{"id":8419,"date":"2016-06-24T03:56:34","date_gmt":"2016-06-24T03:56:34","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=8419"},"modified":"2016-06-23T23:56:13","modified_gmt":"2016-06-23T23:56:13","slug":"elia-benamozegh-de-livourne","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/elia-benamozegh-de-livourne\/","title":{"rendered":"Elia Benamozegh de Livourne"},"content":{"rendered":"<p>\n\tElia Benamozegh<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p>\n\tElia Benamozegh<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tElia Benamozegh&nbsp;(Livourne, 1823-1900) a consacr&eacute; toute son &eacute;nergie &agrave; la d&eacute;fense et &agrave; la diffusion de la cabale, &agrave; une &eacute;poque o&ugrave; les milieux savants juifs d&#39;Europe la refusaient comme doctrine &ldquo;&eacute;trang&egrave;re&rdquo;, fausse ou barbare. Rabbin &agrave; Livourne o&ugrave; il enseignait la th&eacute;ologie au s&eacute;minaire rabbinique et assumait la t&acirc;che de rabbin-pr&eacute;dicateur, Benamozegh s&#39;&eacute;tait nourri d&egrave;s son plus jeune &acirc;ge de cabbale et de philosophie. Il avait &eacute;tudi&eacute; la premi&egrave;re avec son oncle maternel, Y&eacute;houdah Coriat, d&#39;origine marocaine comme l&#39;&eacute;tait d&#39;ailleurs la famille paternelle (F&egrave;s) ; puisqu&#39;il avait &ldquo;re&ccedil;u&rdquo; la doctrine, comme il le d&eacute;clare tr&egrave;s discr&egrave;tement dans une oeuvre de jeunesse (Eimath mafguia&#39;), il peut &ecirc;tre consid&eacute;r&eacute; comme un v&eacute;ritable&nbsp;meqoubbal. Il s&#39;&eacute;tait en revanche initi&eacute; &agrave; la seconde en autodidacte.<\/p>\n<p>\n\tSon oeuvre est abondante et vari&eacute;e : elle couvre les domaines de l&#39;ex&eacute;g&egrave;se biblique (Nir le-Dawid, commentaire sur les Psaumes, Livourne 1858 ;&nbsp;Em la-Miqra, commentaire sur le Pentateuque, 5 vol., ivi 1862-1865) ; du droit (Delle fonti del diritto ebraico,&nbsp;ivi 1882 ;&nbsp;Ya&#39;aneh ba-&#39;es, ivi 1886) ; de l&#39;apologie (Morale Juive et morale chr&eacute;tienne, Paris 1867) ; de la pol&eacute;mique (Eimath mafguia&#39;, Livourne 1855 ;&nbsp;Ta&#39;am leshad, ivi 1863), de l&#39;histoire (Storia degli Esseni, Florence 1865) ; et du projet religieux (Isra&euml;l et l&#39;humanit&eacute;, Paris 1914). Mais c&#39;est dans la th&eacute;ologie qu&#39;il donnera le meilleur de lui-m&ecirc;me (Teologia: Dio, Livourne 1877 ;&nbsp;Spinoza et la kabbale, dans&nbsp;Univers Isra&eacute;liteXIX, 1864). Une d&eacute;marche th&eacute;ologique est par ailleurs pr&eacute;sente dans tous ses ouvrages.<\/p>\n<p>\n\tElia Benamozegh participe au d&eacute;bat philosophique europ&eacute;en avec une&nbsp;forma mentis&nbsp;de cabbaliste. De ce fait, sa pens&eacute;e peut &ecirc;tre lue aussi bien dans un contexte g&eacute;n&eacute;ral qu&#39;&agrave; l&#39;int&eacute;rieur d&#39;une tradition sp&eacute;cifiquement juive. Cette double appartenance a pu nuire &agrave; la r&eacute;ception de son oeuvre : repouss&eacute; par les rabbins de Syrie et de Terre Sainte puisque scandaleusement ouvert aux mythologies du Moyen Orient et au christianisme, aux marges de la grande culture europ&eacute;enne &agrave; cause des r&eacute;serves vis-&agrave;-vis de ses r&eacute;f&eacute;rences cabbalistique, il se d&eacute;finit lui-m&ecirc;me, non sans ironie, &ldquo;comme suspendu en l&#39;air&rdquo; (Tzori Guil&#39;ad, dans&nbsp;Ha-Levanon, suppl., Paris 1871). Il se range aux c&ocirc;t&eacute;s du philosophe catholique lib&eacute;ral Vincenzo Gioberti (1801-1852), en partageant sa critique de la dialectique h&eacute;g&eacute;lienne. Pour les deux penseurs religieux, la synth&egrave;se pr&eacute;c&egrave;de les moments de la th&egrave;se et de l&#39;antith&egrave;se, Dieu pr&eacute;c&egrave;de le monde et l&#39;homme&nbsp;; l&#39;histoire humaine est un progr&egrave;s &agrave; l&#39;infini, qui tend &agrave; se rapprocher de la pl&eacute;nitude divine (Teologia). Dans ce sens, Benamozegh est un penseur progressiste qui partage l&#39;optimisme de son si&egrave;cle : mais le progr&egrave;s tel qu&#39;il l&#39;entend s&#39;identifie au retour &agrave; Dieu, dans un proc&egrave;s &#8211; &agrave; jamais inachev&eacute; &#8211; d&#39;unification du divin &eacute;parpill&eacute; dans le monde. Les visions unitaires du n&eacute;oplatonisme et de la cabale acqui&egrave;rent une forme plus dynamique, et plus ample (l&#39;acteur du progr&egrave;s n&#39;est pas l&#39;individu, mais l&#39;Humanit&eacute;). L&#39;&eacute;volutionnisme darwinien n&#39;est pas absent non plus de son &eacute;laboration th&eacute;orique&nbsp;: il l&#39;ins&egrave;re dans un contexte m&eacute;taphysique, dans lequel joue un r&ocirc;le primordial le concept de&nbsp;berour, s&eacute;lection.<\/p>\n<p>\n\tLa contribution la plus originale de Benamozegh est probablement l&#39;id&eacute;e de l&#39;&ecirc;tre comme s&eacute;rie de consciences concentriques, et de Dieu comme Conscience des consciences. L&#39;histoire consiste en un passage progressif de l&#39;inconscient au conscient, et Dieu repr&eacute;sente la conscience d&eacute;ploy&eacute;e (Biblioth&egrave;que de l&#39;h&eacute;bra&iuml;sme, Livourne 1897). On peut retrouver ici l&#39;ancienne id&eacute;e cabbalistique (Cf. Ezra de G&egrave;rone,&nbsp;Commentaire sur le Cantique des Cantiques) de la cr&eacute;ation comme passage de l&#39;inconnu au connu, la manifestation progressive de ce qui a toujours exist&eacute;, et le sch&eacute;ma mental des&nbsp;s&eacute;firoth&nbsp;comme circonf&eacute;rences concentriques ; tout cela s&#39;ins&egrave;re en m&ecirc;me temps dans la mouvance de l&#39;id&eacute;alisme allemand, mais aussi de la psychanalyse (Freud n&#39;est pas loin).<\/p>\n<p>\n\tLa cabale repr&eacute;sente, pour Benamozegh, la v&eacute;ritable tradition dogmatique du juda&iuml;sme qui serait, sans ses doctrines, une &eacute;norme machine rituelle sans raison id&eacute;ale profonde ; elle peut repr&eacute;senter une solution &agrave; la crise religieuse de l&#39;Europe, puisqu&#39;elle r&eacute;unit le monoth&eacute;isme &ldquo;s&eacute;mitique&rdquo; et l&#39;esprit de multiplicit&eacute; propre aux &ldquo;aryens&rdquo; (Isra&euml;l et l&#39;humanit&eacute;). Il faut bien la distinguer du christianisme et du spinozisme, qui ont cass&eacute; l&#39;&eacute;quilibre d&eacute;licat entre monde divin (en particulier la&nbsp;s&eacute;firah malkhouth) et monde humain : le premier en &ocirc;tant toute positivit&eacute; au monde humain (il l&#39;appelle &ldquo;union vers le haut&rdquo;,&nbsp;Morale juive et morale chr&eacute;tienne,&nbsp;L&#39;origine des dogmes chr&eacute;tiens, in&eacute;dit), le second en le divinisant (c&#39;est l&#39;&rdquo;union vers le bas&rdquo;,&nbsp;Spinoza et la kabbale,&nbsp;Biblioth&egrave;que de l&#39;h&eacute;bra&iuml;sme). La pr&eacute;sence de la notion talmudique et cabbalistique de&nbsp;qitsouts ha-neti&#39;oth&nbsp;(couper les jeunes pousses), comme indication des limites entre l&#39;orthodoxie et le basculement vers l&#39;h&eacute;r&eacute;sie, est dans ce cas &eacute;vidente.<\/p>\n<p>\n\tBenamozegh s&#39;opposait, comme la plupart de ses contemporains juifs d&#39;Europe de l&#39;Ouest, &agrave; la tournure que la cabale avait prise chez les&nbsp;hassidim&nbsp;de l&#39;Est, qui lui semblait orient&eacute;e vers la &ldquo;thaumaturgie&rdquo;, d&eacute;pourvue de son noyau philosophique et, au fond, obscurantiste. Quant au d&eacute;bat sur l&#39;authenticit&eacute; de l&#39;attribution du&nbsp;Zohar, il y participa de fa&ccedil;on originale, en se d&eacute;clarant pr&ecirc;t &agrave; accepter l&#39;hypoth&egrave;se d&#39;une r&eacute;daction m&eacute;di&eacute;vale, mais en maintenant l&#39;anciennet&eacute; et le caract&egrave;re traditionnel des doctrines (Ta&#39;am leshad ; Lettere a S. D. Luzzatto, Livourne 1890). Dans ce domaine, comme dans d&#39;autres (par exemple la th&eacute;orie du langage), la vision historique de Benamozegh semble sup&eacute;rieure au positivisme na&iuml;f, qui triomphait &agrave; l&#39;&eacute;poque dans l&#39;Europe savante.<\/p>\n<p>\n\tA. G.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Elia Benamozegh &nbsp; &nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":18783,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[246,18,14,1],"tags":[],"class_list":["post-8419","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-florence","category-histoire","category-paris","category-uncategorized"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8419","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=8419"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8419\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/media\/18783"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=8419"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=8419"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=8419"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}