{"id":8143,"date":"2016-01-06T00:53:06","date_gmt":"2016-01-06T00:53:06","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=8143"},"modified":"2016-01-06T01:45:28","modified_gmt":"2016-01-06T01:45:28","slug":"comment-la-berberie-est-devenue-le-maghreb-arabe","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/comment-la-berberie-est-devenue-le-maghreb-arabe\/","title":{"rendered":"Comment la Berb\u00e8rie est devenue le Maghreb Arabe"},"content":{"rendered":"<p>\n\tComment la Berb&egrave;rie est devenue le Maghreb Arabe<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p>\n\tComment la Berb&egrave;rie est devenue le Maghreb Arabe<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<blockquote><p>\n\t&nbsp;<\/p><\/blockquote>\n<p>\n\tLes pays de l&rsquo;Afrique du Nord sont aujourd&rsquo;hui des &Eacute;tats musulmans qui reven&shy;diquent, &agrave; juste titre, leur double appartenance &agrave; la communaut&eacute; musulmane et au monde arabe. Or ces &Eacute;tats, apr&egrave;s bien des vicissitudes, ont pris la lointaine succes&shy;sion d&rsquo;une Afrique qui, &agrave; la fin de l&rsquo;Antiquit&eacute;, appartenait aussi s&ucirc;rement au monde chr&eacute;tien et &agrave; la communaut&eacute; latine. Ce changement culturel, qui peut passer pour radical, ne s&rsquo;est cependant accompagn&eacute; d&rsquo;aucune modification ethnique importante&nbsp;: Ce sont bien les m&ecirc;mes hommes, ces Berb&egrave;res dont beaucoup se croyaient romains et dont la plupart se sentent aujourd&rsquo;hui arabes.<\/p>\n<p>\n\tComment expliquer cette transformation, qui appara&icirc;t d&rsquo;autant plus profonde qu&rsquo;il subsiste, dans certains de ces &Eacute;tats mais dans des proportions tr&egrave;s diff&eacute;rentes, des groupes qui, tout en &eacute;tant parfaitement musulmans, ne se consid&egrave;rent nullement arabes et revendiquent aujourd&rsquo;hui leur culture berb&egrave;re&nbsp;[1]&nbsp;?<\/p>\n<p>\n\tIl importe, en premier lieu, de distinguer l&rsquo;Islam de l&rsquo;arabisme. Certes, ces deux concepts, l&rsquo;un religieux, l&rsquo;autre ethno-sociologique, sont tr&egrave;s voisins l&rsquo;un de l&rsquo;autre puisque l&rsquo;Islam est n&eacute; chez les Arabes et qu&rsquo;il fut, au d&eacute;but, propag&eacute; par eux. Il existe cependant au Proche-Orient des populations arabes ou arabis&eacute;es qui sont demeur&eacute;es chr&eacute;tiennes, et on d&eacute;nombre des dizaines de millions de musulmans qui ne sont ni arabes ni m&ecirc;me arabis&eacute;s (Noirs africains, Turcs, Iraniens, Afghans, Pakis&shy;tanais, Indon&eacute;siens&hellip;). Tous les Berb&egrave;res auraient pu, comme les Perses et les Turcs, &ecirc;tre islamis&eacute;s en restant eux-m&ecirc;mes, en conservant leur langue, leur organisation sociale, leur culture. Apparemment, cela leur aurait m&ecirc;me &eacute;t&eacute; plus facile puisqu&rsquo;ils &eacute;taient plus nombreux que certaines populations qui ont conserv&eacute; leur identit&eacute; au sein de la communaut&eacute; musulmane et qu&rsquo;ils &eacute;taient plus &eacute;loign&eacute;s du foyer initial de l&rsquo;Islam.<\/p>\n<p>\n\tComment expliquer, aussi, que les provinces romaines d&rsquo;Afrique, qui avaient &eacute;t&eacute; &eacute;vang&eacute;lis&eacute;es au m&ecirc;me rythme que les autres provinces de l&rsquo;Empire romain et qui poss&eacute;daient des &eacute;glises vigoureuses, aient &eacute;t&eacute; enti&egrave;rement islamis&eacute;es alors qu&rsquo;aux portes de l&rsquo;Arabie ont subsist&eacute; des populations chr&eacute;tiennes&nbsp;: Coptes des pays du Nil, Maronites du Liban, Nestoriens et Jacobites de Syrie et d&rsquo;Iraq ?<\/p>\n<p>\n\tPour r&eacute;pondre &agrave; ces questions, l&rsquo;historien doit remonter bien au-del&agrave; de l&rsquo;&eacute;v&eacute;&shy;nement que fut la conqu&ecirc;te arabe du VIIe&nbsp;si&egrave;cle. Cette conqu&ecirc;te, si elle permit l&rsquo;islamisation, ne fut pas, cependant, la cause d&eacute;terminante de l&rsquo;arabisation. Celle-ci, qui lui fut post&eacute;rieure de plusieurs si&egrave;cles et qui n&rsquo;est pas encore achev&eacute;e, a des raisons beaucoup plus profondes ; en fait, d&egrave;s la fin de l&rsquo;Empire romain, nous assistons &agrave; un sc&eacute;nario qui en est comme l&rsquo;image proph&eacute;tique.<\/p>\n<p>\n\t<strong>La fin d&rsquo;un monde<\/strong><\/p>\n<p>\n\tRome avait domin&eacute; l&rsquo;Afrique, mais les provinces qu&rsquo;elle y avait &eacute;tablies : Africa (divis&eacute;e en Byzac&egrave;ne et Zeugitane), Numidie d&rsquo;o&ugrave; avait &eacute;t&eacute; retranch&eacute;e la Tripolitaine, les Maur&eacute;tanies Sitifienne, C&eacute;sarienne et Tingitane, avaient &eacute;t&eacute; romanis&eacute;es &agrave; des degr&eacute;s divers. En fait, il y eut deux Afrique romaines&nbsp;: &Agrave; l&rsquo;est, la province d&rsquo;Afrique et son prolongement militaire, la Numidie, &eacute;taient tr&egrave;s peupl&eacute;s, prosp&egrave;res et large&shy;ment urbanis&eacute;s ; &agrave; l&rsquo;ouest, les Maur&eacute;tanies &eacute;taient des provinces de second ordre, limit&eacute;es aux seules terres cultivables du Tell, alors qu&rsquo;en Numidie et surtout en Tripolitaine, Rome est pr&eacute;sente jusqu&rsquo;en plein d&eacute;sert. Apr&egrave;s le 1ersi&egrave;cle, toutes les grandes r&eacute;voltes berb&egrave;res qui secou&egrave;rent l&rsquo;Afrique romaine eurent pour si&egrave;ge les Maur&eacute;tanies.<\/p>\n<p>\n\tN&eacute;anmoins Rome avait r&eacute;ussi, pendant quatre si&egrave;cles, &agrave; contr&ocirc;ler les petits nomades des steppes ; gr&acirc;ce au syst&egrave;me complexe du&nbsp;limes,&nbsp;elle contr&ocirc;lait et filtrait leurs d&eacute;placements vers le Tell et les r&eacute;gions mises en valeur. C&rsquo;&eacute;tait une organisa&shy;tion du terrain en profondeur, comprenant des foss&eacute;s, des murailles qui barraient les cols, des tours de guet, des fermes fortifi&eacute;es et des garnisons &eacute;tablies dans des&nbsp;castella.&nbsp;R. Rebuffat, qui fouille un de ces camps &agrave; Ngem (Tripolitaine), a retrouv&eacute; les modestes archives de ce poste. Ces archives sont des&nbsp;ostraca,&nbsp;simples tessons sur lesquels &eacute;taient mentionn&eacute;s, en quelques mots, les moindres &eacute;v&eacute;nements : l&rsquo;envoi en mission d&rsquo;un l&eacute;gionnaire chez les Garamantes, ou le passage de quelques Garamantes conduisant quatre bourricots&nbsp;(Garamantes ducentes asinos IV&hellip;).D&egrave;s le IIe&nbsp;si&egrave;cle, des produits romains, amphores, vases en verre, bijoux &eacute;taient import&eacute;s par les Garamantes jusque dans leurs lointains ksour du Fezzan et des architectes romains construisaient des mausol&eacute;es pour les familles princi&egrave;res de Garama (Djerma). L&eacute;gionnaires et auxiliaires patrouillaient le long de pistes jalonn&eacute;es de citernes et de postes militaires autour desquels s&rsquo;organisaient de petits centres agricoles.<\/p>\n<p>\n\tTrois si&egrave;cles plus tard, la domination romaine s&rsquo;effondre ; ce d&eacute;sert paisible s&rsquo;est transform&eacute; en une bouche de l&rsquo;enfer, d&rsquo;o&ugrave; se ruent, vers les anciennes provinces, de farouches guerriers, les Levathae, les m&ecirc;mes que les auteurs arabes appelleront plus tard Louata, qui appartiennent au groupe botr. Ces nomades chame&shy;liers, venus de l&rsquo;est, p&eacute;n&egrave;trent dans les terres m&eacute;ridionales de la Byzac&egrave;ne et de Numidie qui avaient &eacute;t&eacute; mises en valeur au prix d&rsquo;un rude effort soutenu pendant des si&egrave;cles et font reculer puis dispara&icirc;tre l&rsquo;agriculture permanente, en particulier ces oli&shy;vettes dont les huileries ruin&eacute;es pars&egrave;ment aujourd&rsquo;hui une steppe d&eacute;sol&eacute;e&nbsp;[2].<\/p>\n<p>\n\tCette irruption de la vie nomade dans l&rsquo;Afrique &laquo;&nbsp;utile&nbsp;&raquo; devait avoir des cons&eacute;&shy;quences incalculables. Modifiant durablement les genres de vie, elle pr&eacute;pare et annonce l&rsquo;arabisation.<\/p>\n<p>\n\tLe second &eacute;v&eacute;nement historique qui bouleversa la structure sociologique du monde africain fut la conqu&ecirc;te arabe.<\/p>\n<p>\n\tCette conqu&ecirc;te fut facilit&eacute;e par la faiblesse des Byzantins qui avaient d&eacute;truit le royaume vandale et reconquis une partie de l&rsquo;Afrique (533). Mais l&rsquo;Afrique byzan&shy;tine n&rsquo;est plus l&rsquo;Afrique romaine. Depuis deux si&egrave;cles, ce malheureux pays &eacute;tait la proie de l&rsquo;anarchie ; tous les ferments de d&eacute;sorganisation et de destruction &eacute;conomi&shy;que s&rsquo;&eacute;taient rassembl&eacute;s. Depuis le d&eacute;barquement des Vandales (429), la plus grande partie des anciennes provinces &eacute;chappait &agrave; l&rsquo;administration des &Eacute;tats h&eacute;ritiers de Rome. Le royaume vandale, en Afrique, ne s&rsquo;&eacute;tendait qu&rsquo;&agrave; la Tunisie actuelle et &agrave; une faible partie de l&rsquo;Alg&eacute;rie orientale limit&eacute;e au sud par l&rsquo;Aur&egrave;s et &agrave; l&rsquo;est par le m&eacute;ridien de Constantine.<\/p>\n<p>\n\tD&egrave;s la fin du r&egrave;gne de Thrasamond, vers 520, les nomades chameliers du groupe z&eacute;n&egrave;te p&eacute;n&egrave;trent en Byzac&egrave;ne sous la conduite de Cabaon&nbsp;[3]. &Agrave; partir de cette date, Vandales puis Byzantins doivent lutter sans cesse contre leurs incursions.<\/p>\n<p>\n\tLe po&egrave;me &eacute;pique du dernier &eacute;crivain latin d&rsquo;Afrique, la&nbsp;Johannide&nbsp;de Corippus, raconte les combats que le commandant des forces byzantines, Jean Troglita, dut conduire contre ces terribles adversaires alli&eacute;s aux Maures de l&rsquo;int&eacute;rieur. Ces Berb&egrave;res Laguantan ( = Levathae = Louata) sont rest&eacute;s pa&iuml;ens. Ils adorent un dieu repr&eacute;sent&eacute; par un taureau nomm&eacute; Gurzil et un dieu guerrier, Sinifere&nbsp;[4]. Leurs chameaux, qui effrayent les chevaux de la cavalerie byzantine, sont dispos&eacute;s en cercle et prot&egrave;gent ainsi femmes et enfants qui suivent les nomades dans leurs d&eacute;placements.<\/p>\n<p>\n\tDu reste de l&rsquo;Afrique, celle que C. Courtois avait appel&eacute;e l&rsquo;Afrique oubli&eacute;e, et qui correspond, en gros, aux anciennes Maur&eacute;tanies, nous ne connaissons, pour cette p&eacute;riode de deux si&egrave;cles, que des noms de chefs, de rares monuments fun&eacute;raires (Djedars pr&egrave;s de Sa&iuml;da, Gour pr&egrave;s de Mekn&egrave;s) et les c&eacute;l&egrave;bres inscriptions de Masties, &agrave; Arris (Aur&egrave;s), qui s&rsquo;&eacute;tait proclam&eacute; empereur, et de Masuna, &laquo;&nbsp;roi des tribus maures et des Romains&nbsp;&raquo; &agrave; Altava (Oranie). On devine, &agrave; travers les bribes transmises par les historiens comme Procope et par le contenu m&ecirc;me de ces inscriptions, que l&rsquo;ins&eacute;&shy;curit&eacute; n&rsquo;&eacute;tait pas moindre dans ces r&eacute;gions &laquo;&nbsp;lib&eacute;r&eacute;es&nbsp;&raquo;&nbsp;[5].<\/p>\n<p>\n\tLes querelles th&eacute;ologiques sont un autre ferment de d&eacute;sordre, elles ne furent pas moins fortes chez les Chr&eacute;tiens d&rsquo;Afrique que chez ceux d&rsquo;Orient. L&rsquo;&Eacute;glise, qui avait eu tant de mal &agrave; lutter contre le schisme donatiste, est affaiblie, dans le royau&shy;me vandale, par les pers&eacute;cutions, car l&rsquo;arianisme est devenu religion d&rsquo;&Eacute;tat. L&rsquo;ortho&shy;doxie triomphe certes &agrave; nouveau d&egrave;s le r&egrave;gne d&rsquo;Hild&eacute;ric. Les listes &eacute;piscopales du Concile de 525 r&eacute;v&egrave;lent combien l&rsquo;&Eacute;glise africaine avait souffert pendant le si&egrave;cle qui suivit la mort de Saint Augustin. Non seulement de nombreux &eacute;v&ecirc;ch&eacute;s semblent avoir d&eacute;j&agrave; disparu, mais surtout le particularisme provincial et le repliement accom&shy;pagnent la rupture de l&rsquo;&Eacute;tat romain.<\/p>\n<p>\n\tLa reconqu&ecirc;te byzantine fut, en ce domaine, encore plus d&eacute;sastreuse&nbsp;[6]. Elle r&eacute;introduisit en Afrique de nouvelles querelles sur la nature du Christ : le Monophysisme et la querelle des Trois Chapitres, sous Justinien, ouvrent la p&eacute;riode byzantine en Afrique&nbsp;; la tentative de conciliation propos&eacute;e par H&eacute;raclius, le Monoth&eacute;lisme, &agrave; son tour condamn&eacute; comme une nouvelle h&eacute;r&eacute;sie, cl&ocirc;t cette m&ecirc;me p&eacute;riode. Alors m&ecirc;me que la conqu&ecirc;te arabe est commenc&eacute;e, une nouvelle querelle, n&eacute;e de l&rsquo;initiative de l&rsquo;empereur Constant II, celle du Type, d&eacute;chire encore l&rsquo;Afrique chr&eacute;tienne (648).<\/p>\n<p>\n\tEn m&ecirc;me temps s&rsquo;accro&icirc;t la complexit&eacute; sociologique, voire ethnique, du pays. Aux romano-africains des villes et des campagnes, parfois tr&egrave;s m&eacute;ridionales (comme la soci&eacute;t&eacute; paysanne que font conna&icirc;tre les &laquo;&nbsp;Tablettes Albertini&nbsp;&raquo;, archives notariales sur bois de c&egrave;dre, trouv&eacute;es &agrave; une centaine de kilom&egrave;tres au Sud de T&eacute;bessa)&nbsp;[7]&nbsp;et aux Maures non romanis&eacute;s issus des&nbsp;gentes&nbsp;pal&eacute;oberb&egrave;res, se sont ajout&eacute;s les nomades &laquo;&nbsp;z&eacute;n&egrave;tes&nbsp;&raquo;, les Laguantan et leurs &eacute;mules, les d&eacute;bris du peuple vandale, le corps exp&eacute;ditionnaire et les administrateurs byzantins qui sont des Orientaux. Cette soci&eacute;&shy;t&eacute; devient de plus en plus cloisonn&eacute;e dans un pays o&ugrave; s&rsquo;estompe la notion m&ecirc;me de l&rsquo;&Eacute;tat.<\/p>\n<p>\n\tC&rsquo;est dans un pays d&eacute;sorganis&eacute;, appauvri et d&eacute;chir&eacute; qu&rsquo;apparaissent, au milieu du VIIe&nbsp;si&egrave;cle, les conqu&eacute;rants arabes.<\/p>\n<p>\n\t<strong>La conqu&ecirc;te arabe<\/strong><\/p>\n<p>\n\tLa conqu&ecirc;te arabe, on le sait, ne fut pas une tentative de colonisation, c&rsquo;est-&agrave;-dire une entreprise de peuplement. Elle se pr&eacute;sente comme une suite d&rsquo;op&eacute;rations exclusivement militaires, dans lesquelles le go&ucirc;t du lucre se m&ecirc;lait facilement &agrave; l&rsquo;esprit missionnaire. Contrairement &agrave; une image tr&egrave;s r&eacute;pandue dans les manuels scolaires, cette conqu&ecirc;te ne fut pas le r&eacute;sultat d&rsquo;une chevauch&eacute;e h&eacute;ro&iuml;que, balayant toute opposition d&rsquo;un simple revers de sabre.<\/p>\n<p>\n\tLe Proph&egrave;te meurt en 632 ; dix ans plus tard les arm&eacute;es du Calife occupaient l&rsquo;&Eacute;gypte et la Cyr&eacute;na&iuml;que (l&rsquo;Ant&acirc;bulus, corruption de Pentapolis). En 643, elles p&eacute;n&egrave;trent en Tripolitaine, ayant Amr&ucirc; ben al-A&ccedil; &agrave; leur t&ecirc;te. Sous les ordres d&rsquo;Ibn S&acirc;&rsquo;d, gouverneur d&rsquo;&Eacute;gypte, un raid est dirig&eacute; sur les confins de l&rsquo;Ifriq&icirc;ya (d&eacute;forma&shy;tion arabe du nom de l&rsquo;ancienne Africa), alors en proie &agrave; des convulsions entre Byzantins et Berb&egrave;res r&eacute;volt&eacute;s et entre Byzantins eux-m&ecirc;mes. Cette op&eacute;ration r&eacute;v&eacute;la &agrave; la fois la richesse du pays et ses faiblesses. Elle alluma d&rsquo;ardentes convoitises. L&rsquo;historien En-Noweiri d&eacute;crit avec quelle facilit&eacute; fut lev&eacute;e une petite arm&eacute;e, compos&eacute;e de contingents fournis par la plupart des tribus arabes, qui partit de M&eacute;dine en octobre 647. Cette troupe ne devait pas d&eacute;passer 5 000 hommes, mais en &Eacute;gypte, Ibn S&acirc;&rsquo;d, qui en prit le commandement, lui adjoignit un corps lev&eacute; sur place qui porta &agrave; 20 000 le nombre de combattants musulmans. Le choc d&eacute;cisif contre les &laquo;&nbsp;Roms&nbsp;&raquo; (Byzantins) command&eacute;s par le patrice Gr&eacute;goire eut lieu pr&egrave;s de Suffetula (Sbeitla), en Tunisie. Gr&eacute;goire fut tu&eacute;. Mais, ayant pill&eacute; le plat pays et obtenu un tribut consi&shy;d&eacute;rable des cit&eacute;s de Byzac&egrave;ne, les Arabes se retir&egrave;rent satisfaits en 648. L&rsquo;op&eacute;ration n&rsquo;avait pas eu d&rsquo;autre but. Elle aurait dur&eacute; quatorze mois.<\/p>\n<p>\n\tLa conqu&ecirc;te v&eacute;ritable ne fut entreprise que sous le calife Moawia, qui confia le commandement d&rsquo;une nouvelle arm&eacute;e &agrave; Moawia ibn Hodeidj en 666. Trois ans plus tard semble-t-il&nbsp;[8], Oqba ben Naf&ecirc; fonde la place de Kairouan, premi&egrave;re ville musul&shy;mane au Maghreb. D&rsquo;apr&egrave;s les r&eacute;cits, transmis avec de nombreuses variantes par les auteurs arabes, Oqba multiplia, au cours de son second gouvernement, les raids vers l&rsquo;Ouest, s&rsquo;empara de villes importantes, comme Lamb&egrave;se qui avait &eacute;t&eacute; le si&egrave;ge de la IIIe&nbsp;L&eacute;gion et la capitale de la Numidie romaine. Il se dirigea ensuite vers Tahert, pr&egrave;s de la moderne Tiaret, puis atteignit Tanger, o&ugrave; un certain Yuli&acirc;n (Julianus) lui d&eacute;crivit les Berb&egrave;res du Sous (Sud marocain) sous un jour fort peu sympathique&nbsp;:&nbsp;&laquo;&nbsp;C&rsquo;est, disait-il, un peuple sans religion, ils mangent des cadavres, boivent le sang de leurs bestiaux, vivent comme des animaux car ils ne croient pas en Dieu et ne le connaissent m&ecirc;me pas&nbsp;&raquo;. Oqba en fit un massacre prodigieux et s&rsquo;empara de leurs femmes qui &eacute;taient d&rsquo;une beaut&eacute; sans &eacute;gale. Puis Oqba p&eacute;n&eacute;tra &agrave; cheval dans l&rsquo;Atlantique, prenant Dieu &agrave; t&eacute;moin &laquo;&nbsp;qu&rsquo;il n&rsquo;y avait plus d&rsquo;ennemis de la religion &agrave; combattre ni d&rsquo;infid&egrave;les &agrave; tuer&nbsp;&raquo;[9].<\/p>\n<p>\n\tCe r&eacute;cit, en grande partie l&eacute;gendaire, doubl&eacute; par d&rsquo;autres qui font aller Oqba jusqu&rsquo;au fin fond du Fezzan avant de combattre dans l&rsquo;extr&ecirc;me Occident, fait bon march&eacute; de la r&eacute;sistance rencontr&eacute;e par ces exp&eacute;ditions. Celle d&rsquo;Oqba finit m&ecirc;me par un d&eacute;sastre qui compromit pendant cinq ans la domination arabe en Ifriq&icirc;ya. Le chef berb&egrave;re Koceila, un Aour&eacute;ba donc un Br&acirc;nis, d&eacute;j&agrave; converti &agrave; l&rsquo;Islam, donna le signal de la r&eacute;volte. La troupe d&rsquo;Oqba fut &eacute;cras&eacute;e sur le chemin du retour, au Sud de l&rsquo;Aur&egrave;s&nbsp;[10], et lui-m&ecirc;me fut tu&eacute; &agrave; Tehuda, pr&egrave;s de la ville qui porte son nom et renferme son tombeau, Sidi Oqba. Koceila marcha sur Kairouan et s&rsquo;empara de la cit&eacute;. Ce qui restait de l&rsquo;arm&eacute;e musulmane se retira jusqu&rsquo;en Cyr&eacute;na&iuml;que. Campagnes et exp&eacute;di&shy;tions se succ&egrave;dent presque annuellement. Koceila meurt en 686, Carthage n&rsquo;est prise par les Musulmans qu&rsquo;en 693 et Tunis fond&eacute;e en 698. Pendant quelques ann&eacute;es, la r&eacute;sistance fut conduite par une femme, une Djeraoua, une des tribus z&eacute;n&egrave;tes ma&icirc;tresses de l&rsquo;Aur&egrave;s. Cette femme, qui se nommait Dihya, est plus connue sous le sobriquet que lui donn&egrave;rent les Arabes&nbsp;: la Kahina (la &laquo;&nbsp;devineresse&nbsp;&raquo;). Sa mort, vers 700&nbsp;[11], peut &ecirc;tre consid&eacute;r&eacute;e comme la fin de la r&eacute;sistance arm&eacute;e des Berb&egrave;res contre les Arabes. De fait, lorsqu&rsquo;en 711 Tar&icirc;q traverse le d&eacute;troit auquel il a laiss&eacute; son nom (Djebel el Tar&icirc;q : Gibraltar) pour conqu&eacute;rir l&rsquo;Espagne, son arm&eacute;e est essen&shy;tiellement compos&eacute;e de contingents berb&egrave;res, de Maures.<\/p>\n<p>\n\tEn bref, les conqu&eacute;rants arabes, peu nombreux mais vaillants, ne trouv&egrave;rent pas en face d&rsquo;eux un &Eacute;tat pr&ecirc;t &agrave; r&eacute;sister &agrave; une invasion, mais des opposants succes&shy;sifs : le patrice byzantin, puis les chefs berb&egrave;res&nbsp;[12], principaut&eacute;s apr&egrave;s royaumes, tribus apr&egrave;s conf&eacute;d&eacute;rations. Quant &agrave; la population romano-africaine, les Afariq, enferm&eacute;e dans les murs de ses villes, bien que fort nombreuse, elle n&rsquo;a ni la possibi&shy;lit&eacute; ni la volont&eacute; de r&eacute;sister longtemps &agrave; ces nouveaux ma&icirc;tres envoy&eacute;s par Dieu. La capitation impos&eacute;e par les Arabes, le Kharadj, n&rsquo;&eacute;tait gu&egrave;re plus lourde que les exigences du fisc byzantin, et, au d&eacute;but du moins, sa perception apparaissait plus comme une contribution exceptionnelle aux malheurs de la guerre que comme une imposition permanente. Quant aux pillages et aux prises de butin des cavaliers d&rsquo;Allah, ils n&rsquo;&eacute;taient ni plus ni moins insupportables que ceux pratiqu&eacute;s par les Maures depuis deux si&egrave;cles. L&rsquo;Afrique fut donc conquise, mais comment fut-elle is&shy;lamis&eacute;e puis arabis&eacute;e ?<\/p>\n<p>\n\t<strong>Les voies de la conversion<\/strong><\/p>\n<p>\n\tNous avons dit qu&rsquo;il fallait distinguer l&rsquo;islamisation de l&rsquo;arabisation. De fait, la premi&egrave;re se fit &agrave; un rythme bien plus rapide que la seconde. La Berb&eacute;rie devient musulmane en moins de deux si&egrave;cles (VIIe-VIIIe&nbsp;si&egrave;cles), alors qu&rsquo;elle n&rsquo;est pas encore aujourd&rsquo;hui enti&egrave;rement arabis&eacute;e, treize si&egrave;cles apr&egrave;s la premi&egrave;re conqu&ecirc;te arabe.<\/p>\n<p>\n\tL&rsquo;islamisation et la toute premi&egrave;re arabisation furent d&rsquo;abord citadines&nbsp;[13]. La religion des conqu&eacute;rants s&rsquo;implanta dans les villes anciennes que visitaient des missionnaires guerriers puis des docteurs voyageurs, rompus aux discussions th&eacute;olo&shy;giques. La cr&eacute;ation de villes nouvelles, v&eacute;ritables centres religieux comme Kairouan, premi&egrave;re fondation musulmane (670), et Fez, cr&eacute;ation d&rsquo;Idriss II (809), contribua &agrave; implanter solidement l&rsquo;Islam aux deux extr&eacute;mit&eacute;s du pays.<\/p>\n<p>\n\tLa conversion des Berb&egrave;res des campagnes, sanhadja ou z&eacute;n&egrave;tes, se fit plus myst&eacute;rieusement. Ils &eacute;taient certes pr&eacute;par&eacute;s au monoth&eacute;isme absolu de l&rsquo;Islam par le d&eacute;veloppement r&eacute;cent du christianisme mais aussi par un certain pros&eacute;lytisme juda&iuml;&shy;que dans les tribus nomades du Sud.<\/p>\n<p>\n\tDe plus, comme aux chr&eacute;tiens orientaux, l&rsquo;Islam devait para&icirc;tre aux Africains plus comme une h&eacute;r&eacute;sie chr&eacute;tienne (il y en avait tant&nbsp;!) que comme une nouvelle religion&nbsp;; cette indiff&eacute;rence relative expliquerait les fr&eacute;quentes &laquo;&nbsp;apostasies&nbsp;&raquo; certai&shy;nement li&eacute;es aux fluctuations politiques&nbsp;[14].<\/p>\n<p>\n\tQuoi qu&rsquo;il en soit, la conversion des chefs de f&eacute;d&eacute;rations, souvent plus pour des raisons politiques que par conviction, r&eacute;pandit l&rsquo;Islam dans le peuple. Les contin&shy;gents berb&egrave;res, conduits par ces chefs dans de fructueuses conqu&ecirc;tes faites au nom de l&rsquo;Islam, furent amen&eacute;s tout naturellement &agrave; la conversion.<\/p>\n<p>\n\tLa pratique des otages pris parmi les fils de princes ou de chefs de tribus peut avoir &eacute;galement contribu&eacute; au progr&egrave;s de l&rsquo;Islam. Ces enfants islamis&eacute;s et arabis&eacute;s, de retour chez leurs contribules, devenaient des mod&egrave;les car ils &eacute;taient aur&eacute;ol&eacute;s du prestige que donne une culture sup&eacute;rieure.<\/p>\n<p>\n\tTr&egrave;s efficaces bien que dangereux pour l&rsquo;orthodoxie musulmane avaient &eacute;t&eacute;, dans les premiers si&egrave;cles de l&rsquo;Islam, les missionnaires khar&eacute;djites venus d&rsquo;Orient qui, tout en r&eacute;pandant l&rsquo;Islam dans les tribus surtout z&eacute;n&egrave;tes, &laquo;&nbsp;s&eacute;par&egrave;rent&nbsp;&raquo; une partie des Berb&egrave;res des autres musulmans. Si le schisme khar&eacute;djite ensanglanta le Maghreb &agrave; plusieurs reprises, il eut le m&eacute;rite de conserver &agrave; toutes les &eacute;poques, la n&ocirc;tre com&shy;prise, une force religieuse minoritaire mais exemplaire par la rigueur de sa foi et l&rsquo;aust&eacute;rit&eacute; de ses m&oelig;urs.<\/p>\n<p>\n\tAutres missionnaires et grands voyageurs&nbsp;: les &laquo;&nbsp;da&iuml;&nbsp;&raquo; charg&eacute;s de r&eacute;pandre la doctrine chiite. Il faut dire qu&rsquo;en ces &eacute;poques qui, en Europe comme en Afrique, nous paraissent condamn&eacute;es &agrave; une vie concentrationnaire en raison de l&rsquo;ins&eacute;curit&eacute;, les clercs voyagent beaucoup et fort loin. Ils s&rsquo;instruisent aupr&egrave;s des plus c&eacute;l&egrave;bres docteurs, se mettant d&eacute;lib&eacute;r&eacute;ment &agrave; leur service, jusqu&rsquo;au jour o&ugrave; ils prennent conscience de leur savoir, de leur autorit&eacute;, et deviennent ma&icirc;tres &agrave; leur tour, &eacute;labo&shy;rant parfois une nouvelle doctrine. Ce fut, entre autres, l&rsquo;histoire d&rsquo;Ibn Toumert, fon&shy;dateur du mouvement almohade (1120) qui donna naissance &agrave; un empire.<\/p>\n<p>\n\tPour gagner le c&oelig;ur des populations, dans les villes et surtout les campagnes, les missionnaires musulmans eurent recours surtout &agrave; l&rsquo;exemple. Il fallait montrer &agrave; ces Maghr&eacute;bins, dont la religiosit&eacute; fut toujours tr&egrave;s profonde, ce qu&rsquo;&eacute;tait la vraie communaut&eacute; des D&eacute;fenseurs de la Foi.<\/p>\n<p>\n\tLe rib&acirc;t en fut l&rsquo;exemple achev&eacute;&nbsp;[15]. Ce fut &agrave; la fois un couvent et une gar&shy;nison, base d&rsquo;op&eacute;ration contre les infid&egrave;les ou les h&eacute;r&eacute;tiques. Le rib&acirc;t peut &ecirc;tre implant&eacute; n&rsquo;importe o&ugrave;, sur le littoral ou &agrave; l&rsquo;int&eacute;rieur des terres, comme le Rib&acirc;t Taza, partout o&ugrave; la d&eacute;fense de la Foi l&rsquo;exige. Les moines-soldats qui occupent ces ch&acirc;teaux s&rsquo;entra&icirc;nent au combat et s&rsquo;instruisent aux sources de l&rsquo;orthodoxie la plus rigoureu&shy;se. L&rsquo;&acirc;ge d&rsquo;or des rib&acirc;ts fut le IXe&nbsp;si&egrave;cle, en Ifriq&icirc;ya, o&ugrave; les fondations pieuses des &eacute;mirs aghlabites se multiplient de Tripoli &agrave; Bizerte, particuli&egrave;rement sur les c&ocirc;tes d&eacute; l&rsquo;ancienne Byzac&egrave;ne. Le rib&acirc;t de Monastir, le plus c&eacute;l&egrave;bre (il suffisait d&rsquo;avoir tenu garnison pendant trois jours pour gagner le paradis !), fut construit en 796, celui de Sousse en 821. &Agrave; l&rsquo;autre extr&eacute;mit&eacute; du Maghreb, sur la c&ocirc;te atlantique, une autre concentration de rib&acirc;ts assure la d&eacute;fense de l&rsquo;Islam sur le plan militaire et sur celui de l&rsquo;orthodoxie, aussi bien contre les pillards normands que contre les h&eacute;r&eacute;tiques Bargwarta. L&rsquo;un d&rsquo;eux, de fondation assez tardive par l&rsquo;almohade Yaqoub el-Mansour, devait devenir la capitale du royaume ch&eacute;rifien en conservant le nom de Rabat. Arcila, au nord, Safi, Qo&ucirc;z et surtout Mass&acirc;t, au sud, compl&egrave;tent la d&eacute;fense littorale du Maghreb el-Aqsa.<\/p>\n<p>\n\tCes morabito&ucirc;n sont aussi des &laquo;&nbsp;ibad&nbsp;&raquo;, hommes de pri&egrave;re&nbsp;; les gens des rib&acirc;ts savent, le cas &eacute;ch&eacute;ant, devenir des r&eacute;formateurs z&eacute;l&eacute;s et efficaces. Ceux qui parmi les Lemtouna et les Guezoula, tribus sanhadja du Sahara occidental, avaient sous la f&eacute;rule d&rsquo;Ibn Yasin fond&eacute; un rib&acirc;t dans une &icirc;le du S&eacute;n&eacute;gal, furent, au d&eacute;but du XIe&nbsp;si&egrave;cle, &agrave; l&rsquo;origine de l&rsquo;empire almoravide dont le nom est une d&eacute;formation hispani&shy;que de morabito&ucirc;n.<\/p>\n<p>\n\tDans les zones non menac&eacute;es, le rib&acirc;t perdit son caract&egrave;re militaire pour deve&shy;nir le si&egrave;ge de religieux tr&egrave;s respect&eacute;s. Des confr&eacute;ries, qu&rsquo;il serait exag&eacute;r&eacute; d&rsquo;assimiler aux ordres religieux chr&eacute;tiens, s&rsquo;organis&egrave;rent, aux &eacute;poques r&eacute;centes, en prenant appui sur des centres d&rsquo;&eacute;tudes religieuses, les&nbsp;zaou&iuml;as,&nbsp;qui sont les h&eacute;ritiers des anciens rib&acirc;ts. Ce mouvement, souvent m&ecirc;l&eacute; de mysticisme populaire, est li&eacute; au maraboutisme, autre mot d&eacute;riv&eacute; du rib&acirc;t. Le maraboutisme contribua grandement &agrave; achever l&rsquo;islamisation des campagnes, au prix de quelques concessions secondaires &agrave; des pratiques ant&eacute;islamiques qui n&rsquo;entament pas la foi du croyant.<\/p>\n<p>\n\tIl fut cependant des parties de la Berb&eacute;rie o&ugrave; l&rsquo;Islam ne p&eacute;n&eacute;tra que tardive&shy;ment, non pas dans les groupes compacts des s&eacute;dentaires montagnards qui, au contraire, jou&egrave;rent tr&egrave;s vite un r&ocirc;le important dans l&rsquo;Islam maghr&eacute;bin, comme les Ketama de Petite Kabylie ou les Masmouda de l&rsquo;Atlas marocain, mais chez les grands nomades du lointain Hoggar et du Sahara m&eacute;ridional. Il semble qu&rsquo;il y eut, chez les Touareg, si on en croit leur tradition, une islamisation tr&egrave;s pr&eacute;coce, &oelig;uvre des Soh&acirc;ba (Compagnons du Proph&egrave;te)&nbsp;; mais cette islamisation, si elle n&rsquo;est pas l&eacute;gen&shy;daire, n&rsquo;eut gu&egrave;re de cons&eacute;quence, et l&rsquo;idol&acirc;trie subsista jusqu&rsquo;&agrave; ce que des mission&shy;naires r&eacute;introduisent l&rsquo;Islam au Hoggar, sans grand succ&egrave;s semble-t-il. En fait la v&eacute;ri&shy;table islamisation ne semble gu&egrave;re ant&eacute;rieure au XVe&nbsp;si&egrave;cle.<\/p>\n<p>\n\tIl est m&ecirc;me un pays berb&eacute;rophone qui ne fut jamais islamis&eacute;&nbsp;: Les &icirc;les Canaries, dont les habitants primitifs, les Guanches&nbsp;[16], &eacute;taient rest&eacute;s pa&iuml;ens au moment de la conqu&ecirc;te normande et espagnole, aux XIVe&nbsp;et XVe&nbsp;si&egrave;cles.<\/p>\n<p>\n\tL&rsquo;islamisation des Berb&egrave;res ne fit pas dispara&icirc;tre imm&eacute;diatement toute trace de christianisme en Afrique. Les g&eacute;ographes et chroniqueurs arabes sont particuli&egrave;rement discrets sur le maintien d&rsquo;&eacute;glises africaines quelques si&egrave;cles apr&egrave;s la conqu&ecirc;te et la conversion massive (?) des Berb&egrave;res&nbsp;; ce n&rsquo;est que r&eacute;cemment que les historiens se sont vraiment int&eacute;ress&eacute;s &agrave; cette question.<\/p>\n<p>\n\tLes royaumes romano-africains qui s&rsquo;&eacute;taient constitu&eacute;s pendant les &eacute;poques vandale et byzantine &eacute;taient en majorit&eacute; chr&eacute;tiens. L&rsquo;empereur Masties proclame son christianisme[17], le roi des Ucutamani, qui sont les Kotama des &eacute;crivains arabes, se dit &laquo;&nbsp;servus Dei&nbsp;&raquo;&nbsp;[18], les souverains qui se faisaient construire les im&shy;posants Djedar, monuments fun&eacute;raires de la r&eacute;gion de Frenda&nbsp;[19], &eacute;taient aussi chr&eacute;tiens, comme vraisemblablement Masuna, &laquo;&nbsp;roi des Maures et des Romains&nbsp;&raquo; en Maur&eacute;tanie vers 508 et Mastinas, autre prince maure qui frappa peut-&ecirc;tre monnaie vers 535&nbsp;[20]. En fait, seuls des chefs nomades, comme Terna adorateur du taureau Gurzil&nbsp;[21], sont encore pa&iuml;ens. Tout semble indiquer qu&rsquo;une part importante des populations pal&eacute;oberb&egrave;res dans les anciennes provinces de l&rsquo;empire romain est &eacute;vang&eacute;lis&eacute;e au VIe&nbsp;si&egrave;cle. Les villes ont laiss&eacute; les t&eacute;moignages les plus nombreux, on ne saurait s&rsquo;en &eacute;tonner : basiliques vastes et nombreuses, n&eacute;cropoles, inscriptions fun&eacute;&shy;raires, en particulier la remarquable s&eacute;rie de la lointaine Volubilis qui couvre la premi&egrave;re moiti&eacute; du VIIe&nbsp;si&egrave;cle (595-655), celle d&rsquo;Altava &agrave; peine plus ancienne (Ve&nbsp;si&egrave;cle), celles encore de Pomaria ou d&rsquo;Albulae, villes qui faisaient aussi partie du royaume de Masuna. On ne doit pas en tirer la conclusion que seule la population citadine &eacute;tait devenue chr&eacute;tienne : de tr&egrave;s modestes bourgades de Numidie, qui n&rsquo;&eacute;taient en fait que de gros villages, poss&egrave;dent leurs basiliques ; des textes pr&eacute;cieux le montrent, tel que celui de Jean de Biclar[22]&nbsp;qui annonce la conversion, vers 570, de &laquo;&nbsp;gentes&nbsp;&raquo; qui, comme les Maccuritae, &eacute;taient rest&eacute;es pa&iuml;ennes&nbsp;[23]. Faut-il s&rsquo;&eacute;ton&shy;ner de ce qu&rsquo;El-Bekri affirme qu&rsquo;&agrave; l&rsquo;&eacute;poque byzantine les Berb&egrave;res professaient le christianisme&nbsp;? Le maintien de communaut&eacute;s chr&eacute;tiennes en pleine p&eacute;riode musul&shy;mane, plusieurs si&egrave;cles apr&egrave;s la conqu&ecirc;te, ne fait plus, aujourd&rsquo;hui, aucun doute. Aux d&eacute;couvertes &eacute;pigraphiques, telles les fameuses inscriptions fun&eacute;raires de Kairouan, dat&eacute;es du XIe&nbsp;si&egrave;cle&nbsp;[24], et celles des s&eacute;pultures chr&eacute;tiennes d&rsquo;A&iuml;n Zara et d&rsquo;En Ngila en Tripolitaine[25], s&rsquo;ajoute le commentaire de textes jusqu&rsquo;alors quelque peu n&eacute;glig&eacute;s. T. Lewiki a montr&eacute; qu&rsquo;il existait une forte communaut&eacute; chr&eacute;tienne parmi les Ibadites, d&rsquo;abord dans le royaume rost&eacute;mide de Tahert, ensuite &agrave; Ouargla[26]. Nous connaissons un &eacute;v&ecirc;ch&eacute; de Qastiliya dans le sud tunisien, tandis que la chan&shy;cellerie pontificale conserve la correspondance du pape Gr&eacute;goire VII avec les &eacute;v&ecirc;ques africains au Xe&nbsp;si&egrave;cle&nbsp;[27]. H. R. Idriss reconna&icirc;t le maintien de la c&eacute;l&eacute;bra&shy;tion de f&ecirc;tes chr&eacute;tiennes en Ifriq&icirc;ya &agrave; l&rsquo;&eacute;poque ziride&nbsp;[28], et Ch. E. Dufourcq, repre&shy;nant le texte d&rsquo;El Bekri, rappelle l&rsquo;existence d&rsquo;une population chr&eacute;tienne et d&rsquo;une &eacute;glise &agrave; Tlemcen au Xe&nbsp;si&egrave;cle et propose m&ecirc;me de retrouver la mention de p&egrave;lerina&shy;ges chr&eacute;tiens aupr&egrave;s des &laquo;&nbsp;rib&acirc;ts&nbsp;&raquo; dans la ville ruin&eacute;e de Cherchel-Caesarea&nbsp;[29]. Fort justement le m&ecirc;me auteur met en rapport la survivance du latin d&rsquo;Afrique (al-L&acirc;tini al-afar&icirc;q) avec le maintien du christianisme&nbsp;[30].<\/p>\n<p>\n\tCe n&rsquo;est qu&rsquo;au XIIe&nbsp;si&egrave;cle que semblent dispara&icirc;tre les derni&egrave;res communaut&eacute;s chr&eacute;tiennes&nbsp;; encore cette extinction para&icirc;t plus le fait d&rsquo;une pers&eacute;cution que d&rsquo;une disparition naturelle. Les califes almohades furent particuli&egrave;rement intol&eacute;rants. Apr&egrave;s la prise de Tunis, Abd el-Moumen, en 1159, donne &agrave; choisir aux juifs et aux chr&eacute;tiens entre se convertir &agrave; l&rsquo;islam ou p&eacute;rir par le glaive. &Agrave; la fin du si&egrave;cle, son petit-fils, Abou Yousouf Yakoub el-Mansour se vantait de ce qu&rsquo;aucune &eacute;glise chr&eacute;tienne ne subsistait dans ses &eacute;tats&nbsp;[31].<\/p>\n<p>\n\t<strong>Les m&eacute;canismes de l&rsquo;arabisation<\/strong><\/p>\n<p>\n\tL&rsquo;arabisation suivit d&rsquo;autres voies, bien qu&rsquo;elle f&ucirc;t pr&eacute;par&eacute;e par l&rsquo;obligation de prononcer en arabe les quelques phrases essentielles d&rsquo;adh&eacute;sion &agrave; l&rsquo;islam. Pendant la premi&egrave;re p&eacute;riode (VIIe-XIe&nbsp;si&egrave;cles), l&rsquo;arabisation linguistique et culturelle fut d&rsquo;abord essentiellement citadine. Plusieurs villes maghr&eacute;bines de fondation an&shy;cienne, Kairouan, Tunis, Tlemcen, F&egrave;s, ont conserv&eacute; une langue assez classique, souvenir de cette premi&egrave;re arabisation. Cet arabe citadin, en se chargeant de constructions diverses emprunt&eacute;es aux Berb&egrave;res, s&rsquo;est maintenu aussi, d&rsquo;apr&egrave;s W. Mar&ccedil;ais, chez de vieux s&eacute;dentaires ruraux comme les habitants du Sahel tunisien ou de la r&eacute;gion maritime du Constantinois, ou encore les Traras et les Jebala du Rif oriental&nbsp;; or, ces r&eacute;gions maritimes sont les d&eacute;bouch&eacute;s de vieilles capitales r&eacute;gionales arabis&eacute;es de longue date. Cette situation linguistique semble reproduire celle de la premi&egrave;re arabisation&nbsp;[32]. Ailleurs, cette forme ancienne, dont on ignore quelle fut l&rsquo;extension, fut submerg&eacute;e par une langue plus populaire, l&rsquo;arabe b&eacute;douin, qui pr&eacute;sente une certaine unit&eacute; du Sud tunisien au Rio de Oro remontant largement vers le nord dans les plaines de l&rsquo;Alg&eacute;rie centrale, d&rsquo;Oranie et du Maroc. Cet arabe b&eacute;douin fut introduit au XIe&nbsp;si&egrave;cle par les tribus hilaliennes car ce sont elles, en effet, qui ont v&eacute;ritablement arabis&eacute; une grande partie des Berb&egrave;res.<\/p>\n<p>\n\tPour comprendre l&rsquo;arriv&eacute;e inattendue de ces tribus arabes b&eacute;douines, il nous faut remonter au Xe&nbsp;si&egrave;cle, au moment o&ugrave; se d&eacute;roulait, au Maghreb central d&rsquo;abord, puis en Ifriq&icirc;ya, une aventure prodigieuse et bien connue, celle de l&rsquo;accession au cali&shy;fat des Fatimides. Alors que les Berb&egrave;res z&eacute;n&egrave;tes &eacute;tendaient progressivement leur domination sur les Hautes-Plaines, les Berb&egrave;res autochtones, les Sanhadja, conser&shy;vaient les territoires montagneux de l&rsquo;Alg&eacute;rie centrale et orientale. L&rsquo;une de ces tribus qui, depuis l&rsquo;&eacute;poque romaine, occupait la Petite Kabylie, les Ketama[33], avait accueilli un missionnaire chiite, Abou Abd Allah, qui annon&ccedil;ait la venue de l&rsquo;Imam &laquo;&nbsp;dirig&eacute;&nbsp;&raquo; ou Mahdi, descendant d&rsquo;Ali et de Fatima. Abou Abd Allah s&rsquo;&eacute;tablit d&rsquo;abord &agrave; Tafrout, dans la r&eacute;gion de Mila&nbsp;; il organise une milice qui groupe ses pre&shy;miers partisans, puis transforme Ikdjan, &agrave; l&rsquo;est des Babors, en place forte. Se r&eacute;v&eacute;lant un remarquable strat&egrave;ge et meneur d&rsquo;hommes, il s&rsquo;empare tour &agrave; tour de S&eacute;tif, B&eacute;ja, Constantine. En mars 909, les Chiites sont ma&icirc;tres de Kairouan et proclament Imam le Fatimide Oba&iuml;d Allah, encore prisonnier &agrave; l&rsquo;autre bout du Maghreb central, dans la lointaine Sidjilmassa. Une exp&eacute;dition ketama, toujours conduite par l&rsquo;infatigable Abou Abd Allah, le ramena triomphant &agrave; Kairouan, en d&eacute;cembre 909, non sans avoir, au passage, d&eacute;truit les principaut&eacute;s kharedjites. La dynastie issue d&rsquo;Oba&iuml;d Allah, celle des Fatimides, r&eacute;ussit donc un moment &agrave; contr&ocirc;ler la plus grande partie de l&rsquo;Afrique du Nord, mais de terribles r&eacute;voltes secouent le pays. La plus grave fut celle des Kharedjites, men&eacute;e par Mahlad ben Kayd&acirc;d dit Abou Yazid, &laquo;&nbsp;l&rsquo;homme &agrave; l&rsquo;&acirc;ne&nbsp;&raquo;. Mais la dynastie fut une nouvelle fois sauv&eacute;e par l&rsquo;intervention des Sanhadja du Maghreb central, sous la conduite de Ziri. Aussi, lorsque les Fatimides, apr&egrave;s avoir conquis l&rsquo;&Eacute;gypte avec l&rsquo;aide des Sanhadja, &eacute;tablissent leur capitale au Caire (973), ils laissent le gouvernement du Maghreb &agrave; leur lieutenant Bologgin, fils de Ziri. De cette d&eacute;cision, qui paraissait sage et qui laissait la direction du pays &agrave; une dynastie berb&egrave;re, devait na&icirc;tre la pire catastrophe que connut le Maghreb.<\/p>\n<p>\n\tEn trois g&eacute;n&eacute;rations, les Zirides rel&acirc;chent leurs liens de vassalit&eacute; &agrave; l&rsquo;&eacute;gard du calife fatimide. En 1045, El-Moezz rejeta le chiisme qui n&rsquo;avait pas &eacute;t&eacute; accept&eacute; par la majorit&eacute; de ses sujets et proclame la supr&eacute;matie du calife abbasside de Bagdad. Pour punir cette s&eacute;cession, le Fatimide &laquo;&nbsp;donna&nbsp;&raquo; le Maghreb aux tribus arabes trop turbu&shy;lentes qui avaient &eacute;migr&eacute; de Syrie et d&rsquo;Arabie nomadisant dans le Sais, en Haute &Eacute;gypte. Certaines de ces tribus se rattachaient &agrave; un anc&ecirc;tre commun, Hilal, d&rsquo;o&ugrave; le nom d&rsquo;invasion hilalienne donn&eacute;e &agrave; cette nouvelle immigration orientale en Afrique du Nord. Les B&eacute;ni Hilal, bient&ocirc;t suivis des B&eacute;ni Soleim, p&eacute;n&egrave;trent en Ifriq&icirc;ya en 1051. &Agrave; vrai dire, l&rsquo;&eacute;num&eacute;ration de ces tribus et fractions est assez longue mais relati&shy;vement bien connue, gr&acirc;ce au r&eacute;cit d&rsquo;Ibn Khaldoun et &agrave; une litt&eacute;rature populaire appuy&eacute;e sur une tradition orale encore bien vivante, v&eacute;ritable chanson de geste connue sous le nom de Taghrib&acirc;t Bani Hilal (la marche vers l&rsquo;ouest des B&eacute;ni Hilal). Il y avait deux groupes principaux, le premier form&eacute; des tribus Zoghba, Athbej, Ry&acirc;h, Djochem, Rebia et Adi se rattachait &agrave; Hilal, le second groupe constituait les B&eacute;ni Sole&iuml;m. &Agrave; ce flot d&rsquo;envahisseurs succ&eacute;da, quelques d&eacute;cennies plus tard, un groupe d&rsquo;Arabes y&eacute;m&eacute;nites, les Ma&rsquo;qil, qui suivirent leur voie propre, plus m&eacute;ridionale et atteignirent le Sud marocain et le Sahara occidental. Des groupes juifs nomades semblent bien avoir accompagn&eacute; ces b&eacute;douins et contribu&egrave;rent &agrave; renforcer les communaut&eacute;s juda&iuml;ques du Maghreb&nbsp;[34], dont l&rsquo;essentiel &eacute;tait d&rsquo;origine z&eacute;n&egrave;te.<\/p>\n<p>\n\tOn aurait tort d&rsquo;imaginer l&rsquo;arriv&eacute;e de ces tribus comme une arm&eacute;e en marche occupant m&eacute;ticuleusement le terrain et combattant dans une guerre sans merci les Zirides, puis leurs cousins, les Hammadites, qui avaient organis&eacute; un royaume distinct en Alg&eacute;rie. Il serait faux &eacute;galement de croire qu&rsquo;il y eut entre Arabes enva&shy;hisseurs et Berb&egrave;res une confrontation totale, de type racial ou national. Les tribus qui p&eacute;n&egrave;trent au Maghreb occupent le pays ouvert, regroupent leurs forces pour s&rsquo;emparer des villes qu&rsquo;elles pillent syst&eacute;matiquement, puis se dispersent &agrave; nouveau, portant plus loin pillage et d&eacute;solation.<\/p>\n<p>\n\tLes princes berb&egrave;res, Zirides, Hammadites, plus tard Almohades, et M&eacute;rinides, n&rsquo;h&eacute;sitent pas &agrave; utiliser la force militaire, toujours disponible, que constituent ces nomades qui, de proche en proche, p&eacute;n&egrave;trent ainsi plus avant dans les campagnes maghr&eacute;bines.<\/p>\n<p>\n\tD&egrave;s l&rsquo;arriv&eacute;e des Arabes b&eacute;douins, les souverains berb&egrave;res songent &agrave; utiliser cette force nouvelle dans leurs luttes intestines. Ainsi, loin de s&rsquo;inqui&eacute;ter de la p&eacute;n&eacute;&shy;tration des Hilaliens, le sultan ziride recherche leur alliance pour combattre ses cousins hammadides et donne une de ses filles en mariage au cheikh des Ry&acirc;h, ce qui n&rsquo;emp&ecirc;che pas ces m&ecirc;mes Arabes de battre par deux fois, en 1050 &agrave; Ha&iuml;dra et en 1052 &agrave; Kairouan, les arm&eacute;es zirides et d&rsquo;envahir l&rsquo;Ifriq&icirc;ya, bient&ocirc;t enti&egrave;rement soumise &agrave; l&rsquo;anarchie. Des chefs arabes en profitent pour se tailler de minuscules royaumes aussi &eacute;ph&eacute;m&egrave;res que restreints territorialement ; tels sont les &eacute;mirats de Gab&egrave;s et de Carthage, d&egrave;s la fin du XIe&nbsp;si&egrave;cle. Parall&egrave;lement, les Hammadides obtiennent le concours des Athbej qui combattent leur cousin Ry&acirc;h, comme eux-m&ecirc;mes luttent contre leurs cousins zirides.<\/p>\n<p>\n\tEn 1152, un si&egrave;cle apr&egrave;s l&rsquo;arriv&eacute;e des premiers contingents b&eacute;douins, les B&eacute;ni Hilal se regroupent pour faire face &agrave; la puissance grandissante des Almohades, ma&icirc;tres du Maghreb el-Aqsa et de la plus grande partie du Maghreb central, mais il est trop tard et ils sont &eacute;cras&eacute;s &agrave; la bataille de S&eacute;tif. Paradoxalement, cette d&eacute;faite n&rsquo;entrave pas leur expansion, elle en modifie seulement le processus. Les Almoha&shy;des, successeurs d&rsquo;Abd el-Moumen, n&rsquo;h&eacute;sitent pas &agrave; utiliser leurs contingents et, fait plus grave de cons&eacute;quences, ils ordonnent la d&eacute;portation de nombreuses fractions Ry&acirc;h, Athbej et Djochem dans diverses provinces du Maghreb el-Aqsa, dans le Haouz et les plaines atlantiques qui sont ainsi arabis&eacute;s.<\/p>\n<p>\n\tTandis que s&rsquo;&eacute;croule l&rsquo;empire almohade, les Hafsides acqui&egrave;rent leur ind&eacute;pen&shy;dance en Ifriq&icirc;ya et s&rsquo;assurent le concours des Koo&ucirc;b, l&rsquo;une des principales fractions des Sole&iuml;m. Au m&ecirc;me moment, le z&eacute;n&egrave;te Yaghmorasen fonde le royaume abd-el-wadide de Tlemcen avec l&rsquo;appui des Arabes Zorba. D&rsquo;autres Berb&egrave;res z&eacute;n&egrave;tes, les B&eacute;ni Merin, chassent les derniers Almohades de Fez (1248). La nouvelle dynastie s&rsquo;appuya sur des familles arabes d&eacute;port&eacute;es au Maroc par les Almohades. Pendant plus d&rsquo;un si&egrave;cle, le maghzen m&eacute;rinide fut ainsi recrut&eacute; chez les Khlot.<\/p>\n<p>\n\tPartout ces contingents arabes, introduits parfois contre leur volont&eacute; dans des r&eacute;gions nouvelles ou &eacute;tablis &agrave; la t&ecirc;te de populations agricoles dont le genre de vie ne r&eacute;siste pas longtemps &agrave; leurs d&eacute;pr&eacute;dations, provoquent inexorablement le d&eacute;clin des campagnes. Mais bien qu&rsquo;ils aient pill&eacute; Kairouan, Mendia, Tunis et les principales villes d&rsquo;Ifriq&icirc;ya, bien que Ibn Khaldoun les ait d&eacute;peints comme une arm&eacute;e de saute&shy;relles d&eacute;truisant tout sur son passage, B&eacute;ni Hilal, B&eacute;ni Sole&iuml;m et plus tard B&eacute;ni Ma&rsquo;qil furent bien plus dangereux par les ferments d&rsquo;anarchie qu&rsquo;ils introduisirent au Maghreb que par leurs propres d&eacute;pr&eacute;dations.<\/p>\n<p>\n\tC&rsquo;est une &eacute;trange et &agrave; vrai dire assez merveilleuse histoire que la transforma&shy;tion ethno-sociologique d&rsquo;une population de plusieurs millions de Berb&egrave;res par quel&shy;ques dizaines de milliers de B&eacute;douins. On ne saurait, en effet, exag&eacute;rer l&rsquo;importance num&eacute;rique des B&eacute;ni Hilal ; quel que soit le nombre de ceux qui se croient leurs descendants, ils &eacute;taient, au moment de leur apparition en Ifriq&icirc;ya et au Maghreb, tout au plus quelques dizaines de milliers. Les apports successifs des B&eacute;ni Sole&iuml;m, puis des Ma&rsquo;qil qui s&rsquo;&eacute;tablirent dans le Sud du Maroc, ne port&egrave;rent pas &agrave; plus de cent mille les individus de sang arabe qui p&eacute;n&eacute;tr&egrave;rent en Afrique du Nord au XIe&nbsp;si&egrave;cle. Les Vandales, lorsqu&rsquo;ils franchirent le d&eacute;troit de Gibraltar pour d&eacute;barquer sur les c&ocirc;tes d&rsquo;Afrique, en mai 429, &eacute;taient au nombre de 80 000, (peut-&ecirc;tre le double si les chiffres donn&eacute;s par Victor de Vita ne concernent que les hommes et les enfants de sexe m&acirc;le). C&rsquo;est dire que l&rsquo;importance num&eacute;rique des deux invasions est sensible&shy;ment &eacute;quivalente. Or que reste-t-il de l&rsquo;emprise vandale en Afrique deux si&egrave;cles plus tard ? Rien. La conqu&ecirc;te byzantine a gomm&eacute; purement et simplement la pr&eacute;sence vandale, dont on rechercherait en vain les descendants ou ceux qui pr&eacute;tendraient en descendre. Consid&eacute;rons maintenant les cons&eacute;quences de l&rsquo;arriv&eacute;e des Arabes hilaliens du XIe&nbsp;si&egrave;cle&nbsp;: la Berb&eacute;rie s&rsquo;est en grande partie arabis&eacute;e et les &Eacute;tats du Maghreb se consid&egrave;rent comme des &Eacute;tats arabes.<\/p>\n<p>\n\tCe n&rsquo;est, bien entendu, ni la f&eacute;condit&eacute; des B&eacute;ni Hilal, ni l&rsquo;extermination des Berb&egrave;res dans les plaines qui expliquent cette profonde arabisation culturelle et linguistique.<\/p>\n<p>\n\tLes tribus b&eacute;douines ont, en premier lieu, port&eacute; un nouveau coup &agrave; la vie s&eacute;&shy;dentaire par leurs d&eacute;pr&eacute;dations et les menaces qu&rsquo;elles font planer sur les campagnes ouvertes. Elles renforcent ainsi l&rsquo;action dissolvante des nomades &laquo;&nbsp;n&eacute;o-berb&egrave;res&nbsp;&raquo; z&eacute;n&egrave;tes qui avaient, d&egrave;s le VIe&nbsp;si&egrave;cle, p&eacute;n&eacute;tr&eacute; en Africa et en Numidie. Pr&eacute;curseurs des Hilaliens, ces nomades z&eacute;n&egrave;tes furent facilement assimil&eacute;s par les nouveaux venus. Ainsi les contingents nomades arabes, qui parlaient la langue sacr&eacute;e et en tiraient un grand prestige, loin d&rsquo;&ecirc;tre absorb&eacute;s culturellement par la masse berb&egrave;re nomade, l&rsquo;attir&egrave;rent &agrave; eux et l&rsquo;adopt&egrave;rent.<\/p>\n<p>\n\tL&rsquo;identit&eacute; des genres de vie facilita la fusion. Il &eacute;tait tentant pour les nomades berb&egrave;res de se dire aussi arabes et d&rsquo;y gagner la consid&eacute;ration et le statut de conqu&eacute;&shy;rant, voir de&nbsp;ch&eacute;rif,&nbsp;c&rsquo;est-&agrave;-dire descendant du Proph&egrave;te. L&rsquo;assimilation &eacute;tait encore facilit&eacute;e par une fiction juridique : lorsqu&rsquo;un groupe devient le client d&rsquo;une famille arabe, il a le droit de prendre le nom de son patron comme s&rsquo;il s&rsquo;agissait d&rsquo;une sorte d&rsquo;adoption collective. L&rsquo;existence de pratiques analogues, chez les Berb&egrave;res eux-m&ecirc;mes, facilitait encore le processus. L&rsquo;&eacute;pisode bien connu de la Kah&eacute;na adoptant comme troisi&egrave;me fils son prisonnier arabe Khaled est un bon exemple de ce proc&eacute;d&eacute;&nbsp;[35].<\/p>\n<p>\n\tLa comp&eacute;n&eacute;tration des groupes berb&egrave;res et arabes nomades ou semi-nomades fut telle que le ph&eacute;nom&egrave;ne inverse, celui de la berb&eacute;risation de fractions arabes ou se disant arabes, a pu &ecirc;tre parfois not&eacute;. Nous citerons &agrave; titre d&rsquo;exemple, qui est loin d&rsquo;&ecirc;tre isol&eacute;, le cas de la tribu arabe des B&eacute;ni Mhamed inf&eacute;od&eacute;e &agrave; l&rsquo;un des &laquo;&nbsp;khoms&nbsp;&raquo; (celui des Ounebgi) de la puissante conf&eacute;d&eacute;ration des A&iuml;t Atta&nbsp;[36].<\/p>\n<p>\n\tL&rsquo;arabisation gagna donc en premier lieu les tribus berb&egrave;res nomades et particuli&egrave;rement les Z&eacute;n&egrave;tes. Elle fut si compl&egrave;te qu&rsquo;il ne subsiste plus, aujourd&rsquo;hui, de dialectes z&eacute;n&egrave;tes nomades&nbsp;; ceux qui ont encore une certaine vitalit&eacute; sont parl&eacute;s par des Z&eacute;n&egrave;tes fix&eacute;s soit dans les montagnes (Ouarsenis), soit dans les oasis du Sahara septentrional (Mzab).<\/p>\n<p>\n\tAvant le XVe&nbsp;si&egrave;cle, les puissants groupes berb&egrave;res nomades Hawara de Tunisie centrale et septentrionale sont d&eacute;j&agrave; compl&egrave;tement arabis&eacute;s et se sont assimil&eacute;s aux Sole&iuml;m&nbsp;; comme le note W. Mar&ccedil;ais, d&egrave;s cette &eacute;poque la Tunisie a acquis ses caract&egrave;&shy;res ethniques et linguistiques actuels ; c&rsquo;est le pays le plus arabis&eacute; du Maghreb&nbsp;[37]. Au Maghreb central, les Berb&egrave;res du groupe Sanhadja, longtemps dominants, sont de plus en plus supplant&eacute;s par les tribus z&eacute;n&egrave;tes arabis&eacute;es ou en voie d&rsquo;arabisation qui, entre autres, fondent le royaume abd-el-wadite de Tlemcen, tandis que d&rsquo;autres Z&eacute;n&egrave;tes, les B&eacute;ni Merin, &eacute;vincent les derniers Almohades du Maroc.<\/p>\n<p>\n\tUn autre facteur d&rsquo;arabisation qui fut moins souvent retenu par les historiens du Maghreb est l&rsquo;extinction des tribus qui, ayant jou&eacute; un r&ocirc;le important, ont vu fondre leurs effectifs au cours des combats incessants ou d&rsquo;exp&eacute;ditions lointaines. J&rsquo;avais attir&eacute; l&rsquo;attention, voil&agrave; quelques ann&eacute;es, sur le cas des Ketama de Petite Kabylie ; solidement implant&eacute;s dans leur r&eacute;gion montagneuse, ils contribu&egrave;rent, nous l&rsquo;avons vu, &agrave; fonder l&rsquo;empire fatimide, firent des exp&eacute;ditions dans toutes les directions&nbsp;: Ifriq&icirc;ya, Sidjilmassa, Maghreb el-Aqsa, puis Sicile et &Eacute;gypte, le tout entrecoup&eacute; par une co&ucirc;teuse r&eacute;bellion contre le calife qu&rsquo;ils avaient &eacute;tabli. Dispers&eacute;s dans les garnisons, d&eacute;cim&eacute;s par les guerres, les Ketama disparaissent comme dans une trappe ; aujourd&rsquo;hui leur pays, depuis le massif des Babors jusqu&rsquo;&agrave; la fronti&egrave;re tunisienne, est profond&eacute;ment arabis&eacute;&nbsp;[38].<\/p>\n<p>\n\t&Agrave; la concordance des genres de vie entre groupes nomades, puissant facteur d&rsquo;arabisation, s&rsquo;ajoute, nous l&rsquo;avons vu, le jeu politique des souverains berb&egrave;res qui n&rsquo;h&eacute;sitent pas &agrave; utiliser la mobilit&eacute; et la force militaire des nouveaux venus contre leurs fr&egrave;res de race. Par la double pression des migrations pastorales et des actions guerri&egrave;res accompagn&eacute;es de pillages, d&rsquo;incendies ou de simples chapardages, la mar&eacute;e nomade qui, d&eacute;sormais, s&rsquo;identifie, dans la plus grande partie du Maghreb, avec l&rsquo;arabisme b&eacute;douin, s&rsquo;&eacute;tend sans cesse, gangr&egrave;ne les &Eacute;tats, efface la vie s&eacute;den&shy;taire des plaines. Les r&eacute;gions berb&eacute;rophones se r&eacute;duisent pour l&rsquo;essentiel &agrave; des &icirc;lots montagneux.<\/p>\n<p>\n\t<strong>Le paradoxe maghr&eacute;bin<\/strong><\/p>\n<p>\n\tMais ce sch&eacute;ma est trop tranch&eacute; pour &ecirc;tre exact dans le d&eacute;tail. On ne peut faire subir une telle dichotomie &agrave; la r&eacute;alit&eacute; humaine du Maghreb. Les Nomades ne sont pas tous arabis&eacute;s&nbsp;: il subsiste de vastes r&eacute;gions parcourues par des nomades berb&eacute;ro&shy;phones. Tout le Sahara central et m&eacute;ridional, dans trois &Eacute;tats (Alg&eacute;rie, Mali, Niger), est contr&ocirc;l&eacute; par eux. Dans le Sud marocain, l&rsquo;importante conf&eacute;d&eacute;ration des A&iuml;t Atta, centr&eacute;e sur le Jbel Sarho, maintient un semi-nomadisme berb&egrave;re entre les groupes arabes du Taf&iuml;lalet, d&rsquo;o&ugrave; est issue la dynastie ch&eacute;rifienne, et les nomades Regueibat du Sahara occidental qui se disent descendre des tribus arabes Ma&rsquo;qil. Il faut &eacute;gale&shy;ment tenir compte des petits nomades du groupe Braber du Moyen Atlas&nbsp;: Za&iuml;an, B&eacute;ni M&rsquo;Guild, A&iuml;t Seghouchen&#8230;<\/p>\n<p>\n\tLe berb&egrave;re n&rsquo;est donc pas exclusivement un parler de s&eacute;dentaire, ce n&rsquo;est pas non plus une langue exclusivement montagnarde. Une &icirc;le aussi plate que Jerba, les villes de la Pentapole mzabite, les oasis du Touat et du Gourara, les immenses plai&shy;nes sah&eacute;liennes fr&eacute;quent&eacute;es par les Touareg Kel Gr&egrave;s, Kel Dinnik, Oullimiden, sont des zones berb&eacute;rophones au m&ecirc;me titre que les massifs marocains ou la montagne kabyle.<\/p>\n<p>\n\tIl ne faut pas non plus imaginer que tous les Arabes, au Maghreb, sont exclusi&shy;vement nomades ; bien avant la p&eacute;riode fran&ccedil;aise qui favorisa, ne serait-ce que par le r&eacute;tablissement de la s&eacute;curit&eacute;, l&rsquo;agriculture et la vie s&eacute;dentaire, des groupes arabo&shy;phones menaient, depuis des si&egrave;cles, une vie s&eacute;dentaire autour des villes et dans les campagnes les plus recul&eacute;es. C&rsquo;&eacute;tait, en particulier, le cas des habitants de Petite Kabylie et de l&rsquo;ensemble des massifs et moyennes montagnes littorales de l&rsquo;Alg&eacute;rie orientale et du Nord de la Tunisie. Tous ces montagnards et habitants des collines sont arabis&eacute;s de longue date&nbsp;; cependant, vivant de la for&ecirc;t, d&rsquo;une agriculture proche du jardinage et de l&rsquo;arboriculture, ils ont toujours men&eacute; une vie s&eacute;dentaire appuy&eacute;e sur l&rsquo;&eacute;levage de bovins. Bien d&rsquo;autres cas semblables, dans le Rif oriental, l&rsquo;Ouarsenis occidental, pourraient &ecirc;tre cit&eacute;s.<\/p>\n<p>\n\tMais il n&rsquo;emp&ecirc;che qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui, dans le Maghreb sinon au Sahara, les zones berb&eacute;rophones sont toutes des r&eacute;gions montagneuses, comme si celles-ci avaient servi de bastions et de refuges aux populations qui abandonnaient progressivement le plat pays aux nomades et semi-nomades &eacute;leveurs de petit b&eacute;tail, arabes ou arabi&shy;s&eacute;s. C&rsquo;est la raison pour laquelle, au XIXe&nbsp;si&egrave;cle, l&rsquo;Afrique du Nord pr&eacute;sentait de curieuses inversions de peuplement&nbsp;: montagnes et collines au sol pauvre, occup&eacute;es par des agriculteurs, avaient des densit&eacute;s de population bien plus grandes que les plaines et grandes vall&eacute;es au sol riche parcourues par de petits groupes d&rsquo;&eacute;leveurs.<\/p>\n<p>\n\tCertains groupes montagnards sont si peu adapt&eacute;s &agrave; la vie en montagne que leur origine semble devoir &ecirc;tre recherch&eacute;e ailleurs. Des d&eacute;tails vestimentaires, et surtout l&rsquo;ignorance de pratiques agricoles telles que la culture en terrasse dans l&rsquo;Atlas tellien, am&egrave;nent &agrave; penser que les montagnes ont &eacute;t&eacute; non seulement des bastions qui r&eacute;sist&egrave;rent &agrave; l&rsquo;arabisation, mais qu&rsquo;elles furent aussi de v&eacute;ritables refuges dans lesquels se rassembl&egrave;rent les agriculteurs fuyant les plaines abandonn&eacute;es aux d&eacute;pr&eacute;&shy;dations des pasteurs nomades. Si la culture en terrasse est inconnue chez les agricul&shy;teurs des montagnes telliennes (alors qu&rsquo;elle est si r&eacute;pandue dans les autres pays et &icirc;les m&eacute;diterran&eacute;ens), elle est, en revanche, parfaitement ma&icirc;tris&eacute;e, et certainement de toute antiquit&eacute;, chez les Berb&egrave;res de l&rsquo;Atlas saharien et des cha&icirc;nes voisines&nbsp;[39].<\/p>\n<p>\n\tQuelles que soient leurs origines, les Berb&egrave;res qui occupent les montagnes du Tell sont si nombreux sur un sol pauvre et restreint qu&rsquo;ils sont contraints de s&rsquo;ex&shy;patrier. Ce ph&eacute;nom&egrave;ne, si important en Kabylie, n&rsquo;est pas r&eacute;cent. Comme les Savoyards des XVIIIe&nbsp;et XIXe&nbsp;si&egrave;cles, les Kabyles se firent colporteurs ou se sp&eacute;ciali&shy;s&egrave;rent, en ville, dans certains m&eacute;tiers. L&rsquo;essor d&eacute;mographique cons&eacute;cutif &agrave; la coloni&shy;sation provoqua l&rsquo;arriv&eacute;e massive des montagnards berb&eacute;rophones dans les plaines mises en culture et dans les villes. Ce mouvement aurait pu entra&icirc;ner une sorte de reconqu&ecirc;te linguistique et culturelle aux d&eacute;pens de l&rsquo;arabe, or il n&rsquo;en fut rien. Bien au contraire, le Berb&egrave;re arrivant en pays arabe, qu&rsquo;il soit Kabyle, Rifain, Chleuh ou Chaoui (aurasien), abandonne sa langue et souvent ses coutumes, tout en les retrou&shy;vant ais&eacute;ment lorsqu&rsquo;il retourne au pays.<\/p>\n<p>\n\tCette disponibilit&eacute; des masses berb&egrave;res est d&rsquo;autant plus remarquable qu&rsquo;elles constituent la quasi totalit&eacute; du peuplement, qu&rsquo;elles soient arabis&eacute;es ou non. Par leur venue dans le plat pays et dans les villes, les montagnards des zones berb&eacute;rophones, qui demeurent les grands r&eacute;servoirs d&eacute;mographiques du Maghreb, contribuent &agrave; d&eacute;velopper ce ph&eacute;nom&egrave;ne paradoxal qu&rsquo;est l&rsquo;arabisation de l&rsquo;Afrique du Nord. Les pays du Maghreb ne cessent de voir la part de sang arabe, d&eacute;j&agrave; infime, se r&eacute;duire &agrave; mesure qu&rsquo;ils s&rsquo;arabisent culturellement et linguistiquement.<\/p>\n<p>\n\t<span class=\"style_waz_texte_show\">Revue de l&rsquo;Occident musulman et de la M&eacute;diterran&eacute;e, n&deg;35, Aix-en-Provence, 1983, pp. 7-24.<\/span><\/p>\n<hr noshade=\"noshade\" \/>\n<p>\n\t[1]&nbsp;Cette question a &eacute;t&eacute; maintes fois trait&eacute;e, en dernier lieu par Ch. E. Dufourcq, &laquo; Berb&eacute;rie et Ib&eacute;rie m&eacute;di&eacute;vales, un probl&egrave;me de rupture &raquo;,&nbsp;Revue historique, 488, oct.-d&eacute;c. 1968, pp. 293-324. Cette &eacute;tude, d&rsquo;une grande perspicacit&eacute;, de notre regrett&eacute; coll&egrave;gue succ&egrave;de &agrave; de nombreux essais, tant ceux d&rsquo;E. F. Gautier dans&nbsp;Le pass&eacute; de l&rsquo;Afrique du Nord, Payot, Paris 1937, que de W. Mar&ccedil;ais, &laquo; Comment l&rsquo;Afrique du Nord a &eacute;t&eacute; arabis&eacute;e &raquo;,&nbsp;Annales de l&rsquo;Instit. d&rsquo;&eacute;tud. orient. d&rsquo;Alger, t. IV, 1938, pp. 1-2 et t. XIV, 1956, pp. 6-17, de Ch. Courtois, &laquo; De Rome &agrave; l&rsquo;islam &raquo;,&nbsp;Revue africaine, t. 86, 1942, pp. 24-55 et surtout de G. Mar&ccedil;ais,&nbsp;La Berb&eacute;rie musulmane et l&rsquo;Orient au Moyen &Acirc;ge, Paris, Aubier, 1946.<\/p>\n<p>\n\t[2]&nbsp;On ne saurait cependant brosser un tableau trop d&eacute;sol&eacute; de l&rsquo;Africa &agrave; la fin de l&rsquo;Antiquit&eacute;, ni exag&eacute;rer les d&eacute;pr&eacute;dations des Berb&egrave;res nomades tels que les Austoriani, Arzuges, Levathae ou Laguantan, futur Louata des auteurs arabes. Les olivettes n&rsquo;ont pas compl&egrave;tement disparu en un ou deux si&egrave;cles ; l&rsquo;existence d&rsquo;huileries ou de pressoirs isol&eacute;s dans les villes ruin&eacute;es apportent la preuve du maintien d&rsquo;une production ol&eacute;icole : nous citerons comme exemple la petite huilerie, d&rsquo;&eacute;poque certainement tr&egrave;s tardive, construite sur le dallage d&rsquo;une rue de Suffetula, ou le pressoir &eacute;tabli dans les ruines du capitole de Thuburbo Majus. On conna&icirc;t l&rsquo;anecdote, rapport&eacute;e par Ibn al-H&rsquo;akam (trad. G&acirc;teau, Alger, Carbonnel, 1942, p. 43), qu&rsquo;au moment de l&rsquo;exp&eacute;dition d&rsquo;Ibn Sa&rsquo;d, celui-ci s&rsquo;&eacute;tonnait de l&rsquo;abondance de l&rsquo;argent monnay&eacute; chez les habitants de l&rsquo;Africa. &laquo;&nbsp;D&rsquo;o&ugrave; cela vous vient-il ?&nbsp;&raquo;, demanda Ibn S&acirc;&rsquo;d ; l&rsquo;un des Africains se mit alors &agrave; fureter comme s&rsquo;il cherchait quelque objet. Il trouva enfin une olive et la montrant &agrave; Ibn Sa&rsquo;d : &laquo;&nbsp;Voici, dit-il, la source de notre argent&nbsp;&raquo;. Sur l&rsquo;importance de la culture de l&rsquo;olivier dans l&rsquo;Afrique romaine, voir H. Camps-Fabrer,&nbsp;L&rsquo;olivier et l&rsquo;huile dans l&rsquo;Afrique romaine, Alger, 1953.<\/p>\n<p>\n\t[3]&nbsp;Ch. Courtois,&nbsp;Les Vandales et l&rsquo;Afrique, Paris, 1955, p. 350, fixe avant 523 cette premi&egrave;re manifestation des nomades sahariens en Byzac&egrave;ne. Le chameau, au moins celui de b&acirc;t, mais gu&egrave;re le m&eacute;hari, &eacute;tait connu en Afrique ant&eacute;rieurement &agrave; ces incursions, comme le prouve, entre autres, la mention, dans les Tablettes Albertini, d&rsquo;une &laquo; via de camellos &raquo; dans le secteur de Tebessa-Thelepte (cf. Ch. Courtois, L. Leschi, Ch. Perret, Ch. Saumagne et J. P. Miniconi,&nbsp;Tablettes Albertini. Actes priv&eacute;s de l&rsquo;&eacute;poque vandale&nbsp;(fin du Ve&nbsp;si&egrave;cle), Paris, A.M.G., 1952). Le tarif de Rades, malheureusement non dat&eacute;, fixe &agrave; 5 folles la taxe per&ccedil;ue sur un chamelier accompagn&eacute; d&rsquo;un chameau charg&eacute; (C.I.L., VIII 24512).<\/p>\n<p>\n\t[4]&nbsp;II est tr&egrave;s difficile de d&eacute;terminer le pourcentage des Berb&egrave;res christianis&eacute;s par rapport &agrave; la population totale. Les sources arabes permettent cependant certaines approximations. On retiendra qu&rsquo;El-Bekri (traduction de Slane,&nbsp;Description de l&rsquo;Afrique septentrionale, Alger, 1913, p. 74), parlant il est vrai de l&rsquo;Ifriq&icirc;ya, dit qu&rsquo;&agrave; l&rsquo;&eacute;poque byzantine les Berb&egrave;res professaient le christianisme. Ces Berb&egrave;res christianis&eacute;s et romanis&eacute;s furent soumis au kharadj en tant qu&rsquo;infid&egrave;les par H&rsquo;assan ben an-Nu&rsquo;m&acirc;n (Ibn el-Hakam,&nbsp;Conqu&ecirc;te de l&rsquo;Afrique du Nord et de l&rsquo;Espagne, traduction A. G&acirc;teau, Alger, 1942, p. 77). Ce m&ecirc;me texte apporte pour l&rsquo;&eacute;poque de la conqu&ecirc;te un renseignement tr&egrave;s pr&eacute;cieux&nbsp;: &laquo;&nbsp;des Berb&egrave;res qui professaient le christianisme, des Branis pour la plupart et un petit nombre de Botr&nbsp;&raquo;. Les Botr (Louata, Z&eacute;n&egrave;tes&hellip;) &eacute;taient rest&eacute;s en majorit&eacute; pa&iuml;ens (Corripus,&nbsp;Johannide, passim), une partie avait &eacute;t&eacute; juda&iuml;s&eacute;e (G. Camps, &laquo;&nbsp;R&eacute;flexions sur l&rsquo;origine des juifs des r&eacute;gions nord-sahariennes&nbsp;&raquo;.&nbsp;Communaut&eacute;s juives des marges sahariennes du Maghreb, Institut Ben Zvi, J&eacute;rusalem, 1982, pp. 57-67), mais ils furent aussi les plus rapidement islamis&eacute;s.<\/p>\n<p>\n\t[5]&nbsp;Je ne partage pas l&rsquo;opinion de Ch. Courtois sur les nombreux royaumes maures qu&rsquo;il propose de situer entre la Tingitane et la Tripolitaine (Les Vandales et l&rsquo;Afrique, pp. 333-348&nbsp;: Royaume d&rsquo;Altava, royaume de l&rsquo;Ouarsenis, royaume de la Dorsale, royaume de Cabaon, etc.). Je pense que ces royaumes &eacute;taient &agrave; la fois moins nombreux, plus &eacute;tendus et par cons&eacute;quent, mieux organis&eacute;s et plus puissants. Masuna devait r&eacute;gner, comme je me propose de le montrer un jour, sur les royaumes d&rsquo;Altava et de l&rsquo;Ouarsenis. On trouvera une opinion tr&egrave;s diff&eacute;rente de celle de C. Courtois chez E. Dufourcq, &laquo;&nbsp;Berb&eacute;rie et Ib&eacute;rie m&eacute;di&eacute;vales&hellip;&nbsp;&raquo;,Revue historique, 1968, pp. 293-324. Sur Masties, voir J. Carcopino, &laquo;&nbsp;Un empereur maure inconnu&nbsp;&raquo;,&nbsp;Revue des &eacute;tudes anciennes, t. XL VIII, 1944, pp. 94-120 et id., &laquo;&nbsp;Encore Masties l&rsquo;empereur maure inconnu&nbsp;&raquo;,Revue africaine, t. C, 1956, pp. 339-348. Ch. E. Dufourcq accorde une importance, &agrave; mon sens exag&eacute;r&eacute;e, &agrave; ce personnage,&nbsp;l. l.&nbsp;p. 296.<\/p>\n<p>\n\t[6]&nbsp;Ch. Diehl,&nbsp;L&rsquo;Afrique byzantine, Paris, 1898.<\/p>\n<p>\n\t[7]&nbsp;Ch. Courtois, L. Leschi, Ch. Perrat, Ch. Saumagne et P. Miniconi,&nbsp;Tablettes Albenini, Actes priv&eacute;s de l&rsquo;&eacute;poque vandale&nbsp;(fin du Ve&nbsp;si&egrave;cle), Paris, A.M.G., 1952.<\/p>\n<p>\n\t[8]&nbsp;La date de la fondation de Kairouan et l&rsquo;emplacement exact du premier &eacute;tablissement pr&ecirc;tent &agrave; discussion. Un premier &laquo;&nbsp;qa&iuml;rawan&nbsp;&raquo; avait &eacute;t&eacute; fond&eacute; par Moawia ibn Hodeidj, alors que, suivant le r&eacute;cit rapport&eacute; par Ibn Abd el-H&rsquo;aqam, Oqba conqu&eacute;rait les principales villes du Fezzan. Ab&ucirc;l Muh&acirc;jir b&acirc;tit lui-m&ecirc;me une autre ville, &agrave; deux milles du Kairouan d&rsquo;Oqba. Voir H. Abdul-Wahab, &laquo;&nbsp;Sur l&rsquo;emplacement de Qa&iuml;rawan&nbsp;&raquo;,&nbsp;Revue tunisienne, num&eacute;ro 41-42, 1940, pp. 51-53.<\/p>\n<p>\n\t[9]&nbsp;D&rsquo;apr&egrave;s Ibn Abd el-H&rsquo;aqam, ayant pouss&eacute; son cheval jusqu&rsquo;&agrave; ce que l&rsquo;eau lui baign&acirc;t le poitrail, Oqba s&rsquo;&eacute;cria&nbsp;: &laquo;&nbsp;Mon Dieu, je vous prends &agrave; t&eacute;moin&nbsp;! Il m&rsquo;est impossible d&rsquo;aller plus avant, mais si je trouvais un passage, je poursuivrais ma chevauch&eacute;e&nbsp;&raquo; (traduction A. G&acirc;teau, p. 69).<\/p>\n<p>\n\t[10]&nbsp;L&rsquo;emplacement de cette bataille ne doit pas servir &agrave; fixer les limites du &laquo;&nbsp;royaume&nbsp;&raquo; de Koceila. La tribu des Aour&eacute;ba &eacute;tait &eacute;tablie dans les confins de l&rsquo;Alg&eacute;rie et du Maroc, dans la r&eacute;gion de Tlemcen, o&ugrave; Koceila avait &eacute;t&eacute; fait prisonnier et s&rsquo;&eacute;tait converti, pour la deuxi&egrave;me fois, &agrave; l&rsquo;Islam (Ibn Khaldoun, traduction de Slane, t. I, p. 211). D&rsquo;apr&egrave;s une ing&eacute;nieuse supposition de Ch. E. Dufourcq (&laquo;&nbsp;La coexistence des chr&eacute;tiens et des musulmans dans Al-Andalus et dans le Maghrib au Xe&nbsp;si&egrave;cle&nbsp;&raquo;,&nbsp;Occident et Orient,&nbsp;Congr&egrave;s de Dijon, Paris 1979, pp. 209-234&nbsp;: p. 222, num&eacute;ro 19), Koceila portait un nom latin&nbsp;: Caecilius, d&eacute;form&eacute; par les Arabes.<\/p>\n<p>\n\t[11]&nbsp;D&rsquo;apr&egrave;s Ibn Khaldoun, Hassan ben Noman, une premi&egrave;re fois vaincu par la Kah&eacute;na, revint en Ifriq&icirc;ya avec des renforts en 74 de l&rsquo;H&eacute;gire (693-694). La politique de la terre br&ucirc;l&eacute;e pratiqu&eacute;e par la reine Djeraoua aurait, selon l&rsquo;auteur, provoqu&eacute; la d&eacute;sunion qu&rsquo;Hassan sut attiser&hellip; Ces p&eacute;rip&eacute;ties exigent plusieurs mois sinon des ann&eacute;es. Ch. E. Dufourcq, se fondant sur d&rsquo;autres traditions, pense que la mort de la Kah&eacute;na se situerait plut&ocirc;t en 702-703,&nbsp;l. l., p. 308.<\/p>\n<p>\n\t[12]&nbsp;J&rsquo;ai peine &agrave; souscrire &agrave; l&rsquo;opinion de Ch. E. Dufourcq,&nbsp;l. l., p. 297, qui veut que tous les Berb&egrave;res formaient, au moment de la conqu&ecirc;te &laquo;&nbsp;une vaste conf&eacute;d&eacute;ration&nbsp;&raquo; sur laquelle, tant&ocirc;t une tribu br&acirc;nis, tant&ocirc;t une tribu botr &laquo;&nbsp;exer&ccedil;ait l&rsquo;autorit&eacute; supr&ecirc;me&nbsp;&raquo;.<\/p>\n<p>\n\t[13]&nbsp;W. Mar&ccedil;ais, &laquo;&nbsp;Comment l&rsquo;Afrique du Nord a &eacute;t&eacute; arabis&eacute;e&nbsp;&raquo;,&nbsp;Annales de l&rsquo;Institut d&rsquo;&eacute;tudes orientales d&rsquo;Alger, t. IV, 1938, pp. 1-22 et t. XIV, 1956, pp. 6-17.<\/p>\n<p>\n\t[14]&nbsp;Ibn Khaldoun affirme que les Berb&egrave;res abjur&egrave;rent l&rsquo;Islam 12 fois avant de se convertir d&eacute;finitivement (traduction de Slane, t. I, p. 215), mais ces apostasies, sans doute celles de chefs comme Koceila, se succ&egrave;dent &agrave; un rythme tr&egrave;s rapide puisque, suivant le m&ecirc;me auteur, la conversion &laquo;&nbsp;d&eacute;finitive&nbsp;&raquo; &eacute;tait acquise au moment de la conqu&ecirc;te de l&rsquo;Espagne. Il &eacute;crit m&ecirc;me qu&rsquo;en 101 de l&rsquo;H&eacute;gire (719-720) &laquo;&nbsp;le reste des Berb&egrave;res embrassa l&rsquo;Islamisme&nbsp;&raquo;. Ces affirmations doivent &ecirc;tre temp&eacute;r&eacute;es, car les preuves ne manquent pas, jusqu&rsquo;au XIe&nbsp;si&egrave;cle, du maintien de chr&eacute;tiennet&eacute;s, voire d&rsquo;&eacute;v&ecirc;ch&eacute;s, au Maghreb, cf.&nbsp;infra.<\/p>\n<p>\n\t[15]&nbsp;Le rib&acirc;t, dans sa forme primitive, carr&eacute;e et flanqu&eacute;e de tours, reproduit assez fid&egrave;lement le mod&egrave;le des forteresses byzantines (A. Lezine,&nbsp;Le rib&acirc;t de Sousse, suivi de notes sur le rib&acirc;t de Monastir, Notes et documents, XIV, Tunis, 1956&nbsp;: G. Mar&ccedil;ais, &laquo;&nbsp;Les Rib&acirc;t de Sousse et de Monastir d&rsquo;apr&egrave;s A. Lezine&nbsp;&raquo;,&nbsp;Les Cahiers de Tunisie, num&eacute;ro 13, 1956, pp. 127-135). L&rsquo;&eacute;tude la plus p&eacute;n&eacute;trante sur les rib&acirc;t d&rsquo;Occident me para&icirc;t &ecirc;tre celle de G. Mar&ccedil;ais, &laquo;&nbsp;Notes sur les Rib&acirc;t en Berb&eacute;rie&nbsp;&raquo;,&nbsp;M&eacute;langes Andr&eacute; Basset, t. II, 1925, pp. 395-450.<\/p>\n<p>\n\t[16]&nbsp;C&rsquo;est par abus de langage que le nom des Guanches a &eacute;t&eacute; &eacute;tendu &agrave; l&rsquo;ensemble des populations canariennes. &Agrave; l&rsquo;origine, Guanche (Guan-chinec) signifiait &laquo;&nbsp;habitant de Tenerife&nbsp;&raquo; (Espinosa,&nbsp;Historia de nuestra Sen&otilde;ra de Candeleria, Tenerife, 1962). Guan est manifestement l&rsquo;&eacute;quivalent du berb&egrave;re wan qui signifie &laquo;&nbsp;celui de&hellip;&nbsp;&raquo;.<\/p>\n<p>\n\t[17]&nbsp;J. Carcopino, &laquo;&nbsp;Un empereur maure inconnu&nbsp;&raquo;,&nbsp;Revue des &eacute;tudes anciennes, t. XLVIII, 1944, pp. 94-120 ; id., &laquo;&nbsp;Encore Mastios, l&rsquo;empereur maure inconnu&nbsp;&raquo;,&nbsp;Revue africaine, t. C, 1956, pp. 339-348.<\/p>\n<p>\n\t[18]&nbsp;C.I.L., VIII, 8379 et 20216.<\/p>\n<p>\n\t[19]&nbsp;Sur les Djedar, on consultera en particulier R. de la Blanch&egrave;re, &laquo;&nbsp;Voyage d&rsquo;&eacute;tude en Maur&eacute;tanie c&eacute;sarienne&nbsp;&raquo;, Archives des Missions, IIIe&nbsp;s&eacute;rie, t. X, 1883, pp. 1-131&nbsp;; S. Gsell,&nbsp;Les monuments antiques de l&rsquo;Alg&eacute;rie, t. II, pp. 418-427, et surtout la th&egrave;se de F. Khadra (Aix, 1974) qui fait suite &agrave; d&rsquo;importants travaux de d&eacute;gagement et de fouilles.<\/p>\n<p>\n\t[20]&nbsp;P. Grierson, &laquo;&nbsp;Mathasuntha or Mastinas, a reattribution&nbsp;&raquo;, Numismatic Chronicle, 6e&nbsp;s&eacute;rie, XIX, 1959, pp. 119-130.<\/p>\n<p>\n\t[21]&nbsp;Corippus,&nbsp;Johannide, II, 106 et sq.<\/p>\n<p>\n\t[22]&nbsp;Johanes Biclarensis, &eacute;dition Mommsen,&nbsp;Monumenta germ. hist. Script, antiq., XI, 1. Ch. Diehl,&nbsp;L&rsquo;Afrique byzantine, pp. 327-328.<\/p>\n<p>\n\t[23]&nbsp;Contrairement &agrave; ce que pensait Ch. Diehl, il ne semble pas que les Maccuritae soient des Maures. Le fait qu&rsquo;ils aient offert une girafe au Basileus invite &agrave; les situer plut&ocirc;t en Afrique orientale qu&rsquo;en Maur&eacute;tanie C&eacute;sarienne.<\/p>\n<p>\n\t[24]&nbsp;A. Mahjoubi, &laquo;&nbsp;Nouveau t&eacute;moignage &eacute;pigraphique&nbsp;&raquo;,&nbsp;Africa, t. I, 1966, pp. 87-96.<\/p>\n<p>\n\t[25]&nbsp;P. A. F&eacute;vrier, &laquo;&nbsp;&Eacute;volution des formes de l&rsquo;&eacute;crit en Afrique du Nord &agrave; la fin de l&rsquo;Antiquit&eacute; et durant le Haut Moyen &Acirc;ge&nbsp;&raquo;,&nbsp;Academia dei Lincei, num&eacute;ro 105, 1968, pp. 211-216. G. Gualandi, &laquo;&nbsp;La presenza cristina nell&rsquo; Ifriq&icirc;ya. L&rsquo;Area cimiteriale di En-Ngila (Tripoli)&nbsp;&raquo;&nbsp;F&eacute;lix Ravenna, CV-CVI, 1973, pp. 257-259.<\/p>\n<p>\n\t[26]&nbsp;T. Lewicki, &laquo;&nbsp;Une communaut&eacute; chr&eacute;tienne dans l&rsquo;oasis de Ouargla au Xe&nbsp;si&egrave;cle&nbsp;&raquo;,&nbsp;&Eacute;tudes maghr&eacute;bines et soudanaises, 1976, pp. 79-90.<\/p>\n<p>\n\t[27]&nbsp;Ch. Courtois, &laquo;&nbsp;Gr&eacute;goire VII et l&rsquo;Afrique du Nord&nbsp;&raquo;,&nbsp;Revue historique, t. CXCV, 1945, pp. 97-122 et 193 -226.<\/p>\n<p>\n\t[28]&nbsp;H. R. Idriss, &laquo;&nbsp;F&ecirc;tes chr&eacute;tiennes c&eacute;l&eacute;br&eacute;es en Ifriq&icirc;ya &agrave; l&rsquo;&eacute;poque ziride (IVe&nbsp;si&egrave;cle de l&rsquo;H&eacute;gire &ndash; Xe&nbsp;si&egrave;cle apr&egrave;s J.-C.)&nbsp;&raquo;.&nbsp;Revue africaine, t. XCVIII, 1954, pp. 221-276.<\/p>\n<p>\n\t[29]&nbsp;Ch. E. Dufourcq, &laquo;&nbsp;La coexistence des chr&eacute;tiens et des musulmans dans Al-Andalus et dans le Maghrib au Xe&nbsp;si&egrave;cle&nbsp;&raquo;,&nbsp;Occident et Orient, Congr&egrave;s de Dijon, Paris, 1979, pp. 209-234.<\/p>\n<p>\n\t[30]&nbsp;T. Lewicki, &laquo;&nbsp;Une langue romane oubli&eacute;e de l&rsquo;Afrique du Nord. Observations d&rsquo;un arabisant&nbsp;&raquo;,&nbsp;Rocznik orientalistyczny, t. XVII, 1953, pp. 415-480. T. Canard, &laquo;&nbsp;Les travaux de T. Lewicki concernant le Maghreb&nbsp;&raquo;,Revue africaine, t. CIII, 1959, pp. 356-371.<\/p>\n<p>\n\t[31]&nbsp;Ch. E. Dufourcq, &laquo;&nbsp;La coexistence des chr&eacute;tiens et des musulmans&hellip;&nbsp;&raquo;&nbsp;Id., &laquo;&nbsp;Berb&eacute;rie et Ib&eacute;rie&hellip;&nbsp;&raquo;.<\/p>\n<p>\n\t[32]&nbsp;W. Mar&ccedil;ais, &laquo;&nbsp;Comment l&rsquo;Afrique du Nord a &eacute;t&eacute; arabis&eacute;e&nbsp;&raquo;,&nbsp;Annales de l&rsquo;Institut d&rsquo;&eacute;tudes orientales d&rsquo;Alger, t. XIV, 1956, pp. 6-17.<\/p>\n<p>\n\t[33]&nbsp;Malgr&eacute; la prudence exag&eacute;r&eacute;e de certains, il est difficile de rejeter l&rsquo;identit&eacute; des Ketama, des (U)cutamii (C.I.L., VIII, 8379 et 20216) et des Koidamousioi (Ptol&eacute;m&eacute;e) qui, &agrave; travers les si&egrave;cles, occupent la m&ecirc;me r&eacute;gion. Voir G. Camps, &laquo;&nbsp;Une fronti&egrave;re inexpliqu&eacute;e, la limite de la Berb&eacute;rie orientale de la Protohistoire au Moyen &Acirc;ge&nbsp;&raquo;,&nbsp;M&eacute;langes offerts &agrave; Jean Despois, Maghreb et Sahara, 1973, pp. 59-67. L. Golvin,&nbsp;Le Magrib central &agrave; l&rsquo;&eacute;poque des Zirides. Recherches d&rsquo;arch&eacute;ologie et d&rsquo;histoire, Paris., A.M.G., 1957, pp. 23-26 et 51.<\/p>\n<p>\n\t[34]&nbsp;L. Saada, &laquo;&nbsp;Un type d&rsquo;archive. Les chansons de geste&nbsp;&raquo;,&nbsp;Communaut&eacute;s juives des marges sahariennes du Maghreb, Institut Ben Zvi, J&eacute;rusalem, 1982, pp. 25-38. G. Camps, &laquo;&nbsp;R&eacute;flexions sur l&rsquo;origine des Juifs des r&eacute;gions nord-sahariennes&nbsp;&raquo;,&nbsp;ibid., pp. 57-67.<\/p>\n<p>\n\t[35]&nbsp;Ces adoptions et alliances sont confirm&eacute;es au Maroc par des pactes de &laquo;&nbsp;tata&nbsp;&raquo;, qui &eacute;tablissent entre les groupes des liens de parent&eacute; fictive qui sont per&ccedil;us avec tant de force que cette parent&eacute; est consid&eacute;r&eacute;e comme r&eacute;elle, au point que les mariages sont interdits entre les deux groupes r&eacute;unis par le pacte. Cette parent&eacute; est affirm&eacute;e par des gestes symboliques, en particulier celui de la colactation&nbsp;: au cours d&rsquo;un repas de communion est consomm&eacute; du couscous arros&eacute; de lait de femme, au m&ecirc;me moment les femmes qui allaitent &eacute;changent entre les deux groupes leurs nourrissons. Voir G. Marcy, &laquo;&nbsp;L&rsquo;alliance par colactation (t&acirc;d&rsquo;a) chez les Berb&egrave;res du Maroc central&nbsp;&raquo;,&nbsp;Deuxi&egrave;me congr&egrave;s de la F&eacute;d&eacute;ration des soci&eacute;t&eacute;s savantes du Nord, Tlemcen, 1936, p. 17.<\/p>\n<p>\n\t[36]&nbsp;Sur l&rsquo;organisation complexe mais fort sage du pouvoir chez les A&iuml;t &lsquo;Atta, voir D. M. Hart, &laquo;&nbsp;Segmentary System and the role of &lsquo;five fifths&rsquo; in tribal Morocco, case II&nbsp;: The A &lsquo;Atta&nbsp;&raquo;,&nbsp;Revue de l&rsquo;Occident musulman et de la M&eacute;diterran&eacute;e, t. 3, 1967, pp. 65-95&nbsp;; et M. Morin-Berbe et G. Tr&eacute;colle, &laquo;&nbsp;&rsquo;Atta (A&iuml;t &lsquo;Atta)&nbsp;&raquo;,&nbsp;Encyclop&eacute;die berb&egrave;re, &eacute;dition provisoire, Aix, 1975, cahier num&eacute;ro 14.<\/p>\n<p>\n\t[37]&nbsp;W. Mar&ccedil;ais,&nbsp;l. l., p. 7.<\/p>\n<p>\n\t[38]&nbsp;G. Camps, &laquo;&nbsp;Une fronti&egrave;re inexpliqu&eacute;e&hellip;&nbsp;&raquo;, p. 65.<\/p>\n<p>\n\t[39]&nbsp;J. Despois, &laquo;&nbsp;La culture en terrasse en Afrique du Nord&nbsp;&raquo;,&nbsp;Annales, janvier-mars 1956, pp. 42-50.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Comment la Berb&egrave;rie est devenue le Maghreb Arabe &nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":18664,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[53,39,38,19,18,40,28,55,167,60,191,26,13,9,1],"tags":[],"class_list":["post-8143","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-afrique","category-afrique-du-nord","category-espagne","category-europe","category-histoire","category-liban","category-maroc","category-proche-orient","category-rabat","category-rome","category-sahara","category-syrie","category-tunis","category-tunisie","category-uncategorized"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8143","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=8143"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8143\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/media\/18664"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=8143"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=8143"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=8143"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}