{"id":8795,"date":"2016-08-30T00:39:39","date_gmt":"2016-08-30T00:39:39","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=8795"},"modified":"2016-08-31T00:04:50","modified_gmt":"2016-08-31T00:04:50","slug":"la-confiscation-des-biens-juifs-en-pays-arabes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/la-confiscation-des-biens-juifs-en-pays-arabes\/","title":{"rendered":"La confiscation des biens juifs en pays arabes"},"content":{"rendered":"<p>\n\tLa confiscation des biens juifs en pays arabes<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<div>\n<p>\n\t\tpar&nbsp;<a href=\"http:\/\/www.cairn.info\/publications-de-Liling-Jean-Marc--93423.htm\">Jean-Marc Liling<\/a><\/p>\n<div>\n<p>\n\t\t\tJean-Marc Liling, fonctionnaire du minist&egrave;re de la Justice d&rsquo;Isra&euml;l, d&eacute;partement de l&rsquo;Assistance judicaire, service des Droits de Juifs originaires des pays arabes.<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p>\n\tLa confiscation des biens juifs en pays arabes<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<div>\n<p>\n\t\tpar&nbsp;<a href=\"http:\/\/www.cairn.info\/publications-de-Liling-Jean-Marc--93423.htm\">Jean-Marc Liling<\/a><\/p>\n<div>\n<p>\n\t\t\tJean-Marc Liling, fonctionnaire du minist&egrave;re de la Justice d&rsquo;Isra&euml;l, d&eacute;partement de l&rsquo;Assistance judicaire, service des Droits de Juifs originaires des pays arabes.<\/p>\n<p>\n\t\t\tLa d&eacute;gradation continue du statut et de la s&eacute;curit&eacute; personnelle des Juifs dans les pays arabes qui accompagna les progr&egrave;s de l&rsquo;entreprise sioniste en Palestine mandataire et la cr&eacute;ation de l&rsquo;&Eacute;tat d&rsquo;Isra&euml;l ainsi que la fin de l&rsquo;&egrave;re coloniale au Moyen-Orient et en Afrique de Nord ont &eacute;t&eacute; le cadre de leur exode massif. Pr&egrave;s de 70&nbsp;% des 900&nbsp;000 Juifs qui vivaient dans les pays arabes en 1948 s&rsquo;&eacute;tablirent dans le nouvel &Eacute;tat h&eacute;breu alors que les autres choisirent de reconstruire leurs vies dans les diff&eacute;rents pays de la diaspora, surtout en France, au Royaume-Uni, au Canada, aux &Eacute;tats-Unis et en Am&eacute;rique latine.<\/p>\n<\/p><\/div>\n<div id=\"pa2\">\n<p>\n\t\t\tL&rsquo;&eacute;tude suivante propose d&rsquo;analyser la situation socio-&eacute;conomique de cette population avant la cr&eacute;ation de l&rsquo;&Eacute;tat d&rsquo;Isra&euml;l ainsi que les &eacute;v&eacute;nements qui les pouss&egrave;rent &agrave; l&rsquo;&eacute;migration, surtout sur le plan &eacute;conomique. M&ecirc;me si l&rsquo;histoire de chaque pays arabe pr&eacute;sente des caract&eacute;ristiques propres, m&ecirc;me si la chronologie des &eacute;v&eacute;nements qui pouss&egrave;rent les Juifs &agrave; quitter ces pays varie d&rsquo;un pays &agrave; l&rsquo;autre, il est n&eacute;cessaire de souligner &ndash; outre la d&eacute;gradation g&eacute;n&eacute;rale de leur s&eacute;curit&eacute; personnelle &ndash; l&rsquo;&eacute;tat g&eacute;n&eacute;ral de pr&eacute;carit&eacute; &eacute;conomique et financi&egrave;re dans lequel ils furent plac&eacute;s et le rapport de cette pr&eacute;carit&eacute; avec leur &eacute;migration.<\/p>\n<\/p><\/div>\n<div id=\"pa3\">\n<p>\n\t\t\tTout en soulignant que les cons&eacute;quences &eacute;conomiques et financi&egrave;res qui ont accompagn&eacute; cette &eacute;migration constituent la base du droit au d&eacute;dommagement des pertes subies par les Juifs en terres arabes, il est cependant essentiel de pr&eacute;ciser que, dans la grande majorit&eacute; des cas, cette &eacute;migration ne fut pas cons&eacute;cutive &agrave; la d&eacute;t&eacute;rioration de leur statut &eacute;conomique, mais &agrave; l&rsquo;ins&eacute;curit&eacute; r&eacute;elle qui s&rsquo;&eacute;tait &eacute;tablie dans ces pays et qui les visait essentiellement. Il serait donc plus appropri&eacute; de parler non pas d&rsquo;&laquo;&nbsp;&eacute;migrants&nbsp;&raquo; juifs des pays arabes, mais bien de &laquo;&nbsp;r&eacute;fugi&eacute;s&nbsp;&raquo; juifs des&nbsp;pays arabes.<\/p>\n<\/p><\/div>\n<section>\n<p>\n\t\t<strong>Les biens des Juifs d&rsquo;Irak<\/strong><\/p>\n<div id=\"pa4\">\n<p>\n\t\t\tEn 1910, un rapport portant sur les Juifs d&rsquo;Irak soumis par le Consulat britannique de Bagdad d&eacute;clarait&nbsp;: &laquo;&nbsp;La communaut&eacute; juive de Bagdad est, apr&egrave;s celle de Salonique, une des plus importantes et prosp&egrave;res de Turquie&hellip; Les Juifs s&rsquo;int&eacute;ressent particuli&egrave;rement au commerce. Ils monopolisent pratiquement le commerce local, et ni les musulmans ni les chr&eacute;tiens ne peuvent rivaliser avec eux. M&ecirc;me les plus grands marchands musulmans doivent leur r&eacute;ussite &agrave; leurs employ&eacute;s juifs&hellip; Les Juifs s&rsquo;enrichissent de jour en jour.&nbsp;&raquo;<\/p>\n<\/p><\/div>\n<div id=\"pa5\">\n<p>\n\t\t\tCe rapport, r&eacute;dig&eacute; &agrave; une &eacute;poque o&ugrave; les processus d&rsquo;&eacute;mancipation relative et de modernisation acc&eacute;l&eacute;r&eacute;e autorisaient une renaissance r&eacute;elle pour les Juifs d&rsquo;Irak, pr&eacute;sente une image d&rsquo;une communaut&eacute; dynamique, active, poss&eacute;dant des contacts &agrave; l&rsquo;&eacute;tranger et jouant un r&ocirc;le dominant dans l&rsquo;import-export autant que dans le commerce local.<\/p>\n<\/p><\/div>\n<div id=\"pa6\">\n<p>\n\t\t\tEn fait, les Juifs membres des classes privil&eacute;gi&eacute;es et poss&eacute;dant de l&rsquo;influence semblent avoir &eacute;t&eacute; de nombre relativement restreint. Au d&eacute;but du si&egrave;cle, ceux-ci ne repr&eacute;sentaient que 5&nbsp;% de la population juive, alors que 35&nbsp;% environ appartenaient aux classes moyennes, 55&nbsp;% aux classes populaires et 5&nbsp;% &eacute;taient indigents. Cette stratification sociale demeura plus ou moins jusqu&rsquo;au d&eacute;part massif des Juifs au d&eacute;but des ann&eacute;es 1950, m&ecirc;me s&rsquo;il faut pr&eacute;ciser qu&rsquo;une mobilit&eacute; sociale rapide vit se r&eacute;duire le pourcentage de Juifs appartenant aux strates inf&eacute;rieures et augmenter celui des strates sup&eacute;rieures.<\/p>\n<\/p><\/div>\n<div id=\"pa7\">\n<p>\n\t\t\tLes Juifs membres des classes privil&eacute;gi&eacute;es &eacute;taient pour la plupart impliqu&eacute;s dans le commerce, soit domestique soit international, et dans le secteur bancaire, ces sph&egrave;res devenant de fait des &laquo;&nbsp;secteurs juifs&nbsp;&raquo; par excellence d&egrave;s le d&eacute;but du&nbsp;xxe&nbsp;si&egrave;cle. Deux facteurs principaux contribu&egrave;rent &agrave; leur monopole dans ces secteurs&nbsp;: leur aptitude &agrave; s&rsquo;exprimer dans les langues europ&eacute;ennes d&rsquo;abord (encourag&eacute;e notamment par le tissu d&rsquo;&eacute;coles de l&rsquo;Alliance isra&eacute;lite universelle) et surtout la cr&eacute;ation de communaut&eacute;s d&rsquo;expatri&eacute;s juifs irakiens qui leur offraient des d&eacute;bouch&eacute;s commerciaux de par le monde, de Manchester et Londres &agrave; Shanghai en passant par Bombay, Calcutta, Rangoon et Hong Kong. Parmi les exemples les plus remarquables de grandes familles juives irakiennes &eacute;tablies &agrave; travers le monde&nbsp;: les Sassoon, les Kadoorie, les Gabay. En Irak m&ecirc;me, les Juifs &eacute;taient tellement omnipr&eacute;sents sur les grands march&eacute;s de toutes les villes importantes du pays que l&rsquo;activit&eacute; commerciale de&nbsp;ceux-ci &eacute;tait interrompue le samedi, jour du Shabbat.<\/p>\n<\/p><\/div>\n<div id=\"pa8\">\n<p>\n\t\t\tL&rsquo;entre-deux-guerres fut une &egrave;re particuli&egrave;rement propice &agrave; l&rsquo;&eacute;panouissement culturel et &agrave; l&rsquo;int&eacute;gration &eacute;conomique des Juifs d&rsquo;Irak au sein du pays. Les quelques ann&eacute;es de Mandat britannique sur le pays encourag&egrave;rent les Juifs &agrave; rejoindre en grand nombre la fonction publique nationale et municipale &ndash; postes qu&rsquo;ils gard&egrave;rent aussi avec l&rsquo;accession de l&rsquo;Irak &agrave; l&rsquo;ind&eacute;pendance. &Agrave; la fin des ann&eacute;es 1930, les Juifs d&rsquo;Irak se consid&eacute;raient pour la plupart juifs de confession et arabes de nationalit&eacute;.<\/p>\n<\/p><\/div>\n<\/section>\n<section>\n<p>\n\t\t<strong>Les Biens juifs &agrave; l&rsquo;&eacute;poque de la cr&eacute;ation de l&rsquo;&Eacute;tat d&rsquo;Isra&euml;l<\/strong><\/p>\n<div id=\"pa9\">\n<p>\n\t\t\tBien qu&rsquo;il soit difficile de donner une &eacute;valuation pr&eacute;cise de la valeur des biens priv&eacute;s et communautaires juifs &agrave; la veille de la cr&eacute;ation de l&rsquo;&Eacute;tat d&rsquo;Isra&euml;l, plusieurs estimations ont &eacute;t&eacute; fournies &agrave; diff&eacute;rentes &eacute;poques et par diff&eacute;rents organismes isra&eacute;liens et de Diaspora, mais celles-ci demeurent approximatives.<\/p>\n<\/p><\/div>\n<div id=\"pa10\">\n<p>\n\t\t\tLe document le plus complet &eacute;tant &agrave; la disposition des organismes repr&eacute;sentatifs des Juifs d&rsquo;Irak d&eacute;taille l&rsquo;enregistrement des biens &ndash; meubles et immeubles &ndash; des Juifs pour la seule ville de Bagdad. R&eacute;alis&eacute; en 1951 &agrave; l&rsquo;initiative de Mordechai Ben Porat, &agrave; l&rsquo;&eacute;poque responsable au nom de l&rsquo;&Eacute;tat d&rsquo;Isra&euml;l de l&rsquo;immigration des Juifs irakiens vers Isra&euml;l, ce document n&rsquo;a jamais &eacute;t&eacute; publi&eacute; et son contenu ne devrait &ecirc;tre r&eacute;v&eacute;l&eacute; que dans le cadre de l&rsquo;engagement de n&eacute;gociations s&eacute;rieuses portant sur le d&eacute;dommagement des Juifs d&rsquo;Irak. L&rsquo;&eacute;valuation des biens juifs irakiens ne peut donc &ecirc;tre &ndash; en l&rsquo;&eacute;tat actuel des choses &ndash; qu&rsquo;une extrapolation approximative des documents &agrave; la disposition du minist&egrave;re isra&eacute;lien de la Justice.<\/p>\n<\/p><\/div>\n<div id=\"pa11\">\n<p>\n\t\t\tSelon une estimation pr&eacute;par&eacute;e en 1948 par le d&eacute;partement Moyen-Orient du minist&egrave;re isra&eacute;lien des Affaires &eacute;trang&egrave;res, la valeur des biens des Juifs ayant quitt&eacute; l&rsquo;Irak &agrave; cette date se chiffrait &agrave; plus de &pound; 10 millions, dont 10&nbsp;% seulement appartenaient &agrave; des Juifs ayant immigr&eacute; en Isra&euml;l. Un autre document de la m&ecirc;me &eacute;poque &eacute;voquait un montant de &pound; 55 millions. Un troisi&egrave;me document &ndash; un m&eacute;morandum du gouvernement isra&eacute;lien dat&eacute; de novembre 1948 &ndash; estimait le total de la valeur des biens des Juifs irakiens ayant immigr&eacute; en Isra&euml;l &agrave; 50-150 millions de livres sterling. Un rapport r&eacute;dig&eacute; par l&rsquo;un des &eacute;missaires de l&rsquo;aliya&nbsp;&agrave; Bagdad &eacute;voque un montant de 150-250 millions de dinars ($ 450-600 millions de dollars actuels).<\/p>\n<\/p><\/div>\n<div id=\"pa12\">\n<p>\n\t\t\t&Agrave; partir de 1949, des milliers de Juifs originaires d&rsquo;Irak ayant immigr&eacute; en Isra&euml;l demand&egrave;rent des d&eacute;dommagements pour leurs biens abandonn&eacute;s&nbsp;en Irak. Les analyses des ces plaintes indiquent des pertes mat&eacute;rielles de nature vari&eacute;e, dont certaines se montent &agrave; des sommes modestes alors que d&rsquo;autres pr&eacute;sentent des demandes de compensation consid&eacute;rables. Si l&rsquo;on consid&egrave;re que seule une minorit&eacute; des Juifs d&rsquo;Irak ayant immigr&eacute; en Isra&euml;l pr&eacute;sent&egrave;rent des demandes de d&eacute;dommagement, il demeure difficile d&rsquo;&eacute;valuer la valeur totale des biens ayant appartenu aux Juifs d&rsquo;Irak et ayant &eacute;t&eacute; abandonn&eacute;s par eux. Cependant, si les chiffres qui sont &agrave; la disposition du minist&egrave;re isra&eacute;lien de la Justice constituent une indication moyenne des droits de propri&eacute;t&eacute; des Juifs d&rsquo;Irak, le total de leurs demandes de compensation pourrait s&rsquo;&eacute;lever &agrave; plusieurs milliards de dollars en valeur actuelle.<\/p>\n<\/p><\/div>\n<\/section>\n<section>\n<p>\n\t\t<strong>Les mesures de nature &eacute;conomique &agrave; l&rsquo;encontre des Juifs d&rsquo;Irak apr&egrave;s 1948<\/strong><\/p>\n<div id=\"pa13\">\n<p>\n\t\t\tLes conditions de vie des Juifs d&rsquo;Irak se d&eacute;grad&egrave;rent rapidement apr&egrave;s la cr&eacute;ation de l&rsquo;&Eacute;tat d&rsquo;Isra&euml;l. D&egrave;s 1948, un amendement au suppl&eacute;ment de 1938 du Code p&eacute;nal de Bagdad fit du sionisme (ainsi que de toute activit&eacute; sioniste) un crime passible d&rsquo;une peine d&rsquo;emprisonnement de sept ans. Per&ccedil;us par les autorit&eacute;s irakiennes comme des agents sionistes, les Juifs de Bagdad surtout furent d&egrave;s lors soumis &agrave; des perquisitions domiciliaires de la part des autorit&eacute;s polici&egrave;res irakiennes pendant lesquelles de nombreux biens furent soit endommag&eacute;s, soit confisqu&eacute;s ou vol&eacute;s. Ces mesures de nature &eacute;conomique dont furent victimes les Juifs eurent aussi comme effet secondaire de dissuader les d&eacute;biteurs arabes de rembourser leurs dettes aux Juifs.<\/p>\n<\/p><\/div>\n<div id=\"pa14\">\n<p>\n\t\t\tDe mani&egrave;re plus directe, les Juifs furent, &agrave; partir de 1948, victimes de toute une s&eacute;rie de mesures discriminatoires de caract&egrave;re &eacute;conomique. Sous le couvert de lois pr&eacute;sent&eacute;es comme g&eacute;n&eacute;rales &ndash; notamment la loi portant sur l&rsquo;imp&ocirc;t sur le revenu &ndash; les autorit&eacute;s entreprirent de d&eacute;truire les sources de revenu des Juifs d&rsquo;Irak. Il fut rapidement interdit aux Juifs de souscrire &agrave; des emprunts et hypoth&egrave;ques d&eacute;passant la somme de 1&nbsp;500 dinars s&rsquo;ils n&rsquo;&eacute;taient pas en mesure de prouver que cette somme ne serait pas vir&eacute;e vers Isra&euml;l. &Agrave; la m&ecirc;me &eacute;poque, des centaines de Juifs furent licenci&eacute;s des services publics irakiens et le gouvernement irakien imposa &agrave; de nombreuses compagnies &eacute;trang&egrave;res le licenciement de leurs employ&eacute;s juifs (peut-&ecirc;tre plus de 1&nbsp;500 au total). &Agrave; partir de septembre 1948, les Juifs furent exclus de toute occupation ayant un rapport quelconque&nbsp;avec l&rsquo;import-export et interdits de contracter des contrats publics quels qu&rsquo;ils soient.<\/p>\n<\/p><\/div>\n<\/section>\n<section>\n<p>\n\t\t<strong>La d&eacute;ch&eacute;ance de la citoyennet&eacute; et le gel des biens des Juifs d&rsquo;Irak<\/strong><\/p>\n<div id=\"pa15\">\n<p>\n\t\t\tEn mars 1950, dans un contexte de crise &eacute;conomique et d&rsquo;inflation galopante, le gouvernement irakien d&eacute;cida d&rsquo;autoriser le d&eacute;part\/l&rsquo;&eacute;migration des Juifs d&rsquo;Irak, et ce par le biais d&rsquo;une loi &laquo;&nbsp;Portant d&eacute;ch&eacute;ance de la Citoyennet&eacute; Irakienne&nbsp;&raquo; devant s&rsquo;appliquer &agrave; tout Juif qui demanderait &agrave; &eacute;migrer vers Isra&euml;l. Cette loi s&rsquo;accompagnait de dispositions tr&egrave;s strictes sur le transfert de biens de propri&eacute;t&eacute; hors du pays&nbsp;: par exemple, un enfant de l&rsquo;&acirc;ge de 10 ans ne pouvait prendre avec lui que 20 dinars, une personne de 20-30 ans 30 dinars et ceux de plus de 30 ans 50 dinars, c&rsquo;est-&agrave;-dire 200 $ de l&rsquo;&eacute;poque. De tr&egrave;s strictes limites furent impos&eacute;es sur le type d&rsquo;habits et de bijoux autoris&eacute;s &agrave; &ecirc;tre emport&eacute;s. Le reste des biens appartenant aux candidats &agrave; l&rsquo;immigration vers Isra&euml;l devaient obligatoirement &ecirc;tre vendus, souvent &agrave; des prix impos&eacute;s et ne d&eacute;passant pas 10&nbsp;% de leur valeur r&eacute;elle. Toutes ces mesures devaient bien entendu permettre au gouvernement irakien de faire main basse sur les biens consid&eacute;rables dont les Juifs &eacute;taient les propri&eacute;taires et ce sans autre possibilit&eacute; ce recours.<\/p>\n<\/p><\/div>\n<div id=\"pa16\">\n<p>\n\t\t\tLa situation &eacute;conomico-financi&egrave;re des Juifs d&rsquo;Irak empira encore avec le vote par le Parlement irakien de la loi du 10 mars 1951 gelant les biens juifs irakiens. Le ministre des Finances ordonna la fermeture de toutes les banques afin d&rsquo;emp&ecirc;cher toute transaction de la part de Juifs poss&eacute;dant la nationalit&eacute; irakienne. La m&ecirc;me loi autorisa la fermeture et la s&eacute;questration de tous les magasins et entrep&ocirc;ts appartenant &agrave; des Juifs. En outre, les autorit&eacute;s ne firent rien pour &eacute;viter le pillage syst&eacute;matique de ces m&ecirc;mes magasins et entrep&ocirc;ts par les populations locales. Ajout&eacute;s &agrave; cela furent les tr&egrave;s nombreux cas d&rsquo;agressions et de vols &ndash; souvent en plein jour &ndash; dont les Juifs furent les victimes et qui &eacute;taient destin&eacute;s &agrave; les d&eacute;pouiller de l&rsquo;argent et des biens qu&rsquo;ils esp&eacute;raient tant bien que mal emporter avec eux.<\/p>\n<\/p><\/div>\n<div id=\"pa17\">\n<p>\n\t\t\tLe choc et le d&eacute;sespoir des Juifs qui furent la cons&eacute;quence de ces mesures pouss&egrave;rent nombre d&rsquo;entre eux &agrave; vendre leurs biens les plus chers &agrave; n&rsquo;importe quel prix. &Agrave; la demande du gouvernement, tout Juif dont la nationalit&eacute; avait &eacute;t&eacute; r&eacute;voqu&eacute;e devait &ecirc;tre automatiquement licenci&eacute;.<\/p>\n<\/p><\/div>\n<div id=\"pa18\">\n<p>\n\t\t\tLe d&eacute;part massif des Juifs au d&eacute;but des ann&eacute;es 1950 (pr&egrave;s de 125&nbsp;000 d&rsquo;entre eux) ne fit rien pour am&eacute;liorer le sort de ceux qui choisirent de rester en Irak (environ 5&nbsp;000). En 1968, le gouvernement irakien fit passer un certain nombre de lois limitant davantage encore les possibilit&eacute;s &eacute;conomiques des Juifs vivant en territoire irakien. Entre autres, ces lois accordaient au ministre de l&rsquo;Int&eacute;rieur le contr&ocirc;le int&eacute;gral sur toute somme d&rsquo;argent due &agrave; un Juif en contrepartie d&rsquo;une vente ou d&rsquo;une location d&rsquo;un bien appartenant &agrave; un Juif. Les mesures interdisant aux Juifs de recevoir des permis d&rsquo;import-export furent renforc&eacute;es. Les quelques fonctionnaires juifs ayant &eacute;t&eacute; r&eacute;int&eacute;gr&eacute;s dans diff&eacute;rents services publics furent de nouveau tous licenci&eacute;s.<\/p>\n<\/p><\/div>\n<div id=\"pa19\">\n<p>\n\t\t\tInterdits de travail, la situation des Juifs se d&eacute;grada encore au d&eacute;but des ann&eacute;es 1970, de telle sorte que l&rsquo;&eacute;migration &ndash; d&eacute;sormais ill&eacute;gale et donc p&eacute;rilleuse &ndash; apparut comme la seule issue pour la quasi-totalit&eacute; des Juifs demeur&eacute;s en Irak. Des centaines d&rsquo;entre eux &eacute;migr&egrave;rent ainsi dans le courant des ann&eacute;es 1970, abandonnant leurs biens mobiliers et immobiliers, leurs comptes en banque gel&eacute;s, etc. Il ne reste en Irak plus qu&rsquo;une centaine de Juifs.<\/p>\n<\/p><\/div>\n<\/section>\n<section>\n<p>\n\t\t<strong>Les biens des Juifs d&rsquo;&Eacute;gypte<\/strong><\/p>\n<div id=\"pa20\">\n<p>\n\t\t\tIl serait difficile de d&eacute;crire en quelques lignes la place centrale des Juifs dans le d&eacute;veloppement &eacute;conomique de l&rsquo;&Eacute;gypte de la fin du&nbsp;xixe&nbsp;si&egrave;cle et de la premi&egrave;re moiti&eacute; du&nbsp;xxe&nbsp;si&egrave;cle. Dans le domaine agricole, on leur doit l&rsquo;exploitation industrielle de la canne &agrave; sucre avec entre autres la cr&eacute;ation des sucreries et raffineries d&rsquo;&Eacute;gypte. Les Juifs particip&egrave;rent &agrave; la cr&eacute;ation de la Soci&eacute;t&eacute; des chemins de fer du Delta et de la ligne de chemin de fer de Haute-&Eacute;gypte, et gr&acirc;ce au d&eacute;veloppement des transports, contribu&egrave;rent &agrave; l&rsquo;expansion urbaine et industrielle de la ville du Caire. L&rsquo;apport juif au d&eacute;veloppement d&rsquo;Alexandrie fut de m&ecirc;me tout &agrave; fait remarquable.<\/p>\n<\/p><\/div>\n<div id=\"pa21\">\n<p>\n\t\t\tAssoci&eacute;s &agrave; des capitaux fran&ccedil;ais, anglais et autres, on retrouve des Juifs d&rsquo;&Eacute;gypte dans les conseils d&rsquo;administration de pratiquement toutes les banques qui s&rsquo;installent en &Eacute;gypte &agrave; la fin du&nbsp;xixe&nbsp;si&egrave;cle&nbsp;: de la National Bank of Egypt, qui devait devenir la Banque d&rsquo;&Eacute;mission puis la Banque centrale du pays, au Cr&eacute;dit foncier &eacute;gyptien et, apr&egrave;s la Premi&egrave;re Guerre mondiale, la Banque Misr, qui devait jouer un r&ocirc;le capital dans le d&eacute;veloppement industriel du pays. Les grands magasins d&rsquo;&Eacute;gypte furent pratiquement&nbsp;tous fond&eacute;s par des familles juives&nbsp;: Ad&egrave;s, Cicurel, Chemla, Gattegno. On retrouve le nom de Cattaoui Pacha (des sucreries et raffineries d&rsquo;&Eacute;gypte) parmi les fondateurs notamment de la premi&egrave;re universit&eacute; &eacute;gyptienne &agrave; Guizeh pr&egrave;s du Caire, de la Soci&eacute;t&eacute; royale d&rsquo;&eacute;conomie politique et du conseil d&rsquo;administration de la Compagnie universelle du Canal de Suez.<\/p>\n<\/p><\/div>\n<div id=\"pa22\">\n<p>\n\t\t\t&Agrave; c&ocirc;t&eacute; des grandes familles d&rsquo;entrepreneurs, banquiers et commer&ccedil;ants juifs, la grande masse des Juifs d&rsquo;&Eacute;gypte s&rsquo;int&eacute;gra rapidement dans le processus de d&eacute;veloppement &eacute;conomique du pays. Poursuivant leurs activit&eacute;s traditionnelles de commerce et d&rsquo;artisanat, ils contribu&egrave;rent &agrave; donner au pays, avec d&rsquo;autres minorit&eacute;s, les milliers de cadres actifs qui lui faisaient d&eacute;faut, notamment dans les banques et dans les nouvelles entreprises priv&eacute;es qui se cr&eacute;aient. Fr&eacute;quentant en grand nombre les &eacute;coles &eacute;trang&egrave;res qui s&rsquo;installaient en &Eacute;gypte &ndash; J&eacute;suites, missions la&iuml;ques fran&ccedil;aises, &eacute;coles de l&rsquo;Alliance fran&ccedil;aise et de l&rsquo;Alliance isra&eacute;lite universelle &ndash; et b&eacute;n&eacute;ficiant d&rsquo;un enseignement avanc&eacute;, les Juifs devinrent rapidement des interm&eacute;diaires tr&egrave;s utiles entre la population &eacute;gyptienne et l&rsquo;Europe, principal partenaire commercial du pays.<\/p>\n<\/p><\/div>\n<div id=\"pa23\">\n<p>\n\t\t\tC&rsquo;est durant les ann&eacute;es 1940-1946 que les communaut&eacute;s juives d&rsquo;&Eacute;gypte connurent leur apog&eacute;e sur le plan &eacute;conomique. La situation plus ou moins neutre dans laquelle se trouva l&rsquo;&Eacute;gypte pendant la Seconde Guerre mondiale, l&rsquo;accumulation de stocks consid&eacute;rables de marchandises qui s&rsquo;arrachaient &agrave; prix d&rsquo;or au cours des ann&eacute;es de crise, l&rsquo;&eacute;closion de toute une s&eacute;rie d&rsquo;industries locales due aux difficult&eacute;s d&rsquo;importation &ndash; tout cela fut propice &agrave; un d&eacute;veloppement rapide et consid&eacute;rable du pays dont les Juifs, avantageusement positionn&eacute;s, b&eacute;n&eacute;fici&egrave;rent particuli&egrave;rement. Les banquiers et les commer&ccedil;ants r&eacute;alis&egrave;rent des profits exceptionnels, l&rsquo;imposition des profits &eacute;tant alors &agrave; l&rsquo;&eacute;poque quasi inexistante. Un certain nombre d&rsquo;entre eux se transform&egrave;rent en industriels, utilisant principalement la mati&egrave;re premi&egrave;re du pays, le coton.<\/p>\n<\/p><\/div>\n<div id=\"pa24\">\n<p>\n\t\t\tEn 1945, on retrouve un &laquo;&nbsp;establishment&nbsp;&raquo; juif singuli&egrave;rement &eacute;largi et diff&eacute;rent du pass&eacute;. Aux anciens &laquo;&nbsp;pachas&nbsp;&raquo; de la communaut&eacute; (les Cattaoui, Suar&egrave;s, Menasce, Mosseri, Rolo) s&rsquo;ajoutent de nouveaux noms et de nouvelles sp&eacute;cialisations&nbsp;: des banquiers &laquo;&nbsp;priv&eacute;s&nbsp;&raquo; au c&ocirc;t&eacute; des grandes banques internationales (Zilkha, Schouella, etc.), des commer&ccedil;ants dans le commerce de gros &ndash; notamment ceux du quartier El Hamzaoui au Caire &ndash; dont une majorit&eacute; des plus importants sont juifs, des commer&ccedil;ants de coton (plus de la moiti&eacute; des soci&eacute;t&eacute;s exportatrices de coton &eacute;taient juives). &Agrave; cette &eacute;poque, les Bourses des valeurs, &agrave; Alexandrie et au Caire, sont&nbsp;en majorit&eacute; juives (celle du Caire, sous la pr&eacute;sidence d&rsquo;&Eacute;mile L&eacute;vy, interrompait ses activit&eacute;s le jour de&nbsp;Rosh Hashana&nbsp;et deKippour). Les Juifs occupent &eacute;galement une place tr&egrave;s importante dans les m&eacute;tiers dits lib&eacute;raux&nbsp;: avocats aux Tribunaux mixtes (comp&eacute;tents pour les litiges impliquant des &eacute;trangers) puis aux tribunaux &eacute;gyptiens, journalistes (principalement des journaux de langue fran&ccedil;aise), m&eacute;decins, pharmaciens, entrepreneurs immobiliers ou encore exportateurs.<\/p>\n<\/p><\/div>\n<div id=\"pa25\">\n<p>\n\t\t\tL&rsquo;image g&eacute;n&eacute;rale de prosp&eacute;rit&eacute; de la communaut&eacute; ne doit pas faire ignorer le fait qu&rsquo;une partie importante (peut-&ecirc;tre plus de 60&nbsp;%) de la communaut&eacute; juive d&rsquo;&Eacute;gypte faisait partie des classes moyennes inf&eacute;rieures, petits commer&ccedil;ants et m&ecirc;me des populations indigentes des villes &eacute;gyptiennes. Cela &eacute;tant dit, leurs perspectives &eacute;conomiques leur semblaient souvent prometteuses, telle avait &eacute;t&eacute; leur mobilit&eacute; sociale au cours des premi&egrave;res d&eacute;cennies du&nbsp;xxe&nbsp;si&egrave;cle.<\/p>\n<\/p><\/div>\n<div id=\"pa26\">\n<p>\n\t\t\tGlobalement, repr&eacute;sentant moins d&rsquo;un demi pour cent de la population du pays, les Juifs d&rsquo;&Eacute;gypte occupaient une place de tout premier plan dans toutes les activit&eacute;s financi&egrave;res et commerciales &agrave; caract&egrave;re international, une place tr&egrave;s importante dans le commerce de gros et de d&eacute;tail&nbsp;; ils avaient r&eacute;ussi &agrave; cr&eacute;er et &agrave; d&eacute;velopper de nombreuses industries locales, notamment textiles&nbsp;; les Juifs cara&iuml;tes dominaient le commerce de l&rsquo;or et l&rsquo;orf&egrave;vrerie artisanale. Les Juifs fournissaient &agrave; l&rsquo;&Eacute;gypte des milliers de cadres comp&eacute;tents et actifs pour la gestion des &eacute;tablissements financiers, commerciaux et industriels.<\/p>\n<\/p><\/div>\n<\/section>\n<section>\n<p>\n\t\t<strong>L&rsquo;expulsion des Juifs &agrave; la suite de la campagne de Suez en 1956<\/strong><\/p>\n<div id=\"pa27\">\n<p>\n\t\t\tContrairement au cas irakien et &agrave; ce qui se produisit dans d&rsquo;autres pays arabes, il semblerait que les mesures discriminatoires de caract&egrave;re &eacute;conomique et financier &agrave; l&rsquo;&eacute;gard des Juifs &ndash; bien qu&rsquo;ayant &eacute;t&eacute; prises par le biais de dispositions l&eacute;gales et r&eacute;glementaires, telle la Proclamation num&eacute;ro 26 &eacute;tablissant un r&eacute;gime pour la gestion des biens des personnes intern&eacute;es ou mises sous surveillance, prise d&egrave;s le mois de mai 1948, cons&eacute;quemment &agrave; la cr&eacute;ation de l&rsquo;&Eacute;tat d&rsquo;Isra&euml;l &ndash; concernaient les biens de particuliers juifs fortun&eacute;s et non pas la communaut&eacute; juive dans son ensemble. En 1948, personne n&rsquo;avait officiellement mis en doute la loyaut&eacute; de la communaut&eacute; juive d&rsquo;&Eacute;gypte envers l&rsquo;&Eacute;tat &eacute;gyptien. Bien que des incidents antijuifs se soient produits avant, pendant et directement&nbsp;apr&egrave;s la guerre d&rsquo;ind&eacute;pendance d&rsquo;Isra&euml;l de 1948 et qu&rsquo;il y ait eu des cas de confiscations de biens juifs &agrave; cette &eacute;poque, il semblerait que les autorit&eacute;s &eacute;gyptiennes aient tent&eacute; de limiter les d&eacute;g&acirc;ts caus&eacute;s aux Juifs afin d&rsquo;&eacute;viter de porter une atteinte grave &agrave; l&rsquo;&eacute;conomie &eacute;gyptienne. De fait, seul un nombre relativement bas de Juifs &eacute;migr&egrave;rent en Isra&euml;l &agrave; la suite de ces mesures&nbsp;: sur une population juive de plus de 75&nbsp;000, environ 17&nbsp;000 s&rsquo;install&egrave;rent en Isra&euml;l entre 1948 et 1951, et 6&nbsp;000 autres Juifs &eacute;migr&egrave;rent vers des pays autres qu&rsquo;Isra&euml;l.<\/p>\n<\/p><\/div>\n<div id=\"pa28\">\n<p>\n\t\t\tC&rsquo;est surtout avec l&rsquo;arriv&eacute;e au pouvoir &ndash; dans le courant des ann&eacute;es 1950 et dans la foul&eacute;e de la r&eacute;volte des officiers &ndash; de Gamal Abdel Nasser que la situation des Juifs, consid&eacute;r&eacute;s comme une &laquo;&nbsp;cinqui&egrave;me colonne&nbsp;&raquo;, se d&eacute;grada r&eacute;ellement. De nombreux hommes d&rsquo;affaires juifs &ndash; en particulier les plus fortun&eacute;s parmi eux &ndash; pressentirent les menaces contre eux ainsi que l&rsquo;&eacute;ventualit&eacute; de leur d&eacute;part d&rsquo;&Eacute;gypte et commenc&egrave;rent &agrave; vendre leurs biens (notamment leurs magnifiques villas du Caire et d&rsquo;Alexandrie), leurs commerces et entreprises. M&ecirc;me si ces transactions &eacute;taient enti&egrave;rement l&eacute;gales sur la forme, elles &eacute;taient le plus souvent faites dans l&rsquo;urgence et dans des conditions ne permettant pas de recevoir une contrepartie de valeur juste\/r&eacute;elle.<\/p>\n<\/p><\/div>\n<div id=\"pa29\">\n<p>\n\t\t\t&Agrave; la conclusion de la campagne de Suez &agrave; la fin de l&rsquo;&eacute;t&eacute; 1956, la situation des Juifs devint des plus pr&eacute;caires. Le 1er&nbsp;novembre, en plein milieu des combats se d&eacute;roulant dans le Sina&iuml; et &agrave; Port-Sa&iuml;d, Nasser ordonna l&rsquo;expropriation et la nationalisation automatique de toute propri&eacute;t&eacute; anglaise et fran&ccedil;aise dans le pays. Deux jours plus tard, ce d&eacute;cret fut &eacute;tendu &agrave; toute personne de confession juive r&eacute;sidant en &Eacute;gypte ainsi qu&rsquo;&agrave; toute personne dite &laquo;&nbsp;suspecte&nbsp;&raquo;, &laquo;&nbsp;sous supervision&nbsp;&raquo; ou soup&ccedil;onn&eacute;e d&rsquo;avoir &eacute;t&eacute; m&ecirc;l&eacute;e &agrave; des &laquo;&nbsp;activit&eacute;s mettant en cause la s&eacute;curit&eacute; nationale&nbsp;&raquo;. Ces d&eacute;crets permettaient &agrave; des tuteurs officiels nomm&eacute;s par Nasser de disposer de tout bien &eacute;tant sous leur autorit&eacute;, de dissoudre les soci&eacute;t&eacute;s sous leur tutelle, de d&eacute;duire de la somme des ventes\/dissolutions des biens saisis une taxe suppl&eacute;mentaire pour dommages r&eacute;sultant des combats ainsi qu&rsquo;une somme suppl&eacute;mentaire (de 10&nbsp;%) pour les &laquo;&nbsp;services&nbsp;&raquo; rendus par eux.<\/p>\n<\/p><\/div>\n<div id=\"pa30\">\n<p>\n\t\t\tUn rapport r&eacute;alis&eacute; &agrave; l&rsquo;&eacute;poque de la crise de Suez par des experts am&eacute;ricains au sujet de l&rsquo;application par les autorit&eacute;s &eacute;gyptiennes des mesures susmentionn&eacute;es d&eacute;montre que des 486 personnes dont la propri&eacute;t&eacute; fut expropri&eacute;e dans la semaine suivant l&rsquo;application du d&eacute;cret, au moins 95&nbsp;% &eacute;taient de confession juive. On estime &agrave; plus de 500 le nombre de soci&eacute;t&eacute;s et entreprises appartenant &agrave; des Juifs et ayant &eacute;t&eacute; expropri&eacute;es&nbsp;entre novembre 1956 et mars 1957 et &agrave; plus de 800 le nombre de soci&eacute;t&eacute;s dont les biens furent gel&eacute;s. Il faut ajouter &agrave; cela les centaines d&rsquo;employ&eacute;s juifs de ces soci&eacute;t&eacute;s et entreprises qui furent licenci&eacute;s du jour au lendemain, sans que quelque compensation financi&egrave;re leur soit accord&eacute;e. En outre, il fut d&eacute;sormais interdit aux Juifs de fonder de nouvelles soci&eacute;t&eacute;s. &Agrave; cette m&ecirc;me &eacute;poque, les Juifs membres de professions lib&eacute;rales &ndash; m&eacute;decins, avocats, ing&eacute;nieurs &ndash; furent exclus de leurs Ordres professionnels et par l&agrave; m&ecirc;me interdits de pratiquer leurs professions. De mani&egrave;re g&eacute;n&eacute;rale, souvent avec l&rsquo;encouragement des autorit&eacute;s polici&egrave;res, les magasins juifs souffrirent d&rsquo;un boycott r&eacute;pandu. Des descentes de police ou d&rsquo;officiers de l&rsquo;arm&eacute;e &eacute;gyptienne au cours desquelles on obligeait les Juifs &agrave; signer des d&eacute;clarations acquies&ccedil;ant &agrave; l&rsquo;expropriation de leurs biens ou de leur &laquo;&nbsp;d&eacute;sir&nbsp;&raquo; de quitter l&rsquo;&Eacute;gypte en c&eacute;dant leurs biens aux autorit&eacute;s polici&egrave;res ou &agrave; l&rsquo;arm&eacute;e devinrent monnaie courante. Souvent, les d&eacute;clarations sign&eacute;es par des Juifs acquies&ccedil;ant &agrave; l&rsquo;abandon de leurs biens servait de monnaie d&rsquo;&eacute;change pour les autoriser &agrave; &eacute;migrer vers d&rsquo;autres pays. De mani&egrave;re g&eacute;n&eacute;rale, le message des autorit&eacute;s &eacute;gyptiennes &agrave; l&rsquo;&eacute;gard des Juifs d&rsquo;&Eacute;gypte &eacute;tait sans ambigu&iuml;t&eacute;&nbsp;: le choix d&rsquo;abandonner leurs biens et de quitter l&rsquo;&Eacute;gypte le plus rapidement possible &eacute;tait le seul &agrave; pouvoir assurer leur s&eacute;curit&eacute; et les prot&eacute;ger d&rsquo;actes de violence qui n&rsquo;&eacute;taient nullement r&eacute;prim&eacute;s ou emp&ecirc;ch&eacute;s par les autorit&eacute;s officielles.<\/p>\n<\/p><\/div>\n<div id=\"pa31\">\n<p>\n\t\t\tLes Juifs les plus fortun&eacute;s, dont un nombre important &eacute;tait de nationalit&eacute; anglaise ou fran&ccedil;aise, furent touch&eacute;s par la vague d&rsquo;expropriation des biens anglais et fran&ccedil;ais qui suivit la campagne du Suez de 1956. Un des exemples les plus frappants fut celui de la famille Samucha d&rsquo;Alexandrie, une famille ayant la nationalit&eacute; britannique qui poss&eacute;dait des dizaines de dunams de terrains dans les quartiers les plus chics de la ville et dont la fortune familiale &eacute;tait &eacute;valu&eacute;e &agrave; l&rsquo;&eacute;poque &agrave; pr&egrave;s de 15 millions de livres sterling. La famille Samucha fut d&eacute;dommag&eacute;e en 1958 &agrave; l&rsquo;ordre de quelque 3 millions de livres gr&acirc;ce &agrave; un accord entre le Royaume-Uni et l&rsquo;&Eacute;gypte et perdit donc plus de 10 millions de livres sterling, soit &pound; 100 millions en valeur actuelle. D&rsquo;autres grandes familles juives d&rsquo;&Eacute;gypte &ndash; les Cicurel, les Mosseri, les Ad&egrave;s, les Chemla &ndash; subirent un sort similaire en voyant leur entreprises, magasins, r&eacute;sidences personnelles saisies, expropri&eacute;es ou nationalis&eacute;es et ne recevant que de maigres compensations.<\/p>\n<\/p><\/div>\n<div id=\"pa32\">\n<p>\n\t\t\tEn 1957, Max Henig, un diplomate su&eacute;dois en poste au Caire, estima dans une correspondance professionnelle que la base &eacute;conomique des Juifs vivant en &Eacute;gypte avait &eacute;t&eacute; r&eacute;duite &agrave; n&eacute;ant et que leur avenir dans&nbsp;ce pays &eacute;tait d&eacute;sesp&eacute;r&eacute;. De novembre 1956 &agrave; juin 1957, plus de 22&nbsp;000 Juifs quitt&egrave;rent l&rsquo;&Eacute;gypte en y abandonnant la plus grande partie de leurs biens.<\/p>\n<\/p><\/div>\n<div id=\"pa33\">\n<p>\n\t\t\tSeule une petite partie des Juifs de nationalit&eacute; fran&ccedil;aise et anglaise ayant v&eacute;cu en &Eacute;gypte re&ccedil;urent quelques compensations pour leurs biens abandonn&eacute;s en &Eacute;gypte et ce gr&acirc;ce &agrave; des accords sign&eacute;s entre la France, l&rsquo;Angleterre et l&rsquo;&Eacute;gypte. Une analyse critique de ces accords permet cependant de relever qu&rsquo;ils &eacute;taient remplis de clauses d&eacute;favorables &agrave; une compensation &eacute;quitable et r&eacute;elle et que des obstacles juridiques quasi insurmontables emp&ecirc;chaient de fait la restitution des biens qui avaient d&eacute;j&agrave; &eacute;t&eacute; revendus par ceux qui les avaient saisis. Il va sans dire que les Juifs apatrides ou poss&eacute;dant la nationalit&eacute; &eacute;gyptienne furent plus laiss&eacute;s encore que les autres.<\/p>\n<\/p><\/div>\n<div id=\"pa34\">\n<p>\n\t\t\tIl faut souligner le fait que les spoliations de cette &eacute;poque ne furent pas limit&eacute;es aux seuls Juifs. D&rsquo;autres communaut&eacute;s &eacute;trang&egrave;res, comme par exemple la communaut&eacute; grecque, furent frapp&eacute;es de mesures d&rsquo;expulsion &agrave; l&rsquo;encontre de leurs ressortissants. L&rsquo;&Eacute;gypte se retrouvait de fait priv&eacute;e des populations et des secteurs les plus dynamiques de son &eacute;conomie.<\/p>\n<\/p><\/div>\n<\/section>\n<section>\n<p>\n\t\t<strong>L&rsquo;enregistrement des r&eacute;clamations de dommages-int&eacute;r&ecirc;ts des Juifs d&rsquo;&Eacute;gypte<\/strong><\/p>\n<div id=\"pa35\">\n<p>\n\t\t\tD&egrave;s la fin des ann&eacute;es 1950 et &agrave; l&rsquo;initiative de l&rsquo;Association des Immigrants &eacute;gyptiens en Isra&euml;l, le gouvernement isra&eacute;lien mit en place une commission dont la mission &eacute;tait d&rsquo;enregistrer les plaintes de Juifs ayant &eacute;t&eacute; contraints &agrave; abandonner leurs biens en &Eacute;gypte lors de leur d&eacute;part pr&eacute;cipit&eacute; de ce pays. Bien que le recensement des biens priv&eacute;s et communautaires des Juifs &eacute;gyptiens fait par le gouvernement isra&eacute;lien ne soit pas complet, il est clair que l&rsquo;&eacute;valuation de ces biens expropri&eacute;s ou abandonn&eacute;s en &Eacute;gypte se monte &agrave; plusieurs milliards de dollars en valeur actuelle. Il faut ajouter &agrave; cette somme les estimations qui concernent les biens communautaires des Juifs d&rsquo;&Eacute;gypte &ndash; biens dont une partie tr&egrave;s importante se situaient &agrave; Alexandrie &ndash; et qui pourraient se monter &agrave; une valeur totale de plusieurs centaines de millions de dollars.<\/p>\n<\/p><\/div>\n<div id=\"pa36\">\n<p>\n\t\t\tAucune action r&eacute;elle n&rsquo;a &eacute;t&eacute; entreprise pour r&eacute;cup&eacute;rer ou obtenir une compensation pour les biens des Juifs d&rsquo;&Eacute;gypte. L&rsquo;accord de paix isra&eacute;lo-&eacute;gyptien de 1979 stipulait bien que serait &eacute;tablie une commission devant analyser et offrir des solutions aux contentieux &eacute;conomiques et financiers&nbsp;entre Isra&euml;l et l&rsquo;&Eacute;gypte. Il est un fait que ni les Isra&eacute;liens ni les &Eacute;gyptiens ne pouss&egrave;rent &agrave; la cr&eacute;ation de la susdite commission.<\/p>\n<\/p><\/div>\n<div id=\"pa37\">\n<p>\n\t\t\tL&rsquo;&Eacute;gypte a cependant fait passer une loi en 1980 concernant la gestion des biens de propri&eacute;t&eacute; nationalis&eacute;s sous le r&eacute;gime de Nasser. Cette loi porte sur toute propri&eacute;t&eacute; ayant &eacute;t&eacute; nationalis&eacute;e pour des raisons id&eacute;ologiques ou politiques et rend possible le paiement de d&eacute;dommagements limit&eacute;s, en fonction de la valeur des dits biens &agrave; la date de leur nationalisation, sans ajustement pour inflation ou int&eacute;r&ecirc;t. Malheureusement, peu d&rsquo;avocats &eacute;gyptiens sont dispos&eacute;s &ndash; m&ecirc;me aujourd&rsquo;hui &ndash; &agrave; repr&eacute;senter les int&eacute;r&ecirc;ts des Juifs originaires d&rsquo;&Eacute;gypte, l&rsquo;Association du Barreau &eacute;gyptien &eacute;tant une des principales institutions de ce pays refusant encore toute forme de normalisation avec l&rsquo;&Eacute;tat d&rsquo;Isra&euml;l.<\/p>\n<\/p><\/div>\n<div id=\"pa38\">\n<p>\n\t\t\tAujourd&rsquo;hui, il ne reste en &Eacute;gypte qu&rsquo;environ deux cents Juifs.<\/p>\n<\/p><\/div>\n<\/section>\n<section>\n<p>\n\t\t<strong>Les biens des Juifs de Libye<\/strong><\/p>\n<div id=\"pa39\">\n<p>\n\t\t\tLa communaut&eacute; juive de Libye comptait plus de 38&nbsp;000 Juifs en 1948 et 36&nbsp;000 d&rsquo;entre eux &eacute;migr&egrave;rent vers Isra&euml;l peu apr&egrave;s la cr&eacute;ation de l&rsquo;&Eacute;tat h&eacute;breu, lorsque la situation de cette communaut&eacute; devint des plus pr&eacute;caires. Le reste d&rsquo;entre eux quitt&egrave;rent eux aussi la Libye, et &eacute;migr&egrave;rent surtout vers l&rsquo;Italie.<\/p>\n<\/p><\/div>\n<div id=\"pa40\">\n<p>\n\t\t\tLes pertes mat&eacute;rielles des Juifs de Libye, bien que n&rsquo;ayant pas fait l&rsquo;objet d&rsquo;une appr&eacute;ciation d&eacute;taill&eacute;e, restent importantes et vari&eacute;es. Ce qui distingue ces pertes de celles d&rsquo;autres communaut&eacute;s juives des pays arabes est l&rsquo;importance des biens fonciers, notamment de terrains agricoles, ayant &eacute;t&eacute; acquis par des particuliers juifs.<\/p>\n<\/p><\/div>\n<div id=\"pa41\">\n<p>\n\t\t\tLeur d&eacute;part ayant &eacute;t&eacute; interdit par la loi, la plupart des Juifs libyens durent quitter la Libye de mani&egrave;re ill&eacute;gale et clandestine et furent donc contraints &agrave; abandonner la grande majorit&eacute; de leurs biens. Le pr&eacute;sident Khadafi, arriv&eacute; au pouvoir en 1969, d&eacute;clara la confiscation officielle de tous les biens juifs &ndash; priv&eacute;s et communautaires &ndash; et annon&ccedil;a qu&rsquo;il n&rsquo;y aurait pas de recours pour obtenir des d&eacute;dommagements de la part des autorit&eacute;s libyennes.<\/p>\n<\/p><\/div>\n<\/section>\n<section>\n<p>\n\t\t<strong>Les biens des Juifs de Syrie<\/strong><\/p>\n<div id=\"pa42\">\n<p>\n\t\t\tEn 1943, quelque 30&nbsp;000 Juifs habitaient en Syrie &ndash; la plus grande communaut&eacute; &eacute;tant celle d&rsquo;Alep, avec 17&nbsp;000 Juifs, suivie de pr&egrave;s par la communaut&eacute; de Damas, avec 10&nbsp;000 Juifs environ. Une minorit&eacute; d&rsquo;entre&nbsp;eux seulement faisait partie des classes ais&eacute;es et des classes moyennes, la plupart d&rsquo;entre eux &eacute;tant issus de la petite bourgeoisie et gagnant leur vie dans des activit&eacute;s traditionnelles (travail du fer, petits commerces, etc.).<\/p>\n<\/p><\/div>\n<div id=\"pa43\">\n<p>\n\t\t\tLes ann&eacute;es 1940 virent l&rsquo;arriv&eacute;e en Palestine mandataire de milliers de Juifs syriens d&eacute;cid&eacute;s &agrave; rejoindre l&rsquo;aventure sioniste. L&rsquo;aliya&nbsp;&eacute;tant ill&eacute;gale au regard des autorit&eacute;s mandataires britanniques et l&rsquo;immigration se faisant dans le secret, les Juifs qui quitt&egrave;rent la Syrie &agrave; cette &eacute;poque durent de fait y abandonner la plupart de leurs biens. Bien qu&rsquo;il leur f&ucirc;t possible de vendre leurs biens, cette possibilit&eacute; &eacute;tait en fait limit&eacute;e par la n&eacute;cessit&eacute; de rester discret quant aux raisons de la vente ainsi que par la pression de vendre dans un d&eacute;lai limit&eacute; dans le temps et les obligeant souvent de vendre &agrave; perte.<\/p>\n<\/p><\/div>\n<div id=\"pa44\">\n<p>\n\t\t\tLa situation des Juifs syriens empira de mani&egrave;re significative &agrave; la suite de la cr&eacute;ation de l&rsquo;&Eacute;tat d&rsquo;Isra&euml;l. Le surlendemain de la d&eacute;cision sur le partage de la Palestine en deux &Eacute;tats, la ville d&rsquo;Alep fut la sc&egrave;ne d&rsquo;un pogrom important pendant lequel de nombreux Juifs furent tu&eacute;s ou bless&eacute;s et de nombreuses synagogues, habitations et magasins juifs d&eacute;truits. Au-del&agrave; des manifestations de violence spontan&eacute;e, le mois de d&eacute;cembre 1947 vit l&rsquo;adoption de quantit&eacute; de mesures officielles-gouvernementales &agrave; l&rsquo;encontre des Juifs &ndash; notamment le licenciement de nombreux fonctionnaires juifs &ndash; qui rendirent le quotidien de ceux-ci de plus en plus pr&eacute;caire. Fin d&eacute;cembre, le gouvernement syrien d&eacute;cida de l&rsquo;interdiction pour les Juifs de vendre meubles et immeubles, obligeant de fait les Juifs d&eacute;sirant quitter la Syrie &agrave; y abandonner tous leurs biens. &Agrave; partir de ce moment, l&rsquo;ensemble des biens juifs furent de fait bloqu&eacute;s ou gel&eacute;s. Les recours pour dettes dues aux Juifs devinrent impossibles et les dettes elles-m&ecirc;mes irr&eacute;couvrables. Peu apr&egrave;s, en janvier 1948, vinrent les limites impos&eacute;es aux Juifs d&eacute;sirant se rendre &agrave; l&rsquo;&eacute;tranger &ndash; la n&eacute;cessit&eacute; rarement accord&eacute;e de se procurer des permis de voyages sp&eacute;ciaux &ndash; qui firent d&rsquo;eux des otages dans leur propre pays. Le d&eacute;part clandestin de Juifs &eacute;tait fr&eacute;quemment suivi de repr&eacute;sailles contre leurs voisins ou contre les membres de leur famille rest&eacute;s en Syrie &ndash; ce qui compliqua d&rsquo;autant plus leur d&eacute;part &eacute;ventuel.<\/p>\n<\/p><\/div>\n<div id=\"pa45\">\n<p>\n\t\t\tLa situation des Juifs syriens ne cessa de se d&eacute;grader. Nombreux furent les cas, au cours des ann&eacute;es 1950 et 1960, o&ugrave; les Juifs furent forc&eacute;s de quitter le pays sans que leur soit accord&eacute; de d&eacute;lai pr&eacute;alable ou de possibilit&eacute; d&rsquo;emporter ou vendre leurs biens. L&rsquo;ann&eacute;e 1956 vit le regroupement des Juifs dans des quartiers-ghettos leur &eacute;tant destin&eacute;s. Des campagnes officielles de d&eacute;sinformation et de diffamation furent fr&eacute;quemment&nbsp;mont&eacute;es contre les Juifs &ndash; cela attirant sur eux l&rsquo;hostilit&eacute; des populations locales.<\/p>\n<\/p><\/div>\n<div id=\"pa46\">\n<p>\n\t\t\tLa guerre des Six Jours de juin 1967 et surtout l&rsquo;arriv&eacute;e au pouvoir de Hafez el-Assad en 1970 furent l&rsquo;occasion d&rsquo;une grave d&eacute;t&eacute;rioration de la situation des Juifs de Syrie. En plus des mesures d&eacute;j&agrave; en place, il fut d&eacute;sormais interdit aux Juifs d&rsquo;&ecirc;tre raccord&eacute;s au r&eacute;seau t&eacute;l&eacute;phonique et leurs permis de conduire furent annul&eacute;s ou d&eacute;clar&eacute;s non renouvelables. En plus de la quasi-impossibilit&eacute; pour les Juifs d&rsquo;&ecirc;tre embauch&eacute;s dans la fonction publique ou d&rsquo;&ecirc;tre accept&eacute;s dans diff&eacute;rentes organisations professionnelles &ndash; ce qui leur barrait de fait l&rsquo;acc&egrave;s &agrave; de nombreuses professions &ndash; les Juifs souffrirent du boycott quasi officiel de leurs magasins, notamment par l&rsquo;arm&eacute;e, la police et autres forces de s&eacute;curit&eacute;. Au d&eacute;but des ann&eacute;es 1970, les Juifs demeurant encore en Syrie &eacute;taient dans un tel &eacute;tat d&rsquo;appauvrissement qu&rsquo;ils d&eacute;pendaient pratiquement pour leur survie de l&rsquo;aide de leurs familles &eacute;tablies &agrave; l&rsquo;&eacute;tranger, surtout aux &Eacute;tats-Unis.<\/p>\n<\/p><\/div>\n<div id=\"pa47\">\n<p>\n\t\t\tUn rapport remis &agrave; l&rsquo;Agence juive au milieu des ann&eacute;es 1990 par le rabbin Avraham Hamra &ndash; le dernier grand rabbin de Syrie et d&eacute;sormais le grand rabbin de la communaut&eacute; syrienne en Isra&euml;l &ndash; d&eacute;crivait la situation &eacute;conomique et financi&egrave;re des Juifs syriens &agrave; la veille de l&rsquo;autorisation g&eacute;n&eacute;rale d&rsquo;immigration leur ayant &eacute;t&eacute; accord&eacute;e en 1992 comme &eacute;tant d&eacute;sesp&eacute;r&eacute;e. Les biens juifs gel&eacute;s ou confisqu&eacute;s par les autorit&eacute;s syriennes lors des d&eacute;parts des Juifs du pays &eacute;taient d&eacute;sormais sous le contr&ocirc;le et la tutelle exclusive du &laquo;&nbsp;Comit&eacute; palestino-syrien&nbsp;&raquo; autoris&eacute; &agrave; g&eacute;rer ces biens et &agrave; recevoir les loyers pay&eacute;s par leurs occupants (fr&eacute;quemment des r&eacute;fugi&eacute;s palestiniens). Parmi les biens immobiliers g&eacute;r&eacute;s par le &laquo;&nbsp;Comit&eacute;&nbsp;&raquo; se trouvent la quasi-totalit&eacute; des habitations du quartier juif de Damas (un quartier tr&egrave;s central avec des habitations de haute valeur) ainsi que de nombreux domiciles et maisons priv&eacute;es &agrave; Alep et Kamishili. Seules 22 synagogues de Damas et 3 d&rsquo;Alep sont encore sous le contr&ocirc;le de la petite communaut&eacute; juive syrienne (une centaine de personnes environ).<\/p>\n<\/p><\/div>\n<\/section>\n<section>\n<p>\n\t\t<strong>Les biens des Juifs du Liban<\/strong><\/p>\n<div id=\"pa48\">\n<p>\n\t\t\tLa naissance du Grand Liban en 1920, et sa constitution en R&eacute;publique libanaise en 1926, transforma les Juifs du Liban (environ 3&nbsp;500 Juifs en 1922) en une des communaut&eacute;s reconnues de ce pays. Des droits &eacute;gaux leur ayant &eacute;t&eacute; accord&eacute;s, les Juifs du Liban se fondirent rapidement dans le tissu &eacute;conomique, social et culturel libanais. La prosp&eacute;rit&eacute; g&eacute;n&eacute;rale et&nbsp;le mod&egrave;le de d&eacute;mocratie que semblait pr&eacute;senter le Liban y attira de nombreux immigrants, notamment des Juifs. &Agrave; la fin des ann&eacute;es 1930, on estime &agrave; 7&nbsp;000 la population juive du seul Beyrouth.<\/p>\n<\/p><\/div>\n<div id=\"pa49\">\n<p>\n\t\t\tIl n&rsquo;y a aucun document officiel d&eacute;crivant les activit&eacute;s &eacute;conomiques et professionnelles des Juifs du Liban, mais les t&eacute;moignages nombreux indiquent que la majorit&eacute; d&rsquo;entre eux &eacute;taient des commer&ccedil;ants, souvent prosp&egrave;res. On retrouve alors quelques familles juives dans le secteur bancaire (Zilkha, Safra, Safadieh) et dans le secteur de l&rsquo;import-export. Le liens des Juifs du Liban avec les Juifs de Palestine, de Syrie et d&rsquo;Irak &eacute;taient un atout pr&eacute;cieux dont ils surent tirer profit dans le d&eacute;veloppement de leurs affaires.<\/p>\n<\/p><\/div>\n<div id=\"pa50\">\n<p>\n\t\t\tLa guerre isra&eacute;lo-arabe de 1948 ne semble pas avoir eu de r&eacute;percussions graves sur la vie des Juifs de Liban. Les Juifs de ce pays se consid&eacute;raient citoyens loyaux du Liban et certains d&rsquo;entre eux servirent m&ecirc;me &agrave; cette &eacute;poque au sein de l&rsquo;arm&eacute;e r&eacute;guli&egrave;re libanaise. Les Juifs, en majorit&eacute; issus de la bourgeoisie libanaise et actifs dans les secteurs du commerce et de la banque, profit&egrave;rent de l&rsquo;expansion &eacute;conomique du Liban des ann&eacute;es 1950 et 1960. Le fait que le Liban demeura un &Eacute;tat ouvert et tol&eacute;rant en fit d&rsquo;ailleurs le seul pays arabe dont la population juive gagna en importance apr&egrave;s la premi&egrave;re guerre isra&eacute;lo-arabe. De plus, le Liban devint pour un temps un point de transit pour les Juifs des pays arabes &ndash; surtout syriens &ndash; en direction d&rsquo;autres pays, surtout Isra&euml;l, les &Eacute;tats-Unis et certains pays d&rsquo;Europe.<\/p>\n<\/p><\/div>\n<div id=\"pa51\">\n<p>\n\t\t\tLa premi&egrave;re &laquo;&nbsp;guerre civile&nbsp;&raquo; libanaise de 1958 annon&ccedil;a le premier d&eacute;part important des Juifs du Liban vers d&rsquo;autres pays. Ce d&eacute;part ne concerna cependant &ndash; dans un premier temps &ndash; que les Juifs syriens s&rsquo;&eacute;tant install&eacute;s au Liban et qui n&rsquo;avaient pas r&eacute;ussi &agrave; r&eacute;ellement s&rsquo;implanter dans le pays. Leur d&eacute;part fut le r&eacute;sultat de l&rsquo;instabilit&eacute; g&eacute;n&eacute;rale et de la crainte g&eacute;n&eacute;r&eacute;e par elle, non pas le r&eacute;sultat d&rsquo;&eacute;v&eacute;nements sp&eacute;cifiquement antijuifs. Le d&eacute;part massif des Juifs du Liban &agrave; la fin des ann&eacute;es 1960 et au d&eacute;but des ann&eacute;es 1970 fut lui aussi le r&eacute;sultat de l&rsquo;instabilit&eacute; croissante des conditions de vie au sein du pays et des cons&eacute;quences n&eacute;fastes de la guerre civile libanaise. En 1976, les Juifs qui se r&eacute;fugi&egrave;rent en grand nombre dans les stations de montagne des alentours de Beyrouth retrouv&egrave;rent &agrave; leur retour leurs magasins et appartements de Beyrouth pill&eacute;s ou d&eacute;truits. Le d&eacute;labrement des institutions officielles dans le pays &eacute;tait tel qu&rsquo;il leur fut impossible de recevoir des d&eacute;dommagements. Ceux qui tent&egrave;rent de faire reprendre leurs affaires en furent&nbsp;d&eacute;courag&eacute;s par la reprise des hostilit&eacute;s.<\/p>\n<\/p><\/div>\n<div id=\"pa52\">\n<p>\n\t\t\tD&rsquo;une communaut&eacute; de plus de 4&nbsp;000 membres au d&eacute;but des ann&eacute;es 1970, la communaut&eacute; juive du Liban ne comptait en 1980 pas plus de 200 personnes. La plupart d&rsquo;entre eux &eacute;migr&egrave;rent vers l&rsquo;Europe, les &Eacute;tats-Unis et le Br&eacute;sil alors qu&rsquo;une minorit&eacute; seulement choisit l&rsquo;aliya&nbsp;vers Isra&euml;l.<\/p>\n<\/p><\/div>\n<\/section>\n<section>\n<p>\n\t\t<strong>Les biens des Juifs du Maroc<\/strong><\/p>\n<div id=\"pa53\">\n<p>\n\t\t\tLa plus grande&nbsp;aliya&nbsp;des pays arabes fut celle des Juifs marocains. Sur plus de 300&nbsp;000 Juifs marocains, au moins 265&nbsp;000 s&rsquo;install&egrave;rent en Isra&euml;l entre 1948 et le d&eacute;but des ann&eacute;es 1980. L&rsquo;&eacute;migration des Juifs du Maroc d&eacute;buta surtout vers la fin des ann&eacute;es 1940, &agrave; la suite de la cr&eacute;ation de l&rsquo;&Eacute;tat d&rsquo;Isra&euml;l, mais une autre vague importante d&rsquo;immigration eut lieu &agrave; la suite de l&rsquo;ind&eacute;pendance du Maroc en 1956.<\/p>\n<\/p><\/div>\n<div id=\"pa54\">\n<p>\n\t\t\t&Agrave; la fin de la Seconde Guerre mondiale, les Juifs occupaient dans l&rsquo;&eacute;conomie du Maroc une place importante. Quel que f&ucirc;t le retard pris par le Maroc par rapport &agrave; la Tunisie et &agrave; l&rsquo;Alg&eacute;rie dans son d&eacute;veloppement &eacute;conomique, son &eacute;volution g&eacute;n&eacute;rale fut identique, et s&rsquo;il faut noter une diff&eacute;rence, ce serait la rapidit&eacute; du passage des Juifs marocains d&rsquo;une &eacute;conomie de type pr&eacute;industriel et souvent mis&eacute;rable aux structures d&rsquo;une &eacute;conomie moderne dont ils constituaient un facteur indispensable &agrave; l&rsquo;heure o&ugrave; le protectorat fran&ccedil;ais touchait &agrave; sa fin. D&eacute;laissant notamment le commerce de l&rsquo;argent &ndash; fonction &eacute;conomique le plus souvent r&eacute;serv&eacute;e aux Juifs au sein des soci&eacute;t&eacute;s musulmanes traditionnelles &ndash; les Juifs se tourn&egrave;rent en nombre de plus en plus important toujours vers des activit&eacute;s et professions cr&eacute;atrices et n&eacute;cessitant une qualification pr&eacute;alable.<\/p>\n<\/p><\/div>\n<div id=\"pa55\">\n<p>\n\t\t\tLe sort des biens ayant appartenu aux Juifs du Maroc n&rsquo;est encore que peu document&eacute; et il est donc encore tr&egrave;s difficile d&rsquo;estimer l&rsquo;ampleur et la valeur des pertes mat&eacute;rielles des Juifs ayant &eacute;migr&eacute; du Maroc. Il semble que les Juifs ais&eacute;s ayant immigr&eacute; pour la plupart dans des pays autres qu&rsquo;Isra&euml;l aient r&eacute;ussi &agrave; emporter une partie de leurs biens ou &agrave; les liquider &ndash; bien que souvent dans des conditions d&eacute;favorables &ndash; alors que certains, pris de panique &agrave; la suite des diverses guerres opposant Isra&euml;l aux pays arabes, abandonn&egrave;rent tout bonnement une partie importante de leurs biens. Le destin des biens priv&eacute;s des Juifs ayant quitt&eacute; le Maroc vers Isra&euml;l &ndash; dont un grand nombre n&rsquo;&eacute;tait que peu fortun&eacute;s &ndash; est plus difficile &agrave; d&eacute;terminer. On peut cependant tout de m&ecirc;me avancer qu&rsquo;une communaut&eacute; de cette importance a laiss&eacute; au Maroc des biens communautaires&nbsp;se montant &agrave; des centaines de millions de dollars.<\/p>\n<\/p><\/div>\n<div id=\"pa56\">\n<p>\n\t\t\tIl est important de pr&eacute;ciser que la communaut&eacute; juive marocaine a &eacute;t&eacute; relativement moins inqui&eacute;t&eacute;e que d&rsquo;autres communaut&eacute;s juives du Maghreb et des pays arabes et a b&eacute;n&eacute;fici&eacute; d&rsquo;une protection gouvernementale officielle aussi bien sous le r&egrave;gne du roi Mohammed V que du roi Hassan II. Cela n&rsquo;emp&ecirc;cha cependant pas certains actes de violence commis &agrave; l&rsquo;encontre de membres de la communaut&eacute; juive ou de biens communautaires, surtout en contrecoup aux guerres isra&eacute;lo-arabes de 1967 et 1973.<\/p>\n<\/p><\/div>\n<div id=\"pa57\">\n<p>\n\t\t\tL&rsquo;int&eacute;gralit&eacute; des biens communautaires juifs n&rsquo;a fait l&rsquo;objet d&rsquo;aucune indemnisation, et une partie seulement est aujourd&rsquo;hui administr&eacute;e par la communaut&eacute; juive demeurant encore au Maroc (4&nbsp;000 Juifs environ, surtout &agrave; Casablanca).<\/p>\n<\/p><\/div>\n<\/section>\n<section>\n<p>\n\t\t<strong>Les biens des Juifs d&rsquo;Alg&eacute;rie<\/strong><\/p>\n<div id=\"pa58\">\n<p>\n\t\t\tPlus de 140&nbsp;000 Juifs vivaient en Alg&eacute;rie &agrave; la veille de la d&eacute;colonisation en 1962. B&eacute;n&eacute;ficiant bien plus t&ocirc;t que d&rsquo;autres Juifs du Maghreb d&rsquo;une &eacute;mancipation &eacute;conomique, les Juifs d&rsquo;Alg&eacute;rie virent rapidement leur r&ocirc;le &eacute;conomique p&eacute;n&eacute;tr&eacute; d&rsquo;influences occidentales. Parlant l&rsquo;arabe aussi bien que le fran&ccedil;ais, ils surent avant les autres profiter du r&ocirc;le d&rsquo;interm&eacute;diaire entre Fran&ccedil;ais de m&eacute;tropole et musulmans pour s&rsquo;int&eacute;grer dans le tissu &eacute;conomique de l&rsquo;Alg&eacute;rie.<\/p>\n<\/p><\/div>\n<div id=\"pa59\">\n<p>\n\t\t\tD&egrave;s l&rsquo;entre-deux-guerres, les Juifs d&rsquo;Alg&eacute;rie jouaient un r&ocirc;le important et largement disproportionn&eacute; dans les secteurs du commerce et de la banque ainsi que dans le travail des &eacute;toffes, v&ecirc;tements, cuirs et peaux. Il est en outre important de souligner au sujet de l&rsquo;&eacute;volution professionnelle et &eacute;conomique des Juifs d&rsquo;Alg&eacute;rie la constitution d&rsquo;une classe d&rsquo;intellectuels se destinant aux professions lib&eacute;rales, aux fonctions administratives et aux carri&egrave;res artistiques. Autre fait marquant et quelque peu exceptionnel&nbsp;: une part non n&eacute;gligeable (plus d&rsquo;un quart) des femmes juives alg&eacute;riennes avaient une occupation professionnelle d&egrave;s les ann&eacute;es 1930. Ce tableau g&eacute;n&eacute;ral donne une image d&rsquo;un juda&iuml;sme alg&eacute;rien compos&eacute; en grande partie d&rsquo;une petite et moyenne bourgeoisie en voie d&rsquo;enrichissement progressif mais certain.<\/p>\n<\/p><\/div>\n<div id=\"pa60\">\n<p>\n\t\t\tLa plupart des Juifs d&rsquo;Alg&eacute;rie &eacute;migr&egrave;rent vers la France apr&egrave;s l&rsquo;Ind&eacute;pendance de ce pays et le gouvernement fran&ccedil;ais leur accorda des d&eacute;dommagements en tant que citoyens fran&ccedil;ais. Sur les 24&nbsp;000 Juifs originaires d&rsquo;Alg&eacute;rie ayant fait leuraliya&nbsp;vers Isra&euml;l, environ la moiti&eacute; avait immigr&eacute; avant 1962 et souvent renonc&eacute; &agrave; leur citoyennet&eacute; fran&ccedil;aise. En&nbsp;outre, il serait n&eacute;cessaire d&rsquo;&eacute;valuer la valeur des biens communautaires abandonn&eacute;s par cette communaut&eacute; juive importante et pour lesquels aucune compensation n&rsquo;a jamais &eacute;t&eacute; accord&eacute;e.<\/p>\n<\/p><\/div>\n<\/section>\n<section>\n<p>\n\t\t<strong>Les biens des Juifs de Tunisie<\/strong><\/p>\n<div id=\"pa61\">\n<p>\n\t\t\tLa communaut&eacute; juive de Tunisie atteignait les 110&nbsp;000 personnes &agrave; l&rsquo;&eacute;poque de la cr&eacute;ation de l&rsquo;&Eacute;tat d&rsquo;Isra&euml;l en 1948 et aujourd&rsquo;hui, celle-ci ne compte que quelques milliers de Juifs (environ 3&nbsp;000). Plus de la moiti&eacute; des Juifs tunisiens s&rsquo;installa en Isra&euml;l.<\/p>\n<\/p><\/div>\n<div id=\"pa62\">\n<p>\n\t\t\tL&rsquo;image de la situation &eacute;conomique des Juifs de Tunisie au sortir de la Seconde Guerre mondiale est contrast&eacute;e. Une part non n&eacute;gligeable du juda&iuml;sme tunisien appartenait alors &agrave; un prol&eacute;tariat urbain extr&ecirc;mement d&eacute;muni compos&eacute; d&rsquo;ouvriers non qualifi&eacute;s s&rsquo;improvisant des occupations al&eacute;atoires au sein de la &laquo;&nbsp;Hara&nbsp;&raquo; de Tunis ainsi que de populations ayant recours &agrave; la charit&eacute; publique. Au-del&agrave;, on retrouve les Juifs aussi bien dans les secteurs de l&rsquo;industrie (travail des &eacute;toffes et des v&ecirc;tements &ndash; notamment chez les Juifs &laquo;&nbsp;livournais&nbsp;&raquo;, ma&icirc;tres tailleurs et couturiers, industries des cuirs et peaux, travaux des m&eacute;taux pr&eacute;cieux, bijoutiers, orf&egrave;vres, travail des grains et farines) et du commerce. S&rsquo;ajoute &agrave; ces m&eacute;tiers une classe de plus en plus importante exer&ccedil;ant dans les professions lib&eacute;rales et l&rsquo;administration (administration centrale, financi&egrave;re, justice, police, etc.).<\/p>\n<\/p><\/div>\n<div id=\"pa63\">\n<p>\n\t\t\tL&rsquo;&eacute;volution g&eacute;n&eacute;rale des Juifs de Tunisie montre une attirance particuli&egrave;re de ceux-ci vers les techniques nouvelles, surtout dans les centres urbains o&ugrave; ils &eacute;taient en contact avec la population fran&ccedil;aise et o&ugrave; ils avaient la possibilit&eacute; de recevoir une formation professionnelle suffisante. La cr&eacute;ation d&rsquo;&eacute;coles professionnelles juives &ndash; ORT, Alliance isra&eacute;lite universelle &ndash; accentua cette tendance en fournissant au pays les cadres techniques tellement n&eacute;cessaires &agrave; son d&eacute;veloppement et assurant aux jeunes Juifs qui b&eacute;n&eacute;ficiaient de cet enseignement une sp&eacute;cialisation n&eacute;cessaire leur offrant de nombreuses possibilit&eacute;s professionnelles.<\/p>\n<\/p><\/div>\n<div id=\"pa64\">\n<p>\n\t\t\tBien qu&rsquo;un certain sentiment d&rsquo;ins&eacute;curit&eacute; ait &eacute;t&eacute; manifeste dans la communaut&eacute; juive de Tunisie apr&egrave;s la cr&eacute;ation de l&rsquo;&Eacute;tat d&rsquo;Isra&euml;l, ce furent surtout les &eacute;v&eacute;nements qui suivirent la guerre des Six Jours de 1967 qui sonn&egrave;rent le signal d&rsquo;alarme pour les Juifs de Tunisie, avec notamment les &eacute;meutes antijuives de 1967 qui virent l&rsquo;incendie de la Grande Synagogue de Tunis et la pillage de nombreux magasins juifs de cette m&ecirc;me ville. L&rsquo;intervention du pr&eacute;sident Bourguiba pour mettre fin aux &eacute;meutes&nbsp;et le d&eacute;dommagement partiel par son gouvernement des pertes subies par les Juifs n&rsquo;emp&ecirc;ch&egrave;rent cependant pas le d&eacute;part massif des Juifs habitant encore la Tunisie &agrave; cette &eacute;poque, pour certains en abandonnant l&rsquo;ensemble de leurs biens et pour d&rsquo;autres en subissant des pertes importantes. Les autorit&eacute;s tunisiennes ne mirent aucun obstacle au d&eacute;part des Juifs, mais la possibilit&eacute; limit&eacute;e de d&eacute;placer des biens mobiliers et de transf&eacute;rer des devises fut la cause de pertes mat&eacute;rielles importantes pour les Juifs de Tunisie &ndash; pertes qu&rsquo;il est encore difficile d&rsquo;&eacute;valuer aujourd&rsquo;hui. La confiscation de biens communautaires demande elle aussi &agrave; &ecirc;tre analys&eacute;e &agrave; l&rsquo;avenir.<\/p>\n<\/p><\/div>\n<\/section>\n<section>\n<p>\n\t\t<strong>Les biens des Juifs du Y&eacute;men<\/strong><\/p>\n<div id=\"pa65\">\n<p>\n\t\t\tUne des plus vieilles communaut&eacute;s juives de Diaspora, la communaut&eacute; juive du Y&eacute;men comptait pr&egrave;s de 60&nbsp;000 Juifs en 1948 (la communaut&eacute; d&rsquo;Aden comprise). Dans un pays o&ugrave; le secteur agricole &eacute;tait pr&eacute;pond&eacute;rant, les Juifs &eacute;taient dans leur majorit&eacute; et depuis des g&eacute;n&eacute;rations des artisans. R&eacute;put&eacute;s en tant que joailliers, ils contr&ocirc;laient pratiquement l&rsquo;artisanat local de l&rsquo;argent et du cuivre. Dans de tr&egrave;s nombreuses localit&eacute;s du Y&eacute;men, les forgerons, menuisiers et charpentiers &eacute;taient juifs. Les Juifs jouaient aussi un r&ocirc;le pr&eacute;pond&eacute;rant dans la fabrication et la r&eacute;paration des outils destin&eacute;s &agrave; l&rsquo;agriculture &ndash; un r&ocirc;le qui semblait les rendre indispensables &agrave; l&rsquo;&eacute;conomie du pays. Il est n&eacute;cessaire de pr&eacute;ciser que le fait que la plupart des Juifs n&rsquo;&eacute;taient pas agriculteurs ne les emp&ecirc;chait pas de poss&eacute;der de nombreuses terres dans des r&eacute;gions agricoles autant qu&rsquo;au sein des villes du Y&eacute;men. La location de ces terres &agrave; des musulmans constituait une source de revenus importante pour une partie non n&eacute;gligeable des Juifs du Y&eacute;men.<\/p>\n<\/p><\/div>\n<div id=\"pa66\">\n<p>\n\t\t\tLa p&eacute;riode pendant laquelle le Y&eacute;men fut sous contr&ocirc;le ottoman (1872-1918) vit une expansion sans pr&eacute;c&eacute;dent des infrastructures locales ainsi que du commerce avec d&rsquo;autres pays. Pour les Juifs du pays, cette p&eacute;riode d&rsquo;ouverture leur permit une activit&eacute; accrue dans le commerce international, et de nombreux Juifs firent fortune dans l&rsquo;import-export (surtout d&rsquo;&eacute;pices, de caf&eacute; et de tabac).<\/p>\n<\/p><\/div>\n<div id=\"pa67\">\n<p>\n\t\t\tLe retour au pouvoir des Imams en 1905, la politique &eacute;conomique centralisatrice de ceux-ci et, en particulier, la vague de nationalisation d&rsquo;entreprises locales (notamment celles du caf&eacute; et du tabac) ordonn&eacute;e par l&rsquo;Imam Yehieh port&egrave;rent pr&eacute;judice en particulier aux Juifs. De mani&egrave;re g&eacute;n&eacute;rale, la volont&eacute; de contr&ocirc;le de l&rsquo;Imam sur tous les secteurs lucratifs&nbsp;de l&rsquo;&eacute;conomie, son refus de voir se d&eacute;velopper des secteurs &eacute;conomiques autonomes et l&rsquo;encouragement qu&rsquo;il fit aux musulmans d&rsquo;entrer dans des secteurs de l&rsquo;&eacute;conomie qui avaient &eacute;t&eacute; le monopole des Juifs depuis des g&eacute;n&eacute;rations rendirent leur condition &eacute;conomique de plus en plus pr&eacute;caire. Au-del&agrave; des mesures de plus en plus discriminatoires &agrave; l&rsquo;&eacute;gard des Juifs, notamment celles dues au statut de dhimmitude qui leur fut appliqu&eacute; &agrave; cette &eacute;poque &ndash; en particulier le r&eacute;tablissement de la&nbsp;jizyah&nbsp;et l&rsquo;islamisation forc&eacute;e des orphelins juifs &ndash; et les incidents antijuifs occasionnels qui se produisirent au Y&eacute;men, la d&eacute;gradation de leur situation &eacute;conomique et financi&egrave;re furent un des facteurs importants qui encourag&egrave;rent l&rsquo;&eacute;migration partielle des Juifs vers la Palestine et vers la colonie britannique d&rsquo;Aden d&egrave;s les ann&eacute;es 1920 (pr&egrave;s de 20&nbsp;000 Juifs du Y&eacute;men s&rsquo;install&egrave;rent en Palestine Mandataire avant 1948).<\/p>\n<\/p><\/div>\n<\/section>\n<section>\n<p>\n\t\t<strong>Les biens des Juifs d&rsquo;Aden<\/strong><\/p>\n<div id=\"pa68\">\n<p>\n\t\t\tLa prise de contr&ocirc;le du port d&rsquo;Aden en 1839 par les Britanniques en fit rapidement un p&ocirc;le de commerce important. Une communaut&eacute; juive prosp&egrave;re s&rsquo;ajouta aux Juifs qui y habitaient d&eacute;j&agrave; depuis des si&egrave;cles, compos&eacute;e principalement de commer&ccedil;ants, de propri&eacute;taires de magasins et d&rsquo;entrep&ocirc;ts et d&rsquo;employ&eacute;s dans des soci&eacute;t&eacute;s &eacute;trang&egrave;res implant&eacute;es localement.<\/p>\n<\/p><\/div>\n<div id=\"pa69\">\n<p>\n\t\t\tL&rsquo;annonce du vote de l&rsquo;ONU en faveur du plan de partage de la Palestine en novembre 1947 annon&ccedil;a le d&eacute;but de la fin pour cette communaut&eacute; juive active et prosp&egrave;re compos&eacute;e d&rsquo;environ 8&nbsp;000 membres. Accueilli avec hostilit&eacute; au sein de la population arabe du Protectorat d&rsquo;Aden, le vote du plan de partage d&eacute;clencha une vague de manifestations qui d&eacute;g&eacute;n&eacute;r&egrave;rent rapidement en &eacute;meutes violentes. Au cours de celles-ci, on d&eacute;nombre 82 Juifs assassin&eacute;s, 76 bless&eacute;s, une centaine de magasins juifs pill&eacute;s et saccag&eacute;s, une trentaines d&rsquo;habitations juives incendi&eacute;es et deux &eacute;coles juives d&eacute;truites. Les autorit&eacute;s britanniques, d&eacute;pass&eacute;es par les &eacute;v&eacute;nements, ne firent rien ou presque pour prot&eacute;ger les Juifs d&rsquo;Aden. L&rsquo;infrastructure &eacute;conomique des Juifs d&rsquo;Aden fut ainsi an&eacute;antie en quelques jours.<\/p>\n<\/p><\/div>\n<div id=\"pa70\">\n<p>\n\t\t\tLes repr&eacute;sentants de la communaut&eacute; juive d&rsquo;Aden s&rsquo;empress&egrave;rent de demander le d&eacute;dommagement de leurs pertes. Sept cent soixante demandes furent soumises pour un total de &pound; 1&nbsp;020&nbsp;000. Le magistrat appel&eacute; &agrave; statuer sur la question estima cependant que les responsables des violences &eacute;tant non identifiables et la colonie ne disposant pas des&nbsp;moyens financiers pour d&eacute;dommager les victimes, le droit de d&eacute;dommagement ne pouvait &ecirc;tre reconnu dans les faits. Les m&eacute;canismes destin&eacute;s &agrave; accorder une aide financi&egrave;re aux victimes juives s&rsquo;av&eacute;r&egrave;rent restrictifs et n&rsquo;accordant&nbsp;in fine&nbsp;qu&rsquo;une assistance extr&ecirc;mement limit&eacute;e.<\/p>\n<\/p><\/div>\n<div id=\"pa71\">\n<p>\n\t\t\tD&egrave;s lors, les conditions de vie des Juifs d&rsquo;Aden, surtout pour ceux qui avaient &eacute;t&eacute; relog&eacute;s au camp de Hashed &agrave; la p&eacute;riph&eacute;rie de la ville portuaire &agrave; la suite des &eacute;meutes antijuives de 1947, ne cess&egrave;rent de se d&eacute;grader. Le peu d&rsquo;empressement des Britanniques &agrave; r&eacute;pondre aux demandes des Juifs d&rsquo;Aden et la timidit&eacute; des r&eacute;actions des intellectuels arabes d&rsquo;Aden face aux &eacute;v&eacute;nements antijuifs de novembre 1947 firent prendre conscience aux Juifs de la pr&eacute;carit&eacute; de leur situation et du manque de soutien g&eacute;n&eacute;ral qu&rsquo;ils &eacute;taient en droit d&rsquo;esp&eacute;rer de la part des autorit&eacute;s britanniques. L&rsquo;immigration apparut alors comme l&rsquo;unique solution pour les Juifs de la colonie. Au-del&agrave; de leur d&eacute;racinement, les Juifs d&rsquo;Aden quitt&egrave;rent le pays pour la plupart d&eacute;munis de tout, le gouvernement ayant limit&eacute; et rendu difficile tout transfert d&rsquo;argent vers Isra&euml;l.<\/p>\n<\/p><\/div>\n<div id=\"pa72\">\n<p>\n\t\t\tL&rsquo;op&eacute;ration de transfert massif des Juifs du Y&eacute;men vers Isra&euml;l &ndash; l&rsquo;op&eacute;ration &laquo;&nbsp;Tapis Magique&nbsp;&raquo; &ndash; d&eacute;buta d&egrave;s d&eacute;cembre 1948 et privil&eacute;gia dans un premier temps les Juifs d&rsquo;Aden. Jusqu&rsquo;en septembre 1950, cette op&eacute;ration conduisit pr&egrave;s de 49&nbsp;000 Juifs y&eacute;m&eacute;nites vers Isra&euml;l.<\/p>\n<\/p><\/div>\n<\/section>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La confiscation des biens juifs en pays arabes &nbsp; &nbsp; par&nbsp;Jean-Marc Liling Jean-Marc Liling, fonctionnaire du minist&egrave;re de la Justice d&rsquo;Isra&euml;l, d&eacute;partement de l&rsquo;Assistance judicaire, service des Droits de Juifs originaires des pays arabes.<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":18950,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[53,110,79,76,19,10,480,42,259,20,36,11,73,131,26,41,1],"tags":[],"class_list":["post-8795","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-afrique","category-alexandrie","category-bagdad","category-canada","category-europe","category-france","category-gamal-abdel-nasser","category-iraq","category-isra","category-juif","category-libye","category-moyen-orient","category-royaume-uni","category-suez","category-syrie","category-turquie","category-uncategorized"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8795","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=8795"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8795\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/media\/18950"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=8795"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=8795"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=8795"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}