{"id":8563,"date":"2016-05-13T00:04:04","date_gmt":"2016-05-13T00:04:04","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=8563"},"modified":"2016-05-16T00:28:16","modified_gmt":"2016-05-16T00:28:16","slug":"les-ecrivains-italiens-de-tunisie-1896-1956","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/les-ecrivains-italiens-de-tunisie-1896-1956\/","title":{"rendered":"Les \u00e9crivains italiens de Tunisie (1896 \u2013 1956)"},"content":{"rendered":"<p>\n\tLes&nbsp;&eacute;crivains italiens de Tunisie (1896 &ndash; 1956): En qu&ecirc;te de leur patrie litt&eacute;raire<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tPar Alessio Loreti<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<div>\n<p>\n\t\tCultures, identit&eacute;s et exp&eacute;rimentations litt&eacute;raires dans les &eacute;crits des Italiens de Tunisie: tel est le th&egrave;me d&rsquo;une excellente th&egrave;se de doctorat soutenue avec succ&egrave;s par Alessio Loretti, en d&eacute;cembre dernier, &agrave; l&rsquo;Universit&eacute; UPEC Paris Cr&eacute;teil.&nbsp;<br \/>\n\t\tAttach&eacute; &agrave; sa famille maternelle qui est tunisienne de naissance, son attention de chercheur a toujours &eacute;t&eacute; attir&eacute;e par un domaine encore assez n&eacute;glig&eacute; par les comparatistes : les &eacute;crits des Italiens de Tunisie . Il y consacre sa th&egrave;se dans un premier bilan de recherche qu&rsquo;il compte poursuivre et approfondir. C&rsquo;est ce qu&rsquo;il explique &agrave; Leaders.<\/p>\n<p>\n\t\tApr&egrave;s mon baccalaur&eacute;at en lettres classiques &agrave; Rome, je n&rsquo;ai pas opt&eacute; tout de suite pour des &eacute;tudes litt&eacute;raires. J&rsquo;ai obtenu dans un premier temps un dipl&ocirc;me en &eacute;conomie et gestion &agrave; l&rsquo;Universit&agrave; Commerciale Bocconi de Milan (2001), puis un master en &eacute;tudes du Proche et Moyen-Orient &agrave; la School of Oriental and African Studies de Londres (2002).&nbsp;<\/p>\n<p>\t\tMais j&rsquo;&eacute;tais depuis tr&egrave;s longtemps int&eacute;ress&eacute; aux vicissitudes des Italiens de Tunisie durant la p&eacute;riode coloniale; cela me passionnait tout particuli&egrave;rement puisque ma famille maternelle est tunisienne de naissance. Tout en exer&ccedil;ant mes fonctions d&rsquo;enseignant au sein de l&rsquo;&Eacute;ducation nationale, j&rsquo;ai d&eacute;cid&eacute; de poursuivre des &eacute;tudes en litt&eacute;rature francophone (2003), afin de concentrer mes recherches sur les &eacute;crits &eacute;pars d&rsquo;un certain nombre d&rsquo;auteurs m&eacute;connus et &agrave; la marge des litt&eacute;ratures tunisienne, italienne et francophone.<\/p>\n<p>\n\t\tIl a &eacute;t&eacute; question d&rsquo;abord de rassembler ces &eacute;crits dispers&eacute;s entre plusieurs biblioth&egrave;ques italiennes, tunisoises et parisiennes, avant de trouver un d&eacute;nominateur commun qui ne saurait pas se limiter &agrave; la seule &laquo;filiation&raquo; italienne. En revanche, j&rsquo;ai exclu du corpus tout texte dont l&rsquo;auteur n&rsquo;intervient pas dans le d&eacute;bat franco-italien en Tunisie coloniale ou qui ne refl&egrave;te pas l&rsquo;imaginaire de la communaut&eacute; italienne. L&rsquo;arc temporel va de 1896, lorsque le premier ouvrage d&rsquo;un Italien de Tunis fut publi&eacute;, jusqu&rsquo;&agrave; l&rsquo;ind&eacute;pendance du pays en 1956.&nbsp;<\/p>\n<p>\t\tApr&egrave;s le rep&eacute;rage de ces &eacute;crits, leur classement a repr&eacute;sent&eacute; une difficult&eacute; majeure. Face au cloisonnement des disciplines et &agrave; la tentation de vouloir tout cataloguer de fa&ccedil;on artificielle, les &eacute;crivains italiens de Tunisie nous prouvent qu&rsquo;une multiple appartenance identitaire est viable sans qu&rsquo;il y ait obligatoirement d&rsquo;exclusion mutuelle. D&rsquo;ailleurs, les Italiens de Tunisie ne repr&eacute;sentent pas un cas unique de m&eacute;tissage culturel et linguistique dans le monde (voir par exemple les communaut&eacute;s europ&eacute;ennes d&rsquo;Afrique du Sud, les Canadiens francophones ou encore les Italiens d&rsquo;Egypte). Une &eacute;criture sui generis, tunisienne mais d&rsquo;expression allog&egrave;ne, &eacute;merge d&rsquo;un dialogue entre des mondes parfois en concurrence. Le r&ocirc;le documentaire sociologique et ethnologique de cette litt&eacute;rature minoritaire et marginale est loin d&rsquo;&ecirc;tre insignifiante, car elle nous d&eacute;crit la &laquo; rupture &raquo; entre les communaut&eacute;s italienne et fran&ccedil;aise en Tunisie coloniale. Cette &eacute;criture refl&egrave;te ainsi l&rsquo;interaction entre des cultures &eacute;trang&egrave;res et l&rsquo;expression d&rsquo;identit&eacute;s partag&eacute;es ou en relations conflictuelles. Ainsi, comment le mythe de Carthage est revisit&eacute; par les puissances coloniales presque vingt si&egrave;cles apr&egrave;s la r&eacute;daction de l&rsquo;&Eacute;n&eacute;ide ? Le d&eacute;bat culturel qui s&rsquo;engage est des plus passionnants.&nbsp;<\/p>\n<p>\t\tLe r&ocirc;le de l&rsquo;Histoire dans la vocation litt&eacute;raire de ces auteurs est d&eacute;terminant: l&rsquo;aspect historique ne repr&eacute;sente donc pas simplement l&rsquo;arri&egrave;re-plan de leur &eacute;criture. L&rsquo;interpr&eacute;tation d&rsquo;un pass&eacute; que la France, l&rsquo;Italie et la Tunisie partagent, est divergente : l&rsquo;histoire antique est r&eacute;interpr&eacute;t&eacute;e dans le discours colonial, alors que la communaut&eacute; italienne de Tunisie intervient r&eacute;guli&egrave;rement dans ce d&eacute;bat.<\/p>\n<p>\n\t\t<strong>Une seule patrie litt&eacute;raire possible: la Tunisie<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\tSelon Armand Guibert (1906-1990), dans les ann&eacute;es trente, Tunis constituait un observatoire ouvert vers l&rsquo;Autre et vers l&rsquo;&eacute;tranger, offrant un terreau propice aux exp&eacute;riences interculturelles. Il nous fait remarquer que &laquo;la colline de Carthage est un assez bon prosc&eacute;nium d&rsquo;o&ugrave; la voix peut ais&eacute;ment franchir les mers avec les pr&eacute;jug&eacute;s, un de ces hauts lieux d&rsquo;o&ugrave; un po&egrave;me peut avoir sur quelques &acirc;mes choisies plus d&rsquo;efficacit&eacute; qu&rsquo;une conf&eacute;rence de la paix&raquo;.<\/p>\n<p>\t\tLes &icirc;les &eacute;voquant par d&eacute;finition la particularit&eacute;, l&rsquo;ind&eacute;pendance, la marginalit&eacute;, aux yeux de Guibert, la Tunisie repr&eacute;sente donc une grande &laquo;&icirc;le&raquo; m&eacute;ridionale, la plus &eacute;loign&eacute;e des &icirc;les m&eacute;diterran&eacute;ennes, derri&egrave;re la Corse, la Sardaigne, Ischia et Capri, la Sicile, Malte, Pantelleria et Lampedusa.<\/p>\n<p>\t\tEn Tunisie, l&rsquo;&eacute;tranger participe &agrave; une confrontation de voix disparates, provenant de l&rsquo;Orient et de l&rsquo;Occident :<br \/>\n\t\tlieu d&rsquo;&eacute;changes au confluent des courants de l&rsquo;histoire, sordide et a&eacute;r&eacute;e selon les quartiers, ici tortueuse, l&agrave; rectiligne, sentant le safran, le curcuma, la coriandre, la citronnade, l&rsquo;anisette, l&rsquo;huile chaude, la saumure et le jasmin, elle brassait tout un magma humain, issu de mille venelles, qui trottinait sans h&acirc;te entre les mosqu&eacute;es de rites divers, parmi les souks couverts de claies et de cotonnades, sous les ficus bien taill&eacute;s d&rsquo;une large avenue. Si le port, &eacute;loign&eacute; de la mer, ignorait le rythme et le frisson de la houle, on y voyait des mahonnes du sud d&eacute;charger des gargoulettes g&eacute;antes, et des voiliers siciliens &agrave; la cale accueillante.<\/p>\n<p>\t\tAinsi, l&rsquo;&eacute;crivain issu d&rsquo;un univers humain aussi diversifi&eacute; trouve sa raison d&rsquo;&ecirc;tre dans le r&ocirc;le d&rsquo;arbitre qu&rsquo;il s&rsquo;attribue, entre des forces en conflit qui l&rsquo;interpellent. Il s&rsquo;agit ensuite de partager ces exp&eacute;riences en les traduisant en &eacute;crits, parfois dans l&rsquo;urgence ou sans aucune virtuosit&eacute; litt&eacute;raire, ce qui toutefois n&rsquo;emp&ecirc;che pas l&rsquo;&eacute;crivain d&rsquo;&ecirc;tre efficace et fid&egrave;le aux r&eacute;alit&eacute;s qu&rsquo;il observe.<\/p>\n<p>\t\t&Agrave; la fin de mon &eacute;tude, j&rsquo;arrive &agrave; la conclusion que la seule patrie litt&eacute;raire possible de ces &eacute;crivains est la Tunisie. Apr&egrave;s la recherche de soi-m&ecirc;me qui suit son cours depuis son ind&eacute;pendance, serait-elle pr&ecirc;te &agrave; accueillir ses &eacute;crivains exil&eacute;s qui expriment bien son cosmopolitisme culturel, m&ecirc;me si allog&egrave;ne et li&eacute; pour la plupart &agrave; une situation coloniale destin&eacute;e &agrave; &ecirc;tre &eacute;radiqu&eacute;e car injuste, dont la Tunisie fut le th&eacute;&acirc;tre, malgr&eacute; elle?<\/p>\n<p>\n\t\tA.L.<\/p>\n<p>\n\t\t(*)Les &eacute;crits des Italiens de Tunisie (1896-1956) : cultures, identit&eacute;s et exp&eacute;rimentations litt&eacute;raires, th&egrave;se soutenue publiquement &agrave; l&rsquo;Universit&eacute; Paris-Est.<\/p>\n<p>\t\t(**) Armand Guibert, ibid., p. 54.<\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les&nbsp;&eacute;crivains italiens de Tunisie (1896 &ndash; 1956): En qu&ecirc;te de leur patrie litt&eacute;raire &nbsp; Par Alessio Loreti &nbsp; Cultures, identit&eacute;s et exp&eacute;rimentations litt&eacute;raires dans les &eacute;crits des Italiens de Tunisie: tel est le th&egrave;me d&rsquo;une excellente th&egrave;se de doctorat soutenue avec succ&egrave;s par Alessio Loretti, en d&eacute;cembre dernier, &agrave; l&rsquo;Universit&eacute; UPEC Paris Cr&eacute;teil.&nbsp; Attach&eacute; &agrave;&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":18847,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[23,52,241,11,14,60,13,9,1],"tags":[],"class_list":["post-8563","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-litterature","category-londres","category-milan","category-moyen-orient","category-paris","category-rome","category-tunis","category-tunisie","category-uncategorized"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8563","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=8563"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8563\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/media\/18847"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=8563"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=8563"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=8563"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}