{"id":7915,"date":"2016-02-19T01:04:12","date_gmt":"2016-02-19T01:04:12","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=7915"},"modified":"2016-02-22T01:00:40","modified_gmt":"2016-02-22T01:00:40","slug":"les-belles-journees-a-hammam-lif","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/les-belles-journees-a-hammam-lif\/","title":{"rendered":"Les belles journ\u00e9es \u00e0 Hammam-Lif"},"content":{"rendered":"<div>\n<div>\n<p>\n\t\t\tLes belles journ&eacute;es &agrave; Hammam-Lif, par Emile Tubiana<\/p>\n<\/p><\/div>\n<\/div>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<div>\n<div>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Mon arri&egrave;re-grand-p&egrave;re Sa&#39;adani nous a quitt&eacute;s quand j&#39;avais sept ans. En ce temps-l&agrave; il vivait en hiver &agrave; B&eacute;ja et en &eacute;t&eacute; &agrave; Hammam El Anf (Hammam Elif) dans la maison que son p&egrave;re et son fr&egrave;re lui avaient laiss&eacute;e en h&eacute;ritage. Donc je vais commencer par la vie que j&#39;avais connue quand il &eacute;tait en vie et apr&egrave;s qu&rsquo;il nous avait quitt&eacute;s, afin de vous donner une id&eacute;e sur le personnage de Sa&#39;adani et sur la vie d&#39;antan. Chaque ann&eacute;e, les mois de juillet ma m&egrave;re, mes s&oelig;urs et moi prenions le train pour Tunis et de l&agrave; vers la ville de plage Hammam-Lif. Une fois, quand j&rsquo;&eacute;tais d&eacute;j&agrave; plus &acirc;g&eacute;, elles &eacute;taient parties une semaine avant, sans papa ni moi. Papa travaillait toute la semaine &agrave; B&eacute;ja et le vendredi nous pr&icirc;mes l&#39;autorail pour rejoindre la famille qui se trouvait d&eacute;j&agrave; &agrave; Hammam-Lif.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; C&#39;&eacute;tait la premi&egrave;re fois que je restais avec papa, car d&#39;habitude je restais avec maman.&nbsp; Papa nous rejoignait tous les vendredis soir et reprenait le train de retour le samedi soir. Cette fois-l&agrave; j&#39;avais pr&eacute;f&eacute;r&eacute; rester &agrave; B&eacute;ja et tenir compagnie &agrave; papa qui ne voulait pas fermer son atelier durant les vacances. En effet, il &eacute;tait le seul &agrave; nourrir toute une grande famille.&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Apr&egrave;s une heure et demie de route papa et moi arriv&acirc;mes &agrave; Tunis. La gare &eacute;tait bourr&eacute;e de monde, les uns couraient pour rattraper leur train, d&#39;autres se bousculaient pour sortir de la gare. Nous &eacute;tions tremp&eacute;s de sueur, le train d&eacute;marrait. Papa n&#39;&eacute;tait pas s&ucirc;r, s&#39;il fallait attendre le prochain train ou rattraper le train en marche. Il me regarda d&#39;un air d&eacute;sesp&eacute;r&eacute;. A mon tour je lui retournai un regard avec un sourire et je me mis &agrave; courir vers le train qui roulait encore lentement. Me voyant lanc&eacute; pour prendre le train, il courut aussi et nous voil&agrave; tous les deux sur le marchepied. J&#39;avais eu peur pour papa, surtout qu&#39;il &eacute;tait fatigu&eacute; apr&egrave;s une semaine de travail.&nbsp; Une ann&eacute;e auparavant mon cousin D&eacute;d&eacute; m&#39;avait appris &agrave; prendre le tram et le train en marche.&nbsp; C&rsquo;&eacute;tait une habitude de prendre le tram en marche pour ceux qui vivaient &agrave; Tunis.<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Nous respirions de l&#39;air pur &agrave; pleins poumons. Il faisait chaud et papa avait pr&eacute;f&eacute;r&eacute; rester sur la plateforme arri&egrave;re qui &eacute;tait ouverte comme un balcon. Il fumait tranquillement sa cigarette.&nbsp; De temps en temps la fum&eacute;e de la cigarette me venait au nez par le vent et par la vitesse du train.&nbsp; La premi&egrave;re station &eacute;tait Djebel Ejloud. J&#39;observais les passagers qui montaient et qui descendaient. Apr&egrave;s un bref arr&ecirc;t le train red&eacute;marra et le paysage filait &agrave; nouveau devant moi.&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Au bout d&#39;un moment le train s&#39;arr&ecirc;ta encore une fois: &laquo; M&eacute;grine! &raquo; cria le contr&ocirc;leur du train. Encore une fois quelques passagers descendaient, personne ne montait. Quand nous arrivions &agrave; Rad&egrave;s les passagers qui descendaient laissaient un vide dans notre compartiment. Du coup celui-ci &eacute;tait plus spacieux, papa me fit signe de m&#39;asseoir, mais je pr&eacute;f&eacute;rais rester debout sur la plateforme et respirer l&#39;air qui nous parvenait de la mer et qui gonflait mes poumons.&nbsp; Quelques minutes plus tard nous arrivions &agrave; Saint Germain, une ville au bord de la mer. Sa population se composait de Musulmans et de Fran&ccedil;ais, la ville o&ugrave; les dimanches, Armand mon cousin, le fils de Maurice et de Margot, et moi, qui &eacute;tions les seuls parmi les cousins qui parlaient bien le fran&ccedil;ais, nous dansions avec des filles fran&ccedil;aises de notre &acirc;ge. Ces bals dansants duraient jusqu&rsquo;&agrave; tard le soir. C&rsquo;&eacute;tait l&agrave; dans de telles occasions que j&#39;avais appris les danses comme le tango, le passo-doble, la rumba, la samba, le spirou, le boogie-woogie et d&#39;autres danses de ce temps&#8230; Ya Hasra! J&#39;&eacute;tais &agrave; peine plong&eacute; dans ma m&eacute;moire que la voix gaie du contr&ocirc;leur se faisait &agrave; nouveau entendre: &laquo; Hammam-Lif! &raquo; disait-il.<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Mon cousin D&eacute;d&eacute; nous attendait &agrave; la gare, il aimait &ecirc;tre mon h&ocirc;te. Comme il &eacute;tait plus &acirc;g&eacute; que moi je lui laissais ce privil&egrave;ge de cousin a&icirc;n&eacute;, sans aucune objection. Ce jour-l&agrave; il tenait &agrave; me montrer la ville et me disait:&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &laquo; Tu vois la montagne &agrave; deux cornes, c&#39;est un volcan &eacute;teint &#8211; on l&#39;appelle le Bou Cornine, mais de l&agrave;-haut on voit toute la ville jusqu&#39;&agrave; la mer! &raquo;&nbsp; En effet D&eacute;d&eacute; &eacute;tait un excellent nageur et la mer &eacute;tait sa place favorite. Comme j&#39;&eacute;tais fatigu&eacute; du voyage, je r&eacute;sistais &agrave; la tentation de grimper la montagne, j&#39;avais h&acirc;te d&#39;arriver &agrave; la maison et voir maman.<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Nous traversions la rue de la gare qui coupait la ville de la gare jusqu&#39;&agrave; la mer. De loin je pouvais percevoir la couleur bleue de la mer. C&rsquo;&eacute;tait comme dans une peinture, toute la rue paraissait sur un fond&nbsp; bleu. Cette couleur si gaie nous attirait vers elle comme les belles fleurs qui attirent les papillons. De temps &agrave; autre nous rencontrions des jeunes filles et des jeunes gar&ccedil;ons en maillots de bain qui allaient &agrave; la plage. Pour moi, qui venait de l&#39;int&eacute;rieur du pays, de voir les filles en maillots de bain me paraissait une d&eacute;couverte &#8211; ceci &eacute;tait inconnu chez nous.&nbsp; Je lan&ccedil;ais de temps &agrave; autre un regard furtif vers les cuisses d&eacute;couvertes des jeunes filles aux teints bronz&eacute;s, papa qui marchait avec nous n&#39;avait pas l&#39;air de suivre nos regards.<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Apr&egrave;s une courte marche nous arrivions sur la place du march&eacute; o&ugrave; Choua, le mari de Hnina, la s&oelig;ur de ma grand-m&egrave;re, avait une boutique de l&eacute;gumes et de fruits. Papa et Choua &eacute;taient de bons copains, car ils &eacute;taient les deux de la classe quatorze et Choua avait perdu un &oelig;il pendant la premi&egrave;re guerre mondiale. Les deux copains aux armes bavard&egrave;rent pour un moment, cette attente nous laissait la libert&eacute; d&#39;observer tranquillement les passants. Puis je commen&ccedil;ais &agrave; &ecirc;tre impatient et je priai mon cousin de me conduire chez ma m&egrave;re, car j&#39;avais peur de me perdre.&nbsp; D&eacute;d&eacute; demanda la permission &agrave; papa qui la lui accorda sans discussion.&nbsp;&nbsp;&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Les membres de la famille venaient de plusieurs villes. Nous passions tous les &eacute;t&eacute;s les vacances &agrave; Hammam-Lif.&nbsp; Une cousine de maman, Bahla, et son mari arrivaient avec tous leurs enfants de Sliman, ma tante Julie, la s&oelig;ur de maman, venait avec sa famille de l&#39;Ariana, ma tante Marcelle, son mari Lalou (Elie) et leurs enfants accompagn&eacute;s de ma grand-m&egrave;re venaient de Tunis, de la rue Sidi Khlef. Mes arri&egrave;re-grands-parents Rahel et Sa&#39;adani Sa&#39;adoun avaient une chambre qui &eacute;tait r&eacute;serv&eacute;e pour eux toute l&#39;ann&eacute;e, mais ils ne l&#39;occupaient que l&#39;&eacute;t&eacute;, ma tante Marcelle avait aussi une chambre qu&#39;elle gardait pour l&#39;ann&eacute;e, mais l&#39;hiver elle le passait &agrave; Tunis, o&ugrave; son mari Elie travaillait. Ma tante Koukina, la s&oelig;ur de papa, avait aussi une chambre avec son mari Breitou et ses enfants D&eacute;d&eacute;, Luluce et Viviane (William et Mamie n&rsquo;&eacute;taient pas encore n&eacute;s). Cette m&ecirc;me maison &eacute;tait celle qu&#39;Albert, le p&egrave;re de Sa&#39;adani avait laiss&eacute; en h&eacute;ritage. C&#39;&eacute;tait donc une maison pour la famille. Elle abritait &agrave; part mes tantes, toutes les filles de Rahel et de Sa&#39;adani pendant les vacances. Il y avait Meha, la grande s&oelig;ur de ma grand-m&egrave;re Esther, sa s&oelig;ur Njamou, la seule qui ne venait pas en vacances avec nous c&#39;&eacute;tait la s&oelig;ur de ma grand-m&egrave;re, Ghazala, qui restait &agrave; B&eacute;ja. Son mari Da&iuml;dou avait un magasin de tous les produits indispensables pour les fermiers et les paysans, en pleine campagne, &agrave; une distance de quarante kilom&egrave;tres de B&eacute;ja. Breitou, le seul fr&egrave;re de ma grand-m&egrave;re habitait &agrave; Hammam-Lif dans une maison s&eacute;par&eacute;e et &agrave; quelques centaines de m&egrave;tres de la maison de la famille.&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; La maison de vacances avait plusieurs chambres donnant sur une grande cour carr&eacute;e et un pr&eacute;au qui fait le contour int&eacute;rieur et servait de couloir.&nbsp; Celui-ci &eacute;tait large d&rsquo;un m&egrave;tre cinquante et bord&eacute; vers l&#39;ext&eacute;rieur d&rsquo;une balustrade d&#39;une hauteur d&rsquo;un m&egrave;tre vingt.&nbsp; Au centre de la cour un bassin arrondi avec un&nbsp; jet d&#39;eau&nbsp; au milieu ; ce bassin contenait des poissons de diff&eacute;rentes couleurs. Dans un des coins il y avait une &eacute;norme cuisine qui servait pour toute la grande famille avec plusieurs cuisini&egrave;res.<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Hammam-Lif est une ville de plage et d&#39;ambiance agr&eacute;able et favoris&eacute;e par la fra&icirc;cheur de la montagne. Les samedis papa nous faisait faire des excursions matinales, plusieurs familles se joignaient &agrave; nous ; celles-ci fuyaient la chaleur de la grande ville. En plus, c&#39;&eacute;tait la ville du Bey, le souverain de la Tunisie. Les soirs, sous un ciel clair et aux &eacute;toiles enchanteresses, nous profitions d&rsquo;une douce fra&icirc;cheur qui parvenait de la mer en groupes de petites brises. Nous allions &agrave; la plage pour jouir de ce vent frais du soir.<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Notre grande famille se composait de tantes, oncles, cousins, cousines, grands-parents et arri&egrave;re-grands-parents. Elle se joignait aux autres familles ; la plupart &eacute;taient des voisins de la m&ecirc;me rue ou des rues adjacentes &agrave; notre rue. Elles arrivaient lentement &agrave; la plage, chaque famille selon sa cadence. Il n&rsquo;y avait pas de distinction entre Juifs, Arabes, Maltais ou Italiens. La rue et la plage &eacute;taient les extensions de nos maisons. La plupart des familles &eacute;taient charg&eacute;es de couvertures, de draps, de Kelims, des Hassiras (des nattes en paille) et des Quartalas (coufins) remplis de victuailles et surtout des gargoulettes d&rsquo;eau. Certains apportaient des instruments de musique, d&#39;autres apportaient des simples appareils qui faisaient de la glace avec du citron et du sucre. Tout le monde s&#39;adossaient &agrave; une barri&egrave;re construite en pierre d&#39;une hauteur d&#39;un enfant, qui s&eacute;parait la plage de la rue et longeait tout le long de la mer jusqu&rsquo;&agrave; la derni&egrave;re rue de la ville d&rsquo;un c&ocirc;t&eacute; vers Saint Germain et de l&rsquo;autre c&ocirc;t&eacute; vers Soliman. Certaines familles allaient vers La Goulette, d&#39;autres vers La Marsa ou vers Carthage. Dans le fond nous &eacute;tions un peu partout puisque nous avions de la famille dans presque chacune des plages.<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; A Hammam-Lif des centaines de familles venant de toutes parts de l&rsquo;int&eacute;rieur de la Tunisie remplissaient les trains, pour avoir une place dans la ville du Souverain et pour jouir enfin des vacances si longtemps attendues. Chacun selon ses moyens d&eacute;pensait toutes ses r&eacute;serves accumul&eacute;es durant l&#39;ann&eacute;e. Nous prenions des couleurs au soleil. Nous nous &eacute;talions au bord de la mer nous revenions des vacances avec des cheveux dor&eacute;s. Ce rythme dure depuis des milliers d&#39;ann&eacute;es ; ces peuples, descendants des Berb&egrave;res, des Ph&eacute;niciens, des Grecs, des Romains, des H&eacute;breux, des Vandales, des Arabes, des Italiens, des Espagnols, des Maltais et en dernier, des Fran&ccedil;ais, vivent au bord de la M&eacute;diterran&eacute;e et se nourrissent de ses d&eacute;licieux fruits de mer. Chaque famille occupait sa place pr&egrave;s du mur le long de la plage, dans l&#39;ordre de son arriv&eacute;e et formait un d&eacute;cor naturel qui ajoutait de l&#39;animation &agrave; la plage.<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Pendant que les parents &eacute;talaient les couvertures &agrave; m&ecirc;me le sable, nous les enfants profitions pour jouer, personne ne nous introduisait. Le fait que nous &eacute;tions l&agrave; suffisait pour aussit&ocirc;t nous entendre ; il n&#39;y avait pas de diff&eacute;rence entre origines ou religions, l&rsquo;harmonie et le respect r&eacute;gnaient entre nous tous. Quand les femmes sortaient les provisions, nous interrompions nos jeux pour nous joindre et partager ensemble notre premier go&ucirc;ter &agrave; l&#39;air pur. Parmi les grandes personnes il y avait ceux qui s&#39;allongeaient, ceux qui profitaient pour prendre un bain et ceux qui bavardaient. Maurice, le cousin de ma m&egrave;re, accordait son luth sous le regard curieux des passants et des marchands ambulants. Quand il &eacute;tait jeune et avait &agrave; peine termin&eacute; ses &eacute;tudes religieuses, son rabbin qui l&rsquo;admirait, tant il &eacute;tait un bon &eacute;l&egrave;ve, lui conseilla de marier sa fille, qui &eacute;tait professeur en langues fran&ccedil;aise et anglaise et ma&icirc;tresse de musique et de piano. Maurice qui avait &agrave; peine quinze ans &eacute;tait heureux d&rsquo;avoir une femme d&rsquo;une telle comp&eacute;tence et qui &eacute;tait beaucoup plus &acirc;g&eacute;e que lui. Depuis il menait une vie agr&eacute;able et sans soucis.&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; A la plage des amiti&eacute;s se nouaient durant les vacances. Les jeunes c&eacute;libataires trouvaient leurs compagnes, les filles sortaient leurs meilleures toilettes pour plaire aux jeunes gens. C&#39;&eacute;tait une occasion de faire des nouvelles connaissances et en maillot de bain l&#39;attraction entre les jeunes devenait plus vive. Les plages offraient des occasions merveilleuses pour de telles rencontres. Sa&#39;adani et Rahel, mes arri&egrave;re-grands-parents, se joignaient eux aussi, comme un jeune couple. Toutes leurs filles &eacute;taient des grands-m&egrave;res et leur seul fils Albert &eacute;tait le seul qui n&#39;&eacute;tait pas grand-p&egrave;re. Quand j&rsquo;avais &agrave; peine six ans cela m&#39;amusait beaucoup de voir Sa&#39;adani et Rahel marcher lentement. Je faisais plusieurs fois l&#39;aller-retour de la maison &agrave; la plage pour leur permettre d&#39;arriver lentement. Pour cela je recevais des compliments comme:<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &laquo; Ya&#39; A&#39;tik Essahah &raquo; (Que Dieu te donne de la sant&eacute;) (Bravo) J&#39;&eacute;tais trop jeune pour comprendre ces expressions, mais je souriais en signe de satisfaction. En fait ces compliments &eacute;taient des b&eacute;n&eacute;dictions.&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Les chants et les slogans des marchands ambulants qui sillonnaient la plage se faisaient entendre, chacun d&eacute;crivait les qualit&eacute;s de ses friandises &agrave; travers sa chansonnette. Les odeurs des grillades des restaurants de la rue qui longeait la plage se m&eacute;langeaient avec celles des briks et des bonbolonais qui nous parvenaient tout chauds par les jeunes marchands. A cela s&#39;ajoutait le go&ucirc;t sal&eacute; des glibettes et des pois chiches cuits au sable. La soif des jeunes vidait les gargoulettes &agrave; peine rafra&icirc;chies. La nuit &eacute;talait sur nous ses voiles et petit-&agrave;-petit, un silence s&rsquo;installait sur cette plage et permettait ainsi &agrave; Maurice de sortir enfin de son luth les sons de ses premi&egrave;res m&eacute;lodies. Les voisins qui nous c&ocirc;toyaient s&#39;approchaient petit-&agrave;-petit pour mieux &eacute;couter. En quelques instants ceux qui &eacute;taient assis pr&egrave;s de nous, femmes et hommes finissaient par se conna&icirc;tre. Chacun partageait ses provisions avec les autres. Une atmosph&egrave;re familiale se cr&eacute;ait spontan&eacute;ment nous devenions soudain une grande famille. Nous, les enfants nous nous r&eacute;jouissions encore plus.<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Les marchands de jasmin, attir&eacute;s par la musique sortaient de l&#39;obscurit&eacute;. Ils s&#39;assoyaient sur la plage, assez proche pour jouir des m&eacute;lodies qu&#39;ils connaissaient. Aussit&ocirc;t qu&#39;une chanson se terminait, ils nous tendaient des bouquets de jasmin tress&eacute;s, en signe de remerciement. Je me souviens lorsque j&rsquo;&eacute;tais tr&egrave;s jeune &agrave; une telle soir&eacute;e Sa&#39;adani se levait pour se d&eacute;gourdir les pieds et il disait : &laquo; Chah!&nbsp; Chah!&nbsp; En Nesma! &raquo; (Quelle fra&icirc;cheur.) Personne n&#39;a jamais vu Sa&#39;adani prendre un bain dans la mer. Tout au plus, il restait debout juste au bord de la mer et laissait les vagues douces caresser ses pieds. Yerhamou! Nous les enfants mettions aussi les pieds dans l&#39;eau et nous disions ensemble&nbsp; &laquo; Chah!&nbsp; Chah!&nbsp; EnNesma ! &raquo; Quel Kif!<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Les soir&eacute;es que nous n&#39;allions pas &agrave; la plage, on restait en famille. La cour de la maison &eacute;tait en marbre, les femmes de la famille la lavaient tous les apr&egrave;s-midi, elle devenait fra&icirc;che et agr&eacute;able, ensuite on &eacute;talait des Klims tout autour pour s&#39;allonger et &eacute;couter les chants que mes tantes chantaient, on installait pr&egrave;s de la balustrade du c&ocirc;t&eacute; ext&eacute;rieur le piano de ma tante Marcelle, mes tantes chantaient &agrave; tour de r&ocirc;le, Maurice les suivait et les accompagnait de son luth. Ma tante Koukina jouait de la &laquo; darbouka &raquo; (tambour tunisien) et Lalou (Elie), le mari de ma tante Marcelle jouait du piano. Les jeunes cousines dansaient les danses orientales aux applaudissements des grands. Les femmes plus &acirc;g&eacute;es nous g&acirc;taient de grillades des merguez avec de la Boukha Bokhobza ; ensuite c&#39;&eacute;tait le tour des amandes et des g&acirc;teaux orientaux comme Makroud, Roh El Bay, des dattes, des noix, des glibettes etc. Ces soir&eacute;es nous donnaient l&#39;occasion de chanter ensemble et c&#39;est ainsi que nous&nbsp; apprenions entre cousins et cousines les nouveaux chants, nous chantions les chants de Louisa Tounsia, d&#39;Ali Eriahi, d&#39;Abdelwahab et de Farid el Atrache et tant d&#39;autres chants.<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Dans toute cette grande maison il y avait deux familles musulmanes qui vivaient avec nous et partageaient toutes nos joies, nos ambiances et nos nourritures. Ces familles aimaient beaucoup papa et maman car nous venions de B&eacute;ja et nous parlions un arabe qui &eacute;tait plus rapproch&eacute; du leur. Je me souviens encore de Wourida et son mari Salihou, ils avaient une fillette de notre &acirc;ge qui &eacute;tait amoureuse d&#39;un de mes cousins, mais cela n&rsquo;&eacute;tait que platonique. Les enfants jouaient ensemble et nos parents avaient des relations de bons voisins, en fait nous &eacute;tions des vrais voisins.<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\tEmile Tubiana<\/p>\n<\/p><\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les belles journ&eacute;es &agrave; Hammam-Lif, par Emile Tubiana &nbsp; &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Mon arri&egrave;re-grand-p&egrave;re Sa&#39;adani nous a quitt&eacute;s quand j&#39;avais sept ans. En ce temps-l&agrave; il vivait en hiver &agrave; B&eacute;ja et en &eacute;t&eacute; &agrave; Hammam El Anf (Hammam Elif) dans la maison que son p&egrave;re et son fr&egrave;re lui avaient laiss&eacute;e en h&eacute;ritage. 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