{"id":8583,"date":"2015-07-17T03:23:51","date_gmt":"2015-07-17T03:23:51","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=8583"},"modified":"2015-07-17T00:11:46","modified_gmt":"2015-07-17T00:11:46","slug":"reflexions-sur-la-judeophobie-contemporaine","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/reflexions-sur-la-judeophobie-contemporaine\/","title":{"rendered":"R\u00e9flexions sur la jud\u00e9ophobie contemporaine"},"content":{"rendered":"<p>\n\tR&eacute;flexions sur la jud&eacute;ophobie contemporaine<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<div id=\"ancre_video\">\n<div>\n<p>\n\t\t\tAntisionisme, propalestinisme et endoctrinement islamiste<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\tLe &nbsp;CRIF a publi&eacute; un recueil de textes en hommage au 70e anniversaire du CRIF, qui a &eacute;t&eacute; offert aux invit&eacute;s lors du 29e D&icirc;ner de l&rsquo;institution. Ce recueil est compos&eacute; de trente articles r&eacute;dig&eacute;s par des intellectuels, &eacute;crivains, journalistes, sociologues, philosophes&#8230; Nous reproduisons ci-apr&egrave;s le 26e article de ce recueil : la tribune de Pierre-Andr&eacute; Taguieff, Directeur de Recherches au CNRS.<\/p>\n<p>\n\t\t\tAujourd&rsquo;hui en France comme dans la plupart des d&eacute;mocraties pluralistes, les Juifs ne sont plus, &agrave; quelques rares exceptions pr&egrave;s, victimes de discrimination &agrave; l&rsquo;emploi, &agrave; l&rsquo;&eacute;ducation, au logement. Ils ont librement acc&egrave;s aux m&eacute;tiers des m&eacute;dias et de la culture, aux carri&egrave;res administratives ou lib&eacute;rales, et ne font plus l&rsquo;objet de discriminations dans l&rsquo;acc&egrave;s aux postes de responsabilit&eacute; politique.<\/p>\n<\/p><\/div>\n<p>\n\t\t<br \/>\n\t\tMais, en France tout particuli&egrave;rement, ils sont victimes de stigmatisations, de menaces et de violences physiques, provenant de nouveaux milieux sociaux, culturels et politiques qui n&rsquo;ont plus rien &agrave; voir avec ceux qui portaient la vieille extr&ecirc;me droite antijuive. Ils sont aussi, parall&egrave;lement, victimes d&rsquo;une diffamation globale permanente, entretenue par une partie du syst&egrave;me m&eacute;diatique, ralli&eacute;e au point de vue &laquo; antisioniste &raquo;, et relayant des rumeurs n&eacute;gatives &agrave; leur propos.<\/p>\n<div>\n<p>\n\t\t\tCe qui les expose &agrave; un soup&ccedil;on permanent, portant sur leur solidarit&eacute;, per&ccedil;ue comme une complicit&eacute; criminelle, avec les Isra&eacute;liens. Aux violences antijuives &laquo; d&rsquo;en bas &raquo;, attribuables pour l&rsquo;essentiel &agrave; des jeunes issus de l&rsquo;immigration ou &agrave; des islamistes radicaux n&eacute;s en France, s&rsquo;ajoute la jud&eacute;ophobie culturelle &laquo; d&rsquo;en haut &raquo;, produite et reproduite par les repr&eacute;sentants d&rsquo;un milieu politico-intellectuel et m&eacute;diatique &laquo; gauchiste &raquo; m&eacute;caniquement ralli&eacute; &agrave; la cause palestinienne, qui, de leurs postes de pouvoir ou d&rsquo;influence, contribuent &agrave; un endoctrinement jud&eacute;ophobe de masse(1). Ce gauchisme culturel occupe un espace beaucoup plus vaste que celui du gauchisme politique. Il traverse les fronti&egrave;res entre gauche et extr&ecirc;me gauche, et, sur certains th&egrave;mes d&rsquo;accusation (anti-isra&eacute;lisme, anti-am&eacute;ricanisme, anticapitalisme), impr&egrave;gne certains secteurs de l&rsquo;opinion droiti&egrave;re. Il peut &ecirc;tre plus ou moins sophistiqu&eacute;, selon qu&rsquo;il se manifeste dans les milieux associatifs ou dans l&rsquo;espace universitaire, o&ugrave; il prend les couleurs des modes intellectuelles, empruntant notamment le vocabulaire et les repr&eacute;sentations des &laquo; &eacute;tudes post-coloniales &raquo;.<\/p>\n<p>\n\t\t\tDe l&rsquo;islamisation de la &laquo; cause palestinienne &raquo; &agrave; son &eacute;rection en &laquo; cause universelle &raquo;<\/p>\n<p>\n\t\t\tEn France, l&rsquo;une des principales formes d&rsquo;intellectualisation des passions antijuives contemporaines consiste &agrave; nier l&rsquo;existence de ces derni&egrave;res, en avan&ccedil;ant la th&egrave;se &ndash; fausse &ndash; selon laquelle le racisme anti-immigr&eacute;s et l&rsquo;islamophobie auraient remplac&eacute; le vieil antis&eacute;mitisme. Le pr&eacute;suppos&eacute; de cette th&egrave;se de la substitution, qui revient &agrave; d&eacute;clarer que l&rsquo;antis&eacute;mitisme en tant que haine id&eacute;ologis&eacute;e des Juifs a d&eacute;finitivement disparu, est que l&rsquo;isra&eacute;lophobie et l&rsquo;antisionisme n&rsquo;ont rien &agrave; voir avec l&rsquo;antis&eacute;mitisme, et qu&rsquo;ils ne repr&eacute;sentent pas une nouvelle forme de haine des Juifs.<\/p>\n<p>\n\t\t\tCes n&eacute;gations sont pr&eacute;cis&eacute;ment au c&oelig;ur de j&rsquo;ai appel&eacute; d&egrave;s 1989 la &laquo; nouvelle jud&eacute;ophobie(2) &raquo;. Analysons bri&egrave;vement la rh&eacute;torique de la jud&eacute;ophobie implicite, en partant des poncifs et des clich&eacute;s &agrave; travers lesquels circule la rumeur n&eacute;gatrice selon laquelle &laquo; il n&rsquo;y a pas (ou plus) d&rsquo;antis&eacute;mitisme en France &raquo;. Elle fait partie du contenu implicitement islamophile du poncif &laquo; L&rsquo;islamophobie d&rsquo;aujourd&rsquo;hui est la r&eacute;p&eacute;tition de l&rsquo;antis&eacute;mitisme d&rsquo;hier &raquo;. Pour devenir cr&eacute;dible, ce clich&eacute; de propagande doit &ecirc;tre reli&eacute; &eacute;troitement au dogme id&eacute;ologique ind&eacute;finiment r&eacute;p&eacute;t&eacute; dans les m&eacute;dias : &laquo; Les assassins islamistes n&rsquo;ont rien &agrave; voir avec l&rsquo;islam &raquo;. La th&egrave;se de la substitution peut d&egrave;s lors &ecirc;tre formul&eacute; par ce slogan-type : &laquo; Antis&eacute;mites dans les ann&eacute;es 1930, islamophobes dans les ann&eacute;es 2000 &raquo;. Le m&ecirc;me refrain sloganique s&rsquo;entend sous diverses variantes : &laquo; Les musulmans sont les Juifs d&rsquo;aujourd&rsquo;hui &raquo;, &laquo; Les antijuifs d&rsquo;hier se sont convertis &agrave; l&rsquo;islamophobie &raquo;, ou encore &laquo; L&rsquo;islamophobie a pris la rel&egrave;ve de l&rsquo;antis&eacute;mitisme &raquo;. Le pr&eacute;suppos&eacute; commun de tous ces poncifs plus ou moins sloganis&eacute;s est que l&rsquo;antis&eacute;mitisme n&rsquo;existe plus.<\/p>\n<p>\n\t\t\tD&egrave;s lors, ceux qui d&eacute;clarent vouloir lutter contre l&rsquo;antis&eacute;mitisme ou la jud&eacute;ophobie aujourd&rsquo;hui peuvent &ecirc;tre d&eacute;nonc&eacute;s comme des imposteurs, coupables d&rsquo;avoir invent&eacute; de toutes pi&egrave;ces une menace d&eacute;sormais inexistante. La th&egrave;se de la substitution va de pair avec un d&eacute;placement du statut de la victime, &agrave; travers une lecture manich&eacute;enne du conflit isra&eacute;lo-palestinien. Alors que les Juifs, stigmatis&eacute;s comme &laquo; sionistes &raquo; (donc &laquo; racistes), sont &laquo; nazifi&eacute;s &raquo;, les Palestiniens sont victimis&eacute;s, pr&eacute;sent&eacute;s comme un peuple pers&eacute;cut&eacute; par les Juifs &laquo; dominateurs &raquo;. La figure rh&eacute;torique sollicit&eacute;e est celle de l&rsquo;inversion des r&ocirc;les, exprim&eacute;e par une formule du type &laquo; Les victimes d&rsquo;hier sont les bourreaux d&rsquo;aujourd&rsquo;hui &raquo;.<\/p>\n<p>\n\t\t\tD&rsquo;o&ugrave; l&rsquo;amalgame pol&eacute;mique : &laquo; Les Juifs, hier pers&eacute;cut&eacute;s par les nazis, sont les nazis d&rsquo;aujourd&rsquo;hui, qui pers&eacute;cutent les Palestiniens &raquo;. Cette th&egrave;se a &eacute;t&eacute; soutenue par des personnalit&eacute;s c&eacute;l&egrave;bres telles que l&rsquo;abb&eacute; Pierre ou Edgar Morin, avant d&rsquo;&ecirc;tre int&eacute;gr&eacute;e dans le discours de propagande antisioniste(3). Cette double th&egrave;se est diffus&eacute;e par des sociologues, des historiens et des politistes engag&eacute;s &agrave; gauche ou &agrave; l&rsquo;extr&ecirc;me gauche, entrepreneurs id&eacute;ologiques travaillant &agrave; &laquo; palestiniser &raquo; les campus universitaires. Elle est relay&eacute;e par nombre de journalistes et d&rsquo;enseignants du primaire et du secondaire, ainsi que par des partis politiques et des syndicats de gauche et d&rsquo;extr&ecirc;me gauche.<\/p>\n<p>\n\t\t\tLes th&egrave;ses &laquo; optimistes &raquo; annon&ccedil;ant le d&eacute;clin ou la fin prochaine de l&rsquo;antis&eacute;mitisme, assur&eacute;ment r&eacute;confortantes aux yeux de certains militants engag&eacute;s dans le combat id&eacute;ologique contre Isra&euml;l, sont toutes fausses, au regard des statistiques disponibles sur les faits antijuifs relev&eacute;s en France au cours des ann&eacute;es 1998-2012.<\/p>\n<p>\n\t\t\tL&rsquo;analyse de l&rsquo;&eacute;volution des faits antijuifs (violences et menaces confondues), recens&eacute;s en France de 1998 &agrave; 2012, montre une augmentation brutale de la jud&eacute;ophobie au d&eacute;but des ann&eacute;es 2000, avec des &laquo; pics &raquo; en 2000, 2002, 2004, 2009 et 2012(4). Le plus simple est de consid&eacute;rer l&rsquo;&eacute;volution des totaux annuels des faits antijuifs (actions violentes et menaces) : 1998 : 81, 1999 : 82, 2000 : 744, 2001 : 219, 2002 : 936, 2003 : 601, 2004 : 974, 2005 : 508, 2006 : 571, 2007 : 402, 2008 : 397, 2009 : 815, 2010 : 466, 2011 : 389, et 2012 : 614. L&rsquo;ann&eacute;e 2012 a commenc&eacute; par une recrudescence des actions violentes contre les Juifs.<\/p>\n<p>\n\t\t\tLes meurtres antijuifs commis &agrave; Toulouse par le jihadiste Mohamed Merah le 19 mars 2012 semblent avoir r&eacute;activ&eacute; les passages &agrave; l&rsquo;acte. Les musulmans de France, &agrave; quelques rares exceptions pr&egrave;s, ne se sont pas mobilis&eacute;s pour condamner ces assassinats antijuifs commis au nom de l&rsquo;Islam : organis&eacute;e par des musulmans le 28 avril &agrave; Paris, quelques jours apr&egrave;s la tuerie antijuive de Toulouse, une manifestation pour d&eacute;fendre les &laquo; valeurs de tol&eacute;rance &raquo; a r&eacute;uni &agrave; peine deux cents personnes. Or, les violences antijuives ordinaires sont souvent dues &agrave; des jeunes issus de l&rsquo;immigration de culture musulmane. Les personnes physiques sont d&eacute;sormais les premi&egrave;res touch&eacute;es par les actions antijuives. Le Rapport de la CNCDH pour l&rsquo;ann&eacute;e 2012 retient 177 actions et 437 menaces antis&eacute;mites, soit au total 614 faits antijuifs. Des chiffres en forte hausse par rapport &agrave; 2011 : une progression de 57,8% par rapport &agrave; l&rsquo;ann&eacute;e 2011 (389 faits).<\/p>\n<p>\n\t\t\tOn peut faire l&rsquo;hypoth&egrave;se que ces passages &agrave; l&rsquo;acte, notamment lorsqu&rsquo;ils sont occasionnels et non pr&eacute;m&eacute;dit&eacute;s, sont l&rsquo;expression de la banalisation d&rsquo;une culture antijuive dans certains milieux issus de l&rsquo;immigration de culture musulmane, endoctrin&eacute;s par des islamistes.<\/p>\n<p>\n\t\t\tLa haine qui vise les Juifs aujourd&rsquo;hui reste id&eacute;ologis&eacute;e, mais elle n&rsquo;est pas pour autant explicite. Car elle n&rsquo;appara&icirc;t gu&egrave;re dans l&rsquo;espace public que sous la forme de d&eacute;clarations virulentes contre Isra&euml;l et &laquo; le sionisme &raquo; ou &laquo; les sionistes &raquo;, cat&eacute;gories d&rsquo;usage pol&eacute;miques dont les fronti&egrave;res sont ind&eacute;finiment extensibles. Depuis la fin des ann&eacute;es 1960, la haine des Juifs est en effet port&eacute;e par ce qu&rsquo;il est convenu d&rsquo;appeler l&rsquo;antisionisme &ndash; mieux nomm&eacute; l&rsquo;antisionisme radical &ndash;, m&eacute;lange d&rsquo;hostilit&eacute; syst&eacute;matique &agrave; l&rsquo;&eacute;gard d&rsquo;Isra&euml;l, quelle que soit la politique du gouvernement en place, et de compassion exclusive pour les Palestiniens, quoi qu&rsquo;ils puissent faire.<\/p>\n<p>\n\t\t\tLe propalestinisme inconditionnel est d&eacute;sormais le principal vecteur de la haine des Juifs dans le monde. Il fournit en m&ecirc;me temps les principaux motifs d&rsquo;agir contre l&rsquo;&Eacute;tat d&rsquo;Isra&euml;l, r&eacute;duit &agrave; une &laquo; entit&eacute; &raquo; criminelle, et contre &laquo; le sionisme &raquo;, figure incarnant l&rsquo;un des grands mythes r&eacute;pulsifs de notre temps. Il s&rsquo;agit d&rsquo;un propalestinisme instrumental, la &laquo; cause palestinienne &raquo; servant d&rsquo;alibi &agrave; diverses forces qui, soit par int&eacute;r&ecirc;t g&eacute;ostrat&eacute;gique, soit en vertu de fortes convictions id&eacute;ologiques, ont pour objectif la destruction de l&rsquo;&Eacute;tat juif. Le mythe victimaire construit autour du &laquo; peuple palestinien &raquo; transforme en louables op&eacute;rations de &laquo; r&eacute;sistance &raquo; les pires actions terroristes visant des Juifs, en Isra&euml;l ou ailleurs.<\/p>\n<p>\n\t\t\t&Agrave; vrai dire, les propalestiniens sont indiff&eacute;rents aux int&eacute;r&ecirc;ts v&eacute;ritables de ceux qu&rsquo;ils pr&eacute;tendent repr&eacute;senter ou d&eacute;fendre. Dans l&rsquo;&eacute;tat pr&eacute;sent des rapports de force g&eacute;opolitiques, ceux qui veulent la disparition d&rsquo;Isra&euml;l d&eacute;clarent qu&rsquo;ils aspirent &agrave; &laquo; la paix &raquo;, une paix qui, selon eux, serait d&eacute;sir&eacute;e par les dirigeants palestiniens et refus&eacute;e par les Isra&eacute;liens. Tel est le grand mensonge politique destin&eacute; &agrave; &ecirc;tre repris en &eacute;cho par tous les ennemis d&rsquo;Isra&euml;l, et m&ecirc;me par ses amis aveugles ou na&iuml;fs. Les propalestiniens peuvent ainsi participer &agrave; la guerre polymorphe contre Isra&euml;l en se pr&eacute;sentant comme de courageux militants pacifistes, s&ucirc;rs d&rsquo;&ecirc;tre applaudis par tous ceux qui veulent en finir avec l&rsquo;&Eacute;tat juif, qu&rsquo;ils rejettent comme l&rsquo;&Eacute;tat en trop(5). L&rsquo;islamisation croissante de la &laquo; cause palestinienne &raquo;, cause victimaire universalis&eacute;e par le jeu de propagandes crois&eacute;es, lui a conf&eacute;r&eacute; en outre le statut symbolique d&rsquo;un front privil&eacute;gi&eacute; du jihad mondial. C&rsquo;est pourquoi la derni&egrave;re grande vague jud&eacute;ophobe se caract&eacute;rise par une forte mobilisation du monde musulman contre Isra&euml;l et le &laquo; sionisme mondial &raquo;, s&rsquo;accompagnant, chez les pr&eacute;dicateurs islamistes, d&rsquo;une vision apocalyptique du combat final contre les Juifs. Comme le r&eacute;p&egrave;te l&rsquo;article 28 de la Charte du Hamas (ao&ucirc;t 1988), qui r&eacute;sume en une phrase l&rsquo;id&eacute;ologie antijuive du mouvement islamiste : &laquo; Isra&euml;l, parce qu&rsquo;il est juif et a une population juive, d&eacute;fie l&rsquo;Islam et les musulmans. &raquo;<\/p>\n<p>\n\t\t\tLe programme antisioniste, ou le r&ecirc;ve d&rsquo;un isra&eacute;licide<\/p>\n<p>\n\t\t\tLe programme &laquo; antisioniste &raquo;, consid&eacute;r&eacute; dans ses formulations radicales, a un objectif explicite qui revient &agrave; vouloir &laquo; purifier &raquo; ou &laquo; nettoyer &raquo; la Palestine de la &laquo; pr&eacute;sence sioniste &raquo; ou &laquo; juive &raquo;, consid&eacute;r&eacute;e comme une &laquo; invasion &raquo; qui souille une terre palestinienne ou arabe (pour les nationalistes) ou une terre d&rsquo;Islam (pour les islamistes). En t&eacute;moigne le discours que Khaled Mechaal, chef du bureau politique du Hamas, a prononc&eacute; le 8 d&eacute;cembre 2012 &agrave; Gaza, &agrave; l&rsquo;occasion de la comm&eacute;moration des 25 ans d&rsquo;existence du Hamas. L&rsquo;appel &agrave; la destruction d&rsquo;Isra&euml;l est formul&eacute; comme un appel &agrave; la &laquo; lib&eacute;ration &raquo; de &laquo; toute la Palestine &raquo; : &laquo; Lib&eacute;rer la Palestine, TOUTE la Palestine est une obligation, un privil&egrave;ge, un objectif et un but. (&#8230;) Le jihad et la &ldquo;r&eacute;sistance&rdquo; arm&eacute;e sont le moyen v&eacute;ritable et exact de cette lib&eacute;ration et de la restauration de nos droits (&hellip;). La Palestine est et a toujours &eacute;t&eacute; arabe et islamique. Depuis toujours la Palestine est n&ocirc;tre, c&rsquo;est la terre des Arabes et de l&rsquo;islam(6). &raquo;<\/p>\n<p>\n\t\t\tUne telle vision manich&eacute;enne du monde exclut toute possibilit&eacute; de dialogue et de compromis. Or, les milieux propalestiniens &agrave; la fran&ccedil;aise, qui s&rsquo;emploient &agrave; transfigurer la dictature du Hamas &agrave; Gaza en m&ocirc;le de r&eacute;sistance contre les &laquo; agresseurs &raquo; isra&eacute;liens, font silence sur de tels propos. Le bellicisme islamiste explicitement revendiqu&eacute; par Mechaal glisse sur leur bonne conscience, qui consiste &agrave; ne d&eacute;noncer la volont&eacute; de guerre qu&rsquo;en l&rsquo;attribuant exclusivement aux Isra&eacute;liens. Leur vision enchant&eacute;e du &laquo; peuple palestinien &raquo; leur interdit toute pens&eacute;e critique : ils restent enferm&eacute;s dans leur culte palestiniste et leurs dogmes palestinophiles, sourds et aveugles devant la menace islamiste globalis&eacute;e (du Maghreb &agrave; l&rsquo;Afghanistan et au Pakistan), qui s&rsquo;accro&icirc;t notamment aux fronti&egrave;res d&rsquo;Isra&euml;l. L&rsquo;enracinement et l&rsquo;expansion, dans l&rsquo;imaginaire du monde musulman, d&rsquo;un grand r&eacute;cit n&eacute;gatif sur Isra&euml;l et &laquo; le sionisme &raquo; constituent l&rsquo;un des principaux obstacles &agrave; l&rsquo;&eacute;tablissement d&rsquo;une paix v&eacute;ritable et durable au Proche-Orient. Et l&rsquo;analyse des r&eacute;alit&eacute;s g&eacute;opolitiques ne saurait alimenter un regard optimiste sur l&rsquo;issue du conflit isra&eacute;lopalestinien, qui prend l&rsquo;allure d&rsquo;un m&eacute;ga-conflit &laquo; sionisto-islamiste &raquo;.<\/p>\n<p>\n\t\t\tLes r&eacute;cents bouleversements qui ont eu lieu dans certains pays du Maghreb et du Machrek, de la Tunisie &agrave; la Syrie en passant par la Libye et l&rsquo;&Eacute;gypte, ont abouti partout &agrave; la mont&eacute;e en puissance des mouvements islamistes, qu&rsquo;ils s&rsquo;agissent des Fr&egrave;res musulmans, de courants salafistes et jihadistes. En cons&eacute;quence, l&rsquo;appel au jihad contre les Juifs s&rsquo;est banalis&eacute;, sortant de la relative marginalit&eacute; o&ugrave; le maintenait son appropriation par Al-Qaida dans les ann&eacute;es 1990 et 2000. L&rsquo;incomp&eacute;tence du gouvernement install&eacute; par les Fr&egrave;res musulmans en &Eacute;gypte a provoqu&eacute; son renversement. Mais l&rsquo;on a de bonnes raisons de supposer que, dans l&rsquo;opinion &eacute;gyptienne, l&rsquo;antisionisme radical reste au m&ecirc;me niveau qu&rsquo;auparavant. Pour en avoir une id&eacute;e, donnons la parole au Fr&egrave;re musulman qui fut &eacute;lu &agrave; la t&ecirc;te de l&rsquo;&Eacute;tat le 30 juin 2012, Mohamed Morsi. Dans un discours diffus&eacute; sur Internet le 10 janvier 2010, Morsi d&eacute;clarait : &laquo; Chers fr&egrave;res, nous ne devons pas oublier de nourrir nos enfants et petits-enfants de haine envers ces sionistes et ces Juifs, et tous ceux qui les soutiennent. Ils doivent &ecirc;tre nourris de haine. La haine doit perdurer(7). &raquo;<\/p>\n<p>\n\t\t\tQuelques mois plus tard, dans un discours diffus&eacute; le 23 septembre 2010 par Al-Quds TV, Morsi exposait sans fard sa vision jihadiste du conflit isra&eacute;lo-palestinien : &laquo; Soit [vous acceptez] les sionistes et tout ce qu&rsquo;ils veulent, soit c&rsquo;est la guerre. C&rsquo;est ce que ces occupants de la terre de Palestine connaissent &#8211; ces sangsues [suceurs de sang] qui attaquent les Palestiniens, ces fauteurs de trouble, les descendants des singes et des porcs. (&hellip;) Nous devons employer toutes les formes de r&eacute;sistance contre eux. (&hellip;) Ils ne doivent poser le pied sur aucune terre arabe ou islamique. Ils doivent &ecirc;tre chass&eacute;s de nos pays(8). &raquo; Cette vision du combat contre les &laquo; sionistes &raquo; est partag&eacute;e par le guide supr&ecirc;me des Fr&egrave;res musulmans, Mohamed Badie, qui appelait le 11 octobre 2012 au jihad pour la lib&eacute;ration de J&eacute;rusalem : &laquo; Le jihad pour recouvrer Al-Qods est un devoir pour tous les musulmans. (&hellip;) Les sionistes ne comprennent que la force et ne renonceront &agrave; leurs transgressions (&hellip;) que par le jihad sacr&eacute;. &raquo; Les principaux chantres du &laquo; printemps arabe &raquo; se sont tus, sans faire leur autocritique, qui aurait pris l&rsquo;allure d&rsquo;un suicide intellectuel. Les milieux propalestiniens ont gard&eacute; quant &agrave; eux un silence complice, tant ils se r&eacute;jouissaient de ce que le vent de l&rsquo;Histoire, semant l&rsquo;islamisme radical autour d&rsquo;Isra&euml;l, leur laissait pr&eacute;voir l&rsquo;&eacute;limination de l&rsquo;&Eacute;tat juif.<\/p>\n<p>\n\t\t\tPour clarifier la terminologie qui ne cesse d&rsquo;&ecirc;tre obscurcie par l&rsquo;effet des pol&eacute;miques, il convient de se donner une d&eacute;finition de l&rsquo;antisionisme radical ou absolu d&eacute;nu&eacute;e d&rsquo;ambigu&iuml;t&eacute;. Il importe en effet de le distinguer clairement des formes d&eacute;mocratiquement l&eacute;gitimes de critique de la politique men&eacute;e par tel ou tel gouvernement isra&eacute;lien. Abord&eacute; dans sa dimension id&eacute;ologicopolitique, l&rsquo;antisionisme radical se reconna&icirc;t &agrave; son argumentation, dont la finalit&eacute; est de l&eacute;gitimer la destruction d&rsquo;Isra&euml;l, en banalisant l&rsquo;assimilation pol&eacute;mique d&rsquo;Isra&euml;l &agrave; un &laquo; &Eacute;tat raciste &raquo; ou d&rsquo;&laquo; apartheid &raquo;, &laquo; colonialiste &raquo; et &laquo; criminel &raquo;. Cinq traits permettent de d&eacute;finir le style et le contenu du discours des antisionistes radicaux :&nbsp;1&deg;&nbsp;le caract&egrave;re syst&eacute;matique de la critique d&rsquo;Isra&euml;l, une critique hyperbolique et permanente faite sur le mode de la d&eacute;nonciation publique et recourant aux techniques de la propagande (sloganisation, amalgames, etc.) ;2&deg;&nbsp;la pratique du &laquo; un poids, deux mesures &raquo; face &agrave; Isra&euml;l, c&rsquo;est-&agrave;-dire le recours au &laquo; double standard &raquo;. Cette pratique syst&eacute;matique de la mauvaise foi, d&egrave;s qu&rsquo;il s&rsquo;agit de l&rsquo;&Eacute;tat juif, conduit &agrave; la condamnation unilat&eacute;rale d&rsquo;Isra&euml;l, ind&eacute;pendamment de toute analyse des faits ;<\/p>\n<p>\n\t\t\t3&deg;&nbsp;la diabolisation de l&rsquo;&Eacute;tat juif, trait&eacute; comme l&rsquo;incarnation du mal, impliquant une mise en accusation permanente de la politique isra&eacute;lienne fond&eacute;e sur trois bases de r&eacute;duction mythiques : le racisme\/nazisme\/ apartheid, la criminalit&eacute; centr&eacute;e sur le meurtre d&rsquo;enfants palestiniens (ou musulmans) et le complot juif mondial (dit &laquo; sioniste &raquo;)(9) ;&nbsp;4&deg;&nbsp;la d&eacute;l&eacute;gitimation de l&rsquo;&Eacute;tat juif, la n&eacute;gation de son droit &agrave; l&rsquo;existence &ndash; donc la n&eacute;gation du droit du peuple juif &agrave; vivre comme tout peuple dans un &Eacute;tat-nation souverain &ndash;, ce qui implique d&rsquo;isoler l&rsquo;&Eacute;tat d&rsquo;Isra&euml;l sur tous les plans, en organisant notamment contre lui un boycott g&eacute;n&eacute;ralis&eacute; ;&nbsp;5&deg;&nbsp;l&rsquo;appel r&eacute;p&eacute;t&eacute; &agrave; la destruction de l&rsquo;&Eacute;tat juif, impliquant la r&eacute;alisation d&rsquo;un programme de &laquo; d&eacute;sionisation &raquo; radicale, ou plus simplement une guerre d&rsquo;extermination, o&ugrave; l&rsquo;Iran nucl&eacute;aris&eacute; jouerait le r&ocirc;le principal. C&rsquo;est cet appel &agrave; l&rsquo;&eacute;radication qui forme le c&oelig;ur du programme de l&rsquo;antisionisme radical, qui, mode de stigmatisation et de discrimination conduisant &agrave; la diabolisation de l&rsquo;&Eacute;tat d&rsquo;Isra&euml;l, rel&egrave;ve du racisme. Ce qui caract&eacute;rise la jud&eacute;ophobie dans l&rsquo;Histoire, c&rsquo;est d&rsquo;abord qu&rsquo;elle est &laquo; la haine la plus longue(10) &raquo;, ensuite qu&rsquo;elle n&rsquo;a cess&eacute; de prendre des formes nouvelles, de s&rsquo;adapter &agrave; l&rsquo;esprit du temps, de trouver de nouveaux alibis, d&rsquo;inventer des justifications in&eacute;dites. Le jud&eacute;ocide nazi a &eacute;t&eacute; la solution de la &laquo; question juive &raquo; dont r&ecirc;vaient les antis&eacute;mites europ&eacute;ens radicaux, l&rsquo;isra&eacute;licide est le r&ecirc;ve criminel partag&eacute; par les antisionistes radicaux d&rsquo;aujourd&rsquo;hui, un r&ecirc;ve mondialis&eacute; par les islamistes et leurs compagnons de route. &Ecirc;tre un antiraciste cons&eacute;quent, c&rsquo;est lutter contre l&rsquo;antisionisme radical devenu mondial, qui constitue l&rsquo;une des formes contemporaines de la pens&eacute;e raciste, incluant un programme d&rsquo;&eacute;limination de l&rsquo;ennemi diabolis&eacute;(11).<\/p>\n<p>\n\t\t\tLa jud&eacute;ophobie du XXIesi&egrave;cle<\/p>\n<p>\n\t\t\tLe propalestinisme est assur&eacute;ment le principal vecteur de la nouvelle haine des Juifs &agrave; laquelle on donne souvent le nom d&rsquo;&laquo; antisionisme &raquo;. Mais il est plus qu&rsquo;un vecteur. Il marque l&rsquo;entr&eacute;e dans un nouveau r&eacute;gime de jud&eacute;ophobie, fond&eacute; sur l&rsquo;attribution exclusive aux Palestiniens des traits d&rsquo;un peuple messianique dont le salut d&eacute;pend de la n&eacute;gation d&rsquo;Isra&euml;l. Le propalestinisme est ainsi devenu l&rsquo;un des noms possibles de la nouvelle jud&eacute;ophobie. Peut-&ecirc;tre le nom qui lui convient le mieux. Aujourd&rsquo;hui, on ne peut plus &ecirc;tre antijuif sans &ecirc;tre propalestinien. Mais c&rsquo;est la r&eacute;ciproque de cette proposition qui fait fr&eacute;mir : car il faut envisager qu&rsquo;on ne puisse plus &ecirc;tre propalestinien sans &ecirc;tre antijuif. Loin de provoquer d&eacute;go&ucirc;t et r&eacute;pulsion, la radicalit&eacute; exerce une s&eacute;duction sur de nombreux esprits. Et la radicalit&eacute; se porte vers le propalestinisme. Pour les propalestiniens inconditionnels de toutes origines, &laquo; le Juif &raquo; est devenu l&rsquo;ennemi. Gr&acirc;ce au propalestinisme, la jud&eacute;ophobie est &agrave; la port&eacute;e de tous, &laquo; sans distinction d&rsquo;origine, de race ou de religion &raquo;, comme disait l&rsquo;article 2 de la Constitution de la Ve R&eacute;publique (avant la suppression du mot &laquo; race &raquo;). Le XXIe si&egrave;cle commen&ccedil;ant a invent&eacute; la jud&eacute;ophobie universellement partageable.<\/p>\n<p>\n\t\t\tNotes&nbsp;:<\/p>\n<p>\n\t\t\t1. P.-A. Taguieff,&nbsp;La Nouvelle Propagande antijuive, Paris, PUF, 2010.<\/p>\n<p>\n\t\t\t2. P.-A. Taguieff, &laquo; La nouvelle jud&eacute;ophobie. Antisionisme, antiracisme, anti-imp&eacute;rialisme &raquo;,&nbsp;Les Temps Modernes, n&deg; 520, novembre 1989, pp. 1-80 ;&nbsp;La Nouvelle Jud&eacute;ophobie, Paris, Mille et une nuits\/Fayard, 2002.<\/p>\n<p>\n\t\t\t3. Voir P.-A. Taguieff,&nbsp;La Nouvelle Propagande antijuive, op. cit. , pp. 235, 450-451.<\/p>\n<p>\n\t\t\t4. Voir P.-A. Taguieff,&nbsp;La Jud&eacute;ophobie des Modernes.&nbsp;Des Lumi&egrave;res au Jihad mondial, Paris, Odile Jacob, 2008, pp. 376 sq. ; CNCDH,&nbsp;La Lutte contre le racisme, l&rsquo;antis&eacute;mitisme et la x&eacute;nophobie. Ann&eacute;e 2008, Paris, La Documentation fran&ccedil;aise, 2009 ; ibid., Ann&eacute;e 2009, 2010 ;<\/p>\n<p>\n\t\t\tAnn&eacute;e 2010, 2011 ; Ann&eacute;e 2011, 2012 ; Ann&eacute;e 2012, 2013.<\/p>\n<p>\n\t\t\t5. Voir P.-A. Taguieff,&nbsp;La Jud&eacute;ophobie des Modernes, op. cit. , pp. 15-80, 353-374, 495-496.<\/p>\n<p>\n\t\t\t6.&nbsp;<a href=\"http:\/\/www.crif.org\/fr\/revuedepresse\/khaled-mechaal-\">http:\/\/www.CRIF.org\/fr\/revuedepresse\/khaled-mechaal-&laquo;iln&rsquo;y-aucune-l&eacute;gitimit&eacute;-&agrave;-isra&euml;l-peu-importe-combien-de-temps-les-sionistes-ont-v&eacute;cu-en-palestine&raquo;\/33887<\/a><\/p>\n<p>\n\t\t\t7. Cit&eacute; in MEMRI TV, Clip, n&deg; 3713.<\/p>\n<p>\n\t\t\t8. Cit&eacute; in MEMRI,&nbsp;D&eacute;p&ecirc;che fran&ccedil;aise, n&deg; 389, 6 janvier 2013.<\/p>\n<p>\n\t\t\t9. P.-A. Taguieff,&nbsp;Court trait&eacute; de complotologie, Paris, Fayard\/Mille et une nuits, 2013, pp. 385-409.<\/p>\n<p>\n\t\t\t10. Robert S. Wistrich, Antisemitism :&nbsp;The Longest Hatred, Londres, Thames Methuen, 1991.<\/p>\n<p>\n\t\t\t11P.-A. Taguieff, Isra&euml;l et la question juive, St-Victor-de-Mor, Les provinciales, 2011.<\/p>\n<\/p><\/div>\n<div>\n<p>\n\t\t\tCRIF<\/p>\n<p>\n\t\t\t<a href=\"http:\/\/www.crif.org\/fr\/tribune\/r%C3%A9flexions-sur-la-jud%C3%A9ophobie-contemporaine\/50204\">R&eacute;flexions sur la jud&eacute;ophobie contemporaine<\/a><\/p>\n<\/p><\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>R&eacute;flexions sur la jud&eacute;ophobie contemporaine &nbsp; Antisionisme, propalestinisme et endoctrinement islamiste &nbsp; Le &nbsp;CRIF a publi&eacute; un recueil de textes en hommage au 70e anniversaire du CRIF, qui a &eacute;t&eacute; offert aux invit&eacute;s lors du 29e D&icirc;ner de l&rsquo;institution. 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