{"id":8415,"date":"2015-08-11T02:46:29","date_gmt":"2015-08-11T02:46:29","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=8415"},"modified":"2015-08-11T00:51:44","modified_gmt":"2015-08-11T00:51:44","slug":"carnet-de-voyage-un-maghrebin-en-israel","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/carnet-de-voyage-un-maghrebin-en-israel\/","title":{"rendered":"Carnet de voyage : un Maghr\u00e9bin en Isra\u00ebl"},"content":{"rendered":"<div>\n<p>\n\t\tCarnet de voyage : un Maghr&eacute;bin en Isra&euml;l<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\tPar Youssef A&iuml;t Akdim<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"texte\" itemprop=\"articleBody\">\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\tInvit&eacute; par une organisation juive fran&ccedil;aise, notre collaborateur Youssef A&iuml;t Akdim est all&eacute; d&eacute;couvrir les r&eacute;alit&eacute;s de l&#39;&Eacute;tat h&eacute;breu par lui-m&ecirc;me. R&eacute;cit.<\/p>\n<p>\n\t\tQuand mon r&eacute;dacteur en chef m&#39;a propos&eacute; de le remplacer pour un voyage de presse organis&eacute; par le&nbsp;Conseil repr&eacute;sentatif des institutions juives de France (Crif)&nbsp;en Isra&euml;l, je me suis rem&eacute;mor&eacute; un &eacute;tudiant arriv&eacute; &agrave; Paris en 2001, d&eacute;couvrant l&#39;intensit&eacute; du d&eacute;bat sur le conflit isra&eacute;lo-arabe. Courir les conf&eacute;rences et les d&eacute;bats. Lire. Beaucoup. Discuter. Parfois trop. En 2002, au plus de fort de l&#39;op&eacute;ration Rempart,&nbsp;<a href=\"http:\/\/www.jeuneafrique.com\/tags\/3021\/\" target=\"_blank\">Yasser Arafat<\/a>&nbsp;&eacute;tait assi&eacute;g&eacute; &agrave; la Mouqataa, tandis que ce jeune homme, qui avait cr&eacute;&eacute; un journal avec des amis, couvrait les manifestations des deux bords qui se succ&eacute;daient &agrave; Paris et s&#39;inqui&eacute;tait de la mont&eacute;e des actes antis&eacute;mites en France.<\/p>\n<p>\n\t\tCet &eacute;tudiant, c&#39;&eacute;tait moi. Propalestinien par culture et au nom d&#39;une certaine id&eacute;e de la justice, je ne comprenais pas l&#39;amalgame (encore fr&eacute;quent) entre antis&eacute;mitisme et antisionisme. Comme je ne peux toujours pas admettre que l&#39;on prenne pr&eacute;texte de la souffrance des Palestiniens, peuple spoli&eacute;, trahi, vaincu, pour justifier la haine des Juifs. J&#39;ai toujours voulu visiter Isra&euml;l ET les territoires palestiniens. Sur place, beaucoup d&#39;interlocuteurs isra&eacute;liens d&eacute;noncent la myopie des m&eacute;dias, surtout fran&ccedil;ais, et leur obsession pour le conflit. Pourtant, l&#39;occupation est l&agrave;, la r&eacute;sistance palestinienne sous toutes ses formes aussi. L&#39;ignorer serait absurde, m&ecirc;me si, pour la jeunesse de Tel-Aviv, le bruit et la fureur sont surtout ceux de la nightlife.<\/p>\n<p>\n\t\tCertains de mes amis et coll&egrave;gues ne comprennent pas que l&#39;on visite Isra&euml;l. De la col&egrave;re franche &agrave; la d&eacute;ception &agrave; peine cach&eacute;e, les r&eacute;actions sont vari&eacute;es. Apr&egrave;s ce voyage, je suis plus que jamais convaincu qu&#39;il faut s&#39;y rendre, multiplier les points de vue, prendre le risque d&#39;&eacute;branler ses certitudes, et mesurer le chemin qu&#39;il reste &agrave; parcourir.<\/p>\n<p>\n\t\t<br \/>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t<strong>S&eacute;curit&eacute;, sport national<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\t&quot;Nous ne tamponnons plus les passeports. Pas la peine de demander.&quot; C&#39;est par cette formule ass&eacute;n&eacute;e en anglais (&quot;No need to ask&quot;), une pointe de s&eacute;cheresse que l&#39;on pourrait prendre pour de l&#39;agacement dans la voix, que le visiteur est accueilli &agrave; l&#39;a&eacute;roport David-Ben-Gourion. La polici&egrave;re est jeune, brune, ses cheveux sont boucl&eacute;s. En pendentif, une petite croix de David bleu azur s&#39;affiche sur sa tenue r&eacute;glementaire. Muni d&#39;une carte bleue &agrave; flashcode, me voici admis en Isra&euml;l, une premi&egrave;re. Le voyage, tr&egrave;s matinal, a dur&eacute; environ cinq heures. Bien avant l&#39;atterrissage, une annonce pr&eacute;venait : &quot;Mesdames et messieurs, nous nous pr&eacute;parons &agrave; entrer dans l&#39;espace a&eacute;rien isra&eacute;lien. Nous vous demandons d&#39;attacher vos ceintures et de ne plus quitter votre si&egrave;ge.&quot; Grand, &eacute;lanc&eacute;, souriant mais un peu crisp&eacute;, le steward d&#39;Air France explique les pr&eacute;cautions prises sur les vols &agrave; destination d&#39;Isra&euml;l. &quot;Il y a quelques ann&eacute;es, un officier de s&eacute;curit&eacute; isra&eacute;lien &eacute;tait obligatoirement pr&eacute;sent &agrave; bord. Il y en a peut-&ecirc;tre un parmi les passagers.&quot;<\/p>\n<p>\n\t\t&Agrave; la sortie de l&#39;avion, pas de tracasseries administratives, je pr&eacute;sente mon passeport marocain et le visa sur feuille volante au premier rideau de policiers. &quot;Motif du s&eacute;jour ? &#8211; Voyage de presse.&quot; Le temps d&#39;acheter un t&eacute;l&eacute;phone local et d&#39;&eacute;changer mes euros contre des shekels, et nous voil&agrave; embarqu&eacute;s dans un bus de tourisme. Sin&acirc;n, notre chauffeur, est un Arabe r&eacute;sident de Beit Hanina, une banlieue de J&eacute;rusalem-Est. Lors de nos trajets, il m&#39;aidera &agrave; am&eacute;liorer mon arabe palestinien. Quant &agrave; notre guide isra&eacute;lien, Gil, parfaitement francophone, il a des origines marocaines.&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t<strong>Shalom, salam !<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\tDans la ville sainte, nous rencontrons d&#39;abord des interlocuteurs francophones. Denis Charbit, professeur de sciences politiques &agrave; l&#39;universit&eacute; ouverte d&#39;Isra&euml;l, &agrave; Tel-Aviv, est un Isra&eacute;lien de gauche. Il a coordonn&eacute; les chapitres consacr&eacute;s &agrave; la p&eacute;riode contemporaine dans&nbsp;<a href=\"http:\/\/www.jeuneafrique.com\/Articles\/Dossier\/JA2755p028.xml2\/\" target=\"_blank\">Histoire des relations entre juifs et musulmans des origines &agrave; nos jours<\/a>&nbsp;(Albin Michel, 2013), l&#39;imposante encyclop&eacute;die dirig&eacute;e par&nbsp;<a href=\"http:\/\/www.jeuneafrique.com\/tags\/1366\/\" target=\"_blank\">Abdelwahab Meddeb<\/a>&nbsp;et&nbsp;<a href=\"http:\/\/www.jeuneafrique.com\/tags\/7494\/\" target=\"_blank\">Benjamin Stora<\/a>. Selon Charbit, &quot;l&#39;atmosph&egrave;re d&#39;escalade verbale entre&nbsp;<a href=\"http:\/\/www.jeuneafrique.com\/tags\/1982\/\" target=\"_blank\">John Kerry<\/a>&nbsp;et des membres du gouvernement isra&eacute;lien montre que les discussions avancent&quot;. Tout au long du voyage, la presse et nos interlocuteurs font grand cas des efforts d&eacute;ploy&eacute;s par le secr&eacute;taire d&#39;&Eacute;tat am&eacute;ricain pour pr&eacute;senter &#8211; &quot;imposer&quot;, selon certains&nbsp;&#8211; son&nbsp;<a href=\"http:\/\/www.jeuneafrique.com\/Article\/JA2770p048.xml0\/\" target=\"_blank\">framework agreement<\/a>, un accord-cadre pr&eacute;alable &agrave; une paix entre Isra&eacute;liens et Palestiniens. &quot;Kerry le missionnaire a modifi&eacute; le rapport de forces. L&#39;argument du boycott &eacute;conomique, m&ecirc;me s&#39;il est difficile &agrave; entendre, commence &agrave; peser.&quot; Yigal Palmor lui-m&ecirc;me, le porte-parole du minist&egrave;re des Affaires &eacute;trang&egrave;res, partage cet optimisme prudent : &quot;Benyamin Netanyahou a beaucoup &eacute;volu&eacute; depuis le milieu des ann&eacute;es 1990. Aujourd&#39;hui, il &eacute;voque m&ecirc;me l&#39;id&eacute;e d&#39;abandonner la souverainet&eacute; des colonies de Cisjordanie si les Palestiniens acceptent d&#39;accorder la nationalit&eacute; aux Isra&eacute;liens qui y sont install&eacute;s. Je ne dis pas que la paix est proche, seulement que les choses &eacute;voluent.&quot;<\/p>\n<p>\n\t\tDans les faits, la pression p&egrave;se aussi sur les Palestiniens. L&#39;Autorit&eacute; que dirige le pr&eacute;sident&nbsp;<a href=\"http:\/\/www.jeuneafrique.com\/tags\/1182\/\" target=\"_blank\">Mahmoud Abbas<\/a>&nbsp;est isol&eacute;e, elle n&#39;exerce son pouvoir, tr&egrave;s relatif, que sur une partie des territoires palestiniens. Devant un caf&eacute; turc, le Palestinien Wissam s&#39;emporte : &quot;Nos gouvernants nous ont vendus. Ils ont accept&eacute;&nbsp;<a href=\"http:\/\/www.jeuneafrique.com\/Article\/ARTJAWEB20130905183115\/\" target=\"_blank\">[les accords d&#39;]Oslo<\/a>, puis la colonisation, et maintenant ils nous proposent un arrangement inacceptable. Ils voyagent, vont boire un verre &agrave; Tel-Aviv quand ils veulent&#8230; Toute l&#39;aide est d&eacute;tourn&eacute;e.&quot;<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t<strong>D&eacute;jeuner avec Hanan Ashrawi<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\t&Agrave; Ramallah, nous d&eacute;jeunons avec Hanan Ashrawi, la premi&egrave;re femme &eacute;lue au Conseil l&eacute;gislatif palestinien. Ancienne ministre de l&#39;Enseignement sup&eacute;rieur, elle a d&eacute;missionn&eacute; en 1998 pour protester contre la corruption qui r&eacute;gnait dans le gouvernement. Elle est tr&egrave;s critique sur les n&eacute;gociations en cours : &quot;Je ne vois pas pourquoi on me forcerait &agrave; reconna&icirc;tre le caract&egrave;re juif de l&#39;&Eacute;tat d&#39;Isra&euml;l. Ce n&#39;est pas &agrave; moi, Palestinienne, de d&eacute;finir ce que sera Isra&euml;l. Je revendique un &Eacute;tat civil et d&eacute;mocratique pour les Palestiniens.&quot;<\/p>\n<p>\n\t\tElle d&eacute;taille les violations des droits les plus &eacute;l&eacute;mentaires que subissent ses concitoyens sous l&#39;occupation isra&eacute;lienne, &eacute;voque le cas de sa fille, dont le statut de r&eacute;sidente &agrave; J&eacute;rusalem a &eacute;t&eacute; r&eacute;voqu&eacute;. Son r&eacute;cit &#8211;&nbsp;&agrave; peine interrompu par une bouch&eacute;e d&#39;un excellent mezz&eacute; du Darna&nbsp;&#8211; est kafka&iuml;en : &quot;En tant que r&eacute;sident, vous devez constamment prouver que la ville est &quot;le centre de votre vie&quot;. Vous n&#39;avez pas le droit de vivre ailleurs. Si vos enfants &eacute;tudient &agrave; l&#39;&eacute;tranger, ils risquent de perdre leur statut. Ils doivent rentrer r&eacute;guli&egrave;rement pour conserver leur &quot;document de voyage&quot;. Pendant ses &eacute;tudes aux &Eacute;tats-Unis, ma cadette s&#39;est mari&eacute;e avec un Palestinien, elle est tomb&eacute;e enceinte. Quand elle a voulu renouveler ce document, elle a perdu son statut car l&#39;ambassade d&#39;Isra&euml;l a jug&eacute; que &quot;J&eacute;rusalem n&#39;&eacute;tait plus le centre de sa vie&quot;. Elle n&#39;a obtenu qu&#39;un visa de tourisme. &Agrave; l&#39;a&eacute;roport Ben-Gourion, on lui a refus&eacute; le droit d&#39;entrer et il a &eacute;t&eacute; d&eacute;cid&eacute; de la renvoyer aux &Eacute;tats-Unis. Humili&eacute;e, elle a paniqu&eacute;. Son b&eacute;b&eacute; pleurait, elle n&#39;avait plus de lait, plus de couches. J&#39;ai alert&eacute; le consul am&eacute;ricain, qui a appel&eacute;&nbsp;<a href=\"http:\/\/www.jeuneafrique.com\/tags\/549\/\" target=\"_blank\">Condoleezza Rice<\/a>. J&#39;ai contact&eacute; le pr&eacute;sident [Mahmoud Abbas]. Je connaissais M&eacute;ir Ch&eacute;trit, le ministre de l&#39;Int&eacute;rieur isra&eacute;lien [&agrave; l&#39;&eacute;poque]. Un visa de deux semaines lui a finalement &eacute;t&eacute; accord&eacute;.&quot;<\/p>\n<p>\n\t\tL&#39;histoire ne s&#39;arr&ecirc;te pas l&agrave;. Quand sa fille a voulu se rendre en Jordanie en empruntant le pont Allenby parce que son mari, r&eacute;sident de Cisjordanie, ne peut passer par l&#39;a&eacute;roport international de Tel-Aviv, il lui a encore fallu appeler la cour royale &agrave; Amman et parlementer. Ashrawi n&#39;est pas dupe : &quot;Il y a beaucoup de cas comme celui-l&agrave;, moi j&#39;ai la chance de conna&icirc;tre du monde.&quot;<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t<strong>Le fardeau du drapeau<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\tIci, &agrave; Ramallah, nous sommes en zone&nbsp;A, l&#39;Autorit&eacute; palestinienne exerce une juridiction civile. Les Palestiniens ont leur propre police, mais pas encore de monnaie. C&#39;est l&agrave; que se concentrent les minist&egrave;res, les organisations internationales et l&#39;intelligentsia locale. Dans le quartier administratif de la Mouqataa se trouve le mausol&eacute;e de Yasser Arafat. Deux jeunes gardes veillent le p&egrave;re de la nation. Dans ce lieu de m&eacute;moire ouvert vingt-quatre heures sur vingt-quatre, on vient se prendre en photo. &Eacute;mergeant d&#39;une BMW noire rutilante, deux jeunes Palestiniens de la haute emm&egrave;nent visiter le tombeau &agrave; leurs accompagnatrices : une Allemande et une Tunisienne.<\/p>\n<p>\n\t\t&Agrave; quelques encablures, le palais pr&eacute;sidentiel et le mus&eacute;e, encore en construction. &quot;Ce n&#39;est qu&#39;un b&acirc;timent provisoire, m&#39;assure le chauffeur de taxi qui m&#39;y d&eacute;pose. Quand nous r&eacute;cup&eacute;rerons Al-Qods [J&eacute;rusalem], il sera enterr&eacute; dans notre capitale.&quot; Un voeu pieux ? Le mausol&eacute;e, un immense cube de onze m&egrave;tres de c&ocirc;t&eacute;, n&#39;a rien de provisoire. Le contraste avec le mus&eacute;e Mahmoud-Darwich est saisissant. Comme le monument d&eacute;di&eacute; &agrave; Arafat, la structure perch&eacute;e sur un petit talus qui surplombe la ville a &eacute;t&eacute; con&ccedil;ue par le grand architecte palestinien Jaafar Touqan. Outre la tombe, le lieu comprend un mus&eacute;e rassemblant des reliques du po&egrave;te palestinien : sa valise, sa carte d&#39;immatriculation, des manuscrits, des d&eacute;corations, et son bureau, reconstitu&eacute;. Sur le parvis, qui accueille un amphith&eacute;&acirc;tre et un jardin, un gigantesque drapeau ne parvient pas &agrave; flotter. Comme une m&eacute;taphore d&#39;une nation trop lourde &agrave; porter. N&#39;est-ce pas&nbsp;<a href=\"http:\/\/www.jeuneafrique.com\/tags\/397\/\" target=\"_blank\">Mahmoud Darwich<\/a>&nbsp;qui &eacute;crivait en 2002 :<\/p>\n<p>\n\t\t&quot;Ici, aux pentes des collines, face au cr&eacute;puscule et au canon du temps \/ Pr&egrave;s des jardins aux ombres bris&eacute;es, \/ Nous faisons ce que font les prisonniers, \/ Ce que font les ch&ocirc;meurs : \/ Nous cultivons l&#39;espoir&quot; ( &quot;&Eacute;tat de si&egrave;ge&quot;, 2002.)<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t<strong>Si loin, si proche<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\tRamallah est &agrave; moins de 20&nbsp;km de J&eacute;rusalem-Est, mais le trajet n&#39;est pas de tout repos. Des deux c&ocirc;t&eacute;s, les habitants utilisent des taxis collectifs. Les Isra&eacute;liens les appellent sherut, les Palestiniens service. Pour rejoindre J&eacute;rusalem, il faut passer par un check-point, &agrave; Qalandiya. Les couloirs ressemblent &agrave; des cages, et les tourniquets ne fonctionnent pas toujours. Je me trompe de file, fais demi-tour. Un m&eacute;gaphone r&eacute;percute des ordres en h&eacute;breu que je ne comprends pas.<\/p>\n<p>\n\t\tJe trouve enfin la bonne file. Le tourniquet est bloqu&eacute;, je dois attendre. Il fait d&eacute;j&agrave; nuit. Enfin, le syst&egrave;me red&eacute;marre. J&#39;arrive devant une gu&eacute;rite. Derri&egrave;re la vitre, deux jeunes soldats m&#39;observent, un peu &eacute;tonn&eacute;s. &quot;Ani lo medaber ivrit !&quot; [&quot;Je ne parle pas h&eacute;breu !&quot;] La discussion se poursuit en anglais. Je plaque contre la vitre mon passeport, mon visa sur feuille volante et la carte valant tampon d&#39;entr&eacute;e. Les appel&eacute;s se d&eacute;tendent et me laissent passer.<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\tLe retour par un soir de shabbat promet une ville calme. Seuls les quelques caf&eacute;s-bars de Hillel Street sont ouverts. Samedi sera l&#39;occasion de retourner dans la vieille ville. La premi&egrave;re visite s&#39;est faite au pas de course, juste avant une rencontre avec Rachel Azaria, adjointe au maire de J&eacute;rusalem. Cette orthodoxe f&eacute;ministe lutte contre les discriminations faites aux femmes par les ultraorthodoxes, notamment dans les transports publics. Elle a port&eacute; son combat devant la Cour supr&ecirc;me et a gagn&eacute; par deux fois. Construit par Alstom, le tramway qui traverse J&eacute;rusalem d&#39;est en ouest longe, pr&egrave;s de la vieille ville, le trac&eacute; de la ligne verte du 4&nbsp;juin 1967, avant la guerre des Six-Jours.<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t<strong>Disneyland religieux<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\tEntre ses remparts et ses portes m&eacute;di&eacute;vales, la vieille ville de J&eacute;rusalem concentre les &eacute;difices religieux avec une densit&eacute; in&eacute;dite. Sur ces quelques hectares, on passe en dix minutes d&#39;un cimeti&egrave;re chr&eacute;tien orthodoxe &agrave; une synagogue situ&eacute;e pr&egrave;s d&#39;une &eacute;cole de jeunes gar&ccedil;ons, puis on aper&ccedil;oit l&#39;une des innombrables &eacute;glises du coin, avant de distinguer un minaret. Ici, les portes renseignent sur le propri&eacute;taire et sa communaut&eacute; : grec orthodoxe, arm&eacute;nien, franciscain&#8230; Les musulmans pieux affichent leur qualit&eacute; de hadji sur le fronton de leur maison. Lors de la visite du monast&egrave;re d&#39;Abou Gosh, propri&eacute;t&eacute; de la R&eacute;publique fran&ccedil;aise en terre musulmane, le p&egrave;re Louis Marie insiste sur les racines juives du christianisme. Il nous introduit, &agrave; la tomb&eacute;e de la nuit, dans le jardin d&eacute;di&eacute; au cardinal Lustiger. La r&eacute;conciliation entre juifs et catholiques sera c&eacute;l&eacute;br&eacute;e prochainement, lors de la visite du pape Fran&ccedil;ois.<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\tDans le J&eacute;rusalem historique, &agrave; l&#39;heure o&ugrave; Isra&euml;l reconstruit des synagogues et o&ugrave; les Arabes d&eacute;noncent les atteintes port&eacute;es &agrave; l&#39;Esplanade des mosqu&eacute;es, le drapeau du Vatican, carr&eacute; et bicolore, flotte tr&egrave;s haut. On ne voit que lui quand on s&#39;approche de la porte de Damas. Foule bigarr&eacute;e, touristes de toutes nationalit&eacute;s se bousculent dans les innombrables lieux de culte.<\/p>\n<p>\n\t\tEn tournant le dos au Haram al-Sharif (l&#39;Esplanade) et en suivant la Via Dolorosa, on arrive au Saint-S&eacute;pulcre. Selon les croyants, la basilique abrite le tombeau du Christ. On y acc&egrave;de par une petite place. L&#39;un des h&eacute;ritiers du clan Nusseibeh, la plus vieille famille arabe de J&eacute;rusalem, garde symboliquement les cl&eacute;s du lieu. Ici se croisent et cohabitent des p&egrave;lerins de diff&eacute;rentes &eacute;glises, tous venus toucher la pierre de l&#39;onction. Chacun a sa chapelle, comme dans un supermarch&eacute; de la foi : franciscains, grecs orthodoxes, arm&eacute;niens, coptes, &eacute;thiopiens orthodoxes. Le temps de manger un falafel dans l&#39;une des nombreuses gargotes du coin, je cherche un guide pour visiter l&#39;Esplanade des mosqu&eacute;es et le D&ocirc;me du Rocher, troisi&egrave;me lieu saint de l&#39;islam. &Agrave; l&#39;entr&eacute;e principale, un soldat isra&eacute;lien m&#39;arr&ecirc;te et me demande de r&eacute;citer&nbsp;Al-Fatiha, la premi&egrave;re sourate du Coran, un s&eacute;same obligatoire pour &ecirc;tre autoris&eacute; &agrave; aller plus loin. L&#39;acc&egrave;s des non-musulmans est r&eacute;gul&eacute; pour &eacute;viter les heurts. Je passe le premier contr&ocirc;le. S&#39;avance alors un repr&eacute;sentant du Waqf, l&#39;autorit&eacute; religieuse qui administre les lieux selon un arrangement complexe entre Isra&eacute;liens et Jordaniens. La veille, apr&egrave;s la pri&egrave;re du vendredi, les Isra&eacute;liens sont entr&eacute;s sur l&#39;Esplanade pour arr&ecirc;ter des jeunes qui leur lan&ccedil;aient des pierres. Grenades incapacitantes, balles caoutchout&eacute;es dont les &eacute;clats jonchent le sol, le calme qui r&egrave;gne aujourd&#39;hui para&icirc;t bien fragile. Mon guide tente de me vendre un tapis de pri&egrave;re, me vante la baraka des lieux. Je d&eacute;cline poliment. C&#39;est d&eacute;finitif, J&eacute;rusalem n&#39;est pas un paradis pour la&iuml;ques.<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t<strong>Un air du temps<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\tAu-del&agrave; du simple reportage et du macabre d&eacute;compte des morts, qui demeure, quoi qu&#39;on en dise, notre principale t&acirc;che de journaliste, il arrive parfois que l&#39;on touche quelque chose de nouveau. Un air du temps ou une intuition. Dans le faux parall&egrave;le que force une guerre, les chances sont rarement &eacute;gales. Aujourd&#39;hui, les Palestiniens sont vaincus. Militairement bien s&ucirc;r, mais pas seulement. La division entre Gaza et la Cisjordanie est peut-&ecirc;tre plus douloureuse encore. Les soul&egrave;vements des peuples arabes ont fait passer au second plan la &quot;cause&quot;. Malgr&eacute; tout, la Palestine continue de vivre par sa culture, son identit&eacute;. Mahmoud Darwich, &agrave; qui l&#39;on a souvent attribu&eacute; l&#39;&eacute;tiquette de po&egrave;te de la r&eacute;sistance, se d&eacute;finissait comme un &quot;po&egrave;te troyen&quot; : &quot;J&#39;ai choisi d&#39;&ecirc;tre le po&egrave;te de Troie parce que Troie n&#39;a pas relat&eacute; son histoire. Et nous n&#39;avons pas &agrave; ce jour relat&eacute; la n&ocirc;tre.&quot;<\/p>\n<\/div>\n<p>\n\t<br \/>\n\tJeuneafrique.com :&nbsp;<a href=\"http:\/\/www.jeuneafrique.com\/Article\/JA2773p022.xml0\/#ixzz2vne4F52X\">Reportage | Carnet de voyage : un Maghr&eacute;bin en Isra&euml;l&nbsp;<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Carnet de voyage : un Maghr&eacute;bin en Isra&euml;l &nbsp; Par Youssef A&iuml;t Akdim &nbsp; &nbsp; Invit&eacute; par une organisation juive fran&ccedil;aise, notre collaborateur Youssef A&iuml;t Akdim est all&eacute; d&eacute;couvrir les r&eacute;alit&eacute;s de l&#39;&Eacute;tat h&eacute;breu par lui-m&ecirc;me. R&eacute;cit. Quand mon r&eacute;dacteur en chef m&#39;a propos&eacute; de le remplacer pour un voyage de presse organis&eacute; par le&nbsp;Conseil&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[215,283,62,10,106,63,11,14,141,35,1,114],"tags":[],"class_list":["post-8415","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-albin-michel","category-benjamin-stora","category-cisjordanie","category-france","category-john-kerry","category-mahmoud-abbas","category-moyen-orient","category-paris","category-ramallah","category-tel-aviv","category-uncategorized","category-yasser-arafat"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8415","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=8415"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8415\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=8415"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=8415"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=8415"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}