{"id":7971,"date":"2015-11-30T02:09:09","date_gmt":"2015-11-30T02:09:09","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=7971"},"modified":"2015-11-29T20:48:07","modified_gmt":"2015-11-29T20:48:07","slug":"la-vie-de-tous-les-jours-des-livournais-de-tunis-par-giacomo-nunez","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/la-vie-de-tous-les-jours-des-livournais-de-tunis-par-giacomo-nunez\/","title":{"rendered":"LA VIE DE TOUS LES JOURS DES LIVOURNAIS DE TUNIS, par Giacomo Nunez"},"content":{"rendered":"<p>\n\tLA VIE DE TOUS LES JOURS DES LIVOURNAIS DE TUNIS.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tGiacomo Nunez<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p>\n\tLA VIE DE TOUS LES JOURS DES LIVOURNAIS DE TUNIS.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tGiacomo Nunez<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tEn 1943 j&rsquo;avais 15 ans et j&rsquo;&eacute;tais &eacute;l&egrave;ve au Lyc&eacute;e Carnot de Tunis o&ugrave; pr&egrave;s de 90 % des &eacute;l&egrave;ves &eacute;taient des Juifs tunisiens. Un jour, en sortant du Lyc&eacute;e pour retourner chez moi je demandai a mon camarade, Daniel Nataf s&rsquo;il allait jeuner le lendemain jour de Kippour ? Il s&rsquo;arreta manifestement interloqu&eacute;, et me demanda: &ldquo;comment sais tu que demain c&rsquo;est Kipour? Tu n&rsquo;es pas Juif n&rsquo;est ce pas? Pour lui, livournais voulait dire Italien et italien signifiait catholique.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tIl est vrai que les livournais &eacute;taient rest&eacute;s Italiens malgre les lois raciales de Mussolini de 1938. Arriv&eacute;s a Tunis en nombre toujours plus grand d&egrave;s le d&eacute;but du 19&egrave;me si&egrave;cle ils s&rsquo;etaient organis&eacute;s dans une Comunaut&eacute; qu&rsquo;ils appel&egrave;rent Portugaise pour rappeler leur origine Ib&eacute;rique. Ils etaient en tous cas reconaissants aux M&eacute;dicis de les avoir accueillis d&egrave;s 1553 a Livourne, fuyant l&rsquo;Inquisition. Et de leur avoir permis de retourner a la religion de leurs p&egrave;res. Car ils avaient &eacute;t&eacute; convertis de force et &eacute;taient apparemment des catholiques fid&egrave;les quoique judaisant en secret. On les appelait Conversos, Cristaos Novos, Nouveaux Chr&eacute;tiens mais aussi Marranos &ldquo;petits cochons&rdquo; pour les insulter. Mon camarade Nataf avait per&ccedil;u qu&rsquo;il restait chez eux des traces de leur catholiscisme pass&eacute;, ou, du moins, qu&rsquo;ils n&rsquo;etaient pas des Juifs comme les autres.<\/p>\n<p>\n\tFormant progressivement &agrave; Livourne une communaut&eacute; de 3000 personnes ils avaient r&eacute;sist&eacute; plus tard a Tunis a la tentation et aux avantages de devenir fran&ccedil;ais lorsque la France &eacute;tait devenue la puissance occupante du pays. Par la suite ils avaient subi comme les Juifs tunisiens ou francais les persecutions du r&eacute;gime de Vichy d&egrave;s 1940 puis des Nazis pendant le court s&eacute;jour de l&rsquo;Afrika Korps en 1942-43.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tLa question de Daniel Nataf n&rsquo;avait donc rien de vraiment surprenant. Nous &eacute;tions sans doute Juifs mais tellement differents de nos cor&eacute;ligionaires Tunisiens dans nos croyances et nos co&ucirc;tumes. Je me souviens de la synagogue des livournais situ&eacute;e Rue de la Loire, a deux pas du Lyc&eacute;e Carnot. C&rsquo;etait une petite salle avec, au plafond, de nombreuses lampes a huile. Ma M&egrave;re avait install&eacute;e une de ces lampes en memoire de son fr&egrave;re Giacomo Cardoso, volontaire dans le corps expeditionaire italien, qui &eacute;tait mort des suites de ses blessures sur le front de Verdun pendant la Grande Guerre de 14-18. Maman allait r&eacute;gulierement a la synagogue pour entretenir la lampe a huile. &nbsp;Et c&rsquo;&eacute;tait seulement cela qui t&eacute;moignait de son appartenance religieuse. Sauf d&rsquo;observer aussi le je&ucirc;ne de Kipour, mais apr&egrave;s un voeu fait en souvenir de la mort de son fils ain&eacute;, Lionello.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tLa synagogue des livournais &eacute;tait le plus souvent vide car peu de monde venait y prier, ni a l&rsquo;aube comme c&rsquo;est la co&ucirc;tume pour les plus religieux, ni pendant le Shabbath ou les f&ecirc;tes religieuses. On y trouvait un seul et unique Rabbin qui s&rsquo;appelait Boccara. Margr&eacute; son nom livournais il &eacute;tait tellement assimil&eacute; aux Juifs locaux qu&rsquo;il parlait l&rsquo;Italien avec un fort accent arabe. C&rsquo;est ce m&ecirc;me Rabbin qui m&rsquo;a appris quelques rudiments des pri&egrave;res en H&eacute;breux, mon p&egrave;re ayant d&eacute;cid&eacute; de me faire passer cette c&eacute;r&eacute;monie pendant l&rsquo;occupation allemande plus par defi envers les fascistes Italiens, les Nazis, Vichy, et leurs lois antis&eacute;mites que pour des raisons religieuses. Car, je m&rsquo;en suis apercu plus tard, la religion des miens &eacute;tait une religion de d&eacute;fi: nous protestions encore et toujours d&rsquo;avoir &eacute;t&eacute; forc&eacute;s de nous convertir contre notre gr&eacute; au temps de l&rsquo;Inquisition Espagnole ou Portugaise.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tC&rsquo;est comme cela que je me suis retrouv&eacute;, t&ocirc;t le matin, rue de la Loire dans notre synagogue, essayant d&rsquo;enrouler mes phylact&egrave;res autour de mon bras et de ma t&ecirc;te. Puis de monter sur l&rsquo;estrade, pour reciter mes pri&egrave;res. C&rsquo;est a ce moment que le d&eacute;sastre eut lieu. Cens&eacute; d&eacute;biter les pri&egrave;res attendues dans l&rsquo;ordre voulu je commencai par celle,&nbsp; qui devait &ecirc;tre r&eacute;cit&eacute;e en dernier. M. Boccara, le Rabbin a qui mon P&egrave;re avait demand&eacute; de m&rsquo;enseigner le minimum n&eacute;cessaire pour passer ma Bar Mitsvah s&rsquo;&eacute;tait born&eacute; a ecrire les pri&egrave;res en Hebreux mais en caract&egrave;res latins et sans tenir compte de l&rsquo;ordre dans lequel je devais les r&eacute;citer. Et sans se soucier le moins du monde de savoir si je comprenais un traItre mot de ce que je devais debiter a toute allure. S&lsquo;agissait il une intention malveillante de sa part visant a ridiculiser cet enfant de livournais qu&rsquo;il consid&eacute;rait comme des mecr&eacute;ants et des mauvais Juifs? Moi, j&rsquo;etais aussi scandalis&eacute; par ses propos&hellip; &ldquo;tu dois respecter et aimer ton P&egrave;re parce que c&rsquo;est lui qui te nourrit&rdquo;. Moi j&rsquo;admirais et adorais mon P&egrave;re mais pas du tout parcequ&rsquo;il me nourissait.<\/p>\n<p>\n\tC&rsquo;est ainsi que je garde de la synagogue de la Rue de la Loire un souvenir mitig&eacute;. C&rsquo;&eacute;tait la synagogue des livournais, le Temple des miens, mais a 13 ans j&rsquo;eus des doutes sur les motivations spirituelles&nbsp; de la religion Juive.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tPourtant j&rsquo;aurais bien voulu en conna&icirc;tre d&rsquo;avantage sur les Juifs et le Judaisme. Mon P&egrave;re, Franc Ma&ccedil;on convaincu et libre penseur considerait toutes les religions comme des superstitions moyenageuses. Son Judaisme &eacute;tait &ldquo;politique&rdquo;, fait de respect de notre histoire, du souvenir de la resistance de ses anc&ecirc;tres a l&rsquo;opression. Il conservait le souvenir de ses probables anc&ecirc;tres, Pedro Nunez El Bermejo, Beatriz Nunez et Maria Nunez brul&eacute;s vifs a Madrid parce que judaisant en secret et d&rsquo;Elena Nunez et Sarah Nunez tortur&eacute;es par l&rsquo;Inquisition.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tLes livournais se distinguaient des Juifs tunisiens par toute un s&eacute;rie de co&ucirc;tunes, par exemple par leur nourriture. Les Juifs tunisiens consommaient du couscous, de la melokhia, de la ganaouia, des viandes en sauce ou grill&eacute;es fortement piment&eacute;es. Les livournais avaient des recettes rappelant les divers pays o&ugrave; il avaiant sejourn&eacute;. Cela etait particulierement vrai pour les repas des f&ecirc;tes religieuses. Pour Pessah il y avait, bien sur, l&rsquo;agneau r&ocirc;ti mais aussi une soupe faite de legumes de printemps, le Msoki. Pour Kipur on entrait dans le jeune avec une soupe de poulet et de p&acirc;tes fraiches. Pour le repas de midi du lendemain, qui &eacute;tait destin&eacute; aux enfants et aux malades c&rsquo;&eacute;tait la Barania, plat compos&eacute; de poulet, pois chiches, aubergines avec un fil de vinaigre. Pour Rosh HaShana c&rsquo;etait les beignets de l&eacute;gumes pass&eacute;s au miel. Et aussi, pendant la saison de la chasse, des etournaux r&ocirc;tis, nourriture totalment &ldquo;treif&rdquo; mais si go&ucirc;teuse avec le gout prononc&eacute; des olives dont ces petits oiseaux, arriv&eacute;s par millions, s&rsquo;etaient gorg&eacute;s pendant tous les mois d&rsquo;Automne. Encore plus interdite par les lois Juives mais une fois par an seulement, la choucroute alsacienne servie avec des saucisses et des c&ocirc;telettes de cet animal immonde mais si savoureux. Comment voulez vous que, dans ces conditions, les Juifs tunisiens puissent nous considerer autrement que comme des m&eacute;creants!<\/p>\n<p>\n\tMais le plus amusant pour nous les enfants c&rsquo;etait Pourim, une de f&ecirc;tes r&eacute;ligieuses les plus suivies par les livournais, peut &ecirc;tre en souvenir de notre pass&eacute; Marrane et de l&rsquo;histoire d&rsquo;Esther et Amman. Ce jour l&agrave; toutes les tantes preparaient des gateaux. Chacune avait sa specialit&eacute;, Pour les unes c&rsquo;etait les gateaux livournais, Scodelline, Bocca di dama, Pastareale, orecchie di Amman. Pour les autres des gateux tunisiens, manicotti, makroud, chisade, briks aux amandes,. Enfin celles plus experiment&eacute;es, pr&eacute;paraient des petits fours &agrave; la fran&ccedil;aise, des boules de meringue au chocolat, des choux a la cr&egrave;me, des &eacute;clairs.&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tNous , les enfants, devions par la suite faire la tourn&eacute;e des parents avec des plateaux de ces gateaux ce qui permettait a nos diverses familles de partager les gouts et les saveurs. Mais je ne crois pas que la synagogue eut quelque chose a voir avec ces pratiques. En tous cas elles n&rsquo;&eacute;taient assorties de ni de pri&egrave;res ni de cantiques.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tDans ma famille presque tous partageaient les id&eacute;es juives liberales de mon p&egrave;re. Seule ma Grand Mere Eugenia faisait exception. Dans sa famille, les Cattan, on &eacute;tait religieux. Ils &eacute;taient aussi livournais: j&rsquo;ai appris r&eacute;cemment que leur nom ne vient pas du mot Hebreux qui signifie &ldquo;petit&rdquo; mais est une forme contract&eacute;e de &ldquo;Catalan&rdquo;. Grand M&egrave;re se chargea ainsi de completer mon &eacute;ducation. Elle avait impos&eacute; une nourriture cacher a son epoux, mon Grand P&egrave;re Maurizio, et avait &eacute;t&eacute; scandalis&eacute;e de le suprendre un jour, cach&eacute; dans le salon d&rsquo;apparat qui &eacute;tait toujours ferm&eacute;, et sombre, en train de manger je ne sais quelle nourriture immonde. Il faut dire que Grand P&egrave;re &eacute;tait m&eacute;decin et que se patients siciliens le payaient souvent en nature, par exemple avec des jambons faits maison dont il raffolait.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tGrand P&egrave;re Maurizio venait me chercher tous les jours &agrave; 4 heures a l&rsquo;&eacute;cole Italienne Regina Margherita Je restais ainsi avec Grand M&egrave;re Eugenia qui pr&eacute;parait mon go&ucirc;ter et profitait de ma presence pour compenser les carences de mon P&egrave;re en mati&egrave;re d&rsquo;&eacute;ducation religieuse. Cel&agrave; jusqu&rsquo;a ce que ma M&egrave;re venne me chercher pour le diner. J&rsquo;ai appris ainsi un jour par Grand M&egrave;re non seulement les grands traits de l&rsquo;histoire du peuple Juif mais aussi les regles de la cacherout et autre details co&ucirc;tumiers.<\/p>\n<p>\n\tNi une ni deux, de retour a la maison, je reclamai des assiettes &ldquo;cacher&rdquo; pour les fetes de Paques qui approchaient, Cel&agrave; aux grands cris de mon P&egrave;re: &ldquo;elle lui apprend toutes ces surperstitions&rdquo; s&rsquo;exclama t il. Et d&rsquo;essayer a son tour d&rsquo;effacer de mon esprit toutes &ldquo;ces balivernes&rdquo;<\/p>\n<p>\n\tC&rsquo;est ainsi que je b&eacute;n&eacute;ficiais d&rsquo;un double enseignement et je m&rsquo;en trouve bien a l&rsquo;aise, je le confesse. Je suis a la fois un Juif liberal comme mon P&egrave;re, mais je suis aussi fier de mon appartenance a ce petit peuple si dou&eacute; et r&eacute;silient. Et je me consid&egrave;re aussi un citoyen du monde comme beaucoup de livournais, h&eacute;ritiers des id&eacute;es de la grande R&eacute;volution Fran&ccedil;aise.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tCe sentiment d&rsquo;appartenance est devenu encore plus fort lorsque, pendant l&rsquo;&eacute;t&eacute; 1938, Mussolini a introduit les lois raciales; puis avec l&rsquo;arrivee de Nazis de l&rsquo;Afrika Korps apr&egrave;s la defaite allemande d&rsquo;El Alamein en Lybie. Nous &eacute;tions dans notre villa du Kram, notre residence estivale,tout pr&egrave;s d&rsquo;une plage situ&eacute;e a une dizaine de kilom&egrave;tres de Tunis. Notre &ldquo;cher Duce&rdquo; pronon&ccedil;a ce jour la ces paroles insupportables: &ldquo;les Juifs ne sont pas Italiens&rdquo;. &nbsp;<\/p>\n<p>\n\tNous &eacute;tions atterr&eacute;s. Dans notre famille nous avions donn&eacute; de multiples preuves de notre patriotisme: Gastone Nunez, le fr&egrave;re de mon P&egrave;re et Giacomo Cardoso, le fr&egrave;re de ma M&eacute;re, volontaires pendant la guerre 14-18 dans l&rsquo;armee italienne, &eacute;taient morts des maladies et blessures contract&eacute;ees pendant les combats. Et, tous, nous avions maintenu notre citoyennet&eacute; Italienne pendant au moins 150 ans et cela dans un environnement tunisien puis fran&ccedil;ais qui ne nous &eacute;tait pas frcement favorable.<\/p>\n<p>\n\tC&rsquo;est qu&rsquo;ils &eacute;taient bigrement nationalistes les livournais; quelques uns m&ecirc;me &eacute;taient fascistes et une toute petite minorit&eacute; le restera jusqua&rsquo;au bout. Dans notre petite famille, les propos de Mussolini en 1938 et ses lois nous bless&egrave;rent profondement. Aussi, la plupart des enfants livournais quitterent les etablissements scolaires ItaIiens et se retrouv&egrave;rent du jour au lendemain dans des &eacute;coles fran&ccedil;aises. C&rsquo;est ainsi que je rentrai en classe de sixi&egrave;me du Lycee Carnot en Automne 1938 et que je dus changer de langue, apprendre cette terrible orthographe fran&ccedil;aise, et trouver de nouveaux amis. Car mes camarades de la Regina Margherita m&rsquo;ont tourn&eacute; le dos dans la rue. J&rsquo;&egrave;tais devenu pour eux un pestifer&eacute;. L&rsquo;un d&rsquo;entre eux me traita m&ecirc;me de &ldquo;Giudeo cane&rdquo; (chien de Juif). Etre Juif &eacute;tait devenu un pech&eacute;, digne seulement d&rsquo;une insulte. Cela bien que le consulat d&rsquo;Italie nous ait propos&eacute; un statut d&rsquo;exception: nous pouvions &ecirc;tre consider&eacute;s &ldquo;ariens &lsquo;d&rsquo;honneur&rdquo;: Mussolini esperait remplacer la France comme puissance occupante et nous aurions &eacute;t&eacute; les leaders de la communautee italienne fonction qui ne pouvait pas &ecirc;tre assur&eacute;e par la population sicilienne, nombreuse mais peu cultiv&eacute;e. Bien entendu la proposition du consulat fut repouss&eacute;e par la plupart des livournais; nous &eacute;tions peu croyants, oui, mais &ldquo;ariens d&rsquo;honneur&rdquo;, il ne fallait pas y penser.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tEt puis voila, une catastrophe suit l&rsquo;autre: la France est battue en 40, et Vichy vient au pouvoir avec P&eacute;tain et Laval et tellement d&rsquo;autres monstres. Au Lyc&eacute;e Carnot, notre Professeur d&rsquo;histoire, Monsieur Paquel , rentre en classe a moiti&eacute; soul et nous fait un bras d&rsquo;honneur en s&rsquo;exclaffant &ldquo;vous les youtres&rdquo;. Car nous &eacute;tions presque tous Juifs au Lyc&eacute;e Carnot. A quoi la classe repliqua avec des quolibets.<\/p>\n<p>\n\tMais il fallut apprendre &ldquo;Marechal nous voila&rdquo; et defiler au centre de Tunis en chantant cet hymne l&eacute;nifiant. &nbsp;Comme il y avait tr&egrave;s peu de fran&ccedil;ais de France au Lyc&eacute;e, on a mis un beret sur la t&ecirc;te des &eacute;l&egrave;ves Juifs &nbsp;et on les a baptis&eacute;s &ldquo;Compagnons de France&rdquo;. Cette organisation de la jeunesse p&eacute;tainiste pronait l&rsquo;Ordre Nouveau de l&rsquo;Et&acirc;t fran&ccedil;ais et arborait la &ldquo;Francisque&rdquo;, equivalent &ldquo;gaulois&rdquo; de la croix gamm&eacute;e germanique et des &ldquo;faisceaux&rdquo; Italiens.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tMais, lorsque la guerre et les bombardements Alli&eacute;s de 1942-43 sont arriv&eacute;s, tous les &eacute;l&egrave;ves Juifs du Lyc&eacute;e Carnot durent rejoindre le Coll&egrave;ge Sadiki habituellement r&eacute;serv&eacute; aux indig&egrave;nes musulmans. Seuls deux ou trois profs ont protest&eacute; et ont d&rsquo;ailleurs &eacute;t&eacute; d&eacute;mis de leurs fonctions. J&rsquo;ai racont&eacute; aussi auparavant que des milliers de jeunes Juifs ont &eacute;t&eacute; envoy&eacute;s creuser des tranch&eacute;es dans les zones du pays bombard&eacute;es par les Alli&eacute;s. Et aussi l&rsquo;arrestation comme otages par les Nazis de notables Juifs parmi lesquels mon P&egrave;re, l&rsquo;occupation de moiti&eacute; de notre appartement par trois sous officiers allemands, les amendes et autres vexations.<\/p>\n<p>\n\tJ&rsquo;&eacute;tais trop jeune pour r&eacute;agir a tout cela autrement qu&rsquo;en aidant mon cousin Lucien Soria qui parcourait les rues de Tunis la nuit pour mettre des tracts s&eacute;dicieux dans les boites aux lettres. Il ne fallait pas penser a la &nbsp;lutte arm&eacute;e car nous n&rsquo;avions pas d&rsquo;armes et &eacute;tions sans soutien de gens exp&eacute;riment&eacute;s: presque tous les autres habitants du pays sympathisaient avec le r&eacute;gime ou &eacute;taient attentistes.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tFort heureusement, un jour de Mai, le cauchemar cessa avec la victoire des Alli&eacute;s venus d&rsquo;Algerie.. Plus tard, la France une fois liber&eacute;e, je pus continuer mes &eacute;tudes, conna&icirc;tre la France, l&rsquo;Italie et de nombreux autres pays. Mais pour les gens de ma g&eacute;n&eacute;ration le souvenir de cette p&eacute;riode est ind&eacute;lebile. C&rsquo;est pourquoi je rappelle par mes ecrits ce petit groupe de gens, mes anc&ecirc;tres livournais, qui ont reussi a survivre pendant des si&egrave;cles avant de disparaitre en tant que Communaut&eacute; et dont peu de monde semble garder le souvenir.<\/p>\n<p>\n\tEt de mon c&ocirc;t&eacute; j&rsquo;avoue ne pas savoir tr&egrave;s bien a quel pays j&rsquo;appartiens: a l&rsquo;Italie et l&rsquo;italien que je parle couramment et qui est ma langue maternelle. A la France qui m&rsquo;a accueilli avec g&eacute;n&eacute;rosit&eacute; et dont je partage les id&eacute;es r&eacute;publicaines et laiques, Au monde Juif auquel je suis etroitement reli&eacute; par l&rsquo;histoire et les valeurs morales? Un peu aussi a la Tunisie o&ugrave; je suis n&eacute; et a l&rsquo;Am&eacute;rique o&ugrave; je demeure? Pourquoi pas tout cela &agrave; la fois avec la richesse que cette multiple appartenance peut representer?<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>LA VIE DE TOUS LES JOURS DES LIVOURNAIS DE TUNIS. &nbsp; Giacomo Nunez &nbsp; &nbsp; &nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":18589,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[10,18,20,13,1,87],"tags":[],"class_list":["post-7971","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-france","category-histoire","category-juif","category-tunis","category-uncategorized","category-vichy"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7971","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=7971"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7971\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/media\/18589"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=7971"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=7971"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=7971"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}