{"id":8131,"date":"2016-05-06T02:47:02","date_gmt":"2016-05-06T02:47:02","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=8131"},"modified":"2016-05-08T21:25:44","modified_gmt":"2016-05-08T21:25:44","slug":"le-mendiant-aveugle-par-emile-m-tubiana","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/le-mendiant-aveugle-par-emile-m-tubiana\/","title":{"rendered":"Le mendiant aveugle, par Emile M. Tubiana"},"content":{"rendered":"<div>\n<p>\n\t\tLe mendiant aveugle, par Emile M. Tubiana<\/p>\n<\/div>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<div>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\tUn vieux mendiant aveugle &eacute;tait assis tous les jours &agrave; la m&ecirc;me place, pas loin du chemin qui menait au palais du roi. Ainsi il esp&eacute;rait &ecirc;tre vu par les riches qui se rendaient souvent au palais. A c&ocirc;t&eacute; de lui, un petit plat en argile contenait les pieces que les passants charitables lui jetaient. Il &eacute;tait unique dans son genre. Il n&rsquo;avait jamais accept&eacute; de l&rsquo;aum&ocirc;ne avant d&rsquo;&ecirc;tre d&rsquo;abord gifl&eacute;. Personne n&rsquo;avait jamais os&eacute; lui demander la raison pour ces gifles. Certains le prenaient pour un fou d&rsquo;autres le consid&eacute;raient comme un pauvre malheureux. Il &eacute;tait devenu plut&ocirc;t un objet de discussion et d&rsquo;amusement. C&rsquo;&eacute;tait de cette fa&ccedil;on qu&rsquo;il gagnait son pain quotidien. Un jour le roi voulait visiter sa ville avec son ministre, afin de sentir l&rsquo;atmosph&egrave;re et d&rsquo;&eacute;valuer le pouls de ces citoyens. A la fin de sa visite il vint &agrave; passer pr&egrave;s de ce pauvre mendiant aveugle et g&eacute;n&eacute;reusement lui lan&ccedil;a un pi&egrave;ce en or dans son assiette. Le mendiant refusa l&rsquo;aum&ocirc;ne que le roi venait de lui donner. Le roi tout &eacute;tonn&eacute; demanda la raison de son refus. Mais le mendiant insistait:<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t&ldquo;Je ne peux pas prendre la pi&egrave;ce avant que vous me gifliez.&rdquo; Le roi sans aucune h&eacute;sitation donna une gifle au mendiant et continua son chemin. Dans son parcours il avait vu certains sujets qui avait attir&eacute; son attention. Mais quand il arriva de retour au palais le roi &eacute;tait surtout tourment&eacute; par ce mendiant. Il ne pouvait pas comprendre pourquoi ce pauvre mendiant qui &eacute;tait d&eacute;j&agrave; aveugle devait encore gagner son existence d&rsquo;une mani&egrave;re aussi humiliante. Le jour suivant le roi convoqua son ministre et lui demanda de lui faire venir au palais, ce pauvre mendiant. Il donna les instructions n&eacute;c&eacute;ssaires &agrave; ce qu&rsquo;on lui pr&eacute;sente ce mendiant dans un &eacute;tat agr&eacute;able et humain.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\tIl insista qu&rsquo;on lui fasse un bain, que le coiffeur du roi s&rsquo;occupe de ses cheveux et que le tailleur de la cour lui trouve des habits respectables. Il voulait s&rsquo;entretenir t&ecirc;te-&agrave;-t&ecirc;te avec ce mendiant. Quand le mendiant arriva au palais les servants firent ce que le roi avait ordonn&eacute;. Apr&egrave;s le bain et la coiffure, ils l&rsquo;habill&egrave;rent somptueusement et le pr&eacute;sent&egrave;rent au roi. A la vue du mendiant bien habill&eacute; le roi avait saisi que ce malheureux avait d&ucirc; &ecirc;tre un homme honn&ecirc;te et respectable. Il devait certainement avoir un destin tr&egrave;s particulier se disait-il. Le mendiant ne savait pas ce qui lui arrivait lorsque les soldats du roi &eacute;taient venus le chercher en cal&egrave;che, mais quand il arriva au palais il r&eacute;alisa d&rsquo;apr&egrave;s le nombre de marches des escaliers qu&rsquo;il venait de monter qu&rsquo;il devait bien &ecirc;tre dans le palais royal. Le roi l&rsquo;accueilli chaleureusement et le fit assoir dans un fauteuil confortable. Puis sans perdre du temps le roi commen&ccedil;a par ces questions:<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t&ldquo;Vous rappelez-vous de la pi&egrave;ce en or que je vous avais jet&eacute;e.hier?&rdquo; Le pauvre mendiant r&eacute;pliqua:<\/p>\n<p>\n\t\t&ldquo;Oh oui, j&rsquo;avais reconnu par le son que c&rsquo;&eacute;tait bien une pi&egrave;ce en or, mon roi.&rdquo; Le roi fut stup&eacute;fait d&rsquo;entendre ceci de ce mendiant, qui ne pouvait pas savoir qu&rsquo;il &eacute;tait le roi, et r&eacute;pondit:<\/p>\n<p>\n\t\t&ldquo; Mais comment saviez-vous que je suis le roi, puisque vous &ecirc;tes aveugle?&rdquo; Le mendiant fit un grand sourire et continua:<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t&ldquo; Mon roi, qui dans cette ville peut se permettre de donner &agrave; un mendiant comme moi une telle pi&egrave;ce?&rdquo; Le roi sourit aussi, puis fit:<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t&ldquo;Puisque vous avez devin&eacute; que je suis le roi, alors racontez-moi pourquoi m&rsquo;aviez-vous demand&eacute; de vous gifler?&rdquo; Le mendiant secouant sa t&ecirc;te lui r&eacute;pondit:<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t&ldquo;Mon roi, c&rsquo;est une longue et bien triste histoire!&rdquo;<\/p>\n<p>\n\t\t&ldquo;Allez-y continuez!&rdquo; fit le roi qui &eacute;tait tr&egrave;s curieux d&rsquo;entendre la suite. Le pauvre mendiant fit d&rsquo;abord un lourd soupire puis avec une voix pleine de tristesse, commen&ccedil;a:<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t&ldquo;Mon roi, j&rsquo;&eacute;tait une fois un homme tr&egrave;s heureux et je gagnais bien ma vie, honn&ecirc;tement, dans mon atelier d&rsquo;artisan, je faisais les meilleurs bijoux dans toute cette r&eacute;gion et je n&rsquo;&eacute;tais pas riche mais pas pauvre non plus. Je vivais ais&eacute;ment, je poss&eacute;dais ma propre maison avec un beau jardin que ma femme aimait soigner, car elle adorait les fleurs. Puis un beau jour un homme que je ne connaissais pas et qui paraissait &ecirc;tre s&eacute;rieux vint me visiter. Je l&rsquo;avais bien re&ccedil;u comme c&rsquo;est la coutume de notre pays. Ce bonhomme prit l&rsquo;habitude de me visiter presque tous les jours.et il me parlait tout le temps des tr&eacute;sors qu&rsquo;il avait &agrave; sa disposition. Un jour il me prometta de partager avec moi tous les tr&eacute;sors du monde. Sa seule condition, selon ce qu&rsquo;il disait &eacute;tait: &lsquo;Je devais bien l&rsquo;&eacute;couter et le suivre&rsquo;. Honn&ecirc;tement je ne voulais pas le croire, car &agrave; juger selon ses habits un peu froiss&eacute;s et d&eacute;mod&eacute;s, il ne me paraissait pas poss&eacute;der des tr&eacute;sors.&rdquo; Le mendiant soupira profond&eacute;ment avant de continuer.<\/p>\n<p>\n\t\t&ldquo;Un beau jour ce monsieur s&rsquo;amena avec une bo&icirc;te toute orn&eacute;e de diamants, mais toute minuscule, qu&rsquo;on pouvait bien cacher dans une main, et me dit:<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t&lsquo;Vous voyez cette bo&icirc;te? Et bien elle m&rsquo;ouvre tous les tr&eacute;sors du monde.&rsquo; Comme je ne savais plus quoi en penser de ses propos je lui r&eacute;pondis:<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t&lsquo;Mais que voulez-vous de moi, et bien allez-y apportez des tr&eacute;sors pour vous-m&ecirc;me!&rdquo; Le monsieur r&eacute;pliqua presqu&rsquo;en col&egrave;re et s&rsquo;exclama:<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t&lsquo;Mais je n&rsquo;ai pas de chameaux pour transporter ces tr&eacute;sors!&rsquo; Je vous l&rsquo;avoue, mon roi, que j&rsquo;avais presque piti&eacute; de lui et pour le calmer, je lui dis:<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t&lsquo;Je vous ach&egrave;terai bien un chameau si cela peut bien vous aider!&rsquo; Le monsieur &agrave; la bo&icirc;te s&rsquo;exclama encore une fois:<\/p>\n<p>\n\t\t&lsquo;Un chameau pour tant de tr&eacute;sors! Il nous faut au moins dix chameaux et j&rsquo;aurais aussi besoin de votre aide. Avez-vous &eacute;t&eacute; dans le d&eacute;sert? Savez-vous ce que c&rsquo;est que d&rsquo;&ecirc;tre dans ces &eacute;tendues de sable? Croyez-moi cela n&rsquo;est pas agr&eacute;able.&rsquo; Puis il continua:<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t&lsquo;Apr&egrave;s tout je le fais pour nous deux, vous cinq chameaux et moi cinq chameaux, avec &ccedil;a on aura assez pour vivre ais&eacute;ment dix fois cette vie.&rsquo;<\/p>\n<p>\n\t\tMon roi&rdquo; reprit le mendiant: &ldquo;Par ses dires il paraissait bien savoir ce qu&rsquo;il disait et en effet j&rsquo;&eacute;tais bien tent&eacute; de ces tr&eacute;sors qui me semblaient bien &ecirc;tre &agrave; ma port&eacute;e. Vous savez, mon roi, l&rsquo;or tente s&ucirc;rement bien les hommes les plus honn&ecirc;tes et ainsi je m&rsquo;&eacute;tais dit:<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t&lsquo;Il a peut-&ecirc;tre raison apr&egrave;s tout, un aller-retour d&rsquo;ici au d&eacute;sert ce n&rsquo;est pas la fin du monde et puis on sera les deux riches en un jour, alors que je travaille toute ma vie et je ne suis pas encore devenu riche.&rsquo; Ainsi je c&eacute;dai &agrave; l&rsquo;envie d&rsquo;&ecirc;tre riche et je m&rsquo;adressai au monsieur avec ces paroles:<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t&lsquo;Est-ce que vous vous connaissez dans les chameaux, car moi je ne m&rsquo;y connais pas du tout&rsquo;. Mais, mon roi, &agrave; vrai dire je connaissais tr&egrave;s bien les chameaux et je savais bien les ma&icirc;triser. .Je voulais tout simplement savoir si lui il connaissait les chameaux et je continuais ainsi:<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t&lsquo;Vous voyez, je suis un artisan et je connais bien mon m&eacute;tier.&rdquo; Le monsieur &agrave; la bo&icirc;te r&eacute;pondit:<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t&lsquo;Oh, ne vous inqui&egrave;tez pas! Moi et les chameaux nous avons grandi ensemble dans le d&eacute;sert.&rsquo; Je me sentais un peu r&eacute;confort&eacute; par ces dires et je d&eacute;cidai spontan&eacute;ment de lui accorder ma foi et je lui dis:<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t&lsquo;Voici dix pi&egrave;ces d&rsquo;or de mes &eacute;pargnes.&rsquo; Et quelques heures plus tard nous all&acirc;mes tout deux vers le march&eacute; des animaux pour acheter les dix chameaux. Le lendemain &agrave; l&rsquo;heure convenue nous nous m&icirc;mes en route, chacun avec cinq chameaux attach&eacute;s l&rsquo;un apr&egrave;s l&rsquo;autre vers une destination qui m&rsquo;&eacute;tait inconnue et qui d&rsquo;apr&egrave;s le monsieur devait aboutir &agrave; l&rsquo;endroit des tr&eacute;sors. C&rsquo;&eacute;tait encore bien avant le lever du soleil. Les chameaux marchaient des heures dans le d&eacute;sert et chacun de nous &eacute;tait juch&eacute; sur le dos de son chameaux. Nous &eacute;tions fatigu&eacute;s et assoiff&eacute;s lorsque nous attaign&acirc;mes un chemin tr&egrave;s &eacute;troit qui ne semblait pas &ecirc;tre fr&eacute;quent&eacute;, car il &eacute;tait loin des art&egrave;res principales du d&eacute;sert. Nous pr&icirc;mes ce sentier et nous nous trouv&acirc;mes subitement dans une place qui semblait &ecirc;tre cach&eacute;e &agrave; la vue des passants. Ensuite, un autre petit chemin, encore plus &eacute;troit que l&rsquo;autre conduisait devant une montagne qui n&rsquo;&eacute;tait pas tr&egrave;s haute, lorsque le guide du tr&eacute;sor s&rsquo;arr&ecirc;ta:<\/p>\n<p>\n\t\t&lsquo;Nous voil&agrave; arriv&eacute;s!&rsquo; fit-il. Puis il ajouta:<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t&lsquo;Reposez-vous un peu, car dans un moment, nous allons commencer &agrave; charger nos chameaux de diamants et d&rsquo;or.&rsquo; J&rsquo;&eacute;tais tout &eacute;tonn&eacute; et curieux &agrave; la fois, car je ne voyais rien autour de nous qui semblerait pouvoir cacher un tr&eacute;sor, puis je lui dis:<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t&lsquo;Mais o&ugrave; sont ces tr&eacute;sors?&rsquo; Le monsieur se tourna vers la montagne et me dit:<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t&lsquo;Vous voyez, &agrave; l&rsquo;int&eacute;rieur de la montagne!&rsquo; Je voulais quand-m&ecirc;me bien le croire, quoique je ne voyais toujours pas les tr&eacute;sors. Il m&rsquo;&eacute;tait dur &agrave; imaginer qu&rsquo;une telle montagne pourrait s&rsquo;ouvrir, mais je voulais bien qu&rsquo;il me surprenne agr&eacute;ablement, car j&rsquo;&eacute;tais d&eacute;j&agrave; bien embaum&eacute; du flair de la richesse. Moi qui toute ma vie avais travaill&eacute; dur pour gagner mon pain, je commen&ccedil;ais &agrave; me faire des r&ecirc;ves. J&rsquo;imaginais comment ma femme r&eacute;agirait lorsqu&rsquo;elle verrait des bijoux qu&rsquo;elle n&rsquo;avait jamais vus de sa vie. Alors que je songeais, soudain! le monsieur prit la bo&icirc;te en main comme une boussole et commen&ccedil;a &agrave; trouver la direction du tr&eacute;sor. Je n&rsquo;avais jamais vu une telle bo&icirc;te, je me tournai curieusement vers la montagne lorsqu&rsquo;&agrave; ma stup&eacute;faction je vis tout-&agrave;-coup la montagne qui s&rsquo;ouvrait petit-&agrave;-petit. Je n&rsquo;en revenais pas, tellement j&rsquo;&eacute;tais &eacute;merveill&eacute; et b&eacute;at de voir une si grande montagne s&rsquo;ouvrir &agrave; la commande d&rsquo;une bo&icirc;te aussi minuscule. Le monsieur avec la bo&icirc;te me dit:<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t&lsquo;Apportez vos chameaux et commen&ccedil;ons le travail, vous voyez ces tr&eacute;sors!&rsquo; Je ne savais plus quoi dire devant de telles merveilles. En effet, la montagne ouverte donna acc&egrave;s &agrave; une grotte pleine de tr&eacute;sors. Il y avait de tout: des cha&icirc;nes en or, des colliers en or, des perles, des diamants d&rsquo;une grandeurs que je n&rsquo;avais jamais vue. Je ne savait plus si j&rsquo;avais &agrave; faire &agrave; un mirage ou &agrave; une hallucination. Je vous avoue, mon roi, que mon corps commen&ccedil;ait &agrave; frissonner et je me disais:<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t&lsquo;Une telle bo&icirc;te dans les mains d&rsquo;un ignorant pareil? Vous m&rsquo;&eacute;coutez, mon roi?&rdquo;<\/p>\n<p>\n\t\t&ldquo;Allez-y, continuez!&rdquo; r&eacute;pliqua le roi.<\/p>\n<p>\n\t\tLe mendiant continua::<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t&ldquo;Mon Dieu, je ne l&rsquo;avait pas cru, je croyais bien qu&rsquo;il &eacute;tait un fou et heureusement que j&rsquo;avais consenti &agrave; le suivre.&rdquo;<\/p>\n<p>\n\t\tLe roi &eacute;coutait silencieusement ce pauvre mendiant, sans l&rsquo;interrompre une seule fois. Le roi &eacute;tait lui-m&ecirc;me &eacute;tonn&eacute; et &eacute;merveill&eacute; de ce qu&rsquo;il entendait, il ne savait pas s&rsquo;il fallait prendre cette histoire au s&eacute;rieux. Puis le mendiant continua:<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t&ldquo;Nous avons charg&eacute; chameau apr&egrave;s chameau et apr&egrave;s que le dernier &eacute;tait charg&eacute;, nous quitt&acirc;mes les lieux myst&eacute;rieux. Une fois que nous &eacute;tions dehors, le monsieur ferma le couvert de la bo&icirc;te et la montagne se referma petit-&agrave;-petit, comme elle s&rsquo;&eacute;tait ouverte, c&rsquo;&eacute;tait fascinant, mon roi de voir une montagne s&rsquo;ouvrir et se refermer. Le monsieur de la bo&icirc;te ne paraissait pas &ecirc;tre content de son tr&eacute;sor et me dit:<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t&lsquo;Choisisez vos cinq chameaux et laissez-moi mes cinq chameaux, car moi je vais dans une autre direction que vous.&rsquo; Chacun de nous deux prit son chemin et suivait les pas lents des chameux alourdis par le poids de leur pr&eacute;cieuse marchandise. Honn&ecirc;tement j&rsquo;&eacute;tais devenu tr&egrave;s envieux de la richesse apr&egrave;s avoir vu tous ces tr&eacute;sors. Je trouvais que ce bonhomme &agrave; la bo&icirc;te ne m&eacute;ritait pas tant de chameaux avec un si grand tr&eacute;sor. Ensuite comme je ne voulais pas qu&rsquo;il s&rsquo;&eacute;loigne de trop je l&rsquo;appelais en criant:<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t&lsquo;H&eacute;! bonhomme! Je m&rsquo;inqui&egrave;tais pour vous, qu&rsquo;allez-vous faire avec tant de chameaux remplis de tr&eacute;sors. En plein d&eacute;sert les bandits peuvent vous attaquer et je serais bien loin pour pouvoir venir &agrave; votre secours.&rsquo; Le monsieur &agrave; la bo&icirc;te r&eacute;pondit:<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t&lsquo;Vous avez raison, que dois-je faire?&rsquo; Alors mon roi, je voyais que mes arguments avaient agi sur cet homme et j&rsquo;ajoutais:<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t&lsquo;J&rsquo;avais justement pens&eacute; &agrave; cel&agrave;. J&rsquo;ai apport&eacute; avec moi un petit sac de pi&egrave;ces d&rsquo;or, de quoi suffire pour toute une vie. Ainsi vous n&rsquo;auriez plus &agrave; craindre qui que se soit et vous seriez d&eacute;barrass&eacute; de ce fardeau de marchandise et de ces animaux b&ecirc;tes qu&rsquo;il faudra encore soigner. Vous ne seriez plus une simple proie dans les mains des voleurs du d&eacute;sert.&rsquo; Le bonhomme &agrave; la bo&icirc;te miraculeuse r&eacute;pondit:<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t&lsquo;Que voulez-vous en &eacute;change pour ces pi&egrave;ces d&rsquo;or?&rsquo; Tout joyeux en moi-m&ecirc;me de voir mon dessein se r&eacute;aliser, je lui dis:<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t&lsquo;Ah, donnez-moi quelques chameaux! Et vous seriez plus libre&rdquo; Le pauvre monsieur &agrave; la bo&icirc;te me dit:<\/p>\n<p>\n\t\t&lsquo;Est-ce que trois chameaux vous suffiront? pour vos pi&egrave;ces d&rsquo;or?&rsquo; Je lui dis:<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t&lsquo;Evidemment, j&rsquo;accepterai cet &eacute;change, m&ecirc;me &agrave; perte, trois chameaux contre mon sac de pi&egrave;ces d&rsquo;or.&rsquo; J&rsquo;ajoutai les trois chameaux &agrave; mes cinq et &agrave; nouveau nous continu&acirc;mes &agrave; marcher sur nos diff&eacute;rents chemins, mais apr&egrave;s un court moment, je me retournai encore une fois, car je trouvais que ce bonhomme ne m&eacute;ritait pas deux chameaux pleins d&rsquo;or et de diamants et je trouvais aussi qu&rsquo;il n&rsquo;&eacute;tait pas un commer&ccedil;ant pour pouvoir g&eacute;rer ces marchandises, en plus qu&rsquo;il &eacute;tait ignorant en la mati&egrave;re de commerce, surtout lorsqu&rsquo;il s&rsquo;agissait d&rsquo;or et de diamants. Je pensais que j&rsquo;&eacute;tais mieux plac&eacute; que lui pour ce genre d&rsquo;affaires et &agrave; nouveau je l&rsquo;appelai:<\/p>\n<p>\n\t\t&lsquo;Mon cher ami, que voulez-vous faire avec ces deux chameaux pleins de tr&egrave;sors, vous ne connaissez m&ecirc;me pas la valeur de ces bijoux, les commer&ccedil;ants sont des vautours et ils vont vous rouler, et peut-&ecirc;tre m&ecirc;me vous tuer!&rsquo; Le bonhomme na&iuml;vement me r&eacute;pondit:<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t&lsquo;Que voulez-vous que je fasse?&rsquo; Je souriais dans mon coeur car je voyais qu&rsquo;il n&rsquo;&eacute;tait pas intelligent comme je l&rsquo;avais pens&eacute; et je lui r&eacute;pondis:<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t&lsquo;J&rsquo;ai piti&eacute; de vous! Voil&agrave; encore un sac d&rsquo;or et je prendrai sur moi ce lourd fardeau de n&eacute;gocier avec les commer&ccedil;ants, et &agrave; savoir si je vais r&eacute;ussir &agrave; tout vendre.&rsquo; Le pauvre monsieur me remit ses deux derniers chameux, en &eacute;change pour le sac de pi&egrave;ces d&rsquo;or et se mit &agrave; nouveaux sur son chemin. J&rsquo;&eacute;tais content de moi m&ecirc;me, j&rsquo;attachais les dix chameaux l&rsquo;un apr&egrave;s l&rsquo;autre, puis, apr&egrave;s un moment de marche, je me tournai &agrave; nouveau et je criai:<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t&lsquo;Mon cher ami, vous connaisssez bien le d&eacute;sert, qu&rsquo;avez-vous besoin de cette bo&icirc;te, vous n&rsquo;avez m&ecirc;me pas des chameaux pour transporter des tr&eacute;sors.&rsquo; Le monsieur s&rsquo;arr&ecirc;ta et me dit:<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t&lsquo;Que voulez-vous que je fasse?&rsquo; Je profitai de cette derni&egrave;re chance et je lui r&eacute;pondis:<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t&lsquo;Passez-moi cette bo&icirc;te et je vous donnerai encore un petit sac d&rsquo;or, et vous n&rsquo;auriez plus de soucis. Vous auriez assez d&rsquo;argent pour vivre comme un roi.&rsquo; Le bonhomme semblait &ecirc;tre convaincu des mes arguments mais avant de me remettre la bo&icirc;te il me dit:<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t&lsquo;Vous voyez cette bo&icirc;te, elle a deux c&ocirc;t&eacute;s, le c&ocirc;t&eacute; bas et le c&ocirc;t&eacute; haut. Quand vous voulez ouvrir la montagne, ouvrez toujours le c&ocirc;t&eacute; haut, jamais le c&ocirc;t&eacute; bas.&rsquo; J&rsquo;&eacute;tait finalement satisfait et content d&rsquo;avoir r&eacute;ussi &agrave; lui soustraire les dix chameaux charg&eacute;s de tr&eacute;sors, et encore plus d&rsquo;avoir acquis la possibilit&eacute; d&rsquo;acc&eacute;der &agrave; tous les tr&eacute;sors, &agrave; ma guise, &agrave;.l&rsquo;aide de cette bo&icirc;te.&rdquo; Le mendiant leva un peu la t&ecirc;te, comme s&rsquo;il pouvait voir le roi, et dit:<\/p>\n<p>\n\t\t&ldquo;Mon roi, imaginez-vous, dix chameaux, de quoi rendre mille familles riches. Et bien, je voulais encore plus. Je fis plus de cent fois l&rsquo;aller-retour avec ces chameaux et j&rsquo;avais remplis au moins dix d&eacute;p&ocirc;ts. Un beau jour, je m&rsquo;&eacute;tais pos&eacute; la question:<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t&lsquo;Pourquoi ce monsieur, ne voulait-il pas que j&rsquo;ouvre le c&ocirc;t&eacute; bas de la bo&icirc;te, il devait y avoir une raison. Certainement il a connaissance d&rsquo;autres tr&eacute;sors qui ne s&rsquo;ouvrent qu&rsquo;&agrave; l&rsquo;aide de la partie basse de la bo&icirc;te&rsquo;, me disais-je et j&rsquo;&eacute;tais tellement curieux de d&eacute;couvrir peut-&ecirc;tre de meilleurs tr&eacute;sors qu&rsquo;ignorant les conseils de ce gentil bonhomme j&rsquo;ouvris le c&ocirc;t&eacute; bas de la bo&icirc;te et soudain, une lumi&egrave;re &eacute;blouissante et incroyable sortit de la bo&icirc;te et m&rsquo;aveugla instantan&eacute;ment. Depuis ce jour-l&agrave; je ne pouvais plus rien voir, ni g&eacute;rer mes biens. Ma femme m&rsquo;avais quitt&eacute; et s&rsquo;empara de toute ma fortune. C&rsquo;est ainsi que je devins le mendiant que je suis. C&rsquo;est la raison pour laquelle je vous ai demand&eacute; de me donner une gifle. Je m&eacute;rite cette gifle, parce que je n&rsquo;&eacute;tais jamais satisfait.&rdquo; Le roi &eacute;couta l&rsquo;histoire jusqu&rsquo;&agrave; la fin et dit au mendiant:<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t&ldquo;Maintenant je comprends pourquoi vous &ecirc;tes dans cette mis&egrave;re et dans cet &eacute;tat, car vous avez &eacute;chang&eacute; votre bonheur pour des faux tr&eacute;sors.&rdquo; Il lui tendit encore une pi&egrave;ce et le gifla &agrave; nouveau et lui dit:<\/p>\n<p>\n\t\t&ldquo;C&rsquo;est vous qui avez choisi votre sort, allez-y vivre avec. A un certain moment j&rsquo;avais pens&eacute; vous venir en aide, mais je vois que c&rsquo;est vous qui avez trac&eacute; votre destin.&rdquo;<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\tEmile M. Tubiana<\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le mendiant aveugle, par Emile M. Tubiana &nbsp; &nbsp; &nbsp; Un vieux mendiant aveugle &eacute;tait assis tous les jours &agrave; la m&ecirc;me place, pas loin du chemin qui menait au palais du roi. Ainsi il esp&eacute;rait &ecirc;tre vu par les riches qui se rendaient souvent au palais. 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