{"id":8363,"date":"2014-03-04T23:59:07","date_gmt":"2014-03-04T23:59:07","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=8363"},"modified":"2014-03-04T23:59:07","modified_gmt":"2014-03-04T23:59:07","slug":"les-juifs-en-arabie-jusque-vers-650","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/les-juifs-en-arabie-jusque-vers-650\/","title":{"rendered":"Les Juifs en Arabie \u2014 (jusque vers 650)."},"content":{"rendered":"<p>\n\tLes Juifs en Arabie &mdash; (jusque vers 650).<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<table border=\"0\" cellpadding=\"0\">\n<tbody>\n<tr>\n<td>\n<p>\n\t\t\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\t\t\tLa situation des Juifs, si douloureuse en Palestine et dans divers &Eacute;tats europ&eacute;ens, &eacute;tait tr&egrave;s satisfaisante dans la presqu&rsquo;&icirc;le Arabique. L&agrave;, ils n&rsquo;&eacute;taient pas contraints de vivre, comme leurs coreligionnaires europ&eacute;ens, dans la crainte perp&eacute;tuelle de s&rsquo;attirer la col&egrave;re du clerg&eacute; ou le ch&acirc;timent du souverain&nbsp;; l&agrave;, ils n&rsquo;&eacute;taient pas exclus de toutes les fonctions et de toutes les dignit&eacute;s. Libres et estim&eacute;s au milieu d&rsquo;un peuple, jeune, actif et intelligent, ils montraient que le m&eacute;tier des armes leur &eacute;tait aussi familier qu&rsquo;&agrave; toute autre nation et qu&rsquo;ils savaient se battre avec un admirable courage. Il n&rsquo;&eacute;tait pas rare de voir des Juifs &agrave; la t&ecirc;te des tribus arabes. Ils contractaient des alliances offensives et d&eacute;fensives&nbsp;; livraient des combats et brillaient dans les tournois. Habiles &agrave; manier l&rsquo;&eacute;p&eacute;e, ils savaient aussi conduire la charrue et faite r&eacute;sonner la lyre, ils devinrent sous bien des rapports, les initiateurs des Arabes. L&rsquo;histoire des Juifs de l&rsquo;Arabie, un si&egrave;cle avant l&rsquo;av&egrave;nement de l&rsquo;islamisme et pendant la vie de Mahomet, forme une des plus glorieuses pages des annales du juda&iuml;sme.<\/p>\n<p>\n\t\t\t\t\tA quelle &eacute;poque les Juifs ont-ils &eacute;migr&eacute; en Arabie&nbsp;? D&rsquo;apr&egrave;s une l&eacute;gende, des Isra&eacute;lites envoy&eacute;s par Josu&eacute; contre les Amal&eacute;cites se seraient &eacute;tablis, dans la ville de&nbsp;Yathrib&nbsp;(plus tard M&eacute;dine)&nbsp;et sur le territoire de&nbsp;Kha&iuml;bar. Une autre l&eacute;gende rapporte que les guerriers de Sa&uuml;l qui avaient &eacute;pargn&eacute; le prince Amal&eacute;cite auraient trouv&eacute;, apr&egrave;s leur d&eacute;sob&eacute;issance, un accueil tr&egrave;s hostile aupr&egrave;s du peuple juif et se seraient rendus dans le&nbsp;H&eacute;djaz. Ou bien encore une colonie juive aurait &eacute;migr&eacute;, sous David, dans le nord de l&rsquo;Arabie. Il se peut que, pendant le r&egrave;gne des puissants rois de Jud&eacute;e, des navigateurs isra&eacute;lites, attir&eacute;s par&nbsp;Ophin, le pays de l&rsquo;or, aient cr&eacute;&eacute; des comptoirs dans l&rsquo;Arabie de sud&nbsp;(Y&eacute;men, Himyare, Sab&eacute;e), &agrave;&nbsp;Mariba&nbsp;et &agrave;&nbsp;Sanaa, pour trafiquer avec les Indes, et y aient fond&eacute; des colonies. Les Juifs de l&rsquo;Arabie disaient avoir entendu raconter par leurs p&egrave;res que, lors de la destruction du premier temple par Nabuchodonosor, des fugitifs juifs &eacute;taient venus jusque dans le nord de l&rsquo;Arabie. Eu tout cas, il est hors de doute que, pour fuir devant les pers&eacute;cutions des Romains, de nombreux Juifs s&rsquo;avanc&egrave;rent jusque dans la presqu&rsquo;&icirc;le Arabique, o&ugrave; ils se divis&egrave;rent en trois tribus : les&nbsp;Benou-Nadhir, les&nbsp;Benou-Kura&iuml;zaet les&nbsp;Benou-Nakdal, dont les deux premi&egrave;res descendaient d&rsquo;Aaron et portaient le nom de&nbsp;Kohanim&nbsp;(Alkahinani). Une autre tribu juive, lesBenou-Kainukaa, habitait le nord de l&rsquo;Arabie. Le centre de toutes ces tribus &eacute;tait la ville de Yathrib, situ&eacute;e dans une r&eacute;gion couverte de palmiers et de rizi&egrave;res, et arros&eacute;e par de nombreux petits cours d&rsquo;eau. Pour se d&eacute;fendre contre les attaques des B&eacute;douins, elles &eacute;lev&egrave;rent des ch&acirc;teaux forts dans la ville et aux environs. A l&rsquo;origine, elles &eacute;taient les seuls possesseurs de cette r&eacute;gion, mais plus tard&nbsp;(vers 300), elles durent en c&eacute;der une partie &agrave; deux tribus arabes, les&nbsp;Benou-Aus&nbsp;et les&nbsp;Khazradj&nbsp;(appel&eacute;s ensemble les tribus Ka&iuml;la), avec lesquels elles v&eacute;curent tant&ocirc;t en amies, tant&ocirc;t en ennemies.<\/p>\n<p>\n\t\t\t\t\tSur le territoire de Kha&iuml;bar, au nord de Yathrib, demeuraient aussi de nombreux Juifs, que la tradition faisait descendre des&nbsp;R&ecirc;kabites. Ces derniers, sur l&rsquo;ordre de leur a&iuml;eul Yonadab ben R&egrave;kab, vivaient en nomades et en nazir&eacute;ens, et, &agrave; ce que raconte la l&eacute;gende, s&rsquo;avanc&egrave;rent, apr&egrave;s la chute du premier temple, jusque dans la r&eacute;gion de Kha&iuml;bar. Les Juifs de ce pays poss&eacute;daient toute une s&eacute;rie de forts, dont le plus important s&rsquo;&eacute;levait sur une montagne escarp&eacute;e.&nbsp;Wadi-l-Kora&nbsp;(la vall&eacute;e des bourgs), une vall&eacute;e tr&egrave;s fertile, avait une population juive tr&egrave;s importante. A&nbsp;La Mecque, o&ugrave; se trouvait le sanctuaire des Arabes, ne demeuraient que peu de Juifs. Ils &eacute;taient, par contre, tr&egrave;s nombreux dans le Y&eacute;men, r&eacute;gion dont, selon les paroles des habitants,&nbsp;la poussi&egrave;re &eacute;tait de l&rsquo;or, o&ugrave; les hommes &eacute;taient vigoureux, o&ugrave; les femmes enfantaient sans douleur. Mais, diff&eacute;rents en cela de leurs fr&egrave;res du H&egrave;djaz, les Juifs de l&rsquo;Arabie Heureuse n&rsquo;&eacute;taient unis entre eux par aucun lien politique ou administratif, ils vivaient diss&eacute;min&eacute;s parmi les Arabes. Ils n&rsquo;en prirent pas moins un ascendant consid&eacute;rable sur les tribus et les rois du Y&eacute;men, au point de pouvoir emp&ecirc;cher pendant quelque temps le d&eacute;veloppement du christianisme dans cette contr&eacute;e. Ce ne fut que vers la fin du&nbsp;Ve si&egrave;cle ou le commencement du&nbsp;VIe que des missionnaires chr&eacute;tiens r&eacute;ussirent &agrave; convertir une tribu arabe avec son chef, qui avait sa r&eacute;sidence dans la ville de&nbsp;Nedjran.<\/p>\n<p>\n\t\t\t\t\tLes Juifs et les Arabes avaient entre eux de nombreux points de contact, leurs langues &eacute;taient parentes, leurs m&oelig;urs presque identiques, et, comme ils se mariaient souvent entre eux, leur ressemblance sous le rapport des habitudes et des coutumes devint encore plus compl&egrave;te. Dans le&nbsp;midi,&nbsp;les Juifs, comme les Himyarites, &eacute;taient commer&ccedil;ants&nbsp;; au nord, ils menaient la m&ecirc;me existence que les B&eacute;douins, travaillant la terre, &eacute;levant du b&eacute;tail, vendant des armes et m&ecirc;me faisant du brigandage. L&rsquo;organisation de leurs tribus &eacute;tait toute patriarcale. Plusieurs familles &eacute;taient r&eacute;unies sous l&rsquo;autorit&eacute; d&rsquo;un chef&nbsp;(cheikh)&nbsp;qui, en temps de paix, rendait la justice, et, pendant la guerre, conduisait les hommes valides au combat et contractait des alliances. Les Juifs avaient adopt&eacute; les m&oelig;urs hospitali&egrave;res et chevaleresques des Arabes, mais ils s&rsquo;&eacute;taient &eacute;galement assimil&eacute;s leurs d&eacute;fauts, ils poursuivaient avec un acharnement implacable la vengeance d&rsquo;un de leurs membres mis &agrave; mort, dressaient des emb&ucirc;ches &agrave; leurs ennemis, tuaient sans remords. Il arrivait parfois qu&rsquo;une tribu juive s&rsquo;alliait &agrave; des Arabes pour combattre des Juifs appartenant &agrave; un autre parti. Mais, dans ce cas, les vainqueurs traitaient les vaincus avec une certaine douceur et rachetaient les prisonniers de leurs alli&eacute;s arabes pour ne pas laisser d&rsquo;esclaves juifs entre les mains des pa&iuml;ens. Les Juifs de l&rsquo;Arabie ne rivalisaient pas seulement avec les indig&egrave;nes en courage et en vaillance guerri&egrave;re, ils se mesuraient aussi avec eux dans les tournois po&eacute;tiques, qui &eacute;taient en grand honneur parmi les Arabes. Sur bien des points, les Juifs &eacute;taient sup&eacute;rieurs aux Arabes, ils avaient des traditions historiques et des connaissances religieuses, ce qui faisait d&eacute;faut aux fils du d&eacute;sert, ils avaient une &eacute;criture, tandis que la plupart des Arabes n&rsquo;en connaissaient pas jusqu&rsquo;au milieu du&nbsp;VIIe si&egrave;cle. De plus, presque tous les Juifs savaient lire l&rsquo;&Eacute;criture Sainte&nbsp;; ce qui les fit surnommer par les Arabes&nbsp;le peuple de l&rsquo;&Eacute;criture&nbsp;(Ahlou-l-kitab).<\/p>\n<p>\n\t\t\t\t\tLes Juifs arabes avaient une profonde v&eacute;n&eacute;ration pour le juda&iuml;sme talmudique, ils observaient rigoureusement les prescriptions alimentaires, les f&ecirc;tes, le je&ucirc;ne de Kippour, qu&rsquo;ils nommaient&nbsp;Aschuna, et le sabbat&nbsp;; en ce jour, ils s&rsquo;abstenaient m&ecirc;me de faire la guerre. Malgr&eacute; le r&ocirc;le consid&eacute;rable qu&rsquo;ils jouaient en Arabie et la situation heureuse qu&rsquo;ils y occupaient, ils aspiraient &agrave; retourner dans&nbsp;la Terre Sainte&nbsp;et appelaient de leurs v&oelig;ux la venue du Messie. Pendant les pri&egrave;res ils se tournaient vers J&eacute;rusalem. Ils &eacute;taient en relation avec leurs fr&egrave;res de&nbsp;la Palestine, et, apr&egrave;s la disparition du patriarcat, ils se soumirent aux autorit&eacute;s religieuses de Tib&eacute;riade. Yathrib &eacute;tait, en Arabiee, le centre de l&rsquo;enseignement religieux juif, il s&rsquo;y trouvait une &eacute;cole&nbsp;(midnas)&nbsp;et quelques savants&nbsp;(abh&acirc;r, habar), mais leur science &eacute;tait bien restreinte. Dou&eacute;s d&rsquo;une brillante imagination, les Juifs arabes se plurent surtout &agrave; enrichir l&rsquo;histoire biblique de traits fantaisistes, que le peuple prit ensuite pour des faits r&eacute;els. Ils profit&egrave;rent de la large tol&eacute;rance dont ils jouissaient pour exposer librement leurs vues religieuses et essayer de les faire partager &agrave; leurs voisins pa&iuml;ens. Les Arabes trouvaient plaisir aux histoires &agrave; la fois na&iuml;ves et s&eacute;rieuses de&nbsp;la Bible, &agrave; ses r&eacute;cits si fortement empreints de po&eacute;sie, et peu &agrave; peu ils se familiaris&egrave;rent avec une partie de&nbsp;la Bible&nbsp;et un certain nombre des conceptions religieuses des Juifs. Ceux-ci communiqu&egrave;rent aussi aux Arabes leur calendrier, ils leur enseign&egrave;rent &agrave; ajouter un mois suppl&eacute;mentaire &agrave; certaines ann&eacute;es et leur firent adopter le cycle de dix-neuf ans&nbsp;(vers 420). D&eacute;tail assez curieux, les Arabes appelaient l&rsquo;intervalation du mois suppl&eacute;mentaire&nbsp;Nassi, probablement parce que, chez les Juifs, le Nassi ou patriarche faisait le calendrier des f&ecirc;tes.<\/p>\n<p>\n\t\t\t\t\tLes Arabes ne poss&eacute;daient aucune tradition sur leur origine, ce fut les Juifs qui leur en cr&eacute;&egrave;rent. Il &eacute;tait pour les Juifs du plus haut int&eacute;r&ecirc;t d&rsquo;&ecirc;tre consid&eacute;r&eacute;s comme apparent&eacute;s avec les Arabes. En effet, la ville sainte de&nbsp;La Mecque&nbsp;&eacute;tait un asile inviolable pour ceux qui s&rsquo;y r&eacute;fugiaient. De plus, il y avait dans l&rsquo;ann&eacute;e quatre mois sacr&eacute;s qui formaient une esp&egrave;ce de tr&ecirc;ve de Dieu, pendant laquelle on ne pouvait livrer aucun combat&nbsp;; les cinq foires de l&rsquo;Arabie ne pouvaient &eacute;galement &ecirc;tre tenues que pendant ces mois. Mais, pour jouir du droit d&rsquo;asile &agrave;&nbsp;La Mecque&nbsp;et des privil&egrave;ges attach&eacute;s &agrave; la p&eacute;riode sacr&eacute;e de l&rsquo;ann&eacute;e, il fallait &ecirc;tre apparent&eacute; avec les Arabes.<\/p>\n<p>\n\t\t\t\t\tS&rsquo;appuyant sur les donn&eacute;es du premier livre du Pentateuque, les Juifs prouv&egrave;rent qu&rsquo;ils avaient une double parent&eacute; avec les Arabes, et par Yoctan et par Isma&euml;l. Aussi, les deux principales tribus arabes, les vrais Arabes&nbsp;(Himyarites)&nbsp;et les Arabes du Nord, firent-ils remonter leur g&eacute;n&eacute;alogie, les premiers, jusqu&rsquo;&agrave; &agrave; Yoktan, les autres, jusqu&rsquo;&agrave; Isma&euml;l. Fiers d&rsquo;une origine aussi ancienne, ils s&rsquo;efforc&egrave;rent de mettre leur souvenirs et leurs traditions en harmonie avec les r&eacute;cits de&nbsp;la Bible&nbsp;; les Arabes du Sud prirent sans scrupule le nom de&nbsp;Kakhtanides(descendants de Kakhtam ou Yoktan)&nbsp;et les Arabes du Nord celui d&rsquo;Isma&eacute;lites.<\/p>\n<p>\n\t\t\t\t\tLi&eacute;s comme ils &eacute;taient avec les Juifs et familiers avec leurs doctrines religieuses et leurs l&eacute;gendes s&eacute;duisantes, il &eacute;tait tout naturel que quelques Arabes eussent le d&eacute;sir d&rsquo;&eacute;changer leurs croyances, d&eacute;nu&eacute;es de tout attrait et de toute po&eacute;sie contre la religion juive. Il leur &eacute;tait d&rsquo;autant plus facile de franchir ce pas que, comme les Juifs, ils pratiquaient la circoncision&nbsp;; le plus souvent, la conversion du chef entra&icirc;na celle de la famille ou de la tribu tout enti&egrave;re. Parmi les tribus qui embrass&egrave;rent le juda&iuml;sme, on mentionne : les&nbsp;Benou-Kinanak, gens belliqueux, parents des illustres Kore&iuml;schites de&nbsp;La Mecque&nbsp;; une tribun ghassanide, qui a produit un c&eacute;l&egrave;bre po&egrave;te jud&eacute;o-arabe, et enfin plusieurs familles des tribus Auz et Kahznadj &agrave; Yathrib.<\/p>\n<p>\n\t\t\t\t\tLa conversion la plus retentissante et la plus importante fut celle d&rsquo;un puissant roi du Y&eacute;men. Les chefs de cette contr&eacute;e, appel&eacute;e&nbsp;Tohba, dont l&rsquo;autorit&eacute; s&rsquo;&eacute;tendait quelquefois sur toute l&rsquo;Arabie, descendaient historiquement d&rsquo;Hymian&nbsp;; la l&eacute;gende faisait remonter leur origine jusqu&rsquo;&agrave; Yoctan. Un prince de cette dynastie,&nbsp;Abou-Kariha-Assad-Tobban, po&egrave;te remarquable et vaillant guerrier, entreprit une exp&eacute;dition(vers 500), contre Kavadh, roi de Perses. Passant, dans sa marche, pr&egrave;s de Yathrib, la capitale de l&rsquo;Arabie du Nord, il y laissa son fils en qualit&eacute; de gouverneur. &Agrave; peine &eacute;loign&eacute; de la ville, il apprit que les habitants de Yathrib avaient assassin&eacute; son fils&nbsp;; il revint imm&eacute;diatement sur ses pas pour venger ce meurtre. La ville fut assi&eacute;g&eacute;e et tous les palmiers, dont la population tirait sa principale nourriture, furent coup&eacute;s&nbsp;; un po&egrave;te juif de Yathrib composa une &eacute;l&eacute;gie sur la destruction de ces arbres comme sur la mort d&rsquo;&ecirc;tres bien-aim&eacute;s. Aid&eacute;s par les Juifs, qui rivalisaient avec eux de courage et d&rsquo;&eacute;nergie, les Arabes soutinrent le si&egrave;ge avec une grande bravoure et &eacute;puis&egrave;rent les assi&eacute;geants par d&rsquo;incessantes sorties. Abou Kariba lui-m&ecirc;me tomba malade. C&rsquo;est &agrave; ce moment que deux docteurs juifs de Yathrib,&nbsp;Caabet&nbsp;Assad, all&egrave;rent trouver le prince himyarite pour lui demander de pardonner &agrave; la ville et de lever le si&egrave;ge. Dans leur entretien avec Abou Kariba, les deux docteurs lui expos&egrave;rent aussi les principes du juda&iuml;sme. Ils parvinrent sans doute &agrave; exciter au plus haut point l&rsquo;int&eacute;r&ecirc;t du chef arabe pour leur religion, car celui-ci se convertit au juda&iuml;sme avec toute son arm&eacute;e. Sur son d&eacute;sir, Caab et Assad l&rsquo;accompagn&egrave;rent au Y&eacute;men pour instruire son peuple dans la religion juive et l&rsquo;y convertir&nbsp;; ils y r&eacute;ussirent en partie. Cependant, les Himyarites et leur roi paraissent n&rsquo;avoir &eacute;t&eacute; juifs que de nom, et le juda&iuml;sme n&rsquo;exer&ccedil;a probablement aucune action s&eacute;rieuse sur leurs sentiments et leurs m&oelig;urs. Un autre prince,&nbsp;Harith ibn Amrou, neveu du roi du Y&eacute;men et chef des Kendites, embrassa &eacute;galement le juda&iuml;sme avec sa tribu. Abou Kariba le nomma vice-roi des Maaddites, pr&egrave;s de la mer Rouge, et pla&ccedil;a les villes de&nbsp;La Mecque&nbsp;et de Yathrib sous sa domination.<\/p>\n<p>\n\t\t\t\t\tGr&acirc;ce aux nombreux marchands &eacute;trangers que leurs affaires appelaient dans le Y&eacute;men, les Juin des r&eacute;gions les plus &eacute;loignes apprirent bient&ocirc;t qu&rsquo;il existait un royaume juif dans la plus belle et plus fertile partie de l&rsquo;Arabie. En r&eacute;alit&eacute;, le Y&eacute;men ne devint vraiment juif que sous le r&egrave;gne de Zorah Dhou-Nowas&nbsp;(520-530), le plus jeune fils ou le petit-fils d&rsquo;Abou Kariba. Dhou-Nowas, qui, dans son z&egrave;le pour la religion juive, ajouta &agrave; son nom celui de&nbsp;Yossouf&nbsp;(Joseph), &eacute;tait indign&eacute; de l&rsquo;oppression qui pesait sur ses coreligionnaires de l&rsquo;empire byzantin, et il r&eacute;solut d&rsquo;user de repr&eacute;sailles envers l&rsquo;empereur de Constantinople. Un jour que des marchands byzantins vinrent dans son royaume, &agrave; les fit pendre. Cette ex&eacute;cution, qui effraya les marchands chr&eacute;tiens et porta un coup s&eacute;rieux au commerce, alors tr&egrave;s florissant, de l&rsquo;Arabie, attira sur le Y&eacute;men de tr&egrave;s graves difficult&eacute;s. Un chef voisin,&nbsp;Aidoug, pa&iuml;en, reprocha au roi juif sa rigueur malencontreuse, qui arr&ecirc;tait tout trafic entre l&rsquo;Arabie et l&rsquo;Europe, et lui d&eacute;clara la guerre. Dhou-Nowas fut vaincu&nbsp;(521)&nbsp;mais non corrig&eacute; de son imprudence. La ville de Nedjran, dans le Y&eacute;men, dont la majeure partie de la population &eacute;tait chr&eacute;tienne, avait &agrave; sa t&ecirc;te un gouverneur chr&eacute;tien,&nbsp;Harith ibn Kaleb, vassal de Dhou-Nowas. Soit que Harith n&rsquo;e&ucirc;t pas assist&eacute; son suzerain dans sa guerre contre Aidoug, soit qu&rsquo;il e&ucirc;t laiss&eacute; impuni, comme le raconte la l&eacute;gende, le meurtre de deux enfants juifs assassin&eacute;s &agrave; Nedjran, Dhou-Nowas marcha contre la ville et l&rsquo;obligea &agrave; capituler. Harith, avec trois cent quarante notables, se rendit aupr&egrave;s du roi du Y&eacute;men pour signer le trait&eacute; de paix. Quand ils furent arriv&eacute;s dans son camp, Dhou-Nowas, &agrave; ce que l&rsquo;on raconte, les pla&ccedil;a dans l&rsquo;alternative d&rsquo;accepter le juda&iuml;sme ou la mort&nbsp;; ils choisirent la mort. Ce qui est certain, c&rsquo;est que Dhou-Nowas, pour venger sur les chr&eacute;tiens de son royaume les mauvais traitements que leurs coreligionnaires infligeaient aux Juifs dans divers &Eacute;tats, leur imposa de lourdes taxes.<\/p>\n<p>\n\t\t\t\t\tLes faits survenus &agrave; Nedjran furent compl&egrave;tement d&eacute;natur&eacute;s, le ch&acirc;timent de quelques rebelles devint une pers&eacute;cution contre les chr&eacute;tiens, et les morts, dont on exag&eacute;rait le nombre, furent &eacute;lev&eacute;s au rang de martyrs. Un &eacute;v&ecirc;que syrien,&nbsp;Sim&eacute;on, qui &eacute;tait alors en route pour l&rsquo;Arabie du Nord, ajouta foi &agrave; tous ces bruits et &eacute;crivit &agrave; un de ses coll&egrave;gues, qui demeurait tout pr&egrave;s de l&rsquo;Arabie, d&rsquo;ameuter tous les chr&eacute;tiens contre le roi juif et de pousser le n&eacute;gus&nbsp;(roi)&nbsp;de l&rsquo;&Eacute;thiopie &agrave; lui d&eacute;clarer la guerre. Il proposa m&ecirc;me de contraindre les docteurs juifs de Tib&eacute;riade &agrave; adresser &agrave; Dhou-Nowas une lettre collective en faveur des chr&eacute;tiens. On voulut &eacute;galement entra&icirc;ner l&rsquo;empereur byzantin&nbsp;Justin Ier&nbsp;dans cette croisade contre le roi du Y&eacute;men. Mais Justin, dont l&rsquo;arm&eacute;e &eacute;tait aux prises avec les Perses, ne voulut pas se joindre &agrave; cette lev&eacute;e de boucliers :&nbsp;Le royaume himyarite, dit-il,&nbsp;est loin, je ne peux pas envoyer mes troupes &agrave; une si grande distance, &agrave; travers des d&eacute;serts de sable, mais j&rsquo;en &eacute;crirai au roi d&rsquo;&Eacute;thiopie, il est chr&eacute;tien comme nous et il est bien plus pr&egrave;s de l&rsquo;Arabie que moi. Il demanda, en effet, au roi d&rsquo;&Eacute;thiopie&nbsp;Elesbaa&nbsp;(ou&nbsp;Atzbeha)&nbsp;d&rsquo;aller combattre les Himyarites.<\/p>\n<p>\n\t\t\t\t\tIl n&rsquo;est pas n&eacute;cessaire d&rsquo;exciter Elesbaa contre Dhou-Nowas&nbsp;; depuis longtemps il voyait avec peine la couronne du royaume himyarite sur la t&ecirc;te d&rsquo;un juif. Aussi saisit-il avec empressement l&rsquo;occasion de d&eacute;clarer la guerre au roi arabe. Il &eacute;quipa une flotte consid&eacute;rable, &agrave; laquelle vinrent se joindre plusieurs vaisseaux byzantins que le coll&egrave;gue de Justin Ier,&nbsp;Justinien, amena d&rsquo;&Eacute;gypte, et une arm&eacute;e nombreuse traversa la mer Rouge pour p&eacute;n&eacute;trer dans le Y&eacute;men. Dhou-Nowas essaya de s&rsquo;opposer &agrave; la marche des envahisseurs. Mais, que pouvaient ses faibles troupes contre les nombreuses l&eacute;gions du roi&nbsp;&nbsp;d&rsquo;&Eacute;thiopie&nbsp;? A la premi&egrave;re rencontre, Dhou-Nowas fut battu, et la ville de Zafara&nbsp;(Thafar)&nbsp;tomba au pouvoir de l&rsquo;ennemi avec les tr&eacute;sors et la femme du chef himyarite. Quand il se vit perdu, Dhou-Nowas se pr&eacute;cipita du haut d&rsquo;un rocher dans la mer&nbsp;(vers 530). Les &Eacute;thiopiens mirent tout a feu et &agrave; sang, ils pill&egrave;rent, tu&egrave;rent et emmen&egrave;rent les survivants comme prisonniers&nbsp;; les Juifs surtout eurent &agrave; subir la fureur du vainqueur, des milliers d&rsquo;entre eux furent massacr&eacute;s, en expiation de la mort des pr&eacute;tendus martyrs de Nedjran. Telle fut la fin du royaume jud&eacute;o-himyarite, qui, comme on voit, n&rsquo;eut qu&rsquo;une dur&eacute;e &eacute;ph&eacute;m&egrave;re.<\/p>\n<p>\n\t\t\t\t\tVers la m&ecirc;me &eacute;poque, &eacute;clat&egrave;rent les dissensions entre les Juifs de Yathrib et leurs concitoyens arabes. Les tribus juives de Yathrib, soutenues par le roi himyarite, suzerain de toute la r&eacute;gion, avaient la pr&eacute;pond&eacute;rance sur les tribus pagano-arabes. Ces derni&egrave;res supportaient cette domination qu&rsquo;avec impatience, et elles profit&egrave;rent des embarras du roi himyarite pour se rendre ind&eacute;pendantes des Juifs. Voici comment elles s&rsquo;y prirent. Un chef arabe,&nbsp;Harith ibn Abou-Schammir, de la tribu de Ghassan, qui avait accept&eacute; du service &agrave; la cour de Byzance, fut invit&eacute; &agrave; venir &agrave; Yathrib avec ses troupes&nbsp;; il y consentit. Pour ne pas donner l&rsquo;&eacute;veil aux juifs, il leur fit accroire qu&rsquo;il se disposait &agrave; se rendre dans le royaume himyarite. Il &eacute;tablit son camp de Yathrib et invita les chefs juifs &agrave; venir l&rsquo;y trouver. Dans l&rsquo;espoir que Harith, selon l&rsquo;usage, leur offrirait des pr&eacute;sents, quelques-uns d&rsquo;entre eux accept&egrave;rent son invitation, il les fit massacrer &agrave; mesure qu&rsquo;ils entraient dans sa tente.&nbsp;Je vous ai d&eacute;livr&eacute;s, dit-il alors aux Arabes de Yathrib,&nbsp;d&rsquo;une grande partie de vos ennemis, avec de la vigueur et du courage, il vous sera facile de rendre ma&icirc;tre des autres. Puis il partit. Les Arabes n&rsquo;eurent pas le courage d&rsquo;attaquer ouvertement les chefs juifs&nbsp;; un jour, ils les invit&egrave;rent &agrave; un repas et les tu&egrave;rent. Les tribus juives, soumises ainsi &agrave; l&rsquo;autorit&eacute; des Arabes, ne support&egrave;rent d&rsquo;abord que difficilement cette humiliation. Mais, l&rsquo;impuissance contre leurs nouveaux ma&icirc;tres par suite de la perte de leurs chefs, elles se r&eacute;sign&egrave;rent peu &agrave; peu &agrave; leur sort et demand&egrave;rent elles-m&ecirc;mes la protection des tribus arabes. C&rsquo;est ainsi que les juifs de Yathrib devinrent les clients&nbsp;(Mawali)&nbsp;des Aus et des Khazradj.<\/p>\n<p>\n\t\t\t\t\tA son retour de Yathrib, le prince ghassanide Harith ibn Abou-Schammir attaqua un po&egrave;te juif qui s&rsquo;acquit, &agrave; cette occasion, parmi les Arabes, une tr&egrave;s grande renomm&eacute;e.&nbsp;Samuel ibn Adiya&nbsp;(n&eacute; vers 500 et mort vers 580), d&rsquo;un caract&egrave;re tr&egrave;s chevaleresque, &eacute;tait l&rsquo;ami intime du plus grand po&egrave;te arabe des temps pr&eacute;islamiques, et, gr&acirc;ce &agrave; cette intimit&eacute;, il est devenu immortel. D&rsquo;apr&egrave;s les uns, il &eacute;tait d&rsquo;origine pa&iuml;enne, de la tribu des Ghassanides&nbsp;; d&rsquo;autres pr&eacute;tendent qu&rsquo;il eut une m&egrave;re arabe et un p&egrave;re juif. Son p&egrave;re Adiya demeurait d&rsquo;abord &agrave; Yathrib&nbsp;; plus tard il construisit, aux environs de Ta&iuml;ma, un ch&acirc;teau fort que ses couleurs vari&eacute;es firent surnommer&nbsp;Alablak&nbsp;et qui a &eacute;t&eacute; immortalis&eacute; par la po&eacute;sie arabe. Samuel, chef d&rsquo;une petite tribu, jouissait d&rsquo;une telle consid&eacute;ration dans le H&eacute;djaz que m&ecirc;me des tribus arabes, trop faibles pour se d&eacute;fendre, se pla&ccedil;aient sous sa protection&nbsp;; il offrait un asile dans son ch&acirc;teau fort &agrave; tous les pers&eacute;cut&eacute;s. Un jour, l&rsquo;aventureux prince kendite, le roi des po&egrave;tes arabes,&nbsp;Imroulca&iuml;s, entour&eacute; partout d&rsquo;ennemis, vint &eacute;galement chercher un refuge &agrave; Alablak, et, apr&egrave;s y avoir re&ccedil;u l&rsquo;hospitalit&eacute;, s&rsquo;&eacute;loigna, laissant en d&eacute;p&ocirc;t &agrave; Samuel sa fille, son cousin, cinq magnifiques cottes de mailles et d&rsquo;autres armures. Quand le chef des Ghassanides arriva dans le H&eacute;djaz, il se pr&eacute;senta devant le ch&acirc;teau de Samuel et r&eacute;clama les armes d&rsquo;Imroulca&iuml;s. Sur le refus du ch&acirc;telain, il assi&eacute;gea le fort. Voyant que le si&egrave;ge tra&icirc;nerait en longueur, il eut recours &agrave; un autre moyen pour obtenir ce qu&rsquo;il d&eacute;sirait. Il s&rsquo;&eacute;tait empar&eacute; d&rsquo;un enfant de Samuel, que sa nourrice avait emmen&eacute; hors du fort, et il mena&ccedil;ait de le mettre &agrave; mort si on ne lui livrait pas ces armes.&nbsp;Fais comme il te plaira, r&eacute;pondit le p&egrave;re,&nbsp;la trahison est un carcan qui jamais ne se rouille, et mon fils &agrave; des fr&egrave;res. Le barbare, insensible &agrave; tant de grandeur d&rsquo;&acirc;me, tua l&rsquo;enfant sous les yeux du p&egrave;re, mais il ne put s&rsquo;emparer du fort.&nbsp;Plus fid&egrave;le que Samuel, devint une expression proverbiale parmi les Arabes, pour d&eacute;signer par hyperbole le supr&ecirc;me degr&eacute; de la fid&eacute;lit&eacute;.<\/p>\n<p>\n\t\t\t\t\tLe fils de Samuel,&nbsp;Schora&iuml;ch, avait h&eacute;rit&eacute; des sentiments g&eacute;n&eacute;reux de son p&egrave;re. Un jour que le c&eacute;l&egrave;bre po&egrave;te arabe,&nbsp;Ma&iuml;moun Ascha, auquel son humeur capricieuse avait fait beaucoup d&rsquo;ennemis, fut amen&eacute; prisonnier, inconnu parmi d&rsquo;autres captifs, au ch&acirc;teau fort de Schora&iuml;ch, il composa un dithyrambe en l&rsquo;honneur de Samuel :<\/p>\n<p>\n\t\t\t\t\tSois comme Samuel, quand il fut assi&eacute;g&eacute;<\/p>\n<p>\n\t\t\t\t\tPar un prince belliqueux avec son arm&eacute;e<\/p>\n<p>\n\t\t\t\t\tTrahis, ou tu perdras ton enfant !<\/p>\n<p>\n\t\t\t\t\tC&rsquo;est un choix terrible que tu as &agrave; faire.<\/p>\n<p>\n\t\t\t\t\tMais il r&eacute;pondit sans h&eacute;siter :&nbsp;Tue ton<\/p>\n<p>\n\t\t\t\t\tPrisonnier, je prot&egrave;ge mon h&ocirc;te.<\/p>\n<p>\n\t\t\t\t\tSchora&iuml;ch reconnut le po&egrave;te et le fit remettre en libert&eacute;.<\/p>\n<p>\n\t\t\t\t\tVers la fin du&nbsp;VIe si&egrave;cle, les Juifs de Yathrib avaient &agrave; peu pr&egrave;s reconquis leur ancienne puissance. Les tribus d&rsquo;Aus et de Khazradj, qui les avaient plac&eacute;s sous leur domination, &eacute;taient &eacute;puis&eacute;es par dix ann&eacute;es de luttes incessantes, auxquelles les Juifs n&rsquo;avaient pris qu&rsquo;une part peu active. Une derni&egrave;re guerre entre ces deux tribus amena le d&eacute;clin d&eacute;finitif et la pr&eacute;pond&eacute;rance des Juifs &agrave; Yathrib.<\/p>\n<p>\n\t\t\t\t\tOutre les pros&eacute;lytes que le juda&iuml;sme fit parmi les tribus arabes, il forma un homme dont l&rsquo;action a &eacute;t&eacute; profonde sur la marche de l&rsquo;histoire des peuples et continue &agrave; s&rsquo;exercer encore aujourd&rsquo;hui sur de nombreuses nations.&nbsp;Mahomet,&nbsp;le proph&egrave;te de&nbsp;La Mecque&nbsp;et de Yathrib, n&rsquo;est pas n&eacute; dans le juda&iuml;sme, mais il s&rsquo;est nourri de ses doctrines et de ses traditions. Dans des r&eacute;unions d&rsquo;amis &agrave;&nbsp;La Mecque, son lieu de naissance, aux foires et dans ses voyages, le&nbsp;fils d&rsquo;Abdallah&nbsp;entendit souvent parler de la religion qui proclame un Dieu unique, d&rsquo;Abraham, qui s&rsquo;&eacute;tait consacr&eacute; au culte de ce Dieu, d&rsquo;institutions sociales et de pr&eacute;ceptes moraux bien ant&eacute;rieurs au paganisme arabe, et son esprit si vaste et si impressionnable fut vivement frapp&eacute; de tous ces r&eacute;cits. Il subit aussi l&rsquo;influence d&rsquo;un habitant notable de&nbsp;La Mecque,&nbsp;Waraka ibn Naufal, de la noble tribu des Kore&iuml;schites, cousin de sa femme Khadidja&nbsp;; Waraka avait adopt&eacute; les croyances juives et savait lire l&rsquo;h&eacute;breu.<\/p>\n<p>\n\t\t\t\t\tLes premi&egrave;res doctrines de Mahomet, con&ccedil;ues au milieu d&rsquo;acc&egrave;s d&rsquo;&eacute;pilepsie et rapport&eacute;es &agrave; un cercle restreint d&rsquo;amis comme des r&eacute;v&eacute;lations de l&rsquo;ange Gabriel, portent un cachet absolument juif. A la base de l&rsquo;islamisme, sa nouvelle religion, le proph&egrave;te arabe place ce principe fondamental du Juda&iuml;sme :&nbsp;Il n&rsquo;y a d&rsquo;autre dieu qu&rsquo;Allah&nbsp;; ce n&rsquo;est que plus tard que, dans un mouvement d&rsquo;orgueil, il ajouta :&nbsp;Et Mahomet est son proph&egrave;te. D&eacute;clarer comme le faisait Mahomet, que le dieu qu&rsquo;il pr&ecirc;chait n&rsquo;avait pas d&rsquo;associ&eacute;&nbsp;(contrairement au dogme de&nbsp;la Trinit&eacute;)&nbsp;et qu&rsquo;il ne voulait &ecirc;tre ador&eacute; sous aucune forme mat&eacute;rielle, s&rsquo;&eacute;lever avec violence contre le culte rendu dans&nbsp;la Kaaba&nbsp;&agrave; trois cents idoles, fl&eacute;trir les m&oelig;urs dissolues qui r&eacute;gnaient parmi les Arabes et l&rsquo;usage barbare des parents de jeter les nouveau-n&eacute;s du sexe f&eacute;minin dans l&rsquo;eau, et proclamer que ces doctrines n&rsquo;&eacute;taient pas nouvelles mais appartenaient &agrave; la vieille religion d&rsquo;Abraham, c&rsquo;&eacute;tait affirmer publiquement le triomphe du juda&iuml;sme et la r&eacute;alisation de cette proph&eacute;tie&nbsp;qu&rsquo;un jour viendra o&ugrave; tout genou d&eacute;chira devant le&nbsp;DIEU UN, o&ugrave; toute bouche l&rsquo;exaltera.&nbsp;D&eacute;j&agrave; Paul de Tarse avait &eacute;t&eacute; oblig&eacute;, pour pr&ecirc;cher le christianisme aux Grecs, de leur faire conna&icirc;tre d&rsquo;abord le juda&iuml;sme. La meilleure partie du Coran est emprunt&eacute;e &agrave;&nbsp;la Bible&nbsp;et au Talmud.<\/p>\n<p>\n\t\t\t\t\tQuand Mahomet s&rsquo;aper&ccedil;ut de l&rsquo;insucc&egrave;s de sa pr&eacute;dication &agrave;&nbsp;La Mecque, si&egrave;ge de l&rsquo;idol&acirc;trie, et du danger qu&rsquo;il courait dans cette ville, il s&rsquo;adressa &agrave; quelques habitants de Yathrib. Ceux-ci, en rapports fr&eacute;quents avec des Juifs, trouv&egrave;rent les r&eacute;v&eacute;lations de Mahomet moins &eacute;tranges, parce qu&rsquo;ils leur reconnurent un air de parent&eacute; avec le juda&iuml;sme, ils adh&eacute;r&egrave;rent aux doctrines du nouveau proph&egrave;te et l&rsquo;engag&egrave;rent &agrave; venir &agrave; Yathrib. Mahomet se rendit dans cette ville en 622&nbsp;; c&rsquo;est l&rsquo;ann&eacute;e de l&rsquo;&eacute;migration ou l&rsquo;h&eacute;gire. Il y arriva pendant la f&ecirc;te de Kippour, et comme il vit que les Juifs je&ucirc;nent en ce jour, il &eacute;tablit le je&ucirc;ne&nbsp;Aschura, disant&nbsp;qu&rsquo;il appartenait plus aux Arabes qu&rsquo;aux Juifs de je&ucirc;ner. Pour gagner les bonnes gr&acirc;ces des Juifs, il ordonna de tourner la face&nbsp;(quibla)&nbsp;pendant la pri&egrave;re, vers J&eacute;rusalem, et, dans les diff&eacute;rends qu&rsquo;il avait &agrave; juger entre Juifs et Arabes, il se montrait toujours favorable aux premiers. Il eut pendant longtemps un secr&eacute;taire juif. Ces pr&eacute;venances de la part d&rsquo;un homme si c&eacute;l&egrave;bre flatt&egrave;rent les Juifs de M&eacute;dine, &mdash; c&rsquo;est ainsi que s&rsquo;appelait Yathrib depuis que Mahomet s&rsquo;y &eacute;tait &eacute;tabli, &mdash; et plusieurs d&rsquo;entre eux, parmi lesquels se trouvait un savant de la tribu de Kainukaa,&nbsp;Abdallah ibn Salam, montr&egrave;rent un profond attachement pour celui qui, &agrave; leurs yeux, &eacute;tait presque un pros&eacute;lyte juif et qu&rsquo;ils croyaient appel&eacute; &agrave; propager le juda&iuml;sme en Arabie. Ces amis, qui lui fournirent une partie de ses r&eacute;v&eacute;lations, furent appel&eacute;s&nbsp;Anzar&nbsp;(aides)&nbsp;; ils continu&egrave;rent &agrave; observer toutes les pratiques juives, sans que Mahomet s&rsquo;en formalis&acirc;t.<\/p>\n<p>\n\t\t\t\t\tMahomet ne trouva cependant que peu d&rsquo;adh&eacute;rents parmi les Juifs ; son &eacute;go&iuml;sme, son orgueil et ses passions sensuelles &eacute;loignaient de lui des hommes auxquels leurs proph&egrave;tes avaient donn&eacute; une conception plus &eacute;lev&eacute;e d&rsquo;un envoy&eacute; de Dieu.&nbsp;Regardez-le, disaient les Juifs ;&nbsp;par Dieu ! il n&rsquo;est jamais rassasi&eacute;, et les femmes absorbent tous ses soins. S&rsquo;il est r&eacute;ellement proph&egrave;te, qu&rsquo;il s&rsquo;occupe de sa mission et non des femmes. Les Juifs disaient encore&nbsp;:&nbsp;Dieu n&rsquo;appara&icirc;t &agrave; ses &eacute;lus qu&rsquo;en Palestine, c&rsquo;est donc l&agrave; que Mahomet, s&rsquo;il est proph&egrave;te, doit accomplir sa mission.&nbsp;&nbsp;Ou bien :&nbsp;Tu te vantes d&rsquo;&ecirc;tre de la religion d&rsquo;Abraham, qui ne mangeait, cependant, ni de viande de chameau, ni du fromage fait avec du lait de chamelle. Les principaux adversaires juifs de Mahomet &eacute;taient :&nbsp;Pinhas ibn Azoura, esprit caustique, qui ne manquait pas une occasion de se moquer de lui&nbsp;;&nbsp;Kaab ibn Ascharaf, le po&egrave;te&nbsp;Abou-Afak, plus que centenaire, qui cherchait &agrave; le rendre odieux aux yeux des Arabes&nbsp;; enfin,&nbsp;Abdallah, fils de Saurah, consid&eacute;r&eacute; comme le Juif le plus savant du H&eacute;djaz. Ils raillaient&nbsp;l&rsquo;envoy&eacute; de Dieu, tournaient en ridicule ses r&eacute;v&eacute;lations et ses pr&eacute;dications, et le traitaient avec d&eacute;dain&nbsp;; ils ne supposaient pas que le pauvre fugitif deLa Mecque, qui &eacute;tait venu implorer du secours &agrave; M&eacute;dine, soumettrait ou exterminerait bient&ocirc;t leurs tribus ; ils oubliaient que l&rsquo;ennemi le plus d&eacute;daign&eacute; est souvent le plus redoutable.<\/p>\n<p>\n\t\t\t\t\tAu commencement, Mahomet parut se montrer indiff&eacute;rent aux attaques des Juifs.&nbsp;Soyez convenables, dit il &agrave; ses partisans,&nbsp;dans vos discussions avec les gens de l&rsquo;&Eacute;criture&nbsp;(Juifs), et dites-leur&nbsp;: Nous croyons et &agrave; ce qui&nbsp;vous&nbsp;a &eacute;t&eacute; r&eacute;v&eacute;l&eacute; et &agrave; ce qui&nbsp;nous&nbsp;a &eacute;t&eacute; a r&eacute;v&eacute;l&eacute;. Notre Dieu est le m&ecirc;me que le v&ocirc;tre et nous lui sommes enti&egrave;rement soumis. Peu &agrave; peu, leurs relations se tendirent. D&rsquo;un c&ocirc;t&eacute;, les Juifs s&rsquo;efforc&egrave;rent de provoquer des d&eacute;fections parmi ses adh&eacute;rents, et ils parvinrent &agrave; exciter contre lui l&rsquo;homme le plus consid&eacute;rable de M&eacute;dine, le khazradjite&nbsp;Abdallah ibn Oubey, qui &eacute;tait sur le point d&rsquo;&ecirc;tre &eacute;lu chef de la ville et que l&rsquo;arriv&eacute;e de Mahomet avait remis dans l&rsquo;ombre&nbsp;; jusqu&rsquo;&agrave; ses derniers jours, il resta l&rsquo;adversaire implacable de Mahomet. D&rsquo;autre part, les partisans du proph&egrave;te lui demand&egrave;rent avec instance de se prononcer nettement au sujet du juda&iuml;sme. Voyant que ses amis juifs continuaient &agrave; s&rsquo;abstenir de manger de la chair de chameau et &agrave; suivre les autres pratiques juives, ils lui dirent :&nbsp;Si&nbsp;la Tora&nbsp;est un livre divin, pourquoi ne nous obliges-tu pas &agrave; en observer les prescriptions&nbsp;?&nbsp;Mahomet &eacute;tait trop impr&eacute;gn&eacute; des sentiments et des id&eacute;es arabes pour embrasser la religion juive, il savait aussi que les Arabes ne se soumettraient que tr&egrave;s difficilement aux pratiques s&eacute;v&egrave;res du juda&iuml;sme. Il se d&eacute;cida donc &agrave; rompre avec les Juifs. Pour bien marquer cette rupture, il les invectiva dans une longue soura&nbsp;(la soura de la vache), et il d&eacute;cida qu&rsquo;&agrave; l&rsquo;avenir les musulmans ne se tourneraient plus, pendant la pri&egrave;re, comme auparavant, vers J&eacute;rusalem, mais vers&nbsp;La Mecque&nbsp;et le temple de&nbsp;la Kaaba. Le&nbsp;je&ucirc;neAshura&nbsp;qu&rsquo;il avait &eacute;tabli &agrave; la f&ecirc;te juive de l&rsquo;Expiation fut aboli et remplac&eacute; par le je&ucirc;ne du&nbsp;Ramadhan, mois qui, de temps imm&eacute;morial, &eacute;tait sacr&eacute; pour les Arabes. Mahomet supprima encore d&rsquo;autres usages juifs qu&rsquo;il avait recommand&eacute;s pr&eacute;c&eacute;demment. Les Juifs n&rsquo;&eacute;taient plus pour lui de vrais croyants, adorateurs du&nbsp;DIEU UN, mais des incr&eacute;dules qui v&eacute;n&eacute;raient Ezra&nbsp;(Oza&iuml;r)&nbsp;comme fils de Dieu, et des menteurs qui avaient effac&eacute; de&nbsp;la Tora&nbsp;les passages qui annon&ccedil;aient la venue de Mahomet comme proph&egrave;te.<\/p>\n<p>\n\t\t\t\t\tMahomet craignit cependant de traduire d&eacute;j&agrave; sa haine en actes, son influence n&rsquo;&eacute;tait pas encore consid&eacute;rable, et les Juifs, alli&eacute;s &agrave; quelques tribus arabes, &eacute;taient bien sup&eacute;rieurs en nombre &agrave; ses partisans. Son audace augmenta apr&egrave;s la bataille de Bedr&nbsp;(hiver 624), o&ugrave; il d&eacute;fit la puissante tribu des Kor&eacute;&iuml;schites. L&rsquo;humble ap&ocirc;tre se transforma alors en un violent despote qui ne reculait devant aucun moyen, f&ucirc;t-ce le guet-apens et le meurtre, pour triompher de ses ennemis. Confiant dans la solidit&eacute; et le courage de ses compagnons, il commen&ccedil;a &agrave; faire la guerre aux Juifs. Ce fut la petite tribu de Kainukaa qui eut &agrave; supporter ses premiers coups. Voici le fait qui servit de pr&eacute;texte aux hostilit&eacute;s. Un musulman, irrit&eacute; d&rsquo;une mauvaise plaisanterie d&rsquo;un Juif, le tua&nbsp;; les Kainukaa tir&egrave;rent vengeance de ce meurtre. Mahomet les pla&ccedil;a alors dans l&rsquo;alternative d&rsquo;embrasser l&rsquo;islamisme ou d&rsquo;accepter la guerre ; ils prirent les armes. Comptant sur l&rsquo;appui des Nadhir et des Kura&iuml;za, leurs coreligionnaires, ils se retir&egrave;rent dans leurs ch&acirc;teaux forts, pr&eacute;s de M&eacute;dine. Mahomet vint les y assi&eacute;ger. Plus avis&eacute;s, les nombreux Juifs du nord de l&rsquo;Arabie auraient pr&eacute;vu qu&rsquo;un jour ou l&rsquo;autre ils seraient attaqu&eacute;s &agrave; leur tour par Mahomet, et ils se seraient alli&eacute;s tous ensemble contre lui&nbsp;; il leur e&ucirc;t &eacute;t&eacute; alors bien facile d&rsquo;&eacute;craser sa petite arm&eacute;e. Mais, pour leur malheur, ils &eacute;taient divis&eacute;s entre eux, et chaque tribu se d&eacute;sint&eacute;ressait de ses voisins. Pendant quinze jours, les Kainukaa repouss&egrave;rent vaillamment les attaques des Arabes. &Eacute;puis&eacute;s et d&eacute;sesp&eacute;rant d&rsquo;&ecirc;tre secourus, ils ouvrirent les portes de leurs forts. Mahomet les fit encha&icirc;ner et donna ordre de les &eacute;gorger. Abdallah ibn Oubey, leur alli&eacute;, saisit le proph&egrave;te par sa cuirasse :&nbsp;Je ne te l&acirc;cherai, lui dit-il,&nbsp;que lorsque tu m&rsquo;auras donn&eacute; la promesse formelle de remettre les prisonniers en libert&eacute;&nbsp;; ils ont &eacute;t&eacute; mon appui, ils m&rsquo;ont d&eacute;fendu contre les rouges et les noirs. N&rsquo;osant repousser cette demande, Mahomet dit :&nbsp;Qu&rsquo;on les d&eacute;livre, et que Dieu les damne, eux et Abdallah&nbsp;!&nbsp;D&eacute;pouill&eacute;s de tous leurs biens, les Kainukaa partirent alors, au nombre de sept cents, pour se rendre en Palestine&nbsp;; l&agrave;, ils s&rsquo;&eacute;tablirent dans&nbsp;la Batan&eacute;e, dont la capitale &eacute;tait Adraat.<\/p>\n<p>\n\t\t\t\t\tApr&egrave;s sa victoire sur les Kainukaa, Mahomet engagea les musulmans, dans une r&eacute;v&eacute;lation, &agrave; refuser toute protection aux Juifs :&nbsp;&Ocirc; vous qui croyez, ne prenez point pour amis les Juifs et les chr&eacute;tiens&nbsp;; qu&rsquo;ils se prot&egrave;gent eux-m&ecirc;mes. Celui qui les prend pour amis leur ressemble&nbsp;; Dieu n&rsquo;est pas le guide des pervers. Les chr&eacute;tiens &eacute;taient en petit nombre dans le nord de l&rsquo;Arabie et n&rsquo;y jouissaient que d&rsquo;une situation pr&eacute;caire, ils souffrirent donc peu de cette exclusion. Il n&rsquo;en fut pas de m&ecirc;me des Juifs. Habitu&eacute;s &agrave; mener une existence ind&eacute;pendante et &agrave; guerroyer de c&ocirc;t&eacute; et d&rsquo;autre, ils avaient souvent besoin de l&rsquo;appui de leurs voisins arabes. Quand ceux-ci, sur l&rsquo;ordre de Mahomet, ne voulurent plus contracter d&rsquo;alliance avec eux, ils rest&egrave;rent seuls expos&eacute;s aux coups de leurs ennemis.<\/p>\n<p>\n\t\t\t\t\tDans leur haine pour Mahomet, les Benou-Nadhir cherch&egrave;rent &agrave; le tuer par ruse. Un jour, ils l&rsquo;invit&egrave;rent &agrave; venir les voir dans leur fort deZouhara, avec l&rsquo;intention de le pr&eacute;cipiter du haut des remparts&nbsp;; leur chef &eacute;tait alors&nbsp;Houyey ibn Akhtab. Mahomet accepta leur invitation, mais il devina &agrave; temps les mauvais desseins de ses h&ocirc;tes et s&rsquo;enfuit &agrave; M&eacute;dine. Il ne tarda pas &agrave; se venger cruellement des Benou-Nadhir. Plac&eacute;s dans l&rsquo;alternative de se convertir &agrave; l&rsquo;islamisme ou d&rsquo;&eacute;migrer en masse, ils se d&eacute;cid&egrave;rent, sur l&rsquo;instigation d&rsquo;Abdallah ibn Oubey, qui leur promit de venir &agrave; leur aide, &agrave; accepter la lutte, et se retir&egrave;rent dans leurs ch&acirc;teaux. Les secours annonc&eacute;s n&rsquo;arrivant pas, ils durent capituler. Mahomet leur laissa la vie sauve, mais &agrave; condition de lui livrer leurs armes, de quitter leurs forts et de n&rsquo;emporter de leurs biens que ce qu&rsquo;ils pouvaient charger sur un chameau. Ils partirent au nombre de six cents et all&egrave;rent s&rsquo;&eacute;tablir, les uns au milieu de leurs fr&egrave;res de Kha&iuml;bar, les autres pr&eacute;s de J&eacute;richo et &agrave; Adraat&nbsp;(juin-juillet 625). Plus tard, Mahomet justifia cette guerre dans la r&eacute;v&eacute;lation suivante :&nbsp;Tout ce qui est dans les cieux et sur la terre chante les louanges de Dieu&nbsp;; il est le Puissant, le Sage. C&rsquo;est lui qui a fait sortir de leurs demeures les infid&egrave;les parmi les gens de l&rsquo;&Eacute;criture pour rejoindre ceux qui ont d&eacute;j&agrave; &eacute;migr&eacute;&nbsp;(les Kainukaa). Vous ne croyiez pas qu&rsquo;ils partiraient, eux-m&ecirc;mes pensaient que leurs forteresses les prot&eacute;geraient contre Dieu. Mais Dieu les a attaqu&eacute;s du c&ocirc;t&eacute; o&ugrave; ils ne s&rsquo;y attendaient pas&nbsp;; il a jet&eacute; la terreur dans leur c&oelig;ur, et ils ont contribu&eacute; autant que les croyants &agrave; la destruction de leurs maisons.<\/p>\n<p>\n\t\t\t\t\tCeux des Benou-Nadhir qui &eacute;taient rest&eacute;s en Arabie essay&egrave;rent d&rsquo;organiser une coalition contre Mahomet. Trois d&rsquo;entre eux,&nbsp;Houruyey,Kinanah ibn-ar-Rabia&nbsp;et&nbsp;Sallam ibn Mirchkam, s&rsquo;efforc&egrave;rent de d&eacute;cider les Kora&iuml;schites de&nbsp;La Mecque, la puissante tribu des Ghatafan et d&rsquo;autres Arabes &agrave; unir leurs forces contre l&rsquo;orgueilleux proph&egrave;te&nbsp;; ils r&eacute;ussirent dans leur entreprise. Il leur fut plus difficile de faire entrer la tribu juive des Koura&iuml;za dans cette ligue. Le chef des Benou-Koura&iuml;za,&nbsp;Kaab ibn Assad, refusa m&ecirc;me d&rsquo;abord d&rsquo;accorder un asile &agrave; Houyey, parce que sa tribu avait conclu une alliance avec les musulmans. Mais, &eacute;clair&eacute; sur les dangers communs qui mena&ccedil;aient tous les Juifs arabes, il consentit enfin &agrave; prendre part &agrave; la guerre contre le proph&egrave;te. Dix mille alli&eacute;s entr&egrave;rent en campagne et march&egrave;rent sur M&eacute;dine, dont ils crurent pouvoir s&rsquo;emparer sans coup f&eacute;rir ; ils se heurt&egrave;rent contre de solides retranchements que Mahomet, averti par un tra&icirc;tre, avait fait &eacute;lever &agrave; la h&acirc;te. Les assaillants s&rsquo;&eacute;puis&egrave;rent en vains efforts pour s&rsquo;emparer de la ville. A la fin, Mahomet r&eacute;ussit &agrave; semer la discorde parmi les conf&eacute;d&eacute;r&eacute;s, qui retourn&egrave;rent chez eux.<\/p>\n<p>\n\t\t\t\t\tLa&nbsp;guerre des tranch&eacute;es, comme on l&rsquo;appela, fut donc un nouveau succ&egrave;s pour Mahomet&nbsp;; ce furent les Juifs qui support&egrave;rent les f&acirc;cheuses cons&eacute;quences de l&rsquo;&eacute;chec des conf&eacute;d&eacute;r&eacute;s. D&egrave;s que ces derniers se furent &eacute;loign&eacute;s de M&eacute;dine, le proph&egrave;te marcha imm&eacute;diatement avec trois mille hommes contre les Koura&iuml;za. Ceux-ci, trop faibles pour livrer bataille en rase campagne, se retranch&egrave;rent derri&egrave;re les remparts de leurs ch&acirc;teaux forts. Apr&egrave;s un si&egrave;ge de vingt-cinq jours&nbsp;(f&eacute;vrier-mars 627), ils n&rsquo;eurent plus de vivres et song&egrave;rent &agrave; capituler. Ils demand&egrave;rent au proph&egrave;te de les traiter comme les Nadhir, c&rsquo;est-&agrave;-dire de les laisser &eacute;migrer avec leurs femmes, leurs enfants et une partie de leurs biens. Mahomet refusa&nbsp;; il voulut qu&rsquo;ils se rendissent &agrave; discr&eacute;tion. Pr&egrave;s de sept cents Juifs, et parmi eux les chefs Kaab et Houyey, furent &eacute;gorg&eacute;s sur une place publique de M&eacute;dine, et leurs cadavres entass&eacute;s dans une seule et m&ecirc;me fosse. L&rsquo;endroit o&ugrave; cette ex&eacute;cution eut lieu fut nomm&eacute;&nbsp;le march&eacute; des Koura&iuml;za. Ce forfait fut accompli au nom de Dieu&nbsp;: Voici ce qu&rsquo;en dit le Coran :&nbsp;Dieu a expuls&eacute; de leurs forts ceux des gens de l&rsquo;&Eacute;criture qui aidaient les alli&eacute;s et a jet&eacute; la terreur dans leurs c&oelig;urs&nbsp;; vous avez tu&eacute; les uns, vous avez r&eacute;duit les autres en captivit&eacute;. Il vous a donn&eacute; en partage leurs maisons, leurs richesses et leur pays, que vous n&rsquo;aviez jamais foul&eacute; jusqu&rsquo;alors de vos pieds. Dieu est tout-puissant. Les femmes furent &eacute;chang&eacute;es contre des armes et des chevaux. Mahomet se choisit comme concubine, parmi les captives, une jeune fille juive d&rsquo;une grande beaut&eacute;, nomm&eacute;e Rih&acirc;na ; celle-ci repoussa fi&egrave;rement les faveurs du proph&egrave;te.<\/p>\n<p>\n\t\t\t\t\tL&rsquo;ann&eacute;e suivante arriva le tour des Juifs de Khaibar. Mais la campagne que Mahomet entreprit contre eux fut autrement difficile que les pr&eacute;c&eacute;dentes guerres. La r&eacute;gion &eacute;tait couverte d&rsquo;une s&eacute;rie de forts d&eacute;fendus par de vaillants et solides guerriers&nbsp;; des tribus arabes, les Ghatafan et les Fezara, avaient promis leur aide. L&rsquo;&acirc;me de la r&eacute;sistance &eacute;tait l&rsquo;exil&eacute; nadirhite Kinanah ibn-ar-Rabia, homme d&rsquo;une volont&eacute; tenace et d&rsquo;une bravoure indomptable, surnomm&eacute;&nbsp;le roi des Juifs. Il avait comme lieutenant&nbsp;Marhab, un vrai g&eacute;ant, d&rsquo;origine himyarite. Mahomet commen&ccedil;a par adresser des pri&egrave;res solennelles &agrave; Dieu pour lui demander la victoire. Cet acte de pi&eacute;t&eacute; accompli, il marcha contre les Juifs de Khaibar avec une arm&eacute;e de quatorze mille hommes. Selon son habitude, il signala son entr&eacute;e en campagne par la destruction des palmiers pour couper les vivres &agrave; l&rsquo;ennemi ; ensuite, il s&rsquo;empara assez facilement de quelques fortins. Le ch&acirc;teau fortCamuss, qui s&rsquo;&eacute;levait sur un rocher abrupt, opposa une plus longue r&eacute;sistance&nbsp;; il repoussa plusieurs assauts tent&eacute;s par les meilleurs capitaines de Mahomet, Abou-Bekr et Omar. Un des d&eacute;fenseurs de Camuss &eacute;tait Marhab, qui avait &agrave; venger la mort de son fr&egrave;re Harith&nbsp;; il fit des prodiges de valeur. Quand Ali, un autre lieutenant de Mahomet, s&rsquo;approcha du fort, Marhab lui cria :&nbsp;Khaibar conna&icirc;t ma vaillance, je suis Marhab le h&eacute;ros, couvert d&rsquo;une solide armure et dur &agrave; la fatigue, et il provoqua Ali &agrave; un combat singulier&nbsp;; il fut tu&eacute;. Avec Marhab tomba &eacute;galement la forteresse de Camuss. On ne sait pas ce qui advint des prisonniers. Kinanah fut mis &agrave; la torture pour qu&rsquo;il indiqu&acirc;t l&rsquo;endroit o&ugrave; &eacute;taient cach&eacute;s les tr&eacute;sors des vaincus ; il mourut sans avoir parl&eacute;. La chute de cette forteresse amena la reddition des autres ch&acirc;teaux forts&nbsp;; Fadak, Wadi-l-Kora et Ta&iuml;ma se soumirent &eacute;galement au proph&egrave;te. Les Juifs purent rester dans la pays et conserver leurs terres, &agrave; condition de remettre &agrave; Mahomet, comme tribut, la moiti&eacute; de leurs revenus. Cette campagne avait dur&eacute; pr&egrave;s de deux mois(printemps 628).<\/p>\n<p>\n\t\t\t\t\tMahomet ramena de cette guerre deux belles captives,&nbsp;Safia, la fille de son ennemi implacable Houyey, et&nbsp;Za&iuml;nab, la s&oelig;ur de Marhab. Cette derni&egrave;re essaya de se venger de celui qu&rsquo;elle regardait comme le meurtrier de son fr&egrave;re et de ses coreligionnaires. Dissimulant ses sentiments de haine, elle feignit un profond attachement pour Mahomet et gagna ainsi sa confiance. Un jour, elle servit de la viande empoisonn&eacute;e&nbsp;; un des convives en mourut. Mahomet, trouvant au mets un go&ucirc;t d&eacute;sagr&eacute;able, le rejeta. Interrog&eacute;e par le proph&egrave;te sur le motif de ce crime, Za&iuml;nab lui r&eacute;pondit :&nbsp;Tu as fait endurer de cruelles souffrances &agrave; mon peuple&nbsp;; je me suis dit que si tu n&rsquo;&eacute;tais qu&rsquo;un vulgaire despote, ta mort serait une d&eacute;livrance pour mon peuple&nbsp;; serais-tu, au contraire, proph&egrave;te, alors mon poison n&rsquo;aurait aucune action sur toi. Elle fut ex&eacute;cut&eacute;e. A la suite de cet incident, Mahomet ordonna &agrave; ses soldats de ne se servir de la vaisselle enlev&eacute;e aux Juifs qu&rsquo;apr&egrave;s l&rsquo;avoir tremp&eacute;e dans de l&rsquo;eau bouillante. &mdash; Ces d&eacute;faites successives ne d&eacute;courag&egrave;rent pas les Juifs&nbsp;; ils cherch&egrave;rent &agrave; s&rsquo;allier avec les m&eacute;contents des tribus arabes pour essayer de nouveau d&rsquo;abattre la puissance naissante de Mahomet. Les pourparlers avaient lieu dans la maison d&rsquo;un juif,&nbsp;Suwailim, &agrave; M&eacute;dine. Suwailim fut d&eacute;nonc&eacute; et sa maison livr&eacute;e aux flammes. Quand Mahomet mourut(632), les Juifs s&rsquo;en r&eacute;jouirent fort&nbsp;; ils croyaient qu&rsquo;avec lui dispara&icirc;trait la croyance des Arabes &agrave; son immortalit&eacute; et &agrave; sa mission divine. Mais d&eacute;j&agrave; le fanatisme avait fait soin &oelig;uvre&nbsp;; le Coran tout entier, dans ses pol&eacute;miques comme dans ses doctrines, avait acquis force de loi, il &eacute;tait devenu le livre par excellente d&rsquo;une population consid&eacute;rable dans trois parties du monde, et ses violentes diatribes contre les Juifs &eacute;taient consid&eacute;r&eacute;es par tous les musulmans comme des articles de foi. L&rsquo;islamisme, comme le christianisme, meurtrit le sein qui l&rsquo;avait nourri. Le deuxi&egrave;me khalife,&nbsp;Omar, d&rsquo;un fanatisme farouche, expulsa de Khaibar et de Wadi-l-Kora les tribus juives que le proph&egrave;te avait laiss&eacute;es par trait&eacute; sur leurs terres, il ne voulut pas que le sol sacr&eacute; de l&rsquo;Arabie f&ucirc;t souill&eacute; par leur pr&eacute;sence&nbsp;; il chassa pour la m&ecirc;me raison les chr&eacute;tiens de Nedjran. Les guerriers musulmans eurent en partage les vastes domaines des Juifs ; ceux-ci obtinrent, en compensation, un petit territoire situ&eacute; pr&egrave;s de l&rsquo;Euphrate, dans le voisinage de la ville de Koufa&nbsp;(vers 640). Malgr&eacute; ces divers actes d&rsquo;hostilit&eacute; des Arabes envers les Juifs, on peut dire que le triomphe de l&rsquo;islamisme fut un bienfait pour le juda&iuml;sme.<\/p>\n<p>\n\t\t\t\t\thttp:\/\/www.mediterranee-antique.info\/Auteurs\/Fichiers\/GHI\/Graetz\/Histoire_Juifs\/HJ_312.htm<\/p>\n<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les Juifs en Arabie &mdash; (jusque vers 650). &nbsp; &nbsp; La situation des Juifs, si douloureuse en Palestine et dans divers &Eacute;tats europ&eacute;ens, &eacute;tait tr&egrave;s satisfaisante dans la presqu&rsquo;&icirc;le Arabique. L&agrave;, ils n&rsquo;&eacute;taient pas contraints de vivre, comme leurs coreligionnaires europ&eacute;ens, dans la crainte perp&eacute;tuelle de s&rsquo;attirer la col&egrave;re du clerg&eacute; ou le ch&acirc;timent du&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":18761,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[18,147,1,54],"tags":[],"class_list":["post-8363","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-histoire","category-la-mecque","category-uncategorized","category-united-nations"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8363","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=8363"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8363\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/media\/18761"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=8363"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=8363"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=8363"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}