{"id":895,"date":"2011-02-08T18:53:11","date_gmt":"2011-02-08T18:53:11","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=895"},"modified":"2011-02-09T22:48:44","modified_gmt":"2011-02-09T22:48:44","slug":"les-juifs-tunisiens-dans-le-doute-par-jacques-benillouche","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/les-juifs-tunisiens-dans-le-doute-par-jacques-benillouche\/","title":{"rendered":"Les Juifs tunisiens dans le doute Par Jacques Benillouche"},"content":{"rendered":"<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t<strong>Les Juifs tunisiens dans le doute Par Jacques Benillouche<\/strong><\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<table border=\"0\" cellpadding=\"0\" cellspacing=\"0\" width=\"570\">\n<tbody>\n<tr>\n<td>\n<p align=\"right\">\n\t\t\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<\/td>\n<td>\n<p>\n\t\t\t\t\tSi les juifs tunisiens sont tr&egrave;s exub&eacute;rants en France, ils sont extr&ecirc;mement discrets en Tunisie. Des 120.000 membres qui &eacute;taient install&eacute;s depuis plusieurs g&eacute;n&eacute;rations, ils ne sont plus que 1.000 &agrave; vivre &agrave; Djerba dans un moyen-&acirc;ge anachronique et 500 &agrave; Tunis.<\/p>\n<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p>\n\tLes juifs de la Capitale, &agrave; l&rsquo;exception des vieillards dans des maisons de retraite, sont constitu&eacute;s en majorit&eacute; d&rsquo;hommes d&rsquo;affaires et d&rsquo;industriels riches qui ont mis&eacute; sur la dynamique &eacute;conomique du pays. Les &eacute;v&egrave;nements li&eacute;s &agrave; la chute du r&eacute;gime de Ben Ali refont parler d&rsquo;eux car l&rsquo;avenir de cette petite communaut&eacute; est tiraill&eacute; par le doute.<\/p>\n<p>\n\t<strong>Une vie dans la qui&eacute;tude<\/strong><\/p>\n<p>\n\tLes juifs tunisiens n&rsquo;ont jamais &eacute;t&eacute; vis&eacute;s et leur vie n&rsquo;a jamais &eacute;t&eacute; menac&eacute;e car il &eacute;tait dans la tradition du pays de respecter une minorit&eacute; install&eacute;e depuis plusieurs si&egrave;cles, qui avait particip&eacute; de surcroit &agrave; l&rsquo;&eacute;lan &eacute;conomique de la r&eacute;gion. Des signes forts ont &eacute;t&eacute; donn&eacute;s par les autorit&eacute;s locales puisque, pendant les derni&egrave;res &eacute;meutes, la grande synagogue de Tunis a &eacute;t&eacute; prot&eacute;g&eacute;e par des forces de police importantes pour &eacute;viter les d&eacute;boires de 1967 lorsqu&rsquo;&agrave; l&rsquo;occasion de la Guerre des Six Jours des manifestants avaient br&ucirc;l&eacute; le symbole du juda&iuml;sme tunisien.<\/p>\n<p>\tLes organisations internationales juives, pr&eacute;sentes localement, l&rsquo;American Jewish Committee ou le Joint, restent cependant sensibilis&eacute;es par la situation d&rsquo;une communaut&eacute; discr&egrave;te dont quelques membres vivent au sud profond, Zarzis, compl&egrave;tement assimil&eacute;s &agrave; la population locale.<br \/>\n\tLes arabes tunisiens n&rsquo;ont jamais fait preuve d&rsquo;agressivit&eacute; &agrave; l&rsquo;&eacute;gard d&rsquo;une minorit&eacute; qui avait atteint le nombre maximum de 120.000 &acirc;mes. Quelques incidents mineurs avaient &eacute;maill&eacute; la vie paisible de cette communaut&eacute; discr&egrave;te mais il s&rsquo;agissait d&rsquo;exceptions individuelles. Pourtant, les juifs ont quitt&eacute; librement, de leur propre gr&eacute;, leur terre natale alors que rien ne les y obligeait. A l&rsquo;arriv&eacute;e des fran&ccedil;ais, ils avaient fait le choix du colonisateur parce qu&rsquo;il repr&eacute;sentait l&rsquo;&eacute;mancipation, l&rsquo;ouverture &agrave; la culture occidentale et la possibilit&eacute; de promotion sociale gr&acirc;ce aux &eacute;coles fran&ccedil;aises. L&rsquo;ind&eacute;pendance de la Tunisie en 1956, qui suivit de pr&egrave;s la cr&eacute;ation de l&rsquo;Etat d&rsquo;Isra&euml;l en 1948, cr&eacute;a un dilemme puisque les uns, petits bourgeois, avaient d&eacute;cid&eacute; de rejoindre les colonisateurs en France tandis qu&rsquo;une minorit&eacute; pauvre et inculte faisait le choix de la &laquo; Terre Promise &raquo; avec les pionniers sionistes. Ce ne fut pas sans difficult&eacute;s ni sacrifices car l&rsquo;int&eacute;gration de populations disparates fut difficile en Isra&euml;l d&rsquo;autant plus qu&rsquo;elles ont &eacute;t&eacute; envoy&eacute;es pour peupler des zones arides et isol&eacute;es du bout du pays et pour faire fleurir un d&eacute;sert qu&rsquo;elles &eacute;taient incapables de maitriser. Ceux qui restaient dans leur ville natale &eacute;taient suspect&eacute;s de sympathie sioniste m&ecirc;me s&rsquo;ils avaient donn&eacute; des gages vis-&agrave;-vis du nationalisme tunisien.<br \/>\n\tL&rsquo;antis&eacute;mitisme restait cependant ancr&eacute; chez certains sympathisants proches des islamistes. Ainsi, le parti d&rsquo;opposition P.D.P (parti d&eacute;mocrate progressiste) n&rsquo;h&eacute;sita pas &agrave; troubler le consensus par des d&eacute;clarations controvers&eacute;es. Sa secr&eacute;taire g&eacute;n&eacute;ral et passionaria de l&rsquo;opposition &agrave; Ben Ali, Maya Jribi, avait demand&eacute; au gouvernement tunisien d&rsquo;interdire l&rsquo;acc&egrave;s des p&egrave;lerins juifs &agrave; la synagogue de La Ghriba &agrave; Djerba et de refuser aux isra&eacute;liens, m&ecirc;me originaires du pays, de se rendre en Tunisie. Elle rejoignait ainsi les id&eacute;es racistes du parti islamiste Ennahdha, certes minoritaire, qui n&rsquo;a jamais cach&eacute; sa haine du juif.<\/p>\n<p>\n\t<strong>Vassalit&eacute; juive<\/strong><br \/>\n\tLa communaut&eacute; juive s&rsquo;est trouv&eacute;e en porte-&agrave;-faux aujourd&rsquo;hui en raison des prises de position excessives de ses propres dirigeants. Les quelques notables juifs, int&eacute;ress&eacute;s par les honneurs, avaient multipli&eacute; les d&eacute;clarations maladroites de vassalit&eacute; &agrave; l&rsquo;&eacute;gard d&rsquo;un r&eacute;gime qu&rsquo;il pensait &eacute;ternel : &laquo; le pr&eacute;sident Ben Ali est le dirigeant le plus capable d&rsquo;assurer le progr&egrave;s et la prosp&eacute;rit&eacute; des tunisiens, gr&acirc;ce, notamment, &agrave; sa vision perspicace dans la gestion des affaires du pays et &agrave; sa facult&eacute; de veiller sur son avenir, en nous faisant profiter de sa politique avant-gardiste &raquo;. Ces m&ecirc;mes flagorneurs qui s&rsquo;&eacute;taient empress&eacute;s de faire acte de soumission ont &eacute;t&eacute;, pour certains, les premiers &agrave; quitter le pays pour la France d&egrave;s la chute du dictateur, en abandonnant &agrave; leur triste sort une communaut&eacute; d&eacute;sempar&eacute;e.<br \/>\n\tLes hommes du Livre, eux aussi, ne ratent jamais une occasion de prouver leur incomp&eacute;tence politique d&egrave;s qu&rsquo;ils quittent leur synagogue. En effet, le Grand rabbin de Tunisie est sorti de son r&ocirc;le strictement cultuel le jour de la f&ecirc;te solennelle du Yom Kippour, le Grand Pardon, pour tracer un portait dithyrambique de Ben Ali et pour lancer du haut de sa chaire un appel au pr&eacute;sident &agrave; se repr&eacute;senter &agrave; la pr&eacute;sidentielle de 2014. Maladresse ou d&eacute;claration excessive ? Dans les deux cas ces propos restent inexcusables car ils m&ecirc;lent au combat politique une communaut&eacute; juive d&eacute;politis&eacute;e et discr&egrave;te. D&rsquo;ailleurs, craignant les cons&eacute;quences d&rsquo;une d&eacute;claration inappropri&eacute;e, le Grand rabbin qui &eacute;tait pr&eacute;sent en Isra&euml;l au moment de la r&eacute;volution a annonc&eacute; qu&rsquo;il ne &laquo; souhaitait pas rentrer en Tunisie &raquo; rejoindre ses ouailles car sa proximit&eacute; avec l&rsquo;ancien r&eacute;gime pouvait lui causer des torts.<br \/>\n\tLa politique &agrave; courte vue des notables risque de plonger les juifs, accroch&eacute;s &agrave; leur avenir en Tunisie, dans la peur car les d&eacute;clarations intempestives rejailliront certainement sur eux. Ce qui &eacute;tait impensable il y a quelques semaines devient d&rsquo;actualit&eacute; puisque certains envisagent de quitter le pays car ils craignent des violences aveugles de la part d&rsquo;extr&eacute;mistes d&rsquo;Ennahdha, les sympathisants des Fr&egrave;res musulmans &eacute;gyptiens. La menace terroriste en provenance du Sahel risque de trouver un nouveau terrain de pr&eacute;dilection dans les zones du sud du pays o&ugrave; El Qaeda menace les touristes, et les touristes juifs en particulier.<\/p>\n<p>\n\t<strong>Le choix d&rsquo;Isra&euml;l<\/strong><br \/>\n\tIsra&euml;l qui se nourrit des troubles dans les pays arabes pour attirer quelques nouveaux immigrants, indispensables &agrave; l&rsquo;expansion du pays, s&rsquo;int&eacute;resse de pr&egrave;s au sort des juifs qui l&rsquo;ont toujours boud&eacute;. Ayant implant&eacute; historiquement des agents du Mossad du temps o&ugrave; le quartier g&eacute;n&eacute;ral palestinien avait &eacute;t&eacute; transf&eacute;r&eacute; de Beyrouth &agrave; Tunis, il garde un &oelig;il sur cette petite communaut&eacute; dont une vingtaine de personnes a d&eacute;j&agrave; &eacute;t&eacute; exfiltr&eacute;e secr&egrave;tement pour rejoindre l&rsquo;Etat juif. Il craint que l&rsquo;islamisme, qui avance masqu&eacute; pour l&rsquo;instant, n&rsquo;exploite les ressorts de la d&eacute;mocratie pour entrer dans la vie politique. Il sait qu&rsquo;il devra suppl&eacute;er l&rsquo;absence ou la passivit&eacute; des dirigeants communautaires qui auront rejoint l&rsquo;exil de Ben Ali. Le vice-ministre isra&eacute;lien des affaires &eacute;trang&egrave;res, Danny Ayalon, a certainement exag&eacute;r&eacute; en estimant que les juifs de Tunisie devaient faire face &agrave; &laquo; une situation effrayante et vivaient dans la crainte de repr&eacute;sailles &raquo;. Mais c&rsquo;&eacute;tait de bonne guerre pour instiller la peur et convaincre les derniers r&eacute;fractaires &agrave; quitter le pays, pas forc&eacute;ment d&rsquo;ailleurs vers Isra&euml;l.<br \/>\n\tLe gouvernement isra&eacute;lien a tenu &agrave; prendre des dispositions si la situation empirait. Il a profit&eacute; de la visite officielle de la ministre des affaires &eacute;trang&egrave;res, Mich&egrave;le Alliot-Marie, pour envisager l&rsquo;aide de la France afin de recevoir temporairement les juifs tunisiens en transit vers Isra&euml;l. Le nombre est bien faible de ceux qui sauteront le pas mais il grandira &agrave; mesure que des d&eacute;clarations revanchardes seront diffus&eacute;es. Amr Moussa, secr&eacute;taire g&eacute;n&eacute;ral de la Ligue Arabe, a fait une annonce qui ciblait de mani&egrave;re indirecte les juifs qui avaient choisi le camp de Ben Ali : &laquo; les citoyens arabes sont dans un &eacute;tat de col&egrave;re et de frustration sans pr&eacute;c&eacute;dent &raquo; impliquant que les citoyens juifs n&rsquo;avaient pas fait preuve d&rsquo;un bon discernement. Le probl&egrave;me concerne quelques centaines d&rsquo;individus mais le symbole est grand si la Tunisie devait se vider des derniers t&eacute;moins de la pr&eacute;sence pendant plus de 2000 ans d&rsquo;une communaut&eacute; dynamique qui a eu son heure de gloire.<\/p>\n<p>\n\tSource : <a href=\"http:\/\/benillouche.blogspot.com\/2011\/01\/les-juifs-tunisiens-dans-le-doute.html%3cbr%20\/%3e\" target=\"_blank\">http:\/\/benillouche.blogspot.com\/<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; Les Juifs tunisiens dans le doute Par Jacques Benillouche &nbsp; &nbsp; Si les juifs tunisiens sont tr&egrave;s exub&eacute;rants en France, ils sont extr&ecirc;mement discrets en Tunisie. Des 120.000 membres qui &eacute;taient install&eacute;s depuis plusieurs g&eacute;n&eacute;rations, ils ne sont plus que 1.000 &agrave; vivre &agrave; Djerba dans un moyen-&acirc;ge anachronique et 500 &agrave; Tunis. 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