{"id":8753,"date":"2015-05-27T23:55:39","date_gmt":"2015-05-27T23:55:39","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=8753"},"modified":"2015-05-28T00:54:05","modified_gmt":"2015-05-28T00:54:05","slug":"22-mai-1271-inhumation-a-saint-denis-des-os-de-saint-louis-cuit-au-court-bouillon-devant-tun","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/22-mai-1271-inhumation-a-saint-denis-des-os-de-saint-louis-cuit-au-court-bouillon-devant-tun\/","title":{"rendered":"22 mai 1271. Inhumation \u00e0 Saint-Denis des os de Saint Louis cuit au court-bouillon devant Tunis."},"content":{"rendered":"<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p><header> <\/header>\n<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<div id=\"entete_article\">\n<p>\n\t\t22 mai 1271. Inhumation &agrave; Saint-Denis des os de Saint Louis cuit au court-bouillon devant Tunis.<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\tDevant l&#39;impossibilit&eacute; de rapatrier le corps, les proches du roi l&#39;ont fait bouillir pour en d&eacute;tacher les chairs.<\/p>\n<\/div>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<figure itemprop=\"associatedMedia\" itemscope=\"\" itemtype=\"http:\/\/schema.org\/ImageObject\">\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<\/figure>\n<p>\n\t<a href=\"http:\/\/www.lepoint.fr\/actu-science\/\" rel=\"author\">FR&Eacute;D&Eacute;RIC LEWINO<\/a>&nbsp;ET&nbsp;<a href=\"http:\/\/www.lepoint.fr\/journalistes-du-point\/gwendoline-dos-santos\" rel=\"author\">GWENDOLINE DOS SANTOS<\/a><\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<div>\n<p>\n\t\tJamais le corps d&#39;un roi de&nbsp;<a href=\"http:\/\/www.lepoint.fr\/tags\/france\">France<\/a>&nbsp;n&#39;a &eacute;t&eacute; autant d&eacute;chiquet&eacute;, &eacute;parpill&eacute;, diss&eacute;min&eacute; que celui de Saint Louis. Le coeur est &agrave; Saint-Denis, sa viande en Sicile, tandis que les os de son squelette sont r&eacute;partis entre des dizaines de cath&eacute;drales, de monast&egrave;res et de mus&eacute;es en&nbsp;<a href=\"http:\/\/www.lepoint.fr\/tags\/europe\">Europe<\/a>, et m&ecirc;me en&nbsp;<a href=\"http:\/\/www.lepoint.fr\/tags\/amerique-du-nord\">Am&eacute;rique du Nord<\/a>. Ici, un hum&eacute;rus, l&agrave;, une dent, et encore l&agrave;, une c&ocirc;te. Si, aujourd&#39;hui, Louis IX voulait ressusciter avec un corps pr&eacute;sentable, il lui faudrait accomplir un marathon de plusieurs milliers de kilom&egrave;tres pour reconstituer int&eacute;gralement son squelette.<\/p>\n<p>\n\t\tLe 22 mai 1271, les restes de Louis IX, mort devant Carthage lors de sa croisade, arrivent en grande pompe &agrave; la basilique de Saint-Denis pour y &ecirc;tre inhum&eacute;s. Le cercueil est port&eacute; par le nouveau roi de France, Philippe III le Hardi, et ses fr&egrave;res. Tous les plus hauts dignitaires civils et religieux sont pr&eacute;sents dans le cort&egrave;ge, tous les corps de m&eacute;tier sont repr&eacute;sent&eacute;s. L&#39;&eacute;motion de la foule immense est &agrave; son comble. C&#39;est alors que se produit un contretemps incroyable : le cort&egrave;ge se heurte &agrave; la porte close de l&#39;abbaye de Saint-Denis. Son abb&eacute; refuse d&#39;ouvrir parce que l&#39;archev&ecirc;que de Sens et l&#39;&eacute;v&ecirc;que de Paris portent leurs ornements sacerdotaux. Dans l&#39;abbaye, c&#39;est lui le patron ! Les cur&eacute;s n&#39;ont pas &agrave; arborer leurs v&ecirc;tements liturgiques. Les n&eacute;gociations sont longues. Philippe III le Hardi se garde d&#39;intervenir, laissant les hommes d&#39;&Eacute;glise s&#39;&eacute;triper. Finalement, les deux pr&ecirc;tres acceptent d&#39;abandonner leurs chasubles pour que la c&eacute;r&eacute;monie puisse se d&eacute;rouler. Mais l&#39;autre ne l&#39;emportera pas au paradis&#8230; Apr&egrave;s une longue et &eacute;mouvante c&eacute;r&eacute;monie, la d&eacute;pouille de Louis IX est en fin de compte inhum&eacute;e sous une simple dalle de pierre.<\/p>\n<p>\n\t\t<strong>Comme un gigot de 7 heures<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\tQuand on parle de &quot;d&eacute;pouille&quot;, c&#39;est un bien grand mot. En r&eacute;alit&eacute;, les restes du roi de France consistent en un paquet d&#39;os rapport&eacute; d&#39;Afrique du Nord. Pour ramener le corps complet, il e&ucirc;t fallu le momifier, or, aucun sp&eacute;cialiste de cet art &eacute;gyptien ne l&#39;avait suivi durant sa croisade. Il &eacute;tait exclu de conserver Saint Louis tel quel dans un cercueil. Alors, l&#39;enterrer en terre musulmane ? Hors de question ! Son fr&egrave;re Charles d&#39;Anjou n&#39;a pas vraiment le choix. La seule partie du corps non p&eacute;rissable pouvant &ecirc;tre transport&eacute;e est le squelette. Les chirurgiens commencent par pr&eacute;lever le coeur et les entrailles pour les disposer dans deux pots s&eacute;par&eacute;s. Ils jettent ensuite le reste du corps dans un grand chaudron contenant du vin et de l&#39;eau sal&eacute;e. Apr&egrave;s plusieurs heures de cuisson, la chair se d&eacute;tache toute seule des os comme sur un gigot de sept heures. Les ossements sont mis &agrave; s&eacute;cher au soleil avant d&#39;&ecirc;tre pieusement enferm&eacute;s dans un sac en cuir. Quant &agrave; la chair, elle est d&eacute;pos&eacute;e dans une urne close. Voil&agrave; Louis IX par&eacute; pour un long voyage vers la basilique de Saint-Denis.<\/p>\n<p>\n\t\tMalheureusement, il n&#39;y arrivera pas en entier, car on se dispute d&eacute;j&agrave; ses bons morceaux. Les chairs sont inhum&eacute;es &agrave; proximit&eacute; de Palerme, dans la cath&eacute;drale de Monreale consacr&eacute;e quatre ans plus t&ocirc;t. Seuls les ossements et le coeur prennent donc la route de Paris, atteint le 21 mai 1271 apr&egrave;s plusieurs mois de trajet. Le lendemain, c&#39;est donc l&#39;inhumation &agrave; l&#39;abbaye de Saint-Denis, mais le repos &eacute;ternel n&#39;est pas encore promis &agrave; celui qui sera canonis&eacute; en 1297.<\/p>\n<p>\n\t\t<strong>Trafics de reliques<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\tD&eacute;clar&eacute; saint, Louis IX acquiert une valeur &quot;marchande&quot;. Au Moyen &Acirc;ge, le trafic des reliques est un commerce en pleine expansion. Le 25 ao&ucirc;t 1298, Philippe le Bel expose les ossements de son papy dans une superbe ch&acirc;sse &agrave; Saint-Denis. Mais cela ne lui suffit pas, il veut installer celle-ci dans son palais de la Cit&eacute; qu&#39;il a agrandi et embelli. Il faut l&#39;autorisation du pape. Celui-ci la donne, sous la condition qu&#39;un bras ou un tibia soit laiss&eacute; &agrave; l&#39;abbaye de Saint-Denis. Pourtant, l&#39;abb&eacute; de cette derni&egrave;re refuse de se laisser d&eacute;pouiller. Saint Louis restera l&agrave; ! En 1305, le roi de France revient &agrave; la charge aupr&egrave;s du nouveau pape, Cl&eacute;ment V. Celui-ci coupe la poire en deux : il lui accorde le cr&acirc;ne, mais demande que le menton, la m&acirc;choire inf&eacute;rieure et les dents restent &agrave; Saint-Denis. Tope l&agrave; ! Le transfert du cr&acirc;ne a lieu le 17 mai 1306. L&#39;&eacute;v&ecirc;que de Paris, qui veut sa relique, re&ccedil;oit une c&ocirc;te pour l&#39;exposer &agrave; Notre-Dame. Tandis que le coeur de Saint Louis aurait &eacute;t&eacute; d&eacute;pos&eacute; &agrave; la Sainte-Chapelle.<\/p>\n<p>\n\t\tAu cours du si&egrave;cle qui suit, c&#39;est la grande distribution. Le don de reliques est une fa&ccedil;on de se concilier les bonnes gr&acirc;ces d&#39;un ami ou d&#39;un ennemi. Le roi de Norv&egrave;ge re&ccedil;oit des phalanges, les dominicains de Paris et de Reims, les abbayes de Pontoise et de Royaumont r&eacute;cup&egrave;rent des fragments de c&ocirc;te. Lors de leur passage &agrave; Paris, la reine Blanche de Su&egrave;de et l&#39;empereur Charles IV se voient remettre divers fragments. Lorsqu&#39;en 1392 les ossements restant &agrave; Saint-Denis sont d&eacute;pos&eacute;s dans une nouvelle ch&acirc;sse, on en profite pour distribuer trois c&ocirc;tes : une pour le pape, une pour le duc de Berry, et la derni&egrave;re pour le duc de Bourgogne. Les pr&eacute;lats pr&eacute;sents &agrave; la c&eacute;r&eacute;monie re&ccedil;oivent pour leur peine un morceau d&#39;os, &agrave; charge de se le partager entre eux. Plus tard encore, des &eacute;clats sont remis &agrave; Louis VII de Bavi&egrave;re. Quelques mois apr&egrave;s l&#39;assassinat d&#39;Henri IV, son &eacute;pouse, Marie de M&eacute;dicis, re&ccedil;oit &agrave; son tour un os, mais le restitue lors du sacre de son fils Louis XIII. Six ans plus tard, sa belle-fille, Anne d&#39;Autriche, 15 ans, est furieuse de ne recevoir qu&#39;un morceau de c&ocirc;te, aussi l&#39;ann&eacute;e d&#39;apr&egrave;s a-t-elle droit &agrave; sa c&ocirc;te enti&egrave;re. Et elle fait obtenir &agrave; ses amis j&eacute;suites encore une c&ocirc;te et m&ecirc;me un os du bras.<\/p>\n<p>\n\t\t<strong>Seule sa m&acirc;choire est sauv&eacute;e<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\tLorsqu&#39;en 1793 les sans-culottes viennent vider les tombeaux de l&#39;abbaye de Saint-Denis, les reliquaires contenant les ossements de Saint Louis sont emport&eacute;s pour &ecirc;tre fondus. Seule la m&acirc;choire est sauv&eacute;e et se trouve aujourd&#39;hui encore dans le tr&eacute;sor de Notre-Dame. Tout le reste, y compris le cr&acirc;ne que Louis XVI avait restitu&eacute; &agrave; Saint-Denis, a disparu. O&ugrave; ? Dieu seul le sait et il n&#39;est pas pr&egrave;s de parler. Mais il est tout &agrave; fait possible que quelques-uns des r&eacute;volutionnaires qui ont particip&eacute; au sac de l&#39;abbaye aient emport&eacute; en douce quelques morceaux d&#39;os. Fouillez vos greniers !<\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; &nbsp; 22 mai 1271. 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