{"id":8355,"date":"2014-03-03T23:46:55","date_gmt":"2014-03-03T23:46:55","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=8355"},"modified":"2014-03-03T23:46:55","modified_gmt":"2014-03-03T23:46:55","slug":"ukraine-comprendre-nest-pas-juger","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/ukraine-comprendre-nest-pas-juger\/","title":{"rendered":"Ukraine : comprendre n\u2019est pas juger"},"content":{"rendered":"<p>\n\t<strong><u>Ukraine&nbsp;: comprendre n&rsquo;est pas juger&nbsp;<\/u><\/strong><u>(info # 010303\/14)&nbsp;<\/u><u>[Analyse]<\/u><\/p>\n<p>\n\tPar St&eacute;phane Juffa &copy;Metula News Agency<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tIl existerait des logiques strat&eacute;giques diff&eacute;rentes suivant l&rsquo;endroit o&ugrave; l&rsquo;on se trouve. Cette proposition qui semble triviale est toutefois beaucoup plus complexe qu&rsquo;il n&rsquo;y para&icirc;t, vu que l&rsquo;analyse que nous pratiquons se veut &ecirc;tre une science, et que le propre d&rsquo;une science, entre autres, est de s&rsquo;articuler sur des consid&eacute;rants universels.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tIl nous reste ainsi, en observant la crise ukrainienne, &agrave; en extraire les fondamentaux communs, faute de quoi nous aurons failli &agrave; notre t&acirc;che consistant &agrave; fournir des cl&eacute;s de compr&eacute;hension &agrave; l&rsquo;attitude des Etats, des arm&eacute;es et des dirigeants politiques.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tEt nous commen&ccedil;ons par nous gratter la t&ecirc;te en essayant de comprendre la raison qui a pouss&eacute; Vladimir Poutine &agrave; envahir militairement la Crim&eacute;e&nbsp;; nous poursuivons avec l&rsquo;interrogation, plus urgente encore, que tous les experts &eacute;tudient, &agrave; savoir s&rsquo;il va lancer ses troupes &agrave; la conqu&ecirc;te de l&rsquo;Ukraine. Puis, si tel est son projet, s&rsquo;il leur donnera l&rsquo;ordre de s&rsquo;arr&ecirc;ter aux confins des territoires majoritairement russophones, ou s&rsquo;il ingurgitera le pays dans son enti&egrave;ret&eacute;, en poussant un grand rot de moujik pour ponctuer son repas.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tA nous aussi de faire acte d&rsquo;humilit&eacute;, en avouant que la M&eacute;na n&rsquo;a aucun correspondant en Ukraine et que notre &eacute;quipe d&rsquo;investigateurs strat&eacute;giques se trouve ainsi contrainte de faire ce que nous d&eacute;testons, c&rsquo;est-&agrave;-dire baser notre analyse sur les constatations factuelles &eacute;tablies par d&rsquo;autres. Mais il faut &ecirc;tre franc pour informer correctement et reconna&icirc;tre que, pour le moment, l&rsquo;Ukraine ne fait pas partie de nos terrains de chasse privil&eacute;gi&eacute;s.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tCela pose probl&egrave;me car la couverture propos&eacute;e par les confr&egrave;res ne satisfait pas notre curiosit&eacute;. Comme c&rsquo;est le cas pour les conflits que nous pensons ma&icirc;triser, l&rsquo;information manque singuli&egrave;rement de profondeur. Elle est caricaturale et superficielle et omet des &eacute;l&eacute;ments essentiels. Elle est st&eacute;rile, sans les enracinements historique, politique et social qui prof&egrave;rent les odeurs indispensables pour comprendre les r&eacute;alit&eacute;s sp&eacute;cifiques d&rsquo;un diff&eacute;rend&nbsp;; elle ne permet pas aux consommateurs d&rsquo;infos de diff&eacute;rencier entre le cas ukrainien et celui de la G&eacute;orgie ou de la Tch&eacute;tch&eacute;nie par exemple.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tCeci est sans doute d&ucirc; &agrave; cette d&eacute;testable propension manich&eacute;enne de la presse occidentale&nbsp;<em>main stream<\/em>&nbsp;: plus que de prendre la peine de gratter les apparences, elle s&rsquo;empresse de choisir les bons et les m&eacute;chants. Il est vrai que le narratif qu&rsquo;elle propose doit &ecirc;tre consommable par tous, et, &agrave; force de nivellements par le bas, on verse presque in&eacute;vitablement dans le parti-pris insignifiant, on suit les &eacute;v&egrave;nements chaque fois surpris qu&rsquo;ils adviennent, et on trahit sa fonction d&rsquo;informateur.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tMais cessons un peu de nous plaindre&nbsp;car nous disposons tout de m&ecirc;me des &eacute;l&eacute;ments n&eacute;cessaires pour nous faire une raison. M&ecirc;me s&rsquo;ils ne proviennent pas forc&eacute;ment des reportages t&eacute;l&eacute;vis&eacute;s ou des articles des coll&egrave;gues. Merci le t&eacute;l&eacute;phone, les t&eacute;moignages d&rsquo;Ukrainiens et les ouvrages de sp&eacute;cialistes, et ceux-ci ne manquent pas.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tA propos des Ukrainiens, nous avons l&rsquo;embarras du choix, y compris &agrave; M&eacute;tula. Il est vrai qu&rsquo;&agrave; la &quot;d&eacute;communisation&quot;, d&eacute;but des ann&eacute;es quatre-vingt-dix, il en est arriv&eacute; pr&egrave;s de 300 000 en Isra&euml;l et qu&rsquo;avec ceux qui les y ont pr&eacute;c&eacute;d&eacute;s, on en compte 600 000 parmi nous. Ils ont profond&eacute;ment marqu&eacute; l&rsquo;histoire et la culture isra&eacute;lienne, &agrave; l&rsquo;instar des &quot;auteurs nationaux&quot;, le Prix Nobel Sha&iuml; Agnon et Ha&iuml;m Nahman Bialik, ou de notre grand-m&egrave;re &agrave; tous, Golda Me&iuml;r, qui a vu le jour &agrave; Kiev.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tOr nos amis isra&eacute;lo-ukrainiens ont envie de parler. De plus, ils ont tous un fr&egrave;re ou une m&egrave;re rest&eacute;s au pays, pour lesquels ils sont tenaill&eacute;s par l&rsquo;angoisse.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tAvant la Seconde Guerre Mondiale, environ trois millions d&rsquo;Isra&eacute;lites vivaient en Ukraine&nbsp;; dans les grandes villes, Kiev, Dnipropetrovsk, Donetsk, Kharkov, Tchernivtsi, Lvov et Odessa, ils repr&eacute;sentaient, depuis l&rsquo;or&eacute;e du XX<sup>&egrave;me<\/sup>&nbsp;si&egrave;cle, un solide tiers de la population&nbsp;; et pendant de br&egrave;ves p&eacute;riodes, dans certaines de ces cit&eacute;s, plus de la moiti&eacute;. Entre 1900 et 1941, ce sont eux qui constituaient la plus importante des communaut&eacute;s de ce pays, largement avant les Russes et les Ukrainiens qui se d&eacute;chirent aujourd&rsquo;hui.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tPlus d&rsquo;un million ont &eacute;t&eacute; massacr&eacute;s durant le conflit mondial, les autres avaient r&eacute;ussi &agrave; fuir. A noter que beaucoup d&rsquo;Ukrainiens &ndash; principalement &agrave; l&rsquo;Ouest, parmi ceux qui aspirent d&eacute;sormais &agrave; devenir europ&eacute;ens &ndash; ont collabor&eacute; au g&eacute;nocide aux c&ocirc;t&eacute;s des Einsatzgruppen allemands.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tLa plupart des Russophones ukrainiens se battaient contre le Reich et ses alli&eacute;s, et les s&eacute;quelles de cette scission demeurent tr&egrave;s actuelles, au point qu&rsquo;il est impossible de comprendre ce qui se d&eacute;roule sans en faire mention. Dans l&rsquo;esprit de Poutine et de ses concitoyens, l&rsquo;image des &quot;Ukrainiens&quot; reste celle des collabos d&rsquo;Hitler, de gens qui ont particip&eacute; &agrave; la tentative de les rayer de la surface du globe. Une communaut&eacute; &quot;pas fiable&quot; de &quot;fascistes en puissance et de pogromistes&quot;, me confie une voisine dont le p&egrave;re &eacute;tait commissaire politique dans une fabrique de tracteurs &agrave; l&rsquo;&eacute;poque communiste.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tDe l&agrave; &agrave; amalgamer Europ&eacute;ens d&rsquo;aujourd&rsquo;hui et Allemands d&rsquo;hier, il y a un pas que nombre de Russes franchissent. Cela explique partiellement leur hantise de voir l&rsquo;Union Europ&eacute;enne s&rsquo; &quot;emparer&quot; de Kiev. Quand, comme eux, on a perdu 26 millions de compatriotes (dont 10 millions de militaires) entre 39 et 45, on n&rsquo;est toujours pas, 70 ans plus tard, &quot;compl&egrave;tement logique&quot;.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tA Moscou, me confie Dina, une sociologue de Kiryat Shmona d&rsquo;origine russe, on a fini par &quot;pardonner la trahison des Ukrainiens mais on ne les porte pas pour autant dans son c&oelig;ur, et on ne les place assur&eacute;ment pas au m&ecirc;me niveau g&eacute;n&eacute;ral que nous&quot;. Elle ajoute&nbsp;: &quot;d&rsquo;autant plus qu&rsquo;une grande partie d&rsquo;entre eux n&rsquo;&eacute;prouve aucun remord pour ce que leurs grands-parents ont fait, ils en sont m&ecirc;me fiers, consid&eacute;rant qu&rsquo;ils &eacute;taient des r&eacute;sistants au communisme&quot;.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tDina me dit aussi que les Russes avaient aid&eacute; 250 000 Juifs &agrave; fuir l&rsquo;Ukraine avant m&ecirc;me l&rsquo;Anschluss, et que Staline, en 1941 &ndash; en pleine guerre &ndash; avait s&eacute;rieusement envisag&eacute; de transf&eacute;rer la plupart des Isra&eacute;lites en Crim&eacute;e afin de les &eacute;loigner du p&eacute;ril nazi. D&rsquo;ailleurs, un grand nombre d&rsquo;entre eux s&rsquo;&eacute;taient install&eacute; dans la presque-&icirc;le, qui a failli devenir un Etat d&rsquo;Isra&euml;l avant l&rsquo;heure. Renseignements pris, ce que pr&eacute;tend la sociologue est totalement v&eacute;rifiable.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tLe hic consiste en ce que nombre d&rsquo;<em>Ukrainophones<\/em>&nbsp;n&rsquo;ont effectivement pas honte de leurs affinit&eacute;s nasillonnes, pas plus d&rsquo;ailleurs que de leur antis&eacute;mitisme, si naturel chez eux qu&rsquo;on pourrait croire qu&rsquo;il est h&eacute;r&eacute;ditaire. T&eacute;moin ce parti,&nbsp;<em>Svoboda<\/em>, fond&eacute; en 1991 sous l&rsquo;intitul&eacute; qui ne laisse gu&egrave;re d&rsquo;espace &agrave; l&rsquo;imagination&nbsp;: Parti Social-National Ukrainien. Et le&nbsp;<em>Wolfsangel<\/em>&nbsp;(crochet du loup), le logo qu&rsquo;il a arbor&eacute; jusqu&rsquo;en 2003, ne fait pas non plus myst&egrave;re de ses origines.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t<em>Svoboda<\/em>est l&rsquo;une des cinq composantes de la &quot;r&eacute;volution&quot; qui a chass&eacute; Viktor Yanukovych de la pr&eacute;sidence. Les partisans de&nbsp;<em>Svoboda<\/em>, mi-manifestants, mi-miliciens, &eacute;taient souvent aux avant-postes de ceux qui s&rsquo;opposaient aux cadors du r&eacute;gime. En r&eacute;compense pour son patriotisme, cette formation, qui n&rsquo;admet ni les Isra&eacute;lites ni les Russophones dans ses rangs, s&rsquo;est vu attribuer cinq portefeuilles de ministres dans le gouvernement int&eacute;rimaire. Dont celui de la D&eacute;fense, confi&eacute; &agrave; Igor Tenyukh, un ancien amiral de la flotte militaire ukrainienne.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tCe dernier avait donn&eacute; l&rsquo;ordre &agrave; ses b&acirc;timents, en 2008, de bloquer aux navires russes l&rsquo;acc&egrave;s &agrave; la baie de S&eacute;bastopol &ndash; et donc &agrave; leur base navale en Crim&eacute;e -, en r&eacute;action &agrave; l&rsquo;invasion russe en G&eacute;orgie.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tHeureusement pour les Ukrainiens, aucun accrochage n&rsquo;avait eu lieu entre les deux armadas, mais Poutine s&rsquo;est certainement souvenu de cet &eacute;pisode lorsqu&rsquo;il a lanc&eacute; ses commandos &agrave; l&rsquo;assaut de la presque-&icirc;le. Tout comme il est au courant que selon un sondage d&rsquo;opinions effectu&eacute; en d&eacute;cembre dernier, c&rsquo;est Oleg Tyahnybok, le leader de la formation n&eacute;onazie, qui aurait remport&eacute; les &eacute;lections pr&eacute;sidentielles.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tCertes, Yulia Timoshenko, &agrave; moiti&eacute; juive par son p&egrave;re, Vladimir Abramovich Grigyan, n&eacute; Kapitelman, et farouchement oppos&eacute;e &agrave;&nbsp;<em>Svoboda&nbsp;<\/em>et &agrave; l&rsquo;antis&eacute;mitisme, est &eacute;galement en lice pour les &eacute;lections devant se d&eacute;rouler en mai prochain &ndash; si l&rsquo;Ukraine existe encore &ndash; mais la place prise par les n&eacute;onazis a de quoi soulever une inqui&eacute;tude l&eacute;gitime et pas uniquement chez Poutine.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tCroix gamm&eacute;es, &quot;A mort les Juifs&quot;, sur les synagogues et comme slogans dans les manifestations. Et des vid&eacute;os de passages &agrave; tabac, dans les deux camps, ne sont pas sans rappeler les images d&rsquo;archives des chasses aux Isra&eacute;lites dans les Etats baltes, &agrave; l&rsquo;arriv&eacute;e des Boches, avec des monticules de braves gens assassin&eacute;s en pleine rue par leurs voisins de palier.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tA l&rsquo;Est, &agrave; Donetsk, les victimes d&eacute;j&agrave; ensanglant&eacute;es de ces pr&eacute;-pogromes sont ukrainiennes, &agrave; l&rsquo;Ouest, &agrave; Lvov, russes, et on se demande avec effroi si le monde n&rsquo;a vraiment pas du tout chang&eacute; &quot;apr&egrave;s tout cela&quot;&nbsp;?<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tAvec les survivants juifs, qui servent &agrave; nouveau de boucs &eacute;missaires &agrave; la crise &eacute;conomique, aux retards de versement des allocations familiales et aux cons&eacute;quences de la suspension du pr&ecirc;t russe. On cauchemarde, on peine &agrave; imaginer que l&rsquo;on puisse encore instrumentaliser nos coreligionnaires pour trouver des responsables au malheur.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tIls sont 60 000 officiellement, 250 000, &agrave; en croire les sp&eacute;cialistes du juda&iuml;sme russe en Isra&euml;l, qui prennent en compte ceux, comme Yulia Timoshenko, qui ne sont pas isra&eacute;lites selon la Halakha (les r&egrave;gles rabbiniques). Mais ils sont beaucoup plus nombreux, &agrave; &eacute;couter Ilana, une ancienne pharmacienne, un quart juive (mais juive selon la Halakha) de Kiryat Shmona, originaire de Dnipropetrovsk. A l&rsquo;en croire, il n&rsquo;existe pas une seule famille de sa ville natale qui ne soit copieusement m&eacute;lang&eacute;e aux Juifs et cette situation pr&eacute;vaut dans la plupart des villes d&rsquo;Ukraine. &quot;De ce fait, les antis&eacute;mites peuvent pratiquement traiter n&rsquo;importe qui de&nbsp;<em>zid<\/em>&nbsp;sans risquer de se tromper, Timoshenko doit nier son ascendance pour avoir une chance d&rsquo;&ecirc;tre &eacute;lue, et&quot;, termine Ilana, &quot;c&rsquo;est &agrave; cause des fant&ocirc;mes des Juifs tu&eacute;s durant la Guerre, que la composante isra&eacute;lite est encore si pr&eacute;sente dans le d&eacute;bat politique. L&rsquo;Ukraine est un pays juif en tout cas autant qu&rsquo;Isra&euml;l, et pour longtemps encore&quot;, s&rsquo;amuse Ilana, d&rsquo;un sourire qui se repait de l&rsquo;ind&eacute;l&eacute;bilit&eacute; de l&rsquo;histoire.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tVladimir Poutine n&rsquo;avait aucune raison urgente d&rsquo;envahir la Crim&eacute;e. Personne en Ukraine n&rsquo;avait s&eacute;rieusement l&rsquo;intention &ndash; et encore moins les moyens &ndash; de fermer les ports de la marine militaire russe, seule voie d&rsquo;acc&egrave;s aux oc&eacute;ans, lorsque l&rsquo;hiver, le Golfe de Finlande est pris par les glaces.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tLa population russophone de la presque-&icirc;le est tr&egrave;s majoritaire et ne subissait aucune menace&nbsp;; elle a accueilli les soldats de Poutine fraternellement, presque avec &eacute;tonnement. Les quelques garnisons ukrainiennes sont rest&eacute;es cantonn&eacute;es dans leurs casernements, aucun tir n&rsquo;a retenti et c&rsquo;est bien la preuve que l&rsquo;intervention &eacute;tait inutile.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tMais quand on a l&rsquo;ambition de devenir le tzar de toutes les Russies, et qu&rsquo;on veut faire de la Russie un empire cr&eacute;dible et homog&egrave;ne, on ne peut se laisser emm&hellip;er par les Ukrainiens.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tAucun autre Etat &agrave; notre connaissance n&rsquo;aurait risqu&eacute; une crise &agrave; l&rsquo;&eacute;chelle mondiale pour un enjeu si mince, aucun autre chef d&rsquo;Etat ne se serait lanc&eacute; dans une telle aventure, et aucun autre parlement ne l&rsquo;aurait pl&eacute;biscit&eacute; &agrave; l&rsquo;unanimit&eacute;.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tReste &agrave; savoir si Poutine va tol&eacute;rer que l&rsquo;on d&eacute;tr&ocirc;ne l&rsquo;un de ses alli&eacute;s par la force et depuis la rue. Est-il n&eacute;cessaire de le pr&eacute;ciser, aucun danger ne guette la communaut&eacute; russophone, et, d&rsquo;ailleurs, le ma&icirc;tre du Kremlin n&rsquo;est pas sans ignorer que la g&eacute;ographie des Etats n&rsquo;est pas celle d&eacute;limit&eacute;e par la langue qu&rsquo;on y pratique. A commencer par la Russie.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tMais pourquoi accepter que des Russes soient soumis &agrave; un gouvernement non-russe, r&eacute;miniscent des dogmes racistes de l&rsquo;ancien ennemi qui a failli conqu&eacute;rir Moscou&nbsp;? Pourquoi l&rsquo;accepter si l&rsquo;on poss&egrave;de la force de son c&ocirc;t&eacute;, doubl&eacute;e de l&rsquo;option de remettre &agrave; leur place les Ukraino-pollaks abhorr&eacute;s (il y a aussi un million et demi de locuteurs polonais en Ukraine, pratiquant un parler et une tradition fr&egrave;res de ceux des Ukrainiens)&nbsp;?<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tCe qui est certain est que l&rsquo;ogre russe ne va pas s&rsquo;arr&ecirc;ter aux portes de Kiev s&rsquo;il se d&eacute;cide pour l&rsquo;invasion&nbsp;; ce serait inviter l&rsquo;OTAN &agrave; Kiev et cr&eacute;er un p&eacute;ril l&agrave; o&ugrave; il n&rsquo;existe pas&nbsp;! Ce qui pourrait encore persuader le tzar-pr&eacute;sident de ne pas avaler l&rsquo;Ukraine, c&rsquo;est uniquement le prix politique et &eacute;conomique que cette invasion lui co&ucirc;terait. L&rsquo;Occident d&eacute;tient les moyens de faire r&eacute;fl&eacute;chir Poutine, mais l&rsquo;UE est an&eacute;mique et Obama ne fait personnellement pas le poids, ses priorit&eacute;s sont ailleurs et personne ne les comprend.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tUn sursaut de l&rsquo;Europe et de l&rsquo;alliance de l&rsquo;Atlantique Nord ou Kiev va tomber, la Guerre froide recommencer et la plan&egrave;te revenir cent ans plus t&ocirc;t.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tRarement un aussi grand cataclysme g&eacute;n&eacute;r&eacute; par les hommes n&rsquo;aurait eu d&rsquo;aussi mauvaises raisons. Ajoutez &agrave; celles que nous avons &eacute;voqu&eacute;es, celle, aussi importante pour Poutine, qu&rsquo;il ne d&eacute;sire pas que les Russes, qu&rsquo;il opprime et prive du droit de le contester, ne s&rsquo;imaginent qu&rsquo;un mouvement populaire puisse le renverser. Le bonhomme conna&icirc;t le principe de la contagion en politique, lui qui a aussi bien assimil&eacute; celle des Printemps arabes que celle des Contre-Printemps. Alors autant montrer aux Moscovites, avec lesquels il ne partage pas le fruit de ses revenus colossaux, que les r&eacute;voltes de rues sont condamn&eacute;es &agrave; l&rsquo;&eacute;chec et qu&rsquo;il n&rsquo;h&eacute;site pas &agrave; les &eacute;craser dans le sang si n&eacute;cessaire. En Russie, la dialectique est un art consomm&eacute; &agrave; la port&eacute;e de tous.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tVoil&agrave;, l&rsquo;analyse strat&eacute;gique est bien une discipline universelle apr&egrave;s tout. Ma conclusion&nbsp;? Il ne s&rsquo;agit pas de prendre parti, de plaindre ceux-l&agrave;, d&rsquo;encourager ceux-ci. Le r&eacute;gime &agrave; na&icirc;tre en Ukraine, si Poutine le laisse vivre, pourrait fort bien proc&eacute;der d&rsquo;un monstre raciste, antis&eacute;mite et d&rsquo;extr&ecirc;me droite. Ou d&rsquo;une d&eacute;mocratie europ&eacute;enne, cela se peut aussi et cela d&eacute;pend de pas grand-chose.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tLe rem&egrave;de existe&nbsp;; il n&rsquo;est pas parfait, loin s&rsquo;en faut. Il g&eacute;n&egrave;re tensions, ranc&oelig;urs, violences et animosit&eacute;s. Mais il d&eacute;coule d&rsquo;un principe simple&nbsp;: il est interdit &agrave; tout Etat de franchir la fronti&egrave;re d&rsquo;un autre Etat&nbsp;; sauf s&rsquo;il subit une agression militaire de sa part ou s&rsquo;il peut prouver &agrave; la communaut&eacute; des nations qu&rsquo;une telle agression est imminente et in&eacute;vitable. S&rsquo;il y a une posture qui vaille la peine d&rsquo;&ecirc;tre d&eacute;fendue dans cette histoire, c&rsquo;est bien ce principe, qui peut encore &eacute;viter moult souffrances tr&egrave;s au-del&agrave; du Dniepr, du Prout ou de l&rsquo;Amour. C&rsquo;est cela ou la B&eacute;r&eacute;zina.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ukraine&nbsp;: comprendre n&rsquo;est pas juger&nbsp;(info # 010303\/14)&nbsp;[Analyse] Par St&eacute;phane Juffa &copy;Metula News Agency &nbsp; Il existerait des logiques strat&eacute;giques diff&eacute;rentes suivant l&rsquo;endroit o&ugrave; l&rsquo;on se trouve. 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