{"id":8571,"date":"2015-12-07T01:58:27","date_gmt":"2015-12-07T01:58:27","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=8571"},"modified":"2015-12-06T21:12:16","modified_gmt":"2015-12-06T21:12:16","slug":"un-jour-au-hammam-des-lions-par-nadine-tibi","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/un-jour-au-hammam-des-lions-par-nadine-tibi\/","title":{"rendered":"UN JOUR, AU HAMMAM DES LIONS&#8230;.., par Nadine Tibi"},"content":{"rendered":"<div>\n\tUN JOUR, AU HAMMAM DES LIONS&#8230;..<\/div>\n<div>\n\t&nbsp;<\/div>\n<div>\n\t&nbsp;<\/div>\n<div>\n\t&nbsp;<\/div>\n<div>\n\t&nbsp;<\/div>\n<div>\n\t&nbsp;<\/div>\n<div>\n\t&nbsp;<\/div>\n<div>\n<div id=\"id_53438eecb80d53a07788107\">\n<p>\n\t\t\tDe sa d&eacute;marche fi&egrave;re et g&eacute;n&eacute;reuse, elle avan&ccedil;ait d&rsquo;un pas rapide vers le hammam , son &laquo; sanctuaire &raquo;, les bras charg&eacute;s de couffins , ses mules dor&eacute;es claquant le sol, imitant le kabkab ; elle &eacute;tait suivie de sa tribu et de leur nombreuse marmaille ; La porte clout&eacute;e &eacute;tait gard&eacute;e par deux gigantesques fauves &agrave; crini&egrave;re , d&rsquo;o&ugrave; son nom : Hammam des Lions.<\/p>\n<div>\n<p>\n\t\t\t\tEn p&eacute;n&eacute;trant dans le patio, une odeur de myrrhe et de benjoin pour &eacute;loigner les djenouns, ces mauvais esprits qui hantent parfois les maisons, flottait dans l&rsquo;air ; elles se dirig&egrave;rent vers une alc&ocirc;ve pour se d&eacute;v&ecirc;tir sans aucune pudeur ; le hammam &eacute;tait l&rsquo;antichambre de la foi , l&agrave; ou l&rsquo;on se purifie , digne h&eacute;ritier des m&oelig;urs romaines.<\/p>\n<p>\n\t\t\t\tUne autre smalah de femmes drap&eacute;es de blanc les rejoignirent en poussant des youyous de joie ; c&rsquo;&eacute;tait encore un jeudi, cinqui&egrave;me jour b&eacute;ni et on allait pr&eacute;parer une jeune promise, gracieuse comme une gazelle .<\/p>\n<p>\n\t\t\t\tDans la moiteur de la premi&egrave;re salle ti&egrave;de, vo&ucirc;t&eacute;e et carrel&eacute;e , &raquo;bit el bered &raquo; quelques femmes avaient pris place. Elles s&#39;acclimataient ainsi graduellement &agrave; la chaleur., attendant de p&eacute;n&eacute;trer dans l&rsquo;&eacute;tuve finale suffocante, Bit esskhoun..<\/p>\n<p>\n\t\t\t\tDe l&rsquo;eau bouillante jaillissait en cascade dans cette fosse qui semblait &ecirc;tre vestige de la civilisation punique ; les femmes se pr&eacute;lassaient : les unes, belles jouvencelles aux seins &agrave; peine naissants et &agrave; la taille fine, les autres aux hanches larges , &agrave; la poitrine opulente et lourde , dignes d&rsquo;une &oelig;uvre de Botero ainsi que de vieilles femmes aux seins &quot;Klimtiens&quot; d&eacute;shabit&eacute;s , tristement dess&eacute;ch&eacute;s ; des fillettes pub&egrave;res, hurlaient &agrave; l&rsquo;asphyxie , en proie &agrave; de terribles mamas qui versaient des seaux d&rsquo;eau sans discontinuit&eacute; sur elles &hellip;.<\/p>\n<p>\n\t\t\t\tUn d&eacute;cor digne d&rsquo;un film &raquo;Boughedirien &raquo; .<\/p>\n<p>\n\t\t\t\tParfois , on fermait les yeux sur un petit gar&ccedil;on de Halfaouine qui lui ,les ouvrait grands devant cet &eacute;tal de &laquo; chair enveloppante et app&eacute;tissante &raquo; de la gent f&eacute;minine d&rsquo;orient .<\/p>\n<p>\n\t\t\t\tAux cris d&rsquo;enfants se m&ecirc;laient les &eacute;clats de rire des femmes ; elles &eacute;taient l&agrave; pour se laver, se poncer, se pr&eacute;parer peut &ecirc;tre pour une nuit d&rsquo;amour, rendre leur peau glabre , leur chevelure brillante et douce .<\/p>\n<p>\n\t\t\t\tElles restaient assises sur les dalles de pierre , les cheveux enduits de tf&acirc;l, cet argile smectique parfum&eacute;, les jambes et autre partie intime de leur corps couvertes de &laquo; peinture bleue &raquo; d&eacute;pilatoire dont l&rsquo;odeur putride se m&ecirc;lait aux savonnettes parfum&eacute;e au jasmin ou &agrave; la rose &laquo; b&eacute;b&eacute; Cadum &raquo; ;<\/p>\n<p>\n\t\t\t\tau centre de la premi&egrave;re salle se dressait une haute estrade au sol humide et br&ucirc;lant o&ugrave; tr&ocirc;nait une vivace &laquo; harza &raquo; aux seins nus, la taille prise dans une fouta bariol&eacute;e , d&eacute;j&agrave; luisante et par&eacute;e de skasaks ..<\/p>\n<p>\n\t\t\t\tElle s&rsquo;affairait sur les corps offerts avec le cliquetis de son bac &agrave; eau en cuivre dor&eacute; , son gant en poil de ch&egrave;vre , la hak&egrave;k&egrave; et son savon noir ; elle frottait jusqu&rsquo;au sang pour extirper ces minuscules &laquo; nikitouches &raquo; de crasse ; les femmes se laissaient aller, les yeux mi clos, secou&eacute;es par ces bras vigoureux dans un ballottement de &laquo; poitrail &raquo; d&rsquo;avant en arri&egrave;re : &agrave; quoi pensaient elles ?<\/p>\n<p>\n\t\t\t\tEtait-ce un pr&eacute;lude &agrave; l&rsquo;amour ? elles &eacute;taient p&eacute;tries de fatigue, berc&eacute;es par ses ablutions au pouvoir apaisant et se laissaient enfin aller &agrave; une douce langueur, le corps enduit de savon, glissant sur le marbre &#8230;<\/p>\n<p>\n\t\t\t\tLa promise , les yeux baiss&eacute;s, pleurait doucement, troubl&eacute;e ; elle devait &laquo; jeter &raquo; sa honte de jeune fille pour la transformer en plaisir de femme, aid&eacute;e par l&rsquo;enseignement des aieules .Ne dit-on pas que l&rsquo;&eacute;treinte d&rsquo;amour soulage le corps et l&rsquo;esprit , &eacute;loigne la m&eacute;lancolie et contente le c&oelig;ur ?<\/p>\n<p>\n\t\t\t\tLes plus jeunes chantaient autour d&rsquo;elle tandis qu&rsquo;on la d&eacute;barrassait de tous ces poils impurs.<\/p>\n<p>\n\t\t\t\tLa m&egrave;re pr&eacute;parait alors une sorte de cataplasme de p&acirc;te de Henn&eacute;, renforc&eacute;e d&rsquo;eau de cologne et d&rsquo;ambre ; de tous les temps , c&rsquo;&eacute;tait une plante magique, porteuse de &laquo; mazel&raquo; , de baraka et de toutes les b&eacute;n&eacute;dictions.<\/p>\n<p>\n\t\t\t\tCes deux tribus aimaient ces substances et ses croyances orientales , ces paroles qui prot&eacute;geaient du mauvais oeil ; il esiste bien , cet &oelig;il d&rsquo;envie et de concupiscence qui, jet&eacute; par des m&eacute;chants , atteint le bon, le beau , l&rsquo;heureux, l&rsquo;int&egrave;gre .<\/p>\n<p>\n\t\t\t\tHamsa ou rmiss ! Cinq dans tes yeux ! elles pointaient les cinq doigts de la main qui devaient percer le mauvais &oelig;il &hellip;&hellip;<\/p>\n<p>\n\t\t\t\tDe l&rsquo;autre c&ocirc;t&eacute; , dans le fond de la pi&egrave;ce, une autre jolie fianc&eacute;e s&rsquo;appr&ecirc;tait &agrave; descendre dans la &quot;tbila&quot;, bassin d&rsquo;eau de pluie rituel, pour se laver de ses p&eacute;ch&eacute;s .<\/p>\n<p>\n\t\t\t\tC&rsquo;&eacute;tait une &laquo; d&eacute;bauche &raquo; de cris joyeux, de chants, de parfums de musc et d&rsquo;eau de cologne dans la chaleur ouat&eacute;e de la vapeur d&rsquo;eau et la vision imperceptible de corps en &laquo; puzzle &raquo; .<\/p>\n<p>\n\t\t\t\tEnfin , les deux tribus se retrouvaient ensemble, dans ce salon de repos, ce caf&eacute; des nattes o&ugrave; les attendaient des corbeilles de satin rouge et blanc , remplies de dentelles, de bougies, d&rsquo;eau de rose, de parfums, de fard &agrave; joues, de babouches ourl&eacute;es de cygne rouge ,de feuilles de henn&eacute;, de drag&eacute;es du bonheur&hellip;.<\/p>\n<p>\n\t\t\t\tSupr&ecirc;me et humble r&eacute;compense , des oranges sanguines juteuses pour rafra&icirc;chir les gosiers ass&eacute;ch&eacute;s et les khalebs d&rsquo;eau de puits offerts par la tenanci&egrave;re du hammam ; chacune rivalisait d&rsquo;&eacute;l&eacute;gance avec leurs plus pr&eacute;cieuses lingeries en ce lieu o&ugrave; seule, la nudit&eacute; &laquo; vallonn&eacute;e et capitonn&eacute;e &raquo; &eacute;tait cens&eacute;e se faire remarquable et remarqu&eacute;e .<\/p>\n<p>\n\t\t\t\tOn continuait de f&ecirc;ter les promises en se rhabillant, entre les jets de fiole d&rsquo;eau de rose et de fleur d&rsquo;oranger et la d&eacute;gustation mielleuse de mekrouds et cigares d&eacute;licieux .<\/p>\n<p>\n\t\t\t\tLes yeux de la belle A&iuml;cha se faisaient p&eacute;tillants , dessin&eacute;s de khol , porteur de chance&hellip;.<\/p>\n<p>\n\t\t\t\tEnduis ton corps de civette et d&rsquo;ambre chantaient les vieilles : ils avivent les sens !<\/p>\n<p>\n\t\t\t\tFais toi belle, jeune Esther, la tourterelle et &agrave; la premi&egrave;re &eacute;toile, pares toi de ton diad&egrave;me d&rsquo;oranger et de ta plus jolie robe de soie rouge pour ne pas croiser les mauvais regards et va jusqu&rsquo;&agrave; lui &hellip;<\/p>\n<p>\n\t\t\t\tIl t&rsquo;attend sous les tsagharits puissants des femmes qui excellent dans ces youyous que seuls les gens heureux reconnaissent !<\/p>\n<p>\n\t\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\t\tNADINE TIBI<\/p>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>UN JOUR, AU HAMMAM DES LIONS&#8230;.. &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; De sa d&eacute;marche fi&egrave;re et g&eacute;n&eacute;reuse, elle avan&ccedil;ait d&rsquo;un pas rapide vers le hammam , son &laquo; sanctuaire &raquo;, les bras charg&eacute;s de couffins , ses mules dor&eacute;es claquant le sol, imitant le kabkab ; elle &eacute;tait suivie de sa tribu et de&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":19435,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[228,17,1,54],"tags":[],"class_list":["post-8571","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-nadine-tibi","category-souvenirs","category-uncategorized","category-united-nations"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8571","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=8571"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8571\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/media\/19435"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=8571"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=8571"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=8571"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}