{"id":7959,"date":"2013-12-19T04:43:02","date_gmt":"2013-12-19T04:43:02","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=7959"},"modified":"2013-12-19T04:43:02","modified_gmt":"2013-12-19T04:43:02","slug":"tunisie-que-reste-t-il-des-grandes-familles","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/tunisie-que-reste-t-il-des-grandes-familles\/","title":{"rendered":"Tunisie : Que reste-t-il des grandes familles ?"},"content":{"rendered":"<div>\n<p>\n\t\tTunisie :&nbsp;Que reste-t-il des grandes familles ?<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"boiteoutil2\">\n<p>\n\t\tPar Samy Ghorbal, envoy&eacute; sp&eacute;cial<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"texte\" itemprop=\"articleBody\">\n<p>\n\t\t&Agrave; l&#39;origine issues de l&#39;aristocratie et de la bourgeoisie tunisoises, elles ont consid&eacute;rablement &eacute;volu&eacute; avec la mont&eacute;e en puissance des nouvelles &eacute;lites industrielles. Mais continuent de susciter jalousies et fantasmes.<\/p>\n<p>\n\t\tEn chaque Tunisien sommeille un g&eacute;n&eacute;alogiste. Quelqu&#39;un de &laquo; bien n&eacute; &raquo; n&#39;omettra jamais de pr&eacute;ciser &agrave; son interlocuteur, quand il le rencontre pour la premi&egrave;re fois, qu&#39;il est oueld flen &#8211; litt&eacute;ralement : &laquo; fils de quelqu&#39;un &raquo;. Poss&eacute;der un patronyme connu et respect&eacute; ouvre bien des portes. &Agrave; l&#39;inverse, un nom un peu trop connot&eacute; &laquo; paysan &raquo; est souvent v&eacute;cu sinon comme une tare, au moins comme un handicap. M&ecirc;me si ces hi&eacute;rarchies invisibles n&#39;ont pas la force de celles qui, par exemple, cors&egrave;tent la soci&eacute;t&eacute; marocaine, les &laquo; grandes familles &raquo; tunisiennes conservent un prestige et une influence consid&eacute;rables.&nbsp;<br \/>\n\t\tD&#39;ascendance noble, maraboutique ou commer&ccedil;ante, elles &eacute;taient, &agrave; l&#39;origine, presque exclusivement tunisoises : c&#39;&eacute;taient les fameux beldis. Depuis la mont&eacute;e en puissance des &eacute;lites du Sahel, de Sfax ou de Djerba, elles se sont, socialement et g&eacute;ographiquement, beaucoup diversifi&eacute;es. Mais elles restent tr&egrave;s jalous&eacute;es et continuent de faire fantasmer. On ne pr&ecirc;te qu&#39;aux riches, bien s&ucirc;r, mais on leur pr&ecirc;te sans doute un peu plus de pouvoir qu&#39;elles n&#39;en ont r&eacute;ellement. Qui sont ces grandes familles, d&#39;o&ugrave; viennent-elles, quel est leur poids r&eacute;el, quelles sont les limites de leur influence ?&nbsp;<\/p>\n<p>\t\tAu commencement &eacute;tait la M&eacute;dina\u0085 Tunis a pris son essor au XIe si&egrave;cle, apr&egrave;s la prise et le pillage de Kairouan par des tribus b&eacute;douines, les Banu Hilal. Prot&eacute;g&eacute;e par ses remparts et devenue capitale politique et religieuse de l&#39;Ifriqiya, la ville s&#39;enrichit gr&acirc;ce aux apports successifs de savants, de juristes, d&#39;&eacute;migr&eacute;s andalous chass&eacute;s d&#39;Espagne et de janissaires turcs. La galaxie des grandes familles beldies, qui a profond&eacute;ment influenc&eacute; la bourgeoisie tunisienne, s&#39;est fig&eacute;e au milieu du XIXe si&egrave;cle. Elle se divise en trois groupes.&nbsp;<br \/>\n\t\t1. L&#39;establishment religieux. Ce sont, d&#39;une part, les dynasties de savants musulmans qui occup&egrave;rent fr&eacute;quemment la fonction de mufti &agrave; l&#39;&eacute;poque malikite (Ben Achour) ou hanafite (Bayram, Belkhodja), et, de l&#39;autre, les familles maraboutiques : Meherzi (qui descendent de Sidi Mehrez, le saint patron de Tunis), Belhassen, Azouz\u0085 Arabes apparent&eacute;s au Proph&egrave;te, les Ch&eacute;rif et les Mohsen peuvent &ecirc;tre rattach&eacute;s &agrave; cette derni&egrave;re cat&eacute;gorie, qui administrait les biens fonciers religieux, les habous, jusqu&#39;&agrave; leur nationalisation en 1956.&nbsp;<br \/>\n\t\t2. Le noyau originel beldi. Ce sont les familles corporatives des souks. Les plus prestigieuses sont les Lakhoua et les Louzir, qui confectionnaient les ch&eacute;chias, ces bonnets de feutre carmin export&eacute;s dans tout le monde arabe ; les Zena&iuml;dis, armuriers sp&eacute;cialis&eacute;s dans la fabrication des f&ucirc;ts de pistolets ; les Mebaz&acirc;a et les Ben Miled, affili&eacute;s &agrave; la guilde des parfumeurs.&nbsp;<br \/>\n\t\t3. Les familles makhzen. Organiquement ou fonctionnellement, elles appartenaient &agrave; la cour beylicale, de m&ecirc;me que celles des repr&eacute;sentants provinciaux de l&#39;&Eacute;tat central, ca&iuml;ds ou fermiers g&eacute;n&eacute;raux. Beaucoup sont d&#39;origine turque ou mamelouke (Circassiens, G&eacute;orgiens) &#8211; cas des Sahab Tabaa, des Agha, des Kahia, des Ca&iuml;d Essebsi, des Bach Mamelouk ou des Bach Hamba &#8211; et appartenaient &agrave; l&#39;aristocratie militaire et &agrave; l&#39;administration. D&#39;autres sont arabes ou autochtones, comme les Lasram (Y&eacute;m&eacute;nites), les Ben Ayed (Djerbiens), leurs rivaux les Belhadj ou encore les Jellouli. Jusqu&#39;au milieu du XIXe si&egrave;cle, les ministres du bey ne percevaient pas de salaires, mais recevaient des ?gratifications en nature, sous forme de domaines agricoles.&nbsp;<br \/>\n\t\tL&#39;instauration du protectorat fran&ccedil;ais (1881) priva les familles mameloukes de leur raison d&#39;&ecirc;tre militaire et provoqua la fusion progressive (mariages) des familles makhzen et patriciennes tunisoises, pour donner naissance &agrave; une sorte de caste homog&egrave;ne, mais relativement ouverte : les beldis. Partageant les m&ecirc;mes codes, cultivant les m&ecirc;mes formes de sociabilit&eacute;, ces derniers &eacute;taient reconnaissables &agrave; leur tenue vestimentaire. V&ecirc;tus d&#39;amples djellabas, ils portaient la ch&eacute;chia et la moustache &agrave; la turque, habitaient des palais ou des maisons cossues de la M&eacute;dina, la ville arabe, et poss&eacute;daient une r&eacute;sidence d&#39;&eacute;t&eacute; attenante &agrave; leur senia (&laquo; domaine &raquo;), dans les environs de Tunis. G&eacute;n&eacute;ralement monogames, ils vivaient et se mariaient entre eux. Conservateurs attach&eacute;s &agrave; leurs traditions, &agrave; leur art de vivre, &agrave; leurs bonnes mani&egrave;res, &agrave; leur parler distingu&eacute; et &agrave; leur cuisine raffin&eacute;e, ils formaient l&#39;&eacute;lite de la soci&eacute;t&eacute; tunisienne du d&eacute;but du XXe si&egrave;cle.&nbsp;<\/p>\n<p>\t\tL&#39;&eacute;veil de la conscience nationale. &Agrave; travers les figures d&#39;Ali Bach Hamba, fondateur, en 1907, du quotidien Le Tunisien, et du cheikh Abdelaziz Tha&acirc;lbi, un zitounien auteur du pamphlet La Tunisie martyre (1920) et fondateur, la m&ecirc;me ann&eacute;e, du Parti lib&eacute;ral constitutionnel tunisien, le &laquo; Vieux Destour &raquo;, l&#39;&eacute;lite citadine tunisoise a largement contribu&eacute; &agrave; l&#39;&eacute;veil de la conscience nationale.&nbsp;<br \/>\n\t\tLe Dr Mahmoud el-Materi fut, avec Habib Bourguiba, l&#39;un des fondateurs du N&eacute;o-Destour, en 1934, avant de si&eacute;ger dans le gouvernement Chenik, &agrave; la fin des ann&eacute;es 1940. Pourtant, la post&eacute;rit&eacute; a eu tendance &agrave; minorer voire &agrave; gommer cet apport. &laquo; L&#39;Histoire est toujours r&eacute;&eacute;crite par les vainqueurs, constate le Pr Sa&iuml;d Mestiri, chirurgien et auteur de nombreux ouvrages, dont une c&eacute;l&egrave;bre biographie en deux volumes de Moncef Bey, le roi r&eacute;sistant (1942-1943). On a tent&eacute; d&#39;opposer les r&eacute;sistants originaires du Sahel [la r&eacute;gion natale de Bourguiba] aux notables beldis, pr&eacute;sent&eacute;s comme pusillanimes et inf&eacute;od&eacute;s au palais beylical. Et &agrave; l&#39;occupant. &raquo;&nbsp;<br \/>\n\t\tLe protectorat a favoris&eacute; l&#39;&eacute;closion d&#39;une tr&egrave;s entreprenante et tr&egrave;s agressive bourgeoisie agraire, industrielle et commerciale. &Agrave; l&#39;inverse, note l&#39;&eacute;crivain Fay&ccedil;al Bey, &laquo; l&#39;aristocratie traditionnelle a rat&eacute; sa reconversion. Elle s&#39;est ent&ecirc;t&eacute;e &agrave; g&eacute;rer son patrimoine \u0093&agrave; l&#39;ancienne\u0094 avec des m&eacute;thodes anachroniques. Ses revenus se sont effondr&eacute;s, mais elle a continu&eacute; &agrave; mener grand train. Son appauvrissement a commenc&eacute; d&egrave;s le d&eacute;but du XXe si&egrave;cle. &raquo; Pour &eacute;viter que leurs rejetons ne se m&eacute;langent au tout-venant des conscrits, les grandes familles avaient demand&eacute; &#8211; et obtenu &#8211; que les jeunes de Tunis et de sa banlieue soient exempt&eacute;s de service militaire. Ce privil&egrave;ge n&#39;&eacute;tait &eacute;tendu &agrave; d&#39;autres qu&#39;&agrave; la condition que ceux-ci soient titulaires du certificat d&#39;&eacute;tudes. Anodine en apparence, cette disposition a suscit&eacute; dans toute la R&eacute;gence une farouche &eacute;mulation scolaire. R&eacute;sultat : d&egrave;s les premi&egrave;res d&eacute;cennies du XXe si&egrave;cle, les Sah&eacute;liens poss&eacute;daient globalement un niveau d&#39;instruction sup&eacute;rieur &agrave; celui des Tunisois de souche.&nbsp;<br \/>\n\t\tTr&egrave;s t&ocirc;t, le mouvement national a donc &eacute;t&eacute; le th&eacute;&acirc;tre d&#39;une vive rivalit&eacute; entre &eacute;lites anciennes et nouvelles. L&#39;une et l&#39;autre partageaient un m&ecirc;me &laquo; logiciel r&eacute;formiste &raquo;, mais leurs visions &agrave; long terme et leurs modalit&eacute;s d&#39;action diff&eacute;raient radicalement.&nbsp;<br \/>\n\t\t&laquo; Le Vieux Destour &eacute;tait un parti de notables, de gens biens &eacute;lev&eacute;s, distingu&eacute;s, d&#39;arabisants form&eacute;s en majorit&eacute; &agrave; l&#39;universit&eacute; religieuse de la Zitouna, explique un universitaire. Bourguiba et ses compagnons avaient, dans l&#39;ensemble, un profil et des vis&eacute;es tr&egrave;s diff&eacute;rents. Issus de la petite bourgeoisie du littoral, ils &eacute;taient consid&eacute;r&eacute;s, avec d&eacute;dain, comme des Afaqiyin, \u0093ceux qui viennent de derri&egrave;re l&#39;horizon\u0094, un euph&eacute;misme servant &agrave; d&eacute;signer les provinciaux. Ils avaient suivi un cursus moderne, bilingue, &eacute;taient aussi &agrave; l&#39;aise en fran&ccedil;ais qu&#39;en arabe, cultivaient une proximit&eacute; avec le peuple, lui parlaient dans sa langue, en dialectal, et avaient l&#39;ambition de cr&eacute;er un grand parti de masse. &raquo;&nbsp;<br \/>\n\t\tCette rivalit&eacute; a connu son paroxysme le 2 mars 1934, lors du congr&egrave;s de Ksar Hellal, qui d&eacute;boucha sur la scission du Destour et le triomphe des id&eacute;es bourguibistes. Elle s&#39;est quelque peu estomp&eacute;e par la suite. Nombre de fils de famille ont rejoint les rangs du N&eacute;o-Destour, certains devenant m&ecirc;me, &agrave; l&#39;instar de Mongi Slim, Ta&iuml;eb Mhiri, B&eacute;ji Ca&iuml;d Essebsi ou d&#39;Ahmed Mestiri, de proches collaborateurs du futur pr&eacute;sident.&nbsp;<\/p>\n<p>\t\tL&#39;ind&eacute;pendance et les ann&eacute;es Wassila. L&#39;ind&eacute;pendance a acc&eacute;l&eacute;r&eacute; le nivellement et l&#39;homog&eacute;n&eacute;isation de la soci&eacute;t&eacute; tunisienne. Les notables qui s&#39;&eacute;taient alli&eacute;s avec le bey pour tenter de faire obstacle &agrave; l&#39;h&eacute;g&eacute;monie destourienne, puis avaient fray&eacute; avec Salah Ben Youssef, l&#39;ancien bras droit devenu l&#39;adversaire de Bourguiba, ont &eacute;t&eacute; marginalis&eacute;s. Les autres se sont fondus dans le creuset du parti-&Eacute;tat. &laquo; Bourguiba a r&eacute;ussi la symbiose entre l&#39;aristocratie ralli&eacute;e au Destour et la petite bourgeoisie sah&eacute;lienne &raquo;, analyse le sociologue et sp&eacute;cialiste de la Tunisie, Vincent Geisser. En t&eacute;moigne la multiplication tr&egrave;s balzacienne des mariages entre filles de grandes familles d&eacute;class&eacute;es, ou en voie de l&#39;&ecirc;tre, et &laquo; roturiers &raquo; politiquement influents. Le plus embl&eacute;matique aura sans conteste &eacute;t&eacute; celui du pr&eacute;sident lui-m&ecirc;me avec Wassila Ben Ammar.&nbsp;<br \/>\n\t\tC&eacute;l&eacute;br&eacute;e le 12 avril 1962, dix-neuf ans jour pour jour apr&egrave;s leur premi&egrave;re rencontre, leur union &eacute;tait tout &agrave; la fois un mariage d&#39;amour et une alliance politique. Elle a d&eacute;finitivement ent&eacute;rin&eacute; le rapprochement entre &eacute;lites partisanes et grandes familles &#8211; m&ecirc;me si Wassila &eacute;tait issue d&#39;une branche relativement mineure et d&eacute;sargent&eacute;e de la dynastie Ben Ammar. Pour Bourguiba, fils de petits notables provinciaux qui avait eu &agrave; souffrir de l&#39;arrogance et du m&eacute;pris des beldis pendant sa scolarit&eacute; au coll&egrave;ge Sadiki de Tunis, ces noces ont constitu&eacute; une d&eacute;licieuse revanche sociale.&nbsp;<br \/>\n\t\tJusque-l&agrave;, il avait men&eacute; une politique plut&ocirc;t hostile aux beldis. Il avait, par exemple, marginalis&eacute; une personnalit&eacute; aussi &eacute;minente que Tahar Ben Ammar (aucun lien de parent&eacute; avec Wassila), le premier chef du gouvernement de l&#39;autonomie interne, qui, en 1956, fut d&eacute;f&eacute;r&eacute; devant la Haute Cour de justice pour des motifs fallacieux. Il avait, par ailleurs, rabaiss&eacute; la prestigieuse Zitouna au rang de simple facult&eacute; de th&eacute;ologie. Et embastill&eacute; certains de ses professeurs, sourcilleux gardiens du dogme musulman, parce qu&#39;ils s&#39;&eacute;taient oppos&eacute;s &agrave; son code du statut personnel. Mais le &laquo; Combattant supr&ecirc;me &raquo; &eacute;tait trop fin politique pour prendre le risque de s&#39;ali&eacute;ner d&eacute;finitivement les grandes familles\u0085&nbsp;<br \/>\n\t\tJusqu&#39;en 1986, Wassila Ben Ammar a exerc&eacute; une influence politique consid&eacute;rable et en a &eacute;videmment profit&eacute; pour favoriser les int&eacute;r&ecirc;ts de son clan et\u0085 de ceux de ses courtisans. Parfois, elle a us&eacute; de son pouvoir &agrave; bon escient. Elle est, par exemple, directement &agrave; l&#39;origine de la commutation de la peine de Moncef el-Materi, le p&egrave;re de Sakher, actuel gendre du pr&eacute;sident Ben Ali. &Acirc;g&eacute;, &agrave; l&#39;&eacute;poque, de 24 ans, celui-ci avait &eacute;t&eacute; condamn&eacute; &agrave; mort en compagnie de douze coaccus&eacute;s pour son implication dans le complot de d&eacute;cembre 1962.&nbsp;<br \/>\n\t\tDire qu&#39;elle a syst&eacute;matiquement favoris&eacute; les beldis serait toutefois tr&egrave;s exag&eacute;r&eacute;. &laquo; Lors du congr&egrave;s de Monastir, en octobre 1971, elle a man\u009cuvr&eacute; en coulisse pour torpiller le \u0093clan des Tunisois\u0094, ces lib&eacute;raux oppos&eacute;s &agrave; la d&eacute;rive hyperpr&eacute;sidentialiste du r&eacute;gime dont les figures de proue &eacute;taient Ahmed Mestiri et Bahi Ladgham &raquo;, explique Sa&iuml;d Mestiri. Wassila &eacute;tait avant tout une femme politique. D&#39;ailleurs, elle ne tardera pas &agrave; se disputer avec le Premier ministre H&eacute;di Nouira, dont elle avait pourtant favoris&eacute; les desseins, &agrave; Monastir\u0085&nbsp;<\/p>\n<p>\t\tLes ann&eacute;es Nouira. Ce dernier a &eacute;t&eacute; l&#39;artisan du tournant lib&eacute;ral de la Tunisie. Son nom reste attach&eacute; aux lois de 1972 en faveur de l&#39;investissement dans les soci&eacute;t&eacute;s offshore, qui a permis l&#39;essor de l&#39;industrie textile. &laquo; Il a fait entrer la Tunisie dans l&#39;&egrave;re industrielle, raconte un &eacute;conomiste. La plupart des grandes fortunes actuelles se sont constitu&eacute;es pendant les ann&eacute;es Nouira. Avant, l&#39;argent venait de la terre ou du n&eacute;goce. Avec la lib&eacute;ralisation, de nouvelles opportunit&eacute;s ont surgi dans l&#39;h&ocirc;tellerie, l&#39;immobilier, la distribution et, un peu plus tard, la finance. &raquo; L&#39;&eacute;mergence de ce capitalisme priv&eacute; (et familial) n&#39;aurait sans doute pas &eacute;t&eacute; possible sans la b&eacute;n&eacute;diction de l&#39;&Eacute;tat. Exon&eacute;rations fiscales, facilit&eacute;s d&#39;acc&egrave;s au cr&eacute;dit bancaire, multiplication des cr&eacute;ances douteuses : tout a &eacute;t&eacute; bon pour favoriser la cr&eacute;ation de ces &laquo; champions nationaux &raquo;, dont beaucoup continuent de dominer l&#39;&eacute;conomie.&nbsp;<br \/>\n\t\tTr&egrave;s dynamiques, entreprenants, solidaires aussi, les Sfaxiens et les Djerbiens ont, en une d&eacute;cennie, r&eacute;ussi &agrave; conqu&eacute;rir des positions extr&ecirc;mement avantageuses. Dirig&eacute; par l&#39;ing&eacute;nieur sfaxien Abdelwahab Ben Ayed, Poulina (agroalimentaire, grande distribution, tourisme) est, avec ses 6 000 employ&eacute;s et ses 770 millions de dinars de chiffre d&#39;affaires, le premier groupe priv&eacute; tunisien. Autre success story sudiste, celle du groupe de Hichem Elloumi, sp&eacute;cialis&eacute; dans le c&acirc;blage &eacute;lectrique et &eacute;lectronique (Chakira, Coficab). Actif dans le b&acirc;timent et l&#39;agroalimentaire, le groupe de Lotfi Abdennadher, ancien pr&eacute;sident du Club sportif sfaxien, a, quant &agrave; lui, int&eacute;gr&eacute; le Top 10 des entreprises locales.&nbsp;<br \/>\n\t\tLa famille Ben Yedder, qui poss&egrave;de un empire avec des ramifications dans la banque (Amen Bank, ex-Cr&eacute;dit foncier d&#39;Alg&eacute;rie et de Tunisie) et l&#39;assurance (Comar), symbolise, avec celle des Ben Jem&acirc;a (Ben Jem&acirc;a Motors, concessionnaire BMW), la r&eacute;ussite des entrepreneurs djerbiens. Issus d&#39;une lign&eacute;e de grands commer&ccedil;ants, ils ont eux aussi commenc&eacute; dans l&#39;alimentaire (p&acirc;tisseries et caf&eacute; Ben Yedder, caf&eacute; Bondin). C&#39;est la pi&egrave;ce d&eacute;tach&eacute;e automobile qui a permis &agrave; une autre famille djerbienne, les Mzabi, de prendre son essor, avant d&#39;embrasser des activit&eacute;s aussi vari&eacute;es que le commerce, l&#39;immobilier, la banque (participation dans l&#39;UIB) et la minoterie. Apr&egrave;s avoir d&eacute;but&eacute; dans le n&eacute;goce du sucre, le groupe Doghri, alli&eacute; aux Ben Jem&acirc;a, a, quant &agrave; lui, r&eacute;ussi une spectaculaire diversification : Soci&eacute;t&eacute; tunisienne des engrais chimiques (Stec), assurances La Carte, h&ocirc;tellerie, finance\u0085&nbsp;<br \/>\n\t\tNatif de Kairouan et patron du groupe Tunisian Travel Services (TTS), qui r&eacute;alise un chiffre d&#39;affaires sup&eacute;rieur &agrave; 400 millions de dinars (230 millions d&#39;euros) dans le tourisme et l&#39;a&eacute;rien (compagnie charter Nouvelair), Aziz Miled incarne un autre mod&egrave;le de r&eacute;ussite. Tout comme N&eacute;ji Mhiri, un Sah&eacute;lien de Hammam Sousse, qui dirige le groupe Meublatex. Sp&eacute;cialis&eacute; &agrave; l&#39;origine (1972) dans l&#39;ameublement, celui-ci a r&eacute;alis&eacute; une belle perc&eacute;e dans le tourisme, gr&acirc;ce au rachat du groupe h&ocirc;telier El-Mouradi.&nbsp;<br \/>\n\t\tL&#39;&eacute;rosion de l&#39;influence des beldis saute aux yeux, mais cela ne signifie pas qu&#39;ils aient compl&egrave;tement disparu du paysage &eacute;conomique. H&eacute;di Jilani, l&#39;inamovible pr&eacute;sident de l&#39;Utica, le patronat tunisien, longtemps actionnaire de Lee Cooper, descend ainsi d&#39;une grande famille. Il a profit&eacute; de l&#39;essor du textile pour faire fortune et s&#39;imposer comme l&#39;un des entrepreneurs les plus dynamiques et les plus influents du pays. Authentiquement beldia, la famille de Tahar Ben Ammar conserve pour sa part de vastes domaines &agrave; la sortie nord de Tunis et poss&egrave;de de gros int&eacute;r&ecirc;ts dans la banque, notamment l&#39;Arab Tunisian Bank (ATB).&nbsp;<br \/>\n\t\tLe groupe florissant fond&eacute; par Ali Mabrouk et d&eacute;sormais dirig&eacute; par ses enfants (Marwan, Isma&iuml;l et Mohamed-Ali) contr&ocirc;le l&#39;enseigne Monoprix et l&#39;hypermarch&eacute; G&eacute;ant. Il s&#39;est aussi taill&eacute; un empire dans l&#39;agroalimentaire (confiserie, biscuits Sa&iuml;da) et l&#39;immobilier. Originaire de Monastir, o&ugrave; elle poss&eacute;dait de vastes oliveraies, la famille Mabrouk est aujourd&#39;hui peu ou prou assimil&eacute;e aux Tunisois. &laquo; Ce sont des gens qui ne sont pas &agrave; proprement parler beldis &#8211; et ne se revendiquent d&#39;ailleurs pas comme tels -, explique un journaliste bien introduit dans la jet-set tunisoise, mais qui ne se sentent aucun point commun avec les nouveaux riches au luxe ostentatoire, qu&#39;ils consid&egrave;rent comme des aroubis (\u0093ploucs\u0094). Ils se sont &eacute;lev&eacute;s par l&#39;argent, mais poss&eacute;daient, &agrave; la base, un certain statut social. Ils sont plut&ocirc;t francophones, cultiv&eacute;s, lib&eacute;raux, et forment une nouvelle &eacute;lite que l&#39;on pourrait qualifier de \u0093carthaginoise\u0094. Un terme qui peut aussi bien s&#39;appliquer aux Miled ou aux Bouchamaoui. &raquo;&nbsp;<\/p>\n<p>\t\tAffaires de famille. Les contours du capitalisme tunisien ont beaucoup chang&eacute; depuis &laquo; l&#39;&acirc;ge d&#39;or &raquo; des ann&eacute;es 1970. Pourtant, les familles pr&eacute;cit&eacute;es, et quelques autres, continuent d&#39;en constituer l&#39;ossature. Les principes qui le r&eacute;gissent n&#39;ont gu&egrave;re &eacute;volu&eacute;. La culture du conglom&eacute;rat, avec des groupes pr&eacute;sentant un &eacute;ventail d&#39;activit&eacute;s extr&ecirc;mement &eacute;tendu et une faible int&eacute;gration verticale, pr&eacute;domine toujours. &Agrave; l&#39;aff&ucirc;t de la moindre occasion, ses dirigeants n&#39;h&eacute;sitent pas &agrave; faire jouer les r&eacute;flexes de solidarit&eacute; r&eacute;gionale. Et &agrave; s&#39;endetter pour couvrir leurs besoins de financement.&nbsp;<br \/>\n\t\t&laquo; Les grands patrons tunisiens sont rest&eacute;s des patriarches, explique B&eacute;atrice Hibou, chercheur au Centre d&#39;&eacute;tudes et de recherches internationales (Ceri), &agrave; Paris. Ils rechignent &agrave; lever des fonds en Bourse, car cette solution &eacute;conomiquement plus efficace pr&eacute;sente l&#39;inconv&eacute;nient de diluer leur part dans le capital. Et d&#39;ouvrir les comptes de l&#39;entreprise aux regards &eacute;trangers. &raquo;&nbsp;<br \/>\n\t\tLes mariages sont rarement laiss&eacute;s au hasard. Si le temps de l&#39;endogamie est &eacute;videmment r&eacute;volu, les alliances ob&eacute;issent souvent &agrave; des consid&eacute;rations patrimoniales. Ou politiques. &laquo; En jouant les marieuses, les m&egrave;res tunisiennes remplissent un peu le r&ocirc;le d&eacute;volu aux d&eacute;partements fusion-acquisition des firmes occidentales &raquo;, s&#39;amuse un businessman.&nbsp;<br \/>\n\t\tMais le mariage est aussi un moyen de cultiver une certaine proximit&eacute; avec le pouvoir. Les filles du pr&eacute;sident Zine el-Abidine Ben Ali sont, en effet, toutes mari&eacute;es &agrave; des hommes d&#39;affaires influents (ou en passe de le devenir) appartenant &agrave; l&#39;establishment des grandes familles : les Zarrouk, les Chiboub, les Mabrouk, les Materi\u0085 Ce ph&eacute;nom&egrave;ne, qui passionne les &eacute;chotiers de la gazette mondaine, n&#39;a pourtant rien de bien nouveau : il existait d&eacute;j&agrave; sous Bourguiba, m&ecirc;me s&#39;il a peut-&ecirc;tre gagn&eacute; en ampleur.&nbsp;<br \/>\n\t\tLes liens existant entre la politique et les milieux &eacute;conomiques sont une &eacute;vidence et n&#39;ont d&#39;ailleurs rien de sp&eacute;cifiquement tunisien : ce n&#39;est pas Nicolas Sarkozy qui dira le contraire. La Tunisie est un petit pays o&ugrave; tout le monde se conna&icirc;t. D&eacute;duire de ce qui pr&eacute;c&egrave;de que les grandes familles font la pluie et le beau temps serait cependant excessif. Proximit&eacute; ne signifie pas implication. Tout au contraire, l&#39;&eacute;lite &eacute;conomique tunisienne est largement d&eacute;politis&eacute;e. Pragmatique, elle fait all&eacute;geance au syst&egrave;me, montre patte blanche quand il le faut et se garde toujours d&#39;entrer en opposition frontale avec le r&eacute;gime. Ce qui ne l&#39;emp&ecirc;che pas, en priv&eacute;, d&#39;exprimer parfois un certain malaise et de juger s&eacute;v&egrave;rement le comportement des &laquo; parvenus &raquo; jouissant de protections bien plac&eacute;es.&nbsp;<br \/>\n\t\tMais il serait impensable de voir ici un entrepreneur se transformer en homme politique &agrave; la mani&egrave;re d&#39;un Silvio Berlusconi en Italie, d&#39;un Moshood Abiola au Nigeria ou d&#39;un Vicente Fox au Mexique. Depuis l&#39;ind&eacute;pendance et la marginalisation des vieilles familles proches du bey, la politique tunisienne est rest&eacute;e l&#39;affaire des &eacute;lites partisanes et technocratiques. Et chacun sait que la fortune et la r&eacute;putation ne sont nullement des gages d&#39;invuln&eacute;rabilit&eacute;. Les m&eacute;saventures de l&#39;homme d&#39;affaires Kamel Eltaief, tr&egrave;s en vue dans les ann&eacute;es 1990 et brutalement tomb&eacute; en disgr&acirc;ce, l&#39;ont rappel&eacute; &agrave; ceux qui l&#39;auraient oubli&eacute;. La relation entre pouvoir &eacute;conomique et pouvoir politique est fondamentalement asym&eacute;trique. &laquo; C&#39;&eacute;tait vrai en 1956 et cela le reste aujourd&#39;hui, conclut Vincent Geisser. Aucun groupe social ne dispose d&#39;une assise suffisante pour faire pr&eacute;valoir ses int&eacute;r&ecirc;ts en dehors de la protection ou de la bienveillance de l&#39;&Eacute;tat. &raquo;<\/p>\n<\/div>\n<p>\t<a href=\"http:\/\/www.jeuneafrique.com\/Article\/LIN17067queresellim0\/#ixzz2ntOjHx2Y\">&nbsp;Que reste-t-il des grandes familles ? | Jeuneafrique.com &#8211; le premier site d&#39;information et d&#39;actualit&eacute; sur l&#39;Afrique<\/a>&nbsp;<br \/>\n\t&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Tunisie :&nbsp;Que reste-t-il des grandes familles ? &nbsp; Par Samy Ghorbal, envoy&eacute; sp&eacute;cial &nbsp; &Agrave; l&#39;origine issues de l&#39;aristocratie et de la bourgeoisie tunisoises, elles ont consid&eacute;rablement &eacute;volu&eacute; avec la mont&eacute;e en puissance des nouvelles &eacute;lites industrielles. Mais continuent de susciter jalousies et fantasmes. En chaque Tunisien sommeille un g&eacute;n&eacute;alogiste. 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