{"id":839,"date":"2016-08-26T14:45:10","date_gmt":"2016-08-26T14:45:10","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=839"},"modified":"2016-08-28T18:49:38","modified_gmt":"2016-08-28T18:49:38","slug":"james-dean-le-palmarium-et-moi-par-jean-pierre-chemla","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/james-dean-le-palmarium-et-moi-par-jean-pierre-chemla\/","title":{"rendered":"James Dean, le Palmarium et moi, par Jean-Pierre Chemla"},"content":{"rendered":"<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p align=\"center\">\n\t<strong>James Dean, le Palmarium et moi<br \/>\n\t<\/strong><\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tLe Palmarium &eacute;tait incontestablement le plus grand cin&eacute;ma de Tunis du monde&nbsp;!<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tCe n&rsquo;est que quelques ann&eacute;es plus tard que je dus me rendre &agrave; l&rsquo;&eacute;vidence. Cette salle n&rsquo;&eacute;tait connue que des Tunisois, injustement ignor&eacute;e &agrave; Londres, New York et m&ecirc;me Paris&nbsp;!<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p align=\"center\">\n\t<strong>James Dean, le Palmarium et moi<br \/>\n\t<\/strong><\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tLe Palmarium &eacute;tait incontestablement le plus grand cin&eacute;ma de Tunis du monde&nbsp;!<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tCe n&rsquo;est que quelques ann&eacute;es plus tard que je dus me rendre &agrave; l&rsquo;&eacute;vidence. Cette salle n&rsquo;&eacute;tait connue que des Tunisois, injustement ignor&eacute;e &agrave; Londres, New York et m&ecirc;me Paris&nbsp;!<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tC&rsquo;&eacute;tait, de plus, une sortie tout &agrave; fait accessible avec son prix d&rsquo;entr&eacute;e &agrave; 300 millimes qui repr&eacute;sentait moins du tiers de la &laquo;&nbsp;semaine&nbsp;&raquo; &agrave; laquelle nous avions droit. J&rsquo;ai ador&eacute; toutes les salles de cin&eacute;ma de Tunis (Le Globe, l&rsquo;ABC, le Colis&eacute;e, le Capitole, le Marivaux, etc.), mais incontestablement, le Palmarium restait, &agrave; mes yeux la salle la plus prestigieuse.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tL&rsquo;arriv&eacute;e au guichet repr&eacute;sentait la premi&egrave;re excitation et je ne manquais pas de scruter les hublots en verre d&eacute;poli bleu des portes qui s&eacute;paraient le hall d&rsquo;entr&eacute;e de la salle proprement dite, fronti&egrave;res entre le monde normal et celui, onirique, du septi&egrave;me art.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tA l&rsquo;int&eacute;rieur planait le parfum caract&eacute;ristique des salles de cin&eacute;, sans doute d&ucirc; &agrave; un produit d&eacute;sodorisant et antiseptique &agrave; la fois. Au Palmarium, les rideaux qui cachaient l&rsquo;&eacute;cran &ndash; pudeur aujourd&rsquo;hui disparue de nos salles modernes &ndash; &eacute;taient tr&egrave;s diff&eacute;rents de ceux des autres salles qui &eacute;taient habituellement faits d&rsquo;un lourd tissu rouge bordeaux. L&agrave;, nous avions droit &agrave; un tissu fronc&eacute; et dor&eacute;, tr&egrave;s avantageusement &eacute;clair&eacute; par des spots, comble de modernit&eacute; pour l&rsquo;&eacute;poque. Ce tissu me rappelait quelque chose, mais je ne pouvais dire pr&eacute;cis&eacute;ment quoi.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tNous attendions sagement le d&eacute;but de la s&eacute;ance. Une sono discr&egrave;te diffusait des morceaux de musique classique en sourdine. Parfois, nous avions droit &agrave; du jazz, ce qui me permettait de m&rsquo;amuser en observant la proportion de souliers vernis qui battaient la mesure pour tuer le temps et calmer l&rsquo;impatience de voir la salle plong&eacute;e dans le noir.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tEn g&eacute;n&eacute;ral, nous avions droit &agrave; un &laquo;&nbsp;Mickey&nbsp;&raquo;, terme g&eacute;n&eacute;rique que nous utilisions pour tous les dessins anim&eacute;s, puis aux Actualit&eacute;s Gaumont ou Path&eacute;, &agrave; moins que ce ne f&ucirc;t l&rsquo;ordre inverse.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tLes actualit&eacute;s concernaient, en grande partie, les activit&eacute;s de la semaine de notre bien-aim&eacute; Pr&eacute;sident, Habib Bourguiba, qui avait toujours des lettres de cr&eacute;ances &agrave; recevoir d&rsquo;un quelconque ambassadeur en smoking. Le contenu de ces lettres a toujours repr&eacute;sent&eacute; un myst&egrave;re et je me disais qu&rsquo;un jour, quand j&rsquo;serai grand, j&rsquo;en conna&icirc;trai la teneur. Ce n&rsquo;est toujours pas le cas et, &agrave; vrai dire, je m&rsquo;en tape un peu. Le reporter, sans doute inf&eacute;od&eacute; au pouvoir politique, d&eacute;marrait toujours son sujet par une vue en contre-plong&eacute;e d&rsquo;un lustre somptueux du palais pr&eacute;sidentiel, suivi d&rsquo;un vertigineux mouvement de rotation de cam&eacute;ra pour arriver sur notre cher Habib serrant la pogne du diplomate. Bourguiba, lors de ces c&eacute;r&eacute;monies, &eacute;tait toujours accompagn&eacute; de son ob&egrave;se de femme, Wassila, qui &eacute;tait v&ecirc;tue&hellip; Bon sang&nbsp;! Mais c&rsquo;est bien s&ucirc;r&nbsp;! C&rsquo;est &ccedil;a que les rideaux du Palmarium me rappelaient&nbsp;! Ils &eacute;taient faits du m&ecirc;me tissu que la robe de la pr&eacute;sidente&nbsp;!<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tBon, allez&nbsp;! Suffit les actus en noir et blanc&nbsp;! Aujourd&rsquo;hui, c&rsquo;est un film en couleurs que je suis venu voir, en Eastmancolor disait pr&eacute;cis&eacute;ment l&rsquo;affiche.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t<em>G&eacute;ant<\/em>est, je crois, le denier des trois films tourn&eacute;s par James Dean, apr&egrave;s <em>A l&rsquo;Est d&rsquo;Eden<\/em> et <em>La fureur de vivre<\/em>.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tIl est surtout &agrave; l&rsquo;origine d&rsquo;une des plus grandes frustrations cin&eacute;matographiques de mon enfance.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tJames Dean est, je crois, pendant tout le film en qu&ecirc;te de p&eacute;trole et ce que je retiens, dans mes souvenirs, c&#39;est que l&#39;on assiste &agrave; des forages incessants pendant deux heures. A la fin, j&#39;sais pas comment, l&#39;or noir finit par jaillir et Jimmy s&#39;en retrouve compl&egrave;tement recouvert et hurle de joie. L&#39;adorable bambin que j&#39;&eacute;tais ne comprenait d&eacute;j&agrave; pas pourquoi il &eacute;tait si enthousiaste d&#39;&ecirc;tre envelopp&eacute; de ce liquide poisseux, enthousiasme que semblait partager le public adulte du Palmarium. On pouvait percevoir des frissons d&#39;extase dans l&#39;assistance, &agrave; la vue de ce James Dean soudain transform&eacute; en Africain.<\/p>\n<p>\n\t<br \/>\n\tMais surtout, regardant par dessus l&#39;&eacute;paule du futur mythe posthume, le petit boudchou que j&rsquo;&eacute;tais voyait le p&eacute;trole, tant convoit&eacute; depuis pr&egrave;s de deux plombes, s&#39;&eacute;chapper en pure perte et se r&eacute;pandre sur le sable du d&eacute;sert. Je ne pouvais pas imaginer que notre h&eacute;ros ne se pr&eacute;cipit&acirc;t pas imm&eacute;diatement pour recueillir le pr&eacute;cieux liquide dans un r&eacute;cipient quelconque alors qu&#39;il nous bassinait (c&rsquo;est le cas de le dire) sans cesse avec cet or noir depuis le g&eacute;n&eacute;rique de d&eacute;but. Il y avait longtemps que j&rsquo;avais compris que je ne pouvais pas intervenir dans l&rsquo;intrigue d&rsquo;un film mais &ccedil;a me d&eacute;mangeait quand m&ecirc;me d&rsquo;aller engueuler Jimmy et d&rsquo;emp&ecirc;cher ce g&acirc;chis.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tEn sortant du cin&eacute;ma, la nuit &eacute;tait tomb&eacute;e sur Tunis. En g&eacute;n&eacute;ral, c&rsquo;&eacute;tait dans la rue que la magie du cin&eacute;ma op&eacute;rait, que le ph&eacute;nom&egrave;ne d&rsquo;identification au h&eacute;ros avec qui on avait pass&eacute; deux heures prenait corps. La pr&eacute;sence charismatique de James Dean finit par m&rsquo;habiter. J&rsquo;adoptai sa d&eacute;marche. Je r&eacute;citais, dans ma t&ecirc;te, une partie de ses dialogues et faisais miennes ses pens&eacute;es. Je ne lui en voulais plus. James Dean m&rsquo;aidait m&ecirc;me &agrave; grandir. Arriv&eacute; devant la maison, j&rsquo;&eacute;tais moi-m&ecirc;me devenu un g&eacute;ant&hellip;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tRestait cette fichue odeur de p&eacute;trole dont je mis plusieurs jours &agrave; me d&eacute;barrasser&hellip;<br \/>\n\t&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; James Dean, le Palmarium et moi &nbsp; Le Palmarium &eacute;tait incontestablement le plus grand cin&eacute;ma de Tunis du monde&nbsp;! &nbsp; Ce n&rsquo;est que quelques ann&eacute;es plus tard que je dus me rendre &agrave; l&rsquo;&eacute;vidence. Cette salle n&rsquo;&eacute;tait connue que des Tunisois, injustement ignor&eacute;e &agrave; Londres, New York et m&ecirc;me Paris&nbsp;! &nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":15404,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[69,52,50,17,13,1],"tags":[],"class_list":["post-839","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-habib-bourguiba","category-londres","category-new-york","category-souvenirs","category-tunis","category-uncategorized"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/839","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=839"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/839\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/media\/15404"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=839"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=839"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=839"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}