{"id":8651,"date":"2015-04-21T00:15:53","date_gmt":"2015-04-21T00:15:53","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=8651"},"modified":"2015-04-21T19:26:02","modified_gmt":"2015-04-21T19:26:02","slug":"assassine-a-auschwitz","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/assassine-a-auschwitz\/","title":{"rendered":"Assassin\u00e9 \u00e0 Auschwitz"},"content":{"rendered":"<p>\n\tAssassin&eacute; &agrave; Auschwitz<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tLe discours bouleversant de Ma&icirc;tre Benjamin Brafman &agrave; l&rsquo;occasion de Yom Hashoah.<\/p>\n<div id=\"content-area\">\n<p>\n\t\tje n&rsquo;ai pas surv&eacute;cu &ndash; j&rsquo;ai &eacute;t&eacute; assassin&eacute; &agrave; Auschwitz.<\/p>\n<p>\n\t\t<br \/>\n\t\tMon nom est Yechiel Michoel Friedman. J&rsquo;ai &eacute;t&eacute; &laquo;&nbsp;assassin&eacute;&nbsp;&raquo; &agrave; Auschwitz. Je ne suis pas mort &agrave; Auschwitz. J&rsquo;ai &eacute;t&eacute; &laquo;&nbsp;assassin&eacute;&nbsp;&raquo; &agrave; Auschwitz.<br \/>\n\t\tVous ne me connaissez pas. Aucune des personnes pr&eacute;sentes dans cette salle ne m&rsquo;a jamais rencontr&eacute; ; pas m&ecirc;me mon propre petit-fils, Ben Brafman, qui, lui non plus, ce n&rsquo;est un secret pour personne, ne m&rsquo;a pas connu. Je lui ai permis de parler pour moi ce soir, mais ce n&rsquo;est pas son discours. C&rsquo;est mon discours. Mon petit-fils parle pour moi, parce que, si j&rsquo;ai &eacute;t&eacute; assassin&eacute;, je n&rsquo;en ai pas pour autant &eacute;t&eacute; r&eacute;duit au silence. Vous devez vous souvenir de ma vie et de mon assassinat &ndash; non pas de ma mort &ndash; mais de mon assassinat. L&rsquo;assassinat de ma famille &ndash; de votre famille &ndash; de tant de familles &hellip;<br \/>\n\t\tCeci est mon histoire, une histoire vraie, une histoire triste, une histoire horrible.<br \/>\n\t\t<img decoding=\"async\" alt=\"\" src=\"http:\/\/www.terredisrael.com\/doc-blog11\/brafman-benjamin2.jpg\" \/><br \/>\n\t\tMon histoire, comme tant d&rsquo;autres, commence merveilleusement bien, se poursuit difficilement et se termine tragiquement mais sa fin n&rsquo;en est pas vraiment une, Baroukh Hachem ; puisque, m&ecirc;me si une grande partie de ma famille et moi-m&ecirc;me avons &eacute;t&eacute; brutalis&eacute;s et assassin&eacute;s, une autre partie elle, a surv&eacute;cu par miracle. Du fait que certains ont surv&eacute;cu, mon petit-fils existe, il est l&agrave; pour parler en mon nom, vous raconter l&rsquo;histoire de son grand-p&egrave;re &laquo; mon &raquo; histoire, l&rsquo;histoire de ma vie et l&rsquo;histoire de ma mort. L&rsquo;histoire de vies qui furent brutalement interrompues, la mienne, celle de Malka ma femme bien-aim&eacute;e, celle de Sima ma fille si jolie, si gracieuse, celle de son mari Yaacov jeune et vigoureux et celle de leur b&eacute;b&eacute;, ma petite-fille, ma &laquo; premi&egrave;re &raquo; petite-fille, Chaya Sarah. Ma petite Chaya Sarah, qui, &agrave; deux ans, fut arrach&eacute;e des bras de sa m&egrave;re, hurlant de terreur et jet&eacute;e dans un four &agrave; Auschwitz comme un objet sans valeur, comme si elle n&rsquo;&eacute;tait que quantit&eacute; n&eacute;gligeable.<br \/>\n\t\tAlors aujourd&rsquo;hui, je prends publiquement la parole pour vous dire que ma petite Chayala &eacute;tait loin d&rsquo;&ecirc;tre un objet sans valeur, elle avait de la valeur, nous en avions tous.<br \/>\n\t\tChaya Sarah &eacute;tait la seule petite-fille que j&rsquo;ai eue. Je l&rsquo;aimais comme seul un grand-p&egrave;re peut aimer ses petits-enfants. Les tueurs nazis l&rsquo;ont assassin&eacute;e, et avec elle 1.500.000 autres enfants juifs. Ils nous ont pris notre nachat &ndash; notre vie, notre joie et notre esp&eacute;rance. Ils ont pris nos b&eacute;b&eacute;s et les ont transform&eacute;s en cendres.<br \/>\n\t\tAujourd&rsquo;hui, je m&rsquo;adresse &agrave; vous ou plut&ocirc;t ma N&eacute;chama s&rsquo;adresse &agrave; vous,une &acirc;me venue du Ciel, assise aux cot&eacute;s de celles des millions de mes fr&egrave;res et s&oelig;urs &agrave; une place d&rsquo;honneur qui nous est r&eacute;serv&eacute;e. Nous sommes ceux que vous appelez Kedoshim (saints) dont les vies furent bris&eacute;es, an&eacute;anties uniquement parce que nous &eacute;tions juifs. Voici presque 70 ans, nous f&ucirc;mes massacr&eacute;s avec sauvagerie et brutalit&eacute; lorsqu&rsquo;un pays se trouva dirig&eacute; par des sauvages, tandis que le monde civilis&eacute;, dans son ensemble, observait en silence, d&eacute;cidant qu&rsquo;il &eacute;tait &laquo; permis d&rsquo;&eacute;craser la t&ecirc;te d&rsquo;un enfant de deux ans et de la jeter ensuite, encore vivante, hurlant de terreur, dans un four, qu&rsquo;il &eacute;tait permis aussi de gazer et de br&ucirc;ler et d&rsquo;assassiner ses parents et grands-parents &raquo;. Une nation civilis&eacute;e, une nation cultiv&eacute;e, a commis ces crimes et un monde tout aussi civilis&eacute; l&rsquo;a laiss&eacute; faire, n&rsquo;essayant en rien de mettre un terme &agrave; cette tuerie.<\/p>\n<p>\n\t\tLe monde entendit nos cris, mais ne s&rsquo;en soucia gu&egrave;re. Le monde sentit l&rsquo;odeur de notre chair br&ucirc;l&eacute;e, mais pr&eacute;f&eacute;ra tourner le regard. Le monde entendit crier mon Chayala qui r&eacute;clamait sa m&egrave;re et choisit de ne rien faire. Car Chayala &eacute;tait un enfant juif et qu&rsquo;en ce temps-l&agrave;, l&rsquo;assassinat syst&eacute;matique des enfants juifs, entrepris de mani&egrave;re efficace et organis&eacute;e par des monstres rev&ecirc;tus d&rsquo;uniformes l&eacute;gitimes et officiels, &eacute;tait un fait acceptable. On l&rsquo;encourageait, on applaudissait des deux mains. Les meurtriers &eacute;taient r&eacute;compens&eacute;s, on leur remettait des m&eacute;dailles, on les saluait, on les traitait en h&eacute;ros, ceux qui tuaient nos enfants &ndash; ceux qui tuaient ma petite-fille.<br \/>\n\t\tComment une telle chose a t-il pu nous arriver? Pourquoi et comment le monde a-t-il pu devenu si abject et si sombre?<\/p>\n<p>\n\t\tJe me souviens de notre vie avant Auschwitz, une bonne vie, une vie tranquille et pieuse, centr&eacute;e autour de ma famille, ma femme, Malka, nos filles, Sima, Ruchele, Hencha, Hinda, mon adorable petit gar&ccedil;on, Meir, le mari de Sima, Yaakov, et leur b&eacute;b&eacute;, ma pr&eacute;cieuse petite Chayala.<br \/>\n\t\tNous vivions &agrave; Kiviash, une petite ville en Tch&eacute;coslovaquie, tout pr&egrave;s de la fronti&egrave;re hongroise. J&rsquo;avais re&ccedil;u une bonne &eacute;ducation, je devins professeur d&rsquo;H&eacute;breu. Notre famille &eacute;tait une bonne famille. Nous &eacute;tions pauvres mais respect&eacute;s. Nous &eacute;tions honn&ecirc;tes, gentils, serviables et vivions parmi d&rsquo;autres familles toutes aussi gentilles et respect&eacute;es, des familles merveilleuses. Nous n&rsquo;avions aucun ennemi.<br \/>\n\t\tJe n&rsquo;avais jamais &eacute;lev&eacute; la voix en col&egrave;re, jamais, jusqu&rsquo;&agrave; ce jour &agrave; Auschwitz, o&ugrave; ils assassin&egrave;rent ma petite-fille. Le monde alors m&rsquo;a entendu, mais ne m&rsquo;a pas &eacute;cout&eacute;, pendant qu&rsquo;ils essayaient par tous les moyens de d&eacute;truire ma famille. J&rsquo;ai cri&eacute; si fort, j&rsquo;ai hurl&eacute; de douleur de toutes mes forces pendant si longtemps, mais les assassinats ont continu&eacute;. La fum&eacute;e et le gaz ne s&rsquo;arr&ecirc;taient pas, le feu rugissait et je suis toujours aussi en col&egrave;re. Maintenant, j&rsquo;&eacute;l&egrave;ve ma voix, non pas pour me plaindre, mais pour vous emp&ecirc;cher d&rsquo;oublier &ndash; pour vous r&eacute;veiller, vous extirper de votre torpeur car ce qui est arriv&eacute; &agrave; ma famille peut se reproduire, d&rsquo;ailleurs, en fait, cela en en train de se reproduire!<br \/>\n\t\t<img decoding=\"async\" alt=\"\" src=\"http:\/\/medias.lepost.fr\/ill\/2008\/02\/15\/h-20-1098988-1203067209.jpg\" \/><\/p>\n<p>\n\t\tAujourd&rsquo;hui, moins de 70 ans plus tard, les monstres refont surface et nous menacent de nouveau. Ils tuent des familles juives, tuant nos beaux, nos pr&eacute;cieux enfants. Comme ce fut le cas &agrave; Itamar en Isra&euml;l, o&ugrave; la famille Fogel fut massacr&eacute;e et o&ugrave; encore, une fois de plus, de jeunes enfants innocents furent assassin&eacute;s parce qu&rsquo;ils &eacute;taient juifs.<br \/>\n\t\tOudi et Ruth Fogel assassin&eacute;s parce qu&rsquo;ils &eacute;taient juifs! Leurs enfants, Yoav, 11 ans, Elad, 4 ans et Hadas, 3 mois &ndash; &eacute;gorg&eacute;s comme &agrave; l&rsquo;abattoir, alors qu&rsquo;ils dormaient paisiblement dans leurs lits.<\/p>\n<p>\n\t\t<img decoding=\"async\" alt=\"\" src=\"http:\/\/upload.wikimedia.org\/wikipedia\/en\/9\/9b\/The_victims_Itamar_massacre_.jpg\" \/><\/p>\n<p>\n\t\tJe dois donc vous raconter mon propre assassinat. Il le faut. J&rsquo;ai besoin de vous faire revivre cette horreur, cette terrible perte, pour que vous puissiez comprendre et vous souvenir, pour que vous puissiez ressentir v&eacute;ritablement la Shoah &ndash; ce que le monde appelle l&rsquo;Holocauste. Cela doit &ecirc;tre r&eacute;el m&ecirc;me pour ceux d&rsquo;entre vous qui n&rsquo;&eacute;tiez pas l&agrave;. C&rsquo;est bien plus qu&rsquo;un mot &ndash; Shoah. Vous devez ressentir la terreur qui fut la n&ocirc;tre, pas dans le seul but de vous attrister ou d&eacute;clencher votre col&egrave;re, mais &eacute;galement pour &eacute;veiller votre vigilance.<br \/>\n\t\tSi ce que je vais vous raconter vous d&eacute;range et vous perturbe, tant mieux ! Si la franchise de mes propos, mon manque de d&eacute;licatesse pour vous d&eacute;crire la terreur de ce temps, les assassinats cruels, la brutalit&eacute;, vous donnent des cauchemars ce soir &ndash; encore mieux. Je veux vous effrayer, je veux que vous soyez tristes et en col&egrave;re et amers et vigilants &ndash; mais je veux aussi que vous soyez fiers, parce que la fin de ma propre histoire, bien que triste, ne fut cependant pas la fin.<br \/>\n\t\tConsolez-vous en sachant qu&rsquo;&laquo; ils n&rsquo;ont pas gagn&eacute; &raquo;. Les assassins nazis nous ont tu&eacute;s, moi et des millions de Juifs comme moi, mais ils n&rsquo;ont pas gagn&eacute;. Ils n&rsquo;ont pas tu&eacute; toute ma famille, ou toute votre famille. Les meurtriers et leur arm&eacute;e de monstres n&rsquo;ont pas tu&eacute; le peuple juif, ils n&rsquo;ont pas extermin&eacute; Klal Yisrael &ndash; ils ne nous ont rendus que plus forts.<br \/>\n\t\tAujourd&rsquo;hui, les Juifs sont en vie, Isra&euml;l est fort, ma famille, vos familles, sont ici et nous devons continuer &agrave; nous souvenir du monde de nos parents, grands-parents, arri&egrave;res grands-parents et de tous les enfants, qui furent gaz&eacute;s et incin&eacute;r&eacute;s.<\/p>\n<p>\n\t\tMa famille est l&agrave; aujourd&rsquo;hui pour vous aider &agrave; comprendre la nature de la haine qui peut permettre &agrave; un pays de br&ucirc;ler, gazer et matraquer des nouveau-n&eacute;s, des nourrissons, des tout-petits; de les mitrailler et de les jeter dans des fosses communes ou dans des camions, puis encore vivants, les jeter dans de grands fours, ou les utiliser, conscients et bien en vie &ndash; pour de cruelles et perverses exp&eacute;riences m&eacute;dicales.<br \/>\n\t\tTant d&rsquo;enfants, des petits Kinderlach qui crient, qui pleurent, qui appellent leur maman et leur Tattie, leur Bobbie et leur Zayde &ndash; Entendez-vous les pleurs de ces enfants? Leurs cris sont si forts &ndash; J&rsquo;entends encore ma Chayala, 70 ans plus tard. Entendez-vous ses cris? Entendez-vous ceux des membres de votre famille? Ceux que vous ne pourrez jamais rencontrer et avoir la chance de connaitre. Entendez-vous leurs cris?<br \/>\n\t\tLorsque vous &ecirc;tes au lit, en attendant que le sommeil vous gagne, tendez l&rsquo;oreille. Ecoutez bien. Faites un effort. Vous pourrez alors les entendre dans votre esprit et dans votre c&oelig;ur.<br \/>\n\t\t&Eacute;coutez et vous pourrez aussi entendre les cris de Tamar Fogel, &acirc;g&eacute;e de 12 ans qui, de retour chez elle, &agrave; Itamar, apr&egrave;s une veill&eacute;e de Chabbat un vendredi soir, d&eacute;couvrit ses parents assassin&eacute;s, et sa petite s&oelig;ur &acirc;g&eacute;e de 3 mois, Hadas, la gorge tranch&eacute;e. Entendez-vous ses hurlements? Ils parviennent jusqu&rsquo;&agrave; nous, ici, tout en haut, depuis la Terre jusqu&rsquo;au Ciel. Alors, vous, vous devriez entendre ses cris m&ecirc;me de l&rsquo;autre c&ocirc;t&eacute; de l&rsquo;oc&eacute;an, ses cris pour sa famille, pour tous les Juifs tu&eacute;s sauvagement, pour tous les enfants dont on ravit la vie pour la simple raison qu&rsquo;ils &eacute;taient juifs.<\/p>\n<p>\n\t\tC&rsquo;est si difficile de pouvoir parler de telles horreurs et de tant de douleurs. L&rsquo;esprit est presqu&rsquo;incapable d&rsquo;enregistrer autant d&rsquo;informations, terribles, ahurissantes. Il est presque impossible de faire comprendre &agrave; autrui un abysse si noir, si profond, si n&eacute;faste. C&rsquo;est dur pour quelqu&rsquo;un de pouvoir m&ecirc;me imaginer tant de meurtres, de violence, de torture, de famine, de mis&egrave;re pourtant, vous n&rsquo;avez pas le choix.<br \/>\n\t\tJe vais vous y aider, en &eacute;tant graphique et brutal car c&rsquo;est la seule mani&egrave;re d&rsquo;y arriver. C&rsquo;est la seule mani&egrave;re de vous faire vraiment comprendre ce qu&rsquo;Holocauste &ndash; Shoah &ndash; signifie et le v&eacute;ritable sens de 6.000.000 Kedoshim.<br \/>\n\t\tJe me tiens debout, nu, dans la chambre &agrave; gaz avec des centaines de Juifs innocents. Malka, ma femme dont les yeux terrifi&eacute;s sont d&eacute;j&agrave; morts, se trouve dans l&rsquo;autre pi&egrave;ce &agrave; c&ocirc;t&eacute;, avec notre fille Sima, s&rsquo;agrippant l&rsquo;une &agrave; l&rsquo;autre. Le mari de Sima, Yaakov, est avec moi. Nous avons d&eacute;j&agrave; vu notre Chayala &ecirc;tre brul&eacute;e devant nos yeux. Nous sommes d&eacute;j&agrave; morts- le gaz ne fera que nous tuer une nouvelle fois.<br \/>\n\t\tNous savons que nous ne sommes pas dans des douches. Nous savons que nous sommes dans une chambre &agrave; gaz. Nous savons que nous allons mourir et nous savons tous que nous n&rsquo;avons rien fait de mal. Nous savons aussi que c&rsquo;est par la faute d&rsquo;un monde civilis&eacute; que nous subissons cela. Nous savons que c&rsquo;est un monde civilis&eacute; qui nous a abandonn&eacute;s.<br \/>\n\t\tNous sommes terrifi&eacute;s, nous avons peur de mourir, de mourir de cette mort brutale, par cette suffocation, cette br&ucirc;lure qui va nous envahir. Mais nous avons encore plus peur que personne ne sache que nous avions v&eacute;cu, que personne ne sache que nous &eacute;tions une bonne famille, que nous avions de beaux, de merveilleux enfants, que nous avions une magnifique petite-fille. Oui, j&rsquo;avais tellement peur que personne ne le sache jamais, que personne de ma famille ou de n&rsquo;importe quelle famille n&rsquo;allait survivre, tellement peur que la &laquo; solution finale &raquo; soit v&eacute;ritablement finale. Laissez-moi vous dire quelque chose&hellip;.<br \/>\n\t\tVous pensez savoir ce qu&rsquo;est la pri&egrave;re &ndash; ce que veut dire la foi parce que vous &ecirc;tes religieux ou que vous priez tous les jours?<br \/>\n\t\tJe vous vous dire, moi, ce qu&rsquo;est la vraie pri&egrave;re, la vraie foi. Dans ma chambre &agrave; gaz, tandis que le gaz se r&eacute;pand dans nos poumons, que les flammes br&ucirc;lent notre peau, nous nous &eacute;crions &laquo; Ani Maamin &raquo; nous croyons en Toi HaShem.<br \/>\n\t\tDans notre dernier souffle nous r&eacute;citons &laquo; Shema Yisrael HaShem HaShem Elokenu HaShem Echad &raquo; &ndash; les derniers mots que je prononce et qui jaillissent de mes poumons satur&eacute;s de gaz, tandis que je meurs, terrifi&eacute; &agrave; l&rsquo;id&eacute;e que ma famille toute enti&egrave;re est ou le sera bient&ocirc;t, assassin&eacute;e.<br \/>\n\t\tQuelle tristesse d&eacute;chirante, quelle col&egrave;re d&eacute;vore alors mon c&oelig;ur et ravage mon esprit &ndash; je supplie HaShem, l&rsquo;implore de tout mon &ecirc;tre, non pas de m&rsquo;&eacute;pargner mais de me donner Nekama, ma revanche! Comment, o&ugrave;, quand ? Qui pourra jamais nous obtenir justice, nous venger ? Qui restera vivant pour dire le Kaddish sur nous &ndash; allumer une bougie pour notre Yahrzeit &ndash; ni tombes, ni pierres tombales &ndash; personne pour nous survivre, pour pleurer notre mort, pour simplement t&eacute;moigner de notre existence.<br \/>\n\t\tJe ne suis pas physiquement l&agrave; devant vous. Je ne suis pas personnellement pr&eacute;sent. Yechiel Michoel Friedman fut assassin&eacute; &agrave; Auschwitz, mais nous n&rsquo;avons pas tous &eacute;t&eacute; assassin&eacute;s ce jour-l&agrave;, ou le lendemain. Certains de mes enfants, certains de vos enfants ont surv&eacute;cu et aujourd&rsquo;hui, nos enfants, nos petits-enfants, nos arri&egrave;re-petits-enfants et &agrave; pr&eacute;sent m&ecirc;me nos arri&egrave;re-arri&egrave;re-petits-enfants sont vivants. Nous sommes des Juifs fiers et vivons partout dans le monde. Nous avons Eretz Isra&euml;l &ndash; vous entendez &ccedil;a, vous les meurtriers nazis? Nous avons Isra&euml;l, une nation b&acirc;tie par les survivants. Nous avons une arm&eacute;e juive et un Etat juif. Notre peuple est fort. Nous avons des voix puissantes, &eacute;loquentes qui exigent d&rsquo;&ecirc;tre entendues.<br \/>\n\t\tMes filles, Hencha et Hinda, bien que tortur&eacute;es pendant des ann&eacute;es, ne sont pas mortes dans cet enfer. Ma fille, Ruchele, se sauva en Am&eacute;rique &agrave; l&rsquo;&acirc;ge de 15 ans et se maria avec Shlomo Brafman, qui lui aussi avait r&eacute;ussi &agrave; s&rsquo;&eacute;chapper. Ils ne sont pas morts, leurs enfants et mes petits-enfants et arri&egrave;re-petits-enfants grandissent en Juifs respectant le Chabbat. Ce soir, mon petit-fils parle en mon nom dans une synagogue devant 1.000 Juifs qui sont debout, solides et fiers et qui sont venus se souvenir de chacun d&rsquo;entre nous.<br \/>\n\t\tBien que je n&rsquo;aie pas eu ma vie, j&rsquo;ai eu ma revanche. En fait, mon petit gar&ccedil;on, Meir, que l&rsquo;on s&rsquo;&eacute;tait tant acharn&eacute; &agrave; tuer, a surv&eacute;cu lui aussi. &Agrave; 16 ans, il pesait 20 kg quand on l&rsquo;a retrouv&eacute; vivant sur un tas de cadavres &agrave; Auschwitz.<br \/>\n\t\tA la lib&eacute;ration, il se rendit en Isra&euml;l, en Isra&euml;l ! Pendant 50 ans, il servit comme soldat de Tsahal &ndash; l&rsquo;arm&eacute;e d&rsquo;Isra&euml;l. Il se battit durant 50 ans, v&eacute;ritable h&eacute;ros juif. Mon fils, mon Kaddish, n&rsquo;est pas mort non plus &agrave; Auschwitz. Comme j&rsquo;&eacute;tais fier de le voir rev&ecirc;tir son uniforme de soldat isra&eacute;lien pr&ecirc;t &agrave; se battre pour notre pays, notre communaut&eacute; et notre cause.<br \/>\n\t\tJe suis triste, rageur et amer qu&rsquo;on m&rsquo;ait priv&eacute; pr&eacute;matur&eacute;ment de ce nachat qui aurait du &ecirc;tre le mien, dont j&rsquo;aurais d&ucirc; profiter plus longtemps, c&rsquo;&eacute;tait mon droit, un nachat procur&eacute; par la joie, la fiert&eacute;, les valeurs juives, riche en coutumes et traditions.<br \/>\n\t\tLes nazis me firent mal plus qu&rsquo;aucun mot ne pourra jamais le dire, mais ils n&rsquo;ont pas gagn&eacute;.<br \/>\n\t\tIls ne gagnent que si vous oubliez &ndash; ou de nos jours si vous laissez le monde nier ce qui s&rsquo;est pass&eacute;. Ils ne gagnent que si nous ne versons pas des larmes sinc&egrave;res en apprenant l&rsquo;horrible massacre de la famille Fogel &agrave; Itamar.<br \/>\n\t\tIls ne gagnent que si vous ne pouvez pas entendre ma Chayala crier, ressentir la terreur de Tamar Fogel ou comprendre la douleur de ses grands-parents qui doivent maintenant faire face &agrave; un chagrin si intense qu&rsquo;il vous est impossible de le concevoir.<br \/>\n\t\tCroyez-moi &ndash; je sais de quoi je parle, le meurtre d&rsquo;un enfant et d&rsquo;un petit-enfant et l&rsquo;impact sur la vie des autres, sur tout le reste. Comment tout se retrouve &agrave; jamais englouti dans la mort, enseveli de tristesse accablante. La famille Fogel ne se remettra jamais, mais ils ne peuvent &ecirc;tre oubli&eacute;s.<br \/>\n\t\tNous sommes ici dans une magnifique synagogue, remplie de Juifs. De bons Juifs. Des gens fiers et forts qui ne nous ont pas oubli&eacute;s, moi, ma famille, vos familles &ndash; les parents, grands-parents, oncles, tantes, cousins, cousines, enfants, petits-enfants &ndash; les b&eacute;b&eacute;s qui furent assassin&eacute;s, gaz&eacute;s et enterr&eacute;s vivant.<br \/>\n\t\tIl est normal de pleurer pour ce que nous avons perdu, pour ce qui nous fut enlev&eacute; de force, pour les vies d&eacute;truites, le nachat dont on nous priva.<br \/>\n\t\tPleurez pour nous. Nous aussi, nous pleurons pour vous, pour ce que vous avez perdu, pour la famille que vous n&rsquo;avez jamais connue, pour les millions de Juifs d&eacute;cents, gentils, qui n&rsquo;ont pas surv&eacute;cu &ndash; pour les &eacute;l&egrave;ves qui n&rsquo;ont jamais termin&eacute; leurs &eacute;tudes, pour les scientifiques, les artistes, les musiciens, les enseignants, les Rabbins qui n&rsquo;eurent jamais l&rsquo;occasion de briller, d&rsquo;exceller, d&rsquo;ex&eacute;cuter, d&rsquo;enseigner, de gu&eacute;rir, de vivre.<br \/>\n\t\tIl est normal de pleurer pour les enfants qui ne pourront jamais jouer, chanter ou rire, qui furent mis &agrave; mort avec une telle violence, avec une telle haine que je ne peux la d&eacute;crire par des mots car pour certaines douleurs, il n&rsquo;y en a pas, tout simplement. C&rsquo;est si terrible que cela ne peut se concevoir par un &ecirc;tre humain d&eacute;cent, impossible &agrave; affronter de fa&ccedil;on rationnelle.<br \/>\n\t\tMais vous devez le faire, vous devez r&eacute;ussir car il existe aujourd&rsquo;hui, des gens qui d&eacute;j&agrave;, &agrave; peine 70 ans plus tard, se permettent de remettre en question l&rsquo;Holocauste, de questionner ce qui s&rsquo;est r&eacute;ellement pass&eacute;. Des dirigeants du monde et des scientifiques renient d&eacute;j&agrave; l&rsquo;Holocauste. Ils remettent m&ecirc;me en question l&rsquo;int&eacute;grit&eacute; des t&eacute;moignages de la poign&eacute;e de survivants, de t&eacute;moins oculaires qui sont encore vivants, de ceux qui ont vu l&rsquo;horreur de leurs propres yeux. Si m&ecirc;me ces survivants h&eacute;ro&iuml;ques sont mis en doute alors il est &agrave; redouter que dans les prochaines ann&eacute;es, des r&eacute;visionnistes vicieux, antis&eacute;mites, n&rsquo;en viennent &agrave; falsifier l&rsquo;Histoire et la V&eacute;rit&eacute;. Or, nous ne pouvons pas &ndash; vous ne pouvez pas, laisser cela se produire, jamais, jamais &hellip;<br \/>\n\t\tJ&rsquo;ai eu une petite-fille, un charmant, mignon petit b&eacute;b&eacute; nomm&eacute; Chaya Sarah qui fut assassin&eacute;e devant mes yeux, et bien que sa N&eacute;chama, son &acirc;me, soit au Ciel avec moi, sa m&eacute;moire doit &ecirc;tre grav&eacute;e dans vos c&oelig;urs &agrave; jamais.<br \/>\n\t\tPour que notre souvenir puisse &ecirc;tre v&eacute;ritablement une b&eacute;n&eacute;diction, pour que nos Neshamot puissent r&eacute;ellement s&rsquo;&eacute;lever comme vous le souhaitez, par cette Aliyah que nous avons m&eacute;rit&eacute;e et pay&eacute;e si cher, vous devez absolument vous souvenir.<br \/>\n\t\tVous devez vous assurer que vos enfants et leurs enfants apr&egrave;s eux, comprennent ce qui est arriv&eacute; &agrave; leur famille, &agrave; votre famille, &agrave; toutes nos familles. Car si ce n&rsquo;est pas le cas, cela se reproduira.<br \/>\n\t\tVous ne pensez pas que cela puisse se reproduire? Pourquoi? Parce que vous vivez dans le confort &ndash; &agrave; une &eacute;poque civilis&eacute;e? Nous vivions bien nous aussi &ndash; &agrave; une &eacute;poque toute aussi civilis&eacute;e. Nous &eacute;tions heureux et satisfaits, mais nous n&rsquo;&eacute;tions pas vigilants et nous avons fonc&eacute; t&ecirc;te baiss&eacute;e vers l&rsquo;Holocauste.<br \/>\n\t\tNos voisins, une nation enti&egrave;re d&rsquo;hommes et de femmes ordinaires, assez intelligents, ayant grandi avec des valeurs, une certaine culture et &eacute;ducation, s&rsquo;est transform&eacute;e en une nation de monstres, d&rsquo;animaux sauvages et meurtriers. Ils n&rsquo;eurent plus rien d&rsquo;humain et nous trait&egrave;rent avec une brutalit&eacute; indescriptible que nul n&rsquo;aurait pu pr&eacute;voir ni pr&eacute;dire &ndash; et qui s&rsquo;est cependant produite.<br \/>\n\t\tCette histoire est pire encore que la pire des histoires vraies que tout survivant peut rapporter. Car le cerveau est incapable de saisir tant de douleur sans exploser, sans subir de dommages, de sorte que m&ecirc;me ceux qui ont surv&eacute;cu, qui ont tout vu, sont incapables de saisir pleinement, totalement l&rsquo;&eacute;tendue de l&rsquo;&eacute;preuve qu&rsquo;ils ont travers&eacute;e, appr&eacute;hender les d&eacute;tails de la tourmente dans laquelle ils se sont retrouv&eacute;s.<br \/>\n\t\tSeule une victime, telle que moi, seul quelqu&rsquo;un qui n&rsquo;a pas surv&eacute;cu, peut parvenir &agrave; vous dire toute l&rsquo;histoire, l&rsquo;horrible, la laide, la d&eacute;mente, la terrible v&eacute;rit&eacute; sur notre assassinat, sur nos six millions d&rsquo;assassin&eacute;s.<br \/>\n\t\tVoil&agrave; pourquoi, mes amis, j&rsquo;ai choisi de vous parler &agrave; travers mon petit-fils depuis le Ciel. Bien qu&rsquo;HaShem ne me permette pas de vous dire le &laquo; pourquoi &raquo; de ces choses terribles qui se sont produites, j&rsquo;ai n&eacute;anmoins re&ccedil;u l&rsquo;ordre de parler de &laquo; ce &raquo; qui s&rsquo;est pass&eacute;.<br \/>\n\t\tDe vous dire &laquo; ce &raquo; qui s&rsquo;est pass&eacute; avec clart&eacute; et conviction pour que certains d&rsquo;entre vous, je l&rsquo;esp&egrave;re, ne puisse plus jamais douter de la Shoah. Que vous vous engagiez &agrave; confronter quiconque oserait nier les faits et lui faire entendre mon histoire &ndash; votre histoire, les histoires tristes mais v&eacute;ridiques de nos familles, dont nous avons trop tendance &agrave; nous r&eacute;f&eacute;rer comme les &laquo; Six Millions &raquo;, mais rarement, voire jamais, en utilisant leurs noms.<br \/>\n\t\tNous avons des noms. Nos vies nous furent prises, mais pas nos noms. Nul ne peut prendre nos noms.<br \/>\n\t\tJe m&rsquo;appelle Yechiel Mechoel Friedman. Je fus assassin&eacute; &agrave; Auschwitz avec Malka ma femme, Sima ma fille, Yaacov Weiss son mari, et ma petite-fille, Chaya Sarah.<br \/>\n\t\tPouvez-vous les voir? Moi, je les vois et je vois aussi Tamar Fogel et les corps de sa famille port&eacute;s &agrave; travers Itamar durant l&rsquo;enterrement; ce n&rsquo;&eacute;tait pas il y a 70 ans &ndash; mais r&eacute;cemment. Des gens avec des noms et des vies qu&rsquo;on leur a vol&eacute;es dans la nuit &ndash; seulement parce qu&rsquo;ils &eacute;taient juifs.<br \/>\n\t\tJe m&rsquo;appelle Yechiel Michoel Friedman. J&rsquo;ai &eacute;t&eacute; assassin&eacute; &agrave; Auschwitz et vous feriez mieux de ne jamais m&rsquo;oublier.<\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Assassin&eacute; &agrave; Auschwitz &nbsp; &nbsp; Le discours bouleversant de Ma&icirc;tre Benjamin Brafman &agrave; l&rsquo;occasion de Yom Hashoah. je n&rsquo;ai pas surv&eacute;cu &ndash; j&rsquo;ai &eacute;t&eacute; assassin&eacute; &agrave; Auschwitz. Mon nom est Yechiel Michoel Friedman. J&rsquo;ai &eacute;t&eacute; &laquo;&nbsp;assassin&eacute;&nbsp;&raquo; &agrave; Auschwitz. Je ne suis pas mort &agrave; Auschwitz. J&rsquo;ai &eacute;t&eacute; &laquo;&nbsp;assassin&eacute;&nbsp;&raquo; &agrave; Auschwitz. 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