouvons dans les &eacute;vangiles. &quot; Cette &quot; id&eacute;e d&rsquo;un roi divin &eacute;tabli souverain sur la terre par Dieu &quot; porte en germe, selon l&rsquo;auteur, le d&eacute;veloppement ult&eacute;rieur dans le juda&iuml;sme et le christianisme de la notion de Messie-Christ. Les id&eacute;es chr&eacute;tiennes au sujet de Dieu, celles qui apparaissent notamment dans les &eacute;vangiles, ne sont d&egrave;s lors pas &quot; des innovations mais peuvent &ecirc;tre profond&eacute;ment reli&eacute;es avec certaines des plus anciennes id&eacute;es isra&eacute;lites &agrave; propos de Dieu. &quot; Au regard de cette analyse appara&icirc;t donc l&rsquo;hypoth&egrave;se suivante : la foi en J&eacute;sus comme Dieu n&rsquo;est pas une innovation proprement chr&eacute;tienne mais plut&ocirc;t une &quot; autre variante du juda&iuml;sme &quot;.<br \/>\n\t\t&nbsp;<br \/>\n\t\tC&rsquo;est que le paysage th&eacute;ologique juif du Ier si&egrave;cle met aussi en sc&egrave;ne d&rsquo;autres messies juifs. Le second chapitre &eacute;voque ainsi la pr&eacute;sence de figures humaines parvenant au statut de divinit&eacute; dans le Ier livre d&rsquo;H&eacute;noch<a target=\"_blank\" title=\"Cliquez pour en savoir plus...\">&nbsp;<\/a>&nbsp;et le&nbsp;4e livre d&rsquo;Esdras<a target=\"_blank\" title=\"Cliquez pour en savoir plus...\">&nbsp;<\/a>. Le Ier livre d&rsquo;H&eacute;noch&nbsp;et pr&eacute;cis&eacute;ment&nbsp;Les Similitudes&nbsp;<a target=\"_blank\" title=\"Cliquez pour en savoir plus...\">&nbsp;<\/a>&nbsp;&eacute;voque un R&eacute;dempteur divino-humain sp&eacute;cifique d&eacute;sign&eacute; par l&rsquo;expression &quot;&nbsp;Fils de l&rsquo;Homme&nbsp;&quot; (H&eacute;noch en fait). Boyarin consid&egrave;re cette s&eacute;quence th&eacute;ologique comme &quot; ce moment d&eacute;cisif dans l&rsquo;histoire religieuse juive o&ugrave; se forma la doctrine d&rsquo;un Messie &agrave; la fois personne divine incarn&eacute;e et &ecirc;tre humain exalt&eacute;. &quot; C&rsquo;est pr&eacute;cis&eacute;ment cette synth&egrave;se qui autorise d&egrave;s lors &agrave; consid&eacute;rer la naissance de la christologie non plus au regard de la figure de J&eacute;sus mais plut&ocirc;t en amont. L&rsquo;auteur entend ainsi mettre &agrave; jour deux traditions parall&egrave;les : celle d&eacute;velopp&eacute;e par 1H&eacute;noch&nbsp;14 &eacute;voquant un humain divinis&eacute; ; et celle d&eacute;velopp&eacute;e en&nbsp;Dn 7&nbsp;qui &eacute;voque un Dieu descendant sur terre. La religion des &eacute;vangiles appara&icirc;t d&egrave;s lors comme &quot; la continuation et le d&eacute;veloppement d&rsquo;un courant, en v&eacute;rit&eacute; fort ancien, de la religion isra&eacute;lite. &quot;<br \/>\n\t\t&nbsp;<br \/>\n\t\t&nbsp;<br \/>\n\t\t<strong>Un J&eacute;sus enracin&eacute; dans le contexte culturel juif<\/strong><br \/>\n\t\t&nbsp;<br \/>\n\t\tLes deux chapitres suivants ne feront que prolonger cette perspective : celui intitul&eacute; &quot; J&eacute;sus mangeait casher &quot; montre comment, notamment &agrave; travers l&rsquo;&eacute;tude de&nbsp;Mc&nbsp;7, J&eacute;sus vient, non pas abroger la Loi, mais la d&eacute;fendre. En &eacute;tablissant, &agrave; partir des mots h&eacute;breux eux-m&ecirc;mes&nbsp;<a target=\"_blank\" title=\"Cliquez pour en savoir plus...\">&nbsp;<\/a>, un subtil distinguo entre les cat&eacute;gories &quot;permis\/ pas permis&quot; et &quot;pur\/ impur&quot;, Boyarin entend d&eacute;montrer la fa&ccedil;on dont J&eacute;sus rejette, non pas les r&egrave;gles alimentaires de la Torah, mais une pratique institutionnelle (celle du lavement des&nbsp; mains) ajout&eacute;e par les Pharisiens eux-m&ecirc;mes. L&rsquo;enracinement de&nbsp;Mc&nbsp;7 dans son contexte historique et culturel d&rsquo;origine permet d&egrave;s lors de consid&eacute;rer ce chapitre, non comme l&rsquo;expression d&rsquo;une s&eacute;paration entre juda&iuml;sme et christianisme, mais plut&ocirc;t comme &quot; une controverse intrajuive. &quot;<br \/>\n\t\t&nbsp;<br \/>\n\t\t&nbsp;<br \/>\n\t\t<strong>Le Messie souffrant : une id&eacute;e juive<\/strong><br \/>\n\t\t&nbsp;<br \/>\n\t\tQuant au dernier chapitre, en s&rsquo;appuyant sur des passages de l&rsquo;&eacute;vangile de&nbsp;Mc, l&rsquo;auteur revisite un lieu commun selon lequel, d&rsquo;apr&egrave;s lui, l&rsquo;id&eacute;e d&rsquo;un Messie souffrant correspondrait chez les chr&eacute;tiens &agrave; une relecture d&rsquo;Isa&iuml;e&nbsp;53. Selon lui, les Juifs poss&eacute;deraient d&eacute;j&agrave; la conception d&rsquo;un Messie souffrant et l&rsquo;&eacute;tude d&eacute;taill&eacute;e de&nbsp;Mc&nbsp;9, 11-13 invite &agrave; consid&eacute;rer ce texte comme un midrash de&nbsp;Dn&nbsp;7, autrement dit une lecture interpr&eacute;tative d&rsquo;un texte-source. Contestant la vision chr&eacute;tienne traditionnelle d&rsquo;Is&nbsp;53, 1-12 selon laquelle le serviteur souffrant ne d&eacute;signerait de mani&egrave;re m&eacute;taphorique que le peuple d&rsquo;Isra&euml;l, Boyarin cite des lectures rabbiniques anciennes identifiant le Serviteur souffrant au Messie souffrant pour expier les p&eacute;ch&eacute;s humains.<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t<strong>J&eacute;sus comme Messie attendu par certains Juifs<\/strong><br \/>\n\t\t&nbsp;<br \/>\n\t\tOn l&rsquo;aura compris : le pr&eacute;sent ouvrage ne correspond pas &agrave; une &eacute;ni&egrave;me biographie de J&eacute;sus mais bien &agrave; une r&eacute;flexion approfondie et argument&eacute;e sur la fa&ccedil;on dont la figure de J&eacute;sus s&rsquo;est construite dans le prolongement des attentes messianiques juives. L&rsquo;auteur revisite ainsi, textes &agrave; l&rsquo;appui, ce qu&rsquo;il consid&egrave;re comme des lieux communs (la christologie est n&eacute;e apr&egrave;s la mort de J&eacute;sus ; J&eacute;sus a aboli les lois alimentaires juives ; le christianisme a cr&eacute;&eacute; la notion de Messie souffrant ; la sp&eacute;cificit&eacute; du christianisme est d&rsquo;avoir mis en avant une figure th&eacute;andrique). On peut en fait lire le pr&eacute;sent ouvrage &agrave; la lumi&egrave;re du pr&eacute;c&eacute;dent intitul&eacute;&nbsp;<a href=\"http:\/\/www.nonfiction.fr\/article-4865-histoire_de_deux_freres_jumeaux__le_judaisme_et_le_christianisme.htm\" target=\"_blank\">La partition du juda&iuml;sme et du christianisme<\/a>. L&rsquo;auteur y entendait d&eacute;j&agrave; d&eacute;montrer la fa&ccedil;on dont les identit&eacute;s juive et&nbsp; chr&eacute;tienne se sont d&eacute;finies dans l&rsquo;Antiquit&eacute; tardive, &agrave; la mani&egrave;re d&rsquo;une partition territoriale qui se serait impos&eacute;e entre les deux religions. Le Christ juif s&rsquo;inscrit d&egrave;s lors de mani&egrave;re logique dans le prolongement de cet ouvrage. Boyarin souligne la comp&eacute;n&eacute;tration, apr&egrave;s la destruction du Temple en 70, des id&eacute;es juives et chr&eacute;tiennes et surtout la fa&ccedil;on dont J&eacute;sus, dans un contexte totalement juif, a r&eacute;pondu &agrave; des attentes messianiques juives qui esp&eacute;raient d&eacute;j&agrave; la venue d&rsquo;un Messie divino-humain (le Fils de l&rsquo;Homme). D&egrave;s lors, rien d&rsquo;&eacute;tonnant pour l&rsquo;auteur &agrave; ce que &quot; beaucoup aient accept&eacute; J&eacute;sus comme &eacute;tant cette figure et d&rsquo;autres, non. &quot;<br \/>\n\t\t&nbsp;<br \/>\n\t\tQue l&rsquo;auteur ait tent&eacute; de montrer la fa&ccedil;on dont le Nouveau Testament et la pens&eacute;e chr&eacute;tienne sont enracin&eacute;s dans la pens&eacute;e juive de l&rsquo;&eacute;poque du Second Temple invite le lecteur &agrave; une saine et vivifiante r&eacute;flexion. Les passages consacr&eacute;s notamment &agrave; la naissance, dans la th&eacute;ologie juive, d&rsquo;une divinit&eacute; binitaire, nous semblent d&rsquo;une grande pertinence&nbsp;<a target=\"_blank\" title=\"Cliquez pour en savoir plus...\">&nbsp;<\/a>. En fait, le pr&eacute;sent ouvrage semble inviter, non seulement &agrave; une vision plus nuanc&eacute;e du terreau th&eacute;ologique juif, mais aussi, et peut-&ecirc;tre de mani&egrave;re plus fondamentale, &agrave; une relecture et &agrave; une reconsid&eacute;ration du sens th&eacute;ologique des &eacute;vangiles et du Nouveau Testament. Tout se passe en fait comme si nous avions d&egrave;s lors affaire, avec le Nouveau Testament, &agrave; une mutation du paradigme v&eacute;t&eacute;rotestamentaire, et non &agrave; une v&eacute;ritable innovation. C&rsquo;est l&agrave; pr&eacute;cis&eacute;ment un des m&eacute;rites de cet ouvrage que de souligner, comme dans un jeu de miroirs, toute la subtilit&eacute; du discours &eacute;vang&eacute;lique qui a redessin&eacute; les contours de la th&eacute;ologie juive pour en infl&eacute;chir le sens. A ce titre, la nouveaut&eacute; prodigieuse de l&rsquo;Incarnation messianique mise en avant par le christianisme m&eacute;rite sans doute d&rsquo;&ecirc;tre nuanc&eacute;e &agrave; la lumi&egrave;re de&nbsp;Dn 7.<br \/>\n\t\t&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<br \/>\n\t\tBien s&ucirc;r, d&rsquo;aucuns objecteront que Daniel Boyarin est un juif orthodoxe. Cela dit, &ccedil;a serait escamoter f&acirc;cheusement la port&eacute;e intellectuelle de l&rsquo;&eacute;tude que de la consid&eacute;rer &agrave; la seule lumi&egrave;re de l&rsquo;identit&eacute; religieuse de l&rsquo;auteur. Il n&rsquo;y a de certitudes que celles de la foi. L&rsquo;ex&eacute;g&egrave;se, elle, n&rsquo;a de cesse d&rsquo;explorer plus avant l&rsquo;histoire r&eacute;dactionnelle et les r&eacute;sonances contextuelles des textes bibliques. Cette &eacute;tude pourra peut-&ecirc;tre appara&icirc;tre aux yeux de certains chr&eacute;tiens comme contestable, voire scandaleuse. Reste que la fa&ccedil;on dont la pens&eacute;e de Boyarin se d&eacute;ploie ob&eacute;it &agrave; une argumentation serr&eacute;e, &eacute;tay&eacute;e par l&rsquo;&eacute;tude de textes religieux aussi divers que surprenants, m&ecirc;me si l&rsquo;on ne peut passer sous silence le caract&egrave;re relatif des datations propos&eacute;es par l&rsquo;auteur. On pense ici pr&eacute;cis&eacute;ment au texte des&nbsp;Similitudes d&rsquo;H&eacute;noch, dat&eacute; par Boyarin du Ier si&egrave;cle ap. J.C. alors que certains sp&eacute;cialistes le r&eacute;f&egrave;rent au IIe si&egrave;cle. On mesure ici l&rsquo;enjeu d&rsquo;une datation pr&eacute;chr&eacute;tienne du&nbsp;Livre des&nbsp;Similitudes&nbsp;visant &agrave; pr&eacute;senter ce dernier comme un t&eacute;moin unique du messianisme juif contemporain de la naissance du christianisme.<br \/>\n\t\t&nbsp;<br \/>\n\t\tEn outre, certaines affirmations, mais c&rsquo;est l&agrave; sans doute inh&eacute;rent au genre litt&eacute;raire de l&rsquo;essai, peuvent para&icirc;tre un peu sch&eacute;matiques. Lorsque Boyarin pr&eacute;tend par exemple que &quot; la seule grande innovation des &eacute;vangiles, [c&rsquo;est de] d&eacute;clarer que le Fils de l&rsquo;Homme est d&eacute;j&agrave; l&agrave;, qu&rsquo;il marche parmi nous &quot;, il escamote, nous semble-t-il, un fait essentiel : le christianisme a su d&eacute;velopper, &agrave; partir du binitarisme divin juif, une th&eacute;ologie proprement trinitaire qui saura, par le jeu des hypostases, donner &agrave; ce mouvement religieux sa v&eacute;ritable identit&eacute;, m&ecirc;me si la sp&eacute;cificit&eacute; propre de cet apport pourrait &ecirc;tre elle-m&ecirc;me relativis&eacute;e<a target=\"_blank\" title=\"Cliquez pour en savoir plus...\">&nbsp;<\/a>. Qu&rsquo;il nous soit permis ici, en guise de conclusion, de reprendre cette citation du livre de Boyarin : &quot; Ce qui sera plus tard appel&eacute; christianisme est un mouvement juif apocalyptique et messianique qui a brillamment r&eacute;ussi, de fait celui qui a le plus brillamment r&eacute;ussi de tous. &quot;&nbsp; Loin de vouloir nier l&rsquo;apport d&eacute;cisif et cr&eacute;atif de J&eacute;sus et du christianisme, l&rsquo;auteur invite ici &agrave; mesurer&nbsp;in fine&nbsp;l&rsquo;originalit&eacute; de ce mouvement &agrave; la lumi&egrave;re du contexte religieux juif dans une &quot; recherche des origines &quot; (c&rsquo;est le sous-titre du livre) qui tente, comme par diffraction, d&rsquo;&eacute;clairer le visage m&ecirc;me de J&eacute;sus-Christ.<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\tSt&eacute;phane BRIAND<\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Et les Juifs cr&eacute;&egrave;rent le Christ &nbsp; &nbsp; LE CHRIST JUIF &#8211;&nbsp;Daniel Boyarin&nbsp;&#8211;&nbsp;&Eacute;diteur :&nbsp;CERF &nbsp; &nbsp;&quot;&nbsp;Le Christ tr&egrave;s glorieux se d&eacute;ploie comme une &eacute;toffe de laquelle on se v&ecirc;t : \/ il s&rsquo;adapte au go&ucirc;t de chacun \/ &agrave; la sinc&eacute;rit&eacute; comme au mendiant \/ Toujours il est ainsi que chacun veut qu&rsquo;il soit.&nbsp;&quot; Cette&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":18557,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[448,55,15,169,1],"tags":[],"class_list":["post-7901","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-dieu","category-proche-orient","category-religion","category-strasbourg","category-uncategorized"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7901","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=7901"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7901\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/media\/18557"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=7901"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=7901"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=7901"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}